Danube, musiques et musiciens (II)

ABRAHAM, Paul (1882-1960)
Compositeur né à Apatin sur le Danube (rive gauche), ville située à cette époque dans l’Empire austro-hongrois et aujourd’hui en Serbie (Voïvodine). Il étudie à l’Académie Franz Liszt de Budapest, compose de la musique instrumentale puis des opérettes qui rentre un vif succès (Fleur d’Hawaï, Bal au Savoy…). Il s’installe ensuite à Berlin, écrit des musiques de films mais avec l’arrivée des Nazis au pouvoir (P. Abraham est d’origine juive), il doit s’enfuir et erre entre Vienne, Budapest et Paris avant de partir pour Cuba et les États-Unis (New York) où il est enfermé un certain temps dans un asile d’aliénés pour troubles mentaux. Paul Abraham reviendra en 1956 en Allemagne et mourra à Hambourg quatre ans plus tard.

Paul Abraham (1882-1960)

Ses opérettes dont quelques-unes ont été représentées en France au Moulin-Rouge et au Théâtre Mogador sont des pastiches hétéroclites mélangeant non sans habilité des différents genres musicaux qui vont des danses hongroises à la musique de jazz.

ACHLEITNER, Joseph-Johann (1791-1828), compositeur né l’année de la mort de Mozart à Marbach-an-der-Donau (Basse-Autriche) dans la famille d’un instituteur. Il  tient les orgues de la cathédrale Saint-Étienne de Vienne de 1811 à 1818 et y travaille comme professeur de musique. On trouve parmi ses oeuvres un Requiem, un Ave Maria (Archives musicales de Spitz), des arias et d’autres petites pièces pour l’église.

ALBRECHTSBERGER, Johann Georg (1736-1809)
Compositeur autrichien né à Klosterneuburg sur le Danube (rive droite) et mort à Vienne. Ami de Joseph Haydn et de Wolfgang Amadeus Mozart, organiste de la cour d’Autriche et Maître de chapelle de la cathédrale Saint-Étienne de Vienne. Il fut également une année le professeur de Ludwig van Beethoven. Sa tombe se trouve au cimetière viennois de Saint-Marx, non loin du monument dédié à Mozart.

ADAM, Adolf (1803-1856)
La fille du Danube, 1836
La fille du Danube, ballet-pantomime en deux actes et quatre tableaux.
L’oeuvre fut  composée pour Marie Taglioni (1804-1884), la plus grande danseuse de l’époque romantique et créée à Paris  au Théâtre de l’Opéra-Le Peletier, le 21 septembre 1836. Les décors ont été conçus  par Pierre-Luc Charles Cicéri, Jules Diéterle, Léon Feuchère, Édouard Despléchin et Charles Séchan. Ce ballet-Pantomime ouvrit au compositeur la scène de l’Opéra de Paris. Le 13 octobre de la même année a lieu la première d’un autre de ses grands succès, l’opéra-comique Le postillon de Longjumeau sur un livret de Leuven et Brunswick (initialement intitulé Une voix), avec le ténor Jean-Baptiste Chollet dans le rôle titre.

Marie_Taglioni_portrait

Marie Taglioni (1804-1884), créatrice du rôle de Fleur-des-Champs dans La fille du Danube

ARBAN, Jean-Baptiste (1825-1889)
Les échos du Danube, suite de valses pour piano (1883)

AUFSCHNEITER, Benedikt, Anton (1665-1742)
Compositeur, kantor, organiste et théoricien de la musique autrichien originaire du Tyrol, né à Kitzbühel. Il fait ses études à Vienne et dédie ses première oeuvres aux empereurs Léopold Ier, Joseph Ier et à des personnalités ecclésiastiques. En 1705, il succède après la mort de Georges Muffat (1653-1704), d’origine savoyarde, élève de Lully et fondateur d’une dynastie de musiciens, comme maître de chapelle de la cour de l’évêque Johann Philipp, Graf von Lambert (1652-1712) et de la cathédrale de Passau où il compose essentiellement de la musique religieuse. Ses apports en tant que théoricien de la musique ont été récemment redécouverts.
Dulcis fidium harmonia, symphoniis ecclesiasticis concinnata (1703)

Sources :
https://musiklexikon.ac.at/ml/musik_A/Aufschnaiter_Benedict.xml
H.-W. Schmitz, Passauer Musikgeschichte, Die Kirchenmusik zur Zeit der Fürstbischöfe und in den Klöstern St. Nikola, Vornbach und Fürstenzell. Passau, 1999

BACKUS, Gus (Donald Edgar, 1937)
Er macht mich krank, der Mondschein auf der Donau (1962)
Chanson extraite du film « Les filles aiment çà » (Das haben die Mädchen gern) avec Paul Hörbiger und Brigitte Wentzel.

BARCELONA GIPSY BALKAN ORCHESTRA
Od Ebra do Dunava, De l’Èbre au Danube (paroles de Ivan Kovacevic)
CD SATKCD194, 2016
https://youtu.be/uOtGayTFmF8

BARTÓK, Belá (1881-1945)
Le cours du Danube, opus 18 [A Duna folyása, BB 1/20]

Belá BARTÓK (1881-1945)

 Compositeur hongrois, né dans les confins du Banat serbo-roumano-hongrois à San Nicolau Mare (Nagyszentmiklós en hongrois), aujourd’hui petite ville roumaine toute proche de la frontière hongroise.
« L’oeuvre majeure de cette floraison est inspirée par une leçon de géographie reçue à l’école, en 1890 : un poème pour piano intitulé Le Cours du Danube [A Duna folyása, BB 1/20], où Bartók décrit la descente du fleuve, de sa source à la mer Noire. C’est manifestement la composition dont il est le plus souvent fier. Dans le premier catalogue de ses oeuvres dressé en 1894, le titre est écrit en lettres capitales, souligné d’un trait gras, et c’est le seul morceau qui porte une dédicace : « Dédié à Maman » [« Ajánlva mamának »]. Dans le second catalogue, Le Cours du Danube apparaîtra avec la même majesté, en capitales et souligné trois fois. La dédicace a gagné en solennité : « À Maman (Mme veuve Bartók) » [« A mamának, Özv. Bartókné »]. C’est la plus longue (trente-deux pages) et la plus élaborée des oeuvres d’enfance : les trois mouvements se découpent chacun en plusieurs sections, au gré d’un programme géographique au patriotisme naïf et attendrissant, soigneusement inscrit dans la partition.
Le premier mouvement débute par l’image de flots tumultueux (la mélodie se détache d’arpèges brisés en  doubles croches : « L’origine du Danube » [« A Duna eredete »] ; une partie centrale en accords staccato est finalement raturée : « Ceci ne doit pas être joué » [« Ezt nem kell játszani »]. Le fleuve s’apaise (un 6/8 en forme de barcarolle, spécifié « amabile ») et s’égaie au son d’une polka : « Il se réjouit à l’idée qu’il approche de la Hongrie » [« Örvend, hogy Magyarországhos közeledik »]. L’imminence de l’événement se traduit par des accords majestueux. Le second mouvement s’ouvre par cette bonne nouvelle : « Il se réjouit plus encore, parce qu’il est arrivé en Hongrie » [« Még jóbban örvend, mert Magyarországhos jött »]. Le fleuve laisse éclater sa joie en gaies appogiatures, puis « [il] dialogue avec ses affluents… Ceux-ci lui répondent [« A Duna bezsélget a mellékágakkal… Felelnek neki »]. Le Danube entre dans Budapest [« Budapestre érkezett »] au son d’une csárdás (l’une des danses propagées au XIXe siècle par les orchestres tsiganes, et qui passait alors pour l’authentique folklore hongrois). Il reçoit la Tisza [« Felveszi a Tiszát »], Allegro, puis fait ses adieux à la Hongrie [« Elbúcsúzik Magyarországtól »] : la musique, de fa majeur, s’infléchit en ré mineur prenant les tournures d’un mouvement lent de  Verbunkos (danse traditionnelle de recrutement), la plus grande forme des orchestres tsiganes (rythmes pointés, quatrième degré élevé, formules cadentielles typiques). Un rythme de marche, puis un thème de choral solennel saluent les gorges grandioses de la Porte des fer [« A Vaskapúnál van »], puis on entend l’écho des rochers [« A sziklák visszhangja »] (effets charmants dans l’aigu du piano). Au début de la troisième partie, « Le Danube est encore triste d’avoir quitté la Hongrie » [« A Duna még szomorú, hogy Magyarországot elhagyta »] : la mélodie accompagnée, en ré mineur, Andante amabile, est secouée  d’appogiatures chromatiques comme de sanglots. Puis le fleuve retrouve son entrain, Allegro, staccato : « Il recueille l’Olt et s’en réjouit » [« Felvezsi az Oltat és örvend neki »]. Dans un souci louable d’organisation, Bartók clôt sa partition par un thème très proche de celui du début, Moderato, en ré mineur, puis en fa majeur. Il peut conclure : « Il s’est jeté dans la mer Noire » [« Beleömlött a Fekete tengerbe »].
C’est cette pièce que Béla choisit d’interpréter, le 1er mai 1892, lors de sa première apparition publique connue avec certitude : un concert de charité de l’école communale au profit de ses instituteurs nécessiteux, à Nagyszöllös, où il se produit en tant que « compositeur » et « pianiste ». En plus du Cours du Danube, il joue des pièces d’Alfred Grünfeld et Joachim Raff, ainsi que l’Allegro de la Sonate opus 53, « Waldstein » de Beethoven. Le succès est vif, mesurable non seulement aux applaudissements mais aussi aux nombreux bouquets reçus par l’enfant : sept dont un de bonbons. Cette prestation lui vaut sa première critique de concert, dans l’hebdomadaire local, Ugocsa (du nom du « comitat » dont Nagyszöllös était le chef-lieu). »

Sources :
Claire Delamarche, Béla Bartók, « Premières compositions », Librairie Arthème Fayard, Paris, 2012
On ne manquera pas de visiter la maison du compositeur à Budapest où il vécut de 1932 à 1940 avant d’émigrer aux États-Unis, maison transformée désormais en musée et (trop) peu visitée. On peut aussi fréquenter, parce qu’ils sont incontournables pour tout mélomane qui séjourne à Budapest et se respecte, quelques haut-lieux de musique de la capitale comme l’exceptionnel auditorium Belá Bartók à l’acoustique extraordinaire et son enceinte en bois clair, situé dans un ensemble  architectural contemporain très réussi sur les bords du fleuve (Palais des Arts, quartier du Millenium). La musique et le Danube sont encore une  fois associés pour de magnifiques concerts. Beaucoup d’autres lieux de Budapest rappellent au visiteur le souvenir du musicien hongrois d’exception. Des manifestations annuelles comme le Festival du printemps ne manquent jamais de rendre lui rendre un hommage justifié.
Comme dans la capitale autrichienne, la vie de Budapest bat au rythme des multiples musiques et programmations de concerts et d’opéras qui l’animent tout au de long de l’année. Le Sziget Festival, sur l’île Marguerite est l’un des évènements musicaux budapestois les plus populaires de l’année.
Maison de Belá Bartók www.bartokmuseum.hu
Festival de printemps de Budapest : www.festivalcity.hu
www.szigetfestival.com

BASTEL, Karel (1949)
« An der Alten Donau, drunt’ in Kaisermühlen« , » Sur le vieux Danube, en aval de Kaisermühlen », hymne de Kaisermühlen (Vienne), musique et parole de Karel Bastel. Le quartier de la rive gauche du Danube où se trouvait autrefois de nombreux bateaux-moulins et chanté par de nombreux écrivains parmi lesquels Adalbert Stifter, est aujourd’hui avec le bras mort du vieux Danube et ses îles est des endroits de loisir les plus appréciés des Viennois.

BEETHOVEN, Ludwig von (1770-1827)
On ne peut aussi sous-estimer l’influence indirecte du Danube dans les sources d’inspiration de Beethoven, né à Bonn sur le Rhin la même année (20 mars 1770) que son contemporain et poète de génie allemand, chantre des grands fleuves, Friedrich Hölderlin (1770-1843), né à Lauffen sur le bord du Neckar. Beethoven arrive à Vienne en 1792, l’année du couronnement de François II de Habsbourg (1768-1835) comme empereur du Saint Empire Romain germanique (1792-1806) puis empereur d’Autriche de 1804 à 1835 sous le nom de François Ier et habitera jusqu’à sa mort en 1827, soit en tout 35 de ses 57 années de sa vie, dans la capitale impériale autrichienne ou à proximité.

Le monument consacré à Beethoven sur la Beethovenplatz au centre de Vienne et en face de la salle du Konzerthaus. L’oeuvre de Caspar von Zumbach (1830-1915) a été inaugurée en 1880, elle représente le compositeur en position assise avec à ses pieds des anges et un Prométhée enchainé. Photo © Danube-culture, droits réservés

Il y change de résidence de nombreuses fois pour diverses raisons de résidence. Le compositeur séjourne en 1802 au nord de la capitale à Heiligenstadt (Döbling, aujourd’hui quartier de Vienne) où son médecin l’a envoyé se reposer après ses problèmes de surdité. C’est dans cette résidence de la rue Probus qu’il écrit à l’automne son testament dit de « Heiligenstadt », une lettre qui reflète son profond désespoir face au fait de ne plus pouvoir entendre :  « Et mon malheur m’afflige doublement, car je dois rester méconnu, je n’ai pas le droit au repos dans la société humaine, aux conversations délicates, aux épanchements réciproques ; presque absolument seul, ce n’est que lorsque la plus haute nécessité l’exige qu’il m’est permis de me mêler aux autres hommes, je dois vivre comme un exilé, à l’approche de toute société une peur sans pareille m’assaille, parce que je crains d’être mis en danger, de laisser remarquer mon état – c’est ainsi que j’ai vécu les six derniers mois, passés à la campagne sur les conseils avisés de mon médecin pour ménager autant que possible mon ouïe ; il a presque prévenu mes dispositions actuelles, quoique, parfois poussé par un instinct social, je me sois laissé séduire. Mais quelle humiliation lorsque quelqu’un près de moi entendait une flûte au loin et que je n’entendais rien, ou lorsque quelqu’un entendait le berger chanter et que je n’entendais rien non plus ; de tels événements m’ont poussé jusqu’au bord du désespoir, il s’en fallut de peu que je ne misse fin à mes jours… »

 La maison de Heiligenstadt dans la Probusgasse où Beethoven écrivit son testament dit « de Heiligenstadt », photo droits réservés

Beethoven reviendra séjourner à Heiligenstadt en 1808 dans une maison de la « Grinzingerstraße » où réside également le tout jeune poète et dramaturge Franz Grillparzer (1791-1872) qui possédait une grande culture musicale. Une amitié nait de cette rencontre et un projet de collaboration pour un opéra sur le thème soit de « Drahomira » (duchesse de Bohême), soit de « Mélusine », commence en 1823. C’est ce dernier thème que choisit Beethoven pour commencer à en écrire la musique mais aucun fragment ou esquisse n’en a été conservé. Le projet n’aboutit pas mais F. Grillparzer garde intacte son admiration pour Beethoven et il écrira un émouvant éloge pour ses funérailles le 29 mars 1827. C’est le compositeur allemand Conradin Kreutzer (1780-1849) qui utilisera le texte de F. Grillparzer. L’opéra sera créé à Berlin en 1833 au théâtre royal de Prusse. Beethoven a entretenu une longue relation d’amitié avec le Bavarois originaire de Ratisbonne Johann Nepomuk Maelzel (1772-1738), l’inventeur du métronome.

Franz Grillparzer (1791-1872) en 1826 dont plusieurs des oeuvres sont liées au Danube, collection Goethe National Museum 

Les relations de Beethoven avec Vienne sont contrastées en raison de son esprit d’indépendance et aussi de sa surdité qui va s’aggravant durant son long séjour. « À Vienne, on n’a plus le sens de ce qui est bon et fort, bref de la vraie musique… On ne veut plus entendre ni mon Fidelio, ni mes symphonies… Rossini prime tout… Camelote et pianotage, voilà le goût de nos Viennois ! » Il est vrai que Vienne s’enfonce rapidement après la défaite, l’exil définitif de Napoléon et la nomination du redoutable comte et prince Klemens Wenzel von Metternich (1773-1859) comme ministre des Affaires Étrangères de l’empire autrichien puis surtout comme Chancelier, dans une atmosphère absolutiste conservatrice  qui ne s’accorde guère aux idées novatrices de Beethoven. La situation politique autrichienne sous contrôle de la police de Metternich participe à l’apothéose du goût bourgeois, le Bierdermeier au sein duquel la musique de salon, les ballets, la musique de danse (Ländler) vont occuper le devant de la scène. Cette atmosphère de divertissement et ce répertoire de musique légère ouvrent le chemin aux heures prestigieuses de la valse des années Strauss.
Pendant sa jeunesse, le compositeur avait émis le voeux d’être pêcheur et plus tard, lors de son séjour viennois, il aimait à se rendre au bord du Danube, pour observer et discuter avec les pêcheurs et les gens du fleuve.
Beethoven propose en 1823, peu de temps après le début des travaux, de venir diriger sa Missa Solemnis pour la consécration de la basilique saint Adalbert d’Esztergom sur le Danube hongrois, en amont de Budapest. La construction de l’édifice dure près de cinquante ans. La basilique ne sera finalement consacrée qu’en 1856. Aussi ce fut Franz Liszt qui dirige cette même année sa Graner Messe ou Messe d’Esztergom à cette occasion.

Le château de Gneixendorf, photo Von BSonne – Eigenes Werk, CC BY-SA 4.0, https

Son frère, Johann van Beethoven, pharmacien à Linz acheta en 1819 le joli petit château baroque de Wasserhof à  Gneixendorf, sur la rive droite du fleuve, à la hauteur de Krems, en amont de Vienne. Ludwig van Beethoven, y séjourne l’automne avec son neveu Karl à partir du 29 septembre 1826. Il loge dans la chambre d’angle à trois fenêtres au premier étage, à l’angle sud-ouest comme en témoigne une remarque de son neveu dans le cahier de conversation dont se servait le compositeur atteint de surdité : « Devant tes fenêtres se trouve un cadran solaire ». Le cadran solaire, qui date de la fin du XVIIIe siècle, se trouve entre la deuxième et la troisième fenêtre du côté sud. Beethoven y acheva le 30 octobre le quatuor à cordes en fa majeur op. 135 et composa ensuite le nouveau finale pour le quatuor à cordes en si bémol majeur op. 130. Il est vraisemblable que le musicien ait fait quelques promenades au bord du fleuve à cette occasion.  Au début du mois de décembre, il retourna à Vienne, tombe malade pendant le trajet et meure trois mois plus tard.

BERG, Alban, (1885-1935)
Alban Berg, né à Vienne,  s’impose comme l’un des précurseurs les plus importants de la musique contemporaine. Il adopte successivement l’atonalisme et le dodécaphonisme. Formé par Arnold Schönberg, il est avec Anton Webern à l’origine d’un mouvement essentiel : la Seconde École de Vienne, en référence à la première composée de Haydn, Mozart et Beethoven. Son exploration musicale atteint la limite du sérialisme.
Dès son plus jeune âge, Alban Berg apprend le piano en autodidacte et façonne des mélodies de manière spontanée. Devenu l’élève de Schönberg en même temps que Webern, il dépasse l’influence première du romantisme allemand pour s’essayer à l’atonalisme, dans une Sonate pour piano (1908) puis un Quatuor à cordes (1910). Ces premières pièces reflètent encore le goût du compositeur pour  Wagner, Wolf et Mahler. C’est dans l’opéra Wozzeck (1925) que Berg fait véritablement apparaître de nouvelles techniques, notamment vocales (Sprechgesang), qui cependant ne se trouvent jamais affranchies des formes classiques.
La période dodécaphonique de Berg débute en 1925 avec le Concerto de chambre. Elle se poursuit jusqu’à la fin de sa vie avec l’opéra inachevé Lulu. Créé lui aussi de façon posthume, le Concerto à la mémoire d’un ange, œuvre très personnelle pour violon et orchestre, exprime un lyrisme et un mysticisme obtenus grâce à une utilisation libre de la série et un appui sur des fragments musicaux de référence (chanson populaire ou choral de Bach). Alban Berg a dédié cet oeuvre à Manon Gropius, fille d’Alma Mahler et de l’architecte Walter Gropius décédée le lundi de Pâques 1935 à l’âge de 18 ans. Il mourra le 24 décembre de la même année.
Entre innovation révolutionnaire et relecture du passé, Alban Berg développe une oeuvre marquante et décisive pour l’entrée dans le XXe siècle.

Alban Berg en six dates :

  • 1910 : création d’une association de littérature et de musique ; mouvement de la Seconde École de Vienne initié avec Schönberg et Webern.
  • 1911 : transcription d’une symphonie de chambre de Schönberg pour piano.
  • 1912 : réalisation d’un almanach avec le peintre Kandinsky, fondateur de l’art abstrait (première œuvre non figurative en 1910).
  • 1925 : Berg intègre la nouvelle Société Internationale de Musique Contemporaine qui a pour objet la diffusion des idées musicales nouvelles.
  • 1926 : adoption du système dodécaphonique développé par Schönberg à partir de 1923.
  • 1927 : Berg signe un contrat avec Universal Edition, ce qui le libère des contraintes matérielles.

Alban Berg en six œuvres :

  • 1905-1908 : Sieben frühe Lieder (Sept lieder de jeunesse), cycle de lieder pour voix de femme et piano ; orchestration en 1928.
  • 1910 : Quatuor à cordes n°1 ; Berg bascule dans l’atonalisme.
  • 1923-25 : Kammerkonzert, concerto de chambre pour violon, piano et treize instruments à vent ; dédié à Schönberg. Première œuvre dodécaphonique de Berg.
  • 1925 : Wozzeck, opéra en trois actes d’après la pièce Woyzeck de G. Büchner, créé à Berlin. Considéré comme le premier opéra atonal malgré la présence de formes traditionnelles.
  • 1929 (achevé en 1979 par Friedrich Cerha) : Lulu, premier opéra dodécaphonique, sur un livret inspiré par des œuvres de Frank Wedekind (La boîte de Pandore et L’esprit de la terre). Création à l’opéra de Zurich en 1937 puis en 1979 sous forme achevée à l’Opéra de Paris.
  • 1935 : Concerto à la mémoire d’un ange, concerto pour violon créé de façon posthume en 1936 par Louis Krasner.

Sources :
Radio France, France-Musique :
www.francemusique.fr

BERGER, Rodolphe (1864-1916)
Reine du Danube : célèbre valse viennoise : [pour piano] (10e éd.), Librairie Hachette, Paris 1902.
Compositeur d’origine viennoise installé à Paris.

BRAHMS, Johannes (1833-1897)
Le grand compositeur allemand est né à Hambourg sur les rives d’un autre grand fleuve, l’Elbe. Il s’est installé à Vienne en 1862. On ne peut s’empêcher de penser au Danube ou à l’Elbe à l’écoute de sa troisième symphonie, créée par l’Orchestre Philharmonique de Vienne sous la direction de Hans Richter (1843-1916).

Il ne reste plus rien du dernier appartement (4, Karlsgasse) tout proche du bâtiment du Musikverein et de l’église Charles où a résidé et où est mort le compositeur Johannes Brahms (1833-1897). Seule une modeste plaque en indique l’emplacement. Un monument lui est par contre dédié à proximité sur la Karlsplatz. Johannes Brahms  est enterré au cimetière central de Vienne (Zentral Friedhof, Groupe 32 A, n°26). Le monument funéraire a été réalisé par Ilse Twardowski-Conrat (1880-1942) et inauguré en 1903.

Le monument de Rudolph Weyr (1847-1914) inauguré en 1908 en hommage à Johannes Brahms dans le parc Ressel sur la Karlsplatz, photo Bwag, droits réservés

Am Donaustrande (Sur la grève du Danube), Liebeslieder Walzer, opus 52 n° 9 pour voix et accompagnement de piano à quatre mains,.
Les 18 chants d’amour sur des textes de Georg Friedrich Daumer (1800-1875) regroupés sous le titre de Polydora évoquant par imitation des poésies populaires, en forme de valses tournoyantes de courte durée sont écrits en 1869 par un compositeur amoureux de Julie Schumann (1845-1872), troisième fille des musiciens Robert et Clara Schumann. Un amour qui semble ne pas avoir eu malheureusement d’écho chez la jeune femme qui se mariera cette même année avec le comte italien Vittorio Amadeo Radicati di Marmorito et décèdera de la tuberculose en 1872 à Paris.

Sur la grève du Danube, une chaumière
Une fille aux joues roses, à la fenêtre
La belle est bien gardée
Dix verrous condamnent sa porte
Dix verrous de fer, quelle plaisanterie,
Je les briserai comme du verre.

BREGOVIĆ, Goran (1950)
Musicien et compositeur né dans une famille serbo-croate à Sarajevo. Il a écrit de nombreuses musiques de film, en particulier pour les long-métrages d’Emir Kustarica, Patrice Chéreau, Radu Mihaileanu, Marc Rivière… ( Le Temps des Gitans, 1990, Arizona Dream, 1993, Underground, 1995, La Reine Margot, Train de vie, Le lièvre de Vatanen…). Il est le fondateur de l’Orchestre des Mariages et enterrements avec lequel il s’est produit à travers toute l’Europe.
Sa musique est un « patchwork » très coloré et très rythmique d’influences diverses.
Un musicien du Danube balkanique emblématique dont les oeuvres ne laissent jamais indifférent.

BRUCKNER, Anton (1824-1896)
Compositeur, organiste autrichien de l’époque romantique, né à Ansfelden sur la rivière Traun (Haute-Autriche), affluent de la rive gauche qui se jette dans le Danube en amont de Linz. Il a été attribué à Bruckner le surnom peu flatteur de « paysan du Danube » en raison de ses manières assez frustres. Ses contemporains n’ont apprécié que sur le tard sa musique mais c’est pourtant l’un des musiciens les plus importants et les plus innovateurs de son temps.
Ses oeuvres les plus significatives sont ses grandes symphonies, ses trois grandes messes et son Te Deum. Bruckner était également un génial  improvisateur.

Anton Bruckner (1824-1896)

Bruckner et Linz
   « Linz, chef-lieu de la Haute-Autriche, province natale du Maître, est désormais le foyer de son culte musical, grâce à son élève et biographe Auguste Göllerich. I1 s’y donne toutes les années un festival Bruckner, d’où l’on accourt de tous les points de l’Allemagne resplendissent les Alpes, tandis que le vaste Danube s’épand dans les plaines au milieu d’inextricables saulaies et de grasses prairies. Et dès lors les symphonies de Bruckner auront ce caractère fluvial, ces débordements, ces progressions essoufflantes pour les poitrines citadines, accoutumées à respirer des atmosphères moins vitales, et cet apparent désordre qui n’est que l’ordre naturel avec la variété d’une création, tous les recoins enchanteurs du bocage, les petites fleurs des prés, le scintillement des neiges lointaines et les nuages au flanc de la montagne. »
William Ritter, « Un grand symphoniste catholique », Revue générale, vol. 85, 1907

   Le compositeur a habité Linz et dans ses environs. Cette ville, chef-lieu de la Haute-Autriche, cité entreprenante et attachante qui fut en 2009 Capitale européenne de la culture, propose une visite guidée sur le thème du compositeur. On  part ainsi à la découverte des lieux qui lui étaient chers ou de ceux qui lui sont dédiés comme sa maison, la vieille cathédrale « Der alter Dom » et pour laquelle il écrivit sa première symphonie. L’initiative « Escaliers de Bruckner » permet de voyager dans les pas de Bruckner et de découvrir les orgues sur lesquelles il jouait et improvisait.
Bruckner composa sa Messe en mi mineur pour la nouvelle cathédrale de Linz,  « Die Neuer Dom », appelée aussi « Mariendom ».
La « Brucknerhaus », salle de spectacle construite en 1974 par les architectes finlandais Kaja et Heikki Sirén est en forme de tarte de Linz (!), en référence à la célèbre pâtisserie locale imitée (plus ou moins fidèlement) dans le monde entier. Cette salle accueille également en résidence l’une des meilleures formations symphoniques autrichiennes, le « Bruckner Orchester ».

La « Brucknerhaus » sur la rive droite du Danube, photo © Danube-culture, droits réservés

   Le festival « Brucknerfest » a lieu à Linz une fois par an depuis 1979 et offre un mélange unique entre tradition et futur grâce à la venue à des musiciens de renommée internationale et un spectacle de son et lumière sur le Danube.
L’Université privée Anton Bruckner, ouverte en 2004, est dédiée à la musique, au théâtre et à la danse. Elle accueille plus de 850 étudiants pour près de 200 professeurs venant du monde entier.
www.bruckneruni.at

   À 20 km de Linz se trouve la grande Abbaye baroque de Saint-Florian, une des abbayes les plus réputées de Haute-Autriche. À l’intérieur de la collégiale, on peut admirer les deux orgues exceptionnelles dont un possédant plus de 7000 tuyaux, dit « de Bruckner ». Celui-ci en fut le titulaire de 1848 à 1855. Le compositeur est enterré, selon sa volonté, derrière ces instruments. Le compositeur fut également invité à jouer sur les orgues de l’abbaye de Klosterneuburg aux environs de Vienne.
www.stift-st-florian.at
Une promenade musicale de quelques 8 kilomètres mène également par les champs et par les prés d’Ansfelden jusqu’à l’Abbaye de St.-Florian. Cet itinéraire s’accomplit au rythme d’extraits de ses 10 symphonies grâce à des bornes interactives placées le long du chemin dont on peut recevoir les informations sur différents appareils avec une fonction GPS.

Tourist Information Linz : www.linz.at/tourismus
Maison d’Anton Bruckner Linz : www.brucknerhaus.at
Brucknerorchester Linz : www.bruckner-orchester.at
Promenade musicale en compagnie de Bruckner : www.geocaching.com

BOULANGER, Georges (1893-1958)
De son vrai nom Ghiţa Bulencea, violoniste virtuose, chef d’orchestre et compositeur d’origine roumaine né à Tulcea aux portes du delta du Danube. Un des artistes les plus populaires de son époque.


BUDAPEST et la musique hongroise
   Budapest rivalise avec Vienne dans le domaine des arts et dans celui de la musique en particulier. Ses salles de concert, pour certaines directement sur le fleuve, n’ont rien à envier aux salles viennoises. Les Budapestois sont autant attachés à leurs institutions musicales que les Viennois à leur opéra ou au Konzertverein. 
« Il est émouvant de traverser un samedi soir les rues de la ville. Du plus luxueux des restaurants à la mode comme du plus sordide bouge où se réfugient les débardeurs, une même mélodie s’élève vers le ciel nocturne. Des voix viriles la portent sur leurs vibrations profondes et clament la même complainte. On dirait d’une voix immense qui lance vers la nue un grand appel désespéré. La musique hongroise semble se fondre en un hymne unique où toutes les voix répètent les mêmes accords, entonnés sur le même rythme.
Tous ces musiciens, tous ces chanteurs, tous ceux qui les écoutent communient sous les espèces de la mélodie et du rythme dans une même pensée nationale.
Le Hongrois chante quand il est triste. Il passe sa peine à l’exhaler dans son chant, c’est-à-dire à la fondre dans la grande complainte commune où son peuple entier a exprimé sa révolte ou son espoir depuis plus de mille ans.
Les mélodies qui chantaient la tristesse du Kuruc disent aujourd’hui sur les mêmes paroles, dans la gorge du citadin du vingtième siècle, comme dans celle du paysan, la même douleur. Les causes de la tristesse ont varié , le caractère du chagrin n’a pas varié. Dans la musique se conserve la continuité du tempérament national. Et en réalité ce n’est pas son affliction d’avoir été vaincu par l’Allemand, le Turc, l’Europe coalisée de 1918, qui s’exprime dans le chant hérité des ancêtres.  C’est une peine plus profonde, celle d’être Hongrois. D’avoir été le Hongrois de Mohács, celui de Világos comme celui de Trianon. D’avoir été vainqueur du Turc, vainqueur de l’Allemand ou du Slave et vaincu par l’Europe ingrate, de s’être fait une patrie et de rester quand même un sans-patrie dans une Europe hostile où il est abandonné  par sa race, par ses parents, par ses anciens alliés, d’être à la fois sédentaire et errant, de vouloir la paix et d’être harcelé par la guerre, de vouloir vivre et d’être menacé de mort.
La musique rappelle au Hongrois ce qu’il est. Elle lui fait revivre sa grandeur et sa misère. Elle est la forme symbolique où se manifeste le plus authentiquement la Hongrie.

Salle de concert B. Bartok, MUPA, Budapest, photo droits réservés

Le public occidental ne connaît guère de la musique hongroise que quelques fragments qu’il ne sait pas toujours relier entre eux. En dehors de quelques auditions de Tsiganes, il n’a qu’en de rares occasions le moyen d’entendre des récitals ou des concerts de compositeurs comme Kodály, Dohnányi, Hubay, etc. Les oeuvres qui lui sont présentées sont surtout des compositions savantes, en partie inspirées par la technique des grands musiciens européens. Si grand que soit le mérite de ces oeuvres, elle ne donne aucune idée de ce qu’est la musique du Hongrois moyen. Mais ici encore, il convient de remarquer que les compositeurs hongrois même les plus européanisés ont toujours été dominés par la préoccupation de produire des oeuvres s’inspirant des motifs  ou des éléments de la musique nationale plus particulièrement de la vieille musique paysanne. Leur mission a été d’exprimer en langage musical moderne la musique chantée par le paysan ou le soldat. De Liszt à Bártok, aucun n’y a failli. La production musicale hongroise est ainsi marquée d’une succession d’oeuvres comme la Rapsodie hongroise ou le Psalmus Hungaricus, sans parler des danses, des opéras, et toutes ces autres oeuvres où la musique occidentale s’allie à la complainte du Kuruc ou à la romance du berger de l’Alföld.
Je n’ai pas besoin d’ajouter que le public hongrois, avec la culture musicale qui le caractérise, sait apprécier aussi les grands chefs-d’oeuvres de la musique étrangère. Wagner a été joué à Budapest avant d’avoir obtenu de figurer régulièrement sur le répertoire allemand, Berlioz, qui a emprunté à la musique nationale hongroise la fameuse marche des cavaliers de Rákóczi, a été fêté en Hongrie alors qu’on l’ignorait en France. Aujourd’hui, nos virtuoses et nos compositeurs reçoivent là-bas, un accueil enthousiaste. Moi-même, je me rappelle les folles ovations décernées par une salle délirante à notre vieux maître Vincent d’Indy.
Mais le public des salles de concert ou d’opéra  est en Hongrie comme en France une élite privilégiée. Son goût peut être des plus sûrs, il ne préjuge en rien de l’attitude du reste de la nation envers la musique. Ce qu’on vient de lire plus haut montre qu’en Hongrie, la musique, devenue une institution nationale, est la forme d’expression universelle et la plus authentique de la grande pensée de tout le peuple. »

Aurélien Sauvageot, Découverte de la Hongrie

CHIRESU, Ioan, D. (1889-1980)
   Compositeur, pédagogue, professeur d’université, chef de chœur né sur la rive droite du Bas-Danube à Cernavodǎ en Dobroudja  (Judets de Constanţa). Diplômé en théologie, il commence ses études au Conservatoire de Bucarest et les continue  à la Schola Cantorum de Paris où il est l’élève de Vincent d’Indy. Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, il séjourne dans un village de la Moldavie et compose après la bataille de Mărășești pendant l’été 1917 l’une de ses œuvres les plus populaires, Mama sur un texte du poète Gh. Roiban. Il est l’auteur de plus de quatre cents pièces chorales dont beaucoup sont inspirées de la musique folklorique roumaine (Chant du coucou...). Il composa également une série d’oeuvres de propagande après l’installation du régime communiste en Roumanie.

Ioan D. Chirescu (1889-1980)

   « Mon souhait, comme celui de tous les honnêtes gens du monde entier, est d’avoir une paix pleinement assurée, car c’est la seule façon de travailler et de créer de manière fructueuse dans tous les domaines, et notamment dans celui des arts. Je m’engage à partir de ce jour à toujours chanter avec le peuple. »

CIKKER, Ján (1911-1989)
Compositeur et pédagogue slovaque, professeur au Conservatoire de Bratislava et conseiller auprès du Théâtre National slovaque puis après 1948 à la VŠEMU (École Nationale Supérieure des Arts de la Scène).
Son catalogue d’oeuvres comprend  des poèmes symphoniques, des opéras (Juro Jánošík, 1950-1953, , Obliehanie Bystrice, 1969-1971, Coriolan, 1970-1972), de la musique de chambre, un cycle de lieder, des adaptations et des orchestrations de musique populaire.

COUZA, Dimitri, Théodore
L’étoile du Danube, valse pour piano (Paris ?, 1962)

CUCLIN, Dimitru (1885-1978)
Dimitru Cuclin, compositeur, violoniste, musicologue, pédagogue, écrivain, poète, traducteur et philosophe (métaphysique), né à Galaţi (Moldavie roumaine) dans une famille originaire de Bessarabie d’où son père avait émigré pour la Roumanie, est une personnalité singulière du monde de la musique roumaine. Il étudie avec Vincent d’Indy à la Schola Cantorum de Paris mais, faute d’obtenir une prolongation de sa bourse d’études, il doit rentrer précocement en Roumanie (1914). Il enseignera au Conservatoire de Bucarest (premier titulaire de la Chaire d’esthétique et brièvement directeur), au Brooklyn Conservatory of Music et au City College of Music de New York entre 1922 et 1930 puis de nouveau au Conservatoire de musique de Bucarest dont il est brièvement le directeur pendant la seconde guerre mondiale. Il quitte ses fonctions en 1948. Le régime communiste prend le prétexte de sa participation à une soirée au Goethe Institut de Bucarest pour l’arrêter alors qu’il est âgé de 65 ans. Considéré comme réactionnaire et idéaliste, il est sévèrement condamné à deux années de travail forcé dans un camp de prisonniers sur le chantier du Canal de la mer Noire (1950-1952). Dimitru Cuclin a la chance de pouvoir en réchapper et de pouvoir à nouveau composer. Il meurt en 1978.
Ses oeuvres musicales (6 opéras, 20 symphonies, concerti pour piano, violon, clarinette, quatuors à cordes, musique vocale, ballet…) s’inscrivent dans la tradition des oeuvres de César Franck et de Vincent d’Indy.

Dimitru Cuclin (1885-1978)

CZERNY, Carl (1791-1857)
Pianiste virtuose, compositeur et pédagogue viennois qui fut notamment le professeur de Franz Liszt.

CZIBULKA, Alfons (1842-1894)
Am Donaustrand, marche

DUSÍK, Gejza (1907-1988)
Compositeur slovaque, fondateur de l’opérette nationale slovaque. parmi ses oeuvres les plus connues on peut mentionner Zlatá rybka (Le poisson d’or, opérette, 1954, d’après un conte populaire russe), Na vlnách Dunaja (Sur les vagues du Danube, poème symphonique, 1937). Outre des opérettes il compose des oeuvres symphoniques, des oeuvres de musique de chambre et des lieder.

DVOŘÁK, Antonín (1844-1901)
A já ti uplinu preč po Dunaječkuopus 32 n°1
Le compositeur tchèque habite dans ses jeunes années à Nelahozeves, un petit village au bord de l’Elbe. C’est à travers la poésie populaire que s’établit le lien de Dvořák avec le Danube. Dans la première chanson de ses Duos moraves, opus 32 pour soprano, mezzo et accompagnement de piano, le compositeur met en musique un texte de poésie populaire morave A já ti uplinu preč po Dunaječku. L’eau, les rivières, les fleuves, les lacs et les esprits qui y demeurent sont un thème récurrent de la poésie des pays de Bohême dans laquelle Dvořák et les autres compositeurs de ce pays ont puisé une partie importante de leur source d’inspiration.
https://youtu.be/UWcjoAkBM1w

Pour en savoir plus sur Antonín Dvořák :
www.musicabohemica.org

La thématique du Danube se rencontre évidemment régulièrement dans les chants populaires tout au long du parcours du fleuve, de ses sources jusqu’à son delta.

L’eau qui garde sa proie

« J’avais un bien-aimé
comme le romarin ;
C’est l’eau qui me l’a pris
Aux pervenches fleuries

Au temps de la pervenche
et des lavandes mûres,
Le Danube l’a pris
Dans son flot qui murmure

Au Danube j’irai
‘L’appelant d’un long cri
« Belle eau tranquille et pure
Rends-moi, rends-moi mon amour !

– Va je te le rendrai
Mais sans couleur de vie ;
Ah ! Quand tu le verras
Que ton coeur saignera ! »

L’eau qui garde sa proie, in Romarin ou Annette et Jean, ballades et poésies populaires tchèques et moraves, traduit par Suzanne Renaud, Les Amis de Suzanne Renaud et Bohuslav Reynek, 2002

EYSLER, Edmund (1874-1949)
Donauliebchen, opérette, 1932
Compositeur viennois issue de la communauté juive, auteur de lieder et de musique instrumentale ainsi que de plus de soixante opérettes (Der lachende Ehemann, Frühling am Rhein, Die gold’ne Meisterin, l’opérette préférée d’Adolf Hitler, Wiener Musik…) et de deux opéras.

FAHRBACH, Philipp  (1815-1885)
Die Donau Nixe und Vater Rhein
   Compositeur né et mort à Vienne. Il commence par jouer sous la direction de Johann Strauss senior en 1825 puis s’en émancipe en 1835 en créant son propre orchestre, devenant ainsi un rival de Johann Strauss père puis de son fils Johann Strauss junior.
Son fils Philipp (1843-1894), également compositeur, dirigera l’orchestre de son père. Il se produira à Paris en 1878 à l’occasion de l’Exposition universelle.

FARKAS, Ferenc (1905-2000)
The Danube valley
Né à Nagykanizsa (Hongrie) le 15 décembre 1905, mort à Budapest le 10 octobre 2000.
Ferenc Farkas étudia la composition à l’Académie de Musique de Budapest avec Leò Weiner et Albert Siklòs (1922-1927) puis à l’Academia Santa Cecilia de Rome avec Ottorino Respighi (1929-1931). De 1932 à 1936, il séjourna à Vienne et à Copenhague où il écrivit de nombreuses musiques de film pour le metteur en scène Paul Fejös. De retour en Hongrie, il assura plusieurs fonctions musicales à Budapest, Kolozsvàr (Cluj, en Roumanie actuelle), Székesfehérvàr et enseigna la composition à l’Académie de Musique Franz Liszt de Budapest depuis 1949 jusqu’à sa retraite en 1975. Parmi ses nombreux élèves, citons György Ligeti, György Kurtag, Emil Petrovics, Zsolt Durkò, Sàndor Szokolay, Attila Bozay, Zoltàn Jeney…

Ferenc Farkas puise ses sources dans la musique populaire hongroise et la tradition musicale italienne mais explore aussi les courants modernes comme la dodécaphonie. Son oeuvre (plus de 700 titres) s’étend à tous les genres de musique : opéras, comédies musicales, ballets, musiques de film et de scène, oeuvres pour orchestre, concertos, musique de chambre, messes, cantates, oratorios, choeurs et lieder.

Une invention mélodique, un goût du rythme, vif et spontané, une parfaite aisance à écrire dans tous les styles et pour tous les instruments, une culture cosmopolite, un désir constant de concilier tradition et modernité sont les composantes du microcosme très personnel de Ferenc Farkas. Son oeuvre a enrichi la musique hongroise de nouvelles perspectives.

Parmi les nombreuses distinctions dont Ferenc Farkas a été honoré, citons :

le Prix Kossuth (1950, 1991)
le Prix Gottfried von Herder (1979)
Chevalier de l’Ordre de la République italienne (1984)
Sources :
site officiel de Ferenc Farkas : www.ferencfarkas.org

FETERMAN, Toma (1979)
Une cigogne a traversé le Danube
La Caravane passe, Ahora in da Futur, Ziveli Orkestar : Olivier Llugany, Ben Body, Cyril Moret, Pat Gigon, Toma Feterman, Makasound / Pias, 2011
Auteur compositeur interprète, multi- instrumentiste (chant, guitare, basse, trompette), DJ, MC d’origine polono-roumaine aux traditions ashkénazes, fondateur de La Caravane passe, Les 4’zArts, Soviet Suprem, Le Freylekh Trio (musique Klezmer)…, une sorte d’explorateur musical qui aventure dans de nombreux univers artistiques avec talent.
https://youtu.be/KVM1Of4U5Xs

FÖDERL, Karl (1885-1953)
Wär die Donau ein kleines Wasserl, wiener Lieder, texte de J. Petrak
Compositeur et cafetier (!) viennois

FRIEDELL, Egon (1878-1938)
 Le Roi du pétrole, ou le Sorcier du Danube (Der Petroleumkönig oder Donauzauberer), 1908, opérette parodique composée en collaboration avec l’écrivain Alfred Polgar (1873-1955)

FUČÍK, Julius (1872-1916)
Vom Donauufer, valse de concert opus 135 (1903), Donausagen Waltz, Valse des légendes du Danube opus 233 (1909),  Danubia, opus 229, marche

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Julius Fučík (1872-1916)

Musicien tchèque talentueux et polyvalent, violoniste, bassoniste, percussionniste, il fréquente le conservatoire de sa ville natale et suit également les cours de composition d’Antonín Dvořák. Fučík joue du basson dans divers orchestres symphoniques et orchestres de théâtre. Il intègre d’abord le régiment d’infanterie n° 84 de Basse-Autriche avec lequel il joue à Krems/Danube puis à Vienne sous la direction de Karel Komzák. Julius Fučík dirigera ensuite pendant plusieurs années de prestigieuses fanfares militaires, notamment celle du régiment d’infanterie n°86, qui stationnait à Sarajevo en 1897. En 1900, il est envoyé à Budapest. Ces années budapestoises sont très prolifiques en termes de composition. Une de ses marches les plus célèbres, « L’entrée des gladiateurs », est composée lors de ce séjour. De 1910 à 1913 il dirige l’orchestre du régiment d’infanterie n° 92 à Theresienstadt (Bohême) jusqu’à son mariage à Berlin en 1913. Il fonde dans cette ville un orchestre et une maison d’édition musicale (« Tempo-Verlag ») puis meurt trois ans plus tard à l’âge de 44 ans en laissant un opus conséquent de plus de 400 oeuvres dont un certain nombre a été malheureusement perdu (opéra, lieder, requiem oeuvres pour choeur, musique de chambre, valses, marches…)

GEORGESCU, George (1887-1964), le « génie musical du Delta » !
Violoncelliste et grand chef d’orchestre roumain né dans le delta du Danube à Sulina. Il étudie au Conservatoire de Bucarest puis à Berlin avec Hugo Becker où il suit également les cours de direction et de composition. Après avoir joué avec le quatuor Marteau, il doit se tourner pour des raisons physiques vers la direction d’orchestre et travaille avec Arthur Nikisch à Leipzig. Il dirige l’Orchestre Philharmonique de Berlin en 1918 et rentre en Roumanie pour fonder la Philharmonie d’État George Enescu de Bucarest qu’il dirigera jusqu’à sa mort. Professeur au Conservatoire de la capitale roumaine (1950-1953), directeur de l’Opéra (1922-1940), admiré pour l’expressivité de ses interprétations, il fait de la Philharmonie d’État de Bucarest l’un des meilleurs orchestres au monde.
https://souvenirsdescarpates.blogspot.com/2007/12/discographie-georgescu.html

GLETLE, Padre Johannes (Johann Baptist) OSB, (1653-1699)
Compositeur et organiste, fils du Cantor de la cathédrale d’Augsbourg Johann Melchior Gletle (1626-1683). Il étudie la théologie à l’abbaye bénédictine de Göttweig, se rend en 1678 à Vienne pour travailler avec Johann Kaspar Kerll (1628-1693), organiste de la cour impériale d’Autriche. Gletle obtient en 1682 le poste de Regens Chori (1682-1692) à l’abbaye bénédictine de Göttweig. Johann Melchior Gletle décède en 1683 et son fils le remplace temporairement puis revient à Göttweig. Il occupa, outre son poste de Regens Chori, d’autres fonctions comme celles de directeur, sous-prieur et maître des novices. Il fait imprimer à Krems en 1687 des psaumes en 9 parties avec accompagnement instrumental (Deliciae sacrae sive novem Psalmi Vespertini) et élargit le répertoire musical de la chapelle musicale de l’abbaye en acquérant des oeuvres de son père, d’Andreas Hofer (1629-1684), Maître de chapelle à la cour de Salzbourg et d’Ignaz Franz von Biber (1644-1704). 

GOOCH, William (?-?)
Easy Brillant Transcription of the beautiful Song Danube River, 1873
Compositeur américain  actif dans la deuxième moitié du XIXe siècle.GROBE, Charles (1817-1879)
The Danube River, Mazurka, 1875
Compositeur germano-américain prolifique émigré aux USA en 1839.

GULAK-ARTEMOVSKY, Semyon Stepanovitch (1813-1873)
Le cosaque Zaporozhye sur le Danube, opéra comique, 1863
Chanteur (baryton), acteur, compositeur et dramaturge ukrainien, neveu du poète Petro Gulak-Artemovsky et proche du grand poète Taras Shevchenko, Semyon Stepanovitch Gulak-Artemovsky passa toute sa vie professionnelle en Russie. Son opéra comique Le cosaque Zaporozhye sur le Danube fut créé à le 26 avril 1863 au théâtre de Saint Pétersbourg.

GODÁR, Vladimír (1956)
Compositeur, musicologue et écrivain slovaque né à Bratislava. V. Godár a écrit en particulier des oeuvres  symphoniques, de musique de chambre et de musique sacrée ainsi que d’excellentes musiques de film. Ses travaux de recherches musicologiques ont permis la redécouverte d’oeuvres de compositeurs slovaques du XIXe siècle.
www.vladimirgodar.wz.cz

HAMILTON, Aidé (1826-1906)
The Danube River
Enregistré pour la Columbia en 1913 à New York par Grace Kerns (?-1936), connue sous le nom de Elle était connue sous le nom de « rossignol des tranchées » car elle passa huit mois à divertir les troupes américaines en France pendant la Première Guerre mondiale.
https://www.loc.gov/item/playlist?tracks=jukebox-648335

HAYDN, Joseph (1732-1809)
 Joseph Haydn est originaire du petit village de Rohrau, à proximité du Danube (rive droite) en Autriche orientale, non loin de la frontière hongroise. Sa maison natale est transformée en un charmant et simple petit musée avec une agréable cour intérieure. Une saison de concert de musique de chambre y est proposée. Le compositeur étudia dans ses jeunes années dans la petite ville de Hainburg sur le Danube où son grand-père Matthyas Haydn et sa famille résidèrent auparavant.
 www.haydn-gesellschaft.at

Plaque commémorative sur la façade de l’église de la Miséricorde où Joseph Haydn a travaillé avec le choeur de 1755 à 1758, Taborstrasse, Wien, photo © Danube-culture, droits réservés

De Hainburg sur le Danube à la cathédrale saint-Étienne de Vienne…

« Mon père, Dieu ait son âme, était charron de profession et sujet du comte Harrach. Par nature grand amateur de musique, il jouait de la harpe sans connaître ses notes, et enfant de cinq ans, je l’imitais consciencieusement en chantant ses airs courts et simples, ce qui conduisit mon père à me confier à un parent, directeur d’école à Hainburg, pour y apprendre les rudiments de la musique ainsi que d’autres matières nécessaires à la jeunesse. Le dieu tout-puissant (à Lui seul je rends grâces pour tant de bienfaits) m’a doté, particulièrement en musique, de tant de facilité que, dès ma sixième année, je chantais quelques messes dans le choeur et jouais aussi diverses choses au clavecin et au violon.

Clocher de l’église baroque paroissiale saint-Philippe et saint-Jacques de Hainburg sur le Danube, photo © Danube-culture, droits réservés

Dans ma septième année, feu le Capellmeister Reutter, passant par Hainburg, entendit par hasard ma voix, faible mais agréable. Il m’emmena aussitôt dans la chapelle où, tout en faisant mes études, j’ai appris d’excellents maîtres l’art du chant, du clavecin et du violon. J’ai ainsi chanté comme soprano avec grand succès, tant à Saint-Étienne qu’à la cour, jusqu’à ma dix-huitième année. »
Joseph Haydn, Esquisse autobiographique, 1776

HENRION, Paul (1817-1901)
Une rencontre dans le Danube (1864), opéra comique, livret de Jules de WAILLY
Paul Henrion est tout d’abord apprenti horloger et comédien ambulant. Il  écrit près de 1 300 chansons dont 600 romances qui sont publiées par l’éditeur Colombier. Il compose également plusieurs œuvres lyriques sans grand succès et un nombre conséquent de pièces de salon pour piano. Paul Henrion est avec Ernest Bourget et Victor Parizot, l’un des fondateurs de la Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique (SACEM).

Paul Henrion (1817-1901)

HINDEMITH, Paul (1895-1963)
« Ein Abend an der Donauquelle » (Un soir à la source du Danube), 3ème mouvement de Minimax – Repertorium für Militärmusik (1923), quatuor à cordes, créé au moment du Festival de musique contemporaine de Donaueschingen mais hors programme officiel. Ce festival intitulé initialement Kammermusikaufführungen zur Förderung der zeitgenössischen Tonkunst puis Donaueschinger Musiktage, a été fondé deux ans auparavant sous la protection du prince Max Egon II. de Fürstenberg (1863-1941).
www.hindemith.info

HODY, Jean (1935)
Le songe du Danube
Pianiste et compositeur français

HOMOLOVÁ, Zuzana (1948)
Stála Andulka pri Dunaji (Andulka au bord du Danube), chanson traditionnelle slovaque
Zuzana Homolová, de son vrai nom Dobromila Baloghová, est née à  Ružomberok en Slovaquie.

Andulka au bord du Danube,
Lavait ses jambes blanches,

Tout en lavant ses jambes
Elle accouchait d’un joli garçon,

Mon garçon, que le courant t’emporte,
Et je resterai une  vierge pure.

Une mégère passant par là,
Alla trouver le seigneur.

Qu’attendez-vous, seigneur,
Pour arrêter Andulka ?

Andulka, ouvre vite cette porte,
Père et mère te le demandent.

Je sais bien que ce ne sont père et mère,
Mais deux bourreaux qui viennent à moi.

Arrachez-moi les yeux bourreaux,
Et coupez-moi la tête.

Car j’ai bien mérité de mourir,
C’est mon neuvième fils que je fais ainsi périr.

HUMMEL, Johann Nepomuk (1778-1837)
Johan Nepomuk Hummel est né en Slovaquie à Bratislava (Presbourg en allemand, Pozsony en hongrois) dans une famille de musiciens. Ce fut l’un des plus brillants virtuoses de piano de son temps et un prolifique compositeur.
The Project Hummel :
www.jnhummel.info

IGELHOFF, Peter (1904-1978)
De son vrai nom Rudolf August Ordnung, pianiste et compositeur autrichien né à Vienne. Il compose des chansons dans les années 30 puis après la seconde guerre mondiale pendant laquelle il fut envoyé sur le front par les Nazis qui jugeaient que ses oeuvres étaient trop influencées par la musique américaine. Il écrivit par la suite
de nombreuses musiques de film.
Sa chanson « Le capitaine du bateau à vapeur de la Compagnie Danubienne de Navigation à Vapeur » (D.D.S.G.) qui date de 1936 est une de ses compositions les plus populaires.
https://youtu.be/pAxGc6QHpB0,

ILIEV, Diko (1898-1985)
Dunavsko Horo, Danse du Danube, 1937
Compositeur et chef d’orchestre bulgare très populaire, né à Karlukovo mais ayant longtemps résidé à Oryahovo, petite ville sur la rive droite du Danube.
   Diko Iliev participe à partir de 1911 aux activités de l’harmonie du 16e régiment d’infanterie Lovech à Botevgrad. Il fut également membre de l’orchestre de l’École militaire de Sofia (1919-20). Après la Première Guerre mondiale, il démissionne et joue occasionnellement à des mariages dans la région de Vratza. De 1931 à 1958, son activité est liée à l’orchestre du 36e régiment d’infanterie de Kozloduj. En 1948, nommé chef d’orchestre, il occupe ces fonctions jusqu’à sa retraite tout en   dirigeant l’harmonie de la Maison de la Culture d’Oriahovo et en créant plusieurs orchestres à vent dans la région de Vratza et du Montana. Diko Iliev est un phénomène unique dans la culture musicale bulgare. Il a composé sa première danse traditionnelle pour orchestre à vent « Iskarsko Horo » à l’âge de 19 ans. Ses danses traditionnelles pour orchestre à vent ont gagné en popularité et sont maintenant considérées comme des exemples contemporains des danses traditionnelles de la Bulgarie du nord. Il a écrit ses danses et marches traditionnelles les plus populaires entre 1931 à 1941 lorsqu’il a travaillé avec un certain Weiner, chef de musique tchèque qui dirigeait l’harmonie de la garnison d’Oriahovo. Diko Iliev a également écrit d’autres types de danses traditionnelles (elenino horo, daychovo horo, samokovsko horo, kokoniak, rachenitza, etc.), une vingtaine de marches et des pots-pourris de chants traditionnels.
Sources : www.lukovit.bg/en/diko-iliev

IVANOVICI, Josif (1854-1902)
Valurile Dunării, (DonauwellenLes flots du Danube), valse, 1880

Ce compositeur d’origine serbe, né dans l’ancien empire austro-hongrois à Timisoara (Roumanie), fut lauréat du Grand Prix de Composition de l’Exposition Universelle de Paris en 1889 dans la catégorie marche.
Il étudie en Roumanie à Galaţi (Moldavie roumaine) avec Alois Riedl et à Iaşi avec Emil Lehr puis exerçe en tant que directeur d’harmonies militaires au bord du Danube, et à Bucarest. Il compose des fanfares, des marches, des valses, des chansons et divers potpourris (La vie de Bucarest, Un rêve sur la Volga, Nathalia, Abendtraüme, Der Liebesbote, Sur le bord de la Neva…) inspirés du folklore roumain.
Josif Ivanovici écrit pour un orchestre d’harmonie la valse Les Flots du Danube en 1880 et en fait également une version pour piano qu’il publie en 1880 et dédie à la femme de son éditeur bucarestois Emma Gebauer. Cette oeuvre devenue célèbre a été souvent confondue avec Le Beau Danube Bleu de Johann Strauss. Ses adaptations orchestrales furent réalisées par le compositeur français Emile Waldteufel en 1886 (d’après la version pour piano) et ultérieurement par Constantin Bobescu (1899-1992). L’oeuvre a fait l’objet ultérieurement de nombreux autres arrangements y compris pour des musiques de film comme celle du compositeur américain Saul Chaplin (1912-1997) pour  « The Jolson story » d’Alfred E. Green (1889-1960).

JANÁČEK, Leoš (1854-1928)
Dunaj, (Le Danube), poème symphonique composé entre 1923 et 1928

Le poème symphonique Dunaj du compositeur morave L. Janáček a été écrit dans les années 1923-1928. Mais il semblerait que ce soit lors d’un séjour à Bratislava, en mars 1923, à l’occasion duquel il assiste à la création de son opéra Kat’a Kabanová, que le compositeur décide d’écrire un poème symphonique sur le Danube, fleuve qu’il considérait d’abord comme slave. Bedřich Smetana avait déjà précédé le musicien morave dans cette voie avec son poème symphonique épique Vltava, (malheureusement) plus connu sous le nom allemand de Moldau. Janáček préfère, de son côté, traiter le sujet d’une autre manière et représenter le Danube sous les traits d’une femme avec toutes ses passions et ses instincts.
Si l’on en croit le témoignage de son élève, le musicien Osvald Chlubna (1893-1971), assistant du compositeur, une esquisse autographe aurait été achevée dès mai 1925. Janáček lui-même déclara un jour qu’il considérait sa partition comme achevée mais il l’évoqua par ailleurs comme une oeuvre exigeant encore une période de maturation. La mort du compositeur vint cependant interrompre ce processus de composition. Osvald Chlubna achèvera par la suite Dunaj et c’est sous cette version qu’elle sera jouée jusqu’au travail récent de restitution de l’oeuvre dans sa version originale par les musicologues tchèques Leoš Faltus, Milan Štědron et Otakar Trhlík.

Le contexte qui inspire cette oeuvre et son programme sont polysémiques : l’une des idées directrices est la glorification du fleuve « des Slaves ». Des annotations figurant sur la partition du deuxième mouvement de la symphonie citent des extraits du poème Utonulá (La noyée) de la poétesse tchèque Pavla Kričková. En outre, le poème « Lola » de Soňa Spálová dissimulée sous le pseudonyme d’Alexander Insarov, est joint à la partition.

Le recours à la viole d’amour ainsi que l’emploi d’une soprano dans le troisième mouvement sont probablement liés au caractère érotique du sujet. L’usage d’un groupe de trois et quatre timbales, usage qui pose de grandes difficultés sur le plan acoustique, doit peut-être être rapporté au Danube en tant que fleuve. Le premier feuillet du quatrième mouvement a été perdu ce qui a posé des problèmes pour la reconstitution de la version originale de la symphonie.

Selon Leoš Faltus « on ne connait pas les raisons précises pour lesquelles L. Janáček aurait choisi d’intituler cette symphonie Dunaj. Ce titre évoque-t-il pour le compositeur le cours du temps qui emporte tout, les tragédies, les joies et les espoirs ou bien simplement le fleuve qui, monumental, continue inlassablement à couler ? »

Sources :
Leos Faltus, extrait des actes du colloque de 2008 « Leoš Janáček, création et culture européenne », Paris, L’Harmattan – 2011
Sur la musique de Leoš Janáček on se reportera à l’excellent site en langue française www.musicabohemica.org et aux articles très documentés de Joseph Colomb.

KANNE, Friedrich August (1778–1833)

Sources Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

Das Schloß Theben oder Der Kampf der Flußgötter, fantaisie féérique danubienne en deux actes (1817), livret d’après la vieille légende hongroise du souverain Arpad.
La scène se situe
au confluent de la Morava avec le Danube, dans les environs de la forteresse de Theben (Devín) et l’action avec force nymphes et tritons se passe vers l’an 800.  

Compositeur et critique musical allemand. Après avoir étudié la théologie et la médecine, il se consacre à l’étude de la littérature et de la musique à Dresde et s’installe à Vienne à partir de 1804, où il joue brièvement le rôle de tuteur musical pour le prince Joseph Franz de Lobkowitz, devient l’ami de Beethoven et consacre une partie de ses activités à la critique musical puis finit sa vie dans la misère après être devenu alcoolique.
Autres oeuvres :
Opéras Orpheus (Wien 1807), Miranda (Wien 1811), Die Mainacht oder der Blocksberg (Berlin 1834), Malvina (Wien 1823), Lindane oder die Fee und der Haarbeutelschneider (Wien 1824),  Missa solemnis (Wien 1811), Frankreich und Oesterreich (cantate, Pressburg 1810), Mozart’s Grab (Wien 1821), 2 symphonies, lieders, musique de chambre et pour piano.
KARAS, Anton (1906-1985). 
Compositeur autrichien (austro-hongrois), joueur de cithare dans les Heuriger (auberges populaires typiquement viennoises souvent tenues par des vignerons). Il est choisi par le réalisateur Carol Reed pour être le directeur musical de son film « Le troisième homme » (1949). Le succès considérable du film change radicalement la vie du musicien. Après avoir été invité chez lui par C. Reed à Londres puis dans le monde entier, il revient à Vienne mais sa gloire et sa récente richesse suscitent la jalousie de ses compatriotes viennois, alors dans une sombre période. De plus la cithare n’était plus l’instrument à la mode. Ils s’acharnent à l’empêcher de réaliser son projet de tenir un Heuriger. En 1962-1963 Karas et sa femme s’installent à Kitzbühel et ouvrent une maison d’hôte luxueuse que fréquentèrent les stars et l’aristocratie, du champion autrichien de ski légendaire Tony Sailer au duc et à la duchesse de Windsor.

KAUER, Ferdinand (1751-1831)
Das Donauweichen (La nymphe du Danube)
Singspiel sur un texte de Karl Friedrich Hensler (1761-1825) en forme de conte folklorique romantico-héroïque avec des arias (1797) d’après une légende de l’antiquité. Sa création eut lieu à Vienne le 11 janvier 1798, au théâtre populaire de Leopoldstadt dont F. Kauer en était l’un des chefs d’orchestre. L’oeuvre eut un immense succès dans la capitale autrichienne, succès qui se propagera Europe au début du XIXe siècle où elle fut l’un des ouvrages les plus joués du répertoire. Elle fut en particulier révisée et représentée par Goethe à Weimar, en Finlande, grand duché de l’empire russe à cette époque (première oeuvre lyrique mise en scène dans ce pays à Viipuri en 1826) et en Russie sous le titre de Леста, днепровская русалка (Lesta, la nymphe du Dniepr).
L’écrivain russe Nicolaï se serait inspiré de La Nymphe du Danube pour écrire son conte Une nuit de mai ou la noyée (Les soirées du Hameau, nouvelles ukrainiennes) dont à son tour le compositeur Rimski-Korsakov a tiré un livret pour son opéra du même nom.
Ferdinad Kauer, compositeur prolifique est né en Moravie du sud, dans le village de Dýjakovice (Klein-Thaya) près de Znojmo (Znaim). Fils d’un instituteur, il fait son premier apprentissage musical avec son père, ses études humanistes au collège jésuite de Znojmo tout en jouant de l’orgue ce qui lui permet de contribuer financièrement à celles-ci puis il part au séminaire jésuite de la ville de Trnava (Tyrnau), en Hongrie où il continue à se produire en tant qu’organiste tout en étudiant la philosophie et plus tard la médecine, études qu’il n’achèvera toutefois pas car lorsque l’université de Trnava est transférée à Ofen (Buda) sur l’ordre de l’impératrice Marie-Thérèse de Habsbourg, Kauer  préfère venir s’installer à Vienne vers 1777. Il s’établit progressivement d’abord comme professeur de piano et comme organiste dans une église de la périphérie de Vienne, à Rossau, dans un cloître (Serviten Kloster) ainsi que comme directeur du « département de la censure, des traductions et des corrections des célèbres éditions viennoises Artaria » ce qui lui permit évidemment de publier quelques-unes de ses oeuvres. Peu de temps après l’ouverture du Théâtre de Leopoldstadt en 1781, il est recruté comme violoniste dans l’orchestre, dirige ensuite  à partir de 1789 l’école de musique du théâtre de Leopoldstadt. Il perdit, lors des inondations du Danube à Vienne en 1830, la totalité de ses biens y compris la plupart des manuscrits de ses oeuvres.

KAUFMAN, Nikolaï (1925)
Compositeur, musicologue et ethnomusicologue bulgare né à Ruse. Auteur de recherches sur la musique dans les rites funéraires des peuples installés le long du Danube (1990).

KÉLER, Béla ou Adalbert Paul von Keler (1820-1882)
Vom Rhein zur Donau, valse pour orchestre opus 138
Le compositeur, violoniste et chef d’orchestre Béla Kéler est né à Bardějov (Bártfa en hongrois), alors en Autriche-Hongrie, aujourd’hui en Slovaquie. Après des études à Levoča, Debrecen et Prešov, il est admis en tant que premier violon dans l’orchestre du « Theater an der Wien » en 1845. Un an plus tard, son premier numéro d’opus sur un total de 139 compositions est publié. Le jeune musicien ne cesse lors de son séjour à Vienne de se perfectionner en harmonie et en contrepoint. Il est ensuite invité à Berlin et dirige la formation de Johann Sommer. De retour à Vienne sa carrière se poursuit la saison suivante avec l’orchestre deJoseph Franz (Karl) Lanner (1801-1843) qui vient de mourrir subitement. Entre 1856 et 1860, Kéler dirige la fanfare militaire du comte Mazzuchelli. Après un court engagement à la tête de son propre orchestre à Budapest, il part pour Wiesbaden, où  il s’installe et travaille pendant les vingt dernières années de sa vie conduisant à partir de 1863 l’orchestre local du deuxième régiment du duc de Nassau, puis la formation de la station thermale tout en se produisant à Londres, Manchester, Copenhague, Amsterdam, Paris, Munich, Berlin, Hambourg, Dresde, Leipzig et Zurich. Sa musique était à l’époque aussi réputée que les oeuvres de la dynastie Strauss. Béla Kéler a légué à sa ville natale une grande partie de son patrimoine musical. Celui-ci est conservé dans la collection du musée Šariš de Bardejov.
La suite de valses « Du Rhin au Danube », op. 138, publiée pour la première fois en 1881, mêle des motifs de musique populaire allemande et autrichienne. La valse finale cite le trio d’une des mélodies la plus célèbre de Franz Suppè, « O du mein Österreich », motif de la marche « Mein Österreich » de Ferdinand Preis (1831-1864) en 1852, elle-même tirée de la chanson « Das ist mein Österreich » de l’opérette en trois actes « Romantisches Märchen s’Alraunl » (1849) de Franz von  Suppè (1819-1895). Ce fut la toute dernière valse composée par B. Kéler.
https://youtu.be/yQcyCN-iLmw

KODÁLY, Zoltán (1882-1967)
Tiszan innen, Dunan tul (En-deçà de la Tisza, au delà du Danube), aria du singspiel Háry János
Duo de Háry János avec sa fiançée Örze n°8 tiré du Singspiel Háry János, opus 15. Le titre complet exact est Les aventures de Háry János, de Nagyabony au Burg de Vienne. L’oeuvre a été composée entre 1925 et 1927 et complétée en 1951. Le livret est tiré d’un poème humoristique de Janos Garay (1812-1853), Le vieux soldat. Ce poème restera populaire jusqu’au XXe siècle dans toute la Hongrie.
Compositeur, pédagogue et ethnomusicologiste hongrois, né à Kecskemét et mort à Budapest. Il est avec Bela Bartok l’un des créateurs de l’école musicale hongroise contemporaine basée sur des sources de musique traditionnelle et l’un des plus importants compositeurs d’oeuvres pour choeur du XXe siècle. Toutes les oeuvres de ce musicien sont des odes à la vie et Kodály n’est asservi à aucune école ou mode tout en étant imprégnées de la tradition la plus ancienne dont le compositeur était un excellent connaisseur.
Háry János est une ode à la paysannerie hongroise.

Háry
 » En-deçà de la Tisza, au-delà du Danube,
Au delà de la Tisza,
est un gardien et ses chevaux,
Son petit cheval bai est attaché
Avec une cordelière de manteau,
Sans couverture, près de son maître.

Örze
 » En-deçà de la Tisza, au-delà du Danube,
Au delà de la Tisza,
est un bouvier et son troupeau,
Il fait paître ses boeufs,
Et attend sa belle sur un lit d’herbe.

Háry
 » En-deçà de la Tisza, au-delà du Danube,
Au delà de la Tisza
Est un berger et son troupeau,
C’est là qu’on fait la meilleure fricassée,
Qu’il mange avec sa petite fourchette
Et sa cuillère de bois,
Dans la marmite.

Háry  et Örze
En-deçà de la Tisza, au-delà du Danube,
Au delà de la Tisza
Est une petite cabane sous un bouleau,
C’est à elle que je pense toujours,
Vers elle que soupire mon coeur
Et le coeur de celui que j’aime. « 

La dernière strophe du duo est reprise dans le choeur final du Singspiel.
Sources : kodaly.hu

Mathilde Alosia von Meyrswalde vers 1880, photo domaine public

KRALIK von MEYRSWALDEN, Mathilde Aloysia (1857-1944)
Volkers Wacht (die Wacht an der Donau), chant de fête pour soli, choeur, texte de son frère, l’écrivain et poète Richard Kralik von Meyrswalden (1852-1934), 1907/1908
Donaugold, choeur avec accompagnement de piano, 1924
Une des malheureusement trop rares compositrices et pianistes de cette anthologie de musiques danubiennes.
Autrichienne, née à Linz dans un milieu industriel très aisée elle fait ses études avec Anton Bruckner, Franz Krenn (1816-1897) et Jules Epstein (1832-1926)

KRASNAY-KRAUSZ Mihály (Michaël) (1897-1940)
Compositeur austro-hongrois issu de la communauté juive, né à Pančevo au confluent de la Tamiš et du Danube aujourd’hui dans la province serbe de Voïvodine.
Élève de Zoltán Kodály à Budapest, auteur d’oeuvres lyriques, de chansons et de musique de films

KRAUSE, Mickie (1970)
Donaulied (2012)
Une version arrangée d’une vielle chanson à boire allemande triviale aux nombreuses variantes de textes dont l’une des versions fit l’objet d’une polémique et d’une pétition en 2020 de la part d’étudiantes et d’étudiants de Passau.
https://youtu.be/rlnv8SFBqSw

KREMSER, Eduard (1938-1914)
Am blauen Donaustrand, lieder (Kremser Album, Band II, 1913)
Compositeur, arrangeur, chef de choeur, chef d’orchestre autrichien né à Vienne. Il collecta, à la demande de la municipalité, les lieders et les oeuvres instrumentales de musique populaire viennoise et les publia sous forme d’albums. Cette musique est au au coeur de la tradition musicale populaire de la capitale autrichienne. Eduard Kremser fut membre d’honneur de la prestigieuse « Wiener Gesellschaft der Musik » (Société Viennoise de la Musique).

KREUTZER, Conradin (1780-1849)
Compositeur et chef d’orchestre allemand du début du début du romantisme, né à Meßkirch dans le Bade-Würtemberg, au sud du Danube. Il occupe le poste de Kapellmeister de 1818 à 1821 chez le prince Karl Egon II de Fürstenberg à Donaueschingen sur le Danube. Il composa l’opéra Melusine sur un texte du poète et dramaturge autrichien Franz Grillparzer (1791-1872) que devait mettre initialement en musique Beethoven (voir également à Beethoven).

KUSSER, Johann Sigismund (1660-1727)
Compositeur allemand contemporain de Henry Purcell (1659-1695) né à Presbourg (Bratislava) dans la famille d’un Kantor protestant. Il étudiera avec Jean-Baptiste Lully à Paris où il est connu sous le nom de Jean Sigismond Cousser avant de devenir maître de chapelle en Allemagne et directeur des opéras de Stuttgart et Hambourg. Son mauvais caractère et ses brouilles avec d’autres musiciens l’obligeront à émigrer en Italie puis en Grande-Bretagne et en Irlande( 1707). Il meurt à Dublin. Plusieurs de ses oeuvres sont conservées au département de musique de la Bibliothèque Nationale de France.

KUSTARICA, Emir (1954)
« Oh Danube, ma Danube ! »

On connait la passion du réalisateur pour les musiques des Balkans, sa proximité et sa complicité avec de nombreux instrumentistes !
« Oh Danube, ma Danube ! »
Emir Kustarica & friends, BMG Music
Un enregistrement réalisé avec The No Smoking Orchestra et la Fanfare Ciocarla.

LANNER, Joseph (Franz Karl) (1801-1843)
Compositeur et violoniste viennois qui est avec son ami Johann Strauss I le plus grand compositeur de danse de l’époque Biedermeier. Les deux musiciens sont d’ailleurs surnommés les pères de la valse viennoise.

LǍTĂRETU, Maria (1911-1972)
Dunare cu valuri line, Le Danube avec ses douces vagues, chanson
Chanteuse populaire roumaine, contemporaine de Maria Tǎnase

LEHÁR, Franz (1870-1948)
An der graue Donau, (Sur le beau Danube gris), valse

Dernière valse de concert composée par F. Lehár en réaction aux désillusions et à l’incompréhension que tous les amateurs de cette danse ressentaient devant l’évolution des goûts, elle est le miroir de l’histoire grandiose de ce genre. Ironiquement, le compositeur lui donna le nom de Sur le beau Danube gris.

Franz Lehár

« À Komorn [Komárno] une autre plaque, en deux langues, informe qu’ici est né Franz Lehár, maître d’un illusionnisme au carré et d’une musique de consommation dans laquelle la nostalgie des valses de Strauss, malgré une maestria pleine de gaité, se corrompt en une vulgaire désinvolte. L’illusionnisme de l’opérette, qui réduit la vie à la réplique « Garçon ! du champagne ! » ne cache pas cependant que ce n’est là qu’un brillant mensonge, le masque et la simulation du brio. Cette industrie du cynisme galant et sentimental, c’est du carton-pâte, qui, sans se donner de grands airs, détourne du sérieux de la vie. »
Claudio Magris, « Tristement magyar », in Danube, Gallimard, Paris 1988

Compositeur austro-hongrois né au bord du Danube à Komárom, (Komárno, aujourd’hui en Slovaquie) et mort à Bad Ischl (Autriche). D’abord violoniste, puis chef de divers orchestres militaires dont ceux de Budapest (1898) et de Vienne (1899-1902), Franz Lehár se tourne finalement vers l’opérette et trouve là sa véritable voie. Il obtient déjà un franc succès avec son opéra Kukuška (Leipzig, 1896) et parvient à la gloire avec Die lustige Witwe, (La veuve joyeuse,Vienne, 1905), une des opérettes les plus jouées au monde avec celles de Johann Strauss. Suivent notamment Der Graf von Luxemburg (Le Comte de Luxembourg, Vienne, 1909), Der Zarewitsch et son hymne à la Volga, (Le Tsarévitch, Berlin, 1927) et Das Land des Lächelns, (Le Pays du sourire, Berlin, 1929). On décèle dans ces œuvres non seulement de fortes influences slaves, mais aussi celles du patrimoine de musiques populaires des pays d’Europe centrale.
F. Lehár eut recours aussi bien à la valse viennoise qu’à des danses plus modernes et fit appel au grand orchestre romantique enrichi parfois d’instruments inhabituels comme le célesta ou la balalaïka. Il fut le premier à faire chanter certains airs sur des évolutions chorégraphiques. Franz Lehár a également composé des musiques de film, deux concertos pour violon, des sonates pour piano, quelques soixante-cinq valses, plus de cinquante marches et quatre-vingt-dix mélodies.

LEONARD, Herbert (1945)
Il neigeait sur le Danube bleu, chanson (1967)
Chanteur de variété français
https://youtu.be/nX3NI2fu9zc

LEOPOLDI, Hermann (1888-1959)
An der schönen roten Donau
Badesaison an der schönen blauen Donau
(parodie sur la valse éponyme de Johann Strauss II)
Pianiste, compositeur, humoriste et cabarettiste viennois fondateur en 1922 du cabaret Leopoldi-Wiensenthal qui deviendra une scène incontournable de la capitale autrichienne et sera fréquenté par de nombreux artistes parmi lesquels Karl Valentin, Armin Berg, Hans Moser, Max Hansen… Mais l’établissement doit fermé dès 1925 pour des raisons financières. Avec sa partenaire de scène d’origine russe, Betja Milskaja, ils se produisent dans toute l’Europe. H. Leopoldi devient l’un des compositeurs de lieders viennois et de chansons les plus populaires de son époque, écrivant ses mélodies sur des textes de Peter Herz, Rudolf Skutajan, Theodor Waldau, Robert Katscher, Fritz Rotter, Hans Haller… Fuyant l’Anschluss en 1938, le couple est refoulé à la frontière tchécoslovaque qui a été fermée et doit rentrer à Vienne. Arrêté peu de temps  après H. Leopoldi est déporté à Dachau puis à Buchenwald d’où il est libéré. Il peut alors, aidé par sa belle-famille, rejoindre sa femme partie au USA et poursuivre ses activités musicales en s’adaptant à son nouveau contexte, composant également des chansons en anglais et se produisant avec sa nouvelle partenaire new-yorkaise, Helly Möslein, dans des cafés d’exilés de langue allemande comme « l’Old Vienna » ou  le « Viennese Lantern » et dans d’autres ville américaines. L. Hermani accompagné de Helly Möslein peut revenir en Autriche en 1947 où il reprend ses activités et se produit dans tout le pays.
https://youtu.be/Qd-SddEdpYU

LISAC, Josipa (1950)
Gdje Dunav ljubi nebo…
Chanteuse croate né à Zagreb

LISZT, Franz (1811-1856)
Missa solemnis « Graner Messe » (Messe de Gran), écrite pour la consécration de la Basilique Saint Adalbert d’Esztergom en 1856.
Le compositeur est né à Doborján en Hongrie (aujourd’hui Raiding dans le Burgeland autrichien) le 22 octobre 1811 et meurt à Bayreuth le 31 juillet 1886. Son père, Adam Liszt travaille comme intendant d’un domainevoisin du prince Esterházy. Sa mère, Maria Anna Lager est la fille d’un boulanger autrichien établi à Krems dans la Wachau, au bord du Danube d’où est également originaire une partie de la famille de Mozart. Aussi il serait plus juste de parler à l’égard de Liszt, bien qu’il ait toujours revendiqué ses racines hongroises, de compositeur austro-hongrois.

Franz Liszt (1811-1856 )

Il reçoit ses premières leçons de piano avec son père et, en 1820, joue à Sopron et à Pozsony (Bratislava) dans le palais du prince Esterházy. L’année suivante, son fils obtient une bourse auprès de l’aristocratie hongroise. Adam Liszt l’accompagne à Vienne. Le jeune musicien prend des cours avec Karl Czerny pour le piano et de composition avec Antonio Salieri. Le 13 avril 1823 il joue à Vienne et à Pest et fait une forte impression. En automne de cette même année, sa famille s’installe à Paris mais le directeur du conservatoire de l’époque, le compositeur Luigi Cherubini refusera de l’admettre comme élève. Franz Liszt reste malgré tout à Paris et étudie auprès de Ferdinando Paer et d’Antoine Reicha, un compositeur originaire de Bohême émigré en France, professeur au conservatoire.
En 1825 a lieu à l’Opéra de Paris la création de son oeuvre lyrique en un acte, Don Sanche. Le compositeur publie des Études pour piano en 1826. Jusqu’à la mort de son père (1827). Liszt voyage, donne des concerts en France, en Angleterre, en Suisse et vit de leçons de musique. Les événements de 1830 lui inspirent une esquisse de symphonie révolutionnaire.
La première audition de la Symphonie Fantastique font sur lui une forte impression. Il entend Paganini (1831) et Chopin l’année suivante, se lie d’amitié avec le compositeur polonais et fréquente Lamartine, Hugo, Heine et Berlioz.
Le musicien hongrois fait connaissance de George Sand (1834) et entre dans le cercle de la comtesse de Plavigny, Marie d’Agoult avec laquelle s’installe alors à Genève où le musicien enseigne le piano au conservatoire. Leur fille Blandine nait le 18 décembre 1835. Après sa séparation d’avec le musicien, Marie d’Agoult publiera, sous le pseudonyme de Daniel Stern, des romans, des articles sur la musique, l’art, la politique et sur la révolution de 1848. Elle prend partie en faveur de la démocratie, de l’émancipation des femmes et tient en même temps un salon mondain très célèbre à Paris. Liszt revient plusieurs fois à Paris, puis à l’automne 1837 s’installe avec Marie d’Agoult à Bellagio (Italie) où nait leur seconde fille Cosima (qui épousera Hans Bülow en 1857, puis Richard Wagner en 1870). Le couple reste en Italie (Rome, Milan, Venise) jusqu’à la fin de 1839.
Une tournée de concerts qui débute par un récital à Vienne a lieu cette même année en solidarité avec les habitants de Pest, victimes d’une immense crue du Danube au printemps 1838 et d’une épidémie de peste. Pest fut à cette occasion presque entièrement détruite. Ce fut la plus importante inondation que connut la Hongrie et le gouvernement hongrois qui siégeait alors à Presbourg (Bratislava) doit en appeler à la solidarité internationale. Marie d’Agoult étant tombé malade, Liszt préfère rentrer en Italie. Leur fils Daniel naît le 9 mai 1839 à Rome.
À partir de décembre 1839, de nouveaux voyages le conduisent en Hongrie et ailleurs en Europe. Le titre de Maître de chapelle à la cour de Weimar lui est proposé et le compositeur accepte. En 1846 une tournée l’emmène de nouveau en Hongrie et se termine par des concerts en Russie (Kiev, Odessa, Elisabethgrad). Les années 1839-1844 sont celles de sa consécration comme virtuose du piano. Il devient le pianiste le plus admiré et le mieux rétribué du moment. Il est invité en novembre 1843 chez les princes Fürstenberg dans leur château de Donaueschingen dont le parc abritent les sources officielle du Danube et y compose des Ländler pour piano qui sont probablement un « souvenir musical » adressé à la princesse Amalie von Fürstenberg (1795-1869), princesse de Bade et épouse du prince Carl qui était, tout comme son mari, une grande mélomane. En 1844, le compositeur se sépare de Marie d’Agoult et inaugure une liaison avec la princesse Sayn-Wittgenstein, née Carolyne Ivanovska et épouse d’un prince russe.
Les journées révolutionnaires de 1848 lui  inspirent Les Forgerons, la cantate Ungaria, l’Arbeiterchor. En février il s’installe à Weimar où Carolyne von Sayn-Wittgenstein le rejoint. Il dirige les premières représentations de nombreux opéras, en particulier Lohengrin de Richard Wagner, le 28 août 1850. C’est à Weimar  qu’il va composer ses douze poèmes symphoniques, les symphonies Faust et Dante, les concertos pour piano, les Rhapsodies hongroises, les deux premiers volumes d’Album d’un voyageur, une sonate et de la musique religieuse.
Le musicien démissionne du poste de directeur de la musique de la cour de Weimar en 1858 et se brouille avec Wagner l’année suivante. En 1860, Joseph Joachim et Johannes Brahms publient dans le journal « Echo » de Berlin leur célèbre condamnation de la « Neudeutsche Schule » et par conséquent des musiques de Liszt et de Wagner. En octobre 1861 Liszt peut se marier religieusement. Il quitte Weimar et donne à sa vie et à son oeuvre une tournure mystique, peut être sous l’influence de sa compagne, composant La Légende de Sainte-Elisabeth de Hongrie, l’Oratorio Christus, la Missa choralis, la Messe hongroise du couronnement et le Requiem.
   Il ouvre un cours annuel de perfectionnement au piano à Weimar en janvier 1869  tout en continuant à séjourner chaque année en automne à la Villa d’Este à Tivoli. En 1871 Liszt devient Conseiller royal de la cour de Weimar. Le cinquantenaire de sa carrière a lieu à Budapest. Il est nommé président de la toute nouvelle Académie de musique de la capitale hongroise créée la même année (1875). Le compositeur meurt en juillet 1888 pendant son séjour à Bayreuth à l’occasion des représentations des opéras de Wagner.

À propos de la Missa Solemnis dite « Graner Messe« 
F. Liszt écrit sa Missa Solemnis dite Graner Messe pour la consécration en 1856 de la basilique saint Adalbert d’Esztergom (Gran en allemand) sur le Danube et le Psaume XIII. Le projet nait d’abord en 1846 lors d’une visite à Pécs à la demande de l’évêque de cette ville qui souhaite consacrer la cathédrale nouvellement reconstruite. Liszt accepte mais l’oeuvre reste au niveau d’un projet. Ce même évêque est nommé trois ans plus tard archevêque d’Esztergom sur le Danube. La basilique reconstruite sur les ruines de celle détruite par les Ottoman aux XVIe et XVIIe siècles doit être consacrée et l’évêque rappelle sa promesse au compositeur. En février 1855, la messe est achevée (lettre à Richard Wagner du 2 mai 1855). Cette oeuvre du fait d’intrigues menées par le comte Leo Festetics, compositeur amateur et qui se prétendait l’ami de F. Liszt, faillit ne pas être exécutée. La création a lieu le 31 août 1856. Mihaly Mosonyi (1815-1870), un compositeur que F. Liszt considérait comme le plus doué des compositeurs hongrois de musique sacrée, écrivit les parties variables de la messe (elles ne furent toutefois pas jouées lors de la création) et participa comme contrebassiste à la création de l’oeuvre sous la direction du compositeur.

LOCKWOOD, Annea (1939)
A sound map of the Danube, 2008
3 CD Lovely Music, LCD 2083, 162 mn
Compositrice américaine née en Nouvelle-Zélande, étudie la composition au Royal College of Music et la musique électronique en Allemagne à Darmstadt avec Gottfried Michael Koenig (1926), à l’École supérieure de musique de Cologne et en Hollande. Professeure émérite au College Vassar (USA). Sa posture de compositrice progressiste et l’étendue de ses champs d’intervention lui ont permis d’expérimenter dans de nombreux domaines musicaux, seule où avec des chorégraphes, des poètes et des plasticiens. À partir des paysages sonores microtonaux, électro-acoustiques et de la musique vocale, elle a également exploré et révélé des espaces jusque-là inconnus ou négligés dans la musique contemporaine. Ses oeuvres ont  été jouée dans le monde entier.
Comme son nom l’indique « A sound map of Danube » est constitué d’une série d’enregistrements de sonorités polyphoniques de l’environnement du Danube sur 59 sites différents, de ses sources jusqu’à la mer Noire avec 13 interviews de personnalités liées au fleuve.
https://youtu.be/qwsnWZ4dwz0

LOUBÉ, Karl (1907-1983)
Der Donaudampfschiffahrtskapitän, Tango
Pianiste, compositeur, arrangeur, chef d’orchestre, directeur de théâtre, producteur radiophonique, né en Moravie du sud et mort à Klosterneuburg, près de Vienne. Il commence ses études de composition à Brno sous la direction de Leoš Janáček (1854-1928) puis à Vienne où il joue dans des boites de nuit au début de sa carrière et deviendra chef d’orchestre au Burgtheater et directeur du Stadttheater  (1947). Karl Loubé fonde son propre orchestre de danse en 1949 avec lequel il interprète un vaste répertoire tout en composant opérettes, comédies musicales, musiques de danses, de films et pour la télévision et lieders dont certains sont devenus très populaires tel le tango Der Donaudampfschiffahrtskapitän. On peut considérer ce musicien comme le successeur de Johan Strauss II.

MAHLER, Gustav (1860-1911)
Situé à la période charnière du XIXe et du XXe siècles, Gustav Mahler initie la transition vers le post-romantisme et le modernisme. Le compositeur autrichien bouleverse le genre symphonique et devient l’un des symboles du romantisme exacerbé.
Issu d’une famille juive modeste de Bohême du sud, Gustav Mahler étudie au Conservatoire de Vienne où il suit notamment les cours d’harmonie de Robert Fuchs et de composition de Franz Krenn. C’est à cette occasion qu’il rencontre Bruckner. Mahler occupe ensuite différents postes de chef d’orchestre et de directeur musical en Europe centrale et en Autriche. Son génie de l’orchestration est remarqué lorsqu’il dirige Mozart, Beethoven et Wagner à l’opéra de Prague, salle qu’il quitte en raisons de conflits avec l’administration et les musiciens. Sa nomination comme directeur musical de l’opéra de Vienne, capitale alors en pleine ébullition artistique, constitue l’apogée de sa carrière. Dans le désaccord qui oppose les conservateurs (brahmsiens) aux progressistes (wagnériens), Gustav Mahler choisit son camp, celui de Wagner, compositeur qui le fascine par la révolution musicale qu’il porte. Victime d’antisémitisme malgré sa conversion et son épanchement pour le mysticisme catholique, il quitte Vienne et fini sa carrière à l’orchestre philharmonique de New York.
Par leurs dimensions monumentales, la démesure de l’effectif orchestral, la volonté d’embrasser un monde, les symphonies de Mahler constituent des chefs d’œuvre du romantisme. Jouant sur les contrastes entre trivialité et gravité, il excelle dans l’écriture contrapuntique, libre, dissonante et de plus en plus audacieuse.
De son vivant, c’est davantage son talent orchestral que son génie de compositeur qui sera célébré. Par l’évolution subtile de principes à laquelle son œuvre participe, il influence notamment Schönberg ou Chostakovitch.

L’œuvre de Mahler en 6 dates :

  • 1884-1885 : Lieder eines fahrenden Gesellen (Chants d’un compagnon errant)
  • 1888-1896 : Symphonie numéro 1 «Titan»
  • 1888-1894 : Symphonie numéro 2  «Résurrection»
  • 1901-1904 ; Kindertotenlieder (Chants pour des enfants morts)
  • 1903-1904 : Symphonie numéro 6 «Tragique»
  • 1908-1909 : Das Lied von der Erde (Le Chant de la Terre)

La vie de Mahler en 6 dates :

  • 1883-1885 : second Kapellmeister à l’Opéra de Kassel, rencontre Johanna Richter à qui il dédie les Lieder eines fahrenden Gesellen.
  • 1886 : dirige à l’opéra de Prague des représentations de Mozart, Gluck, Beethoven et Wagner
  • 1888-1891 : directeur musical de l’Opéra Royal de Budapest.
  • 1897- 1908 : dirige l’opéra de Vienne.
  • 1901 : épouse Alma Schindler.
  • 1908 : dirige au Metropolitan Opera de New York.Sources : Radio France, France-Musique : www.francemusique.fr

MANDICEVSCHI, Eusebie (1857-1929)
Compositeur, chef d’orchestre, chef de choeur et musicologue autrichien originaire de Bucovine et mort à Vienne, plus connu sous le nom de Eusebius Mandyczewski.

MARTINI, Jean-Paul Egide (1741-1816)
Ce contemporain de Joseph Haydn, né en Allemagne à Freystadt, à fait ses études au séminaire jésuite de Neuburg/Donau puis s’est installé en France où il occupa des fonctions importantes pour l’ancien régime et à la Restauration. Son oeuvre est aujourd’hui complètement tombée dans l’oubli à l’exception notoire de sa chanson Plaisir d’amour. 

MORENO (?)
Les flots du Danube, d’après l’oeuvre de I. Ivanovici
Musicien tsigane, guitariste, originaire de l’est de la France.

Ce fleuve métaphorique ne serait-il pas, avant tout celui des tsiganes, des minorités et de tout être humain qui se confronte durant toute son existence à l’absurdité des frontières ?
Les flots du Danube (CD Moreno Boléro – 1996, CDAL 175)

MOZART, Wolfgang Amadeus (1756-1791)
Gehn wir im Prater, gehn wir in d’Hetz
Canon KV 558 (2 septembre 1788)
https://youtu.be/BoL2NUnldDU 
Bien que né à Salzbourg, ville culturellement pétrie d’influence italienne grâce à ses princes-archevêques, baignée par les eaux vives de la Salzach, un sous-affluent alpin de la rive droite du Danube, autrefois importante voie commerciale et de transports de matières premières (bois et sel) et de marchandises, Mozart a passé une grande partie de sa courte vie dans la capitale de l’empire des Habsbourg. Ce séjour a été entrecoupé de nombreux périples avec sa famille à travers l’Europe. Quelques liens rattachent Mozart au fleuve et à ses rives allemandes, autrichiennes, slovaques et hongroises en particulier les parfois très brèves haltes qu’il fait lors de voyages avec sa famille à Donaueschingen dans le château des princes de Furstenberg (à l’endroit même où le Danube prend officiellement ses sources sous les fenêtres depuis lesquelles le jeune musicien a sans doute contemplé le parc élégant et le bassin natif du Danube), Ulm, Günsburg, Dillingen, Regensburg (Ratisbonne), Passau, Linz, Mauthausen, Ybbs, Melk, Stein, Vienne, Presbourg et Budapest.

Maison Mozart Linz

La « Mozarthaus » à Linz, photo Danube-culture, © droits réservés

La grand-mère maternelle du compositeur, Eva Rosina Barbara Altmann (1681-1755) qui se mariera pour la seconde fois avec Nikolaus Pertl de Sankt-Gilgen, le grand-père maternel du compositeur, était originaire de Stein/Donau en Wachau (Basse-Autriche) tout comme, étonnante coïncidence, Ludwig von Köchel (1800-1877), musicologue, chercheur, botaniste et auteur du catalogue des oeuvres de Mozart. Nikolaus Pertl est décrit dans la littérature scientifique mozartienne comme un père de famille à la fois simple et chaleureux aimant jouer s’amuser et chaleureux. Cet héritage du côté maternel pourrait avoir été en partie responsable des « traits naïfs, drôles et enfantins » qui caractérisait l’esprit de Mozart comme l’écrit le musicologue Alfred Einstein. C’est à Sankt-Gilgen, au bord du Wolfgansee (sic!), dans le Salzkammergut où le couple a déménagé, que naîtra leur fille Anna-Maria Walburga (1720-1778), mère du compositeur, un personnage discret mais central dans l’enfance et l’évolution du jeune prodige et dont on se souviendra qu’elle décède à Paris à l’âge de 57 ans. Le registre de sépulture de l’église Saint-Eustache dans laquelle a lieu l’enterrement mentionne à la date du 3 juillet 1778 que « le dit jour, Anne-Marie Perlt, âgée de 58 ans, femme de Léopold Mozart, maître de chapelle de Salzbourg en Bavière, décédée hier rue du Gros-Chenet, a été inhumée au cimetière en présence de Wolfgang Amadi Mozart, son fils, et de François Haina, trompette de chevau-légers de la garde du roi. » La tombe du petit cimetière a malheureusement disparu. Une plaque commémorative apposée dans l’église en 1953 rappelle cet évènement, un évènement qui a laissé longtemps un souvenir douloureux au compositeur bien mal entouré par ses protecteurs parisiens dans ces instants tragiques.
Une promenade sur les traces des familles Mozart et Köchel  à Krems/Stein est proposée par l’office du tourisme :
www.musikinkrems.at
Mozart s’est rendu accompagné de sa famille à Vienne dès l’âge de six ans. Les voyages vers la capitale autrichiennes leur donneront l’occasion de descendre sur le Danube en coche d’eau ordinaire comme le faisait la plupart des voyageurs peu fortunés de cette époque. Un voyage qui pouvait réserver parfois de bonnes mais aussi de mauvaises surprises.

Plaque commémorative sur les murs de l’église paroissiale rappelant le séjour de la famille Mozart (Wolfgang, sa soeur, Nannerl et son père Léopold) à Mauthausen, du 4 au 5 octobre 1762. Mozart est alors âgé de 6 ans. Photo © Danube-culture, droits réservés

« N’avez-vous pas pensé que nous serions déjà à Vienne, alors que nous sommes toujours à Linz ? Demain, si Dieu le veut, nous continuerons notre chemin par le coche d’eau ordinaire. Nous serions déjà arrivés si nous n’avions été contraints de nous arrêter, bon gré, mal gré, 5 journées entières à Passau… »
Leopold Mozart à Lorenz Hagenauer à Salzbourg, de Linz le 3 octobre 1762

C’est le lundi 20 septembre 1762 que la famille Mozart arriva à Passau à cinq heures du soir. Léopold obtient que son fils joue devant le prince-évêque de Passau, Joseph Maria, comte von Thun-Hohenstein (1713-1763), en sa présence. Wolfgang reçoit pour sa prestation un ducat d’or. Contrairement à l’intention initiale de son père, le séjour à Passau dura cinq jours, la faute en étant au prince-évêque comme l’écrit Leopold Mozart dans l’extrait de sa lettre ci-dessus. Sa sœur, Maria Anna, âgée de onze ans et qui n’a pas accompagné son frère pour son audition devant l’évêque, se rend en pèlerinage à Maria-Hilf sur la base d’une promesse faite à la femme de ménage. Le dimanche 26 septembre, la famille s’embarque enfin pour Linz en compagnie du chanoine de Passau, le comte Herberstein.
Il est surprenant que la famille Mozart n’ait pas donné de concert à Passau. Mais elle aurait eu besoin pour cela de l’autorisation du Spielgraf, qui était à l’époque l’organiste de la cathédrale de Passau et vice-maître de chapelle, Vinzenz Schmid. Léopold en a-t-il fait la demande ?
Les Mozart, après Passau et Linz où Wolgang est malade, s’arrêteront ensuite à Mauthausen (qu’on peut traduire en français par Bourg-de-péage, sur la rive gauche) où le jeune compositeur aurait également joué sur l’instrument de l »église paroissiale puis à Ybbs/Danube (rive droite) au monastère franciscain le 5 octobre 1762. Là, à stupéfaction des moines, il improvise sur les orgues :
« Monsieur mon très cher ami,
Le jour de la Saint-François, nous avons quitté Linz par le coche d’eau ordinaire et sommes arrivés le soir même à 7 heures et demie à Mauthausen, par une nuit très noire. Le mardi suivant, nous sommes arrivés à Ybbs, où deux frères mineurs et un bénédictin, qui étaient avec nous sur le bateau, ont dit une messe au cours de laquelle notre Wolferl se déchaina à l’orgue et joua si bien que les pères franciscains qui étaient à table avec quelques hôtes, laissèrent là leur repas, tout comme leurs invités, se précipitèrent dans le choeur et faillirent mourir d’étonnement… »
Leopold Mozart  à Lorenz Hagenauer, Vienne le 16 octobre 1762

Le jeune Mozart sur les orgues du couvent franciscains d’Ybbs/Donau, d’après un dessin de Karl Offterdinger (1829-1889)

Enfin les 13 et 21 octobre, Wolfgang et sa soeur se produisent tous les deux devant l’impératrice Marie-Thérèse à Vienne.

Leopold Mozart écrit dans cette même lettre que l' »on fait beaucoup de bruit au sujet des remous et tourbillons » [vraisemblablement ceux de la Strudengau en aval de Grein] que cela n’en vaut pas la peine. Nous en reparlerons en son temps… »
En revenant de Vienne lors d’un second voyage, en 1767, les Mozart visitent incognito l’abbaye bénédictine de Melk en Wachau (rive gauche) mais l’enfant prodige, déjà célèbre, est reconnu lorsqu’il joue sur les orgues. Lors de leur voyage de retour en 1768, la famille est cette fois invitée à déjeuner par l’abbé.
Il n’existe pas d’oeuvre spécifique du musicien autrichien inspirée par le fleuve mais… qui sait ! Comme tout bon Viennois, Mozart eut l’occasion d’aller se promener dans le grand parc du Prater sur les bords du Danube, ouvert au public en 1766 par l’empereur Joseph II.
On se souvient que Mozart a été inhumé au cimetière Sankt Marx de Vienne selon les règles strictes édictées par l’empereur Joseph II : bénédiction la veille devant une douzaine de personnes, transport le soir au Zentralfriedhof, inhumation communautaire le lendemain, absence de stèle. Les autorités ont bien essayé par la suite de récupérer sa dépouille, mais personne ne se souvenait plus avec certitude du lieu de la sépulture. En 1859, un monument fut érigé à l’emplacement supposé de sa tombe puis, en 1891, un cénotaphe au Zentralfriedhof.
« Que Vienne soit par excellence la ville de la musique, c’est la fausse rumeur qui persiste. En réalité, Vienne a envoyé Mozart et Vivaldi à la fosse commune, méconnu le génie de Schubert, ignoré celui d’Hugo Wolf, mené la vie dure à Mahler, contraint Schönberg à l’exil. Et tous, pour séduire un public à la fois cruel et frivole, se sont échinés à écrire dans un genre contraire à leur tempérament ».
Dominique Fernandez, La perle et le croissant, l’Europe baroque de Naples à Saint-Petersbourg, Plon, collection Terres Humaines, 1995

MUFFAT, Georg (1653-1704)
Compositeur et organiste d’origine savoyarde, élève de J. -B. Lully. Il occupe le poste d’organiste à la cathédrale de Strasbourg puis étudie à Ingolstadt, grande ville bavaroise sur le Danube, sollicite sans succès l’empereur Léopold Ier pour un poste de musicien à la cour de Vienne, séjourne à Prague, travaille à la cour du prince archevêque de Salzbourg Max Gandolf von Kuenburg comme organiste et musicien de chambre, voyage en Italie. Insatisfait de son poste à Salzbourg et de la relation avec le nouvel archevêque, il se tourne une nouvelle fois sans succès vers Vienne et obtient en 1690 le poste de Maître de chapelle de l’évêque de Passau Johann Philipp v. Lambert, poste qu’il occupe jusqu’en 1700. G. Muffat fait la synthèse dans ses excellentes compositions (Armonico tributo, 1682, Apparatus musico-organisticus, 1690…) des styles français et italiens. Ses quatre fils et plusieurs de ses petits-fils furent également musiciens et compositeurs.

MÜHLBERGER, Karl (1857-1944)

Karl Mühlberger (1857-1944)

Chef d’orchestre d’harmonies militaires autrichien et compositeur né en Wachau à Spitz/Donau. Karl Mühlberger a étudié avec le musicien tchèque Karel Komzák et au Conservatoire des Amis de la Musique de Vienne avec Josef Hellmesberger.

Sources :
www.vms.bz.it

NIKODIJEVIC, Marko
Cvetic, kucica… (Petite fleur, petite maison…)
Compositeur serbe contemporain, Marko Nikodijevic évoque dans cette oeuvre le dessin d’une petite fille kosovare de 5 ans dont le corps a été retrouvé dans le Danube en 1999.

NONO, Luigi (1924-1990)
Post-Prae-ludium per Donau (1987) pour tuba et électronique live
Oeuvre composée en 1987 et créé la même année dans le cadre du festival de musique contemporaine de Donaueschingen (Allemagne) et dédiée à Giancarlo Schiaffini. À l’occasion de la première, donnée le 17 octobre 1987 à Donaueschingen (d’où le nom du fleuve dans le titre), le compositeur écrivit : « Si le déroulement de la composition est arrêté dans les moindres détails, la notation en revanche ne sert que de base pour l’interprète. Les nouvelles possibilités techniques qu’offre un tuba à six pistons donnent l’occasion au musicien de produire accidentellement d’autres occurrences sonores au-delà de ce modèle. La transformation électronique des sons n’est introduite dans la composition qu’avec modération et de manière différenciée. Le joueur de tuba doit écouter tous les procédés d’amplification du son, les assimiler et y réagir. C’est cette interaction entre la notation préétablie, une nouvelle technique de jeu et la musique électronique live  qui donne naissance à une interprétation vivante. »
Sources :
Programme Ars Musica, 1992

PEJAČEVIĆ, Dora (1885-1923)
Compositrice austro-hongroise appartenant à une famille de la noblesse croate, née à Budapest.

PLEYEL, Ignace Joseph (1757-1831)

Ignaz Joseph Pleyel (1757-1831)

Pianiste, chef d’orchestre, compositeur, éditeur et remarquable facteur d’instrument contemporain  et ami de Mozart, né en Basse-Autriche sur la rive gauche du Danube, dans le petit village entouré de vignobles de Ruppersthal, aux portes de la Wachau en amont de Vienne. Il fut l’élève tout d’abord du compositeur et pédagogue tchèque établi dans la capitale autrichienne Jan Křtitel Vaňhal (1739-1813)  puis de Joseph Haydn à Eisenstadt. En 1777 le comte Ladislas Erdödy le prend à son service. Il voyage en Italie et prend ensuite à sa mort la succession de Franz Xaver Richter (1709-1789), musicien originaire de Moravie, comme Maître de Chapelle à la cathédrale de Strasbourg en 1789, se rend ensuite à Londres où il dirige les Professionals Concerts et interprète lui-même ses propres oeuvres. Pleyel semble avoir eu maille à partir avec les autorités révolutionnaires françaises en 1793 mais s’établit malgré tout à Paris en 1795, ouvre un magasin de musique et d’instruments et fonde sa propre maison d’édition. Il inaugure en 1808 sa fabrique de piano en y associant son fils Camille à partir de 1815.
Ce fût l’un des compositeurs les plus joués, publiés et arrangés de son temps. Une grande salle de concert de Paris porte son nom. On peut aussi visiter sa maison natale à Ruppersthal aujourd’hui transformée en petit musée géré par la Société Internationale Ignaz Pleyel.
Musée I. J. Pleyel de Ruppersthal et Société International Pleyel :
www.pleyel.at

PORUMBESCU Ciprian (1853-1883)

Zȃna Dunarii (La fée du Danube) pour piano
La malurile Prutului (Sur les rives du Prut), valse pour soliste, choeur et piano, 1877
Compositeur, violoniste, chef de choeur et pédagogue roumain né et mort, à l’âge de 29 ans en Bucovine. Il fut élève au conservatoire de Czernowitz (Bucovine austro-hongroise) et de Vienne où il suit les cours de Franz Krenn et d’Anton Bruckner. Ses oeuvres sont jouées par les orchestres populaires de la capitales et ses chansons sont reprises par les jeunes étudiants de son pays comme hymnes à la liberté.
En raison de ses convictions politiques en faveur de la Roumanie, il doit retourner en Bucovine. Son opérette Crai Nou (La nouvelle lune), écrite en 1882, devient une des oeuvres les plus jouées de ce répertoire dans les années 1900. Le conservatoire de Bucarest porte son nom.

PREINDL, Joseph (1756-1823), organiste et compositeur, professeur de piano et de chant, né à Marbach an der Donau (Basse-Autriche) la même année que Mozart. Son père est organiste. Il chante dans la maitrise d’enfants de l’abbaye de Mariazell auprès de Franz Xaver Widerhofer (1742-1799), part à Vienne dès l’âge de 16 ans comme organiste et devient l’élève de Johann Georg Albrechtsberger (1736-1809). En 1773, il exerce comme professeur à l’orphelinat puis tient les orgues de l’église Maria am Gestade  (Notre-Dame-du-rivage) deux années plus tard. En 1793, il est nommé organiste à l’église Saint-Pierre de Vienne et en 1797 à l’église Saint-Michel. Entretemps il est également devenu l’assistant de J.-G. Albrechtsberger à la cathédrale Saint-Étienne auquel il succèdera en 1809 comme Maître de chapelle. J. Preindl est citoyen de la ville de Vienne dont une rue porte son nom. Ce compositeur a écrit principalement de la musique d’église et des oeuvres pour orgue.

PTAK, Martin 
River Tales, « The endless stream of recurrence »
Musicien et compositeur autrichien né à Krems/Donau en Wachau.
« River Tales est une séquence de pièces instrumentales incarnant sous forme d’onomatopées la puissance et le débit du Danube. Tout au long de son parcours, le style évoque l’eau et les éléments de la nature. Stream est tout en tourbillons d’arpèges de piano courant sur les rochers. Wings fait s’envoler une mélodie de piano dans le style de Chopin sur un fond ensoleillé tandis que Storm inonde l’atmosphère de gros nuages ​​noirs menaçants aux cuivres. Une dramaturgie s’installe. L’oeuvre se partage dans une authentique synthèse de styles et de symboles. Un des sous-titres fait référence à des éléments autobiographiques. La jeunesse du tromboniste, pianiste et compositeur dans la ville autrichienne de Krems/Donau inspire une fusion confiante de la musique et de la mémoire. Les changements agités signalent le flux et la fluidité de l’expérience et sont évoqués dans de riches orchestrations de cordes. Les courants changeants de la séquence entrainent l’auditeur vers l’aval, parfois loin du rivage jusqu’au calme d’une paix intérieure. insaisissable. »
Le tromboniste, pianiste et compositeur Martin Ptak a passé sa jeunesse « an der schönen blauen Donau », dans la petite ville autrichienne de Krems (rive gauche), porte d’entrée de la Wachau. En descendant le fleuve vers aval depuis Kremps, on arrive à la capitale historique musicale de Vienne en un peu moins d’une heure. L’eau, la musique et le vin ont fusionné dans cette étendue de terre depuis des temps immémoriaux. Ils coulent de même dans les contes musicaux fluviaux de Martin Ptak : musique de film et improvisations, souvenirs d’enfance et départs, effet de surface ou profondeur, choeur de trombones, tapisserie de cordes et multiples motifs pianistique. Une longue bande sonore des sources du fleuve jusqu’aux extrémités de son delta.
The source, Stream, Wings, Merging, Storm, Flood, Sinking, Darkstone, Cycle, Kanon, Panta Rhei.
Martin Ptak, piano, Albin Janoska, Fender Rhodes, harmonium, live-sampling, Julia Maly, violin (track 2, 10), Claus Riedl, violin, Lena Fankhauser, viola, Melissa Coleman, cello, Alois Eberl, Martin Riener, Dominik Stöger, trombone, Gerald Pöttinger, bass trombone, contrabass trombone, Franz Winkler, tuba (track 6, 8), Martin Eberle, trumpet solo (track 2, 4, 8), Alois Eberl, trombone solo (track 9) 

CD col legno WWE1CD20441, 61 mn et 5 secondes.

ROIZEN, Elena (1945-2007)
Chanteuse roumaine traditionnelle
Hai Dunărea mea
https://youtu.be/8MjhenGOBLY

ROMAN, Elly (1905-1996)
Compositeur roumain d’opérettes, de comédies musicales et de nombreuses mélodies dont certaines ont connu un immense succès.
Ada-Kaleh, ballade rythmique contant les amours d’Aiseh et de Dragomir, texte Ștefan Tita, chanson interprétée par Gigi Marga, orchestre placé sous la direction de Teodor Cosma
https://youtu.be/1uG-UWyGdpU

« De veacuri Dunarea de-argint,
se despleteste povestind,
de prea frumoasa Aiseh
din Insula Ada Kaleh.

Soptea povestea c-a-ndragit
pe Dragomir, luntras vestit,
si in fermecatul serii ceas,
ei doi cântau cu dulce glas

Ada Kaleh, Ada Kaleh,
pe-al tau pamânt vrajit
ce minunat a-nflorit
iubirea floarei de cais
Ada Kaleh, Ada Kaleh,
tu cresti iubirea mea din vis

În calea primei lor iubiri
crescut-au grele împotriviri,
spuneau ai ei: « sa-i despartim »,
spuneau ai lui: « de neam strain »,

Dar nu, ei nu s-au despartit,
pe veci în valuri s-au unit,
si-n fermecatul serii ceas,
adâncul parca prinde glas

Ada Kaleh, Ada Kaleh,
pe-a-l tau pamânt vrajit
ce minunat a-nflorit
iubirea floarei de cais
Ada Kaleh, Ada Kaleh,
tu cresti iubirea mea din vis

Dar anii peste ani au nins,
si noi lumini azi s-au aprins,
azi Dragomir si-o Aiseh,
fac nunta in Ada Kaleh
Azi vietile lor s-au unit,
urmasii celor ce-au pierit,
si în fermecatul serii ceas,
rasuna dulce al lor glas

RUBINSTEIN, Anton Grigoryevitch (1829-1894)
Compositeur, pianiste, chef d’orchestre et pédagogue éminent né en Ukraine
« Lorsqu’après 1871, je descendis le Rhin de Mayence à Rotterdam, j’eus l’impression que ce fleuve peut couler paisiblement ; ses luttes sont terminées, il n’a plus désormais qu’à laisser flotter au fil de ses eaux les ladies anglaises et les misses américaines qui notent au crayon, dans leur Baedecker, le roc de la Loreley, le Stolzenfels ou le Rolandseck… Mais lorsque j’ai descendu le Danube de Vienne à Galatz et que j’ai observé les passagers du bateau, où se trouvaient mélangés des Allemands, des Hongrois, des Serbes, des Roumains, des Turcs, des Russes, j’ai compris que là se jouerait encore une terrible tragédie, dont dépendra la paix de l’Europe. »
Pensées et aphorismes d’Anton Rubinstein, Le Ménestrel n°8 du 25/02/1900, p. 60

RÜEGG, Mathias (1952)
Donauwalzer, arrangement de la valse du Beau Danube Bleu de Johann Strauss
L’oeuvre apparait dans le cd consacré à Johann Strauss « ALL THAT STRAUSS, First New Year’s Concert in Jazz » du Vienna Art Orchestra.
Vienna Art Orchestra : www.vao.at

SAINT FLORIAN (abbaye augustinienne de), Haute-Autriche
Une des plus prestigieuses abbayes danubiennes autrichiennes avec une longue tradition musicale d’un très haut niveau.
Les premiers documents de la longue tradition musicale de l’abbaye remontent au début du IXe siècle. Le manuscrit des Lamentations de Jérémie avec celui des Neumes de Saint-Gall sont aussi les plus anciennes sources musicales écrites d’Autriche. Les deux orgues de la collégiale illustrent au XVIe siècle la place conséquente de la musique dans la vie quotidienne de l’abbaye. Le grand orgue de la collégiale (1770-1774) est l’oeuvre du facteur Franz Xaver Krismann de Laibach. Le répertoire de l’abbaye s’est ouvert entretemps alors à différents styles au-delà des oeuvres religieuses incluant de la musique instrumentale. Ce sont les chanoines avec les musiciens employés au service du monastère et les chanteurs du chœur qui animent les offices religieux, les repas de cérémonies et de fêtes ainsi que lors des visites d’invités de marque ou encore dans le cadre de représentations théâtrales.
Le musicien de l’abbaye le plus célèbre au XVIIIe siècle fut le chanoine Franz Joseph Aumann (1728-1797). Ses œuvres, comparables à de celles de Michael Haydn (1737-1806) ou d’autres compositeurs contemporains, ont été diffusées bien au-delà des limites régionales. Ce chanoine entretenait d’ailleurs une relation amicale avec le frère de Joseph Haydn (1732-1809) qui lui rendit visite à l’abbaye.

Franz Schubert dont les chanoines, les musiciens et les chanteurs de l’abbaye aimaient à interpréter les oeuvres, faisait aussi partie des nombreux invités privilégiés. L’un de ses proches amis, le poète et librettiste Johann Mayrhofer (1787-1836) appartint au monastère pendant un certain temps.

Le chanoine Florian Franz Xaver Müller (1870-1948),l’un des compositeurs de Haute-Autriche les plus importants de la période romantique tardive, organiste du monastère et chef de choeur, occupa par la suite le poste de directeur musical de la cathédrale de Linz. Sa musique a été influencée par Anton Bruckner un musicien à qui il voua une véritable vénération tout au long de sa vie et qui fut le titulaire du grand orgue de la collégiale de l’abbaye de 1848 à 1855. A. Bruckner a été est enterré, selon sa volonté, derrière cet instrument.

Plus récemment, Augustinus Franz Kropfreiter (1936-2003), organiste et compositeur perpétue la musicale du monastère à son plus haut niveau. Entré au monastère en 1954, il en est nommé organiste en 1960 puis regenschori (Maître de chapelle) cinq ans plus tard. Après trois décennies de concerts et de tournées en Europe, au Japon et en Amérique du Sud, il se consacre exclusivement à la composition tout en aimant improviser à l’orgue. D’abord influencé par des compositeurs comme Paul Hindemith et Franck Martin, il s’oriente vers la dodécaphonie et la polyphonie.
Quelques oeuvres de Franz Kropfreiter :  Altdorfer Passion (1965), Te Deum (1970), Signum pour orgue (1976), Sinfonia concertante (1979), Severin-Oratorium (1980/81 ), Magnificat (1983), Concerto pour orgue et orchestre (« Leipziger Konzert », 1984), 1ère symphonie pour grand orchestre (1985), symphonie pour cordes (1985), Stabat Mater (1986), 2ème Symphonie pour grand orchestre (1990), Soliloquia (1993), 3ème symphonie (M) et Testament pour grand orchestre (1994/95)…

Sources :
www.stift-st-florian.at

SCHÄCHTER, Rafaël  (27 mai 1905-1944)
Pianiste, compositeur et chef d’orchestre, né à Brăila dans la communauté juive. Il fait ses études à Brno puis au Conservatoire de Prague. Il est forcé d’interrompre ses activités musicales à l’arrivée des nazis puis est interné au camp de Terezín (Bohême du nord)  en 1941 où il organise de nombreuses manifestations musicales, dirige 35 fois l’opéra « La fiancée vendue » de B. Smetana, « Le Baiser » du même compositeur, des oeuvres lyriques de Mozart et le Requiem de Verdi à plusieurs reprises en reconstituant à chaque fois le choeur après la déportation de ses membres. Il est lui-même déporté en 1944 au camp de concentration d’Auschwitz et meurt avec de nombreux autres prisonniers du camp de Terezín dès son arrivée. Le charisme et le talent de R. Schächter aida les prisonniers du camp à affronter l’horreur de leur situation et à ne pas désespérer.

SCHANDL, Ernst (1920-1997)
Musicien, compositeur et pédagogue autrichien né à Gmünd et mort à Krems-Stein sur le Danube. Il a écrit de nombreuses oeuvres (marches) en hommage au Danube, très populaires dans la Wachau et en Basse-Autriche.

SCHENCK, Johannes (env. 1656-1712)
L’Écho du Danube, six sonates pour viole de gambe et basse continue
Compositeur né à Amsterdam vers 1656, si l’on en croit son certificat de mariage. Johannes Schenck est un éminent joueur de viole de gambe et compositeur de l’ère baroque sur la vie duquel nous avons relativement peu d’informations. La plupart des oeuvres qui sont parvenues sont d’une grande virtuosité. À 40 ans il est engagé par le prince électeur de Palatinat Johann Wilhem II dont la cour se tient à Düsseldorf sur le Rhin comme musicien de chambre de la cour. Il en devient ensuite intendant en 1710. Il accompagne un an plus tard le prince électeur à Francfort pour les fêtes couronnement de Charles VI.
L’empereur autrichien Léopold Ier de Habsbourg était un musicien averti et lui-même joueur de viole de gambe et compositeur. Aussi J. Schenck conçut-il le projet de se rendre à Vienne et de solliciter l’empereur au sein de sa cour. Malheureusement pour le virtuose hollandais, Léopold Ier de Habsbourg décède peu de temps après l’arrivée de J. Schenck et ses projets ne purent se réaliser. Il dut rentrer à Düsseldorf.
La suite de sonates intitulées L’Écho du Danube pourrait avoir été composée en vue de ce voyage à Vienne et initialement destinées à l’empereur autrichien. Selon certaines sources musicologiques cette suite aurait pu être écrite à Neuburg sur le Danube (bade-Wurtemberg). L’oeuvre n’est-elle pas précisément dédicacée au baron de Diamanstein, le superintendant de la musique de la cour ? Le manuscrit de ces oeuvres, probablement celui apporté par J. Schenck à Vienne et aujourd’hui conservé à la Bibliothèque de l’Albertina, ne porte pas la mention du titre L’Écho du Danube contrairement à l’édition plus tardive publiée à Amsterdam par Estienne Roger. Un titre comme une évocation nostalgique d’un voyage sur les bords du Danube et d’une rencontre ratée avec un empereur musicien ?

Les six sonates de cette suite seront également éditées sous ce titre à Paris chez Le Clerc et Boivin en 1742.
J. Schenck a intitulé une autre de ses oeuvres Les Nymphes du Rhin.

Sources :
Ces informations proviennent du livret du CD consacré à des
oeuvres pour viole de gambe de Johannes Schenck enregistrées par Lorenz Duftschmid (CPO 999 682-2) et du booklet de l’enregistrement réalisé par Hille Perl, The Music of Johan Schenk (DHM 88691903812)

SCHIKANEDER, Johann (Baptist) Joseph Emanuel (1751-1812)
Compositeur, chanteur, musicien, acteur de théâtre, librettiste, régisseur et directeur de théâtre, né au bord du Danube dans la petite ville bavaroise de Straubing et mort à Vienne. L’histoire a principalement retenu le nom d’Emmanuel Schikaneder en l’associant au succès de la Flûte enchantée de Mozart dans lequel il tint le rôle de Papageno lors de la première mais ses activités artistiques ont été multiples.

Emanuel Schikaneder en Papageno, 1791

SCHÖNBERG, Arnold (1874-1951)

   Compositeur, peintre et théoricien viennois. Arnold Schoenberg a toujours considéré sa musique comme l’héritière authentique de la tradition classique et romantique allemande. Celui qui proclamait : « il y a encore beaucoup de bonnes musiques à écrire en do majeur » fut pourtant l’initiateur d’une révolution atonale sans précédentAutodidacte, Arnold Schoenberg fait ses armes en arrangeant et en orchestrant des opérettes et des chansons populaires. À partir de 1894, il bénéficie des conseils d’Alexander Zemlinsky – son futur beau frère – qui lui enseigne l’art du contrepoint. Fasciné par la musique de Richard Wagner et de Johannes Brahms. A. Schoenberg compose des œuvres de jeunesse dans la tradition romantique allemande. De cette époque, il laisse notamment l’une de ses pièces maîtresses – La nuit transfigurée – composée à l’âge de 26 ans.

Arnold Schoenberg (1874-1951)

   Une fois franchi le seuil vers l’atonalité, A. Schoenberg entame une période de création intense où il conduit l’émancipation de la dissonance à son paroxysme. C’est dans cette période dite d’ »atonalisme libre » que s’inscrivent le mélodrame Erwartung et le Pierrot Lunaire. Au début des années 1920, le compositeur met au point le dodécaphonisme sériel qu’il applique dans ses œuvres jusqu’à pousser le procédé à sa plus extrême virtuosité.
Exilé à Paris puis aux États-Unis où il se consacrera à l’enseignement jusqu’à la fin de sa vie, Arnold Schoenberg fut conscient d’avoir opéré une rupture musicale avec le passé même s’il restait persuadé d’être un conservateur qu’on avait forcé à devenir révolutionnaire.

Arnold Schoenberg en 6 dates :

  • 1882 : Arnold Schoenberg commence à étudier le violon et le violoncelle.
  • 1901 : épouse Mathilde Zemlinsky, sœur de son ancien professeur et s’installe à Berlin.
  • 1903 : fait la connaissance de Gustav Mahler  à Vienne et entame une carrière de professeur.
  • 1910 : Arnold Schoenberg commence à enseigner à l’Académie de musique de Vienne et se tourne vers la peinture expressionniste.
  • 1911 : achève son Traité d’Harmonie dédié à la mémoire de Gustav Mahler et s’installe pour la seconde fois à Berlin où il rencontre Ferruccio Busoni.
  • 1933 : reconverti au judaïsme, il émigre aux Etats-Unis où il devient professeur à Boston puis à New York.

Arnold Schoenberg en 6 œuvres :

  • 1897 : Quatuor à cordes en ré majeur
  • 1899 : Nuit transfigurée
  • 1903 : Pelléas et Mélisande opus 5
  • 1911 : Gurrelieder
  • 1912 : Pierrot Lunaire opus 21
  • 1936 : Concerto pour violon et orchestre opus 36

Sources :
documentation de Radio France : www.francemusique.fr

SCHRAMMEL, Johann (1850-1893)
Violoniste et compositeur viennois appartenant à une dynastie de musiciens populaires avec son père Kaspar Schrammel (1811-1895), son demi-frère Konrad Schrammel (1833-1905), son frère Josef (1852-1895) et son fils Hans Schrammel (1875-1933). Créateur avec son frère Josef de la « Schrammelmusik » dont les mélomanes de la capitale autrichienne se délectent encore de nos jours lors de nombreux occasions dans les auberges et les Heuriger où le vin coule joyeusement dans les verres. Il est vrai qu’à Vienne le vin ne va pas sans musique et vice-versa ! Il s’agît d’une authentique culture musicale viennoise d’une grande popularité qui puise ses origines dans la musique traditionnelle autrichienne et se confond parfois avec le répertoire de Wiener Lieder. Johann Schrammel est l’auteur de l’une des plus célèbres marches autrichiennes Wien bleiblt Wien.

SCHRAMMEL, Josef (1852-1895)
Violoniste et frère de Johann Schrammel. Il fonde avec celui-ci et le contraguitariste Anton Strohmayer en 1878 un trio (2 violons et une contraguitare) puis un quatuor (petite clarinette en sol ou « picksüßes Hölzl ») lorsque le clarinettiste Georg Dänzer se joint au groupe. Celui-ci acquiert une immense popularité et joue non seulement pour les classes populaires, la bourgeoisie viennoise mais aussi pour l’aristocratie. À la mort de G. Dänzer, la petite clarinette est remplacée par un accordéon. De nombreux ensembles continuent à perpétrer cette tradition.

SCHUBERT, Franz (1797-1828)
Am Strom (au bord du fleuve) D. 39, opus 8/4, texte de Johann Mayrhofer
Lied eines Schiffers an die Dioskuren, D. 360, opus 65 n°1, texte de Johann Mayrhofer

Der Schiffer (Le marinier) D. 536 n° 2
Auf der Donau (Sur le Danube), D. 553, op.21 n°1, 1817, texte de Johann Mayrhofer (1787-1836)

Auf der Wellen Spiegel schwimmt der Kahn,
Alte Burgen ragen himmelan,
Tannenwälder rauschen geistergleich,
Und das Herz im Busen wird uns weich.
Denn der Menschen Werke sinken all’,
Wo ist Turm, wo Pforte, wo der Wall,
Wo sie selbst, die Starken, erzgeschirmt,
Die in Krieg und Jagden hingestürmt?
Trauriges Gestrüppe wuchert fort,
Während frommer Sage Kraft verdorrt:
Und im kleinen Kahne wird uns bang,
Wellen drohn wie Zeiten Untergang.

Le bateau glisse sur le miroir des vagues ;
les anciens châteaux s’élèvent vers le ciel,
les forêts de pins s’agitent comme des fantômes,
et nos cœurs s’affaiblissent dans nos poitrines.
Car toutes les œuvres de l’homme meurent ; il n’y a plus de tour, de porte, de rempart ;
où sont maintenant la tour, la porte, les remparts?
Où sont les puissants eux-mêmes, dans leur armure d’airain.
armure qui s’élançaient au combat et à la chasse ?
Les sombres buissons grandissent en rampant
tandis que le pouvoir du mythe pieux décline.
Et dans notre petit bateau, notre peur grandit;
les vagues, comme le temps, menacent le destin.

Der Strom (Le fleuve) D. 565, texte ?
Der Fluss (La rivière) D. 693, texte de Friedrich Schlegel (1772-1829)
Der Schiffer (La batelier) D 694, texte de Friedrich von Schlegel
Schiffers Scheidelied, D. 910, texte de Franz von Schober (1796-1882)
Auf der Strom (Sur le fleuve), D. 943, op. posth. 119, sur un texte de Ludwig Rellstab
Instituteur et compositeur autrichien, peut-être le plus viennois et le plus danubien de tous les grands musiciens autrichiens. La nature et ses éléments sont une immense source d’inspiration et de consolation inépuisable pour Franz Schubert et ses amis de son cercle intime, poètes, peintres et musiciens de la capitale qui aiment se promener ensemble et tenir des académies dans les environs de Vienne. Plusieurs de ses lieder sont consacrés à l’élément liquide, à la mythologie de l’eau, au fleuve, aux bateliers, aux rivières et à leur environnement.
Par ailleurs et d’une certaine manière on peut dire que le Danube et ses affluents sont présents dans de nombreuses oeuvres du compositeur en tant que source d’inspiration. Franz Schubert séjourna régulièrement non loin du fleuve, au château d’Atzenbrugg, près de Tulln, en amont de Vienne, pendant les étés de 1820 à 1823. Il y était invité avec quelques autres artistes par son ami Franz von Schober. Promenades (au bord du fleuve), fêtes musicales et poétiques étaient au programme de ces joyeuses journées estivales.
Le château d’Atzenbrugg, restauré par la municipalité se visite et des concerts y sont régulièrement organisés.
On attribue cette phrase à Schubert à propos de Beethoven : « Il sait tout, mais nous ne pouvons pas tout comprendre encore, et il coulera beaucoup d’eau dans le Danube avant que tout ce que cet homme a créé soit généralement compris. »

Der Schiffer (Le batelier), lieder opus 21, D. 536 n°2 pour voix et piano
Texte de Johann Baptiste Mayrhofer (1787-1836)

« Im Winde, im Sturme befahr ich den Fluß,
Die Kleider durchweichet der Regen im Guß ;
Ich peitsche die Wellen mit mächtigem Schlag,
Erhoffend, erhoffend mir heiteren Tag.

Die Wellen, sie jagen das ächzende Schiff,
Es drohet der Strudel, es drohet das Riff.
Gesteine entkollern den felsigen Höh’n,
Und Tannen erseufzen wie Geistergestöhn.

So mußte es kommen, ich hab es gewollt,
Ich hasse ein Leben behaglich entrollt ;
Und schlängen die Wellen den ächzenden Kahn,
Ich priese doch immer die eigene Bahn.

Drum tose des Wassers ohnmächtiger Zorn,
Dem Herzen entquillet ein seliger Born,
Die Nerven erfrischend – o himmliche Lust,
Dem Sturme zu trotzen mit männlicher Brust. »

« Dans le vent et la tempête je traverse la rivière,
La pluie coule sur mes vêtements ;
Je fouette les vagues avec de mes coups redoublés,
Espérant quelque jours meilleurs.

Les vagues chassent mon bateau qui gémit,
Les tourbillons se font menaçants, les récifs le guettent.
Des rochers dévalent des falaises,
Et les sapins soupirent comme des fantômes à l’agonie.

C’est ainsi que cela devait être, je l’ai voulu,
Je hais la vie facile ;
Et même si les vagues mordent mon bateau,
Je préfère mon propre destin.

Qu’elle gronde la colère impuissante de l’eau,
De mon cœur jaillit une source de grâce,
qui apaise mon coeur – Ô plaisir céleste,
Défier la tempête avec un cœur d’homme. »

« La vision comparative que Mayrhofer donne du paysage du fleuve en amont de Vienne reflète exactement, et aujourd’hui encore, le caractère de cet endroit. »
Dietrich Fischer-Diskau, Les lieders de Schubert, Diapason Robert Laffont, Paris, 1977

Lied eines Schiffers an die Dioskuren, D. 360, opus 65 n°1, texte de Johann Mayrhofer : https://youtu.be/vx8HICw2xKk

SERESS, Rezső/Rudolf Spitzer (1899-1968)
Pianiste, compositeur, artiste de théâtre, cirque (trapéziste) et de bar-restaurant, appartenant à la communauté juive de Budapest au destin tragique. il est emprisonné avec sa mère dans un camp de travail pendant la seconde guerre mondiale par les nazis. Seress Rezső survit à Budapest dans une grande pauvreté malgré le succès de certaines de ses chansons et se suicide à l’âge de 68 ans. Sa chanson la plus célèbre « Szomorú Vasárnap » (« Sombre dimanche« ), ou « Gloomy sunday » reprise en anglais par Paul Rebeson en 1940 et chantée également par Billie Holliday, intitulée initialement « Vége a Világnak » (« The end of the World« ) sur les paroles de son ami le poète hongrois László Jávor et écrite pendant un séjour à Paris en 1933, fut injustement accusée d’être à l’origine de nombreux suicides dans le Danube. La chanson est utilisée par plusieurs cinéastes dont  Steven Spielberg (La liste de Schindler), Abel Ferrara, Sally Poter, Daniel Monzón… Elle a également été interprétée depuis par de nombreux chanteurs parmi lesquels Serge Gainsbourg (paroles de Jean Marèze et François-Eugène Gonda), Claire Diterzi, Sanseverino, Ray Charles, Björk, Loreena McKennit, Sarah Vaughan…
https://youtu.be/f4tQ2o3dp6Y 

SIEBERT, Adolphe (1899-1991)
Chef d’orchestre autrichien. Il fait ses études et vit à Vienne jusqu’en 1938. Ayant la réputation d’infatigable travailleur, il se consacre aux opérettes et aux valses viennoises. Il émigre ensuite en France et travaille pendant 25 ans pour France-Musique en tant que producteur. Comme chef d’orchestre, il dirige sa propre formation et devient le premier chef permanent de l’orchestre lyrique de la radiodiffusion française. A. Siebert était féru d’opérettes viennoises et de valses autrichiennes. L’essentiel de sa discographie est consacré à ce répertoire.
A. Siebert anime régulièrement au cours des années 70 des émissions sur France-Musique, émissions intitulées « Du Danube à la Seine » puis « Concert Promenade » jusqu’en 1991 émission qui a choisi pour indicatif « Un café viennois » du compositeur Robert Stolz.

SOUSA, John Philip (1854-1932) 
Across the Danube, marche (1877)
Musicien, chef d’orchestre et d’harmonies militaires américain d’origine portugaise des Açores et espagnol par son père et bavaroise par sa mère. Après avoir dirigé la United States Marines Band, il forme son propre orchestre à vent le Sousa’s band et se verra attribué le surnom du « Roi de la marche ». Il existe également un arrangement de cette oeuvre pour piano par Winner Septimer (1827-1902) publié la même année.
https://youtu.be/505yrNo5RV8

STOLZ, Robert, (1880-1975)
Drei von der Donau (Les trois du Danube), opérette créée à Vienne en 1947, livret de Robert Gilbert (1899-1978) et Rudolf Österreicher ( ), d’après le poème magique en trois actes de Johann Nestroy (1801-1862) « Der böse Geist Lumpacivagabundus
oder Das liederliche Kleeblatt » (1933)
Träume an der Donau (Rêveries au bord du Danube), opus 662, RSWV 520, lieder pour voix et orchestre :

« Träume von Linz an der Donau
Trage ich heimlich bei mir
Ich kann Linz nicht vergessen
Kann mich nicht trennen von hier
Träume von Linz und der Donau
Lassen erklingen mein Herz
Denk an die schönen Stunden
Denk an den Pöstlingberg

Mühlviertler Land
Mein Heimatland
Wie lieb ich dich
Schönes Voralpenland
Mühlviertler Land
Mein Heimatland
Ich bleib dir treu
Mein geliebtes Donauland »

Compositeur prolifique et chef d’orchestre autrichien originaire de Graz (Styrie), considéré comme le dernier représentant de la valse viennoise et de l’âge d’argent de l’opérette. R. Stolz a également écrit de nombreuses musiques de films y compris pendant son séjour au États-Unis où il avait du émigré en 1938 et où il conquit, en tant qu’ambassadeur de la musique viennoise, Broadway. Il revint à Vienne après la guerre (1946) et compose presque jusqu’à la fin de sa vie laissant une oeuvre considérable d’environ 50 opérettes, une centaine de musiques de film et de nombreuses pièces dont le succès ne s’est pas démenti jusqu’à aujourd’hui.
 Ses domaines de prédilection étaient ceux de la « petite » opérette agréable et amusante et de la chanson viennoise. Sa musique est avant élégante, pétillante et toujours d’une grande expressivité. Comme chef d’orchestre, il fut un infatigable interprète des oeuvres de la dynastie Strauss, Joseph Labitzky, Franz von Suppé, Joseph Lanner, Carl Michaël Ziehrer…

 Le monument dédié au compositeur Robert Stolz (1880-1975) dans le parc municipal de la ville de Vienne (Stadtpark), photo © Danube-culture, droits réservés 

« Si je ne ressens rien dans mon coeur, la musique n’atteindra pas les auditeurs ; on ne convainc que si l’on ressent et croit soi-même. Mon plus grand souhait, c’est que mes mélodies continuent de vivre dans le coeur des hommes. Je saurai alors que j’aurai accompli ma tâche et que ma vie n’aura pas été inutile. »
Robert Stolz
« Du sollst der Kaiser meiner Seele sein… », Une des plus belles mélodies de R. Stolz chanté par la soprano autrichienne Angelika Kirschläger

STADLER Maximilien, abbé (1748-1833)
Pianiste, compositeur, musicographe, ami de, Haydn, Mozart, Beethoven et Schubert,
prieur de l’abbaye bénédictine de Melk de 1784 à 1786

STRAUSS, Johann, père (1804-1849)
STRAUSS, Johann II ou fils (1825-1899)
STRAUSS, Josef (1827-1870)
STRAUSS, Edouard (1835-1916)

Donaulieder, valse opus 127 (Johann Strauss I/père)
An der schönen blauen Donau (Sur le beau Danube bleu), valse opus 314 (Johan Strauss II/fils)
Vom Donaustrande (De la grève du Danube)polka tirée de l’opérette Carnaval à Rome, opus 356 (Johann Strauss II, 1873)
Donauweibchen (La nymphe du Danube), valse opus 427 sur des mélodies de l’opérette Simplizius (Johann Strauss II)
Am Donaustrand (Sur la grève du Danube), improvisation pour voix et piano (Johann Strauss II)

On trouve également parmi les autres titres des valses, danses et autres oeuvres de la famille Strauss de nombreuses évocations des grands fleuves comme Die Lorelei – Rhein Klänge, valse opus 154 (J. Strauss I), Die Moldauerklänge, (J. Strauss I), Die Lava – Ströme, valse (J. Strauss II), Wellen und Wogen, Sirenen (J. Strauss), Neva, polka (J. Strauss), An der Moldau, polka française de l’opérette La Chauve – souris (J. Strauss II), An der Wolga, polka-mazurka opus 425 (J. Strauss II), An der Elbe, valse opus 477 (J. Strauss II).

Johann Strauss I
Johann Strauss I (Johann Strauss père) est un compositeur autrichien qui contribue à populariser le genre de la valse avec son ami Joseph Lanner et son rival Carl Michaël Ziehrer. Ils établissent les bases d’un genre musical qui permettront à ses fils de fonder une véritable dynastie. On peut citer, parmi ses oeuvres les plus populaires, la Marche de Radetzky et la valse de la Lorelei Rheine Klänge.
Johann Strauss (I) est le père de Johann Strauss (II), Josef Strauss et Eduard Strauss, de deux filles, Anna, née en 1829 et Thérèse née en 1831. Son fils, Ferdinand, né en 1834, décède à l’âge de dix mois.
Les parents de Johann Strauss I, tenaient une auberge pour les bateliers à proximité d’un bras du Danube. Sa mère meurt brutalement lorsqu’il a 7 ans. Cinq ans plus tard c’est son père qui se noie lors d’une inondation d’une Danube. Sa belle-mère cherche alors à placer le jeune garçon comme apprenti chez un relieur, Johann Lichtscheidl. Il prend des leçons de violon et d’alto en complément de son apprentissage qu’il termine en 1822. J. Strauss I étudie en parallèle la composition avec Johann Polischansky et obtient une place dans l’orchestre local d’un certain Michael Pamer. Il quitte cette formation pour rejoindre un quatuor à cordes connu sous le nom de « Quatuor Lanner ». C’est un ensemble de chambre formé par un rival potentiel, Joseph Lanner et les frères Karl et Johann Drahanek. Ce quatuor à cordes qui joue des valses viennoises et des danses populaires allemandes se transforme en un petit orchestre à cordes dès 1824.
Johann Strauss I prend la direction de cette formation à l’issue du carnaval de la même année assurant en même temps la direction d’un second orchestre plus  réduit, formé en raison du succès du premier. En 1825, il décide de créer son propre ensemble et commence à composer après avoir réalisé qu’il peut aussi s’inspirer du succès de son rival afin de mettre fin à ses propres problèmes financiers. Il se place dès lors en concurrent officiel de Lanner et devient rapidement un des plus célèbres compositeurs de danses à Vienne. Il part en tournée avec son orchestre en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique, en Angleterre et en  Écosse.
Lors d’un voyage en France en 1837, J. Strauss I entend un quadrille et, séduit par cette danse, commence immédiatement à en écrire. Puis il importe cette danse en Autriche lors du carnaval de 1840, événement à partir duquel elle devient populaire. Son voyage en France démontre l’extraordinaire audience de la musique de J. Strauss dans les différents milieux sociaux. Son projet ambitieux de jouer sa musique en Angleterre à l’occasion du couronnement de la reine Victoria en 1838 se réalise.
Le compositeur se marie avec Maria Anna Streim en 1825 dans la paroisse de l’église de Liechtenthal à Vienne. Ce mariage est relativement instable, en raison de ses absences prolongées, de ses fréquentes tournées à l’étranger. Il prend une maîtresse, Émilie Trambusch, avec laquelle il aura huit enfants. Cette situation a probablement marqué les premières compositions de son fils Johann alors que son père avait formellement interdit à ses enfants de prendre des cours de musique. Avec la déclaration de paternité d’une fille née de sa liaison avec sa maîtresse, sa femme demande le divorce en 1844. Elle permet à son fils Johann de poursuivre activement sa carrière musicale.
En dépit de ses problèmes familiaux, Johann Strauss I continue à effectuer de nombreux voyages dans les îles britanniques, demeurant toujours prêt à écrire de nouvelles oeuvres pour des organisations de charité. Ses valses s’inspirent de danses populaires et sont précédées d’une courte introduction avec peu voire même sans lien avec la structure précédente. Elles sont généralement suivi d’une courte coda et d’une conclusion agitée. Johann Strauss junior, quant à lui, développera et étoffera la structure de la valse, utilisant  pour sa musique un nombre d’instruments plus conséquent que les oeuvres de son père.
J. Strauss I est parmi les premiers compositeurs avec Joseph Lanner, à composer des oeuvres en leur donnant des titres individuels, comprenant qu’il est indispensable de rendre ses compositions immédiatement reconnaissables et d’en garantir par la même occasion un succès éditorial et durable. Il est aussi un des premiers musiciens à défendre, à l’occasion de ses concerts dans la salle de bal Sperl de Vienne, le principe de collecter un droit d’entrée fixe.
J. Strauss I meurt à Vienne en 1849. Il est d’abord enterré au cimetière de Döbling aux côtés de son ami et rival Joseph Lanner. En 1904, leurs dépouilles sont transférées dans les tombes d’honneur du cimetière central de Vienne. L’ancien cimetière de Döbling porte désormais le nom de parc Strauss-Lanner.
Berlioz lui-même dit du « Père de la Valse Viennoise » que « Vienne sans Strauss c’est comme l’Autriche sans le Danube ».

Le Monument à Johann Strauss dans le Parc municipal (Stadtpark) de Vienne

Johann Strauss II (junior)

Ach, welch ein Leben !
klar und helle,
wie die Welle
sprudelt es dahin !

Frauen und Reben,
herbe, wilde,
süsse, milde,
duften hier und blüh’n !

Zieht dich die Zaubermacht
lieblicher Augenpracht
hin an den Strand der Donau,
ja, da gibt es kein Entflieh’n !

Ah, quelle vie !
claire et transparente,
telle une vague
elle pétille jusque là-bas !

Femmes et vignes,
austères, sauvages,
suaves, douces,
embaument ici et fleurissent !

Le pouvoir magique
de la charmante splendeur des yeux
attire sur la grève du Danube,
oui, impossible de s’y soustraire !

Am Donaustrand (Sur la grève du Danube), improvisation pour voix et piano.
Texte de Ignaz Schnitzler (1939-1921), librettiste de l’opérette Le baron tsigane (1885)
Publié comme supplément dans le premier cahier de la revue viennoise An der schönen, blauen Donau du 15 janvier 1886.
Cette petite pièce divertissante contient des extraits de la valse du Beau Danube bleu opus 314 (première partie) et de la valse des Femmes viennoises opus 423. Le manuscrit de cette oeuvre a malheureusement été perdu.
Johann Strauss II (fils ou junior) a souvent joué les oeuvres de son père déclarant ouvertement son admiration pour sa musique malgré leur rivalité, rivalité entretenue par la presse d’alors. Johann Strauss père refusa par contre de se produire au Casino Dommayer où son fils avait débuté. Il contraria même ses débuts de carrière mais il fût vite relégué au second rang derrière son fils en terme de popularité.

« Il n’est pas dans mes intentions de me mesurer avec insolence au génie de mon père. »
« Je suis certain que mon père dans la tombe se réconciliera avec moi si je sais prouver que je ne suis pas indigne de ma profession d’artiste. »

« C’est étrange mais votre musique reste aussi jeune que vous. Après tant d’années, elle n’a pas pris une ride. »
Propos de l’empereur François-Joseph de Habsbourg à propos de la musique de Johann Strauss fils.

Polka Von Donaustrande, tirée de l’opérette le Carnaval de Rome et interprétée par la soprano autrichienne Andre Kirschlager

À propos de la valse du Beau Danube bleu

Johann Strauss junior a 42 ans lorsque, à la demande du directeur de l’association chorale de Vienne, il compose sa valse du Beau Danube bleu. Les premières paroles sont médiocres mais de circonstances.
Lors de l’exposition universelle de Paris de 1867 Johann Strauss est invité à l’ambassade d’Autriche. On lui demande d’ajouter une valse à son programme musical. Il fait acheminer de Vienne la partition du Beau Danube bleu et obtient avec cette nouvelle version un tel triomphe que les éditeurs viennois, dans les semaines qui suivent, ne parviennent qu’avec difficulté à répondre à la demande.
Le beau Danube bleu se constitue de cinq valses qui s’enchaînent, toutes précédées d’une introduction. Elles se concluent par une coda, correspondant ainsi au plan habituel fixé par les Strauss.
L’atmosphère magique qui se dégage de ce morceau tient à plusieurs éléments :

– une orchestration irréprochable et raffinée, utilisant dans l’introduction les sonorités des cors extrêmement enveloppantes et «romantiques», très proches de celles de Brahms et de la grande tradition romantique viennoise.

– le thème de la première valse qui s’impose par son dessin d’une grande souplesse, permettant de donne une grande unité à l’œuvre. Il apparaît dès l’introduction, et revient textuellement dans la coda.

– les nombreux changements de tonalités d’une valse à l’autre (et au sein de chacune) évitent subtilement l’impression de répétition.

Le Beau Danube bleu (deuxième version du texte)

Danube bleu
Si, comme un dieu,
On t’a chanté,
Coeur exalté,
C’est que tes flots,
Rires ou sanglots,
Portent la vie et l’amour
Tout le long de ton parcours !

Quand vient le printemps,
Tu vois en passant
La Bavière
Tout entière,
En couples heureux,
Sous l’effet joyeux
De la bière,
Vivre, ardente, sous tes yeux.

Et même au lointain,
L’écho des refrains,
De tes rives
Nous arrive
On boit et l’on rit !
Sous un ciel exquis,
Tout avive
Le bonheur des coeurs épris !

Mais la forêt magique,
Les soirs mélancoliques,
En de sombres musiques,
A ceux de tes flots mêlent ses bruits !
Et lorsque tes eaux grondent,
Les sapins te répondent
Et leurs voix se confondent
En un chant tragique, dans la nuit

Alors dans certains vieux manoirs,
On voit glisser des ombres
Ce sont des fantômes en nombre
Venant les revoir !
Légendes de tristesse,
L’esprit plein de détresse,
De vous fuir on se presse,
Car plus loin, bientôt voici l’espoir !

Voici Vienne, à l’accueil prometteur !
Salut, Vienne, au séjour enchanteur !
Voici la volupté, le désir,
La joie et le plaisir !
Enlacés passionnément,
Voici tous les amants,
Valse de Vienne,
Qui dansent éperdument
Sur tes airs prenants
De magicienne !
Arrêtons-nous un peu,
Ecoutons les aveux
Perdons la tête !
C’est du fleuve d’amour, du beau Danube bleu,
La fête !

Ô vous, les tziganes rêveurs,
Aux chants berceurs,
Pleins de douceurs,
Suivez d’un archet merveilleux
Son rythme mystérieux !
Follement,
Tendrement,
Dans l’ivresse
Des caresses.
Jouez et chantez !
Inventez
De nouveaux refrains,
Sans souci des lendemains !

Car le Danube va suivre son cours,
Comme le bonheur, il passe… il court !
Il emporte tout avec lui,
Vers d’autres destins, il s’enfuit !
Les matins,
Gardant des tons incertains,
Il reflétera l’azur
Au midi d’un ciel pur !
Mais le soir,
Il entendra les noirs
Sons tristement cadencés,
Les plaintes des amants délaissés !
Mais va… va… toujours
Au fil des jours !
Qu’importent
Ceux que tu fais pleurer !
D’autres, sur tes bords,
Viendront s’adorer !

Danube bleu
Si, comme un dieu,
On t’a chanté
Coeur exalté.
C’est que tes flots
Rires ou sanglots,
Portent la vie et l’amour
Tout le long de ton parcours !

Le Beau Danube bleu et les sirènes du Danube
   L’écrivain Ödon von Horváth (1901-1938), auteur qui fut qualifié de « dégénéré » par les Nazis et dont ils brûleront les livres en 1933, fait à sa manière la « part belle » aux Valses de Johann Strauss et en particulier à celle du Beau Danube bleu dans sa pièce Légendes de la forêt viennoise (Geschichten aus dem Wienerwald, 1931). Cette pièce met en scène un groupe de petits-bourgeois et commerçants du quartier viennois de Josefstadt, qui, déshabillés brutalement de leur verni comportemental et social superficiel, sont livrés à leurs attirances pulsionnelles. Le kitsch s’invite à tous les niveaux et triomphe au milieu de cette farce tragicomique danubienne cruelle. Les protagonistes sont emmenés dans un épilogue pathétique au paroxysme de leurs trivialité. Revenant comme des refrains déchus tout au long de la pièce, les valses de Strauss qui ont symbolisé « la gaieté et l’insouciance, ainsi que le rayonnement culturel de Vienne dans la deuxième moitié du XIXe siècle, « appartennant à un âge d’or idéalisé entrent en collision avec les comportements triviaux des petits-bourgeois horvathiens : Le Beau Danube bleu est joué (massacré) par un misérable orchestre de bar et sert « de toile de fond au numéro de « trois filles à moitié nues, les jambes prises dans une queue de poissons » qui sont supposer figurer « les sirènes du Danube ». La valse est réduite à l’état d’ornement dans un tableau de mauvais goût : à l’esthétique se substitue le pornographique. »1

STRAUSS, Richard (1864-1949)
Die Donau, poème symphonique opus 291, TrV 284 (fragments) pour grand orchestre choeur et orgue, 1941
Dernier poème symphonique du prolifique compositeur et chef d’orchestre allemand. L’oeuvre est inachevée. On connaît environ 400 mesures composées par Strauss pour Die Donau.

Un manuscrit musical autographe de la partition, quinze mesures à l’encre noire sur deux systèmes, les sept premières de quatre puis les huit suivantes de trois portées. Celui-ci fut proposé aux enchères à Paris, salle Drouot il y a quelques années… 

STRECKER, Heinrich (1893-1981)
« Drun’t in der Lobau » (« En bas dans la Lobau« )
Cette chanson (slow fox-trot) opus 290 extraite du merveilleux répertoire de mélodies populaires viennoises, écrite en 1927 par H. Strecker, prolifique compositeur viennois d’opérettes et de « Wiener lieder » (son opus comporte plus de 350 oeuvres). Les paroles sont d’Aloïs Eckhardt et de l’écrivain et librettiste Fritz Löhner Beda (Bedřich Löwy, 1883-1942) originaire de Moravie du Nord, collaborateur de Franz Lehar (« Le pays du sourire« ) qui fut arrêté et emprisonné à Buchenwald en 1938 puis assassiné en 1942 à Auschwitz.
Heinrich Strecker lui survécut près de quarante ans. Une ombre sinistre plane malheureusement au-dessus de lui : il fut membre dès 1933 et jusqu’en 1945 du NSDAP, le parti pro-nazi. Certaines de ses oeuvres témoignent tristement de ses convictions politiques à cette époque.
Une version de cette chanson interprétée (chanté et sifflée !) par le ténor Marino van Wakeren :
https://youtu.be/8z-CEAwMJeI

SUCHOŇ, Eugen (1908-1993)
Compositeur, pianiste, improvisateur, un des grands représentants de la musique slovaque du XXe siècle. Né dans une famille de musiciens, il montre des aptitudes pour la musique très jeune. Après avoir étudié au Conservatoire de Prague, il enseigne à l’Université Comenius puis au Collège de musique et d’art dramatique de Bratislava. Son opéra Krútňava (« le Tourbillon », 1949) constitue le premier ouvrage lyrique de la nation slovaque.

SUPPE, Franz von (1819-1895)
Dolch und Rose oder das Donaumädchen (Dolch et Rose ou la jeune fille du Danube), musique de scène, 1844
Création à Vienne au Théâtre de Josefstadt le 30 novembre, livret de Franz Xaver Told.
Compositeur né en Dalmatie à Split (Spalato), alors dans l’Empire autrichien et mort dans la capitale autrichienne.

SÜSS, Rudolf (1872–1933)
Prêtre et compositeur, surnommé « le chantre de la Wachau ».

TEIKE, Carl Albert Hermann (1864-1922)
Am Donaustrand, marche (1883 ?)
Corniste et hautboïste, chef d’orchestre militaire et compositeur allemand actif à Ulm dans les années 1880. Son oeuvre Am Donaustrand est sa première marche.

VIVALDI, Antonio (1678-1741)
   Il n’existe évidemment aucun lien connu entre Vivaldi et le Danube. Le prolifique compositeur et prêtre vénitien part à Vienne à la fin de sa vie en 1740, peut-être à l’invitation de l’empereur Charles VI (1711-1740), grand mélomane, admirateur du compositeur et père de la future impératrice Marie-Thérèse. Avec la mort de Charles VI, le 20 octobre, Vivaldi, qui loge dans une maison près du « Kärtnertortheater » (Théâtre de la porte de Carinthie) se retrouve sans soutien et dans une situation précaire. Souffrant de problèmes pulmonaires depuis déjà longtemps, âgé de soixante-deux ans, démuni, il meurt le 27 ou le 28 juillet 1741. Un service funèbre a lieu à la cathédrale Saint-Étienne le 28 juillet. Joseph Haydn, alors âgé de 8 ans, a-t-il participé à la cérémonie en tant que jeune chanteur dans la maîtrise de la cathédrale dirigée par Johann Georg Reutter (1708-1772) ? La réponse n’est pas connue.
La maison où logeait le compositeur a été détruite en 1858 à l’occasion des grands travaux d’urbanisation de la capitale autrichienne. Une modeste plaque commémorative a été apposée « Karlgasse » pour le trois-centième anniversaire de sa mort sur les murs de l’Université technique, à l’emplacement du cimetière de l’ancien hôpital municipal de Vienne dans lequel le prodigue musicien vénitien fût enterré.

La modeste plaque commémorative consacrée à Antonio Vivaldi. Rien d’autre à Vienne ne rappelle le décès de ce compositeur dans cette ville. Une étonnante amnésie de la part des institutions musicales viennoises. Photo © Danube-culture, droits réservés

VOLKMANN, Robert (1815-1883)
Visegrád, 12 musikalische Dichtungen (12 poèmes musicaux), Op. 21
Der Schwur, Waffentanz, Beim Bankett, Minne, Blumenstück, Brautlied, Die Wahrsagerin, Pastorale, Das Lied can Helden, Der Page, Soliman, Am Salomonsthurm – Élegie

WALDTEUFEL, (Charles)-Emile (1837-1915)
Les sirènes, valse (1878)
Orchestration de la valse de Josif Ivanovici Les flots du Danube (1886)
Compositeur, pianiste et chef d’orchestre français né à Strasbourg dans une famille de musiciens. Il étudie le piano avec sa mère, d’origine bavaroise puis intègre la classe d’Adolphe Laurent au Conservatoire de Paris. Nommé pianiste de la cour de Napoléon III en 1865 il devient ensuite puis directeur des bals nationaux dont il dirige la musique à Paris et en province. Le compositeur se marie avec la cantatrice Célestine Dufau en 1871. Après la guerre de 1870, on le présente au prince de Galles (futur Edouard VII), ce qui lui permet de faire connaître ses oeuvres en Angleterre, en particulier ses valses qui sont éditées. Son audience s’élargit en Europe et au-delà, il dirige à Berlin, Paris reçoit une invitation à se produire à New York mais la décline.
Émile Walteufel est chargé de réaliser en 1886 la version pour orchestre de la valse de Josif Ivanovici Les flots du Danube.
Waldteufel n’est pas directement lié au Danube mais il peut être considéré comme l’un des plus grands compositeurs de valses après la famille Strauss et Carl Michaël Ziehrer. Il en a écrit plus de 180.

WEBERN, Anton (1883-1945)
Compositeur et chef d’orchestre autrichien né à Vienne. D’abord élève en piano, violoncelle et théorie avec Edwin Komauer, il fait ensuite des études de philosophie et de musicologie à l’université de Vienne. En 1906, il y termine sa thèse de doctorat et manifeste son intérêt pour la polyphonie ancienne et ses jeux d’écriture. Webern commence à composer, sans doute sous l’influence de Wagner. Sa rencontre avec Arnold Schoenberg, dont il devient le premier et le plus dévoué disciple, est décisive. Avec son condisciple et ami Alban Berg, il forme le premier cercle des élèves de Schoenberg, et va suivre l’évolution stylistique de son maître, de l’atonalité à la dodécaphonie, ajoutant à chaque fois un degré de radicalité supplémentaire aux inventions théoriques de Schoenberg. De 1908 à 1914, Webern est chef d’orchestre à Vienne et en Allemagne. Il compose en 1909, les Six Pièces pour orchestre opus 6, qui sont sa seule pièce pour grande formation. En 1913-1914, s’ouvre la période des oeuvres brèves : on peut parler d’expressionnisme de la concision. Entre 1917 et 1921 sont écrits de nombreux cycles pour voix. Le compositeur renonce à l’accompagnement pianistique pour le petit ensemble ou la clarinette qu’il affectionne particulièrement. De 1927 à 1938, il est chef d’orchestre à la Radio autrichienne de Vienne mais la montée du nazisme bouleverse sa vie : sa musique est assimilée à de « l’art dégénéré ».  Schoenberg s’est exilé, Berg meurt en 1935 et Webern reste seul dans la ville, perdant ses emplois de musicien.  À la fin de la guerre un soldat américain le tue, à la suite d’un tragique méprise, alors que le compositeur sortait fumer un cigare à l’extérieur, malgré le couvre-feu, à la suite d’un repas chez son gendre. Son oeuvre sera redécouverte très rapidement par les musiciens de la génération de 1925 : Boulez, Maderna, Nono, Stockhausen, Pousseur… qui fonderont à leur tour « l’École de Darmstadt » et le « sérialisme intégral » sur les techniques de composition mise au point par Webern pendant l’entre-deux-guerres. Le pointillisme et la concision, caractéristiques de l’écriture webernienne, seront également systématiquement imités par les jeunes compositeurs des années 1950, qui ont longtemps tenu Webern pour le plus important des trois viennois.

Sources :
Ircam – Centre Pompidou, 2005

WEINER, Léo (1885-1960)
Toldi, poème symphonique
Compositeur hongrois, né et mort à Budapest. Il fut professeur de composition au Conservatoire de la capitale hongroise.

WERNER, Joseph Gregor (1693-1766)
Compositeur né à Ybbs-an-der-Donau (Basse-Autriche). En 1728 il devient maître de chapelle du prince P. A. Esterházy. À partir de 1761, il fut assisté par  Joseph Haydn, le vice-maître de chapelle, ce qui provoqua des tensions et une pétition de Werner. (1765). La solution consista finalement à diviser la chapelle en un ensemble d’église dirigé par Werner et un ensemble de chambre dirigé par Haydn. En 1804, Haydn arrangea six fugues avec des introductions tirées des oratorios de W. pour quatuor à cordes.

WIA ZWA (groupe)
Oide Donau (Alte Donau)
En dialecte viennois « alte » se dit « oide ». Une des récentes chansons du groupe austropop viennois Wia Zwa.
www.youtube.com/watch?v=Yp8F1Nz2g98

WILHORN, Franck (1959)
Danube Symphony (Donau symphonie, poème symphonique,  2020

Poème symphonique composé en 2020, enregistré en 2021 et créé le 3 novembre en 2022 à Vienne.
L’idée de la symphonie est née en 2019 lors d’une promenade commune du compositeur Frank Wildhorn et de l’entrepreneur et producteur de musique Walter Feucht à Ulm, au bord du Danube. Feucht a alors demandé à Wildhorn d’écrire une oeuvre dédiée au Danube. La symphonie du Danube a été composée en grande partie à Hawaï en 2020 puis elle a été enregistrée par l’Orchestre symphonique de Vienne en avril 2021. La première de l’oeuvre a eu lieu le 3 novembre 2022 dans la salle du Musikverein avec l’Orchestre symphonique de Vienne placé sous la direction de Koen Schoots. La symphonie se compose de neuf mouvements et dure environ une heure.
Mouvements :
La voix du Danube
Un nouveau printemps s’annonce
Un millénaire dans la vie du Danube
Rhapsodie d’un amoureux
Souvenirs d’un été viennois
Romance d’automne
Procession des héros
Chanson pour mon père
Couleurs de l’hiver – Finale

La musique elle-même est une œuvre classique, à la fois moderne et respectueuse des traditions, elle rend hommage à l’histoire d’un cours d’eau qui a presque tout connu. Entre le romantisme de Sissi et les affres des nombreuses guerres, la symphonie décrit un printemps agréablement fleuri ou un été viennois dansant la valse, l’ambiance des marches héroïques, en bref une histoire du Danube, plutôt de celle des hommes qui habitent sur ses rives et qui se déroule au fil du temps. Ce sont les vicissitudes qui constituent l’univers émotionnel de la Symphonie du Danube. L’oeuvre évoque aussi des œuvres d’art cinématographiques ainsi des souvenirs personnels, explore l’inconnu tout en se référant à ce qui est proche, invitant l’auditeur à la dérive de la Forêt-Noire jusqu’à la mer Noire.
Le compositeur  américain Frank Wildhorn est à l’origine de succès de grands noms comme Whitney Houston, Sammy Davis Jr., Liza Minelli… C’est aussi le premier compositeur américain dont trois spectacles ont été présentés simultanément à Broadway.

Discographie
Orchestre symphonique de Vienne sous la direction de Koen Schoots, Hit Squad / MG Sound, ISBN/GTIN 9120006684422

XENAKIS, Yannis (1922-2001)
Compositeur, architecte, ingénieur né dans la communauté grecque de Brǎila (Roumanie)
Il se réfugie en France et travaille avec Le Corbusier comme ingénieur puis poursuit ses recherches musicales avec le soutien d’Oliver Messiaen en s’intéressant à de nouveaux champs musicaux, spatiaux et acoustiques. Son héritage musical de plus de 150 oeuvres est considérable.

Plaque apposée sur la maison natale du compositeur à Brăila, photo © Danube-culture, droits réservés

ZAWINUL, Joe (1932-2007)
Symphonie Stories of the Danube, 1993

Musicien autrichien talentueux et éclectique, d’origine hongroise, tchèque et tsigane, fondateur avec Wayne Shorter et Miroslav Vitous du groupe légendaire de jazz-rock « Weather Report ».
Sa symphonie Stories of the Danube (1993) est une commande de la « Brucknerhaus » de Linz (Haute-Autriche). L’oeuvre a été créé la même année pour l’ouverture du Festival Bruckner de la ville.

ZIEHRER, Carl Michaël (1843-1922)
Gruss an Pest (Salut à Pest), polka opus 140
Stromabwärts (En aval) valse, opus 141
Wacht an der Donau! (Veille sur le Danube !), marche opus 385
Donausegen (valse) opus 446
Von der Donau zur Spree (Du Danube à la Spree), valse opus 502

Monument dédié à Carl Michaël Ziehrer (1843-1922) dans le parc municipal de Vienne, photo © Danube-culture, droits réservés 

   Compositeur et chef d’harmonies militaires né à Vienne. Son père finance ses études au conservatoire de la capitale autrichienne. Il suit les cours dans cette institution du grand théoricien de la musique, compositeur et organiste Simon Sechter (1788-1867) qui fut également le professeur d’Anton Bruckner. L’éditeur viennois Haslinger l’engage pour diriger les concerts à la salle de Diane après un échec financier avec Johann Strauss fils (1863). En 1870, C. M. Ziehrer accepte, durant trois années, le poste de chef de l’harmonie du 55ème régiment d’infanterie, forme ensuite un orchestre pour l’Exposition Universelle de Vienne de 1873 puis fonde un journal musical (1874) et dirige une nouvelle harmonie militaire (1875-1877). À la suite d’un conflit avec Édouard Strauss pour le nom de son orchestre, il part diriger en Allemagne et en Europe de l’Est. En 1893, C. M. Ziehrer représente l’Autriche à l’Exposition Universelle de Chicago et poursuit par une grande tournée américaine.

   C. M. Ziehrer participe également à la création du Wiener Tonkünstler Orchestra, formation qui donnera naissance à l’Orchestre Symphonique de Vienne. L’empereur François-Joseph de Habsbourg lui confiera la direction des bals de la cour impériale dont le dernier a lieu sous sa direction en 1914. C’est le seul directeur de cette prestigieuse institution qui n’appartint pas à la famille Strauss.
Si ses opérettes, par leur aspect « régional » ont connu un retentissement relativement limité à l’international, ses oeuvres instrumentales et ses lieder sont par contre parmi les plus réputés de ces genres musicaux. C.M. Ziehrer dont la carrière ressemble à celle de Johann Strauss père, excepté ses années où il déploya des activités en tant que chef d’harmonies militaires, fut le grand rival des fils de ce dernier.
Compositeur prolifique, il a écrit 23 opérettes, environs 210 polkas, 84 marches, plus de 130 valses, de nombreux pots-pourris et autres danses.

ZOBL, Wilhem (1950-1991)
Donaulieder (Schachwalzer n°2), 1984
Compositeur autrichien de musique contemporaine.
Cette pièce de musique contemporaine pour un ensemble de 12 musiciens a été créée en 1985 à Hainburg an der Donau (rive droite, Basse-Autriche).

Eric Baude, © Danube-culture, droits réservés, mise à jour février 2023

Une anthologie danubienne non exhaustive…

    Il existe ainsi dans cette géographie mouvante et labyrinthique une infinité de Danube selon les époques, les écrivains, les historiens, les artistes, les scientifiques, d’où ils/elles sont originaires, les lieux où ils se tiennent et les multiples raisons, parfois singulières, de leur rencontre avec le fleuve. Réalités, imaginaires, mythes, représentations s’entremêlent inlassablement donnant au fleuve une dimension métaphysique. Les regards se succèdent à travers l’histoire, les évènements, les circonstances, se posant et se reposant sur celui qui ne cesse de s’en aller vers « l’Orient étranger », vers le monde « portant volontiers les bateaux sur l’onde vigoureuse. » (Hölderlin)

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Eric Baude, © Danube-culture, 2023, droits réservés
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« Le Danube prend sa source au pays des Celtes. »
Hérodote (vers 484-vers 420 av. J.-C.)
Historien, géographe grec né à Halicarnasse (Bodrum, Turquie), carrefour de plusieurs civilisations. Il est éduqué dans le culte d’Homère. Grand voyageur, il se rend en Médie, Perse, Assyrie, Égypte, dans le Pont-Euxin… Revenu à Athènes, il noue des liens avec Périclès et Sophocle et consacre la fin de sa vie à écrire ses Histoires.
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« Ah! quel est mon supplice, ainsi jeté au milieu d’ennemis farouches, plus éloigné de ma patrie qu’aucun autre exilé, seul, relégué près des sept embouchures du Danube, en butte aux froids de l’Ourse glacée, à peine séparé par la largeur du fleuve, des Jazyges, des hordes de Colchos, de Métérée, des Gètes enfin.
   D’autres ont été par toi bannis pour des torts plus graves ; aucun n’a été confiné dans une région plus lointaine : au delà de ces lieux il n’y a que les glaces et l’ennemi, et des mers dont le froid condense les flots. C’est ici qu’expire la domination romaine sur la rive gauche du Pont-Euxin [ancien nom pour la mer Noire] : les lieux voisins sont au pouvoir des Basternes et des Sarmates ; c’est la dernière contrée qui soit dans la dépendance de l’Ausonie ; à peine même tient-elle à la lisière de ton empire.
   Je t’en conjure, je t’en supplie, assigne-moi un exil moins dangereux ; et avec ma patrie ne me ravis pas encore la sécurité. Que je n’aie pas à redouter des peuples que l’Ister a peine à retenir ; que ton sujet ne soit pas exposé à tomber entre les mains de l’ennemi. Il serait odieux qu’un homme du sang latin, devienne, tant qu’il y aura des Césars au monde, l’esclave des Barbares… »

Ovide (43-17 av. J.C.), Tristes, Livre II, Élégie unique, OEUVRES COMPLÈTES D’OVIDE, TRADUCTION NOUVELLE PAR MM. TH BURETTE, CHAPUIZY, J.P. CHARPENTIER, GROS, HÉGUIN DE GUERLE, MANGEART, VERNADÉ., TOME NEUVIÈME., PARIS, C.L.F. PANCKROUCKE, 1834.
Dans l’extrait de cette élégie, Ovide supplie César Auguste de l’envoyer en exil dans un autre lieu. Cette élégie a peut-être été composée immédiatement après son arrivée dans le Pont voire pendant son voyage.


Le pont de Trajan

   « Trajan construisit un pont de pierre sur l’Ister, pont à propos duquel je ne sais comment exprimer mon admiration pour ce prince. On a bien de lui d’autres ouvrages magnifiques, mais celui-là les surpasse tous. Il se compose de vingt piles, faites de pierres carrées, hautes de cent cinquante pieds, non compris les fondements, et larges de soixante. Ces piles, qui sont éloignées de cent soixante-dix pieds l’une de l’autre, sont jointes ensemble par des arches. […]
Si j’ai dit la largeur du fleuve, ce n’est pas que son courant n’occupe que cet espace […], c’est que l’endroit est le plus étroit et le plus commode de ces pays pour bâtir un pont à cette largeur. Mais, plus est étroit le lit où il est renfermé en cet endroit, descendant d’un grand lac pour aller ensuite dans un lac plus grand, plus le fleuve devient rapide et profond, ce qui contribue encore à rendre difficile la construction d’un pont. Ces travaux sont donc une nouvelle preuve de la grandeur d’âme de Trajan […] »

Dion Cassius (155 env. – après 229), Histoire romaine, LXVIII, 13
Historien grec, né à Nicée en Bithynie, Dion Cassius est un homme politique d’une certaine audience. Son père est gouverneur de la Cilicie sous le règne de Commode (180-192). Il sera de son côté Consul suffectus sous Septime Sévère (193-211), puis consul ordinaire en 229. À partir de cette date, il écrit son Histoire romaine (quatre-vingts livres).
Initialement favorable à la dynastie des Sévères, il  fera preuve plus tard d’une grande hostilité envers Septime Sévère.
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« Bissula trans gelidum stirpe et lare prosata Rhenum,
conscia nascentis Bissula Danubii,
capta manu, sed missa manu, dominatur in eius
deliciis, cuius bellica praeda fuit.
matre carens, nutricis egens, nescivit herai
imperium domini quae regit ipsa domum
fortunae ac patriae quae nulla opprobria sensit,
illico inexperto libera servitio … »

« Bissula est née, elle a sa famille et son pays au-delà des bords glacés du Rhin,
Bissula connaît la source du Danube,
La main la prit, mais la main l’affranchit, et elle règne sur le bonheur
de celui dont elle fut la proie par les armes.
Séparée de sa mère, privée de sa nourrice, elle n’a point connu l’autorité d’une maîtresse,
Elle n’a point senti l’opprobre de sa destinée et de sa patrie :
elle a eu sa liberté sur l’heure,
avant de subir l’esclavage. »
(Traduction : E.-F. Corpet)

Ausone (Decimus Magnus Ausonius, vers 310-vers 395)
Écrivain et poète latin né à Bordeaux (?), professeur de rhétorique et conseiller politique. Son père, médecin, fut préfet d’Illyrie sous Valentinien 1er. Il compta parmi ses élèves l’empereur Gratien dont il fut le précepteur qui lui fit faire une brillante carrière administrative. Il fut questeur du palais, préfet du prétoire des Gaules, consul et proconsul d’Asie. Il revient à Bordeaux par la suite et se consacre à la poésie. Celle-ci célèbre en particulier la nature et les vins.
Ausone chante ici le Danube et Bissula, jeune esclave Suève, qu’il avait reçue pour sa part de butin de guerre, captive qui fit les délices de son maître.


Des édifices de Justinien…

« Il y a une partie de la mer Adriatique qui se répand dans la terre ferme, et qui forme le Golfe Ionique, et à l’Épire à un de ses côtés, et la Calabre à l’autre. Le Danube coule à l’opposite, & donne à cette partie d’Europe la figure d’une île. Justinien y a élevé des ouvrages, par lesquels il a bouché le partage aux Barbares qui habitent au-delà du Danube. »

« Il a fondé une autre ville voisine, qu’il a nommée Justinopole, du nom de l’Empereur son oncle. Il a réparé de telle sorte les murailles de Sardique, de Naïsopole, de Germane, & de Pantalie, qu’elles sont maintenant imprenables. Il a fondé tout auprès trois autres villes, Cratiscare, Quimédabe, & Rumisiéne ; parce qu’il avait dessein que le Danube servît comme de rempart à l’Europe, et à toutes les places que je viens de nommer, il a élevé plusieurs forts sur les bords de ce fleuve, et il y a établi de bonnes garnisons, afin d’en empêcher le partage aux Barbares. Après avoir achevé un si grand nombre d’ouvrages, il ne laissa pas de se défier de l’inconstance des choses humaines, et d’appréhender que les ennemis traversassent le Danube, inondassent les terres, et emmenassent ses sujets en captivité. C’est pourquoi il ne se contenta pas d’avoir pourvu à leur sureté par les fortifications des places, il fît encore fortifier les terres des particuliers dans l’ancienne et la nouvelle Épire, où il fit bâtir la ville de Justinianopole, qui s’appelait auparavant Andrinople. »

Procope de Césarée (vers 500-562 ?), Des édifices de Justinien, Livre IV, chapitre I
Haut fonctionnaire de la cour de Constantinople, préfet de la ville en 562, Procope de Césarée est le plus remarquable des historiens de son époque.
L’empereur byzantin Justinien (482-565), originaire d’une famille pauvre des Balkans succède en 527 à son oncle Justin Ier ( ) à l’âge de 45 ans. Se souciant peu d’offusquer les familles patriciennes par son mariage d’amour avec Theodora, ancienne actrice et prostituée, il tente pendant 38 ans de restaurer l’empire romain dans sa grande époque par de nombreuses campagnes militaires. On lui a attribué pour cette raison le surnom d’empereur qui ne dort jamais ! S’il marque le crépuscule de l’Antiquité et l’aube du Moyen Âge, son long règne de 38 années reste méconnu. Il a tenté d’unifier l’empire chrétien, divisé entre Orient et Occident et menacé de toute part. Il nous a aussi légué l’église Sainte-Sophie et une bonne partie de notre Code civil. 


« Il y a en Thrace deux montagnes et des rivières : l’une d’elles s’appelle le Danube, qui se divise en six bras, formant un lac et une île du nom de Pyuki (Pevka, [Peuce]). Sur cette île vit Aspar-Khruk [Asparukh], le fils de Kubraat, qui a fui devant les Khazars et quitté les collines bulgares, se lançant vers l’ouest à la suite des Avars. C’est là qu’il s’est fixé. »

Anania Shirakatsi (612-685), géographe arménien du VIIe siècle

Statue d'Aniana Shirakatsi à Erevan

Statue d’Aniana Shirakatsi à Erevan, photo droits réservés


« Danube, fleuve divin, qui t’en vas courant avec les claires ondes vers des féroces nations. »

Garcilaso de la Vega (1501/03-1536), Canciones III, 1532
Le poète Garsilaso de la Vega surnommé le « Pétrarque espagnol » fit une expérience personnelle singulière du fleuve. Il fut en effet emprisonné en 1532 pour une courte période sur la grande île danubienne du seigle (Velký žitný ostrov ou Große Schütteninsel en allemand) par l’empereur Charles Quint pour avoir semble-t-il, intrigué contre lui dans une délicate affaire de galanterie. Il fut alors l’hôte du comte György Cseszneky, juge de la cour royale hongroise de la ville proche de Györ.


« …Or, quant à mon ancêtre, il a tiré sa race
D’où le glacé Danube est voisin de la Thrace.
Plus bas que la Hongrie, en une froide part,
Est un seigneur, nommé le Marquis de Ronsard,
Riche en villes et gens, riche d’or et de terre. 
 
Un de ses fils puînés, ardent de voir la guerre,
Un camp d’autres puînés assembla hasardeux,
Et quittant son pays, fait capitaine d’eux,
Traversa la Hongrie et la Basse Allemagne, 
 
Traversa la Bourgogne et toute la Champagne,
Et soudard vint servir Philippe de Valois
Qui pour lors avait guerre encontre les Anglais. 
 
Il s’employa si bien au service de France
Que le Roi lui donna des biens à suffisance 
 
Situés près du Loir, puis du tout oubliant
Frères, père et pays, Français se mariant 
 
Engendra les aïeux dont est sorti le père
Par qui le premier je vis cette belle lumière. »…
(Le Bocage, extrait) 

Pierre de Ronsard (1524?-1585)
Le grand poète français de la Renaissance est bien l’auteur de ces vers qui pourraient signifier qu’une partie de son ascendance serait originaire d’Europe orientale (Bulgare) comme certaines recherches semblent le confirmer. « Le Bocage », paru en 1554, est une élégie consacrée au poète Rémy Belleau où le poète parle précisément de ses propres origines, décrivant le pays de ses ancêtres comme une région « D’où le glacé Danube est voisin de la Thrace  » ce qui est exact.


« Mon roi, dans ton pays, le fleuve de Danube fut pris par ses cheveux comme une femme et maintenant il coule dans la ville de Mekedonya. »

Evliyâ Çelebi (1611-1682), Seyahatnâme (Le livre des voyages)


Le paysan du Danube

« Il ne faut point juger des gens sur l’apparence.
Le conseil en est bon ; mais il n’est pas nouveau.
Jadis l’erreur du Souriceau
Me servit à prouver le discours que j’avance.
J’ai, pour le fonder à présent,
Le bon Socrate, Esope, et certain Paysan
Des rives du Danube, homme dont Marc-Aurèle
Nous fait un portrait fort fidèle.
On connaît les premiers : quant à l’autre, voici
Le personnage en raccourci.
Son menton nourrissait une barbe touffue,
Toute sa personne velue
Représentait un Ours, mais un Ours mal léché.
Sous un sourcil épais il avait l’oeil caché,
Le regard de travers, nez tortu, grosse lèvre,
Portait sayon de poil de chèvre,
Et ceinture de joncs marins.
Cet homme ainsi bâti fut député des Villes
Que lave le Danube : il n’était point d’asiles
Où l’avarice des Romains
Ne pénétrât alors, et ne portât les mains.
Le député vint donc, et fit cette harangue :
Romains, et vous, Sénat, assis pour m’écouter,
Je supplie avant tout les Dieux de m’assister :
Veuillent les Immortels, conducteurs de ma langue,
Que je ne dise rien qui doive être repris.
Sans leur aide, il ne peut entrer dans les esprits
Que tout mal et toute injustice :
Faute d’y recourir, on viole leurs lois.
Témoin nous, que punit la Romaine avarice :
Rome est par nos forfaits, plus que par ses exploits,
L’instrument de notre supplice.
Craignez, Romains, craignez que le Ciel quelque jour
Ne transporte chez vous les pleurs et la misère ;
Et mettant en nos mains par un juste retour
Les armes dont se sert sa vengeance sévère,
Il ne vous fasse en sa colère
Nos esclaves à votre tour.
Et pourquoi sommes-nous les vôtres ?
Qu’on me die En quoi vous valez mieux que cent peuples divers.
Quel droit vous a rendus maîtres de l’Univers ?
Pourquoi venir troubler une innocente vie ?
Nous cultivions en paix d’heureux champs, et nos mains
Etaient propres aux Arts ainsi qu’au labourage :
Qu’avez-vous appris aux Germains ?
Ils ont l’adresse et le courage ;
S’ils avaient eu l’avidité, Comme vous, et la violence,
Peut-être en votre place ils auraient la puissance,
Et sauraient en user sans inhumanité.
Celle que vos Préteurs ont sur nous exercée
N’entre qu’à peine en la pensée.
La majesté de vos Autels
Elle-même en est offensée ;
Car sachez que les immortels
Ont les regards sur nous.
Grâces à vos exemples,
Ils n’ont devant les yeux que des objets d’horreur,
De mépris d’eux, et de leurs Temples,
D’avarice qui va jusques à la fureur.
Rien ne suffit aux gens qui nous viennent de Rome ;
La terre, et le travail de l’homme
Font pour les assouvir des efforts superflus.
Retirez-les : on ne veut plus
Cultiver pour eux les campagnes ;
Nous quittons les cités, nous fuyons aux montagnes ;
Nous laissons nos chères compagnes ;
Nous ne conversons plus qu’avec des Ours affreux,
Découragés de mettre au jour des malheureux,
Et de peupler pour Rome un pays qu’elle opprime.
Quant à nos enfants déjà nés,
Nous souhaitons de voir leurs jours bientôt bornés :
Vos prêteurs au malheur nous font joindre le crime.
Retirez-les : ils ne nous apprendront
Que la mollesse et que le vice ;
Les Germains comme eux deviendront
Gens de rapine et d’avarice.
C’est tout ce que j’ai vu dans Rome à mon abord :
N’a-t-on point de présent à faire ?
Point de pourpre à donner ?
C’est en vain qu’on espère
Quelque refuge aux lois : encor leur ministère
A-t-il mille longueurs.
Ce discours, un peu fort
Doit commencer à vous déplaire.
Je finis. Punissez de mort
Une plainte un peu trop sincère.
A ces mots, il se couche et chacun étonné
Admire le grand coeur, le bon sens, l’éloquence,
Du sauvage ainsi prosterné.
On le créa Patrice ; et ce fut la vengeance
Qu’on crut qu’un tel discours méritait. On choisit
D’autres prèteurs, et par écrit
Le Sénat demanda ce qu’avait dit cet homme,
Pour servir de modèle aux parleurs à venir.
On ne sut pas longtemps à Rome
Cette éloquence entretenir. »

Jean de la Fontaine (1621-1695), Le paysan du Danube, Fables


« À ta source enchantée
Ô Danube, j’ai bu à ta santé,
Et par l’eau et par le verre,
Grâce à toi, j’ai vaincu l’hiver ! »

Gottfried Friedrich von Herrsberg, le 22 janvier 1660, Grand livre du protocole du château des princes Fürstenberg à Donaueschingen


Le Danube et l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert

« S. m. (Géog. mod.) en allemand Douaw, le plus célèbre et le plus grand fleuve de l’Europe après le Wolga. Hésiode est le premier auteur qui en ait parlé. (Théog. v. 339.) Les rois de Perse mettaient de l’eau de ce fleuve et du Nil dans Gaza avec leurs autres trésors, pour donner à connaitre la grandeur et l’étendue de leur empire. Le Danube prend sa source au-dessous de Toneschingen, village de la principauté de Furstemberg, traverse la Souabe, la Bavière, l’Autriche, la Hongrie, la Servie, la Bulgarie, etc. et finalement se décharge dans la mer Noire par deux embouchures. L’abbé Regnier Desmarais, dans son voyage de Munich, dit assez plaisamment sur le cours de ce fleuve.

Déjà nous avons vu le Danube inconstant,
Qui tantôt Catholique, et tantôt Protestant,
Sert Rome et Luther de son onde,
Et qui comptant après pour rien
Le Romain, le Luthérien,
Finit sa course vagabonde
Par n’être pas même Chrétien.
Rarement à courir le monde
On devient plus homme de bien.

Le Lecteur curieux de connaitre le cours du Danube, l’histoire naturelle et géographique d’un grand nombre de pays qu’il arrose, le moderne et l’antique savamment réunis, trouvera tout cela dans le magnifique ouvrage du comte de Marsigly sur le Danube. Il a paru à La Haie en 1726 en 6 volumes in-folio, décorés d’excellentes tailles-douces. Peu de gens ont eu des vues aussi étendues que son illustre auteur : il y en a encore moins qui aient eu assez de fortune pour exécuter comme lui ce qu’il a fait en faveur des Sciences. »

M. le Chevalier De Jaucourt (1704-1779) pour l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert
Médecin, philosophe érudit, le Chevalier de Jaucourt est l’un des auteurs les plus féconds de l’Encyclopédie.


« On dit qu’ayant trouvé le Danube glacé et ayant entrepris de la passer, la glace s’ouvrit sous leur pied. »

Charles de Pougens (1775-1833), Charles Rollin (1661-1741), Histoire ancienne, Oeuvre tome IX


En radeau

« La matinée suivante fut sans pluie, mais froide. Les passagers passèrent sur la terre ferme à Landau, et à une heure nous étions sur le Danube, qui ne me parut d’abord pas aussi large que je me l’était imaginé. Il s’élargit toutefois à mesure que nous descendions ; nous arrêtâmes à deux heures dans un village sordide, où il y avait pourtant un beau couvent. le vent se fit si violent que je craignais à chaque instant qu’il n’emportât ma cabine et moi avec ; à trois heures il fut décidé qu’on passerait la nuit au village, car il n’était pas prudent de naviguer avec un tel vent. Je n’avais rien à faire en un tel lieu, mais comme cette contrée s’appelle à juste titre le païs des vents, je dus bien prendre mon mal en patience. Mes provisions commençaient à diminuer et à rancir, et il n’y avait pas moyen de m’en procurer de nouvelles… »
« Les passagers furent appelés à trois heures du matin, et le train de radeaux se mit en mouvement peu après ; c’était devenu une énorme et lourde machine, longue d’un quart de mile, que l’on avait chargé de planches de sapin, de barrique de vin et de toutes sortes d’impedimenta. Le soleil se leva dans un ciel d’une parfaite pureté, mais à six heures il se mit à souffler un fort vent d’est et les rives du fleuve disparurent presque complètement sous un épais brouillard.
J’avais négligé, avant de m’embarquer pour une semaine sur mon radeau, de prévoir qu’il pourrait faire chaud, mais maintenant il faisait si froid que j’avais peine à tenir ma plume, alors qu’on n’était que le 27 août… »

Charles Burney en 1781, peinture de Joshua Reynolds (1723-1792)

« À huit heures on s’arrêta à Vilshofen, petite ville joliment située ; un pont en bois de seize arches y enjambe le Danube. Le brouillard s’était levé, et les hauteurs qui surmontent la ville, couvertes de magnifiques forêts, resplendissaient sous le soleil. Comme c’était la dernière ville de Bavière, les officiers de la douane firent une inspection courtoise de mes affaires et enlevèrent les scellés apposés sur ma malle. Ils m’avertirent du sévère examen que j’aurais à subir en entrant en Autriche ; certes, j’avais peu à perdre, sinon du temps, mais le temps me devenait trop précieux pour que je puisse le partager patiemment avec ces voleurs inquisitoriaux.
À neuf heures et demi nous partîmes pour Passau par un beau soleil qui me revivifia les esprits et me rendit la faculté de tenir la plume. Le Danube est plein de rochers, certains cachés, d’autres à fleur d’eau, autour desquels le courant fait un grand fracas. »

Charles Burney (1726-1814), Voyage musical dans l’Europe des Lumières, « De Munich à Vienne »
Charles Burney, historien de la musique, organiste, musicologue anglais distingué accomplit ce voyage en 1772 à l’âge de cinquante-six ans, visitant successivement les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche et les Provinces-Unies. À l’époque du voyage de Charles Burney, Passau n’appartenait pas encore à la Bavière. 


L’Ister

 » Viens, ô feu, maintenant !
Avides nous sommes
De voir le jour,
Et quand l’épreuve
Aura traversé les genoux,
Quelqu’un pourra percevoir les cris de la forêt.
Nous chantons cependant depuis l’Indus,
Venus de loin, et
Depuis l’Alphée, longtemps nous avons
Cherché l’approprié,
Ce n’est pas sans ailes que l’on pourra
Saisir ce qui est le plus proche,
Tout droit,
Et atteindre l’autre côté.
Ici, nous cultiverons.
Car les fleuves défrichent
Le pays. Lorsqu’il y a des herbes qui y poussent
Et que s’en approchent,
En été, pour boire les animaux,
Les hommes iront également.

Mais l’Ister on l’appelle.
Belle est sa demeure. Y brûle le feuillage des colonnes
Et s’agite. Sauvages, elles s’érigent
Dressées, mutuellement ; par dessus,
Une seconde mesure, jaillit
De rochers le toit. Ainsi ne m’étonne
Point qu’il ait
Convoqué Hercule en invité,
Brillant de loin, là-bas auprès de l’Olympe,
Quand celui-ci, afin de chercher l’ombre,
Vint du chaud Isthme ;
Car pleins de fougue ils étaient,
Là même, mais il est besoin, en raison des Esprits,
De la fraîcheur aussi. Ainsi préféra-t-il voyager
Ici, vers les sources d’eau et les rives d’or,
Élevées qui embaument, là-haut, et noires
De la forêt de sapins, où dans les profondeurs
Un chasseur aime à se promener,
Le midi, et que la croissance se fait entendre
Dans les arbres résineux de l’Ister,

Lui qui paraît, toutefois presque
Aller en reculant et
Je pense qu’il devrait venir de l’est.
Beaucoup serait à dire là-dessus. Et pourquoi adhère-t-il
Aux montagnes en aplomb ? L’autre,
Le Rhin, obliquement
Est parti. Ce n’est point pour rien que vont
Dans le pays sec les fleuves. Mais comment ? Il est besoin d’un signe,
De rien d’autre, tout bonnement, pour qu’il porte le soleil
Et la lune dans l’âme, inséparables,
Et qu’il continue, jour et nuit aussi, et que
Les Célestes chaleureusement se sentent l’un auprès de l’autre.
C’est pourquoi aussi ceux-là sont
La joie du  Suprême. Car comment descendrait-il
Ici-bas ? Et ainsi que Herta la verte
Eux sont enfants du Ciel. Mais trop patient
Me paraît celui-là, non,
Prétendant, et quasiment se moquer. Car lorsque

Doit se lever le jour,
Dans sa jeunesse, là où à croître il
Commence, voilà un autre qui bondit déjà
Haut en splendeur, et comme les poulains,
Grince des dents dans la bride, et que de loin entendent
Le tumulte les vents,
Celui-là est content ;
Il a pourtant besoin de coups le rocher
Et de sillons la terre ;
Inhospitalier ce serait, sans répit ;
Mais ce qu’il fait lui, le fleuve,
Nul ne le sait. »

Friedrich Hölderlin (1770-1843), L’Ister, traduction de Holger Schmid, Annick Leroy, Danube-Hölderlin, La Part de l’OEil, Bruxelles, 2002

Holderlin1842

Friedrich Hölderlin en 1842


   « La seule négociation tant soit peu difficile fut celle qu’il fallut d’abord entreprendre avec les glaces dont le Danube était couvert, lorsque étant arrivé le 22 décembre sur la rive droite de ce fleuve, je dus le traverser sur une petite barque pour gagner la rive opposée où le magistrat de Presbourg et bon nombre d’habitants s’étaient réunis […] »

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, prince (1754-1838), évêque, député, ambassadeur extraordinaire, ministre et diplomate français, Lettre inédite à un artiste (Lesueur ?) Paris, le 12 mars 1808. Collection Eberhard Ernst, Munich. Cité par Emmanuel de Waresquiel dans un article paru dans le n° 462 de la revue du Souvenir Napoléonien.
Le 26 décembre 1805 (6 nivôse an XIV), Talleyrand signe avec l’Autriche la Paix de Presbourg (Bratislava) en cherchant à ménager ce pays mais sans succès.  _______________________________________________________________________________________

« Danube, Danube, je voudrais chanter ce qui m’a ravi dans ton aspect, ce que je sais de tes voyages, oh ! noble femme à sept bouches1, à sept langues, comme celles qui sont adorés par les disciples de Brahms. »

Joseph von Hammer-Purgstall (1774-1856)

Joseph von Hammer (1774-1856)
Joseph von Hammer-Purgstall, diplomate autrichien, écrivain, historien, orientaliste, helléniste, traducteur a été un remarquable connaisseur de l’Empire ottoman.
Notes :
1Le Danube est de genre féminin en allemand et dans les langues slaves


« 4 septembre : aux alentours de 5 heures, nouveau tumulte, le bateau se met en mouvement. Avant même que je n’arrive sur le pont couvert, Erdödy est déjà dépassé (nous avions tranquillement passé la nuit à hauteur d’Apatin). Il y a sur le bateau un certain comte Seczen avec son aimable épouse. Tous deux parlent remarquablement. L’assemblée ne va cesser de diminuer. Le capitaine et le Hollandais plus âgé ainsi que le plus jeune des deux Anglais sont des personnes exquises. Je ne peux penser moi-même beaucoup de choses raisonnables par dessus le trépignement et le tumulte. Et peut-être est-ce mieux ainsi ! Cette diète n’est pas seulement profitable au corps. Les environs redeviennent insignifiants. Pas mal au niveau d’Illok, etc. Peterwardein est bien situé, de loin la forteresse fait plutôt bon effet. Czernowitz est superbe. Mais les deux rives sont infâmes de là jusqu’à Semlin. »

Franz Grillparzer (1791-1872)

Franz Grillparzer (1791-1872), À travers la Syrmie (Durch Syrmien)
Écrivain et grand dramaturge autrichien né et mort à Vienne, ami de Beethoven.


« Ils te disent barbare, sauvage. Ce sont eux qui t’ont fait tel. Rien d’inhumain dans ton génie. Un caractère de mansuétude résignée, virile, frappe dans les images des captifs danubiens qu’on voit au musée du Louvre. Et les bustes gigantesques des hommes de Dacie que conserve le Vatican, majestueusement chevelus comme les monts des Carpathes, ont la douceur du noble cerf qui erre aux grandes forêts. Ton génie est bien plus encore dans les graves mélodies qui se mêlent au bruit de tes flots et suivent ton cours. L’âpre douceur des chants du pasteur serbe, le rythme monotone du batelier, le refrain du Roumain et du raïa bulgare, tout se fond dans une vaste plainte, qui est comme ton soupir, ô fleuve de la captivité ! »

Jules Michelet (1798-1874), « Le Danube » in La Pologne martyr — Russie — Danube, E. Dentu, Libraire-éditeur, Paris, 1863


« Né dans la forêt Noire, le Danube va mourir dans la mer Noire. Où gît sa principale source ? Dans la cour d’un baron allemand, lequel emploie la naïade à laver son linge. Un géographe s’étant avisé de nier le fait, le gentilhomme propriétaire lui a intenté un procès. Il a été décidé par arrêt que la source du Danube était dans la cour dudit baron et ne saurait être ailleurs. Que de siècles il a fallu pour arriver des erreurs de Ptolémée à cette importante vérité ! »

« Le Danube, en perdant sa solitude, a vu se reproduire sur ses bords les maux inséparables de la société : pestes, famines, incendies, saccagements de villes, guerres, et ces divisions sans cesse renaissantes des passions ou des erreurs humaines. »

« Déjà nous avons vu le Danube inconstant,
Qui, tantôt catholique et tantôt protestant,
Sert Rome et Luther de son onde,
Et qui, comptant après pour rien
Le Romain, le Luthérien,
Finit sa course vagabonde
Par n’être pas même chrétien. »

François-René de Chateaubriand (1748-1848), Mémoires d’outre-tombe (1809-1841)

François-René_de_Chateaubriand

François-René de Chateaubriand


Les tourbillons de Grein

 » On ne voit ici aucun homme, nul oiseau ne chante ; seule la forêt sur les pentes, et le redoutable tourbillon, qui entraîne toute vie dans son abîme insondable, font entendre ici leur chuchotement, immuable depuis des siècles. »

Joseph von Eichendorff (1788-1857), Ahnung une Gegenwart (Pressentiment et présent), 1815
Poète et romancier post-romantique allemand né en Silésie, ami de C. Brentano, J.G. Fichte, A. von Arnim et H. von Kleist. Le fleuve est dans son livre Pressentiment et présent le symbole d’un voyage à travers la vie qui débute dans un univers bucolique de prairies accueillantes et se termine dans d’insondables abîmes.
L’écrivain a descendu le Danube en bateau dont il fait  une merveilleuse description dans son roman Scène de vie d’un propre-à-rien :

« Lorsque nous arrivâmes sur la rive, tout était déjà prêt pour le départ. Le gros aubergiste, chez qui les passagers du bateau avait passé la nuit, se tenait debout, large et confortable, dans la porte de sa maison qu’il remplissait entièrement, et faisait résonner toutes sortes de plaisanteries et d’expressions en guise d’adieu, tandis qu’une tête de jeune fille sortait de chaque fenêtre et faisait encore un signe amical aux bateliers qui venaient d’emporter les derniers paquets vers le bateau. Un vieux monsieur, vêtu d’une redingote grise et d’un foulard noir, qui voulait lui aussi faire partie du voyage, se tenait sur la rive et parlait avec beaucoup d’empressement à une jeune et mince jeune fille qui, vêtue de longues jambières de cuir et d’une courte veste écarlate, était assise devant lui sur une magnifique anglaise. Il me sembla, à mon grand étonnement, qu’ils me regardaient tous deux de temps en temps et parlaient de moi. – A la fin, le vieux monsieur se mit à rire, le mince jeune homme fit claquer sa cravache et s’élança dans l’air matinal vers le paysage étincelant, rivalisant avec les alouettes au-dessus de lui.
Pendant ce temps, les étudiants et moi avions puisé dans notre caisse. Le batelier rit et secoua la tête lorsque le joueur de cor lui énuméra l’argent du bac en pièces de cuivre que nous avions réussi à rassembler de toutes nos poches. Mais je poussai un grand cri de joie en voyant tout à coup le Danube devant moi : nous sautâmes à toute vitesse sur le bateau, le batelier donna le signal, et nous descendîmes ainsi entre les montagnes et les prairies dans la plus belle lumière du matin.
Les oiseaux battaient la mesure dans la forêt, et des deux côtés les cloches du matin sonnaient de loin dans les villages ; dans les airs, on entendait parfois les alouettes entre elles. Du bateau, un canari se joignait à eux en poussant des cris de joie.
Il appartenait à une jolie jeune fille qui était aussi sur le coche d’eau. Elle avait la cage tout près d’elle, et de l’autre côté elle tenait sous son bras un joli paquet de linge ; elle était assise tranquillement pour elle-même et regardait avec satisfaction ses nouvelles chaussures de voyage qui sortaient de dessous sa petite jupe, puis l’eau devant elle, et le soleil du matin brillait sur son front blanc, sur lequel elle avait fait une raie très nette. Je me rendis bien compte que les étudiants auraient volontiers entamé une discussion polie avec elle, car ils passaient toujours devant elle, et le joueur de cor se raclait la gorge en même temps et ajustait tantôt son collier, tantôt son trident. Mais ils n’avaient pas vraiment de courage, et la jeune fille baissait les yeux chaque fois qu’ils s’approchaient d’elle.
Mais ils étaient surtout gênés par le vieux monsieur à la redingote grise qui était assis de l’autre côté du bateau et qu’ils prirent tout de suite pour un ecclésiastique. Il avait devant lui un bréviaire dans lequel il lisait, mais entre-temps il regardait souvent la belle couverture du livre, dont la tranche dorée et les nombreuses images saintes multicolores qui y étaient incrustées brillaient magnifiquement dans la lumière du matin. Il remarquait aussi très bien ce qui se passait sur le bateau, et il reconnut bientôt les oiseaux à leurs plumages. Il ne fut pas long à s’adresser en latin à l’un des étudiants, et tous trois s’approchèrent, ôtèrent leurs chapeaux devant lui et lui répondirent de nouveau en latin. Pendant ce temps, je m’étais assis tout à l’avant du bateau, je laissais joyeusement pendre mes jambes au-dessus de l’eau et, tandis que le bateau voguait ainsi et que les vagues bruissaient et écumaient sous moi, je regardais sans cesse au loin, dans l’azur, les tours et les châteaux qui sortaient l’un après l’autre de la verdure de la rive, grandissaient et grandissaient encore puis disparaissaient enfin derrière nous. Si seulement j’avais des ailes aujourd’hui ! pensai-je, et, impatient, je sortis enfin mon cher violon et jouai tous mes plus vieux morceaux, ceux que j’avais appris à la maison et au château de la belle dame.
Tout à coup, quelqu’un me frappa sur l’aisselle par derrière. C’était le monsieur spirituel qui avait posé son livre et m’écoutait depuis un moment. Il me dit en riant : »eh, eh, Monsieur le ludi magister, il en oublie de manger et de boire ». Il m’ordonna alors de ranger mon violon pour prendre une collation avec lui, et me conduisit à une petite tonnelle amusante que les bateliers avaient dressée au milieu du bateau avec de jeunes bouleaux et de petits sapins. Il y avait fait mettre une table, et moi, les étudiants et même la jeune fille, nous devions nous asseoir sur les tonneaux et les paquets qui nous entouraient… »


 Sur les plages du Danube,
Il y a une maison,
Une jeune fille aux joues roses
Regarde au dehors.

La jeune fille,
est bien enclose,
Dix cadenas de fer
Sont scellés sur la porte.

Dix cadenas de fer
C’est une plaisanterie !
Je les fais sauter,
Comme s’ils étaient en verre.

Georg Friedrich Daumer (1800-1875), Am Donaustrande, Liebesliederwalzer opus 52 n°9 pour 4 voix et piano à quatre mains, musique de Johannes Brahms (1833-1897)


Bazar danubien

« Le Danube avait débordé, inondant la prairie. L’eau clapotait sous les sabots des chevaux. Le drapeau autrichien flottait sur le navire Argo qui nous faisait signe d’approcher comme si nous étions là chez nous. À l’intérieur, il y avait une salle avec des miroirs, des livres, des cartes de géographie et des divans à ressorts, la table était mise, on y avait posé des plats fumants ainsi que des fruits et du vin. À bord, tout était pour le mieux ! »

Hans Christian Andersen (1805-1875), Le bazar d’un poète,
Une des plus beaux récits de voyage danubien. Andersen y décrit le Danube, les paysages et les populations qu’il rencontre ainsi que ses conditions de voyage ; le génie envoutant d’un immense conteur.


DANUBE,

   « L’un des fleuves les plus considérables et les plus sinueux de l’Europe ; il sort de deux sources, la Brigach et la Brige, situées dans les montagnes de la Forêt Noire, dans le grand duché de Bade ; et il a son embouchure dans la mer Noire, après un cours de 680 l.1, presque toujours de l’O. à l’ E ., et pendant lequel il traverse les royaumes de Wurtemberg et de Bavière, l’Autriche, la Hongrie, l’Esclavonie, la Turquie et la Russie. Les principales villes qu’il arrose sont : Sigmarengen2, dans la principauté de Hohenzollern ; Ulm, dans le Wurtemberg ; Dillingen, Neubourg, Ingolstadt, Ratisbonne, Straubing, Vilshosen3 et Passau, en Bavière ; Lintz, Krems, Korneubourg et Vienne, dans l’archiduché d’Autriche ; Presbourg4, Comorn5, Gran6, Bade et Pesth7, en Hongrie ; Peterwaradin8 et Semlin dans l’Esclavonie9 ; Belgrade, Semendria, Widdin, Nikopol, Sistova, Roustchouk, Silistri, Russova, Hoichova10, Brahilow11, dans la Turquie d’Europe ; Ismail et Kilia, dans la Russie. Des nombreux affluents qui paient leur tribut à ce beau fleuve, les principaux sont : sur la rive gauche, la Brienz12, la Wernitz13, l’Asimühl14, la Naab, la Régen et l’Ilz ; sur la rive droite, I’lller, le Lech, l’Isar et l’Ion15. Le Danube ne commence à être navigable qu’à  sa jonction avec l’Iller ; la navigation de ce fleuve est généralement dangereuse à cause de la rapidité de son cours, de ses nombreuses sinuosités, de ses bas-fonds, de ses tourbillons et des rochers qui l’embarrassent ; c’est depuis Comorn, en Hongrie, jusqu’à Silistri, en Turquie, qu’il porte les chargements les plus considérables. »
Aristide-Michel Perrot (1793-1879), Dictionnaire universel de Géographie moderne, ou description physique, politique et historique de toutes les contrées et de tous les lieux remarquables de la terre., Accompagné d’un atlas de 60 cartes coloriées gravées par Pierre Tardieu, dont une dépliante, 1834, volume I, p. 352
   Dans cette rubrique consacrée au Danube, Aristide-Michel Perrot mentionne les seules sources de la Brigach et de la « Brige » (la Bregg) sans faire référence ni aux sources ni à la cité de Donaueschingen. Il ne cite par ailleurs aucun des grands affluents du Moyen et du Bas-Danube.

Notes :
1 680 lieues , une lieue française = 4km soit ici env. 2600 km
2 Sigmaringen
3 Vilshofen
4 Bratislava
Komarom
6 Esztergom
7 Budapest
8 Novi Sad
9 Serbie
10 Harşova
11 Brǎila
12 La Brenz
13 La Wörnitz
14 l’Altmühl
15 L’Inn 

   Aristide-Michel Perrot est un géographe français, membre de la Société royale académique des sciences et de la Société de géographie, spécialiste d’art et sciences militaires. Il rédige avec la femme de lettres Anne Alexandrine Aragon le Dictionnaire universel de Géographie moderne, ou description physique, politique et historique de toutes les contrées et de tous les lieux remarquables de la terre., Accompagné d’un atlas de 60 cartes coloriées gravées par Pierre Tardieu, dont une dépliante. Ce dictionnaire est publié à Paris chez Delloye Houdaille en 1834. _______________________________________________________________________________________

Sur le Danube hongrois…

« Le midi, nous nous arrêtâmes à Mohatsch1 pour charger du charbon extrait non loin de là dans l’intérieur des terres. Comme le transport pouvait prendre du temps, nous rejoignîmes la rive afin de nous promener en ville. Des paysans, des femmes et des hommes à la présentation soignée se pressaient sur le bord du fleuve. Ils s’étaient attroupés pour admirer notre bateau à vapeur. Des noisettes, de superbes raisins et des pommes débordaient des corbeilles des femmes. Il y avait aussi un grand panier en rotin rempli des plus beaux melons et prunes que j’ai jamais vu. Ils étaient d’un rouge profond et d’une maturité alléchante. Un artiste aurait saisi dans ce tableau, représentant des Tyroliens en train de proposer leur marchandise avec leurs paniers en rotin, l’image la plus pittoresque de diversité de caractères et de costumes. Nous repartîmes de Mohatsch vers trois heures de l’après-midi. Soudain, un choc me sortit brutalement de mes songes sur les nouveautés que je venais de découvrir. Nous fûmes entièrement stupéfaits et nous nous rendîmes compte avec un sentiment de colère que l’eau n’était profonde que de quelques pieds juste devant nous et que, sans grand effort, nous aurions pu arriver à n’importe quel autre endroit. Les Tyroliens, sans regret pour l’incident mais soucieux de nous consoler de notre malheur avec une aubade, entonnèrent leur hymne national. Deux ou trois remarquables voix de soprano et une basse magnifique chantaient la mélodie principale. Toutes les femmes, tous les hommes étaient à l’unisson dans le chœur. Ce fut une expérience musicale unique sur les ondes de leur lointain Danube. Comme si retentissait l’écho des chants de chasseurs et la rude mélodie des bergers des Alpes, devenue plus austère après un long vol au-dessus de cette eau paisible. Nous percevions dans ces chants le souvenir de leur pays natal, si loin déjà de leurs montagnes et qu’ils ne reverraient bientôt plus. La soirée était magnifique. Une lumière dorée et chaleureuse colorait l’horizon tandis que des milliers d’étoiles apparaissaient dans le bleu transparent du ciel. Des météores s’enflammaient ici et là pour détendre le firmament tels des messages des anges.

Je fus réveillé la nuit par un violent orage. Je voulus le regarder depuis le pont du bateau. Le ciel était une mer de flammes et le tonnerre gronda continuellement jusqu’à ce que ne tombe plus qu’une pluie chaude qui se transforma en déluge. J’appréciai de pouvoir retourner dans ma couchette où je dormis jusque tard dans la matinée. Je retrouvais les Tyroliens déjà fort occupés à débarquer leurs affaires à Ujpalanka. La pluie de la nuit avait transformé la rive en marais. Ces hommes réussirent enfin à la rejoindre en marchant sur des planches et des madriers qu’ils avaient posés à cet effet. Près de Belgrade, le Danube est si large que toute la flotte anglaise pourrait facilement y mouiller. Après Semendria2 , toutes les flottes du monde pourraient même y jeter l’ancre. Plus j’apprenais à connaître ce splendide courant, plus grandissait mon étonnement de voir une Europe aussi inconnue et ce fleuve aussi rarement utilisés comme voie commerciale. »

Michel (Michael) J. (Joseph) Quin, Voyage sur le Danube, de Pest à Routchouk3, par navire à vapeur, et notices de la Valaquie4, de la Hongrie, de la Servie, de la Turquie et de la Grèce etc./1, Libraire-Éditeur Artus Bertrand, Libraire de la Société de Géographie Paris, 1836
Michael Joseph Quin (1796-1843) est un journaliste, écrivain et voyageur irlandais, fondateur du périodique La revue de Dublin. Son livre relatant son voyage sur le Danube en 1834-1835 connut un grand succès et fut immédiatement traduit en français. Ce récit est dédié à sa femme.

Notes :
1 Mohács, rive droite

2 Zemun, rive droite
3 Ruse, rive droite, aujourd’hui en Bulgarie
4 Valachie


Au Prater

« Le Prater, que je n’ai vu que lorsqu’il était dépouillé de sa verdure, n’avait pas perdu pour autant toute ses beautés ; les jours de neige surtout, il présente un coup d’oeil charmant, et la foule venait de nouveau envahir ses nombreux cafés, ses casinos et ses pavillons élégants, trahis tout d’abord par la nudité de leurs bocages. Les troupes de chevreuils parcourent en liberté ce parc où on les nourrit, et plusieurs bras du Danube coupent les îles, les bois et les prairies. À gauche commence le chemin de Vienne à Brünn. À un quart d’heure de lieue plus loin coule le Danube (car Vienne n’est pas plus sur le Danube que Strasbourg sur le Rhin). Tels sont les Champs-Élysées de cette capitale. »

Gérard de Nerval (1808-1855), Vienne, Récit, Éditions Magellan, Paris, 2010
G. de Nerval séjourne à Vienne du 19 novembre 1839 au 1er mars 1840. Il a trente ans. Il arpente la ville, son centre, ses parcs, va au spectacle, rencontre et … s’aperçoit qu’on le surveille dans ses moindre allées et venues !


« Nul pays, dans notre Europe si souvent bouleversée, n’a subi plus de vicissitudes que le territoire aujourd’hui connu sous le nom de principautés du Danube. Guerres intestines, invasions, gouvernements avides et corrupteurs, tous ces fléaux s’y sont succédés, sans interruption, jusqu’à ces dernières années. De ce chaos de faits engendrés par la force brutale ne ressort aucune idée grande et féconde, aucun enseignement nouveau. Je ne sais quel arrêt fatal semble avoir condamné l’une des plus belles contrées de la terre à offrir une arène sans cesse ouverte à toutes les mauvaises passions des hommes. »

Édouard Thouvenel (1818-1863), Revue des Deux Mondes – 1839 – tome 18.djvu/558, « La Valachie » en 1839
Diplomate français et ministre des Affaires Étrangères de Napoléon III


De la navigation sur le Danube autrichien

« Il est dit : Que pour bien jouir d’une navigation sur le Danube, on ne doit s’engager sur aucun vaisseau pour tout le voyage. Qu’on choisisse quelque endroit intéressant ou commode pour s’y établir et en faire un centre d’excursions. C’est là qu’on se fait mettre en terre et qu’on s’arrête à bon plaisir. La rivière est toujours tellement parcourue de vaisseaux, qu’on est sûr de ne pas attendre longtemps sans en voir passer. Alors pour continuer le voyage on s’y fait conduire par un bateau du rivage, ou si le navire traîne une Jolle (Zille) après lui, on n’a qu’à crier : « Hol aus ! » pour voir arriver un batelier, qui vous mène à bord du vaisseau, car ces gens ne laissent pas échapper un petit profit inespéré. Et si vous seriez arrivé en bateau pris sur la côte, à bord d’un vaisseau, qui n’eût point de nacelle pour vous reconduire plus tard en terre, vous crierez encore « Hol aus ! » lorsque vous vous verrez vis-à-vis d’un endroit habité, et l’on viendra vous chercher avec le même empressement. De cette manière on est maître de son intérêt et l’on a toutes les commodités qu’on souhaite. — Quant aux entraves que les orages et les vents peuvent opposer à un trajet sur le Danube, il est bon à savoir, qu’il en peut bien résulter des désagréments, mais rarement ou jamais un vrai péril. Le vent qui domine au printemps, est le vent d’est, qui opposé au courant du fleuve, entrave la marche du bâtiment, et que les bateliers appellent vent contraire (Gegenwind), en opposition au vent d’ouest, qu’ils nomment vent favorable (Nachwind), parce que celui-ci accélère le cours du fleuve et la marche du bateau, qu’il pousse pour ainsi dire. Si le vent contraire est violent, il peut forcer à faire une relâche, c’est-à-dire mettre le vaisseau en sureté à quelque endroit convenable, jusqu’à qu’il soit possible de continuer le voyage. Ces relâches (nommées Windfeiern) sont ordinairement très ennuyeuses ; mais voilà tout le danger qu’on court. Lorsque le volume de l’eau est très petit, il est beaucoup plus facile de s’engraver dans des bancs de sable, de toucher à des corps d’arbres, ou aux débris des rochers cachés sous la surface de l’eau, nommés Kogeln, accidents qu’on a nullement à redouter quand les eaux sont hautes, supposé que le batelier connaisse les parages. Dès que le temps se dispose à un orage, le batelier ne néglige jamais de chercher de bonne heure un abri, pour éviter la violence de l’ouragan. Outre les désagréments, qui proviennent du vent et du temps, on a encore beaucoup à souffrir du soleil. Ses rayons brûlants à l’heure de midi, réfléchis par le miroir du fleuve, halent la peau avec une violence incroyable. Les hommes eux-mêmes sont exposés à prendre un coup de soleil, et il faut conseiller à chaque femme de ne jamais affronter sans parasol et voile, même pour un instant, le soleil du midi, en sortant de la cabane sur le radeau ou le bâtiment. Il est dangereux aussi de monter un petit bâtiment où sont embarqués des boeufs ou des chevaux… »

Reichhard, M., Le voyageur en Allemagne et en Suisse…, Manuel à l’usage de tout le monde. Douzième édition, De nouveau rectifiée, corrigée, et complétée par F. A. Herbig., tome premier., À Berlin, Chez Fréd. Aug. Herbig, Libraire. A Paris chez Brockhaus et Avenarius et chez Renouard et Co., 1844.
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Cyprien Robert (1807- vers 1965) et le Danube

 « Le Danube est le grand canal de communication entre l’Europe continentale et l’Orient. Fondant sur ce fleuve tous ses rêves de grandeur, l’Autriche va jusqu’à espérer que le Danube, tombant dans la mer Noire, rivalisera un jour avec la Méditerranée, comme voie de transport vers l’Asie. En effet, les richesses de l’Inde ont pour s’écouler en Europe trois voies naturelles, au midi et au nord les deux mers Rouge et Noire, et entre elles la mer Blanche ou l’Archipel. De ces trois grands bassins du commerce, l’Angleterre en a usurpé un ; les Grecs aspirent légitimement à en occuper un autre ; l’Autriche et la Russie se disputent, au détriment des Slaves du sud, la possession du troisième. Si ce dernier canal tombe exclusivement aux mains de l’Autriche, elle réduira par là même le commerce de tout le nord de la France à n’être que son tributaire. La Bavière le sent si bien, qu’elle va creuser enfin le canal, déjà rêvé par Charlemagne, pour unir par le Mein le Danube au Rhin, et la société viennoise des bateaux à vapeur danubiens élargit de plus en plus son action. Ses pyroscaphes ne s’arrêtent plus à la Valachie ; ils atteignent, à des intervalles fixes et très rapprochés, Trébizonde, Scio, Chypre, la Syrie. Ils avaient porté sur le Danube, en 1837, 47,000 passagers et 73,000 quintaux de marchandises ; dès l’année suivante, le chiffre des marchandises s’élevait à 320,000 quintaux, tandis que le nombre des passagers atteignait 74,000. Oublieuse de ces résultats, la France n ‘a pas même de vice-consul dans les deux grands ports danubiens, Galats et Braïla, où tous les pavillons affluent. 449 voiles ont paru en1837 à Braïla, dont 25 autrichiennes, 20 russes, 2 anglaises, une belge, de françaises point à Galats, dans la même année, sont entrés 528 bâtiments, dont 48 autrichiens, 50 russes, 8 anglais,1 sous le pavillon belge, aucun sous celui de la France. Pourtant le Danube, qui, suivant Napoléon, avec ses 500 lieues de cours et ses 120 affluents navigables, est le premier fleuve de l’Europe, le Danube n’appartient à l’Autriche que par l’entremise des Hongrois, et de plus la double rive serbo-bulgare et moldo-valaque occupe les 300 principales lieues de son cours. Il serait donc facile d’en disputer aux Autrichiens l’exploitation exclusive, surtout s’il est vrai, comme on l’assure, que notre poterie et notre porcelaine commune pourraient être vendues avec bénéfice en Valachie au même prix que la grossière faïence allemande.
Les objets d’exportation seraient les viandes salées pour alimenter notre marine, les bois de construction des immenses forêts des Karpathes et des Balkans, les céréales, le sel, les peaux, les laines, la cire, le goudron. L’extrême bon marché de tous ces produits bulgares et moldo-valaques, si le commerce de Marseille consentait à les aller chercher, mettrait fin aux gains énormes que font sur nous les armateurs d’Odessa. Mais il faudrait pour cela des encouragements officiels…  »
   Les Slaves de Turquie, Serbes, Monténégrins, Bosniaques, Albanais et Bulgares, Leurs ressources, leurs tendance et leurs progrès politiques, «Les Slaves d’Orient, Etat actuel, moeurs privés et politique des peuples de la péninsule Gréco-slave.», L. Passard, Jules Labitte, Libraire éditeur, 9, rue des Grands-Augustins, 1844, pp. 93-96

Né le 1er février 1807 à Angers, philologue, linguiste, écrivain, Cyprien Robert est l’un des intellectuels français fondateurs des études slaves en France. Il est chargé de suppléer Adam Mickiewicz dans le cours de Langue et littérature slave au Collège de France (1845-1857) et devient rédacteur de la Revue des deux Mondes dans laquelle il publiera de nombreux articles consacrés à la question slave.
   En mars 1848, il crée la Société de l’Émancipation des peuples slaves de Paris (dite plus souvent : la «Société slave»). Au printemps 1848, elle compte près de 200 membres dont 80 % de Polonais.
   Après avoir abandonné les études slaves, Cyprien Robert s’intéresse au panlatinisme et présente dans un livre intitulé Le Panlatinisme le projet de confédérer les peuples d’origine «gallo-latine» (la population des îles Britanniques, celle de la péninsule ibérique, les Français, les Italiens, les Roumains ainsi les Allemands de la rive gauche du Rhin). La réalisation de ce projet permettrait selon lui l’unité politique de l’Occident sous l’hégémonie incontestable de la France  et cette confédération politique serait assez puissant pour s’opposer à la «menace panslaviste», ainsi que pour tenir tête aux Américains et aux Chinois !
   Cyprien Robert fut également favorable à une union bulgaro-serbe et à la création d’une alliance regroupant les Grecs, les Slaves balkaniques et les Ottomans pour s’opposer à l’Empire russe qui cherche alors à s’imposer dans les Balkans.
   Il disparaît mystérieusement dans les années 1860. Louis Léger linguiste slavisant et professeur au Collège de France tentera mais en vain de retrouver la trace de Cyprien Robert. Il fut également membre de la Société des lettres serbes et de la Société savante serbe.

Publications :
«Le Monde gréco-slave» (articles), Revue des deux Mondes, Paris, 1842
Les Slaves de Turquie. Serbes, Monténégrins, Bosniaques, Albanais et Bulgares. Leurs ressources, leurs tendances, Paris, 1844
Les Deux Panslavismes, situation actuelle des peuples slaves vis-à-vis de la Russie, Paris, 1847
Le Monde slave, son passé, son état présent et son avenir, Paris, 1852
Le Panlatinisme, Paris, 1860


« O Bosniaque, gloire ancienne, Cœur intrépide et tête dure ; Tu ressembles au silex
Où se cache la flamme vive ! Herzégovinien, roc de granit, Qui jamais a pu t’ébranler ?
Tu es rapide comme l’éclair… O Syrmien, lame tranchante, A toi seul — cent héros ! Monténégrin, petit tzar,
Qui donc n’est fier de toi ?…
O Dalmate, ô faucon,
Fils magnifique d’une mer splendide ! Et toi, illustre Ragusain,
Sur nous encore tu rayonnes
Par tes chants d’autrefois
Pleins de gloire et de douceur !
Slavonien1 élancé !
O Banatin2 si léger !
O Batchvan3, salut ! salut !
Notre chanteur endiablé !
Et vous autres au bord du Danube,
Et vous aussi près de la Drave4,
Vous tous, de par ici, de par là-bas, Accourez à notre kolo5
Nouons la ronde ensemble,
C’est Dieu Tout-Puissant qui la bénit ! »
[…]

Branko Radičevíć (1824-1853), Les adieux des étudiants et autres poèmes, 1844, traduit du serbe par Miodrag Ibrovac
Poète serbe romantique.

Notes :
1 habitant de la Slavonie, aujourd’hui région nord de la Croatie

2 habitant du Banat, région à cheval sur de l’Ouest de la Roumanie, la Serbie et la Hongrie
3 habitant de la Batchka (Bačka), région de l’ancienne Voïvodine serbe.
4 un des principaux affluents de la rive droite du Danube

5danse traditionnelle serbe 
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« Au printemps de l’année 1854, un bâtiment de guerre apparut en vue de Soulina. Il était commandé par le fils de l’amiral Parker. Après avoir fait armer un canot, ce jeune officier en prit lui-même la conduite, et vint débarquer en face d’une ancienne redoute construite vers la pointe de la rive gauche du fleuve. Comme il passait, suivi de quelques hommes, devant cet ouvrage abandonné, un coup tiré à bout portant le frappa mortellement. Les Anglais se vengèrent de cet assassinat en bombardant le village, qui fut réduit en cendres. Peu après cet événement, les bouches du Danube furent déclarées en état de blocus, et l’exportation des céréales des principautés fut interrompue jusqu’au commencement de l’année 1855. A cette époque, par égard pour les droits des neutres, auxquels le traité de Paris allait donner une solennelle consécration, le blocus fut levé, et un mouvement extraordinaire se produisit dans les ports moldo-valaques. Une nouvelle population, composée en majeure partie des mêmes élémens que la précédente, vint s’implanter à Soulina, et bientôt, grâce à l’absence de toute autorité sur la rive droite du fleuve, une bande d’écumeurs de mer s’empara de l’entrée du Danube. L’audace de ces bandits n’eut plus de bornes ; trompant la confiance des capitaines auxquels ils se présentaient comme pilotes lamaneurs, il n’était pas rare qu’ils fissent échouer dans la passe le bâtiment dont ils avaient pris la direction. Livré le plus souvent à ses propres ressources dans l’opération du sauvetage, le capitaine ne tardait pas à se convaincre de l’inutilité de ses efforts, et il abandonnait son navire, dont on faisait aussitôt la curée.
Cependant ce brigandage ne pouvait durer. Le commandant des troupes autrichiennes dans les principautés envoya à l’embouchure un détachement de 60 soldats. Cette occupation fut un bienfait momentané pour le commerce européen. Déployant une rigueur égale à la perversité dont ses nationaux étaient les premières victimes, le représentant de l’autorité nouvelle fit prompte et sommaire justice au nom de la loi martiale ; la bastonnade fut mise à l’ordre du jour et consciencieusement administrée. Sous ce régime énergique, la discipline fut bien vite rétablie. Toutefois le pouvoir militaire, quelque efficace que fût son action, n’était pas à même de procurer d’une manière durable les garanties de sécurité que réclamait impérieusement la marine marchande. Cette tâche appartenait tant à la puissance territoriale qui venait d’être dûment reconnue qu’à la Commission européenne, qui se trouvait temporairement investie d’une partie de ses droits. Aujourd’hui régénérée, moralisée au contact d’une autorité internationale dont les attributions sont aussi exceptionnelles que l’état du pays dans lequel elle fonctionne, Soulina prend des développements rapides qui semblent la préparer à un rôle important ; elle compte déjà près de 4,000 âmes. Les cabanes éparses qui couvraient la plage et servaient de repaires aux premiers habitants ont fait place à des constructions solides et régulières. De grands bâtiments s’y élèvent pour les différents services de la navigation. Des édifices religieux y représentent déjà les principaux cultes de l’Occident. Siège d’une caïmacamie, la nouvelle ville entretient une garnison permanente. Des agents consulaires y sont accrédités, et la vue de leurs pavillons protecteurs rassure les marins, pour lesquels ces parages étaient autrefois si inhospitaliers. »

Édouard (Philippe) Engelhart (1828-1916)
   Diplomate, ministre plénipotentiaire. Il contribua à l’élaboration de la règlementation internationale pour la navigation sur le Danube. Il fut aussi délégué de la France à la Conférence de Berlin en 1885), membre de l’Institut de droit international et joua un rôle très actif comme membre de la Commission européenne du Danube de 1856 à 1867.


« Alors je prends mon envol en songe et me déploie.
Loin, très loin de la terre, aux cieux je me hasarde,
Et l’image de la Grand’Plaine qui ondoie
De la Tisza jusqu’au Danube me regarde. »

« Mon ange as-tu vu le Danube
Et l’île Marguerite en son milieu ?
Ainsi je place ton image
Au coeur de mon coeur… »

Sándor Petöfi (1823-1849), La Grand’Plaine (Az Alföld), 1844, traduction de Jean Rousselot

Sándor Petöfi (1823-1849)

   Ce très grand poète et révolutionnaire hongrois, mort à l’âge de 26 ans dans la bataille de Segesvár (Sighişoara, aujourd’hui en Roumanie), a laissé une oeuvre exceptionnelle de 1500 pages en à peine sept ans de publication  : poèmes, récits, notes de voyage, pièce de théâtre, articles.

 


Le Danube

« À chaque instant la scène change :
De frais tableaux, d’aspects divers
C’est un splendide et grand mélange.
Là, le front chargé d’arbres verts,
S’élèvent de hautes montagnes
Dont les pittoresques revers
S’inclinent doucement vers de riches campagnes ;
Ici, de vieux castels aux créneaux ébréchés,
Se redressent encore, formidables athlètes ;
Ailleurs, des temps passés tristes et noirs squelettes,
De grands débris dorment couchés.
Puis, c’est le frémissant navire
Qui laisse à son passage un sillon sur les eaux ;
C’est la noble villa, coquette qui se mire
Dans le fleuve amoureux l’enlaçant de ses flots.
C’est partout la nature riche et magnifique ;
C’est le DANUBE, enfin, qui, plein de majesté,
Donnant aux champs la vie et la fécondité,
Répand autour de lui la couleur poétique
Qui tient du voyageur l’oeil longtemps arrêté. »

Hilaire-Léon Sazerac (Édition française revue par), Le Danube illustré, Vues d’après nature dessinées par Bartlett, gravées par plusieurs artistes anglais, H. Mandeville, Libraire-Éditeur, Paris, 1849


Du Danube au Caucase…

« La vraie source du Danube n’a cependant pas encore été découverte. Comme celle du Nil, elle repose au sein de ses montagnes de la Lune, elle échappe à la curiosité sous un voile mystérieux ; mais on est convenu de l’accepter telle qu’elle se présente dans le limpide filet d’eau qui jaillit entre l’église et le palais de Donaueschingen. Le maître de ce domaine, le prince de Furstenberg, glorieux de posséder cet Hercule des fleuves à son berceau, a décoré son trésor d’une oeuvre d’art, d’un groupe en pierre, qui représente le Danube sous les traits d’une belle femme1 assise entre deux enfants, symbole de ses deux principaux affluents. C’est donc de Donaueschingen que l’on commence à suivre le cours du Danube. C’est là qu’il prend son nom. C’est de là que, de toutes parts lui arrivent ses tributaires. Trente-six mille petits cours d’eau et cent rivières ou ruisseaux se joignent à lui comme des soldats à leur général ou des vassaux à leur suzerain. C’est, par cette quantité prodigieuse d’affluents, le plus riche des fleuves de l’Europe. C’est, par son cours de sept cents lieues, le plus long de tous ceux qui existent dans les deux hémisphères, après le Volga, l’Euphrate, et après les immenses amas d’eau de l’Amérique2. À Ulm, à soixante lieues de son étroit bassin de Donaueschingen, il est déjà navigable. A Vienne, il a trois mille cinquante pieds de largeur; à Galacz, quinze mille ; et, quand il arrive au terme de sa route, il envahit, il scinde un énorme terrain, il se jette dans la mer Noire par sept embouchures. »

Xavier Marmier (1808-1892), Du Danube au Caucase, Voyages et littérature, Garnier Frères Éditeurs, Paris, 1854

Notes :
1Le nom de Danube, en allemand Donau, est féminin.  Il vient probablement de dan, down (bas), et au, qui, dans les langues Scandinaves, signifie rivière, comme on peut le remarquer dans les désignations suédoises d’Umea, Pitea., qu’on prononce Umeo, etc. [Note de l’auteur]
Cours du Mississipi, en y comprenant le Missouri, 3 610 milles anglais ; des Amazones, 3 130 ; du Volga, 2 100 ; de l’Euphrate, 1860 ; du Danube, 1850 ; du Rhin, 830 ; de la Seine, 510 ; du Rhône, 430 ; de la Tamise, 240.


Sur les bords du Danube

« Venu du Gange où mon rêve module
Midi, mirage au soleil qui rutile,
Mon coeur s’entrouvre en grande campanule,
Ma force tient en des frissons subtils.

Puits à bascule, auberges et gourdins
Pusztas, vacarme, ivrognes qui titubent ;
Baisers grossiers, tueurs de rêves vains,
Que fais-je ici sur les bords du Danube ? »

Endre Ady (1877-1919), « Sur les bords du Danube », adaptation d’Anne-Marie de Backer, Poèmes, Éditions Corvina Budapest, Éditions Seghers Paris, 1967


« Le soir, vers cinq heures, on s’arrêtait à Toultcha, l’une des plus importantes villes de la Moldavie.En cette cité de trente à quarante mille âmes, où se confondent Tcherkesses, Nogaïs, Persans, Kurdes, Bulgares, Roumains, Grecs, Arméniens, Turcs et Juifs, le seigneur Kéraban ne pouvait être embarrassé pour trouver un hôtel à peu près confortable. C’est ce qui fut fait. Van Mitten eut, avec la permission de son compagnon, le temps de visiter Toultcha, dont l’amphithéâtre, très pittoresque, se déploie sur le versant nord d’une petite chaîne, au fond d’un golfe formé par un élargissement du fleuve, presque en face de la double ville d’Ismaïl. Le lendemain, 24 août, la chaise traversait le Danube, devant Toultcha, et s’aventurait à travers le delta du fleuve, formé par deux grandes branches. La première, celle que suivent les bateaux à vapeur est dite la branche de Toultcha ; la seconde, plus aunord, passe à Ismaïl, puis à Kilia, et atteint au-dessous la mer Noire, après s’être ramifiée en cinq chenaux. C’est ce qu’on appelle les bouches du Danube. Au delà de Kilia et de la frontière, se développe la Bessarabie, qui, pendant une quinzaine de lieues, se jette vers le nord-est, et emprunte un morceau du littoral de la mer Noire.
Il va sans dire que l’origine du nom du Danube, qui a donné lieu à nombre de contestations scientifiques, amena une discussion purement géographique entre le seigneur Kéraban et Van Mitten. Que les Grecs, au temps d’Hésiode, l’aient connu sous le nom d’Istor ou Histor ; que le nom de Danuvius ait été importé par les armées romaines, et que César, le premier, l’ait fait connaître sous ce nom ; que dans la langue des Thraces, il signifie « nuageux » ; qu’il vienne du celtique, du sanscrit, du zend ou du grec ; que le professeur Bupp ait raison, ou que le professeur Windishmann n’ait pas tort, lorsqu’ils disputent sur cette origine, ce fut le seigneur Kéraban qui, comme toujours, réduisit finalement son adversaire au silence, en faisant venir le mot Danube, du mot zend « asdanu », qui signifie : la rivière rapide.
Mais, si rapide qu’elle soit, son cours ne suffit pas à entraîner la masse de ses eaux, en les contenant dans les divers lits qu’elle s’est creusés, et il faut compter avec les inondations du grand fleuve. Or, par entêtement, le seigneur Kéraban ne compta pas, en dépit des observations qui lui furent faites, et il lança sa chaise à travers le vaste delta. Il n’était pas seul, dans cette solitude, en ce sens que nombre de canards, d’oies sauvages, d’ibis, de hérons, de cygnes, de pélicans, semblaient lui faire cortège. Mais, il oubliait que, si la nature a fait de ces oiseaux aquatiques des échassiers ou des palmipèdes, c’est qu’il faut des palmes ou des échasses pour fréquenter cette région trop souvent submergée, à l’époque des grandes crues, après la saison pluvieuse. Or, les chevaux de la chaise étaient insuffisamment conformés, on en conviendra, pour fouler du pied ces terrains détrempés par les dernières inondations. Au delà de cette branche du Danube, qui va se jeter dans la mer Noire à Sulina, ce n’était plus qu’un vaste marécage au travers duquel se dessinait une route à peu près impraticable. Malgré les conseils des postillons, auxquels se joignit Van Mitten, le seigneur Kéraban donna l’ordre de pousser plus avant, et il fallut bien lui obéir. Il arriva donc ceci : c’est que, vers le soir, la chaise fut bien et dûment embourbée, sans qu’il fût possible aux chevaux de la tirer de là.
« Les routes ne sont pas suffisamment entretenues dans cette contrée ! crut devoir faire observer Van Mitten. – Elles sont ce qu’elles sont ! répondit Kéraban. Elles sont ce qu’elles peuvent être sous un pareil gouvernement !
– Nous ferions peut-être mieux de revenir en arrière et de prendre un autre chemin ?
– Nous ferons mieux, au contraire, de continuer à marcher en avant et de ne rien changer à notre itinéraire !
– Mais le moyen ?…
– Le moyen, répondit le têtu personnage, consiste à envoyer chercher des chevaux du renfort au village le plus voisin. Que nous couchions dans notre voiture ou dans une auberge, peu importe ! »
Il n’y avait rien à répliquer… »

Jules Verne (1828-1905), Kéraban-le-Têtu, 1883
Roman humoristique contant les tribulations du vendeur de tabac turc Kéraban et d’un de ses clients hollandais autour de la mer Noire.
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« Le Danube est gris au milieu, verdâtre à ses bords ; sera-t-il bleu demain ? Il se moire sous la lumière, crépite comme la flamme, il miroite, il étincelle. Majestueux, solennel et lourd, le fleuve énorme ne coule pas, il marche. »

« Le Danube m’appartient, il est à mes pieds, et je l’aime. Je vais le voir au lever, au coucher du soleil, et sous la lune.  »

Juliette Adam (1836-1936), La Patrie hongroise, Nouvelle Revue, 1884
Juliette Adam est une femme de lettres, polémiste, salonnière féministe et républicaine française. Elle tiendra de longues années un salon littéraire créé en 1871 au 23 boulevard Poissonnière à Paris puis à partir de 1887 au 190 boulevard Malherbes, en pleine IIIè république, salon fréquenté par des écrivains et des hommes politiques de premier plan. Passionnée de politique, son salon, fréquenté entre autres par Léon Gambetta, était un foyer actif d’opposition à Napoléon III et devint rapidement l’un des cercles républicains les plus connus.Parmi les personnages célèbres qui le fréquentent, on trouve Adolphe Thiers, Émile de Marcère, Charles de Freycinet, Eugène Pelletan, Gabriel Hanotaux, Edmond About, Louis Blanc, Alphonse Daudet, l’astronome et spirite Camille Flammarion, Georges Clemenceau, l’éditeur Jules Hetzel, le poète Sully Prudhomme, Émile de Girardin, Gustave Flaubert, Louis de Ronchaud, Gaston Paris, Victor Hugo, Guy de Maupassant, Ivan Tourguéniev, Aurélien Scholl ou le Grec Dimítrios Vikélas…

Juliette Adam (1836-1936)

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Le Danube hongrois (1896) 

   «Le Danube traverse ainsi la Hongrie sur une longueur de 972 kilomètres, son niveau le plus haut étant de 134 mètres au-dessus de la mer à Thèbes, tandis qu’en aval d’Orsova, il quitte le pays à environ 42 mètres au-dessus de la mer…»
Le Danube entre en Hongrie à l’embouchure de la March (Morava), à environ 50 kilomètres de Vienne. Dès la frontière, les ruines pittoresques de l’ancienne  forteresse de Thèbes (Dévénn) apparaissent sur la rive gauche (gravure Theben) Elles se dressent sur un rocher calcaire, contrefort rocheux des Carpates du nord-ouest, les fameuses Carpates blanches sur le versant du Kobelberg, au confluent de la rivière avec le Danube. Ce château-fort était autrefois un fier et solide rempart de la région, mais il n’est plus aujourd’hui qu’un motif bienvenu pour le pinceau des peintres. Le rocher sur lequel les ruines de la forteresse se dressent a pris de l’importance en raison d’une grande carrière qui fournit les pierres nécessaires à la construction des ouvrages destinés à maîtriser le cours impétueux du Danube.
Ce bastion a connu bien des déboires avant que les Français ne le fassent sauter à la poudre en 1803. Et ce fut le dernier rôle que le château de Thèbes joua dans l’histoire. Ces montagnes rocheuses abritent également des vestiges bien plus anciens. En effet, des restes d’animaux et de coquillages ont été trouvés dans ses grottes, ce qui prouve que cette montagne était autrefois la rive de la mer d’eau douce qui recouvrait la plaine hongroise. Dans ses éboulis, on a également retrouvé des cendres, des morceaux de bois carbonisés et des gobelets qui, selon certains, seraient d’origine romaine.
Au pied de la montagne du château, au sud, dans une charmante vallée, se trouve le bourg de Thèbes, dont les habitants, depuis les plus anciens, sont de bons viticulteurs et arboriculteurs, et encore plus de bons bateliers. Les bateliers de Thèbes formaient autrefois une corporation particulière, dont les lettres de privilège et autres documents existent encore.
Nous laissons Thèbes derrière nous et le paysage de la région reste le même jusqu’à Presbourg. Sur la rive gauche, le dernier chaînon des Carpates blanches s’étire jusqu’à ce qu’il disparaisse, tandis que sur la rive droite nous accompagne les étendues boisées du pays par-delà le Danube, délimitées par des bancs de sable et interrompue par les bosquets de Wolfsthal.
Le Danube commence déjà à cette hauteur de se jouer de tous ses obstacles en s’avançant sur l’immense plaine recouverte d’alluvions et en formant un lit toujours instable, plein de bancs de sable et d’îles qui, autrefois, prenaient une nouvelle physionomie à chaque inondation et modifiaient le cours du fleuve…»

«Le Danube hongrois» (Die ungariche Donau), in Die österreichisch-ungarische Monarchie in Wort und Bild, Ungarn (IV. Band), Druck und Vertrag der kaiserlich-königlichen Hof-und Universitätsbuchhändler, Wien 1896, pp. 17-86


Le Danube ou le casse-tête géographique des frontières naturelles mouvantes…

« Le courant fluvial vient butter alternativement sur la rive gauche ou sur la rive droite. À l’endroit où se produit le choc, l’érosion est plus forte ; elle fait reculer la rive et déplacer latéralement le thalweg. On voit, surtout dans les environs de Mohač et d’Apatin, de grandes boucles anciennes et d’autres plus récentes que le fleuve a recoupées. Le même phénomène s’observe sur la rive gauche de la Drava. Ainsi se sont formées de vastes plaines, parsemées de marais et de lacs riches en poissons, ainsi que de vastes îles entourées de bras morts, qui sont d’une grande fertilité. »
Jovan Cvijic (1865-1927), Frontière septentrionale des Yougoslaves, Paris, s.n., 1919

Géographe, anthropologue et ethnographe serbe, spécialiste de géomorphologie, président de l’Académie royal serbe des sciences, recteur de l’Université de Belgrade, Docteur Honoris Causa des Universités de Prague et de La Sorbonne. Ont été publiées en français  La Péninsule balkanique, géographie humaine, Paris, Librairie Armand Colin, 1918 et Frontière septentrionale des Yougoslaves, Paris, Lahure, 1919.


« Notre Danube ! Chaque fois que son nom se fait entendre, des doigts invisibles pincent les cordes de nos coeurs. »

Yordan Yovkov (1880-1937)
Écrivain et dramaturge bulgare, maître de la nouvelle. Il s’attache dans ces courts récits et ses romans à parler des paysans et des habitants de la Dobroudja et des temps anciens de la Bulgarie mais toujours dans une dimension spirituelle et une confiance dans l’avenir.


« Les artistes sont des éclaireurs, et ce sont les peintres qui nous ont montré le chemin vers les contrées romantiques de la Wachau. L’éloge de la vallée du Danube entre Melk et Krems résonne encore un peu scolairement à nos oreilles depuis les cours de géographie : que le Danube supporte ici très bien la comparaison avec le Rhin, qu’il le surpasse encore en beauté de paysages, qu’il a aussi, comme son grand rival à l’extérieur de l’Empire, ses forteresses et ses châteaux, ainsi que la magnifique abbaye de Melk, qui regarde le pays fièrement et avec envie de le posséder, mais surtout Dürnstein couronné de lierre, ce petit trésor du romantisme, et que malgré tout et malgré tout, le père Rhin1 reste toujours celui dont on parle le plus, celui dont on fait le plus l’éloge, celui qui a pris une fois pour toutes le pas sur sa sœur danubienne. Mais que celle-ci se console : si le Rhin a ses poètes, le Danube lui a ses peintres, comme il sied à une belle femme. Les peintres sont partis chercher inlassablement leurs motifs dans la vallée du Danube pendant des années et ont rendu hommage à sa beauté orgueilleuse à leur manière, avec leurs pinceaux et leurs crayons.
Et c’est aussi la meilleure chose à faire. Car ce printemps de la Wachau, plus riche et plus printanier que tout autre, ne peut jamais être entièrement capturé par des images et des mots. Tout ce que l’on peut en dire ne sont en fait que des slogans, tout ce que l’on peut donner ne sont que des esquisses et des fragments. Il faut voir et sentir l’ensemble. Les prés ont déjà revêtu leur robe de printemps vert clair, parfumée et transparente, les vignobles sur les coteaux montrent encore la terre nue et brune, qui joue parfois merveilleusement sur le rouge et le violet, et sur ce fond se dresse ici et là un bouquet rouge rosé. Ce sont les petits pêchers qui ornent souvent les vignobles jusqu’en haut, là où la forêt remplace la vigne. Les villages sont entièrement plongés dans la floraison, Spitz en particulier, riche en fruits, se délecte de ses arbres en fleurs, et les pêchers avec leur délicate parure sont à cette époque une partie importante de la conversation quotidienne, qu’ils soient les plus beaux aujourd’hui ou qu’ils le soient demain ou après-demain, et il est de bon goût de sortir au moins une fois de Spitz pour se rendre jusqu’à « Gut am Steg »2, où une forêt couleur de rose nous attend. Mais sur les rives, ici et là, de longues rangées de noyers et leurs jeunes pousses forment un cadre doré et bronzé autour d l’image claire. Au-dessus, le ciel italien le plus bleu s’étend. Mais le village Dürnstein ne se contente pas de tant de couleurs, il sait aussi ajouter ses tons particuliers : les touffes jaunes de la « Steinbusch », qui prolifèrent partout sur les rochers brun-gris et les murs de pierres érodés. Comme les sons d’une fanfare dans une symphonie de joie, leur merveilleuse luminosité salue le printemps. Des slogans, disais-je, rien de plus, mais pour qui s’est promené une fois à travers ce printemps, il devient tout naturellement un poème fleuri. »

Hermine Cloeter (1879-1970), Donauromantik, Tagebuchblätter und Skizzen aus der goldenen Wachau, Wien, 1923
Écrivaine et historienne de l’art autrichienne
Notes: 
1 Expression populaire en allemand « Vater Rhein und Mutter Donau », « Père Rhin et mère Danube »
2 Village à proximité de Spitz/Danube 
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« Il fallait voir cette femme pêcher, pour savoir ce que c’est qu’une Olténienne qui aime son mari ! Surtout quand elle lançait en rond le prostovol, les bras nus jusqu’aux épaules, la jupe ramassée tout en haut, la chevelure bien serrée dans la basmal, les yeux, la bouche, les narines, tendus vers l’infini marécageux, on eût dit qu’elle allait retirer tout le poisson de la Borcéa. »

Panaït Istrati (1884-1935)
, Les chardons du Baragan, 1928
Les chardons du Baragan (Ciulinii Bărăganului) ont été adaptés au cinéma par Louis Daquin et Gheorghe Vitanidis (1958)

« Je t’écris ces lignes pendant que ton gramophone chante « Le Danube est gelé ». Il est bien gelé, mon Danube, gelé pour toujours. Et je me demande si ma vie, riche de rien que des miracles, pourra faire un dernier miracle, dégelant mon Danube au soleil d’un dernier printemps. »

Panaït Istrati, lettre à un ami de Brăila, 1935


 Le delta du Danube

« C’est une région extraordinaire, qui ne ressemble à aucun autre delta, pas même à celui du Nil, célébré par Lawrence Durrell. Elle est immense et sans âge ; une province française y tiendrait facilement ; les pêcheurs, qu’on aperçoit parfois dans des barques couleur de caïques, ont l’air d’amphibies sorties de la préhistoire. Y-habitent-ils seulement ? On peut en douter, car où est le sol, où est même l’eau ? Ni les échasses ni le flotteur d’un hydravion y trouverait appui. Sur des milliers d’hectares, à perte de vue, ce ne sont que des roseaux infestés de sangsues, à plumets violets ou bruns, que le vent fait plier avec un bruit de taffetas. Tout sent la carpe, tout sent la fiente d’oiseau ; empire paludéen grouillant de nageoires, frémissant d’ailes : avides cormorans, aigrettes d’Égypte, canards de Scandinavie, cygnes de Sibérie, venus là pour vivre à l’abri de l’homme. »

Paul Morand

Paul Morand

« De la terrasse de Kalemegdan, au confluent de la Save et du Danube, pendant mes longues heures de résidence forcée, entre deux séances de la Commission, à Belgrade, capitale la plus ennuyeuse d’Europe (sic !), je contemplais longuement ces deux longs fleuves tendus comme des cordes pour barrer la route. »

Paul Morand (1888-1976), « Le Danube », in ENTRE RHIN ET DANUBE, Éditions Nicolas Chaudun, Paris (?), 2011
Écrivain, ministre et diplomate français, ambassadeur de France en Roumanie et membre (éphémère) de la Commission Européenne du Danube.


« C’était un bel octobre ensoleillé ; les effluves d’automne qui montaient de l’eau attiédie purifiaient l’air enfumé de la ville et, parfois, les rousses collines de la rive de Buda saluaient la rive de Pest de leur odeur de feuilles mortes. Lorsque s’allumaient les réverbères, les eaux du Danube se mettaient à bercer leurs reflets couleur de lune, et le souffle de la brise les effilochait en minces lueurs dorées qui, chevauchant des vagues à peine perceptibles, allaient se perdre entre les deux rives. »

« Il faisait chaud. Une petite brise se levait de temps à autre, entrainant l’odeur de l’eau jusque dans le logis, depuis le Danube qui scintillait sous la fenêtre. Entrait encore la chaude odeur de poix des trottoirs fondant au soleil et les vapeurs d’essence des voitures roulant au dehors. Du linge frais lavé séchait sur une corde tendue dans la pièce donnant gaiement la réplique à l’odeur de l’eau et du soleil envoyé par le fleuve. »

Tibor Déry (1894-1977), Niki, L’histoire d’un chien, traduit du hongrois par Ladislas Gara [Imre Lazslo], Les éditions Circé, Belval, 2011
Tibor Déry, romancier hongrois, né et mort à Budapest, est « le grand peintre de la condition humaine de notre temps » (György Lukács). L’histoire de la petite chienne fox-terrier Niki et du couple qui sont ses maîtres adoptifs, commence au printemps 1948, année qui scella le sort de la Hongrie pour une longue et sombre période.


« À Rome, place Navone, la fontaine du Bernin est ornée de quatre figures de fleuve, chacun d’eux symbole d’une partie du monde. C’est le Danube qui représente l’Europe. À l’époque où le Bernin élevait ce monument, le XVIIème siècle, des eaux du Danube, sur un vaste parcours, s’écoulaient dans les territoires occupés par l’Islam, mais plus en amont, dans ce qu’on appelait le Hongrie royale et dans les duchés autrichiens, la vallée du Danube était la route ouverte où le sort pouvait se jouer encore une fois entre l’Islam et la Chrétienté. »

Victor-Louis Tapié (1900-1974), préface de Monarchie et peuples du Danube, Fayard, Paris, 1969


« On peut dire que jamais les relations entre les deux rives du Danube, tellement naturelles que ces rives ont eu souvent la même population, les mêmes intérêts, les mêmes formes religieuses, culturelles et politiques, ne cessèrent à une époque qui, pour être obscure, ne signifie nullement le complet abandon, le désert, le néant. »

Nicolae Iorga (1870-1940), Histoire des Roumains de Transylvanie et de Hongrie (I), 2ème édition, Bucarest, 1940
Grand historien roumain, homme politique, ministre puis premier ministre, écrivain. Démocrate et patriote il fut assassiné par un commando de la Garde de Fer.


« L’hymne à l’Ister dit l’être du fleuve qui, dans son cours supérieur, rend fertile le pays d’origine du poète. »

Martin Heidegger (1889-1976), Approches de Hölderlin, « Souvenir » Gallimard, Paris, 1962

« Dans son cours supérieur, près de sa source, le Danube coule avec hésitation. Ses eaux sombres s’immobilisent et même reviennent en tourbillonnant sur leur pas. Presque comme si ce flux retournant à l’origine remontait du lieu où le fleuve se jette dans la mer étrangère. presque comme si le fleuve, qui sous le nom d’Ister appartient à l’Orient étranger, était présent dans le Danube supérieur. »

Martin Heidegger commentaires des poèmes de Hölderlin, cité par Jacques Le Rider dans sa préface du livre de Pierre Burlaud Danube-Rhapsodie, Images mythes et représentations d’un fleuve européen.

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   « Le vent s’était calmé. L’allée tournait vers une passerelle en bois puis pénétrait dans les forêts alluviales. Frajo dut les retraverser à nouveau pour pouvoir retourner sur la rive du fleuve vers Schramm, le premier pêcheur qui, de son propre chef s’était installé sur cette rive qui n’avait jamais encore connu d’inondation. Le village se tenait en arrière, le caquetage des troupeaux d’oies s’était perdu. Quand il atteignit la lisière de la forêt, il se retourna vers le clocher de l’église puis les bois l’accueillirent avec une chaleur lourde et étouffante.
Rien ne bougeait. Aucun oiseau ne chantait. Le chemin serpentait dans les fourrés, on ne voyait même pas à dix pas devant. Bien que le Danube fut encore loin, il le sentait déjà par tous les pores de sa peau, il le humait, il le goûtait, il s’imaginait qu’il pouvait déjà entendre son bruissement, son éternel bruissement qui était dans ses oreilles dès sa naissance, oui, même avant sa naissance quand il était encore dans le ventre de sa mère. Il avait appris à nager en même temps que marcher ; certains disaient qu’il savait même mieux nager que marcher ; ce qui était sûr, c’est qu’il se sentait chez lui dans l’eau comme sur la terre ferme. S’il pouvait monter si merveilleusement à cheval, bien qu’il ait eu de moins en moins d’occasions de le faire, c’était grâce au fleuve et aux trains de bateaux tirés par des chevaux qui remontaient le Danube en si grand nombre ;déjà tout petit il avait caracolé sur un cheval sellé ou non, guidé par l’appel du conducteur de l’équipage tandis que la corde tendue du bateau grinçait derrière lui. Son audace qui l’avait même poussé jusqu’à monter les chevaux les plus sauvages, l’avait plus tard rendu célèbre. Oublié la crue, le danger auquel la maison de ses parents était aussi exposée, il marchait à grands pas de manière vive et joyeuse et commençait, dès que plus aucun oiseau ne se faisait entendre, à fredonner les rythmes de la marche de Radetzky, digne d’une chasse, qui – les piétinements de la cavalerie déchaînée et se perdant au loin – s’emparaient de lui dès lors qu’il s’occupait de monter à cheval… »
Quatre jours après ces événements dramatiques qui, de par leurs conséquences immédiates et leurs effets indirects, allaient changer bien des caractères et le destin de certaines vies, quatre jours plus tard un étrange cortège funèbre remontait le Danube. Étrange le lieu d’où celui-ci était parti, une auberge isolée au bord du fleuve, étrange l’endroit vers lequel il se dirigeait. C’était vers ce cimetière auquel on avait donné le nom effrayant de « Cimetière des sans nom. »1
« Dans ce cimetière, comme son nom l’indique, avaient été enterrés des inconnus qu’il avait été impossible d’identifier, des morts emmenés par le Danube, des cadavres gonflés d’eau qui avaient été traînés par le courant pendant des jours, des semaines ou des mois, repliés, ballotés, déformés, métamorphosés, portés par le fleuve avec miséricorde ou au contraire impitoyablement noyés dans les profondeurs, innocents et coupables, bénis ou maudits, misérables, dépravés. Pour tous, le ruissellement éternel du fleuve était déjà la révélation de l’autre monde, la grande unité de sa musique qui ne laisse percevoir que les échos de l’au-delà, l’enfer ou le paradis du Danube qui ruisselait déjà vers eux. »

Adelbert Muhr (1896-1977), « La procession fluviale », in Der Sohn des Stromes, ein Donauroman (Le fils du fleuve, un roman danubien), K.H. Bischoff, Berlin, 1945, traduction Eric Baude, © droits réservés
Journaliste, écrivain et traducteur viennois, amoureux du Danube, Adelbert Muhr travailla pour la D.D.S.G.

Notes :
1 Friedhof der Nameslosen, un petit cimetière viennois au bord du fleuve dans le quartier de Freudenau où l’on enterrait autrefois les noyé/e/s anonymes du Danube, www.friedhof-der-namenlosen.at


« Le Danube semblait un grand chemin silencieux et recouvert de neige. »

János Széchely (1901-1958), L’enfant du Danube, Éditions des Syrtes, Paris, 2000
Écrivain et scénariste hongrois né à Budapest et mort à Berlin-Est. Seuls deux de ses livres ont été traduits en français.


« La vision la plus affligeante
Étaient celle des ponts muets
À l’échine rompue
Entre les deux villes,
Couchés en ligne
Comme des bêtes abattues,
Dans le crime et la souillure,
Eux qui étaient innocents. »

 

Gyula Illyés (1902-1983), Poète, prosateur, dramaturge et essayiste,  figure centrale de la littérature hongroise de son époque 


Prairies alluviales danubiennes

« Comme coulées dans du plâtre, les traces des multiples habitants des prairies alluviales danubiennes ont été préservées dans les larges bandes boueuses jusqu’à la prochaine inondation. Qui a osé prétendre qu’il n’y avait plus aucun cerf dans ces lieux ? D’après les empreintes, de nombreux cerfs imposants semblent au contraire encore fréquenter ces forêts, même si on ne les entend plus à la période du rut. Les dangers de la dernière guerre, qui a fait dans ses derniers instants tant de ravages par ici, les ont rendus secrets et furtifs. Chevreuils et renards, rats musqués et rongeurs plus petits, innombrables chevaliers guignettes, pluviers, petit-gravelots et chevaliers sylvains ont déformé la boue avec les séries croisées de leurs déplacements. Même si ces traces racontent à mes yeux les histoires les plus belles, combien plus nombreuses sont celles que détecte le seul museau de ma petite chienne ! Elle se régale dans des orgies d’odeurs que nous autres êtres humains, avec nos pauvres nez, ne pouvons même pas nous imaginer… »

Konrad Lorenz (1903-1989), cité par Ernst Trost dans son livre Die Donau, Lebenslauf eines Stromes 


Au bord du Danube

Sur une pierre au bord du fleuve assis,
Je vis voguer l’écorce d’un melon.
À peine j’entendis, plongé dans mes soucis,
L’écume papoter, et se taire le fond.
Tel jailli de mon cœur d’un seul élan,
Le Danube allait, trouble, sage et grand.
Tels des muscles à leur tâche attelés
Quand l’homme martèle, maçonne ou lime,
Se retendait, avant de s’épuiser,
Chaque remous et chaque vague infime.
Comme maman, me berçait l’eau tranquille
Et lavait la lessive d’une ville.

La pluie commence, quelques gouttes rares,
Puis cesse par manque de conviction.
Pourtant tel d’une grotte on fixe son regard
Sur une longue pluie, je scrutai l’horizon.
Autrefois si coloré, le passé pleuvait,
Fané, sans plus vouloir cesser.
Le Danube coulait. Et comme des enfants
Dans le giron d’une mère féconde
À l’esprit absent, jouaient sagement
Et réjouies me souriaient les ondes.
Le flot du temps les faisait vaciller,
Immense cimetière aux stèles descellées.

Voilà cent fois mille ans que je contemple
Ce qui soudain se révèle à mes yeux.
Un seul instant clôt du temps tout l’ensemble
Qu’observent avec moi cent mille aïeux.

Je vois ce qu’ils n’ont pas pu voir jadis
Pris par le labour, l’amour et la guerre ;
Mais ce que ne peut voir leur petit-fils,
Ce sont eux qui le voient, n’étant plus que matière.

Tels chagrin et joie, nous nous connaissons.
Le passé me revient ; leur dû, c’est le présent.
Nous écrivons des vers : ils tiennent mon crayon,
Moi, je me souviens d’eux, et en moi je les sens.

Ma mère était Coumane, et j’avais comme père
Un Siculo-Roumain – ou roumain tout entier ?
J’aimais les douces bouchées de ma mère ;
De père, les bouchées de vérité.
Mes gestes vivent leurs enlacements.
Parfois, cela me remplit de tristesse,
Étant moi-même issu de cet effacement.
À moi – “Tu verras, sans nous… –” ils s’adressent.

Ils s’adressent à moi, car déjà je suis eux ;
C’est ainsi que moi, faible, je puis être
Non seulement fort, mais plus que nombreux :
Depuis la nuit des temps, tous mes ancêtres.
Je suis l’Aïeul qui en des descendants se brise :
Heureux, je deviens mon père et ma mère
Qui à leur tour en moitié se divisent :
En un plein d’âme ainsi je prolifère.
Je suis tout l’Univers – tout ce qu’il pouvait être :
Les nations ennemies, chaque tribu.
Avec les vainqueurs morts, je refais leur conquête
Et souffre du supplice des vaincus.
Árpád, Zalán… Les guerres des ancêtres…
Mongols et Turcs, Slovaques et Roumains
Sont réunis dans ce cœur dont la dette
Est un futur serein – Hongrois contemporains !

Je veux travailler. Il est suffisant,
Ce combat pour qu’on avoue le passé.
Du Danube qui est futur, passé, présent,
Les doux flots ne cessent de s’embrasser.
La mémoire dissout en une paix posthume
Les luttes acharnées de nos aïeux.
Régler enfin nos affaires communes,
C’est notre devoir. Et ce n’est pas peu.

 Attila József (1905-1937), Au bord du Danube

Attila József (1905-1937), est considéré en Hongrie comme l’un des plus grands poètes du xxe siècle. Son lyrisme, inséparable d’une vie aux prises avec la réalité de son temps, a contribué à faire entrer la littérature hongroise dans la modernité. « Je ne veux qu’un lecteur pour mes poèmes. Celui qui me comprend, celui qui m’aime… » Il meurt à l’âge de trente-deux ans écrasé par un train au bord du lac Balaton. 

Attila Jozsef

Attila József (1905-1937)


Le Danube et la Vienne d’après-guerre

« Je n’ai pas connu le Vienne d’entre les deux guerres et je suis trop jeune pour me me souvenir du Vienne d’autrefois, ce Vienne de la musique de Strauss au charme facile et factice ; pour moi ce n’est qu’une ville faite de ruines sans dignité qui furent transformées, ce mois de février, en grands glaciers couverts de neige. Le Danube était un fleuve gris, plat et boueux qui traversait très loin de là le second Bezirk1, la zone russe où gisait le Prater écrasé, désolé, envahi d’herbes folles au-dessus duquel la Grande Roue tournait lentement parmi les fondations des manèges de chevaux de bois, semblables à des meules abandonnées, de la ferraille rouillée de tanks détruits que personne n’avait déblayés et d’herbes brûlées par le gel aux endroits où la couche de neige était mince. »

Graham Greene (1904-1991), Le Troisième Homme, traduit par Marcelle Sibon, Robert Laffont, Paris, 1950
Notes :

1 Bezirk, arrondissement de Vienne


Ruse (Routschouk) et le Danube multiculturel…

« Routschouk, sur le Danube inférieur, où je suis venu au monde, était une ville merveilleuse pour un enfant, et si je me bornais à la situer en Bulgarie, on s’en ferait à coup sûr une idée tout à fait incomplète : des gens d’origine diverses vivaient là et l’on pouvait entendre parler sept ou huit langues différentes dans la journée. Hormis les Bulgares, le plus souvent venus de la campagne, il y avait beaucoup de Turcs qui vivaient dans un quartier bien à eux, et, juste à côté, le quartier des séfarades espagnols, le nôtre. On rencontrait des Grecs, des Albanais, des Arméniens, des Tziganes. Les Roumains venaient de l’autre côté du Danube, ma nourrice était roumaine mais je ne m’en souviens pas. Il y avait aussi des Russes, peu nombreux il est vrai.

Enfant, je n’avais pas une vision d’ensemble de cette multiplicité mais j’en ressentais constamment les effets. Certains personnages sont restés gravés dans ma mémoire uniquement parce qu’ils appartenaient à des ethnies particulières, se distinguant des autres par leur tenue vestimentaire. Parmi les domestiques qui travaillèrent à la maison pendant ces six années, il y eut une fois un Tcherkesse et, plus tard, un Arménien. La meilleure amie de ma mère était une Russe nommée Olga. Une fois par semaine, des Tziganes s’installaient dans notre cour ; toute une tribu, me semblait-il, tellement ils étaient nombreux, mais il sera encore question, ultérieurement, des terreurs qu’ils m’inspirèrent. »

Elias Canetti (1905-1994), La langue sauvée, Histoire d’une jeunesse (1905-1921), Édition Albin Michel, Paris, 1980

« Certaines années, le Danube était complètement gelé en hiver. Dans sa jeunesse, ma mère était souvent allé en Roumanie en traineau et me montrait volontiers les chaudes fourrures dont elle s’emmitouflait alors. Quand il faisait très froid, les loups descendaient des montagnes, poussés par la faim, et s’attaquaient aux chevaux qui tiraient les traineaux. Le cocher s’efforçait de les chasser à coups de fouet, mais cela ne servait à rien et il fallait tirer dessus pour s’en débarrasser… Ma mère revoyait les langues rouges des loups. Les loups, elle les avait vu de si près qu’elle en rêvait encore bien des années plus tard. »

« Le bateau était plein, les gens ne se comptaient plus sur le pont, assis ou couchés, c’était un vrai plaisir de se faufiler d’un groupe à l’autre et de les écouter. Il y avait des étudiants bulgares qui retournaient chez eux  pour les vacances, mais aussi des gens ayant déjà une activité professionnelle, un groupe de médecins qui avaient rafraîchi leurs connaissances en « Europe ».

Elias Canetti, « Le message », Histoire d’une vie, Le flambeau dans l’oreille, Albin Michel, Paris, 1982

Elias Canetti

Elias Canetti (1905-1994)


« Quand je mourrai ici, qu’il ne restera de moi que des os desséchés ou que mon crâne, je veux être enterré dans ce cimetière sur la petite butte, je veux être enterré à la cime du cimetière, et je désire que mon cercueil, à cette ligne de partage des eaux, se brise avec le temps, afin que ce qui reste de moi s’écoule avec la pluie des deux côtés du monde, pour que l’eau pour partie coule de moi vers les ruisseaux de Bohême, et pour partie de l’autre côté, à travers les autres barbelés des frontières, vers les affluents du Danube, je désire après ma mort être citoyen du monde, et gagner par la Vltava l’Elbe et la mer du Nord, et de l’autre côté par le Danube, la mer Noire et par ces deux mers atteindre l’Atlantique. »
Bohumil Hrabal (1914-1997), Moi qui ai servi le roi d’Angleterre (d’abord publié en samizdat en 1971), Robert Laffont, Paris, 2017, roman adapté au cinéma par le réalisateur tchèque Jiří Menzel en 1976 
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Offrandes danubiennes

« Nous jetâmes un coup d’oeil par la fenêtre. Les flots déferlaient sous les étoiles. C’était le plus large fleuve d’Europe , poursuivait-il, et de loin le plus riche pour la faune. Plus de soixante-dix espèces de poissons y étaient établies. Il possédait sa propre espèce de saumon et deux genres différents de brochets — quelques spécimens empaillés couraient le long des murs dans des boites de verre. Le fleuve reliait les poissons d’Europe occidentale et ceux qui peuplaient le Dniestr, le Dniepr, le Don et la Volga. — Le Danube a toujours servi de voie d’accès aux envahisseurs : même au dessus de Vienne, vous pouvez trouver des poissons qui d’ordinaire ne s’aventurent jamais à l’ouest de la mer Noire. Ou en tout cas très rarement. Quand au véritable esturgeon, il reste dans dans Delta — hélas mais on trouve ici nombre de ses cousins. L’un d’eux, l’Acipenser ruthenia, très répandu à Vienne, était délicieux. Il arrivait qu’ils s’aventurent jusqu’à Regensbourg et Ulm. Le plus gros de tous, un autre esturgeon appelé Hausen ou Acipenser Huso était un géant qui atteignait parfois une longueur de vingt-cinq pieds ou, plus rarement, trente ; il pouvait peser deux mille livres. — Mais c’est un animal inoffensif : il ne mange que du menu fretin. Tous les esturgeons sont myopes de famille, comme moi. Ils se déplacent à tâtons sur le lit du fleuve, avec leurs antennes, en broutant les herbes aquatiques. Fermant les yeux, il mima une expression comique d’effarement et tendit des mains exploratoires et frémissante—s entre les verres à vin. — Son véritable domaine, c’est la mer Noire, la Caspienne et la mer d’Azov. Quant à la vraie terreur du Danube, c’est le Wels ! Maria et les bateliers hochèrent la tête en signe de triste assentiment, comme si l’on venait de mentionner le Kraken ou le Grendel. Le Silurus glanis ou poisson-chat géant ! Bien qu’il fût plus petit que le Hausen, c’était le plus gros poisson européen indigène, il pouvait mesurer treize pieds. — On dit qu’ils mangent les bébés tombés à l’eau, fit Maria en laissant retomber une chaussette à moitié raccommodée sur ses genoux. — Les oies aussi, ajouta l’un des mariniers. — Et les canards. — Les agneaux. — Les chiens. — Dick ferait bien de faire attention ! reprit Maria. Les tapotements réconfortants de mon voisin érudit sur le crâne hirsute assoupi à son côté provoquèrent un regard langoureux et quelques coups de queue ; cependant il m’apprenait qu’on avait extrait un caniche entier d’un poisson-chat attrapé un ou deux ans plus tôt. » « J’étais tombé sur une mine d’or ! » Ici, on renseigne sur tout  » : la flore, la faune, l’histoire, la littérature, la musique, l’archéologie — il en savait d’avantage qu’une bibliothèque de château…. Il connaissait toutes sortes d’histoires sur les habitants des châteaux du Danube — dont il faisait d’ailleurs partie, comme je l’avais plus ou moins compris d’après la façon dont les autres s’adressaient à lui : sa tanière était un Schloss décrépit près d’Eferding et son intérêt pour la faune du fleuve datait de sa découverte , enfant, d’une héronnière, celle-là même que j’avais aperçue toute désertée. Il avait un je-ne-sais-quoi de délicieux, bohème, érudit et vagabond. »

« Le Danube inspire une passion contagieuse à ses riverains. Mes compagnons savaient tout de leur fleuve. »

« Tout va disparaître ! On parle de construire des barrages hydroélectriques sur le Danube et je tremble à chaque fois que j’y pense ! Ils vont rendre aussi docile qu’un égout municipal le fleuve le plus capricieux d’Europe. Tous ces poissons orientaux — ils ne reviendront jamais ! Jamais, jamais, jamais ! »

Patrick Leigh Fermor (1915-2011), Le temps des offrandes, Petite Bibliothèque Payot, Éditions Payot & Rivages, Paris 1992


« À la rigueur, déclara un jour [le chancelier allemand] Adenauer, on peut construire l’Europe sans le Danube, mais jamais sans le Rhin. »

Jordis von Lohausen (1907-2002)  dans Les Empires et la Puissance, La géopolitique aujourd’hui, « La communauté de l’espace franc », Éditions du Labyrinthe, Arpajon, 1986


« Il n’est pas facile d’écrire sur le Danube, parce que le fleuve s’écoule sans cesse et sans repères, sourd aux propos et au langage qui articule et découpe l’unité du vécu. »

Franz Tumler (1912-1998), Propositions sur le Danube (Sätze von der Donau), Zürich 1965
Écrivain autrichien né dans le Tyrol méridional


Les Portes-de-Fer

« — Les Portes de Fer sont un des plus grands districts de la frontière ouest de la Roumanie, n’est-ce pas ?— C’est même le plus grand pays, répond le colonel. Mais ce n’est pas à proprement parler un district. Les Portes de Fer sont comme une brèche dans un mur de prison. Il est à l’intersection de trois frontières, roumaine, hongroise et yougoslave.
— Pourquoi dites-vous que c’est une brèche dans un mur de prison ?— Les Portes de Fer sont, au sens propre du terme, un trou dans un mur de prison, répond le colonel. Géographiquement parlant, notre district est le lieu d’une évasion.
— Évasion pour qui ?
Pour le Danube, répond le colonel. Ce fleuve, a double visage, a commis, ici, aux Portes de Fer, la plus grande évasion géographique qui ait jamais été réalisée. »

Virgil Gheorghiu (1916-1992), Les amazones du Danube, Plon, Paris, 1978


« Où s’asseoir ? Le pont est encombré de jambes de dormeuses ; il faudrait réveiller tant de beautés redoutables pour atteindre la dernière chaise libre. En bas, il y a juste autant de vieilles dames et de ministres en retraite que de fauteuils. Et on me regarde. J’ai beau feindre l’intérêt le plus singulier pour ce château sur la rive, ils en ont tant vu ! Ils aiment mieux me faire honte de mon visage gris ; leurs yeux stupides me demandent où je n’ai pas dormi. Le seul refuge est à l’avant, parmi les cordages, des chaines, sur un banc humide, — juste de quoi s’étendre, et regarder jaillir sans fin contre soi l’eau de ce beau Danube jaune qui est le plus inodore des fleuves. »

Denis de Rougemont (1906-1985), Le paysan du Danube et autres textes, Voyage en Hongrie, Éditions L’Age d’Homme, Lausanne, 1982


« Les conflits étaient particulièrement vifs à propos des îles : si le « thalweg »1 passait au nord d’une île, elle devenait sur l’heure bulgare et les habitants des villages voisins se précipitaient en barques ou en plates, pour y couper les saules et les peupliers et y faucher le foin. Les Roumains protestaient, ils rappliquaient de leurs villages […]. Mais voilà qu’avant que le conflit n’ait pu être réglé, le Danube modifiait son cours, le thalweg se rabattait vers notre rive et les Roumains triomphants s’emparaient de leur île avec des haches pour y couper la forêt. »

Notes :
1 Chenal du fleuve

Yordan Dimitrov Raditchov (1929-2004), Sur l’eau
Grand écrivain bulgare, né dans un village qui sera englouti plus tard sous les eaux d’un barrage. Auteur de très nombreux récits, nouvelles et pièces de théâtre, Yordan Dimitrov Raditchov a créé la majeure partie de son œuvre féconde sous le totalitarisme tout en sortant des sentiers imposés par l’idéologie communiste et la méthode du réalisme socialiste bulgare. Il est traduit dans la majeure partie de l’Europe.


« Je viens de la commune de Lub’kova, sur les bords du Danube. Nous vivons tous ensemble avec des Roumains et des Serbes et les Tchèques sont des pêcheurs. Et puis on a notre église. On a aussi 22 maisons, et nos enfants vont dans une école serbe, mais je me suis arrangé pour qu’ils aient des cours de tchèque au moins deux heures par semaine pour qu’ils l’apprennent bien. Et puis on se retrouve souvent entre Tchèques de la région. En septembre, il y aura une kermesse à Lub’kova, tout le monde viendra ici, et puis nous irons chez eux. »

Petr Lubas, habitant d’origine tchèque d’un des villages multi-ethniques banatais du bassin danubien roumain


« Il n’existe pas de problèmes balkaniques et danubiens, d’un côté, et de problèmes occidentaux de l’autre. Il n’existe qu’un problème, celui des rapports entre ces deux mondes. L’histoire du Danube, celle de la Roumanie danubienne, n’a été et ne peut donc être que l’histoire de la fluctuation de ces rapports. Notre formule sera donc : ni optimisme, ni pessimisme ; mais réalisme.

 Stéphan Pasacal Luca, « Le Rapport Danube-Occident, Conclusion » in Le Danube et les Roumains depuis l’époque romaine jusqu’à  la fondation des Principautés, « Bucovina » I E. Toroutiu, Bucaresti, 1940, p.155
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« Glauque, le Danube semblait la narguer. Si elle calculait mal son élan, si elle glissait… Elle respira profondément pour calmer les battements de son coeur, se ramassa sur elle-même puis s’élança d’un grand bond souple. »

Michel Vial, Le beau Danube noir, Éditions Ditis, Paris, 1961
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   « Je lui donne ce nom parce qu’il figurait encore sur tous les panneaux indicateurs et sur toutes les cartes routières l’été dernier. On hésitait à reprendre celui de Dunapentele, que portait autrefois la bourgade établie au même endroit. À présent, on s’est décidé à rebaptiser la ville de Staline, qui s’appelle désormais Dunajváros — la ville neuve du Danube.
Soixante-dix kilomètres la séparent de Budapest. Je me disais :  » Nous serons tout le temps à traîner derrière un camion. » Je me trompais. Nous avons été arrêtés à maintes reprises par des passages à niveau attendant le train et sa locomotive à longue cheminée, stoppés par des troupes d’oies aussi à l’aise que sur des passages cloutés, retardés par des charrettes rentrant la moisson, mais nullement gênés par les camions. Pour Sztálinváros, en effet, le gros du trafic passe par le Danube.
Jusqu’au pied du plateau où s’élève la ville, le paysage a tout le charme de la campagne : champs de maïs et de blé à l’infini, vaches couchées dans l’herbe, au bord du Danube, cochons fidèles à leurs mares. Un bateau-pompe descend au beau milieu du fleuve,  portant comme un panache blanc le double jet d’eau qu’il envoie sur les prés des berges… »

Monique Fougerousse, L’Atlas des voyages, Hongrie, Collection dirigée par Charles-Henri Favrod, Éditions Rencontre, Lausanne, 1962

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 Rapsodie danubienne

« Nous sommes les premiers à embarquer. Et donc, de l’autre côté du fleuve, les premiers à débarquer. C’est ici que les difficultés commencent. Le bac est encombré de camions si lourds que son bord arrive bien au-dessous de celui du débarcadère. Il manque au moins trente centimètres. Svetlana, qui conduit ce jour-là la Peugeot, est une jeune Roumaine blonde, très belle, très élégante. Elle se rend compte tout de suite qu’il est impossible de franchir l’obstacle de la dénivellation. « Essayez quand même ! » lui conseillent les débardeurs, avec cette confiance dans l’impossible aussi passive et absurde que la soumission à l’échec. Svetlana sort de la voiture et les apostrophe dans leur langue. Ils apportent deux poutres, mais les couchent sur le bac l’une à côté de l’autre, en sorte qu’elles ne peuvent favoriser en rien la manoeuvre. Alors la jeune femme, se baissant et empoignant elle-même les madriers, les installe de manière à former un escalier de deux marches. Les costauds, sidérés, regardent, sans rien dire, sans esquisser un seul geste, cette Vénus en manteau de cuir placer le dispositif nécessaire. Elle se remet au volant, réussit à sortir la voiture.
Exemple de l’incapacité roumaine. Ces hommes sont des professionnels de la batellerie, ils font le trajet vingt fois par jour, et ils n’ont pas encore trouvé le moyen de résoudre le problème du débarquement, lorsque le bac est trop chargé. Dans ce domaine aussi, rien n’a changé depuis soixante-cinq ans. Au sujet d’un certain monsieur Wolff, ingénieur en chef des docks de Braïla, Istrati écrivait (Le Pèlerin du coeur) que « c’est une haute compétence technique et l’un des rares Allemands qui n’aient pas été remplacés par les Roumains sinécuristes, comme c’est le cas depuis qu’on a cru pouvoir se passer des Allemands. On s’en est passé, mais les résultats en sont lamentables. Partout c’est la gabegie, le pillage, l’incapacité. On a dit : “Par nous-mêmes!” Et ce fut le vol et la ruine de la technique par nous-mêmes ».

Dominique Fernandez (1929), Rapsodie roumaine, photographies de Ferrante Ferranti, Éditions Grasset, Paris, 1998
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« Le Danube est un fleuve qui palpite comme l’artère principale, quelque part depuis la Forêt-Noire jusqu’à la mer Noire, reliant les peuples et les pays de sorte que toutes les nations qui se différencient par leurs langues, leurs religions et leurs coutumes puissent être considérées comme des parents et des frères. »

Danilo Kiš (1935-1969), Le Sablier, Du monde entier, Gallimard, Paris, 1982
Cet écrivain serbe aux racines multiculturelles est né en Voïvodine à Subotica, entre Danube et Tisza, d’un père appartenant à la communauté juive, parlant le hongrois et d’une mère originaire du Monténégro. Il meurt à Paris à l’âge de cinquante-quatre ans.


« Longer les rives du Danube permet de penser avec la mentalité de plusieurs peuples. »

« Le Danube enfile les villes comme des perles. »

« Il se peut que la culture du Danube, qui semble si ouverte et si cosmopolite, conduise aussi à ce repli sur soi et à cette angoisse ; c’est une culture qui, durant trop de siècles a été obsédée par les digues, les bastions à construire contre les Turcs, contre les Slaves, contre les autres. »

« Le Danube, qui sous le Pont de pierre s’écoule, grand et sombre dans le soir, et strié par les crêtes de ses flots, semble évoquer l’expérience de tout ce qui manque, écoulement d’une eau qui s’en est allée ou va s’en aller mais qui n’est jamais là. »

Claudio Magris (1939), Danube, première édition en langue italienne en 1986, Collection L’arpenteur, Éditions Gallimard, Paris, 1988 pour la version française
C. Magris est un écrivain, journaliste, ancien sénateur, germaniste et professeur universitaire italien, né à Trieste, ville de l’ancien empire austro-hongrois, aujourd’hui italienne. Son livre Danube emmène le lecteur dans une sorte de pèlerinage passionnant tout au long du fleuve et au-delà, en s’éloignant parfois brièvement de ses rives, à la redécouverte des cultures de la Mitteleuropa, des sources du Danube en Forêt-Noire jusqu’au delta et la mer Noire.


« Rêvasser des heures dans la solitude d’une prairie bordière ; remonter le courant à la rame ou à la nage, jusqu’au prochain coude du fleuve ; attiser la braise d’un feu de camp, au crépuscule, sur un banc de sable auprès duquel murmure le flot ; ce sont des moments de bonheur, de joie de vivre et de méditation que seul un fleuve peut procurer. Par son mouvement perpétuel, il diffère de la montagne, la forêt ou la mer ; il emporte au loin les pensées et les nostalgies, il apporte de nouvelles séductions. Comment s’étonner que, parmi ses riverains se soit trouvée une foule de voyageurs et de conteurs, que compositeurs et poètes aient découvert dans son flux de nouvelles harmonies et de secrètes images ? Et qu’aujourd’hui encore le Danube — même par le truchement des actuelles agences de tourisme organisé — attire chaque année des centaines de milliers d’amateurs de voyages ? »

Hans Peter Treichler (1941), Le Danube, Éditions Mondo SA, Lausanne, 1983
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« Remontant par le Danube l’antique route des invasions et des épidémies, la grande voyageuse était entrée dans Vienne sans tambour ni trompette. »

Christiane Singer (1943-2007), La mort viennoise, « La peste », Éditions Albin Michel, Paris, 1978


« Les rives du Danube sont le laboratoire vivant de l’Europe de demain. »

Martin Graff, (1944-2021) Le réveil du Danube, La Nuée Bleue, Strasbourg, 1998
Journaliste, écrivain, chroniqueur, réalisateur alsacien, infatigable défenseur des relations franco-allemandes.


Vienne n’est pas une ville danubienne

« Vienne n’est pas une ville danubienne. Vienne ne tient pas le Danube en grande estime, c’est tout juste s’il s’aperçoit de sa présence, il se contente d’inviter le canal par pure formalité et il patauge dans le bras mort. C’est probablement grâce à cette indifférence que Voyageur — qui, n’oublions pas, est un voyageur danubien ! — peut méditer sur sa vie. »

« Dans sa jeunesse, il voyagea fougueusement et impétueusement, sa vie était une mosaïque de oui, il dit oui à tout, désira tout, et il voyagea à peine, se disant que ce n’était pas aussi important que ça, il avait l’impression que ça ne pressait pas, qu’il avait largement le temps, et s’il s’y prêta quand même, il considéra alors le voyage comme un essai qui n’était pas forcément valable, ou plutôt, ça ne valait même pas la peine de trancher si c’était valable ou pas, s’il le voulait, ça comptait, s’il le voulait, ça ne comptait pas, mais ni l’un ni l’autre ne comptait finalement ; il ne refusa aucune main tendue : il les serra, ou caressa, ou baisa, ou tapa dedans en souriant de toutes ses dents. Il lui arriva de hausser les épaules à la vue de la  » rondelette  » Passau, de laisser tomber le Danube, de l’envoyer paître, au diable, à l’ombre, enfin plutôt le voyage et non le Danube ; il se consacra à l’étude des mathématiques, mais dans le désordre, à la manière des chiots courant et clabaudant sur les berges, puis sur un coup de tête, il s’adonna à l’athlétisme entre Mohács et Baja, et durant les pauses des quatre cents mètres exténuants et mortels, il traduisit Rilke ; il rêva à mille vies : une à Eschingen, une à Ulm, une autre, dorée sur tranches (« catholique païenne ») à Melk, une toute petite vie en aval de Vienne à Petronell (alias Carnuntum), à l’ombre de Marc-Aurèle, une à Komárom (c’est là que son ami avait été zazou dans les années cinquante), une à Szentendre, une sur la plaine de Mohács, où il élèverait ses petits garnements au bord du ruisseau Csele, sous le joug d’une femme perfide mais sexuellement attrayante, une vie à Újvidék sur un boulevard débouchant sur le quai, dans une chambre, en colocataire, seul et aigri, une à Orşova, une à Roussé entièrement consacré à la mémoire de ses veuves (qu’il aima tant, d’après le récit de Nicolas Bedő, qu’elles trépassèrent dans ses bras), une vie pitoyable à Tulcea, enfin une autre au bout du sinueux bras du Danube qui mène à Saint-Georges, creusé par la queue du dragon, gardant le souvenir du combat de jadis ; muet, il s’enfoncerait de plus en plus dans la vase putride des rives ; mille vies ! et chaque jour envolé signalait cette « mille-itude », les jours disparus ne lui serraient pas le coeur, il vola, observa et rit, ingurgitant goulûment tout ce qu’il voyait : les différentes espèces de poissons et les différentes façons de servir les vins blancs, sauces et barques, crues et clochers, bancs de sable, canards, cormorans, pélicans, hérons cendrés, grues, aigrettes, poèmes, héros romanesques, gués, ponts, pêcheurs, bateliers, des mamelons frémissants, des frissons, de menus ossements, la nudité, enfin tout ce qu’il voyait, tout ce qui existe…»

« — à l’approche de la Porte de Fer, la main se cache derrière l’oreille, et on se demande inévitablement ce qui se passerait si le Danube était obligé ici de rebrousser chemin. Imaginons-le repartir bredouille, rentrant dans ses rivières, excusez-moi, je me suis trompé, où serait alors ce glorieux fleuve centre-européen qui, bien qu’il portât tant de souffrances sur son dos, fut tout de même quelqu’un, ce serait alors une vraie nullité qui reculerait à Esztergom, excusez-moi, excusez-moi — et on peut effectivement poser la question : dans quelle direction avait coulé le Danube dans les quarante dernières années ?… »

« — aux environs de la Porte de Fer, le 24 juin 1830, le Széchenyi comprit l’intérêt de la régulation du cours du Danube inférieur, puis, ayant consommé son déjeuner frugal, bien que savoureux, il descendit le Danube sur son bateau en bois Desdémona. »

« Je contemplais ce mince et joli ruban d’argent se presser innocemment sur la plaine d’Eschingen. Nul ne sait ce qui l’attend. La boule du soleil était jaune clair, elle descendit le firmament dans sa robe tissée d’or tout en se vêtant déjà de sa robe de chambre violette. Je compris alors que ce fleuve me comblerait de tout: orographie, hydrographie, histoire, ethnographie, tourisme, anecdotes avec espoirs et morts. Il y aurait de tout : passé, présent et avenir, inondations et sécheresses, pré marécageux et soupe aux poissons, et il y aurait des hommes… ».

« Être entre Donauschingen et Braila : c’est la seule définition valable de l’instant présent  »

« La suite de la vérité
Tout ce Danube et cette démultiplication des litanies centre-européennes me faisaient non pas dégoûter mais enrager. (En affaires patriotiques, c’est tout de même Thomas Bernhard qui fait autorité, seulement concernant la Hongrie, il faut changer « Hochgebirgetrottel » en « Tiefebenetrottel »…) Tous ces « idées danubiennes », « ethos danubien », « passé danubien », « histoire danubienne », « tragédie danubienne », « dignité danubienne », « présent danubien », « avenir danubien » ! De quoi parle-t-on ? Ce déferlement est devenu suspect. Vide danubien, haine danubienne, provincialisme danubien, Danube danubien. Pauvre Gertrude Stein ! Si seulement elle vivait pour voir cela : le Danube est le Danube… »

Péter Esterházy (1950), L’oeillade de la comtesse Hahn-Hahn – en descendant le Danube, Arcades, Éditions Gallimard, Paris, 1999

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Peter Esterhazy


« L’oubli de l’Europe centrale avait fait sortir le Danube du champ de conscience des Européens. »

Jacques Le Rider (1954) , préface du livre de Pierre Burlaud Danube-Rhapsodie, Images mythes et représentations d’un fleuve européen, collection Partage du savoir, Éditions Grasset et Fasquelle/Le Monde de l’Éducation, Paris, 2001


« Le Danube lui-même est une expérience qui concerne le monde entier – ce qui échoue ici peut échouer partout, ce qui est réussi permet d’espérer ailleurs. »

Karl-Markus Gauß (1954), essai publié dans Donau d’Inge Morath, Édition Fotohof, Otto Müller Verlag, Salzburg/Wien, 1995
Écrivain, essayiste, critique, éditeur autrichien né à Salzburg.


À l’encontre du temps…

« Le Danube s’écoule à l’encontre du temps. Il charrie ses eaux du présent vers le passé, l’actualité vers l’intemporalité. Il est aussi long qu’il est ancien. Son delta abrite des silures millénaires et des volées de pélicans qui ressemblent à des reptiles volants. On trouve dans le delta le limon des régions les plus arriérées d’Europe. Les énormes boeufs et porcs du village de Murighiol paissent tranquillement. Le crépuscule venu, ils se retirent dans les roseaux. »

« Le Danube est un courant de réflexion, de méditation, qui rapproche ce qui est inconciliable. Le fleuve prend sa source dans une démocratie libre, caractérisée par la prospérité et la paix, et il traverse après un certain temps une région dans laquelle les batailles les plus sanguinaires avaient lieu voilà encore peu de temps, dans laquelle la misère, la vengeance et la pauvreté apparaissent sans vergogne, en plein jour. Le Danube a tant de facettes différentes : c’est ce qui fait de lui le plus européen des fleuves. »

« J’étais monté sur le pont supérieur. Une odeur de moisson et d’étable parvenait du navire turc. Les Français, les yeux fermés, étaient allongés sur la poupe. Deux marins turcs fumaient des cigarettes. Appuyés contre la rambarde, ils regardaient en direction de l’infini verdoyant du delta. Il m’avait semblé pendant une fraction de seconde que le bateau s’appelait Bethléem mais ce devait être le fruit de mon imagination qui tentait de venir à bout de l’inhabituel. »

« Je voulais voir le continent s’enfoncer dans la mer, je voulais voir la terre s’abaisser et se glisser sous la surface des eaux, laisser derrière elle les hommes, les animaux et les végétaux, fuir ses occupations, rejeter hors d’elle tout ce désordre d’histoire, de peuples, de langues, cet immémorial foutoir d’évènements, chaos de destinées, je voulais la voir chercher du repos dans la pénombre éternelle des profondeurs en la compagnie indifférente et monotone des poissons et des algues. »

Andrzej Stasiuk (1960), Sur la route de Babadag, « Le delta », Christian Bourgeois Éditeur, Paris, 2007
Écrivain, poète, essayiste et critique littéraire polonais. Jeune militant pacifiste, il refusa de faire son service militaire et fut condamné à deux ans de prison, expérience qu’il racontera plus tard dans son livre « Les murs d’Hébron ». Il travaille pour des journaux clandestins pendant la dictature communiste puis quitte Varsovie en 1987 et s’installe dans les montagnes polonaises des Beskides tout en parcourant à de nombreuses reprises l’Europe centrale et orientale, territoires auxquels l’écrivain semble particulièrement attaché.


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« Axe de démocratisation le Danube ? Pourquoi en écarter l’augure ? C’est en tout cas bien comme cela que le Danube pourrait servir de support à une stabilité enfin retrouvée de l’Europe médiane. »

Michel Foucher, Géopolitique du Danube, collection perspectives stratégiques, ellipse / édition Marketing S.A., Paris, 1999


Le delta du Danube

« Entre les Balkans et les Carpates »

Sur le littoral de la mer Noire
au nord du lieu où Ovide
vécut son exil

vaste territoire
survolé par l’aigle
qui niche
dans les crevasses de la falaise blanche

reflets argents des mouettes
sur les eaux sombres
ciel sillonné de cygnes hurlants
d’oies bernaches
et de pélicans

perdue dans le désert
une pierre solitaire
portant ces mots :
loci princeps
limit.prov.scyt.

plus récemment
le grondement du canon
là-bas vers Sébastopol
des Cosaques errants
bourrés de raki
chantant entre nostalgie et néant
d’anciennes mélopées d’Ukraine

un lieu
peut-être enfin
rendu à ses origines.»

Kenneth White (1936), Les archives du littoral, traduit par Marie-Claude White, Éditions du Mercure de France, Paris, 2011
L’écrivain et poète Kenneth White, inventeur du concept de géopoétique propose tout au long de son oeuvre une déambulation à travers les lignes du monde. Il dessine dans ce livre la carte méconnue des rivages de la planète où « l’être se transforme en système ouvert, où l’identité devient champ d’énergie. »


Mythologie danubienne

« Dites dans la conversation que vous travaillez sur le Danube. Observez votre interlocuteur : un déclic se fait, son visage s’éclaire d’un sourire entendu et heureux… Ah ! Le Danube ! Grâce à Johann Strauss fils, le fleuve est associé en une seconde à une panoplie mêlant rêve fugace, violons, pas de danse, vision romantique, musique légère, bal à Vienne, femmes tournoyantes et beaux officiers. La couleur bleue apporte une touche de paix, de légèreté, de gaité (nuées, nostalgie, bateaux blancs à vapeurs, robes vaporeuses et peut-être évocation de l’accès à la mer…).

Par le truchement de la valse, le Danube se perpétue comme image d’Épinal internationale et au-delà, comme élément identitaire d’une Autriche musicale et riante dont le fleuve serait le coeur et coulerait dans le coeur de tous les autrichiens. »

« Les fleuves créent-ils des mythes ? Plus exactement, les hommes se servent des fleuves pour nourrir des mythes… »

Pierre Burleaud, « Le Danube et l’Autriche, Attraction -Répulsion », in Culture et identité autrichiennes au XXe et au début du XXe siècles, collection Partage du savoir, Éditions Grasset et Fasquelle/Le Monde de l’Éducation, Paris, 2001


« Plus à l’est, le passage entre Giurgiu et Roussé offre une autre illustration consternante de l’activité humaine. Le fleuve lèche les villes jumelles et nous dépose sur la rive bulgare. Depuis Roussé, je distingue en face la Roumanie de Stasiuk : « fraternité entre Mercedes, or, puanteur de porc et tragique de l’industrie». De longues trainées de fumées noires flottent au-dessus d’un amoncellement d’édifices à l’abandon, anéantis par les brûlures des gaza abrasifs et au milieu desquels s’élèvent de hautes cheminées cafardeuses. Quand le vent porte au sud, les exhalaisons chimiques traversent le fleuve et la Bulgarie tousse le mauvais air roumain. Les passants des petites rues proprettes du centre-ville jettent des regards lourds de reproches à leur voisin d’en face, oubliant que leurs usines font de même lorsque le vent souffle au nord. Dans le centre de Roussé, je reconnais « l’ambiance familière d’une Mitteleuropa solide et industrieuse, entre la prospérité marchande ancienne et bigarrée du port fluvial et l’énormité impénétrable de l’ « industrie lourde » dont parle Claudio Magris dans Danube. La ville natale d’Elias Canetti, teintée autrefois de cosmopolitisme et d’esprit libertaire, ressemble aujourd’hui à une parade de progrès. Des rues piétonnes flanquées de belles façades, d’enseignes internationales et de banques pompeuses aux vitres rutilantes témoignent du grand rêve de consommation. Lorsque la chaleur se retire, les allées se gonflent de promeneurs qui se traînent nonchalamment sous le ballet des hirondelles jusqu’à de grandes places ombragées où de jeunes gens gâtés du despotisme de l’apparence dégustent des glaces crémeuses tout en jouant une passegiatta prosaïque. La jeunesse contestataire et passionnée de Roussé qu’Ivan Vazov dépeint dans Sous le joug n’est plus de cette époque. De nos jours les modèles sont les joueurs de foot et les vedettes des sitcoms. La désobéissance du bel âge s’accommode moins d’un combat idéaliste que d’un tatouage ou d’un string. Mon regard se pose sur un panneau d’affichage monumental. On y voit une jeune femme aux lèvres charnues laisser couler un flot de thé glacé dans sa bouche grande ouverte. En ville la sexualité est omniprésente. L’attitude, la parole, l’apparence, le décorum tout entier suintent le porno. En quelques années, l’opinion est passée du tabou à la suggestion et de la suggestion à l’ostentation… »

Lodewijk Allaert, Rivages de l’Est, En kayak du Danube au Bosphore, « Belgrade-Oltenita », collection sillages,  Transboréal, 2012


« Sur le Danube croisent les bateaux et les péniches, soviétiques, hongrois, slovaques ou autrichiens. Les drapeaux se succèdent et ne se ressemblent pas. Il y a les anciens de Hongrie et de Tchécoslovaquie, qui portent encore l’étoile rouge, et les nouveaux, immaculés, qui ont ôté l’étoile. Remontant le Danube, le bateau passe devant les capitales successives de la Hongrie, qui se trouvent en Hongrie ou en Slovaquie, maintenant. Les rives du fleuve sont à l’image de l’histoire tourmentée d’une Europe qu’on appelle centrale. Hongrie des deux côtés, puis une rive hongroise une rive slovaque, Slovaquie des deux côtés, puis une rive slovaque et, en face, autrichienne, puis Autriche des deux côtés. »

« Vienne ignore le Danube, superbement. La ville intérieure est y traversée par le Graben, emplacement de l’ancien fossé — graben veut dire fossé — de l’enceinte romaine, encerclée par le Ring, grand boulevard circulaire où se trouvent l’Opéra, et le Burgtheater. Le Danube est lointain, une tangente qui effleure le cercle. Certes, au bord, d’anciens entrepôts ont été convertis en hôtel de luxe abritant des séminaires pour hommes d’affaires, et les bords de son île ont été aménagés en plage — villégiature encore — mais l’essentiel se passe ailleurs. L’essentiel, à Vienne, c’est quoi ? Question bien embarrassante. »

Cécile Wajsbrot et Sébastien Reichmann, Europe centrale, un continent imaginaire, « Voyage en terre d’Europe centrale », « Vienne : un meurtre que tout le monde commet », collection Autrement monde, Autrement, Paris 1991


« Les touristes admirent, et avec raison, les bords de la Meuse aux environs de Liège, les bords de l’Elbe, les bords du Rhin de Mayence à Coblentz ; mais s’il faut parler de grandeur, rien de tout cela ne saurait être comparé, même de bien loin, à ce passage des Portes de Fer. Je ne vois, en un autre genre, que le cirque de Gavarni, avec le chaos qui le précède, qui puisse entrer en parallèle.
Qu’on imagine, pendant une quarantaine de kilomètres, un amoncellement de collines et de montagnes jetées en tout sens, pêle-mêle, comme un immense troupeau ; qu’on se figure maintenant une masse d’eau énorme, rencontrant sur son chemin cette formidable barrière, ici tournant les obstacles, serpentant dans les intervalles ; là se frayant de vive force une route à travers quelque roche moins dure : — tel est le spectacle unique au monde, à la fois superbe et terrible, qui nous est offert. L’homme s’y voit en présence de forces auprès desquelles la sienne est bien peu de chose et il y a je ne sais quoi de religieux dans l’admiration mêlée d’épouvante dont il est impossible de se défendre ici. »

Charles Bigot (1840-1893), Grèce – Turquie, le Danube, « Sur le Danube »


« Danube, petite voie de chemin de fer, grande fabrique de cuir, pavé de granit inégal, bien suffisant pour l’allure d’escargot des camions aux larges roues ! L’automobile, elle, sautait, galopait, bondissait, n’était pas à sa place sur cette route pavée pour camions. À gauche, c’était le port d’hiver, à droite un plateau surélevé, formé de sable du Danube et de cailloux du Danube, planté de jeunes bouleaux. On avait là une vue circulaire sur des collines d’un gris de plomb, des cheminées d’usines noires, et sur le brasier du soleil couchant. On voyait la grisaille du magasin à poudre, le Laaerberg, le cimetière central, le Kahlenberg… Comme dans le plomb gris, liquide, du ciel et de la terre, montait la vague embrasée, rouge sombre, des rais du couchant. La fabrique de cuir était comme un monstre noir, et trois gigantesques cheminées envoyaient une fumée dans le brasier, tels de minces jets de vapeur qui auraient voulu éteindre de formidables incendies ! Les frêles et délicats bouleaux sur le remblai du Danube frémissaient dans le vent du soir, et les deux amis choisirent de beaux cailloux polis, brun clair, en guise de souvenir de cette paisible soirée. »

Peter Altenberg (1859-1919), Nouvelles esquisses viennoises, traduit de l’allemand par Miguel Couffon, Actes Sud, 1994, cité dans Le goût de Vienne, textes choisis et présentés par Gérard-Georges Lemaire, Mercure de France, Paris, 2003


« Le 6 janvier de chaque année, mes parents ont jeté deux roses rouges dans le Danube, et ma grand-mère Bíró a refusé jusqu’à sa mort de traverser le fleuve. Quand elle était obligée d’emprunter l’un des ponts, pour se rendre de Pest à Buda, notamment à l’hôpital de mon père, elle fermait les yeux pour ne pas voir cette eau. Ce fleuve-là. »

Adam Bíró (1941), Les ancêtres d’Ulysse, Éditions PUF, Paris, 2002, cité dans Le goût de Budapest, Textes choisis et présentés par Carole Vantroys, Mercure de France, Paris, 2005


Belagerung_belgrad_1717

Siège de Belgrade en 1717


Le Danube en colère

« Belgrade et Semlin sont en guerre.
Dans son lit, paisible naguère,
Le vieillard Danube leur père
S’éveille au bruit de leur canon.
Il doute s’il rêve, il tressaille,
Puis entend gronder la bataille,
Et frappe dans ses mains d’écaille,
Et les appelle par leur nom.

 Allons, la turque et la chrétienne !
Semlin ! Belgrade ! qu’avez-vous ?
On ne peut, le ciel me soutienne !
Dormir un siècle, sans que vienne
Vous éveiller d’un bruit jaloux
Belgrade ou Semlin en courroux !

Hiver, été, printemps, automne,
Toujours votre canon qui tonne !
Bercé du courant monotone,
Je sommeillais dans mes roseaux ;
Et, comme des louves marines
Jettent l’onde de leurs narines,
Voilà vos longues couleuvrines
Qui soufflent du feu sur mes eaux !

Ce sont des sorcières oisives
Qui vous mirent, pour rire un jour,
Face à face sur mes deux rives,
Comme au même plat deux convives,
Comme au front de la même tour
Une aire d’aigle, un nid d’autour.

Quoi ! ne pouvez-vous vivre ensemble,
Mes filles ? Faut-il que je tremble
Du destin qui ne vous rassemble
Que pour vous haïr de plus près,
Quand vous pourriez, sœurs pacifiques,
Mirer dans mes eaux magnifiques,
Semlin, tes noirs clochers gothiques,
Belgrade, tes blancs minarets ?

Mon flot, qui dans l’océan tombe,
Vous sépare en vain, large et clair ;
Du haut du château qui surplombe
Vous vous unissez, et la bombe,
Entre vous courbant son éclair,
Vous trace un pont de feu dans l’air.

Trêve ! taisez-vous, les deux villes !
Je m’ennuie aux guerres civiles.
Nous sommes vieux, soyons tranquilles.
Dormons à l’ombre des bouleaux.
Trêve à ces débats de familles !
Hé ! sans le bruit de vos bastilles,
N’ai-je donc point assez, mes filles,
De l’assourdissement des flots ?

Une croix, un croissant fragile,
Changent en enfer ce beau lieu.
Vous échangez la bombe agile
Pour le Coran et l’évangile ?
C’est perdre le bruit et le feu :
Je le sais, moi qui fus un dieu !

Vos dieux m’ont chassé de leur sphère
Et dégradé, c’est leur affaire :
L’ombre est le bien que je préfère,
Pourvu qu’ils gardent leurs palais,
Et ne viennent pas sur mes plages
Déraciner mes verts feuillages,
Et m’écraser mes coquillages
Sous leurs bombes et leurs boulets !

De leurs abominables cultes
Ces interventions sont le fruit.
De mon temps point de ces tumultes.
Si la pierre des catapultes
Battait les cités jour et nuit,
C’était sans fumée et sans bruit.

Voyez Ulm, votre sœur jumelle :
Tenez-vous en repos comme elle.
Que le fil des rois se démêle,
Tournez vos fuseaux, et riez.
Voyez Bude, votre voisine ;
Voyez Dristra la sarrasine !
Que dirait l’Etna, si Messine
Faisait tout ce bruit à ses pieds ?

Semlin est la plus querelleuse :
Elle a toujours les premiers torts.
Croyez-vous que mon eau houleuse,
Suivant sa pente rocailleuse,
N’ait rien à faire entre ses bords
Qu’à porter à l’Euxin vos morts ?

Vos mortiers ont tant de fumée
Qu’il fait nuit dans ma grotte aimée,
D’éclats d’obus toujours semée !
Du jour j’ai perdu le tableau ;
Le soir, la vapeur de leur bouche
Me couvre d’une ombre farouche,
Quand je cherche à voir de ma couche
Les étoiles à travers l’eau.

Sœurs, à vous cribler de blessures
Espérez-vous un grand renom ?
Vos palais deviendront masures.
Ah ! qu’en vos noires embrasures
La guerre se taise, ou sinon
J’éteindrai, moi, votre canon.

Car je suis le Danube immense.
Malheur à vous, si je commence !
Je vous souffre ici par clémence,
Si je voulais, de leur prison,
Mes flots lâchés dans les campagnes,
Emportant vous et vos compagnes,
Comme une chaîne de montagnes
Se lèveraient à l’horizon !

Certes, on peut parler de la sorte
Quand c’est au canon qu’on répond,
Quand des rois on baigne la porte,
Lorsqu’on est Danube, et qu’on porte,
Comme l’Euxin et l’Hellespont,
De grands vaisseaux au triple pont ;

Lorsqu’on ronge cent ponts de pierre,
Qu’on traverse les huit Bavière,
Qu’on reçoit soixante rivières
Et qu’on les dévore en fuyant ;
Qu’on a, comme une mer, sa houle ;
Quand sur le globe on se déroule
Comme un serpent, et quand on coule
De l’occident à l’orient ! »

Victor Hugo (1802-1885), Les Orientales (Juin 1828), publiées à Paris en 1829 par Charles Gosselin 


« Le Danube est sans aucun doute la plus importante des richesses naturelles de notre pays ; même si l’on ne prend en considération que l’aspect d’artère mondiale de navigation et de commerce. Maîtres de ses bouches, qui sont la porte de l’Europe vers l’Orient et la porte de l’Orient vers l’Europe; maîtres de 36 % de la superficie de son bassin total ; maîtres d’environ de la moitié de sa longueur navigable, y compris toutes les rivières qui coulent du Nord s’y jettent ; en tant que maîtres de tout cela nous sommes soumis en même temps, en tant que peuple, à la plus dure épreuve, parce que nous nous devons montrer que nous sommes capables, compétents, de remplir le rôle mondial dicté par cette situation géographique, tellement favorable mais qui implique tant de responsabilités. »

Grigore Antipa (1867-1944), Dunǎrea româneascǎ, The Romanian Danube, Le Danube roumain, Agenţia de Presǎ AGERPRES, Bucureşti, 2011

Grigore Antipa

photo source www.antipa.ro

Grigore Antipa est un naturaliste et océanographe roumain, spécialisé en écologie, en zoologie et en biologie marine, membre de l’Académie roumaine. Le Muséum national d’histoire naturelle de Bucarest porte son nom. C’est à lui que l’on doit la prise de conscience de l’exceptionnelle biodiversité que représente le delta du Danube et les premières mesures de protection de cet espace naturel.


« Le Danube, dont nous avons décrit le cours à l’article Allemagne, est le plus grand fleuve de l’Europe après le Volga ; il entre dans le royaume de Hongrie au dessus de Woltsthal1, et descend aussitôt au-dessus de Presbourg2 dans la plaine inférieure, qu’il traverse orientalement, en tournant un peu au Sud. Il forme l’île de Shutt3, baigne les comtés de Wieselbourg4, de Raab5, Komorn et Gran6, et sépare Pesth de Bude. Il redescend près de Weitzen7 dans la grande plaine, court au S. jusqu’à l’embouchure de la Drave, d’où il se dirige à l’E. Il quitte la grande plaine au-dessous de Neusatz8 et, grossi des eaux de la Czerna, il sort de la Hongrie au-dessous d’Orsova. Son cours est fort tranquille dans tout le royaume, excepté entre les montagnes du Bannat et de la Servie9, où son lit est resserré et sa pente très rapide. Il déborde assez souvent tous les ans à la fin de février ou au mois de mars, à cause du grand nombre de rivières dont il est grossi, Il couvre alors ses îles, et inonde le plat pays près de Kolotscha10, Baja, les frontières du Bfennat11, jusqu’au-delà du Pantschova12. La navigation et le commerce de ce fleuve sont fort considérables , et la pêche très importante. Son cours a 450 lieues13. »

William GUTHRIE (1708-1770) (D’après le plan de), NOUVELLE GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE, PHYSIQUE, POLITIQUE ET HISTORIQUE, Rédigée, depuis son origine (1800), jusqu’à ce jour, Par HYACINTHE LANGLOIS, DIXIÈME ÉDITION, ACCOMPAGNÉE D’UN ATLAS ÉLÉMENTAIRE DE 15 CARTES ENLUMINÉES. TOME PREMIER. PARIS,CHEZ HYACINTHE LANGLOIS, LIBRAIRE ET GÉOGRAPHE, RUE DE SEINE-SAINT-GERMAIN, N° 12. MDCCCXIX

Hyacinthe Langlois (1771?-1835?), fut libraire-géographe, éditeur, cartographe et litographe.

Notes :
1 Wolfsthal, commune frontalière autrichienne sur la rive droite du Danube
2 Bratislava, capitale de la Slovaquie
3 Žitný ostrov ou Île du seigle. Elle se situe actuellement en Slovaquie, entre Bratislava et Komárno, à la confluence du Váh et du Danube.
4 Moson-Magyaróvár, ville hongroise du Nord-Ouest
5 Györ, principale ville du Nord-Ouest de la Hongrie contemporaine
6 Esztergom (Hongrie)
7 Vác (Hongrie)
8 Novi Sad (Нови Сад), capitale de la Vojvodine
 serbe
9 Serbie
10 Kalocsa, petite ville de la Hongrie du Sud, aujourd’hui très célèbre pour son paprika
11Bannat ou Banat, aujourd’hui partagé entre la Roumanie, la Serbie et la Hongrie, véritable mosaïque ethnique
12Pančevo, ville de Serbie sur le Danube
13 Un lieu mesure 4, 82803 km


La sultane favorite

« N’ai-je pas pour toi, belle juive,
Assez dépeuplé mon sérail ?
Souffre qu’enfin le reste vive.
Faut-il qu’un coup de hache suive
Chaque coup de ton éventail ?

Repose-toi, jeune maîtresse.
Fais grâce au troupeau qui me suit.
Je te fais sultane et princesse
Laisse en paix tes compagnes, cesse
D’implorer leur mort chaque nuit.

Quand à ce penser tu t’arrêtes,
Tu viens plus tendre à mes genoux ;
Toujours je comprends dans les fêtes
Que tu vas demander des têtes
Quand ton regard devient plus doux.

Ah ! jalouse entre les jalouses !
Si belle avec ce cœur d’acier !
Pardonne à mes autres épouses.
Voit-on que les fleurs des pelouses
Meurent à l’ombre du rosier ?

Ne suis-je pas à toi ? Qu’importe,
Quand sur toi mes bras sont fermés,
Que cent femmes qu’un feu transporte
Consument en vain à ma porte
Leur souffle en soupirs enflammés ?

Dans leur solitude profonde,
Laisse-les t’envier toujours ;
Vois-les passer comme fuit l’onde ;
Laisse-les vivre : à toi le monde !
À toi mon trône, à toi mes jours !

À toi tout mon peuple – qui tremblez !
À toi Stamboul qui, sur ce bord
Dressant mille flèches ensemble,
Se berce dans la mer, et semble
Une flotte à l’ancre qui dort !

À toi, jamais à tes rivales,
Mes spahis aux rouges turbans,
Qui, se suivant sans intervalles,
Volent courbés sur leurs cavales
Comme des rameurs sur leurs bancs !

À toi Bassora, Trébizonde,
Chypre où de vieux noms sont gravés,
Fez où la poudre d’or abonde,
Mosul où trafique le monde,
Erzeroum aux chemins pavés !

À toi Smyrne  et ses maisons neuves
Où vient blanchir le flot amer !
Le Gange redouté des veuves !
Le Danube qui par cinq fleuves
Tombe échevelé dans la mer !

Dis, crains-tu les filles de Grèce ?
Les lys pâles de Damanhour ?
Ou l’œil ardent de la négresse
Qui, comme une jeune tigresse,
Bondit rugissante d’amour ?

Que m’importe, juive adorée,
Un sein d’ébène, un front vermeil !
Tu n’es point blanche ni cuivrée,
Mais il semble qu’on t’a dorée
Avec un rayon de soleil.

N’appelle donc plus la tempête,
Princesse, sur ces humbles fleurs,
Jouis en paix de ta conquête,
Et n’exige pas qu’une tête
Tombe avec chacun de tes pleurs !

Ne songe plus qu’aux vrais platanes,
Au bain mêlé d’ambre et de nard
Au golfe où glissent les tartanes…
Il faut au sultan des sultanes ;
Il faut des perles au poignard ! »

Victor Hugo,  Les Orientales (XII), Octobre 1828, publiées en 1829 à Paris par Charles Gosselin


« Ce qui transforma en Thomas d’exaltantes rêveries en quelque chose qui ressemblait à un germe de décision, ce fut peut-être une conférence tenue, à l’approche de ses seize ans, dans la vieille maison de Devín. Il entendait sa mère et son oncle régler son sort avec une cruauté inconsciente, tandis que, le front appuyé à la vitre, il regardait au bas de la falaise la Morava tenter avec peine, de faire pénétrer ses eaux vertes dans les flots boueux du Danube, ce Danube qui serait désormais la toile de fond de sa vie. Terrible Danube ! Oui il l’aimait. Que ne viens-tu de France, pensait-il. Si, du moins, l’on eût, de temps à autre, pu espérer voir passer, venant de cet occident prestigieux, des chalands ou des remorqueurs portant l’écusson tricolore ! Mais non, rien jamais que les couleurs autrichiennes et allemandes. Et les roumaines, avec cette bande jaune, comme une dérision, entre le bleu et le rouge. »

Vercors (1902-1991), La marche à l’étoile, Éditions Albin Michel, Paris, 1951

La Morava (die March en allemand) vers 1901-1910 à la hauteur de la forteresse de Devín (Slovaquie) avant son confluent avec le Danube, photo de Paul Picher (1873-1955)


« Lorsqu’après 1871, je descendis le Rhin de Mayence à Rotterdam, j’eus l’impression que ce fleuve peut couler paisiblement ; ses luttes sont terminées, il n’a plus désormais qu’à laisser flotter au fil de ses eaux les ladies anglaises et les misses américaines qui notent au crayon, dans leur Baedecker, le roc de la Loreley, le Stolzenfels ou le Rolandseck… Mais lorsque j’ai descendu le Danube de Vienne à Galatz et que j’ai observé les passagers du bateau, où se trouvaient mélangés des Allemands, des Hongrois, des Serbes, des Roumains, des Turcs, des Russes, j’ai compris que là se jouerait encore une terrible tragédie, dont dépendra la paix de l’Europe. »
« Pensées et aphorismes d’Anton Rubinstein », Le Ménestrel n°8 du 25/02/1900

Anton Grigor’yevitch Rubinstein (1829-1894), compositeur, pianiste, chef d’orchestre et pédagogue éminent est né en Ukraine.


Hongrie

Danube, Dounaj, Douna
Dounav, Dounarea, Donau

deux grands chevaux noirs
attelés à une carriole
traversent la route
deux mains blanches la guident

au loin
au bout des sillons
des hommes ramassent du bois
devant les maisons
des petits jardins se protègent de la plaine

Danube, Dounaj, Douna
Dounav, Dounarea, Donau

dans la gare vit
un immense poêle en faïence jaune
dans le train les gens se racontent
jouent aux cartes, mangent du pain et du pâté
les contrôleurs portent des uniformes de généraux

Danube, Dounaj, Douna
Dounav, Dounarea, Donau

derrière nous, La Forêt Noire
loin devant, La Mer Noire
derrière nous, l’Occident
loin devant, L’Orient

derrière nous Hölderlin et Novalis
loin devant Panait Istrati et Nâzim Hikmet
derrière nous, le piano
loin devant, le ney
et le fleuve laisse passer les hommes
qui ne savent plus chanter

Danube, Dounaj, Douna
Dounav, Dounarea, Donau

une île
par où s’évader
deux mille huit cent soixante kilomètres
pour se jeter dans une mer fermée
mais le fleuve s’en moque
entre Buda et Pest
il respire et je m’envole

Danube, Dounaj, Douna
Dounav, Dounarea, Donau

terre source
fleuve mer
détroit océan
planète univers

et mirador ?

Danube, Dounaj, Douna
Dounav, Dounarea, Donau

Yvon Le Men (1953), « Hongrie », 1983, in Besoin de poème, Le Seuil, Paris, 2006


« J’y étais poussé par mon goût du dépaysement : j’aimais à fréquenter les barbares. Ce grand pays situé entre les bouches du Danube et celles du Borysthènes, triangle dont j’ai parcouru au moins deux côtés, compte parmi les régions les plus surprenantes du monde, du moins pour nous, hommes nés sur les rivages de la Mer Intérieure, habitués aux paysages purs et secs du sud, aux collines et aux péninsules. Il m’est arrivé là-bas d’adorer la déesse Terre, comme ici nous adorons la déesse Rome, et je ne parle pas tant de Cérès que d’une divinité plus antique, antérieure même à l’invention des moissons. Notre sol grec ou latin, soutenu partout par l’ossature des rochers, a l’élégance nette d’un corps mâle : la terre scythe avait l’abondance un peu lourde d’un corps de femme étendue. La plaine ne se terminait qu’au ciel. Mon émerveillement ne cessait pas en présence du miracle des fleuves : cette vaste terre vide n’était pour eux qu’une pente et qu’un lit. Nos rivières sont brèves ; on ne s’y sent jamais loin des sources. Mais l’énorme coulée qui s’achevait ici en confus estuaires charriait les boues d’un continent inconnu, les glaces de régions inhabitables. Le froid d’un haut-plateau d’Espagne ne le cède à aucun autre, mais c’était la première fois que je me trouvais face à face avec le véritable hiver, qui ne fait dans nos pays que des apparitions plus ou moins brèves, mais qui là-bas s’installe pour de longues périodes de mois, et que, plus au nord, on devine immuable, sans commencement et sans fin.
Le soir de mon arrivée au camp, le Danube était une immense route de glace rouge, puis de glace bleue, sillonnée par le travail intérieur des courants de traces aussi profondes que celles des chars. Nous nous protégions du froid par des fourrures. La présence de cet ennemi impersonnel, presque abstrait, produisait une exaltation indescriptible, un sentiment d’énergie accrue.

Marguerite Yourcenar (1903-1987), Mémoires d’Hadrien, Plon, Paris, 1951


« Le train suit le cours du Danube. Pluie et grêle ont repris de plus belle. Le fleuve gît sur le ventre. Sa frange marécageuse noie les arbres au passage. C’est le fleuve de l’oubli. Le fleuve de la Papusza, la « Poupée », poétesse et chanteuse polonaise du XXe siècle :

Le temps des Gitans errants
Est depuis longtemps passé
Mais je les vois, brillants,
Forts et clairs comme l’eau

L’eau ne regarde pas en arrière
Elle fuit, s’en va toujours plus loin
Où les yeux ne la verront pas
L’eau qui vagabonde »
Papusza

Cité par Virginie Luc dans son livre Journal du Danube, Éditions de l’Âge d’Homme, collection Rue Férou, Lausanne, 2014


« Oï toi,  ô Marko de Prilep
À toi je donne l’épreuve en premier.
Toi en trois jours,
Tu auras à entasser des pierres
Jusqu’à atteindre les nuages.
Quant à toi, le preux arabe
Toi en trois jours, tu auras à creuser un canal
A le creuser pour amener le Danube
Et le faire passer devant Nikjup la grand’ville
Afin qu’il lave mes pavés de marbre.
Celui de vous qui terminera sa tâche le premier
Celui-là me prendra pour épouse. »
Par Dieu, l’Arabe noir
Fit venir ses trois cents esclaves
Pour creuser le canal et faire venir le Danube.
Quant à Marko, avec son savoir, à bâtir sa tour de pierres
Et dans Nikjup, à la mi-journée
Plus ne restait une seule pierre.
Marko alla sur le paisible Danube blanc
Alla au pays de Grande Valachie
Chez les Caravalaques, pays de Bogdan
Y trouva une pierre de neuf coudées,
La jette sur sa blanche épaule
Pour achever sa tour.
Elle n’y suffit point.
Marko nage dans le paisible Danube blanc
Et en face Semo son cher frère de sang
Dit de loin à Marko :
« Oï toi, ô Marko mon frère de sang
Ia jette-moi la pierre de neuf coudées
La vierge, par Dieu
Accueille déjà l’Arabe ! »

Marko jeta alors la pierre de neuf coudées
Et divisa le Danube en deux
Et sortit par la terre ferme… »

Épopée des Noces de Marko, chant épique de la tradition orale bulgare, traduction de Jean Cuisenier,  Jean Cuisenier, Les Noces de Marko, Le rite et le mythe en pays bulgare


Dans le delta à Sulina…

   « À Sulina, nous avions accosté sur la rue principale. Sur le quai, une foule de gens attendait leurs proches. Le long de la strada Deltei poussaient des arbres et l’ombre s’y déployait. Dans le bar le plus proche, j’avais pris un café et m’étais assis sous un parasol. J’attendais que se fasse entendre en moi la conscience de la fin. Le fleuve se perdait dans la mer pour de bon et la terre, avec tous ses évènements, s’arrêtait là. On ne pouvait pas sortir d’ici par une autre route que celle empruntée pour venir. Je sentais que le temps, jusque-là dans les formes humaines, se répandait et retournait à sa forme originelle. Là, à Sulina, il était omniprésent comme l’humidité dans l’air. Il altérait les maisons et les bateaux, corrodait les visages et le paysage, les verres dans les bars et la marchandises dans les magasins. Il avait complètement consumé, rongé la délicate enveloppe des minutes, des heures et des jours, il avait pris possession de l’espace tout entier, de toutes les choses visibles et invisibles ainsi que des pensées humaines. »

Andrzej Stasiuk (1960), Sur la route de Babadag, « Le delta », Christian Bourgeois Éditeur, Paris, 2007
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« Il y a des lieux. Mes endroits. (No. 2.) Par exemple, cette jetée sur le Danube, où je vais presque tous les jours quand le temps le permet. Pendant la saison d’aviron, c’est sûr. J’ai fait des courses à partir d’ici en kayak, en canoë, en kayak et, dans le passé, en « double » – une version de course du skiff pour deux personnes. Quand mon chien Rilke était vivant, il sautait régulièrement de cette jetée dans le fleuve et nageait vivement, même à contre-courant, pour me rapporter un canard sauvage. Je lui disais merci, mais non merci. Il pensait que j’essayais seulement d’être poli et de lui épargner de la peine. J’aime juste m’asseoir ici, mettre mes pieds dans l’eau quand il fait chaud et regarder. Un fleuve aussi grand, large et fort est un phénomène naturel merveilleux. C’est passionnant d’imaginer d’où il vient et où il va. J’ai examiné à plusieurs reprises sa source dans la Forêt-Noire et son delta à la mer Noire à l’aide de Google. J’ai lu que c’était le deuxième plus long fleuve d’Europe après la Volga. La Volga est victorieuse et obtient une médaille d’or. Mais pour moi, c’est le Danube le vainqueur dans tous les domaines. J’y ai déjà jeté un message dans une bouteille en espérant qu’elle arriverait quelque part et que quelqu’un la trouverait. J’aimerais bien moi aussi trouver une bouteille avec un message. J’ai toujours hâte d’être là, de regarder la richesse infinie des motifs de la surface de l’eau qui tourbillonnent. Qui m’enverrait un message comme ça, et quel serait-il ? Je dois y réfléchir. »

Vámos Miklós (1950), écrivain, journaliste, scénariste et dramaturge hongrois, dont seuls Le livre des père (2007) et La neige chinoise ont été pour le moment traduits en français. Auteur de 33 livres parmi lesquels Le monde des étoiles, La lune de miel, Dunapest (2020)…
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Eric Baude © Danube-culture, © droits réservés, mis à jour octobre 2022
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Étymologie du nom « Danube », le « porteur de nuages », le « fleuve du bonheur » ou le « fleuve qui tonne à travers les prairies »…

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« Et je dis en passant que les noms des rivières, étant ordinairement venus de la plus grande antiquité connue, marquent le mieux le vieux langage et les anciens habitants, c’est pourquoi ils mériteraient une recherche particulière ».
G.W. Leibniz (1746-1716)

« À toi sont soumis le Nil mystérieux,

Le Danube immense et le Tigre célère… »
Horace (Quintus Horatius Flaccus, 54 av. J.-C.-8 av. J. C.) , Odes, IV/14, à Auguste

On trouve des éléments de l’étymologie du nom de ce fleuve dès le IIIe siècle dans les commentaires du moine érudit et archevêque grec Eustathius de Thessalonique (vers 1115-1195) de l’ouvrage de Dionysius (Dionysus Periegestes ou Denys d’Alexandrie, IIIe siècle ap. J.-C.) Description de la terre habitée  :
« Ce fleuve, que nous appelons aujourd’hui Danube, porte le nom de Danuvius dans les Inscriptions et Médailles antiques : mais il y a longtemps que cette manière d’orthographier n’est plus en usage, & à l’heure qu’il est, tout le monde écrit Danubius. Les Allemands disent communément Tona ou Donau les Hongrois, Donava, & les Turcs, Duna, mots qui signifient tous le Danube, et que chacun de ces peuples prononce selon le différent génie de sa langue. Une remarque plus essentielle que nous croyons devoir faire sur ce sujet, c’est que ce Fleuve est nommé tantôt Danubius, tantôt Ister, selon les différents Païs qu’il arrose. Mela, Ptolémée, Pline & surtout Strabon dont j’adopte volontiers le sentiment, parlent de la différence de ces noms. Il est en effet d’autant plus raisonnable de distinguer le Danube de l’Ister, qu’il y naturellement une grande différence entre le mouvement, la largeur & le cours de l’un & de l’autre. Le mouvement du Danube est souvent violent et rapide : mais au dessous de ses cataractes, où il prend le nom d’Ister, il coule plus lentement dans un large canal qui a moins de pente. Ces circonstances doivent suffire pour établir la différence entre l’Ister et le Danube… »
Le philosophe Aristote (384 ou 385-322 av. J.-C.) appelle le « fleuve natal » du nom d’Ister, l’historien grec Diodore de Sicile (vers 90-30 av. J-C) Danubius ou Danuvius tout comme César (100 ou 101-44 av. J.-C.), Ovide (43-17 ou 18 ap. J.-C.), poète qui connut l’exil au bord du Bas-Danube à Tomis où il meurt, Strabon (63-env. 25 av. J.-C.), Pline le Jeune (61-env. 114 apr. J.-C.)   Sur la Tabula Peutingeriana1 figure le nom de Danubius. Cicéron (106-43 av. J.-C.) le nomme quant à lui Histerus.
Salluste (86-35 av. J-C), historien romain, contemporain de César et de Cicéron, semble avoir été le premier à donner au fleuve les deux noms d’Ister et de Danuvius (Histoires, troisième livre).
   Étienne (Stephane) de Byzance (VIe siècle ap. J.-C.) et Eustathius de Thessalonique parlent des Scythes qui appellent le Bas-Danube Mataos « Le fleuve du bonheur. »
   D’autres sources dont le Dictionnaire étymologique de la langue serbe ou croate émettent l’hypothèse que Danubius tirerait son origine de la langue des Scythes qui s’établirent sur la partie méridionale du delta du fleuve et de la forme Danav. 

Carte du monde selon Hérodote et reconstituée par Louis Figuier (1864), collection Danube-culture. Le Danube apparaît ici sous le nom d’Ister sur la totalité de son cours et prends sa source près de la ville de Pyrène. Hérodote fait de l’Ister un fleuve celte qui traverse toute l’Europe.

Le fleuve portait également dans l’antiquité le nom d’Istros ou Histros qui pourrait être la forme grécisée du nom thrace du fleuve, déjà utilisée dès l’Âge de Bronze.
Dans une note (page 108) du chapitre « Le Danube jusqu’à la mer Noire, La source du Danube, son cours et sa vocation » de ses Souvenirs de voyages et d’études publiés en 1836, Saint Marc – Girardin (1801-1873) cite un certain Vielmeyr (?) qui « prétend que Donau en celtique veut dire « Deux fleuves », et que c’est de là que vient le nom de Danube ».
Velimir Vukmanović reprend de son côté dans son livre The Danube’s through the ages, l’hypothèse vraisemblable que ce nom proviendrait de la langue celte et du mot Danuv. Permutant les deux voyelles a et u, les Slaves adoptèrent la forme Dunav. Mais avant les Celtes ?
Le nom de Danube aurait pour origine, en transitant par l’appellation latine Danubius, un monde plus ancien encore, d’une racine indo-européenne (du sanskrit dhánvati ?) de laquelle pourraient également dériver d’autres noms de grands fleuves comme le Don ou le Dniepr. C’est cette racine ou ses dérivés que l’on retrouve un peu partout dans le monde dans de nombreux toponymes.
Serbes, Croates et Bulgares continuent de l’appeler ainsi soit Дунав /Dunav quand les Russes, les Ukrainiens, les Tchèques, les Slovaques et les Slovènes parlent de leur côté de la Dunaj ou Дунай en alphabet cyrillique, les Hongrois de la Duna, Roumains et Moldaves de la Dunărea ou de la Dunare, les Italiens du Danubio, les Autrichiens et les Allemands de die (la) Donau (die Doana en dialecte autrichien), les Français et les Anglais, du Danube et les Turcs, autrefois familiers du fleuve et de ses rives, de (la ou le) Tuna.
   On trouve dans l’ouvrage de William Beattie, publié initialement en anglais sous le titre « The Danube, its history, scenery, and topography, illustrated from sketches by W.H. Bartlett ; engraved by J. Cousen, J.C. Bentley, R. Brandard », revu et adapté en français par H-L. Sazerac et publié en 1849 par H. Mandeville, quelques propos plus ou moins fantaisistes (?) sur l’étymologie du mot Donau  : « Les linguistes ne sont pas moins divisés sur la question de l’étymologie du nom de Danube, que les géographes sur celle de l’endroit où est son berceau. Ils ont été demander l’origine de ce nom à cinq ou six idiomes différents. Don ou Ton, dit l’un, est une racine commune aux Goths, Germains, Latins, et autres peuples : voilà pourquoi je la préfère. Daan (prononcez Dohn), réplique un autre, signifie en suédois, un bruit long et fort, et je m’y tiens. Un troisième s’écrie : Dœnning, en danois, s’applique au bruit et au mouvement des vagues. Le quatrième, qui fait d’un D un T, parce qu’il est né dans l’Helvétie ou sur les bords du Rhin, déclare que : donner, en allemand, exprime le tonnerre. Au, j’en conviens, ajoute un cinquième, dit à présent prairie ; mais anciennement, il doit, comme l’aa des Danois et des Suédois, avoir signifié une rivière ; d’où je conclue, continue notre savant, que Donau, le nom, le seul vrai nom du Danube, peut dire  : le fleuve bruyant, ou, si l’on veut, celui qui tonne à travers les prairies. »
L’Anglais John Mac Grégor (1825-1892) est un aventurier et sportif habitué des lacs et des cours d’eau européens qu’il explore avec son canoë « Rob Roy » dans les années 1860. Il traverse en provenance du Rhin la Forêt-Noire en direction de Donaueschingen et des sources du Danube qu’il va alors descendre jusqu’à Ulm suscitant un étonnement enthousiaste de la part des riverains. John Mac Gregor cherche aussi à cette occasion à s’informer sur l’étymologie des noms Danube, Brigach et Breg : « Hilbert [?] dit que le nom « Danube » vient de Don et Düna (un fleuve). En celte, « Dune » signifie rivière et « don » « brun », tandis que « au » signifie en allemand « île »(comme en anglais « eyot »). Il semble que ces cours d’eau aient conservé des traces de leurs noms romains. Telle la Brigach, le ruisseau qui vient du nord, où se trouve Alt-Breisach, le « Mons Brisiacus » romain, un lieu toujours cité dans les annales des guerres, alors que Breg pourrait peut-être venir de « Brigantii », les gens du « Brigantus Lacus », l’actuel lac de Constance, où Bregenz est l’ancien « Brigantius ». Le Neckar s’appelait autrefois « Nicer », et la Forêt Noire,  « Hercynia Silva »…
John Mac Grégor conclue avec humour : « Maintenant que le lecteur a été suffisamment embrouillé en ce qui concerne la source du Danube ainsi que son nom, laissons le latin de côté et sautons gaiement dans notre canoë… »
John MacGregor (1825-1892),A thousand miles in the « Rob Roy » canoe on rivers and lakes of Europa, S. Low and Marston, London 1866

Qu’en dit de son côté l’écrivain Jules Verne, dans son roman humoristique et d’aventures Kéraban-le-têtu (1883), lui que le Danube intriguait et fascinait tant ?
« Il va sans dire que l’origine du nom du Danube, qui a donné lieu à nombre de contestations scientifiques, amena une discussion purement géographique entre le seigneur Kéraban et Van Mitten. Que les Grecs, au temps d’Hésiode, l’aient connu sous le nom d’Istor ou Histor ; que le nom de Danuvius ait été importé par les armées romaines, et que César, le premier, l’ait fait connaître sous ce nom ; que dans la langue des Thraces, il signifie « nuageux » ; qu’il vienne du celtique, du sanscrit, du zend ou du grec ; que le professeur Bupp ait raison, ou que le professeur Windishmann n’ait pas tort, lorsqu’ils disputent sur cette origine, ce fut le seigneur Kéraban qui, comme toujours, réduisit finalement son adversaire au silence, en faisant venir le mot Danube, du mot zend « asdanu », qui signifie : la rivière rapide. »
Jules Verne, Kéraban-le têtu, Éditions Pierre-Jules, Hetzel, Paris 1883

L’écrivain italien Claudio Magris, plus proche de nous, se penche aussi dans son livre Danube sur les nombreux noms du fleuve à travers les âges :
« Le fleuve a plusieurs noms. Chez divers peuples, Danube et Ister désignaient respectivement le cours supérieur et le cours inférieur, mais quelquefois aussi l’ensemble : Pline, Strabon et Ptolémée se demandaient où se terminait l’un et où commençait l’autre, peut-être en Illyrie ou bien aux Portes-de-Fer. Ce fleuve « bisnominis », comme le qualifiait Ovide, entraine la civilisation germanique, avec son rêve d’une odyssée de l’esprit qui rentre chez lui, vers l’orient, et la mène à d’autres civilisations, par un grand nombre de métissages au gré desquels son histoire connaît son apogée puis sa décadence. »

Pour résumer…

Daibi, Nikola Vlah, archevêque d’Esztergóm
Danane, cité par l’Encyclopedia Britannica
Danav (Scythes)
Danaus, cité par l’Encyclopedia Britannica
Danby (Mandeville’s Travels, XIVe siècle)
Danouvios (Hérodote)
Danister, Danuvius (De bello Gallico, Jules César)
Dānowyos, langue proto-celtique, fin du IIe millénaire avant J. C.
Dānūb (دانوب, arabe, perse et Ourdou, langue de culture des Musulmans de l’Inde et langue aujourd’hui officielle du Pakistan
Danube (français, anglais)
Danubio ou Danubo (italien)
Danubis, Danubius (Sénèque)
Danubius (Tabula Peuntingeriana), Danubis, Danuvius, Danovius (Constantin le Grand, César)
Danoubius fluvius (Ptolémée)
Danovius (Krieger, 791)2
Danuba (דנובה, hébreu)
Dânus (rivière en iranien)
Danuv, Danuvius (celte)
Danuvi (Petar Petrović)
Davovius, Danuviu, Danister (latin, cité par Strabon, Jules César, Tacite…)
Doana, dialecte de Basse-Autriche (Wachau)
Donava, pour les Hongrois selon Marsigli
Donau, Danaus (allemand)
Dônavis, Dunavi (Goths)
Donnaï (Tatares)
Donou fluvius (Krieger, 954)
Duna (hongrois)
Dunaj (tchèque, slovaque, slovène)
Дунай, (russe, ukrainien tchèque, slovène)
Duner  (דונער) ou Tin’e, ? (טינע, yiddish)
Dounavis (langue grecque moderne)
Dunābī, transcription selon J. C. Ducène du slave Dunav (J.C. Ducène, L’Europe et les géographes arabes du Moyen Age (IXe-XVe siècle), « La grande terre » et ses peuples, Conceptualisation d’un espace ethnique et politique, Paris, CNRS, 2018, p. 64)
Dunaies, le « porteur de nuages »
Dunărea, Dunare (roumain)
Дунав, Dunav, Dunaw (serbo-croate, bulgare)
Dunaue, Le livre de la description des pays de Gilles le Bouvier, dit Berry, premier roi d’armes de Charles VII, roi de France, publié pour la première fois avec une introduction et des notes et suivi de l’Itinéraire brugeois, de la Table de Velletri et de plusieurs autres documents géographiques inédits ou mal connus du XVe siècle, recueillis et commentés par le Dr E.-T. Hamy, Éditions Ernest Leroux, Paris, 1908
Dunoe (Bertrandon de la Broquière, in « Voyage d’outre-mer et retour de Jérusalem en France par la voie de terre, pendant le cours des années 1432 et 1433« )
Histróm (Ammianus Marcellinus, vers 330-vers 395, soldat et historien romain de l’Antiquité tardive)
Histerus (Cicéron)
Illyricis danuvil (latin, cité par Ausonius ou Ausone, poète romain du IVème siècle après J.-C.)
Istar, Istros (Thraces ?)
Ister, Hister (égyptien ?, grec, latin)
Istros (Ίστρος), Histros, Histri (grec, latin)
Mataos, cité par Dionysius Periegetes ou Denis le Périégète et Stéphane de Byzance à propos des Scythes
Okeanos, Okeanos Potamos (Argonautiques, Appolonios de Rhode, Hésiode, Théogonie)
Pishon (Phéniciens ?, New English Bible, Oxford, 1870, John Keats)
Soula (Proto-Bulgares ?)
Thonauwe (Krieger, 1410)
Thonaw ou Thonawstram, Chronique de Nuremberg d’Hartmann Schedel (1440-1593), feuillet CCLXXXVI, Nuremberg 1493
Thonow (Krieger, 1497)
Thonów (Krieger, 1456)
Thunaw (Krieger, 1472)
Thúnow (Krieger, 1496)
Thůnowe (Krieger, 1438)
Tona, pour les Allemands selon Marsigli (1658-1730)
Tonow (Krieger, 1472)
Tonów (Krieger, 1447)
Tonowe (Krieger, 1467)
To(u)now (Krieger, 1433)
Triton, nom possible donné en référence au Nil par les Égyptiens qui après les Phéniciens auraient navigué dans le delta du Danube et peut-être au-delà.
Tuna, langue turco-ottomane, cité au XVIIe siècle par le géographe Katib Çelebi dans les manuscrits de sa Cosmographie (Kitāb-i-Ğihānnümā)
Tunaw (Krieger, 1460)
Tůnów (Krieger, 1489)
Tůno(u)w (Krieger, 1388)

De nombreux noms de petites villes, villages lieux-dits hongrois, la plupart du temps pour des raisons de proximité géographique avec le Danube mais pas systématiquement ou dans les pays slaves voire bien au-delà jusqu’au Nigéria, en Nouvelle-Guinée et sur le continent asiatique, ont également intégré la racine indo-européenne Duna/Danu. En voici quelques exemples : Dunabogdány, Dunakesz, Dunakomlod, Dunapartdulo Dunapataj, Duna-Pentele, Dunafüred, Dunaszekcső, Dunakisvarsány, Dunaújváros, Dunavecse, Dunaújfalu, Dunairév, Dunaharaszti Rév, Dunaszentmiklós (Hongrie), Dunagálos, Dunabökény (Serbie), Dunawitz, Dunajov, Dunamelleki Majer (Slovaquie), Dunajki (Pologne), Dunavaţu de jos, Dunacesti (Roumanie), Dunavstvi (Bulgarie), Dunayev, Dunayevka, Dunaryanka (Ukraine), Dunave Krajnje (Croatie), Dunacev Kom (Bosnie et Herzégovine), Dunay (Biélorussie), Dunayevshchina, Dunayskiy (Russie), Dunas de Mira (Portugal), Dunans (Écosse), Dunali (Turquie), Dunaybah (Syrie), Dunayqilah (Soudan), Dunawa (Nigeria), Dunami (Nouvelle-Guinée), Dunach (Australie), Dunajski Lake (Canada), Duna-ye Bala (Dūnā-ye Bālā, Iran), Dunamplaya (Bolivie), Duna Jiwanwala, Dunna Mame Wala (Pakistan), Dunadahgak (Afghanistan), Danubyu, ville de Birmanie sur le fleuve Irrawaddy (2170 km),  Dunancun, Dunao (Chine)…
Il existe encore un village ukrainien de la région de Lvív qui porte le nom de Дунаїв (Dunajów). Un village polonais de la Voïvodie de Mazovie, à environ une centaine de kilomètres  au nord-ouest de Varsovie, s’appelle quant à lui tout simplement   Dunaj.

Quelques dérivés composés :

Donaudampfschifffahrtgesellschaft : Compagnie de transport par bateaux à vapeur sur le Danube, fondée à Vienne en 1829
Donauschule ou Donaustyl (École du Danube) : néologisme inventé à la fin du XIXe siècle pour définir une école de peinture de la Renaissance allemande de l’espace haut-danubien  dont les plus célèbres représentants sont Albrecht Altdorfer, Wolf Huber et Lucas Cranach l’ancien dans sa première période.
Donauraum : espace danubien
Donaumonarchie : monarchie danubienne, autrement dit la monarchie austro-hongroise (1867-1918
Danubius : revue culturelle viennoise sur la thématique danubienne publiée en 1885
Sodalitas Litteraria Danubiana : Société savante littéraire du Danube fondée au début du XVIe siècle en Hongrie puis active à Vienne par le poète et humaniste allemand Conrad Celtes (1459-1508).
La racine Duna se retrouve également dans plusieurs noms de rivières en Pologne et Ukraine comme le Dunajec (Dunajetz), une rivière de 247 km qui prend sa source dans les Tatras polonaises à la frontière avec la Slovaquie et qui conflue avec la Vistule (Wisła) en aval de Cracovie sur la rive droite, ou le Czarny Dunajec (48 km) qui appartient également au bassin de la Vistule.
Pour la petite histoire le mot le plus long jamais composé en allemand (80 lettres) :
« Donaudampfschifffahrtselektrizitätenhauptbetriebswerkbauunterbeamtengesellschaft »  

« Germaniae veteris typus » par  Willem and Joan Blaeau, 1645 ; carte établie à partir des indications de Tacite et de Pline l’Ancien. Le fleuve porte ici le nom de Danubius  fluvius jusqu’à Possonium (Bratislava) puis celui d’Ister jusqu’à la mer Noire.

Notes :
1 La « Tabula Peutingeriana » ou « Peutingeriana Tabula Itineraria », connue aussi sous le nom de « Carte des étapes de Castorius » ou de « Table Théodosienne », est une copie réalisée vers 1265 par des moines de Colmar, d’une carte romaine réalisée vers 350, elle-même probablement la copie remise à jour d’une grande carte du monde peinte sur le portique d’Agrippa à Rome vers 12 de notre ère, où figurent les routes et les villes principales de l’Empire romain. Sur les douze parchemins qui composaient la « Tabula Peutingeriana », onze ont pu. être conservés.  Pas moins de 555 villes et 3500 autres particularités géographiques sont indiquées, comme les phares et les sanctuaires importants, souvent illustrées d’une vignette.
2 Krieger, Albert: Topographisches Wörterbuch des Grossherzogtums Baden — Band 1, A – K, Nachdruck 2006 d. Ausg. Heidelberg 1904. Hrsg. von der Badischen Historischen Kommission. 2. durchgesehene und stark vermehrte Auflage. XXII, 645 S

Sources :
BÜSCHING, Anton Friedrich, Géographie universelle, traduite de l’allemand, Jean George Treuttel, libraire, Strasbourg, 1786
KRIEGER, Albert, Topographisches Wörterbuch des Grossherzogtums Baden — Band 1, A – K, Nachdruck 2006 d. Ausg. Heidelberg 1904. Hrsg. von der Badischen Historischen Kommission. 2. durchgesehene und stark vermehrte Auflage. XXII, 645 S.
MACGREGOR, John, Tausend Meilen im « Rob Roy Canoë, auf Flüssen un Seen Europas,  1865
MAGRIS, Claudio, Danube, Éditions Gallimard, Paris, 1986
MARSIGLI, Luigi Ferdinando (1658-1730), Description du Danube, depuis la montagne de Kalenberg en Autriche, jusqu’au confluent de la rivière Jantra dans la Bulgarie, Contenant des Observations géographiques, astronomiques, hydrographiques, historiques et physiques ; par  Mr. Le Comte Louis Ferd. de Marsigli, Membre de la Société Royale de Londres, & des Académies de Paris & de Montpellier ; Traduite du latin., [6 tomes], A La Haye, Chez Jean Swart, 1744
SAINT MARC GIRARDIN, Souvenirs de voyages et d’études Paris, Amyot, rue de la paix, 1836
SKOKLJIEV, Antonije and Ivan, The mythological tourist guide along the the Danube, Don Vas, Belgrade, 2012

STANČÍK, Andrej, JOVANOVIČ, Slavoljub, Hydrology of the river Danube, Publishing House Príroda, Bratislava, 1988
TSAVARI, Isabella, La Description de la terre habitée de Denys d’Alexandrie ou la leçon de géographie, Albin Michel, Paris, 1990, traduction de Christian Jacob
VERNE, Jules, Kéraban-le-têtu, ‎Les Voyages Extraordinaires, Bibliothèque d’Éducation et de Récréation J. Hetzel et Cie, Imprimé par Gauthier-Villars, Paris, 1891
VUKMANOVIĆ, Velimir, The Danube’s through ages, Second edition, Prometej, Novi Sad, 2009

Varia :
Encyclopedia Britannica, « Danube » London, 1997
Galatzi, petit guide touristique, Éditions Méridiane, Bucarest, 1964

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, mis à jour octobre 2022

Hans Christian Andersen (1805-1875) et le voyage sur le Danube…(I)

Alphonse de Lamartine (1790-1869), Edgard Quinet (1803-1875)  et bien d’autres écrivains (Victor Hugo a publié ses Orientales en 1829 dans lesquelles le Danube est l’objet de deux poèmes mais l’écrivain n’est pas allé à la rencontre du fleuve) réalisent leur voyage en Orient ou vers celui-ci. Gérard de Nerval (1808-1855), dont l’intention première était de descendre le Danube pour aller en Orient reste à Vienne de novembre 1839 à mars 1840, sans doute à cause de la pianiste Marie Pleyel (1811-1875). Il  écrit dans son Journal : « Tu me demanderas pourquoi je ne  me suis pas rendu en Orient par le Danube, comme c’était d’abord mon intention. Je t’apprendrai que les aimables aventures qui m’ont arrêté à Vienne beaucoup plus longtemps que je ne voulais y rester, m’ont fait manquer le dernier bateau à vapeur qui descend vers Belgrade et Semlin, où d’ordinaire on prend la poste turque. Les glaces sont arrivées, il n’a plus été possible de naviguer. Dans ma pensée, je comptais finir l’hiver à Vienne et ne repartir qu’au printemps… peut-être même jamais. Les dieux en ont décidé autrement ! »1 L’écrivain rentrera effectivement en France au printemps et accomplira son voyage en Orient en 1843 par bateau depuis Marseille.  
   Par esprit d’aventure et de grande curiosité Andersen accomplit, au contraire des autres voyageurs, son voyage fluvial d’aval en amont en choisissant de rentrer de Constantinople à Vienne par bateau. C’est sur le Ferdinand Ier, un navire de la compagnie autrichienne royale et impériale de navigation à vapeur sur le Danube (D.D.S.G.), qu’il traverse au mois de mai le détroit du Bosphore, entre dans la mer Noire et débarque à Constanţa. De Constanţa il rejoint le Danube en traversant la Dobrodgée et atteint Cernavodă pour s’embarquer à nouveau et remonter le fleuve en plusieurs étapes avec une quarantaine à Orșova jusqu’à Vienne. Andersen ne manque évidemment pas l’occasion de décrire ses rencontres, ses compagnons d’aventure fluviale et les incertitudes de son périple. L’écrivain danois publiera ses souvenirs dans son livre « Le bazar d’un poète » après son retour au Danemark en 1842.

« Carte du cours du Danube depuis Ulm jusqu’à son embouchure dans la mer Noire ou Guide de voyage à Constantinople sur le Danube avec tout ce qui a rapport à la  Navigation des Pyroscaphes sur cette route. Vienne chez Artaria & Compagnie. 1837. » 

Notes :
Gérard de Nerval , Voyage en Orient, IX, «Introduction, suite du Journal» par M. Gérard de Nerval, à un ami, Vers l’Orient, Troisième édition, revue, corrigée et augmentée, Tome premier, Paris, Charpentier, Librairie-Éditeur, 1851

Le bazar d’un poète voyageur !

« Aux princes du piano, mes amis, l’Autrichien Thalberg et le Hongrois Liszt je présente et dédie ces pages : « Thème et variations sur le Danube et ses rives ».

Il n’y a pas encore dix ans que la D.D.S.G. a lancé sur le Danube son bateau à vapeur à roue et coque métallique, le François Ier. Celui-ci relie, à partir du 4 septembre 1830, Vienne à Budapest via Preßburg (Bratislava). La compagnie proposera peu après des liaisons avec changement de bateaux de Vienne vers les grandes villes du Bas-Danube puis ultérieurement jusqu’à Constantinople et retour. Avec la révolution qu’engendrait la récente invention de la navigation à vapeur le temps de voyage de la capitale ottomane jusqu’à la capitale autrichienne s’était, malgré la délicate remontée du fleuve, s’était considérablement raccourci. Dans les années 1830 il ne faut déjà plus compter que douze jours et demi, sans la quarantaine, pour aller de Vienne à Constantinople et dix-sept jours (toujours sans la quarantaine sanitaire obligatoire d’Orşova, épidémies et bureaucratie obligent, à la frontière austro-ottomane, pour le trajet inverse !) Hans Christian Andersen fait d’ailleurs le récit de cette quarantaine dans la relation de son voyage. Sur le Haut-Danube ,le Maria-Anna, un autre vapeur à la puissance équivalente (60 chevaux) de cette même D.D.S.G. ne met plus qu’un jour et demi pour emmener les passagers de Vienne à Linz (un jour au retour) à partir du 12 septembre 1837.

Départ dans la liesse du voyage inaugural du Prater à Vienne vers Semlin du bateau à vapeur à aubes le François Ier le 19 avril 1831

Ce bateau connaîtra un singulier destin puisqu’il sera racheté par le gouvernement des insurgés hongrois de Lajos Kossuth (1802-1894) en 1848 et armé de canons1.

Le Maria Anna de la D. D. S. G. reliant Vienne à Linz 

Le conteur danois remonte le Danube dans les années de l’époque Biedermeier pendant que son aîné l’écrivain autrichien Franz Grillparzer (1791-1872) va le descendre de Vienne jusqu’à la mer Noire et Constantinople en 1843. D’autres personnages célèbres, politiques et littéraires comme l’écrivain Alphonse de Lamartine (1790-1869), au retour de son voyage de dix-huit mois en Turquie et au Moyen-orient, périple à l’occasion duquel il perd sa fille Julia ou le comte hongrois István Széchenyi (1791-1860), passionné par l’aménagement du fleuve et la navigation (il est un soutien enthousiaste et un actionnaire de la D. D. S. G.) les ont déjà précédé sur le Danube. Ida Pfeiffer (1797-1858), originaire d’une famille aisée de commerçants viennois et grande voyageuse est l’une des toutes premières femmes à descendre seule le Danube, en mars 1842, à bord du bateau à vapeur le Marie Anne de Vienne jusqu’à la mer Noire et Constantinople. Elle poursuivra quant à elle son voyage jusqu’en Palestine et au-delà.2

Le récit d’Andersen, haut en couleurs et particulièrement animé, donne l’impression au lecteur d’être sur le bateau aux côtés de l’écrivain conteur et de l’accompagner pendant cette remontée du fleuve de plusieurs semaines.

Notice en français pour les voyageurs figurant sur la Carte du cours du Danube depuis Ulm jusqu’à son embouchure dans la Mer noire ou Guide de voyage à Constantinople sur le Danube avec indication de tout ce qui a rapport à la Navigation des Pyroscaphes sur cette route, Vienne chez Artaria & Compagnie, 1837. Huit bateaux de la D. D. D. G. y figurent : Le Marie Anne (Maria Anna), le Nádor, l’Arpád, le Zrinyi, le François Ier, l’Argo, le Panonia et le Ferdinand Ier (vapeur maritime)

De Czerna-Woda à Rustzuk3
« Ma carte à moi, c’était la carte du Danube. J’ai étudié tout au long cette impérissable grand-route qui mène vers l’Orient lequel sera, d’années en années, toujours plus visité et, un jour, ses puissants courants porteront des poètes qui sauront dire les trésors de poésie que renferment ici le moindre bosquet et la moindre pierre… »

« Il était trois heures de l’après-midi lorsque commença notre voyage sur le Danube. L’équipage, à bord, était italien. Le capitaine, Marco Dobroslavich, un Dalmatien, un vieux bonhomme, excellent, plein d’humour nous devint rapidement très cher à tous. Il rudoyait ses matelots qui pourtant, au fonds d’eux-mêmes, l’aimaient bien ; ils avaient l’air de s’amuser sincèrement lorsqu’il s’en prenait à eux car il avait toujours en même temps un trait d’esprit qui faisait avaler la volée de bois vert. Au cours des trois jours et des trois nuits que nous avons passés à bord avant d’atteindre la frontière militaire, nul ne se montra plus efficace et de meilleures humeurs que notre vieux capitaine. Au milieu de la nuit, lorsque la navigation était possible, on l’entendait crier de sa voix impérieuse, toujours sur le même ton, toujours prêt pour une bourrade et une bonne blague, et à table, au déjeuner, c’était un hôte jovial et débonnaire. Il était vraiment la perle des capitaines du Danube à qui nous avons eu affaire. Les autres, au contraire, se montrèrent de moins en moins aimables, et nous nous sentîmes de moins en moins à l’aise, ce qui eut pour effet naturel de resserrer les liens entre passagers de différentes nations. Cependant, au fur et à mesure qu’on se rapprochait de Pest et de Vienne, le nombre de gens à bord augmentait de façon telle que plus personne ne s’intéressait aux autres. Chez notre père Marco, en revanche, nous nous trouvions aussi bien que dans une pension de famille.

Tout notre parcours de l’après-midi, à partir de Czerna-Woda se fit entre des îles inondées où les cimes des saules et le toit d’une hutte de roseaux sortaient de l’eau. Nous n’avions jamais vu encore le Danube dans toute sa largeur. Nous avons passé une joyeuse soirée dans notre belle cabine bien éclairée. On sabla le champagne, le goût de pain de seigle de cet authentique Tokay me rappelait le pays du seigle, le lointain Danemark. Pourtant, la nuit ne fut pas conforme au soir ! Notre sang allait devoir couler au long de la côte bulgare ! Cette chaleur marécageuse donne naissance non seulement à des miasmes, mais à des millions de moustiques venimeux qui faisaient souffrir de la façon la plus atroce les habitants de ces rivages ainsi que les équipages des navires. D’innombrables hordes de moustiques avaient vu le jour au cours des dernières nuits et nous assaillaient par l’ouverture des écoutilles. Personne n’avait prévu leur existence, ils tournoyaient au-dessus de nous, nous piquaient et des gouttes de sang coulaient sur notre visage et sur nos mains.

De bonne heure, avant même le lever du soleil, nous étions tous sur le pont, chacun le visage bouffi par le sang. Vers minuit, nous avions passé la forteresse turque de Silistra4 et accueilli à bord plusieurs Turcs en tant que passagers du pont ; ils étaient couchés enveloppés dans de grands tapis et dormaient parmi les sacs de charbon.

À présent, le jour était levé ! Les îles du Danube étaient sous l’eau, elles ressemblaient à des forêts flottantes sur le point d’être englouties. Tout ce côté de la Valachie se présentait sous l’aspect d’une interminable surface verte, rompue seulement par un corps de garde en ruines, fait d’argile et de paille, ou une maison de quarantaine de forme allongée, blanchie à la chaux et au toit rouge. Nul jardin ici, pas le moindre arbre, l’édifice était là, solitaire comme le Vaisseau fantôme sur une mer calme et déserte. À l’inverse, sur la côte bulgare, se dressaient des taillis et des bouquets d’arbustes, la terre grasse paraissait particulièrement propice aux cultures. Pourtant de grands espaces étaient déserts. Des milliers de gens émigrent d’Europe vers l’Amérique qui trouveraient ici un bien meilleur foyer, un champs fertile, au bord du plus grand fleuve d’Europe, la grand-route qui mène vers l’Orient.

Du côté bulgare, nous fûmes salués par la première ville : Tuturcan5. Devant chaque maison, il y avait un jardinet ;  sur la berge  en pente, des petits garçons couraient, à moitié nus en riant : « urolah ! »6 . Tout ici signifiaient encore paix et absence de danger. Les troubles de l’intérieur du pays n’avaient pas encore atteint ces rivages. Pourtant, nous apprîmes de la bouche des Turcs que nous avions pris à bord, la nuit dernière, à Silistra, que plusieurs fugitifs avaient traversés le Danube afin de trouver refuge à Bucarest. Là-bas, de l’autre côté de la montagne, la révolte et la mort faisaient rage.

Après Tuturcan, nous avons passé par un défilé extrêmement pittoresque, des haies luxuriantes se détachaient sur e fonds brun-rouge des grandes pentes ; un joli groupe de chevaux avait été conduit au bord du fleuve et devait le traverser ; l’un d’entre eux attirait l’attention, à la fois par la vivacité de ses mouvements et par sa longue crinière d’un noir de charbon qui voltigeait ; il sautait sur la pente et la terre jaillissait de sous ses sabots.

Dieudonné Lancelot (1822-1894), rive valaque, Le Tour du monde, 1860

« Ô toi, cheval sauvage, peut-être un jour porteras-tu sur ton dos, pour ses noces, la jeune princesse de Valachie, peut-être ses mains délicates flatteront-elles ta nuque et tes flancs blancs et luisants seront-ils ornés de carapaçons7 multicolores ! Danses-tu parce que tu aperçois, aujourd’hui, de l’autre côté du fleuve, ta nouvelle patrie ? Ou bien, deviendras-tu en Valachie, l’ancêtre fondateur d’une descendance cent fois supérieure au troupeau qui aujourd’hui t’entoure ? Ton nom figurera-t-il fièrement tout en haut de l’arbre généalogique ? Le cri des enfants, vaut aussi pour toi bel et fougueux animal : « urolah ! urolah ! »

La bourgade suivant du côté bulgare, Havai, aurait pu offrir un cadre charmant à une nouvelle turque ; sous le chaud soleil, des roses sauvages s’épanouissaient ; groupés autour du minaret blanc, les haies, les arbres et les maisons formaient un joli tableau tout à fait typique ; oui, vraiment, un romancier aurait pris plaisir à situer ici le cadre de son histoire et il se peut bien que cela se produise un jour, car en effet Havai a de quoi fournir la matière d’une nouvelle, et celle-ci est historique. Le défunt sultan Mahmud, le père de Abdul-Meschid, fit un jour un voyage sur le Danube. Survint un orage épouvantable, le bateau était sur le point de sombrer ; près de Havai, le Maître des croyants descendit à terre, chaque buisson de rose agitait devant lui sa coupe odorante. Le sultan passa là une nuit… a-t-il bien dormi et fit-il des rêves agréables, je ne saurais le dire, mais pour les habitants, cette nuit-là est resté comme un beau rêve évanescent.

Non loin d’ici, nous avons vu apparaître les premiers moulins à vent, ils sont installés sur des bateaux solidement amarrés ; l’hiver venu, on les tire à terre, à l’abri des bosquets ; la famille s’installe alors à l’intérieur du moulin silencieux, le petit tambour à main crépite, la flûte joue sa partie, monotone, comme si elle l’avait apprise du grillon. La famille s’ennuie à terre, elle attend avec impatience le retour du printemps, quand le moulin oscillera à nouveau dans le murmure du courant, que les roues cliquèteront, qu’il y aura de la vie et du mouvement et qu’eux-mêmes, debout sur le seuil, seront en train de pêcher tandis que passent les bateaux à vapeur.

Le soleil était torride ; notre toit de toile nous faisait de l’ombre, mais il faisait chaud comme dans un four et cette chaleur augmentait sans cesse, rien pour rafraîchir le corps, rien pour l’esprit ; tout autour, partout, la même verdure, une pastoral infinie ! Imperturbablement nous naviguions comme entre des plants d’asperges et de persil. La chaleur se faisait de plus en plus oppressante, on se sentait dans un bain de vapeurs sèches mais sans la moindre douche rafraîchissante ensuite, pas un nuage dans le ciel ! Non, pareille température, jamais, dans ma fraîche patrie, mon imagination n’avait pu en concevoir l’idée.

Finalement, nous avons vu une ville du côté de la Valachie, c’était Giurgevo8, dont les fortifications ont été détruites par les Russes. Une partie des habitants s’étaient rassemblée sur les vestiges de ces remparts. Les gens criaient et s’interrogeaient à propos de l’état sanitaire de Constantinople9 et des troubles à l’intérieur du pays. Le soleil était juste en train de se coucher ; le clocher de l’église de la ville qui venait d’être recouvert de plaques lisses et brillantes, rayonnait comme s’il était en argent, au point de faire mal aux yeux. Une tonalité estivale enveloppait la prairie plate et verdoyante, les oiseaux des marécages s’envolaient des roseaux. Du côté bulgare s’élevaient des collines jaunes, sur lesquelles nous mîmes le cap et alors que notre regard s’attardait sur le clocher brillant de Giurgevo, déjà nous étions devant les maisons et les jardins qui forment les faubourgs d’une importante ville bulgare : Ruztuk.

Une foule de minarets, serrés les uns contre les autres, suggérait que nous étions là dans une ville d’authentiques croyants. Tout le quai et la passerelle était plein de gens parmi lesquels régnait une étrange agitation. Nous étions tout près du débarcadère lorsque deux personnages, tous deux en costume franc, mais qui portaient le fez, sautèrent dans l’eau, de part et d’autre de l’étroite passerelle, accompagnés d’une horrible clameur ; ils gagnèrent la terre à la nage ; on aida l’un d’eux mais l’autre fut repoussé et on lui jetait même des pierres ; il se retourna vers notre bateau et nous cria en français : « Au secours ! Ils vont m’assassiner ! » Quelques-uns de nos matelots sautèrent dans un canot et le firent monter à bord ; notre bateau s’éloigna de nouveau du rivage tandis que tout l’équipage et tous les passagers s’agglutinaient sur le bastingage. Étaient-ce là les premiers désagréments d’un voyage dans un pays en rébellion ? Que se passait-il donc à Ruztuk ? Il s’ensuivit quelques instants d’incertitude et d’anxiété. Quelques signes nous furent donnés qui étaient aussi des réponses ! On voyait des soldats sur le pont. Un bateau à rames se dirigea vers nous avec à son bord Hephys, le petit pacha de la ville10. Quelques-uns de ses officiers l’accompagnèrent à bord. La manière dont cela se passa nous parut très singulière. L’un le prit par les poignets, un autre par les coudes et un troisième par les épaules ; ils s’avancèrent ainsi jusqu’à la cabine du capitaine à l’intérieur de laquelle ils furent accueillis avec des confitures et des liqueurs. Il visita ensuite les différentes cabines, toujours accompagné de la même façon que lors de son arrivée, à cette seule différence près que deux jeunes Turcs portaient des bougies allumées devant lui.

En ce qui concerne le désordre qui avait eu lieu, on voulut n’y voir qu’une affaire tout à fait privée ; les deux personnes qui avaient crié étaient le directeur de la maison de quarantaine, un Turc, et le médecin, un Français, qui étaient en conflit sur plusieurs points ; quand ils se disputèrent à nouveau sur la passerelle du bateau, ils se bousculèrent et les Turcs prirent le parti du Turc.

Une fois  à bord, le docteur fut immédiatement rhabillé et sous la protection du pacha, il quitta le navire qui se trouvait maintenant le long du quai d’où les soldats avaient chassé la foule. Il se mit à faire froid à l’intérieur, le soir était ténébreux, une seule lanterne était allumée dans le gréement du navire. Tout était calme dans Ruztuk ; une fois, un chien sans maître hurla, le Muezzin criait les heures depuis le minaret ; dans les rues sombres et solitaires, seule une lanterne bougeait.

Notre lit fut entouré de plantes vertes pour que nous puissions nous libérer des essaims de moustiques ; mes compagnons se mirent aussitôt à jouer aux cartes mais je ne connais aucun jeu ; ma carte à moi, c’était la carte du Danube. J’ai étudié tout au long cette impérissable grand-route qui mène vers l’Orient lequel sera, d’années en années, toujours plus visité et, un jour, ses puissants courants porteront des poètes qui sauront dire les trésors de poésie que renferment ici le moindre bosquet et la moindre pierre… »
Hans Christian Andersen, Le bazar d’un poète, « De Czerna-Woda à Rustzuk », traduction de Michel Forget, Domaine romantique, Éditions Corti, Paris, 2013

Le vapeur Sophia de la D.D.S.G. heurte une Zille transportant du sel et pavoisée à la hauteur des Portes-de-Fer en 1839, ex-voto, 1841, sources Verlag Atlantis

Notes :
1 « Sur le Danube, Aux princes du piano, mes amis l’Autrichien Thalberg et le Hongrois Liszt je présente et dédie ces pages : « Thème et variations sur le Danube et ses rives » in Le bazar d’un poète, traduit du danois par Michel Forget, préface de Régis Boyer, Domaine romantique, José Corti, Paris 2013, p. 311
2 Introduction de la vapeur dans la navigation sur le Danube, in Noël BUFFE, Les marines du Danube, 1526-1918, « La flottille au XVIIIe siècle et jusqu’à l’apparition de la propulsion à vapeur »,  Éditions Lavauzelle, Panazol, 2011, p. 216
3 Ida Pfeifer, Reise einer Wienerin in das Heilige Lanţd, Verl. vonJakob Dirnböck, Wien, 1846
4 Cernavodă, port roumain de la rive gauche du Danube, situé dans la province de Dobrogea. 

Rustzuk, (en turc petite ruse), nom porté par la ville pendant l’occupation ottomane jusqu’en 1878, en bulgare Русе, Roussé ou Ruse, grande ville bulgare sur la rive droite du Danube. Ruse est aujourd’hui la cinquième ville de Bulgarie et fait face à la ville Roumaine de Giurgiu à laquelle elle est reliée par le pont de l’amitié. Les écrivains Elias Canetti (1905-1994), prix Nobel de littérature et Michael Arlen (1895-1956) sont nés à Ruse.  
5 Silistra, aujourd’hui port bulgare sur la rive droite.
 6 Tuturcan (Tutrakan), petite ville bulgare à la longue tradition et principale activité de pêche et port sur la rive droite du Danube, en face d’Olteniţa sur la rive roumaine.
« Bon voyage ! »
8 Le caparaçon est un mode de harnachement qui couvre le corps du cheval. Bien que généralement on le sens de ce mot à l’armure de cheval, il y avait des caparaçons de gala, de fête. Le caparaçon comprend le caparaçon proprement dit, le cervical ou la cervicale qui couvre le cou du cheval, la têtière et le chanfrein.
9 Giurgevo (Giurgiu) distante de six heures seulement de Bucarest, la capitale de la Valachie. Note de l’auteur.
10 Pour l’instant, il n’y avait pas trace de peste ; mais  à Alexandrie et au Caire elle faisait rage ; j’ai appris par une lettre reçue à la fin de mon séjour à Péra que, dans ces deux dernières villes, les gens mouraient chaque jour par centaines. Note de l’auteur.
11À Ruztuk, il n’y a pas moins de trois pachas, celui qui occupe la première place s’appelle Mers Said, le suivant, Mohamed et le troisième Hephys. Note de l’auteur.

Sources :
ANDERSEN, Hans Christian, Le bazar d’un poète, traduction de Michel Forget, Domaine romantique, Éditions Corti, Paris, 2013
GRILLPARZER, Franz (1791-1872), Tagebücher und Reiseberichte, Berlin, 1980

KINAUER, Rudolf, Donaufahrt in Biedermeier, nach Originalgouachen von Jacob Alt, 24 Blätter, erläutet und eingeleitet von Rudolf Kinauer, Verlag Anton Schroll & Co, Wien, 1964
PFEIFFER, Ida, Reise in das heilige Land, ?, Wien 1995

QIAN, Kefei, Die Donau von 1740 bis 1875, Eine kulturwissenschaftliche Untersuchung, Logos Verlag, Berlin, 2014

Shvistov (Sistova, Bulgarie), gravure de 1824, collection Magyar Földrajzi Múzeum

Regards littéraires et de voyageurs sur Budapest et le Danube à travers les siècles…

Budapest en ruine…

   « On y voit les palais que les princes habitaient mais qui sont presque tombés en ruine ; ce qui reste ne se soutient que par des appuis et sert de caserne aux soldats turcs qui, n’ayant pas une paie suffisante pour vivre, font faire aucunes réparations : aussi, pourvu que leur lit soit à couvert de la pluie et que leurs chevaux soient en un lieu sec, ils se mettent peu en peine du reste. Ils occupent seulement les rez-de-chaussée et abandonnent les appartements aux rats et aux belettes…
Les Turcs croient qu’il y a de la folie à bâtir une maison… mais en revanche ils sont magnifiques dans leurs jardins et dans leurs bains. »
Ogier Ghiselin de Busbecq (1522-1592), 1553 (?), in Monique Fougerousse, Hongrie, L’Atlas des Voyages, Éditions Rencontre, Lausanne, 1962

Une des premières gravures imprimées représentant Buda et le Danube tirée de la Chronique de Nuremberg de Hartmann Schedel (1440-1514) publiée en 1493 à Nuremberg par Anton Koberger (vers 1440-1513)

   « Bude est à la droite du Danube éloignée du fleuve d’environ une demi-heure de chemin. Dès que le Bacha eut eu avis de notre arrivée, il envoya son Écuyer avec des chevaux menés en main par des esclaves fort bien couverts pour nous conduire à la ville. Entre ces esclaves il y avait deux Parisiens, & nos Messieurs s’étant informés de leurs familles, offrirent inutilement pour leur liberté jusqu’à huit cents écus.

Buda et Pest ottomanes, gravure de 1617

Nous demeurâmes douze jours à Bude avant qu’on pût avoir audience du Bacha qui était indisposé. Il nous envoyait tous les matins nos provisions de bouche, un mouton, des poules, du beurre, de ris, du pain avec deux sequins pour les autres menus frais, & le jour qu’il donna audience à Messieurs de Chapes & de Saint Liebau, ils lui firent présent d’une horloge de poche dont la boîte était couverte de diamants. Ce Bacha était un homme de belle taille & de bonne mine ; il les reçut fort civilement, & à leur départ pour Belgrade qui fut le quatorzième jour de leur arrivée à Bude, il leur envoya six Calèches avec deux Spahis pour les conduire, & ordre partout de les défrayer de la dépense de bouche, de quoi ils ne voulurent pas se prévaloir. »
Jean-Baptiste Tavernier (1605-1689), Les Six voyages de Jean-Baptiste Tavernier, Écuyer Baron d’Aubonne, en Turquie, en Perse, et aux Indes, Suivant la copie, Imprimé à Paris. l’An 1679 (1692)
Jean-Baptiste Tavernier fut au service de l’aristocratie étrangère et au début de sa carrière, pendant 4 ans et demi, page du Vice-roi de Hongrie puis gouverneur de Raab (Győr). Il écrit son livre avoir traversé six fois la Turquie, la Perse et les meilleures parties des Indes dont les célèbres mines de diamants dont il semble avoir rapporté quelques pierres qu’il offrira à Louis XIV. Ces pierres viendront rejoindre d’autres pierres précieuses de la couronne du monarque français.

Reprise de Budapest en 1686 par les troupes impériales 

   « BUDE1, que les Allemands nomment Offen, est une Ville très-forte, située sur une montagne en deçà du Danube, avec un bon Château. Les Rois d’Hongrie y faisaient autrefois leur résidence ; elle est fort célèbre par ses Bains, les meilleurs  & les plus salutaires de tout le Royaume. Suivant mes Observations, elle est au 47. degré, 24. minutes de Latitude. »
MARSIGLI, Louis Ferdinand, Comte de (1658-1730), Description du Danube, depuis la montagne de Kalenberg en Autriche, jusqu’au confluent de la rivière Jantra dans la Bulgarie, 1744

Notes de l’auteur
1 Bonsini prétend que le nom de cette Ville vient des Budiciens, ancien peuple de Scythie, du nombre de ceux qui vinrent en Hongrie avec Attila. Mais Nicolas Ollaus lui donne une autre origine dans son Attila. Ce Tiran, dit-il, ayant commencé à bâtir un Château près du vieux Offen, appelé alors Sicambrie, voulut qu’on l’appela de son nom : mais son frère Buda, faisant peu de ses ordres , lui donna le sien.
Le même Auteur ajoute, que le nom Allemand Offen, lui a été donné à cause des Chaufours qu’il y avoit autrefois.
Les Turcs pillèrent cette ville & y mirent le feu en 1526 après la fameuse bataille de Mohatz. Soliman la prit aussi en 1541.

« Le Danube coule majestueusement au bas d’un coteau assez élevé ; et c’est sans doute pour les meilleures raisons possibles que l’on a bâti la plus des villes, entre deux gorges adossées au fleuve qu’on n’aperçoit que du château. Le château de Buda est assez beau mais la ville est aussi laide que la vie y est chère… Il y a tout à gagner à descendre à l’est. »
Charles-Marie d’Irrumberry, comte de Salaberry (1766-1847), 1791

« Buda n’a ni fortifications ni portes. On entre dans la capitale de la Hongrie comme dans un village… »
« On connait peu les cafés dans la partie septentrionale du continent, mais au sud, ils sont le lieu de rencontre des gens… Cette ville (Pest) possède plusieurs bons cafés, mais à mon avis aucun café en Europe ne supporte la comparaison avec celui qui se trouve en face du pont de bateau. »
Robert Townson (1762-1827), naturaliste anglais, 1793 et 1798

J. et P. Schaffer, panorama de Buda et Pest depuis la colline aux roses, eau-forte et taille douce, fin XVIIIe

« On construit en ce moment une multitude de nouveaux bâtiments d’un bel aspect et bien ordonnés, de telle sorte que Pest va devenir avec le temps un petit Berlin, tant ses places sont grandes et ses rues spacieuses. »
Johann Centurius, comte de Hoffmannsegg (1766-1849), 1800

« On ne saurait imaginer contraste plus complet que celui qui oppose les alentours de Pest et ceux de Buda ; d’un côté c’est une étendue plate, dénudée, sablonneuse ; de l’autre côté, ce ne sont que collines et vallons, joliment émaillés de rochers et d’arbres… Le calme de Buda forme un vif contraste, avec l’activité grouillante de Pest… »
John Paget (1808-1892), 1835

A. Petrich et A. F. Richter, panorama de Buda et de Pest vu depuis le mont Gellért, eau-forte coloriée, 1819

La crue de 1838 ou le Danube en colère

« Cette année-là, après un hiver inhabituellement froid et enneigé, le Danube gèle sur les rives de Pest dès le 6 janvier ; à la fin de février, à la faveur d’une première vague de dégel, les bas quartiers de Buda dont inondés. Le 13 mars, malgré les barrages dressés sur les berges, les flots envahissent la cité de Pest jusqu’à la place des Franciscains. À dix heures du soir, les cloches des églises de Pest sonnent l’alarme. « Les faubourgs Joseph et François et les quais du Danube étaient déjà complètement inondés ; à tout moment, des maisons s’écroulaient, ensevelissant dans leurs ruines bêtes et gens, qui n’avaient pu trouver de barques de secours. » Puis les eaux boueuses envahissent le quartier de Lipótváros où les barrages de fortune cèdent les uns après les autres. Le centre de Pest est recouvert par deux mètres d’eau. Il faut attendre le 18 mars pour que l’eau se retire. Sur les 4 254 maisons que compte Pest, plus des deux tiers sont détruites par la crue. »
Catherine Horel, Histoires de Budapest, Éditions Fayard, Paris, 1999

« Tandis que Buda demeurera un mémorial de la guerre et de l’oppression plein de symboles qui évoquent des combats, des batailles et une époque où la Hongrie ne connaissait pas encore sa propre force morale, Pest ne fera que grandir en éclat, et ses quais et ses grands magasins s’emplir des richesses d’un pays fertile. »
Miss Pardoe (1804-1862), The City of the Magyar or Hungary and its Institutions, 1840, poétesse, nouvelliste, historienne et voyageuse anglaise

   « Pest vous éblouit par la magnificence et le luxe de ses édifices. À force d’efforts, d’intelligence, de patriotisme, les Hongrois ont créé une véritable capitale qui, sous plus d’un rapport, est plus belle que Vienne. Les étalages des magasins sont arrangés ici avec bien plus de goût et bien plus d’art.  Les boutiques de chaussures sont des fééries. Oh ! Les jolis pieds qu’il faut avoir pour chausser ces pantoufles doublées de satin rose. Avec ces bottines à hauts talons, travaillées comme des objets d’art, qu’on fait vite du chemin dans le coeur des hommes… »
Victor Tissot (1845-1917), 1880, in Monique Fougerousse, Hongrie, L’Atlas des Voyages, Éditions Rencontre, Lausanne, 1962

F. Jaschke, Óbuda vu depuis l’île Marguerite, aquarelle, 1825

« Pesth fut, à l’origine, une colonie bulgare. Composée de maisons éparses dans la vaste plaine, au ras des eaux, n’ayant aucun des moyens de défense de sa rivale de l’autre rive qui se fortifiait sur sa colline, elle ne fut longtemps qu’une inconsistante agglomération qu’emportaient tour à tour et les crues du Danube et les flots des peuples envahisseurs. Ce ne fut qu’après que la Hongrie eut conquis le calme des temps modernes qu’elle put commencer à se développer… il faut reconnaître qu’elle a joliment rattrapé le temps perdu !
Pesth est la ville moderne, brillante, fiévreuse, tourbillonnante; Bude est la cité du passé et des souvenirs, calme et triste. Budapesth est la métropole hongroise en laquelle un grand peuple concentre à la fois et ses souvenirs et sa vie… »
Pierre Marge, Voyage en automobile dans la Hongrie pittoresque, « La Hongrie des Hongrois », Librairie Plon, Paris, 1910

« Pourquoi parlerais-je de Budapest puisque je ne l’ai pas comprise, puisque je ne l’ai pas aimée ? Elle me parut comme une lèpre sur un corps de déesse. Il faut monter sur la citadelle pour voir l’irréparable de cette ville manquée. Autour de soi, c’est un vibrant organisme de monts, palpitant. Un épanchement généreux de fluide nacreux monte lentement de la plaine. Le Danube encercle les monts, les condense en un puissant corps qui regarde en face l’étendue sans bornes. Mais sur cette plaine s’étend une lente fumée noire où disparaît le réseau des rues. Huit cent mille habitants se sont rués là en cinquante ans. Et le désordre, sous des formes pompeusement trompeuses, a rendu cette ville suspecte. D’aucuns admirent l’immensité des bâtiments publics. Je ne le puis, choqué d’emblée par l’étalage de styles divers et opposés. Ils bordent le fleuve mais ils ne s’entendent pas pour lui faire un cortège harmonieux. Sur la hauteur, un palais monstrueux s’accote à une église ancienne restaurée récemment.
Cependant, sur ce même mont, plus près de la citadelle, des masures anciennes sont comme une floraison parmi les acacias. Demeures simples, elles s’unissent par des murs d’où jaillissent les arbres. Elles naissent naturellement sur ce terrain mouvementé. Nous sommes restés des heures sur ce mont paisible à guetter s’allumer sur Taban envahi par la nuit les petites lumières des veillées. Le calme était grand. Tout à coup s’éleva une lente et ineffablement triste mélopée. C’était un saxophone ou un cor anglais ; j’écoutais avec plus d’émotion qu’on entend le berger flûter son vieux chant quand Tristan se meurt. Étrange consonance grandiose dans la nature assoupie. »
Le Corbusier (1887-1965), « Le Danube », Voyage d’Orient, 1910-1911″

« Une grande masse d’eau mouvante entre deux villes, l’une toute plate, couchée au bord du fleuve, l’autre debout, escaladant de ses toits, de ses clochers, de ses jardins, les collines de Buda. »
André Dubosc (1866-1935), 1913

Miklos Barabas (1810-1898), la construction du Pont aux chaines (1843) et le pont de bateaux amovible vus depuis Buda.

Budapest et le Danube…
« De ma fenêtre, je voyais le Danube, à midi, en feu comme un fleuve de naphte, traverser des grands ponts majestueux aux noms augustes ; j’étais réveillé le matin par les sirènes des blancs bateaux, pavoisés et pleins à sombrer d’une foule avide de bains, de soleil et de courses dans les bois. Plus vertes que les feuilles, les grosses coupoles ventrues, bulbeuses, des églises, émergeaient de l’horizon. Ce Danube est un fleuve grand comme le Mississipi ou le Potomak ; ce n’est pas un de ces petits fleuves européens comme la Tamise ou la Seine, des rivières à peine, sur le dos desquelles tout le monde grimpe avec irrévérence, comme sur le dos d’un animal domestique : le Danube porte avec dignité et sans déchoir ses touristes, comme une mer.

La pâtisserie Gerbaud, Vörösmarty tér, fondée en 1858

J’étais arrivé à Budapest en cette courte saison qui est entre l’hiver et l’été, si courte qu’on peut à peine la nommer le printemps., En effet, aussitôt la glace cassée, aussitôt abattus les vents de Galicie, la chaleur arrive, saharienne, chaleur de la pleine hongroise qui roussit tout, sauf quelques bouquets d’acacias émergeant de l’immense plaine à blé. Budapest, au fonds d’une cuvette boisée, bien qu’arrosée et abritée, n’échappe pas à cet embrasement général. En quelques jours, l’on quitte le voisinage des poêles de porcelaine pour aller s’étendre sur les plages artificielles de l’île Sainte-Marguerite, respirer sur les hauteurs du golf, d’où l’on voit le fleuve se perdre dans la platitude infinie de ces terres noires, que dominent les silos, ces élévateurs de grains, qui ne finiront qu’aux rivages de la mer Noire. En quelques heures, le Kovacz, le New York, l’Ungaria, tous les restaurants de Pest, et même Gerbaud, la plus célèbres des pâtisseries de l’Europe centrale, – sont désertés, et c’est vers le Pesth d’été, vers le Spolarich, vers le Sanatorium, vers le Restaurant champêtre, à volets verts, de la tour Elisabeth qu’il faut aller. Autour du cymbalum comme autour d’un cercueil, des musiciens debout et affligés semblent veiller le cadavre d’un temps qui s’est enfui, et on se rappelle que le Danube compte plus de suicidés qu’un autre fleuve… Seules, les porteuses de pain, à robe courte, si alertes avec leur petit bonnet blanc, égayent ces lieux de plaisirs. Elles vendent leurs petits pains avec des airs complices, comme une friandise défendue. Avec l’été, une génération hongroise nouvelle sportive, athlétique, rasée à l’américaine, qui n’a pas connu la guerre si lointaine déjà, envahit les plages, plonge dans les eaux sulfureuses, dans les vagues artificielles, ou dans le Danube du haut des tremplins et s’entraine pour les championnats de water-polo. La Hongrie est mutilée mais ses fils et ses filles poussent, de toutes leurs forces. »
Paul Morand (1888-1976), « Carnets d’Europe centrale, Budapest », in ENTRE RHIN ET DANUBE, Éditions Nicolas Chaudun, Paris, 2011

 L’hotel Gellért avec ses célèbres bains, photo © Danube culture, droits réservés

« Sur l’île Marguerite, au lieu d’un bock de bière,
Je savourais, me promenant,
Un simple yaourt. Combien m’es-tu chère,
Avec ton doux feuillage au tendre bercement,
Mon île Marguerite, et tes prix raisonnables
Qui font que les soucis
Deviennent supportables !

Tel le chat dans la chaleur guettant les souris,
Moi je guettais sur l’île Marguerite
Les moindres tremblements
De la feuille la plus petite
Les moindres mouvements
Des plus infimes pousses.

Le goût de l’air depuis longtemps
Était celui d’une vieille bière sans mousse.
Pour me rafraîchir je sortis.
Sous les « Hoch » et les « Heil ! » qu’aussitôt j’entendis,
Lâchés chacun d’une rauque secousse,
J’aperçus soudain le visage cubique,
D’un beau rouge de brique,
De maint Wotan cagneux ! Et des choeurs d’artisans
Du Mecklembourg, âprement insolents,
Hurlaient, c’était immonde,
Hurlaient tous aussi fort
Que si les gaillards eussent été seuls au monde :
Leur grand rêves d’empire prenaient corps,
Ils entendaient le vivre !
Ils s’en louaient !
Vêtus de smoking bruns, les musiciens jouaient.
Mais pourquoi ? Pour quelle nation assez ivre ?

Qu’elle réponde donc, la haute autorité,
Qui se fiche bien de notre tranquillité !
Surpris, oh, je l’ai bien été !
Mais pourquoi diable, aussi, ai-je pensé bien vite,
Pourquoi m’en aller fourrer sur l’île Marguerite ! »

   Attila Jozsef (1905-1937), « L’île Marguerite »,  Aimez-moi, L’Oeuvre poétique, Phébus, Paris, 2005, édition réalisée sous la direction de Goerges Kassai et Jean-Pierre Sicre

L’île Marguerite, 1928

« C’était un bel octobre ensoleillé ; les effluves d’automne qui montaient de l’eau attiédie purifiaient l’air enfumé de la ville et, parfois, les rousses collines de la rive de Buda saluaient la rive de Pest de leur odeur de feuilles mortes. Lorsque s’allumaient les réverbères, les eaux du Danube se mettaient à bercer leurs reflets couleur de lune, et le souffle de la brise les effilochait en minces lueurs dorées qui, chevauchant des vagues à peine perceptibles, allaient se perdre entre les deux rives. »
Il faisait chaud. Une petite brise se levait de temps à autre, entrainant l’odeur de l’eau jusque dans le logis, depuis le Danube qui scintillait sous la fenêtre. Entrait encore la chaude odeur de poix des trottoirs fondant au soleil et les vapeurs d’essence des voitures roulant au dehors. Du linge frais lavé séchait sur une corde tendue dans la pièce donnant gaiement la réplique à l’odeur de l’eau et du soleil envoyé par le fleuve. »
Tibor Déry, (1894-1977), Niki, L’histoire d’un chien, traduit du hongrois par Ladislas Gara [Imre Lazslo], Les éditions Circé, Belval, 2011

« Il est émouvant de traverser un samedi soir les rues de la ville. Du plus luxueux des restaurants à la mode comme du plus sordide bouge où se réfugient les débardeurs, une même mélodie s’élève vers le ciel nocturne. Des voix viriles la portent sur leurs vibrations profondes et clament la même complainte. On dirait d’une voix immense qui lance vers la nue un grand appel désespéré. La musique hongroise semble se fondre en un hymne unique où toutes les voix répètent les mêmes accords, entonnés sur le même rythme.
Tous ces musiciens, tous ces chanteurs, tous ceux qui les écoutent communient sous les espèces de la mélodie et du rythme dans une même pensée nationale.
Le Hongrois chante quand il est triste. Il passe sa peine à l’exhaler dans son chant, c’est-à-dire à la fondre dans la grande complainte commune où son peuple entier a exprimé sa révolte ou son espoir depuis plus de mille ans.
Les mélodies qui chantaient la tristesse du Kuruc disent aujourd’hui sur les mêmes paroles, dans la gorge du citadin du vingtième siècle, comme dans celle du paysan, la même douleur. Les causes de la tristesse ont varié , le caractère du chagrin n’a pas varié. Dans la musique se conserve la continuité du tempérament national. Et en réalité ce n’est pas son affliction d’avoir été vaincu par l’Allemand, le Turc, l’Europe coalisée de 1918, qui s’exprime dans le chant hérité des ancêtres.C’est une peine plus profonde, celle d’être Hongrois. D’avoir été le Hongrois de Mohács, celui de Világos comme celui de Trianon. D’avoir été vainqueur du Turc, vainqueur de l’Allemand ou du Slave et vaincu par l’Europe ingrate, de s’être fait une patrie et de rester quand même un sans-patrie dans une Europe hostile où il est abandonné par sa race, par ses parents, par ses anciens alliés, d’être à la fois sédentaire et errant, de vouloir la paix et d’être harcelé par la guerre, de vouloir vivre et d’être menacé de mort.
La musique rappelle au Hongrois ce qu’il est. Elle lui fait revivre sa grandeur et sa misère. Elle est la forme symbolique où se manifeste le plus authentiquement la Hongrie.
Le public occidental ne connaît guère de la musique hongroise que quelques fragments qu’il ne sait pas toujours relier entre eux. En dehors de quelques auditions de Tsiganes, il n’a qu’en de rares occasions le moyen d’entendre des récitals ou des concerts de compositeurs comme Kodály, Dohnányi, Hubay, etc. Les oeuvres qui lui sont présentées sont surtout des compositions savantes, en partie inspirées par la technique des grands musiciens européens. Si grand que soit le mérite de ces oeuvres, elle ne donne aucune idée de ce qu’est la musique du Hongrois moyen. Mais ici encore, il convient de remarquer que les compositeurs hongrois même les plus européanisés ont toujours été dominés par la préoccupation de produire des oeuvres s’inspirant des motifs ou des éléments de la musique nationale plus particulièrement de la vieille musique paysanne. Leur mission a été d’exprimer en langage musical moderne la musique chantée par le paysan ou le soldat. De Liszt à Bártok, aucun n’y a failli. La production musicale hongroise est ainsi marquée d’une succession d’oeuvres comme la Rapsodie hongroise ou le Psalmus Hungaricus, sans parler des danses, des opéras, et toutes ces autres oeuvres où la musique occidentale s’allie à la complainte du Kuruc ou à la romance du berger de l’Alfold.
Je n’ai pas besoin d’ajouter que le public hongrois, avec la culture musicale qui le caractérise, sait apprécier aussi les grands chefs-d’oeuvres de la musique étrangère. Wagner a été joué à Budapest avant d’avoir obtenu de figurer régulièrement sur le répertoire allemand, Berlioz, qui a emprunté à la musique nationale hongroise la fameuse marche des cavaliers de Rákóczi, a été fêté en Hongrie alors qu’on l’ignorait en France. Aujourd’hui, nos virtuoses et nos compositeurs reçoivent là-bas, un accueil enthousiaste. Moi-même, je me rappelle les folles ovations décernées par une salle délirante à notre vieux maître Vincent d’Indy.
Mais le public des salles de concert ou d’opéra est en Hongrie comme en France une élite privilégiée. Son goût peut être des plus sûrs, il ne préjuge en rien de l’attitude du reste de la nation envers la musique. Ce qu’on vient de lire plus haut montre qu’en Hongrie, la musique, devenue une institution nationale, est la forme d’expression universelle et la plus authentique de la grande pensée de tout le peuple. »
Aurélien Sauvageot (1897-1988), Souvenirs de ma vie hongroise, Collège Eötvös József ELTE – Institut Français de Budapest, 1988
Linguiste distingué, fondateur de la Revue des Études finno-ougriennes.

Buda, 1933,  photo collection de la Bibliothèque Nationale Autrichienne

« Si on me demandait ce que la Hongrie a d’exceptionnel, je répondrais : Budapest. C’est une ville intelligente. »
Györgi Konrad (1933), 1988

« Ville faite de tout et de rien, d’un peu de tout, de beaucoup de rien, ville-fatras, ville fragile : Budapest
Ville faite à mesure, à notre mesure…
Iván Bächer, « Une ville pot-pourri », Budapest, Une ville au tournant du millénaire, Le goût de Budapest, Herald, 1996, Mercure de France, Paris, 2005

« C’est au milieu du pont Margit que l’on découvre Budapest dans toute sa splendeur : à l’est le parlement et l’animation de Pest, puis au sud, l’enfilade des ponts et, à l’ouest, les hauteurs du Buda: le mont Gellért et sa citadelle, la colline du château et l’église Saint-Mathias, et les treize autres éminences de la ville. Ce panorama résume l’histoire de la cité : un site exceptionnel, animé par un acteur non moins majestueux, le Danube. Avant la construction des ponts, il était impossible de le traverser pendant une bonne partie de l’hiver en raison des blocs de glace qu’il charriait ; de nos jours encore, il est fréquent qu’il gèle en surface. Contrairement à la légende, il n’est jamais bleu, mais se pare de mille couleurs suivant les saisons : gris-vert durant l’été et jusqu’à l’automne, il passe l’hiver en gris-blanc et s’habille de jaune au printemps. »
Catherine Horel (1966), Histoire de Budapest, Éditions Fayard, Paris, 1999

« Budapest est la plus belle ville du Danube ; savante auto-mise en scène, comme Vienne, mais avec un contenu plus substantiel et une vitalité qui fait défaut à sa rivale autrichienne…
« L’éclectisme de Budapest, le mélange des styles qui la caractérise, fait penser, comme toute Babel actuelle, à un avenir éventuel où grouilleraient les survivants de quelques catastrophe. Tout héritier des Habsbourg est un véritable homme du futur, parce qu’il a appris, bien avant les autres, à vivre sans futur, dans une constante discontinuité historique, c’est-à-dire à survivre au lieu de vivre. Mais le long de ces splendides boulevards, dans un monde si animé, si raffiné, où ne transparaît pas la mélancolie des pays de l’Est, même la survie est aimable et séduisante, magnanime et peut-être, par moments, presque heureuse. »
Claudio Magris, « Une glace à Budapest », in Danube, collection « L’arpenteur », Éditions Gallimard, Paris, 1988

Le « Budavári Palota » ou château de Buda sur la rive droite du Danube, photo © Danube-culture, droits réservés

« Je reviens de Budapest, où je me rends régulièrement depuis quelque trente ans : c’est une des rares belles villes européennes qui aient échappé aux deux fléaux de notre temps : 1° la pollution par le tourisme de masse ; 2° la spéculation immobilière. Le premier de ces fléaux a ravagé Prague, Florence, Venise. Le second a détruit Bruxelles, maint quartier de Bâle, de Paris. Budapest, comme on sait, est fait de la réunion de Buda, vieille colline baroque aux jolies rues tortueuses et pittoresques, et de Pest, grande ville qui s’est développée dans les années 1880, après que la Hongrie eut pris son indépendance. Buda, Prague en miniature, connaît le sort de Prague : c’est devenu un ghetto touristique, pour hordes qui se traînent derrière un parapluie. Pest, qui possède moins de charme immédiat, mais beaucoup plus de caractère et de force, a conservé tout ce qui faisait son prix. Par quel miracle ce qu’on a saccagé ailleurs reste-t-il ici préservé ?
En 1983, tout était gris, presque noir de saleté et d’abandon, tout était délabré, au bord de la ruine. Le régime communiste laissait dépérir les magnifiques immeubles Sécession, Art Nouveau, Art Déco. Il ne les a pas détruits, comme eussent fait des promoteurs privés. L’État communiste, qui en était propriétaire, n’avait aucun profit à tirer de leur démolition. Il les a donc laissé vivre, il les a sauvés du second fléau. Il suffisait, après la chute du communisme, de les rénover pour leur faire retrouver leur splendeur, et c’est ce qui a été fait, sous l’impulsion d’investisseurs étrangers assez intelligents pour réhabiliter de l’ancien magnifique plutôt que de construire du neuf banal ou hideux.
L’exemple le plus spectaculaire est l’immeuble dit « Gresham », qui s’élève, sur les rives du Danube, au bout du pont des Chaînes. Construit en 1906 par Zsigmond Quittner, il abritait autrefois
une compagnie d’assurances britanniques, puis, pendant l’ère communiste, des logements pour les citoyens. Faute d’entretien, il tombait en ruine, quand une entreprise canadienne le racheta pour le transformer en hôtel de luxe. La merveilleuse façade, comme d’un énorme palais aux dômes parsemés d’étoiles, a été conservée intacte, ainsi que le hall, immense verrière aux formes délicieusement tarabiscotées propres à l’Art Nouveau.
Le principal créateur de cette époque a été Ödön Lechner, dont les deux œuvres majeures, la Caisse d’épargne de la Poste et le musée des Arts décoratifs, restaurés eux aussi, offrent une débauche d’ornements sculptés, de tuiles colorées, de motifs en céramique, étourdissantes fantaisies qui introduisent dans l’architecture, genre d’habitude austère, un élément nouveau, la gaieté. Occasion de rappeler que Budapest, de toutes les villes d’Europe centrale, est la seule qui, par ses cafés, sa cuisine, ses vins, ses gâteaux, ses bains, sa musique, ait gardé quelque chose de la Belle Époque, ce sens du jeu, de la fête, qui a déserté Vienne comme Prague. Budapest, ou le bonheur retrouvé. »
Dominique Fernandez (1929), Art/Passions, Revue suisse d’Arts et de Culture, 10 mai 2012 

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, mis à jour décembre 2022 

Le Danube

Ce site aborde le fleuve dans une perspective holistique. On y parle d’histoire, d’ethnologie, d’environnement, de navigation, de bateliers, de musées de la batellerie, de climatologie, de destins liés au Danube, d’hydrographie, d’îles, d’oiseaux, de poissons , de pêcheurs, de bateliers, du delta, de voyages sur le Danube, de musique, de compositeurs, de cuisines et de vins, de croisières, de cinéma, d’étymologie, de festivals et de cultures, de peinture, de littérature, de souvenirs, de savoirs et savoir-faire, de coutumes, de métiers du fleuve, de mythes, de légendes et de personnages danubiens d’anthologie ou d’habitants des bords du fleuve.

L’une de ces légendes, parmi les plus belles de la mythologie européenne, ne raconte-t-elle pas que Jason et ses compagnons auraient remonté le Danube au retour de leur périlleuse expédition pour la conquête de la Toison d’or, depuis l’une de ses « bouches » dans la mer Noire jusqu’au confluent avec la rivière Sava ?

Brigach und Breg bringen die Donau zu Weg !
(La Brigach et la Breg ouvrent le chemin au Danube !)

Dicton populaire

Seul fleuve européen important à se diriger dans un axe général d’ouest en est, le Danube prend ses sources en Allemagne dans le massif de la Forêt-Noire (Bade-Wurtemberg) à Furtwangen pour les uns ou à Donaueschingen, considéré comme la source officielle, pour les autres.

On peut aussi considérer, pour apaiser cette querelle ancestrale, que le Danube prend à la fois ses sources à l’altitude de 1078 m au lieu-dit « Martinskapelle » (chapelle Saint-Martin) à Furtwangen (source de la Breg) et au lieu-dit « Sankt-Georgen-Brigach » situé à 925 m d’altitude (source de la Brigach) sur la commune de Sankt-Georgen-im-Schwarzwald tout comme à Donaueschingen puisque c’est ici que toutes les eaux de ces multiples sources et ruisseaux se rejoignent et s’unissent pour former officiellement le Danube. Le fleuve traverse ensuite une partie du vieux continent pour finir en apothéose sous la forme d’un magnifique delta, toujours en évolution depuis sa création, prodigue en biodiversité et en écosystèmes avant de se jeter en se divisant aujourd’hui en trois grands bras et de multiples ramifications secondaires dans la mer Noire, une mer fermée appartenant à part égale à l’Asie et à l’Europe dans laquelle se jettent d’autres grands fleuves comme le Dniestr, le Dniepr (appelé dans l’Antiquité le Boristhène) et le Boug, ces trois fleuves appartenant également au continent européen.

Les cours du Moyen et du Bas-Danube ainsi que le delta et les côtes occidentales de la mer Noire vus d’un satellite

Le Danube est dès sa naissance et sur de nombreux aspects, un fleuve fascinant et au destin complexe. Son histoire commence bien avant que les hommes ne viennent peupler et coloniser son delta, ses rives puis son bassin tout entier.

« Il regarda le Danube : l’eau coule. L’eau coule tous les jours, elle est maintenant à Immendingen, maintenant à Eckhartsau, maintenant à Apatin, maintenant à Chilia Veche et maintenant de nouveau à Immendingen. Quand sa journée était très bonne, que pouvait-il penser d’autre que le Danube est éternel et qu’il est lui-même le Danube ? »
Péter Esterhàzy

Le Danube en quelques chiffres…
Le Danube se distingue des autres fleuves par le fait que l’on en mesure sa longueur à contre-courant, de l’aval vers l’amont, de l’extrémité d’un de ses bras (le bras de Sulina) jusqu’à ses sources de Donaueschingen ou de Furtwangen ; une longueur difficile à déterminer de manière précise d’autant plus qu’elle fut variable au cours du temps en raison du travail du fleuve tout au long de son périple jusqu’à la mer Noire et des nombreux aménagements des hommes, principalement à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle. Ces aménagements permirent d’améliorer et de sécuriser la navigation, de lutter contre les inondations mais eurent également pour conséquence de réduire non seulement sa longueur de 134 km mais aussi sa largeur en de nombreux endroits.
Longueur totale (actuelle) du Danube, de Sulina (kilomètre zéro, Dobroudja, Roumanie) jusqu’à la source de la Breg en Forêt-Noire (Furtwangen, Bade-Wurtemberg, Allemagne) : 2 888 km (on trouve également parfois le chiffre de 3019 km…).

Le Danube mesure 2 840 km de Sulina jusqu’à Donaueschingen (Allemagne) où le Danube prend officiellement sa (ses) source(s).

La bassin rénové du Danube dans le parc du château des princes de Furstenberg à Donaueschingen, lieu officiel (mais contesté par les habitants de Furtwangen) de la naissance du Danube, photo © Danube-culture, droits réservés

De Sulina (km 0) à Galaţi (PK 151), le parcours du fleuve est considéré comme une route maritime, aussi se mesure-t-il sur celui-ci en milles marins (1 mille marin = 1, 852 km).

En aval de Sulina et du point kilométrique zéro à partir duquel on mesure les distances sur le fleuve, le Danube poursuit son chemin vers la mer Noire, photo © Danube-culture, droits réservés

La distance en ligne droite entre le confluent de la Breg et de la Brigach à Donaueschingen et l’embouchure du fleuve est de 1 630 km, donnant ainsi un coefficient de sinuosité de 1,7.
Le Danube n’est qu’à la vingt-neuvième place (en considérant que sa longueur est de 3019 km) parmi les plus grands fleuves du monde ! C’est toutefois le plus long fleuve d’Europe après la Volga (3 740 km, 3545 km selon d’autres sources), un cours d’eau qui se jette dans la mer Caspienne, draine un bassin de 1 350 000 km2 et qui n’est pas le plus grand fleuve prenant sa source sur le territoire de la Russie. Il faut rappeler que le Danube et la Volga ont des caractéristiques très différentes.

Le Danube franchit de ses sources en Forêt-Noire jusqu’à la mer Noire 22 longitudes.

Au confluent de la Breg et de la Brigach à Donaueschingen (Bavière), les premiers pas officiels du Danube, photo © Danube-culture droits réservés

Un très faible dénivelé
Le dénivelé total du fleuve, depuis Donaueschingen jusqu’à la mer Noire n’est que de 678 m. La pente moyenne est donc très faible et n’est égale en moyenne qu’à 25 cm/km ! Si le coefficient de sa pente dépasse les 1% en amont d’Ulm il s’abaisse à 0,5% entre le confluent du Lech et Regensburg (Ratisbonne) puis à 0,2% sur la fin de son parcours allemand jusqu’à Passau. Le dénivelé reprend ensuite un peu d’ampleur pour atteindre une moyenne de 0,4% à la hauteur de Bratislava puis s’abaisse à 0,1% sur la frontière slovaco-hongroise et à 0,006% dans la plaine panonienne, remonte à 0,3% dans le passage entre les Carpates et le Balkan, défilé dit des Portes-de-Fer (avec des variations entre 0,04 et 2%) avant de redescendre à 0,05% jusqu’à Cernavodă (Roumanie, rive droite) et enfin 0,01% au-delà jusqu’à la mer Noire.

Débit
   Le fleuve a un débit annuel moyen d’environ 203 millions m3 (6 500 m3/s).

Le Danube en Strudengau (Haute-Autriche) à l’automne, photo © Danube-culture, droits réservés

Régime
   Rassemblant des eaux en provenance des hautes montagnes (Alpes), de moyennes montagnes (Carpates, Balkan…) et de leurs contreforts, de hauts plateaux, de bassins et de plaines, le Danube possède un régime d’écoulement très complexe dont le profil évolue depuis celui d’une rivière de montagne jusqu’à celui d’un grand fleuve de basse plaine. De nombreuses crues affectant en particulier le Haut et le Moyen-Danube caractérisent son histoire mais ces crues dévastatrices n’affectent pas toutefois l’ensemble du bassin en raison du « décalage chronologique qu’apportent à leur propagation les conditions d’écoulement, et de l’hétérogénéité des influences météorologiques. »

Une image de plus en plus rare : le Danube bulgare à la hauteur de Ruse entièrement gelé pendant l’hiver 1985, photo droits réservés

Le fleuve peut encore certains hivers rigoureux, en traversant des régions à climat continental, charrier des glaces qui provoquent alors des embâcles remontant vers l’amont à partir de rétrécissements situés entre les reliefs. Il n’était pas rare autrefois que le Bas-Danube soit également pris par les glaces entre le port de Cernavodǎ et les embouchures, bloquant tout trafic fluvial pendant plusieurs semaines voire plusieurs mois.

Principales crues historiques : 1342, 1501, 1572, 1598, 1670, 1736, 1787, 1838 (Budapest), 1897, 1899, 1954, 1956, 1965, 1970, 2002, 2006, 2010, 2013 

Le long du Haut et Moyen-Danube se rencontrent de nombreux témoignages d’importantes inondations comme ici à Szentendre (Hongrie), photo © Danube-culture, droits réservés

Principaux affluents
   Le Danube reçoit au long de son cours plus de 300 affluents parmi lesquels, d’amont en aval, l’Iller (147 km), le Lech (264 km), l’Isar (292 km), l’Inn (515 km), rivière alpine dont certains observateurs ont prétendu que son débit serait supérieur à celui du Danube à la hauteur de son confluent avec celui-ci à Passau (Bavière), l’Enns (349 km), la Traun (153 km) , la Morava (March, 329 km), la Leitha (Lajta, Litava, 180 km), la Váh (Waag, 378 km), la Gran (Hron, 298 km), l’Ipoly (Eipel, 232 km), la Drava (707 km), la Tisza (Tisa, Theiß, 970 km), la Sava (Save, 940 km), le Timiș (359 km), la Velika Morava (245 km), le Timok (184 km), le Jiu (331 km), l’Iskǎr (368 km), l’Olé (Olt, 670 km), la Yantra (285 km), l’Argeş (327 km), le Siret (726 km) et le Prut (Prout, 967 km). Tous ces affluents prennent leurs sources dans l’un des trois massifs montagneux récents que le fleuve côtoie : les Alpes, les Carpates et les Balkans.

Débit du fleuve et apport des principaux affluents

Le fleuve le plus international au monde !
10 pays se « partagent » aujourd’hui les rives du Danube ce qui en fait le fleuve le plus international au monde : d’amont en aval, Allemagne, Autriche, Slovaquie, Hongrie, Croatie, Serbie, Roumanie, Bulgarie, Moldavie, Ukraine. Toutefois le Danube est un fleuve du continent européen qui n’a aucune nationalité ; il n’appartient en réalité à aucun pays qu’il borde ou traverse. Il n’est ni allemand, ni autrichien, ni slovaque ou hongrois, croate, serbe, roumain, bulgare, ukrainien ou moldave. Le Danube est le Danube !

Bassin versant danubien (de la Suisse orientale à la Moldavie) : un espace cohérent ou source de tensions ?
Un bassin versant est une étendue drainée par un cours d’eau et l’ensemble de ses affluents, le tout limité par une ligne de partage des eaux.
Le bassin versant du Danube, qui occupe le vingt-cinquième rang mondial et qui représente une superficie totale de 817 000 kmsoit environ un douzième du continent européen, englobe la totalité ou une partie de 19 (ou 20 avec le Monténégro) pays européens pour une population d’environ 83 millions d’habitants. Il s’étend à partir de 8° 09’ (sources de la Breg et de la Brigach) jusqu’au 29° 45’ de longitude est (delta sur la mer Noire). Les 20 pays sont la Moldavie, l’Ukraine, la Bulgarie, la République de Macédoine, l’Albanie, la Roumanie, la Serbie, la Hongrie, la Slovaquie, la Pologne, le Monténégro, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, la Slovénie, l’Autriche, la Tchéquie, l’Italie, l’Allemagne et la Suisse. Le point le plus méridional du bassin danubien se situe au 42° 05’ de latitude nord, à la source de son affluent de la rive droite l’Iskar dans le massif du Rila (Bulgarie), et son point le plus septentrional à 50° 15’ de latitude nord, à la source de la Morava (March, rive gauche) en République tchèque à la frontière tchéco-polonaise.
Selon sa structure géologique et géographique, le bassin versant du Danube peut-être divisé en 3 régions : Le Haut-Danube, le Moyen-Danube et le Bas-Danube que les Grecs de l’Antiquité appelaient « Ister ».
Un tiers de ce bassin appartient aux grands massifs montagneux récents (Alpes, Carpates, Balkans, Monts dinariques) et les deux autres tiers sont représentés par des montagnes moyennes de formation plus ancienne (Forêt-Noire, Jura souabe et franconien, Forêts de Bavière et de Bohême, Hauteurs tchéco-moraves), des plateaux (Dobroudja, Ludogorie, plateau moldave, Podolie) et de grandes plaines (plaine panonienne ou Alföld, plaine roumano-bulgare).

Bassin-du-Danube

Bassin versant du Danube ; le fleuve au coeur d’un important et indispensable réseau hydrographique européen. Il manque sur cette carte l’Albanie et la Macédoine dont une infime partie de leur territoire appartient au bassin du Danube (source Wikipedia)

Le bassin du Danube avoisine à l’Ouest et au Nord-Ouest, près de ses deux sources, le bassin du Rhin, confine au Nord au bassin de la Weser, de l’Elbe, de l’Oder et de la Vistule, au Nord-Est au bassin du Dniestr et au Sud aux bassins versants des fleuves tributaires de la mer Adriatique et de la mer Égée.

Climat
En raison de sa forme allongé d’Ouest en Est et de la variété de son relief, le bassin versant du Danube reflète des conditions climatiques très diversifiées : influences océaniques (Haut-Danube), influences méditerranéennes dans les territoires traversés par deux de ses affluents, la Drava et la Sava (Haut et Moyen-Danube), climat continental aux hivers rigoureux dans les régions danubiennes orientales (Bas-Danube). Le climat est également tributaire de l’altitude et de l’exposition au vent ou non. Ensoleillement, nébulosité, régime des précipitations et des vents contribuent à complexifier le climat et sont à l’origine de nombreux microclimats sur les rives danubiennes.

Le Danube et les hommes : berceau des premières civilisations européennes

   « Ne pourrait-on reprendre à propos [du Danube] et des grands fleuves la formule de Montaigne et les dire « ondulants et divers »? Tantôt abondants et tantôt amaigris, tantôt clairs et tantôt chargés de boue, tantôt rapides et tantôt lents, et toujours changeants d’un instant, d’une saison ou d’une longue période à l’autre. Cette diversité et cette puissance font que, en tout temps et en tout lieu, les fleuves offrent, dans une perspective anthropocentriste un double aspect ; il y a le fleuve hostile par sa force brutale, par ses crues, par les maladies qu’il véhicule ; mais il y a aussi le fleuve qui offre une ressource abondante, des terres fertiles et planes sur ses rives, son énergie. Cela dans des contextes de milieux naturels et d’environnements culturels également divers, de sorte que le problème des relations qui s’établissent entre un fleuve et les collectivités humaines qui occupent et se partagent son bassin suppose autant de variations qu’il y a de fleuves et de lieux dans le bassin du fleuve: tel cadre est-il ou non favorable à l’emprise et à l’action humaine ? Quelles variations le temps et les systèmes socioculturels introduisent-ils dans ces systèmes de relations ? Quelles sont finalement les résultantes du jeu combiné des relations entre le fleuve et les hommes ? »
Jacques Bethemont, « Les temps du fleuve » in « Les grands fleuves, Entre nature et société », Armand Collin, Paris, 2002, p. 52

On trouve sur les rives du Danube des témoignages de la présence humaine parmi les plus anciens du continent européen. Plusieurs représentations féminines et mythiques de la préhistoire dites Vénus symbolisent le lien intime des hommes avec le fleuve dès le Paléolithique comme la Vénus de Hohle Fels découverte en 2008 non loin du fleuve dans une grotte du Jura souabe, près d’Ulm (Allemagne), sculptée dans de l’ivoire de mammouth et datée d’env. 35 000-40 000 ans av. J.-C., celle de Galgenberg ou encore Fany von Galgenberg, statuette en serpentine verte retrouvée en 1988 à Strautzing, près de Krems, dans la séduisante Wachau (Autriche), datée de plus de 32 000 ans avant J.-C., la Vénus de Willendorf, découverte auparavant en Autriche dans la région de la Wachau (1908), divinité fluviale aux formes généreuses de l’époque glaciaire (entre 30 000 et 20 000 avant J.-C.) en calcaire. D’autres trésors archéologiques plus récents ont été retrouvés sur l’extraordinaire site archéologique de Vinča (Serbie), lieu sur lequel les hommes s’étaient installés dès la première période du Néolithique moyen, époque qualifiée « d’âge d’or du genre humain » par le poète romain Ovide. Tout comme celui de Vinča, le site serbe encore plus ancien de Lepensky Vir (9500 – 6200 av. J.-C.) témoigne également du haut degré de savoir-faire de ces premières civilisations danubiennes et européennes ainsi que de leur lien intime avec le fleuve.

Vénus paléolithique de Hohle Fels, Jura souabe, photo droits réservés

Les premiers navigateurs dans le delta du Danube auraient été les Phéniciens suivis des Égyptiens. Ceux-ci pourraient selon certaines sources l’avoir dénommé « Triton »  en référence au Nil. Les ressources en minerais divers des Carpates étaient vraisemblablement connues de ce peuple dès la XVIIIe dynastie des pharaons (1580-1350 avant J.-C.). Certains géographes grecs pensaient même que le chemin de l’Istros, nom attribué par les Grecs au Bas-Danube, était connu de Sesostris III (vers 1872-1854 avant J.-C.). Les marins grecs (VIIIe et VIIe siècles avant J.-C.) s’aventurent sur le Bas-Danube dans l’intention de découvrir de nouveaux territoires mais aussi de nouer des relations commerciales avec les populations autochtones. Les armées du souverain Perse Darius Ier (vers 550-486 av. J.C.) vont aussi s’avancer dans la région du delta et du Bas-Danube mais elles sont obligées de battre en retraite devant les redoutables tributs nomades scythes bien plus au fait de la géographie spécifique de ce territoire. Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.) fait campagne contre les tributs Gètes et Triballes appartenant au peuple thrace en 335 av. J.-C. À partir de 500 av. J.-C. les premières tributs celtes, dont la langue pourrait être à l’origine du nom de Danube, s’installent au bord du fleuve. À l’époque de la conquête romaine les peuples indigènes de la région du Danube se partagent en quatre catégories plus ou moins distinctes : les Celtes au nord-ouest, les Illyriens (ouest), à l’est les Daces et les Thraces au nord et au sud.

Vestiges sur la rive serbe du pont romain dit « de Trajan » construit en 103-105 par l’architecte Appolodore de Damas, photo © Danube-culture, droits réservés

Les conquêtes romaines orientales datent de l’apogée de l’empire (100-300 ap. J.-C.) et font de « Fluvius Danubius » une de ses principales frontières. Les légions y surveillent le fameux « Limes » (zone frontalière) avec ses camps fortifiés le long du fleuve qui protègent plus ou moins bien l’empire des tributs barbares qui n’hésitent pas si besoin, à traverser un fleuve qui n’est pas un obstacle quand celui-ci est gelé certains hivers ou en raison d’un lit peu profond et la présence de nombreux gués. Les flottes militaires romaines danubiennes (Ier-VIe siècles ap. J.-C) comme la Classis Flavia Moesica, (Ier-IIIsiècles ap. J-C) dans la zone du Bas-Danube ou la Classis Flavia Pannonica, basée sur le Moyen-Danube à Carnuntum (rive droite), en aval de Vindebona (Vienne) avec un détachement à Brigetio (Szőny), stationnent dans des ports près de camps militaires sur les rives danubiennes  et sur le littoral de la mer Noire. Ces flottes bien adaptées au contexte danubien, naviguent habilement et rapidement avec différents types de bateaux (liburnes) suivant les époques et les missions sur le Danube et certains de ses affluents comme la Drava et la Morava (March). Le fleuve, entièrement sous domination romaine des sources jusqu’au delta, (les Romains sont probablement les seuls à l’avoir réussi de toute l’histoire humaine !) devient en même temps un axe commercial et de communication. Le déclin de l’empire romain bouleverse l’ordre établi, laissant une situation de plus plus instable et un territoire ouvert aux invasions et aux migrations de tributs nomades de l’Asie centrale et d’ailleurs. Profitant du chaos, les Avars établissent leur domination sur le Moyen-Danube (500-800 ap. J.-C.), domination à laquelle met fin à son tour l’avènement de Charlemagne et de l’Empire franc.
Se sont implantées auparavant sur les territoires des deux empires de nombreuses tributs que le bassin danubien occidental séduisait tout autant : Goths, Huns, Tatars, Magyars, Germains, Slaves, Francs, Tsiganes… et autres peuples venus souvent des steppes orientales et de contrées encore plus lointaines. Succédant à Rome les empires byzantins puis le premier et second empires bulgares dominent partiellement le Bas-Danube jusqu’au XIVe siècle. De redoutables expéditions mongoles viennent toutefois semer à plusieurs reprises la désolation dans ces contrées. Les Ottomans commencent à investir à leur tour les anciennes régions danubiennes byzantines et s’y installent pour une longue période. Manifestant des velléités de conquêtes européennes pendant trois siècles (XVe-XVIIe siècles), ils vont continuer à s’avancer et s’étendre peu à peu vers l’ouest annexant tout d’abord le Bas-Danube puis une grande partie du fleuve hongrois jusqu’au delà de Budapest justifiant parfaitement l’appellation de « Danube ottoman ».

Les armées ottomanes assiègent sans succès Vienne pour la deuxième et dernière fois en 1683, collection du Musée de la ville de Vienne

Ces Ottomans seront difficilement repoussés à deux reprises aux portes de Vienne qu’ils assiègent en 1529 et 1683, par des coalitions d’armées catholiques et alliées. Tout comme les Romains, les Ottomans (La Grande Porte) avaient bien compris les intérêts stratégiques et économiques de maîtriser la navigation sur le Danube et s’y sont employés avec un certain succès. Ils s’appuient pour leurs conquêtes (et pour leurs échanges commerciaux !) sur des embarcations inspirées de leur flotte maritime mais adaptées aux conditions particulières et complexes de la navigation danubienne.

L’ïle d’Adah Kaleh dans les Portes-de-Fer, perle ottomane dont l’existence reste encore de nos jours le souvenir de la longue présence turque sur le moyen et le bas-Danube. L’île a malheureusement disparu en 1972, engloutie sous les eaux du gigantesque réservoir du barrage roumano-yougoslave des Portes-de-Fer (Djerdap I) .

L’Empire russe profite dès le début du XIXe de la fragilisation de l’Empire ottoman (onze conflits opposeront ces deux empires entre 1568 et 1878 !) pour le harceler et s’installer en Bessarabie et dans le delta puis il occupe provisoirement la Moldavie et la Valachie, alors principautés danubiennes sous domination turque dont il dit vouloir protéger la population orthodoxe… Celles-ci retrouveront leur indépendance perdu depuis plusieurs siècles en 1878. La situation sur le cours inférieur du fleuve et dans les régions riveraines reste instable, confuse et tributaire des nombreux affrontements qui s’y déroulent dans la deuxième moitié du XIXe siècle et au début du XXe : guerre de Crimée (1853-1856), guerres russo-turques danubiennes (1686-1878), guerres balkaniques (1912-1913), Ière Guerre Mondiale. Des alliances se font et se défont au gré des alliances et des contre-alliances, des trahisons, des gouvernements et des opportunités.

Un des nombreux passage du Danube par les armées russes, peinture de N. Dimitriev (1883)

Le Traité de Paris (1856) qui met fin à la guerre de Crimée, décrète également la liberté de navigation pour les bateaux de tous les États sans obligation de redevance des nations riveraines. Une Commission Européenne du Danube voit le jour. Elle sert en grande partie les intérêts des pays d’Europe de l’Ouest qui en sont membres. Elle est d’abord chargée de la gestion du secteur de navigation entre Galaţi (PK 150/ 81 Mille) et les embouchures puis de Brǎila (PK 170), en amont de Galaţi sur la rive gauche  jusqu’à la mer Noire et de l’aménagement des bras de Sulina et celui méridional de Saint-Georges. Elle cédera ultérieurement la place à une administration roumaine spécifique.

Le port de Sulina aménagé par la Commission Européenne du Danube au début du XXe siècle

La première guerre mondiale voient s’affronter sur le Danube même les flottes fluviales militaires et sur ses rives les armées de la Triple Entente (Russie, Royaume-uni et France) et de leurs alliés avec celles de la Triple Alliance (Autriche-Hongrie, Italie, Allemagne). La géographie des rives du Moyen et du Bas-Danube est bouleversée avec la défaite et la disparition de l’Empire austro-hongrois. De nombreuses grandes villes et leurs installations portuaires danubiennes seront bombardées lors de la seconde guerre mondiale, les ponts détruits, en particulier à Budapest lors de la retraite des armées nazies, ce qui a pour conséquence de stopper toute navigation commerciale.

Le pont Elisabeth parmi les ponts détruits de Budapest à la fin de la deuxième guerre mondiale, photo domaine public

De la frontière austro-tchécoslovaque jusqu’au delta, le fleuve sera sous surveillance et domination soviétiques, de 1945 jusqu’en 1989. Une nouvelle commission internationale, la Commission du Danube, composée cette fois exclusivement des États riverains mais sans l’Autriche et l’Allemagne qui la rejoindront ultérieurement, est mise en place suite à la Conférence et à la Convention de Belgrade (1948). Le Danube connait ses derniers affrontements lors de la guerre croato-serbe (1991-1995) mais pourrait dans le cadre de la guerre russo-ukrainienne en vivre de nouveaux sur le bras de Kilia (Chilia), voie d’eau au bord de laquelle se trouvent les ports fluviaux ukrainiens d’Ismaïl et de Reni (rive gauche).

Longue est la liste des empires et des nations du bassin danubien qui connaissent d’abord une expansion puis déclinent, se replient sur leur territoire d’origine voire disparaissent pour certains d’entre eux. Aucun empire n’a échappé à cette loi impitoyable. Il y a là pour l’Europe d’aujourd’hui une édifiante leçon d’histoire à méditer.

Malgré les conflits récurrents et des situations politiques parfois instables, des volontés plus ou moins ouvertes d’annexion de la navigation sur le fleuve, le Danube est resté un axe sur lequel et le long duquel les échanges, les routes commerciaux et culturels se sont développés.

L’Union européenne a fait du fleuve depuis 1997 un de ses neuf corridors prioritaires de transport multimodal au sein du marché unique européen, le corridor VII de transports paneuropéen ou corridor Rhin-Danube via le Main, un affluent du Rhin. Il semblerait qu’aujourd’hui, du moins en ce qui concerne le Moyen et le Bas-Danube, les priorités d’aménagement et de transport se soient reportées bien plus sur les infrastructures routières (ponts, routes et autoroutes) que sur le fleuve lui-même imparfaitement équipé en installations portuaires performantes. Le trafic fluvial sur cette partie de son cours stagne voire régresse alors que le transport des marchandises par camion a, quant à lui, explosé avec des conséquences environnementales dues à l’augmentation du traffic routier préoccupantes. Des perspectives inédites d’échanges commerciaux et de modalité ont engendré la construction de nouveaux ponts sur le Bas-Danube comme ceux de Belgrade, Calafat-Vidin ou celui de Brăila (bientôt achevé). Certaines liaisons par bac pourraient par conséquence disparaitre du paysage danubien.

Navigation
Le Danube est navigable sur 2655 km sous certaines conditions pour les petites unités depuis Ulm (Bavière, Allemagne) jusqu’à la mer Noire et pour les grosses unités de Kelheim  jusqu’à la mer Noire (bras de Sulina, Roumanie), soit sur une distance officielle de 2 414, 72 km (sources Via Donau). 34 affluents et sous-affluents du Danube sont ou ont été navigables sur une une partie de leur cours parmi lesquels, d’amont en aval, l’Inn, la  Salzach, la Traun, l’Enns, la Morava, la Vah, la Drava, la Tisza la Save, la Velika Morava le Timiş, la Bega, le Prut, le Siret portant théoriquement la totalité de la longueur navigable sur le Danube, ses affluents, sous-affluents et les canaux à 8000 km.

Un bateau des services de la navigation slovaque en amont de Bratislava, photo © Danube-culture, droits réservés

Le régime de sa navigation est administré depuis Kelheim jusqu’à Sulina par la Convention de Belgrade de 1948 et deux protocoles additionnels de 1998 dont la mise en application est confiée à une commission internationale, la Commission du Danube qui siège à Budapest.

Les enjeux internationaux du fleuve : le long et difficile processus de la navigation commerciale

Des échanges commerciaux se mettent dès l’Antiquité en place et des marins et des commerçants grecs fondent des comptoirs sur le Bas-Danube ou sur le littoral de la mer Noire comme Argamon (Orgame, VIIe siècle av. J.-C.) sur le cap Halmyris (Dolojman), Histria (VIe siècle avant J.-C.) surnommé la Pompéi roumaine, Tomis (Constanţa) ou Callatis (Mangalia). L’Empire romain, après ses victoires et ses conquêtes territoriales, assure pendant quelque temps la stabilité relative de ses frontières grâce à la surveillance de la navigation sur le fleuve jusqu’à son delta avec sa flotte militaire répartie sur plusieurs bases et encourage le transport fluvial. Lui succède un Empire byzantin qui connaîtra de nombreuses crises successives. La navigation sur le fleuve va être plus tard jusqu’aux conquêtes ottomanes des rives du Danube aux mains des diverses entités politiques riveraines et de leurs représentants locaux plus ou moins officiels qui parfois s’émancipent de leur tutelle supérieure et imposent aux bateaux de commerce des taxes prohibitives ou pratiquent le pillage. L’Empire ottoman et l’Empire autrichien s’affrontent pour le partage du fleuve du XVIe au XVIIIe. La navigation commerciale (transport des céréales…) sur le Bas-Danube (Empire ottoman) au profit de Constantinople, dure jusqu’au dernier tiers du XIXe siècle malgré le long déclin de celui-ci.

Le XIXe sera l’époque qui verra enfin la concrétisation de l’idée d’un statut international pour le fleuve. Cette idée inspirée de la révolution française ne pourra se réaliser qu’en 1856 à cause d’un centralisme viennois obtus, des nationalismes qui vont agiter les peuples danubiens et des guerres balkaniques et de Crimée.

Le traité de Paris est signé le 18 mars 1856. En vertu de l’article 16 de celui-ci une première commission internationale voit le jour, la Commission Européenne du Danube qui est chargée des travaux d’aménagement « nécessaires, depuis Isaktcha (Isaccea, rive droite, mille 56,05), pour dégager les embouchures du Danube, ainsi que les parties de la mer y avoisinant, des sables et autres obstacles qui les obstruent, afin de mettre cette partie du fleuve et lesdites parties de la mer dans les meilleures conditions possibles de navigabilité pour tous les bateaux et favorisant l’exportation des ressources des pays du bas-Danube au profit de l’Europe occidentale et de la Turquie. » Le mandat de la C.E.D. dont le siège est à Galaţi, qui n’était initialement que de deux ans, sera étendu jusqu’à la fin des travaux puis il sera à nouveau prolongé à plusieurs reprises jusqu’en 1939, date à laquelle la C.E.D. transmet à la Roumanie la gestion des aménagements réalisés dans le delta du Danube. Une nouvelle convention sera signée en 1921, après la première guerre mondiale pendant laquelle le Danube a lui-même été le théâtre d’affrontements tragiques. Une Commission Internationale du Danube (C.I.D.) est instituée, complémentaire de la Commission Européenne du Danube qui s’occupe du secteur Brăila-mer Noire. La C.I.D. s’occupe des problèmes de navigation sur le reste du fleuve et des affluents correspondant. Elle est dissoute en 1940 à la conférence de Vienne, sous la pression des nazis. La navigation danubienne commerciale est totalement interrompue pendant la deuxième guerre mondiale.

Un des phares construits par la Commission Européenne du Danube à Sulina, aujourd’hui situé du fait de l’avancée du Delta du Danube à 2 km environ du bord de la mer et transformé en musée de la C.E.D., actuellement en rénovation, photo © Danube-culture, droits réservés

Une nouvelle commission internationale, la Commission du Danube  dominée initialement par l’URSS et ses pays satellites, est établie à la suite de la Convention relative au régime de navigation sur le Danube, signée le 18 août 1948 à Belgrade. Elle a son siège à Budapest.

Ses compétences en terme de navigation s’exercent depuis cette date et s’étendent d’Ulm (Allemagne) jusqu’à Brǎila (Roumanie). Une Administration roumaine du Bas-Danube, dit « Danube maritime », gère en complément, le secteur de Brǎila jusqu’à Sulina.

Navigation maritime sur le bras aménagé de Sulina, photo © Danube-culture, droits réservés

Les enjeux environnementaux du Danube : un fleuve régulé, canalisé sur une grande partie de son cours et une nature fragilisée

Les premiers tentatives de régulation du fleuve ont eu lieu dès l’époque romaine puis à la Renaissance (XVIe) mais c’est à partir de la fin du XVIIIe siècle que les grandes initiatives d’aménagement pour la navigation, la régulation du fleuve et la protection contre les inondations voient le jour. Elles vont s’amplifier et se poursuivre tout au long des deux siècles suivants avec pour conséquence, conjointement à l’industrialisation d’une partie des rives danubiennes, au développement économiques et démographiques des villes en particulier de Vienne, capitale de l’empire austro-hongrois et de Budapest, puis à la construction de nombreux et grands barrages à partir du milieu du XXe siècle sur les cours allemands et autrichiens du fleuve mais aussi plus récemment en Slovaquie (Gabčikovo) et en aval, à la hauteur des Portes-de-Fer (Djerdap I et II), la modification considérable de son cours entraînant la disparition, à quelques miraculeuses exceptions près, d’une grande partie des zones humides qui caractérisaient le fleuve dans ses parties hautes et moyennes tout comme une sévère réduction des habitats naturels et de son exceptionnelle biodiversité, la disparition ou la raréfaction préoccupante de certaines espèces de poissons dont l’emblématique esturgeon sur le Moyen et le Bas-Danube, victime d’une pêche incontrôlée et de braconnage et des obstacles construits par l’homme. Le Danube est aujourd’hui le symbole des problématiques transfrontalières environnementales du continent européen auxquelles de nombreuses initiatives, pas toujours cohérentes, tentent de trouver une réponse durable. Le conflit entre la Russie et l’Ukraine pourrait également, dans un proche avenir, engendrer des conséquences néfastes importantes pour la zone septentrionale du delta du Danube voire au-delà (destruction de sites naturels, bombardement des villes ukrainiennes riveraines du bras de Chilia, pollutions diverses…).

Un « produit » de l’histoire humaine
Le Danube a été et est encore aujourd’hui, à l’image d’autres cours d’eau européens, considérablement impacté par la présence des hommes sur ses rives. Plus de 80% de la longueur du fleuve ont ainsi été aménagés et sévèrement régulés. Plus de 700 barrages et déversoirs ont aussi été édifiés le long de ses principaux affluents. Son cours a été raccourci de 134 km et sa largeur a été réduite jusqu’à 40% depuis le milieu du XIXe siècle. Certains de ses principaux affluents ont également tel la Tisza ou la Drava ont subi le même sort. Pendant cette même période la quantité de sédiments qui se dépose dans le delta du Danube s’est aussi effondrée, diminuant de plus de la moitié et provoquant des mutations irréversibles. Le réchauffement climatique impacte déjà également le débit du fleuve avec des conséquences pour la navigation ainsi que sa biodiversité.
Ces chiffres illustrent à quel point les hommes ont métamorphosé le profil du fleuve avec la construction de barrages puis de centrales hydroélectriques, d’ouvrages de rectification du cours, de protection contre les inondations et d’autres aménagements. Mais où est donc le Danube d’antan ?

Le barrage roumano-serbe Djerdap I, dans les Portes-de-Fer, a certes considérablement amélioré la navigation dans cette partie du fleuve autrefois problématique et offert une énergie hydraulique abondante. Ce fut toutefois au détriment d’un patrimoine culturel et environnemental d’exception et une des causes de la disparition des esturgeons en amont, photo © Danube-culture, droits réservés

Ce n’est que depuis les 30 dernières années que des efforts pour inverser la tendance et tenter de restaurer ou de préserver les espaces naturels ceux-ci ont été entrepris. Parmi les organismes les plus actifs, l’ICPDR/IKSD (The International Commission for the Protection of the Danube River, Commission Internationale pour la Protection du Danube) est une organisation internationale composée de 14 États coopérants et de l’Union européenne. Issue de la Convention sur la protection du Danube, signée par les pays du Danube en 1994 à Sofia (Bulgarie), elle est active à partir de 1998. L’ICPDR est depuis devenu l’un des organismes internationaux les plus importants et les plus dynamiques en matière de gestion des bassins hydrographiques en Europe. Elle s’occupe non seulement du Danube lui-même, mais aussi de l’ensemble du bassin du fleuve, qui comprend ses affluents ainsi que ses ressources en eau souterraine.

D’autre part une plate-forme scientifique  internationale rassemble désormais les plus importantes réserves naturelles danubiennes de biosphère dont celle du delta et les principaux parcs nationaux de 9 des 10 pays riverains du fleuve (Ukraine exceptées). Scientifiques et chercheurs collaborent, dans le cadre d’initiatives transfrontalières, à l’étude et à la protection de l’environnement et mettent en place des projets pour la reconstitution de milieux naturels danubiens endommagés par l’homme.

   Des actions en faveur de la biodiversité sont aussi initiées par le WWF comme le repeuplement du delta et du Bas-Danube roumain, bulgare et ukrainien par les esturgeons, une espèce menacée d’extinction ainsi que par des associations locales de protection de l’environnement. Mais de nombreux dangers et difficultés subsistent.

   Le Danube demeure un écosystème d’une grande fragilité qu’il faudrait protéger avec une vigilance accrue et une collaboration internationale qui peine à se mettre en place malgré certaines initiatives louables. On peut s’interroger et s’inquiéter de son devenir face à la rapidité du changement climatique et à ses conséquences sur le fleuve, son bassin, sa biodiversité et les populations riveraines.

Le Pélican, oiseau emblématique du delta du Danube a bien failli disparaître. Aujourd’hui pélicans blancs et frisés sont protégés mais leur nombre a considérablement diminué depuis le début du XXe siècle, photo droits réservés

Un fleuve et un bassin multiculturels
Le bassin danubien se caractérise d’abord et ce depuis l’antiquité, comme un territoire de nombreuses migrations et invasions, un espace habité en conséquence par des populations d’une très grande diversité ethnique ainsi que par la présence d’un magnifique patrimoine naturel et multiculturel.

De nombreuses langues sont parlées sur les rives du fleuve parmi lesquelles l’allemand, le slovaque, le hongrois, le serbo-croate, le roumain, le bulgare, le moldave, l’ukrainien, le russe, l’hébreu, le romani, le turc, le tchèque, le ruthène… Des centaines de dialectes locaux et régionaux symbolisent également l’extraordinaire et complexe mosaïque linguistique et culturelle du bassin danubien.

Plusieurs alphabets, latin, arabe, vieux-slavon et cyrillique cohabitent où cohabitèrent ensemble sur les rives du fleuve où à proximité.

Le Danube à Vienne depuis la rive gauche : un fleuve domestiqué et aménagé pour les loisirs, photo © Danube-culture droits réservés

Quatre capitales dont trois de pays appartenant actuellement à l’Union Européenne ont « fenêtre » sur le Danube : Vienne (Autriche), Bratislava (Slovaquie), Budapest (Hongrie) et Belgrade (Serbie).

La basilique archiépiscopale saint Adalbert d’Esztergom (rive droite, Hongrie), ville thermale au passé prestigieux, ancienne capitale hongroise, photo © Danube-culture, droits réservés

De nombreuses grandes villes et petites cités au patrimoine historique et culturel d’exception se tiennent sur les rives du fleuve ou proches d’elles ou encore sur son ancien cours et toujours en lien avec lui parmi lesquelles Donaueschingen considérée comme la source officielle du Danube, Ulm, Günzburg, Lauingen, Höchstadt, Donauwörth, Neuburg, Ingolstadt, Kelheim,  Regensburg, Straubing, Vilshofen, Passau (Allemagne), Aschach, Linz, Enns, Grein, Ybbs, Persenbeug, Spitz, Melk, Dürnstein, Krems, Klosterneuburg, Tulln, Vienne, Hainburg (Autriche), Bratislava, Gabčikovo, Komárno, Šturovo (Slovaquie), Komárom, Esztergom, Szentendre, Budapest, Ráckeve, Dunaújváros, Dunaföldvár, Kalocsa, Szekszárd, Baja, Mohács (Hongrie), Apatin, Vukovar (Croatie), Novi Sad, Belgrade, Kladovo (Serbie), Orşova, Drobeta-Turnu Severin, Brăila, Galaţi, Tulcea, Sulina (Roumanie), Vidin, Ruse, Tutrakan, Silistra (Bulgarie), Reni, Ismaïl, Vilkovo (Ukraine) pour ne citer que quelques-unes d’entre elles.

Le bastion des pêcheurs d’Ulm (rive gauche) sur le Haut-Danube, point de départ de nombreux d’émigrants souabes au XVIIIe siècle, photo © Danube-culture, droits réservés

Le delta du Danube ou l’apothéose du fleuve : un univers peuplé depuis l’antiquité, un monde à part, une histoire singulière, une biodiversité extraordinaire, un espace à préserver voire à sanctuariser.

Carte du delta Danube de Rigas Vélestinlis (vers 1757-1798) ou Rigas le Thessalien, écrivain, philosophe, poète et patriote grec, une des plus importantes figures de la Renaissance culture grecque. Arrêté et accusé de conspiration contre l’Empire ottoman, il fut étranglé dans la tour Nebojša à Belgrade avec sept de ses compagnons et son corps jeté dans le Danube.

Le Danube, ses trois principaux bras de Saint-Georges (Sfântu Gheorghe) au sud, de Sulina, bras médian médian et de Chilia (ou Kilia), bras septentrional roumano-ukrainien et une multitude de ramifications secondaires forment, avant de se « jeter » dans la mer Noire (la déclivité du delta d’ouest en est n’est que de 0,006% !), un exceptionnel territoire alluvionnaire en constante progression vers la mer. Ce paysage unique, habité par les hommes depuis l’antiquité, n’a cessé d’être modelé par le fleuve dès 16 000 ans avant J.-C.

Une lotca dans le delta, photo © Danube-culture, droits réservés

   Le delta (le mot vient de la lettre grecque delta qui signifie « en forme de triangle ») du Danube qui est précisément, comme de nombreux deltas, en forme de triangle, est l’un des plus jeunes et des plus actifs écosystèmes du continent européen. Ses processus géomorphologiques, écologiques, biologiques sont dépendants de la qualité de l’eau du Bas-Danube. Sa superficie s’étend sur 580 700 ha dont 459 000 ha se situent en Roumanie et 121 700 en Ukraine. Ces chiffres doivent être considérés comme une situation à une date donnée (1993) car de par ses importants apports alluvionnaires, le fleuve contribue à étendre la surface de son delta et à en modifier la géographie. Cette géographie mouvante entraîne des contestations des frontières établies comme l’a illustré un différent récent entre l’Ukriane et la Roumanie.

   Le delta du Danube, avec son réseau de canaux qui relient plus d’une centaine de lacs peu profonds (6 m maximum) est considéré comme « le royaume de l’eau ». Trois bras principaux du fleuve irriguent le territoire deltaïque :  le bras septentrionale de Chilia (Kilia) mesure 116 km de long, le bras de Sulina 63 km et le bras méridionale de Saint Georges, 109 km.

Pêche dans le delta sur le bras de Sfântu Gheorghe (Saint-Georges) , photo © Danube-culture, droits réservés

   Ce territoire à 80 % aquatique fascine savants et historiens depuis longtemps. On trouve sa mention dans les oeuvres de nombreux écrivains, philosophes, géographes de l’Antiquité comme Hérodote, Erasthotène (176-194 av. J.-C.), Strabon, Ptolémée, Pline l’ancien, Tacite…
Les premières investigations géomorphologiques connues, sont celle du géographe français Élysée Reclus (1830-1905) puis l’oeuvre de scientifiques roumains comme  Grigore Antipa (1867-1944) en 1912 et 1914, Constantin Brătescu (1882-1945) en 1922,
Gheorghe Vâlsan (1885-1935) et d’autres chercheurs roumains après la seconde guerre mondiale, recherches souvent associées à des programmes d’exploitation des ressources du delta comme la faune piscicole, les roseaux…
La première réserve naturelle dans le delta est créée grâce aux efforts de Grigore Antipa et de quelques autres scientifiques et concerne la forêt primaire de Letea (1938).

Forêt primaire de Letea, delta du Danube, photo © Danube-culture, droits réservés

   Mais les autres précurseurs scientifiques de la protection l’environnement qui alertent sur la fragilité du écosystème deltaïque, dès la fin des années cinquante, verront leur travail et leurs articles censurés par le régime communiste. Il faut attendre la chute de ce régime pour que soit que soit inaugurée la réserve de biosphère (1990), le site Ramsar et un classement au patrimoine mondial de l’Unesco.
Le delta du Danube est le second plus grand delta d’Europe après celui de la Volga. Riche de 1 700 espèces végétales, d’environ 3 450 espèces animales, de 400 lacs intérieurs et d’une roselière de 2 700 kilomètres carrés, ce territoire bénéficie depuis quelques années de programmes de « reconstruction écologique » et appartient désormais au réseau mondial des Réserves de Biosphère de l’Unesco. Dès 1998, sa protection est devenue transfrontalière, la partie située sur le territoire ukrainien du delta, au nord, étant entrée dans la réserve. Pour la seule Roumanie, 18 sites (soit 8 % de la surface du delta) sont classés en zones de « protection stricte ». Toute activité et présence humaine y sont interdites. Dans les zones dites « tampons » (38,5 % du delta), les activités des habitants et le tourisme sont tolérées lorsqu’ils respectent l’environnement. Enfin, 52,7 % du delta restent ouverts au développement économique mais sous le contrôle de l’administration chargée de la gestion de la réserve (ARBB). Le delta roumain est placé administrativement sous l’autorité d’un gouverneur.

Au delà du delta la fin du Danube ?
Pas vraiment puisque les eaux du Danube, à l’instar de celles des autres fleuves de la mer Noire, plus denses que ses propres eaux, poursuivent leur route sous-marine : un fort courant d’eau saumâtre situé à environ vingt-cinq mètres de profondeur et passant au large de Constanţa et des plages bulgares, avance vers le détroit des Dardanelles et la Méditerranée. Le Danube est en conséquence, dans son essence, évidemment bien plus qu’un fleuve frontière, un rôle limité que n’a pourtant cessé de vouloir lui assigner l’homme depuis l’Antiquité avec plus ou moins de succès…

Danube_delta_Landsat_2000

Apothéose d’un fleuve : photo du delta du Danube prise par le satellite Landsat en 2000

Eric Baude pour Danube-Culture, mise à jour septembre 2022, © tous droits réservés

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Édouard Engelhardt : la question des embouchures du Danube, la navigation du fleuve et la commission instituée par le Congrès de Paris

Carte de l’Europe de l’est après le Congrès de Berlin de 1878

   Bien souvent, depuis la guerre de Crimée, on a nié en France, en Angleterre et ailleurs, que les résultats de ce grand effort aient valu les sacrifices qu’il a coûtés ; on l’a représenté comme une entreprise mal conçue et mal conduite, comme une ambitieuse parade, comme une stérile dépense d’hommes et d’argent. De ceux qui parlaient ainsi, les uns obéissaient à des passions politiques, ils n’admettaient pas que le gouvernement impérial eût pu, même une fois, avoir une sage et patriotique pensée ; les autres, philhellènes attardés, s’indignaient que les vainqueurs de Navarin eussent pu s’allier aux Turcs contre leur ancien compagnon d’armes ; d’autres enfin, approuvant l’idée d’une coalition européenne contre la Russie, se plaignaient non moins vivement que l’on n’eût pas su lui faire porter tous ses fruits, que l’on se fût arrêté sans avoir détruit Cronstadt, rendu la Finlande à la Suède, surtout affranchi et reconstitué la Pologne. Si l’on devait rester en route, disaient-ils, n’aurait-il pas mieux valu ne point faire la guerre ? On avait aidé la Russie à découvrir ses propres défauts et à les corriger, on l’humiliait sans l’amoindrir, on lui donnait ainsi à grands frais des leçons qui lui serviraient à mieux prendre ses mesures une autre fois. Parmi ceux même qui sentaient la difficulté de si grands changements, quelques-uns pensaient que l’on avait trop vite abandonné Constantinople, et que, pour prix du service rendu, on aurait dû faire signer au sultan une lettre de change au profit des chrétiens d’Orient. Nous n’avons point à réfuter ici toutes ces objections, toutes ces critiques ; quelques-unes sont spécieuses, et donneraient matière à une longue discussion ; d’autres peuvent contenir une part de vérité. Il est malaisé dans les choses humaines d’établir une exacte proportion entre l’effort et les résultats obtenus, dont l’effet et le contre-coup se prolongent à l’infini. De plus, depuis la guerre d’Orient, la politique des puissances occidentales a eu à Constantinople des caprices, des variations, des incohérences, qui ont parfois compromis une influence et une autorité qu’elles avaient pourtant conquises à grands frais. Nous comprenons donc tous les regrets, nous admettons toutes les réserves ; cependant, nous ne craignons pas de l’affirmer, pour soutenir que la guerre de Crimée n’a point profité à la civilisation, il faut vraiment n’avoir jamais mis le pied en Orient. Quiconque, avant et après la guerre, a visité la Turquie et les régions voisines ne saurait méconnaître l’amélioration notable opérée par cet événement dans le sort des peuples de ces contrées. Sur le Danube, ce sont les Serbes et les Roumains affranchis tout à la fois des ingérences turques et de la protection russe, placés sous la commune garantie de toute l’Europe et rendus maîtres de leurs destinées. Dans l’intérieur même de l’empire, ce sont les hommes d’état turcs forcés de comprendre qu’ils ne sauraient plus se passer du concours moral et financier de l’Occident, ce sont les chrétiens chaque jour plus nombreux dans les hauts emplois, et même dans les provinces, malgré bien des abus encore subsistants, chaque jour mieux protégés contre le fanatisme turc par l’adoucissement des mœurs, par leur richesse croissante, par la facilité des communications, qui leur permet de faire arriver plus vite leurs plaintes à Constantinople. La Porte, dira-t-on, n’a pas encore rempli tous les engagements qu’elle avait pris devant l’Europe ; mais un programme de réformes devant conduire tous les sujets du sultan à l’égalité civile et politique n’est-il pas déjà par lui-même, par cela seul qu’il est publiquement avoué et reconnu, une importante innovation et un gage sérieux de progrès ? Au temps où nous vivons, quand un gouvernement a eu l’imprudence de faire des promesses, il lui est plus difficile qu’on ne le croit de ne pas les tenir ; l’opinion ne cesse de réclamer et de rappeler la dette ; devant cette incessante mise en demeure, si l’on ne veut pas quitter la place et déposer son bilan, on est contraint de donner à-compte sur à-compte, et l’on se trouve en dernier lieu avoir payé plus même que l’on ne devait.

Nous voulons insister aujourd’hui sur un des résultats les moins connus, quoique des plus considérables de la guerre de Crimée ; nous voulons montrer quelles heureuses conséquences a eues pour l’Europe l’attention que les plénipotentiaires réunis dans les conférences de Vienne, puis au congrès de Paris, ont accordée à l’importante question de la navigation du Danube.

Pour achever son œuvre et pour appliquer, en tenant compte de tous les droits et de tous les intérêts, les principes qu’il avait posés, le congrès de Paris, avant de se séparer, avait institué, par les articles 16, 17, 20 et 23 de l’acte de paix, quatre commissions mixtes ; chacune d’elles avait sa tâche et devait travailler, dans la mesure du rôle qui lui avait été assigné, tant à l’affranchissement de la grande voie commerciale dont la Russie avait possédé jusque-là les embouchures qu’à la consolidation des groupes chrétiens qui en occupent les rivages depuis le confluent de la Save et du Danube jusqu’à la mer.

La première de ces délégations du congrès n’a pas été heureuse dans l’accomplissement de sa tâche. Convoqués à Vienne vers la fin de l’année 1856, les représentants des états riverains du Danube avaient terminé au mois de novembre 1857 le règlement de navigation dont ils étaient chargés ; mais cette convention ayant paru contraire à l’esprit des clauses générales adoptées à Paris, les puissances se sont refusées à la ratifier, et elle est restée lettre morte. — Les ingénieurs militaires qui formaient la commission instituée par l’article 17 avaient à fixer le tracé de la frontière russo-moldave en Bessarabie ; ils se sont vus plus d’une fois à la veille de suspendre leurs opérations. Qui ne se souvient de la difficulté de Bolgrad et des menaces du foreign office ? Pourtant ils ont fini par obtenir de la Russie le sacrifice qu’ils réclamaient et par mener leur tâche à bonne fin. — Quant aux commissaires envoyés à Bucharest, ils ont recueilli les vœux des divans ad hoc de Valachie et de Moldavie, et leur enquête a servi de base à la convention de 1858, qui devait être la loi fondamentale et immuable des Principautés-Unies. Cependant on a dû bientôt reconnaître que le moyen terme auquel on s’était arrêté ne contentait personne, qu’il ne répondait qu’imparfaitement aux légitimes aspirations des Roumains. Au veto de l’Europe, ceux-ci ont opposé des faits, et après la double élection princière de 1859, après la fusion des deux administrations centrales, l’union complète des deux provinces sœurs et l’événement qualifié de «coup d’état du 2 mai», les puissances ont été amenées à déclarer que désormais le peuple moldo-valaque, placé sous la suzeraineté de la Porte, pourrait changer librement son régime intérieur.

La quatrième commission, celle qui a été momentanément préposée aux embouchures du Danube, est encore en fonction, quoiqu’on ait, au début, limité sa durée à deux ans. L’œuvre qui lui a été confiée a pris des proportions imprévues ; mûrement préparée, conduite sans bruit et avec persévérance, elle touche à son terme, et tout ignorée qu’elle soit, sinon dans son ensemble, du moins dans ses développements successifs et dans ses différents résultats, elle mérite à plus d’un titre une sérieuse attention. Les ouvrages d’art exécutés pendant une période de plus de treize ans sur le Bas-Danube, exemple unique de collaboration européenne, n’ont pas eu seulement pour effet de faciliter d’une manière permanente l’usage de l’un des plus grands cours d’eau du continent ; ils constituent sous le rapport scientifique une intéressante expérience. Libres de leurs entraves et soumis à une législation conforme aux principes qui régissent les fleuves « conventionnels », la navigation et le commerce sur le Danube maritime ont pris un essor qui rappelle leur antique prospérité. Enfin la commission du Danube exerce dans sa sphère modeste, et en vertu d’une sorte d’investiture temporaire, une véritable souveraineté, privilège sans précédent dans le droit international. C’est à ces divers points de vue qu’à la veille du jour où elle va se dissoudre, nous nous proposons de faire son histoire.

Édouard (Philippe) Engelhart, source Bibliothèque Nationale de France

I)
Quoique la Mer-Noire ait été pendant près de dix-neuf siècles le centre du plus grand commerce qui se soit fait sur l’ancien continent, le bassin inférieur de son principal tributaire est peut-être aujourd’hui la contrée de l’Europe la moins connue, ou celle dont la description géographique est la plus imparfaite. Si les membres du congrès de Paris et de la conférence de 1857 avaient disposé d’une bonne carte topographique des embouchures du Danube, s’ils avaient pu en même temps tenir compte des véritables conditions ethnographiques de ces contrées, les contestations relatives à la possession de Bolgrad (Belgrade) n’auraient point compromis pendant près d’une année une paix glorieuse, et la Roumanie, dont un mince filet d’eau trace la frontière du côté du delta, ne se serait point vue privée, contrairement aux intentions des puissances, de toute communication indépendante avec la mer. Il paraît donc utile, avant d’entreprendre la monographie de la commission européenne, de donner un court aperçu du pays qui devait être le théâtre de son activité.

À partir de l’embouchure du Pruth, son dernier affluent, le Danube, grossi par les eaux d’un bassin de 300,000 milles carrés, coule dans un lit constamment large et profond. À 48 kilomètres en aval de ce point, il se divise en deux branches, dont l’une, la Kilia, dirigée vers l’est-nord-est, absorbe plus de la moitié de son volume, et dont l’autre ne tarde pas à donner naissance à deux bras d’inégale capacité, la Soulina, qui tend vers l’est, et le Saint-George vers le sud-est. La Kilia et le Saint-George forment, avec la plage qui sépare leurs orifices, un triangle ou delta dont la surface est d’environ 2,690 kilomètres carrés, et qui comprend deux grandes îles séparées par la Soulina. Cette plaine alluviale, presque entièrement couverte de roseaux, est unie comme un champ. Les lacs nombreux qui la découpent dans tous les sens communiquent par des rigoles avec les trois émissaires principaux auxquels ils servent, pour ainsi dire, de régulateurs en absorbant une partie des eaux a l’époque des crues et en la dégorgeant à mesure que baisse le niveau du fleuve. La nature a réalisé là, quoique d’une manière incomplète, les travaux dont on a suggéré l’idée en France à la suite des débordements de la Loire et du Rhône. Le sol s’exhausse insensiblement sur plusieurs points, notamment à la bifurcation du Saint-George. En cet endroit privilégié, qualifié de Paradis des cosaques, il est susceptible de culture et donne d’excellents pâturages. Deux bois épais de chênes, d’ormes et de hêtres se rencontrent vers les embouchures ; l’un, qui porte le nom de la région boisée où le Danube prend sa source et que l’on appelle la Forêt-Noire, avoisine la rive gauche du Saint-George, l’autre longe la plage entre la Soulina et la Kilia. Des bouquets de saules bordent de distance en distance les trois bras du fleuve et en marquent de loin les sinuosités ; d’ordinaire plus touffus du côté des eaux moins profondes, ils servent parfois à indiquer les passes dangereuses. Vu de haut, le delta figure ainsi trois grandes avenues convergentes qui se relient entre elles par un réseau de canaux secondaires, et qui s’infléchissent sur leur parcours en méandres plus ou moins tortueux.

Exposée à des inondations périodiques et à toutes les maladies qu’engendre l’humidité, la population qui occupe les deux îles du Danube inférieur est relativement restreinte, et, comme ce territoire est resté longtemps neutralisé, elle représente les nationalités les plus diverses. Cependant les Russes y prédominent, et ils habitent le pays depuis plusieurs générations, tandis qu’en général les Roumains, les Grecs et les Bulgares n’y résident que temporairement. Les colons venus de la Russie se distinguent entre eux par leur origine et par leurs croyances religieuses. Les uns, appelés lipovanes (Lipovènes), sont Moscovites, et leur apparition en Turquie remonte au règne de Pierre le Grand. Le tsar s’étant proclamé chef suprême de l’église orthodoxe, un parti se forma, qui, fidèle à l’autorité déchue, protesta contre cet acte sacrilège du pouvoir temporel. De là la dénomination de vieux croyants, vieux frères, que portent encore aujourd’hui les sectateurs du patriarche de Kiev. Pour échapper aux persécutions, les plus ardents d’entre eux, auxquels s’adjoignit une bande de strélitz révoltés, passèrent la frontière et vinrent se réfugier aux embouchures du Danube. La Porte leur concéda des terres et des pêcheries contre l’obligation de fournir un contingent d’hommes et de chevaux en temps de guerre. Les autres sont Ruthènes et appartiennent aux groupes cosaques des provinces de la Pologne qui, lors du démembrement de ce royaume, tombèrent au pouvoir de la Russie. A cette époque, ils émigrèrent en Turquie sous la conduite des Zaporogues, et obtinrent à des conditions semblables les mêmes immunités que leurs devanciers. Moscovites et Ruthènes ont leur constitution propre, et ne sont en rien assimilés à des raïas. Un grand nombre de ces Slaves expatriés se sont réunis dans les villes et villages qui se rapprochent des rives extérieures du Saint-George et de la Kilia, En négligeant ces agglomérations plus ou moins considérables, telles que Jourilovka, Toultcha, Ismaïl et Kilia, on peut évaluer à 12,000 ou 15,000 âmes la population répartie dans la région du delta. Parmi les établissements qui s’y sont formés, le plus important est la ville de Soulina, située à l’embouchure même de la branche mitoyenne du Danube.

En 1853, aux débuts de la guerre d’Orient, Soulina ne comprenait tout au plus que 1,000 à 1,200 habitans, la plupart Ioniens, Grecs et Maltais. Quelques baraques en planches ou de simples huttes de roseaux élevées sur la plage servaient d’abri à ces aventuriers, dont l’industrie consistait à dépouiller en grand et par association les malheureux capitaines obligés, par suite des obstacles qu’ils rencontraient sur ce point, d’avoir recours à leurs services. Ils rançonnaient la navigation européenne et rappelaient par leur âpreté impitoyable l’avidité du géant des bouches de l’Escaut. Le vol était organisé, et au milieu du désarroi qui avait suivi les premières hostilités sur le Danube, il se pratiquait impunément. L’emploi forcé des allèges pour le passage sur la barre facilitait particulièrement les entreprises de ces pirates. Leurs embarcations avaient d’ordinaire un double fond qui absorbait une grande partie des grains momentanément extraits des bâtiments de mer, et ils restituaient l’excédant lorsqu’ils ne pouvaient échapper avec toute leur cargaison à la vigilance des capitaines. C’est ainsi que plusieurs moulins à vent, dont on voit encore les débris, étaient en pleine activité à l’embouchure, c’est-à-dire sur un lieu désert de la côte, à l’extrémité d’une île marécageuse. Au printemps de l’année 1854, un bâtiment de guerre apparut en vue de Soulina. Il était commandé par le fils de l’amiral Parker. Après avoir fait armer un canot, ce jeune officier en prit lui-même la conduite, et vint débarquer en face d’une ancienne redoute construite vers la pointe de la rive gauche du fleuve. Comme il passait, suivi de quelques hommes, devant cet ouvrage abandonné, un coup tiré à bout portant le frappa mortellement. Les Anglais se vengèrent de cet assassinat en bombardant le village, qui fut réduit en cendres. Peu après cet événement, les bouches du Danube furent déclarées en état de blocus, et l’exportation des céréales des principautés fut interrompue jusqu’au commencement de l’année 1855. A cette époque, par égard pour les droits des neutres, auxquels le traité de Paris allait donner une solennelle consécration, le blocus fut levé, et un mouvement extraordinaire se produisit dans les ports moldo-valaques. Une nouvelle population, composée en majeure partie des mêmes éléments que la précédente, vint s’implanter à Soulina, et bientôt, grâce à l’absence de toute autorité sur la rive droite du fleuve, une bande d’écumeurs de mer s’empara de l’entrée du Danube. L’audace de ces bandits n’eut plus de bornes ; trompant la confiance des capitaines auxquels ils se présentaient comme pilotes lamaneurs, il n’était pas rare qu’ils fissent échouer dans la passe le bâtiment dont ils avaient pris la direction. Livré le plus souvent à ses propres ressources dans l’opération du sauvetage, le capitaine ne tardait pas à se convaincre de l’inutilité de ses efforts, et il abandonnait son navire, dont on faisait aussitôt la curée.

Cependant ce brigandage ne pouvait durer. Le commandant des troupes autrichiennes dans les principautés envoya à l’embouchure un détachement de 60 soldats. Cette occupation fut un bienfait momentané pour le commerce européen. Déployant une rigueur égale à la perversité dont ses nationaux étaient les premières victimes, le représentant de l’autorité nouvelle fit prompte et sommaire justice au nom de la loi martiale ; la bastonnade fut mise à l’ordre du jour et consciencieusement administrée. Sous ce régime énergique, la discipline fut bien vite rétablie. Toutefois le pouvoir militaire, quelque efficace que fût son action, n’était pas à même de procurer d’une manière durable les garanties de sécurité que réclamait impérieusement la marine marchande. Cette tâche appartenait tant à la puissance territoriale qui venait d’être dûment reconnue qu’à la commission européenne, qui se trouvait temporairement investie d’une partie de ses droits.

Aujourd’hui régénérée, moralisée au contact d’une autorité internationale dont les attributions sont aussi exceptionnelles que l’état du pays dans lequel elle fonctionne, Soulina prend des développements rapides qui semblent la préparer à un rôle important ; elle compte déjà près de 4,000 âmes. Les cabanes éparses qui couvraient la plage et servaient de repaires aux premiers habitants ont fait place à des constructions solides et régulières. De grands bâtiments s’y élèvent pour les différents services de la navigation. Des édifices religieux y représentent déjà les principaux cultes de l’Occident. Siège d’une caïmacamie, la nouvelle ville entretient une garnison permanente. Des agents consulaires y sont accrédités, et la vue de leurs pavillons protecteurs rassure les marins, pour lesquels ces parages étaient autrefois si inhospitaliers.

II)
Dès l’origine des négociations qui ont précédé le congrès de Paris, il avait été convenu entre les puissances alliées que le soin d’appliquer le principe de la liberté de navigation sur le Danube serait confié à deux commissions qui représenteraient, l’une les parties contractantes, c’est-à-dire l’intérêt européen, et l’autre les états dont le fleuve sépare les territoires.
À cette époque, l’Autriche avait surtout en vue de paralyser l’influence qu’assurait à la Russie la possession des bouches de Soulina et de Saint-George, et, tout en provoquant l’intervention étrangère pour atteindre plus sûrement ce but, elle entendait se ménager les bénéfices de son initiative et régler elle-même les conditions de la déchéance de son coriverain. Ces préoccupations inspirèrent sans doute le mémorandum par lequel le plénipotentiaire autrichien invita la conférence de Vienne, le 21 mars 1855, à déterminer la compétence respective des deux commissions internationales. D’après l’arrangement dont cet acte formule les clauses, la commission européenne n’aurait eu qu’à élaborer le plan et le devis des travaux propres à faciliter l’accès des embouchures, et l’exécution de ce projet aurait été abandonnée à la délégation locale appelée à remplir d’une manière exclusive les fonctions prévues par les articles 108 à 116 du traité de Vienne de 1815. Cette combinaison, exposée avec toutes les apparences de la sincérité, était d’autant moins équitable que les puissances occidentales, dont on cherchait ainsi à réduire le rôle, avaient acheté seules, au prix des plus grands sacrifices, les concessions auxquelles la Russie consentait alors à se prêter. Elle donna lieu à de longues discussions, et à la suite des événements qui mirent fin à la guerre de Crimée il fut décidé, d’accord avec le cabinet de Saint-Pétersbourg, que le mandat exécutif de la commission riveraine serait transféré sans réserve à la commission européenne. Celle-ci fut ainsi chargée de pourvoir par elle-même à la navigabilité du Danube sur le parcours fréquenté par les bâtiments de mer, et à cet effet on lui assigna un terme de deux ans. Les délégués européens se réunirent à Galatz le 4 novembre 1856. Ils purent se rendre compte de prime abord de toutes les difficultés de leur mission et de l’insuffisance du délai prévu par le traité de Paris. À défaut de cartes exactes, de nivellements et de données hydrographiques récentes, l’arpenteur et le géomètre durent précéder l’ingénieur et lui ouvrir la voie dans ces plaines infectes, dont le sol disparaît sous les eaux pendant la saison des crues. Privées des industries les plus élémentaires et de toutes les ressources que comporte l’emploi d’ouvriers étrangers, les deux principales localités du Bas-Danube, Toultcha et Soulina, durent être pourvues d’établissements nombreux, tels que chantiers, ateliers de construction et de réparation, scieries à vapeur, fours à chaux, hôpitaux, etc., et, pour suppléer à la lenteur des communications dans le delta, on dut procéder à la construction d’un télégraphe de 200 kilomètres entre Galatz et les embouchures.

Ces dispositions préliminaires, qui occupèrent une partie de l’année 1857, étaient dictées par le vague pressentiment que l’œuvre commune définie par le congrès nécessiterait des travaux considérables et de longue durée. A ce double titre, elles furent l’objet de vives critiques en Moldo-Valachie. Les résidents étrangers des ports de Galatz et de Braïla les jugèrent superflues en se persuadant que de simples opérations de dragage répondraient suffisamment aux besoins du commerce danubien. Sans partager cette confiance, mais voulant éviter le reproche d’avoir eu recours à des moyens lents et coûteux en négligeant le remède facile et prompt que réclamait la voix publique, la commission résolut d’entreprendre le curage de la passe de Soulina. Elle ne tarda pas à se convaincre, après ses premiers essais, qu’elle se livrait à un véritable travail de Sisyphe, et les plus impatiens durent se rendre à l’évidence.

Cette tentative infructueuse fut une leçon qui ne déplut point sans doute au commissaire de Russie. L’on se rappelle peut-être les plaintes qui, avant la guerre d’Orient, ont défrayé pendant plusieurs années les correspondances diplomatiques. Un dragueur, commandé en Angleterre par le gouvernement russe, apparaissait de mois en mois à l’embouchure du Danube et retournait avarié au port de Nicolaïef. C’était, aux yeux des agents consulaires, une mise en scène destinée à tromper leur vigilance, et, comme ils s’encourageaient mutuellement dans leurs dénonciations, l’un d’entre eux affirma même que les servants de la perfide machine, bien loin de déblayer le chenal, occupaient leurs loisirs à l’obstruer par des sacs remplis de sable.

Les commissaires occidentaux, dont l’envoi sur le Bas-Danube pouvait être considéré comme la consécration officielle de cette méfiance et de ces accusations, devaient en démontrer eux-mêmes toute l’invraisemblance. Cependant, s’ils ne formulèrent pas dans leurs protocoles cette tardive justification, ils ne se félicitèrent pas moins que le délégué de Russie du résultat négatif de leur expérience involontaire. En mettant hors de doute l’insuffisance de procédés purement mécaniques pour écarter les obstacles que renouvellent incessamment d’énormes quantités de matières alluviales charriées par le fleuve, l’échec provoqué par les vœux irréfléchis du commerce local prouvait la nécessité d’ouvrages hydrauliques permanents et l’utilité des préparatifs qui devaient en permettre la prompte exécution dans un pays où tout était à créer. Quelles seraient la nature et l’étendue de ces ouvrages ? à quel système devait-on  recourir ? Ici la commission se trouvait en présence d’un problème technique qui a donné lieu à des applications plus ou moins heureuses, et sur lequel les hommes de l’art sont encore divisés. On sait que les fleuves qui se jettent dans des mers sans marée déposent devant leur orifice une partie des matières meubles qu’ils tiennent en suspension. Ces sédiments, en s’accumulant dans la région côtière où le courant fluvial est ralenti par les eaux de la mer, donnent ordinairement naissance à un col transversal que l’on appelle une barre, et qui entrave l’accès de l’embouchure, lorsqu’il ne la ferme pas complètement à la grande navigation. Les barres changent de position et de forme, elles sont plus ou moins élevées, suivant la force, la direction et la durée des courants et des vents sous l’action desquels elles se produisent.

Le Danube, moins que tout autre, ne pouvait échapper à ces lois naturelles, puisque, avec un débit qui varie de 9,200 à 30,000 mètres cubes d’eau par seconde, il charrie plus de 60 millions de mètres cubes d’alluvions par année, c’est-à-dire qu’en évaluant la masse de ses déjections solidifiées sur une hauteur de 5 mètres, on obtiendrait annuellement une surface d’environ 12 kilomètres carrés. Alimentées par ces apports incessants d’argile et de sable fin, les bosses qui rendent l’abord des côtes du delta si dangereux, et que les navigateurs anciens appelaient στήθη, s’étendent vers le large à plusieurs kilomètres. Les progrès du promontoire danubien avaient déjà frappé l’attention des contemporains de Polybe, qui semblaient craindre que l’Hellespont ne fût un jour comblé comme le lac Mœotide. La tradition populaire veut que sous la domination ottomane, c’est-à-dire à une époque antérieure aux traités qui ont soustrait la plus grande partie du delta à la souveraineté de la Turquie, un pacha eut l’idée d’obliger chaque bâtiment qui sortait du Danube à traîner à l’arrière, en franchissant la barre, une herse fixée à une lourde chaîne. En remuant ainsi le fond vaseux de la passe, on réussissait, dit-on, à y maintenir une profondeur de 12 à 15 pieds. Il serait permis de contester le succès de ce mode d’amélioration, si l’on n’ajoutait, à l’appui de ce récit, qu’une estacade en pilotis serrés s’avançait vers la mer, et prolongeait ainsi sur la barre le courant fluvial. On n’a trouvé aucun vestige de cet ouvrage, dont plus d’un ingénieur met en doute l’existence passée. Quoi qu’il en soit, et si l’œuvre de la herse a jamais produit l’effet qu’on lui attribue, on pourrait difficilement l’expliquer sans la digue qui lui servait d’auxiliaire. Livré à lui-même, après avoir dépassé les rives qui en activaient la vitesse, le courant du fleuve n’a plus assez de force pour imprimer un mouvement de translation marqué aux matières agitées par les herses et par les chaînes. Il arrive souvent, après les crues, que ce courant est presque nul, et l’on constate même parfois, en dehors de la barre, un contre-courant assez sensible. Le curage par la drague n’est efficace que là où le travail des auges est protégé contre la houle soit par une baie plus ou moins fermée, soit par des bancs voisins sur lesquels la vague s’amortit. Les côtes de la mer Baltique offrent notamment cet avantage devant les embouchures de l’Oder et de la Vistule. Dans les rades ouvertes, comme celle du Danube, le dragueur, qui fonctionne presque toujours imparfaitement, est exposé à de fréquentes interruptions ; un ouragan anéantit en quelques heures le travail de plusieurs semaines, et si, voulant proportionner l’effort à l’inertie du fleuve parvenu au terme de sa course, on employait dans un étroit chenal plusieurs machines à la fois, le passage régulier des navires y deviendrait impossible. Un système plus rationnel se présente et semble s’imposer par sa simplicité même au choix des ingénieurs ; il consiste à forcer le fleuve à travailler lui-même au creusement de son lit maritime en portant son courant sur la barre avec toute sa force au moyen de digues parallèles. On tend ainsi à produire entre les rives artificielles une chasse qui doit avoir la même action qu’entre les rives naturelles, et qui conduit dans les profondeurs du large les matières accumulées devant l’embouchure. Cependant les digues longitudinales sont loin de constituer une œuvre parfaite, car elles laissent subsister la cause première de la formation des barres. Le bon sens indique en effet que le banc qui existait devant l’embouchure primitive se reformera tôt ou tard en face de l’orifice nouveau. Le seul remède à cet inconvénient est de prolonger les digues suivant le relèvement du fond. L’encaissement du courant fluvial dans la mer a réussi à l’embouchure de l’Oder, où il a porté de 7 à 18 pieds et même, sur un étroit parcours, à 24 pieds le niveau du chenal. Cette profondeur s’est maintenue à peu près invariable pendant trente-trois ans. Il convient de noter ici, pour ne négliger aucun des éléments de la question qui nous occupe, que l’Oder, avant d’atteindre la mer Baltique, décharge ses eaux dans un grand lac, le Haff, dont il sort purifié de ses alluvions. Le même genre de travail a produit des effets beaucoup moins décisifs sur le cours inférieur de la Vistule et du Rhône. La Vistule, il est vrai, se déverse dans un golfe où l’on remarque deux courants littoraux contraires qui paralysent son écoulement normal, et quant au Rhône, son embouchure principale est exposée à toute la violence du vent régnant, qui, en refoulant les eaux fluviales, active à l’orifice même la formation des ensablements. D’ailleurs peut-on dire que le procédé de la chasse ait été réellement expérimenté dans le golfe du Lion ? Il semble que l’on ait simplement cherché à augmenter le volume de la branche orientale du Rhône en barrant six branches secondaires ; les digues que l’on y a élevées n’ont pas été conduites jusque sur la barre, et l’on devait prévoir les conséquences de ce plan incomplet. La masse liquide étant augmentée, les dépôts ont été plus considérables, et des bancs qui avançaient précédemment de 35 à 45 mètres par année ont atteint en 1857 un développement de plus de 200 mètres. Quoi qu’il en soit, il paraît reconnu que les embouchures du Rhône ne se prêtent pas à l’endiguement par des jetées parallèles.

L’hydrotechnique a essayé un autre mode de correction sur plusieurs grands cours d’eau : on a creusé un nouveau lit indépendant des émissaires naturels, en le faisant déboucher sur un point favorable de la côte. Les Égyptiens sur le Nil, Drusus sur le Rhin, les Vénitiens sur le Po-di-Garo, les Chinois sur le Hoang-ho, Marius sur le Rhône, ont successivement tenté de résoudre par ce moyen le problème de l’amélioration des embouchures ; mais il est évident qu’un lit latéral est sujet aux mêmes détériorations que le cours normal prolongé par des digues parallèles. L’obstacle momentanément tourné ne peut que se reproduire au bout d’un certain temps, une nouvelle barre doit surgir à l’extrémité de la voie artificielle ; dans l’un comme dans l’autre cas, les mêmes causes doivent amener les mêmes effets. L’on peut citer un exemple curieux à l’appui de ce raisonnement. La branche occidentale de la Basse-Vistule décrit, avant d’atteindre Dantzig, un angle saillant dont le sommet, il y a trente ans, n’était séparé de la mer que par une plage de 640 mètres de largeur. Napoléon Ier avait eu l’idée de percer les dunes qui rejetaient le courant vers l’ouest, afin d’ouvrir au fleuve l’issue naturelle dont l’orientation de son lit semblait indiquer la direction. Les circonstances ne permirent pas la réalisation de ce projet, et ce que l’art avait dû négliger, la nature en quelques heures l’accomplit. En 1840, lors de la débâcle du printemps, les glaces amoncelées renversèrent l’étroite barrière qui s’opposait à leur marche, et un nouveau chenal se forma. Il avait dans les premiers temps de 16 à 17 pieds de profondeur ; mais bientôt, lorsque la force des eaux diminua, une barre apparut, et s’exhaussa au point de ne plus offrir qu’un passage de 6 à 7 pieds.

Détruire la cause des atterrissements, c’est-à-dire empêcher le charriage constant des alluvions, telle semblerait être la véritable solution de la difficulté. Les écluses sont destinées à remplir ce but, et ce système a été mis en pratique sur la Vistule, sur l’Èbre et sur le Rhône. Les ingénieurs préposés aux travaux du grand affluent de la Baltique paraissent s’en féliciter, tout en reconnaissant qu’un événement naturel leur a prêté un secours imprévu. Jusqu’en 1840, l’entretien du canal établi en aval de Dantzig était aussi pénible que coûteux, et l’on n’y obtenait qu’une profondeur de 10 pieds. A cette époque, l’irruption du fleuve, dont nous avons fait connaître la cause accidentelle, a eu pour effet de détourner la plus grande partie des sables qui se dirigeaient précédemment dans le canal, et une écluse a pu être construite au point de bifurcation de la nouvelle embouchure.

Le canal à écluse exécuté sur l’Èbre ne peut être mentionné que comme un exemple très insuffisant du genre d’ouvrages dont il s’agit ici ; il est si étroit que les bâtiments de mer ne peuvent s’y engager. Quant à celui du Rhône, il n’est pas encore achevé ; mais l’on peut en prévoir le succès. La baie du Repos, dans laquelle il doit déboucher, est en effet constamment calme ; elle a une assez grande profondeur, et les navires y trouvent un excellent ancrage. Lorsque ces diverses conditions ne peuvent être remplies, un canal à écluse ne remplace utilement une embouchure naturelle qu’autant qu’il est précédé d’un avant-port destiné à en protéger l’entrée, travail ordinairement très dispendieux. D’ailleurs, à part les frais considérables de curage que nécessite l’entretien d’une communication ainsi établie, les écluses elles-mêmes sont une entrave, puisque elles ne permettent le passage qu’à un petit nombre de bâtiments à la fois.

Quelques conclusions générales peuvent être tirées de ce court aperçu. Chaque fleuve a son régime particulier à son embouchure, et les travaux d’amélioration qu’on veut y entreprendre doivent dépendre avant tout de l’étude spéciale de ce régime. De ce que tels ouvrages ont réussi ou échoué dans tel fleuve, il ne s’ensuit pas qu’il en sera de même dans un autre fleuve, à moins que les conditions locales ne soient à peu près identiques. Le canal indépendant des émissaires naturels et les môles longitudinaux ont d’ailleurs en eux-mêmes des avantages et des imperfections. Les considérations théoriques par lesquelles on prétend établir la supériorité du premier procédé sur le second n’ont pas toujours la sanction de l’expérience, et l’on pourrait notamment opposer aux défenseurs de cette thèse le fait suivant. Une commission française, composée d’officiers supérieurs de marine, s’est formellement prononcée, il y a quelques années, en faveur du canal à écluses actuellement en voie d’exécution sur le Bas-Rhône ; elle a rejeté l’idée d’un resserrement du fleuve au moyen de jetées parallèles. Par contre, tous les chefs des stations navales qui se sont succédé sur le Danube ont condamné hautement tout projet de canal aux embouchures, et ils ont exprimé leurs préférences pour les digues longitudinales.

Avant de trancher elle-même une question aussi importante, la commission européenne ne se contenta pas de rechercher les précédents qui pouvaient l’éclairer tant au point de vue théorique qu’au point de vue pratique. Elle crut devoir consulter, indépendamment de son ingénieur en chef, plusieurs experts étrangers que leur notoriété et la spécialité de leurs travaux recommandaient particulièrement à son attention. Le principe de l’endiguement prévalut dans cette enquête internationale, et, en l’adoptant par un vote sommaire, les commissaires en justifièrent ainsi dans leurs rapports individuels l’application aux bouches du Danube. Les vents régnants de la Mer-Noire soufflent du nord et du nord-est, et produisent un courant maritime plus ou moins sensible qui longe la côte du delta et rejette les matières alluviales vers le sud. Ce phénomène est plus apparent devant la Soulina que dans les parages de la Kilia et du Saint-George. Là en effet l’on remarque que la rive droite du côté de la mer est beaucoup plus proéminente que la rive gauche, nourrie qu’elle est par les apports fluviaux qui en prolongent incessamment la saillie. Cette chasse naturelle devra singulièrement favoriser le dégagement du chenal lorsque le courant du fleuve aura été conduit, au moyen de jetées, vers les grands fonds avoisinants. Il n’y aura lieu de prolonger ces jetées que lorsque l’avancement général de la plage du delta aura porté plus au large le courant littoral, éventualité que l’on peut considérer comme lointaine.

La rade étant complètement ouverte et la côte du delta se trouvant placée sous le vent régnant, un canal latéral débouchant sur un point de cette côte serait d’un abord toujours difficile et souvent dangereux, si l’on ne construisait un avant-port suffisamment spacieux ou tout au moins un môle très étendu. Cet appendice indispensable entraînerait une dépense considérable de temps et d’argent. L’inconvénient des écluses serait d’ailleurs une objection bien plus sérieuse, car les navires se présentent aux embouchures du fleuve à des époques périodiques, et souvent plus de cent voiles attendent le vent favorable pour s’engager dans le chenal. L’on substituerait par l’établissement d’un canal une porte étroite à la voie large qui existe aujourd’hui et dont on veut faciliter l’accès au commerce de toutes les nations. La clé du Danube serait réellement entre les mains de son riverain inférieur, privilège qui ne rappellerait que trop le régime dont le congrès de Paris a entendu affranchir la navigation européenne.

Ces arguments ne rencontrèrent de prime abord aucune contradiction, et la solution technique dont ils tendaient à démontrer l’efficacité fut même formellement approuvée par plusieurs cabinets. Cependant l’on n’était point d’accord au sein de la commission européenne sur le choix de l’embouchure que l’on approprierait définitivement à la navigation, et cette scission menaçait d’être de longue durée, Pour gagner du temps, l’on résolut d’exécuter des travaux provisoires à la bouche de Soulina, la seule des trois branches qui fût fréquentée par les bâtiments de mer. Ces travaux devaient consister en deux digues parallèles, composées chacune de deux rangées de pilotis serrés, dont la base, du côté intérieur, serait protégée contre les affouillements par des pierres perdues.

La campagne s’ouvrit le 20 avril 1858. Elle était à peine commencée que l’ordre fut donné à quatre commissaires d’en provoquer la suspension. Un comité spécial d’ingénieurs s’était constitué à Paris sur l’initiative du gouvernement britannique, et avait déclaré que le système du canal devait être préféré. Les membres de la commission européenne, s’inspirant de leur responsabilité et convaincus qu’ils étaient dans la bonne voie, répliquèrent aux objections qui leur étaient si inopinément opposées, et après de longs délais ils obtinrent gain de cause, quoique les quatre gouvernement représentés dans le comité de Paris eussent annoncé d’avance qu’ils ratifieraient la décision des arbitres consultés par eux.

Malgré les difficultés financières qui vinrent périodiquement en arrêter le cours, les travaux furent achevés le 31 juillet 1861, c’est-à-dire six mois avant l’époque que l’ingénieur en chef de la commission avait primitivement fixée. La digue de gauche ou du nord avait une longueur de 4,631 pieds anglais, et se terminait vers le large par un musoir surmonté d’un phare de petite dimension. L’étendue de la digue du sud était de 3,000 pieds. Il avait été employé à la construction de ces deux ouvrages 12,000 pilotis, 68,000 mètres cubes de pierres d’enrochement et 2,200,000 francs. La navigation n’eut pas d’ailleurs à en attendre l’entier développement pour en éprouver les bons effets. Au commencement de l’année 1860, la digue du nord s’avançait à une distance de 3,000 pieds du rivage, tandis que la digue du sud n’avait pas atteint 500 pieds, et ne pouvait dès lors contribuer en rien à diriger le courant fluvial. La profondeur de la passe, qui, au début de la campagne, n’était que de 9 pieds anglais, s’éleva cependant au mois d’avril à 14 pieds, amélioration qui dut être exclusivement attribuée à l’action de la digue du nord. Lorsque la digue du sud fut complétée, on constata un fond de 17 pieds. La moyenne a été de 16 pieds 1/2 à 17 pieds depuis cette époque jusqu’aujourd’hui, c’est-à-dire pendant une période de près de dix ans.

Les travaux de Soulina furent inaugurés publiquement par la commission européenne le 3 septembre 1861. Au banquet qui eut lieu à cette occasion, le commandant de la station navale française, le capitaine de vaisseau Halligon, se faisant l’interprète de ses collègues étrangers, adressa aux commissaires les paroles suivantes : « Il est dans la vie d’un marin, déjà si pleine d’émotions, un moment terrible ; c’est celui où, après avoir usé toutes ses forces dans une lutte contre la mer, son implacable ennemie, il se voit contraint à céder devant elle et à chercher un refuge contre sa fureur. Ce refuge, messieurs, si rare dans la Mer-Noire, introuvable de Constantinople à Odessa, vous venez de nous l’ouvrir ici même. Il y a quelques jours à peine, par une mer déchaînée, un paquebot français se présentait devant la passe. Son vaillant capitaine jette les yeux sur le phare ; il aperçoit le n° 17 (ce bienheureux 17 que nos canons ont salué, je vous le jure, avec joie aujourd’hui), et sans hésitation il donne entre les digues et franchit sans difficulté cette barre sur laquelle, il y a quelques mois à peine, il se serait infailliblement perdu. Oui, messieurs, bien des fois votre nom et celui de votre honorable ingénieur seront bénis par de pauvres marins qui auront trouvé dans Soulina un refuge assuré, et même, après les si justes éloges que le commerce du monde entier vient de vous accorder par l’organe de ses représentants consulaires, je suis bien convaincu que ces bénédictions ne seront pas la moins douce de vos récompenses. »

En même temps que disparaissait à l’embouchure l’obstacle principal contre lequel on avait vainement lutté jusqu’alors, le cours intérieur de la Soulina était l’objet des différentes améliorations locales que commande l’état d’un fleuve abandonné à lui-même. Il n’y a pas lieu de les énumérer ici.

La commission arrivait ainsi au terme de la première période de son activité. Il devenait urgent, dans ces circonstances, de déterminer l’embouchure qui serait définitivement ouverte à la navigation. Après de longues délibérations, dans lesquelles les gouvernements eurent plus d’une fois à intervenir, l’on se décidait à renoncer au Saint-George, qui avait eu les plus ardents défenseurs, et il fut convenu que l’on procéderait à la transformation des digues de Soulina en ouvrages permanents. A cet effet, on commença en 1857 à consolider la digue du nord au moyen de blocs de béton1, et quant à la digue du sud, qui s’était partiellement incorporée à la terre ferme, on jugea opportun de la prolonger de 500 pieds et de fortifier simplement ses enrochements sur une distance de 1,600 pieds. Enfin, sur le parcours du fleuve, on ouvrit une tranchée destinée à supprimer une double courbe, et l’on projeta une série de corrections qui devront porter le niveau fluvial à une hauteur minimum de 15 pieds.

Tous ces travaux complémentaires occuperont l’année 1870 ; il n’y a pas à douter qu’ils ne soient menés à bonne fin, et l’on peut dès maintenant constater le plein succès de l’œuvre technique entreprise aux embouchures du Danube sous les auspices des gouvernements signataires du traité de Paris. Les délégués européens, dont on ne contestera pas l’énergique persévérance, ont trouvé dans l’accomplissement de leur mandat commun les plus utiles collaborateurs. Parmi les nombreux agents qu’ils ont associés dès le principe à leur mission, il convient de citer comme les plus distingués l’ingénieur anglais sir Charles Hartley et le secrétaire français, M. Edmond Mohler.

III)
Lorsque la commission européenne vint se constituer à Galatz, la Russie n’avait point encore abandonné le delta du Danube, quoiqu’elle eût renoncé depuis plus de huit mois à la possession de ce territoire. Cependant le port même de Soulina avait été évacué peu après la guerre, et, comme nous l’avons vu, l’Autriche, qui avait envahi les principautés moldo-valaques, s’était provisoirement emparée de la seule embouchure accessible à la navigation maritime. En présence de cette double occupation de fait, la Turquie s’était abstenue de toute intervention, n’osant d’ailleurs trancher elle-même une question de souveraineté que le traité de Paris avait laissée en suspens. A défaut d’une autorité légale, le pouvoir militaire déployait toutes ses rigueurs ; l’arbitraire le disputait souvent au désordre, et le commerce était privé des garanties les plus élémentaires de sécurité ; car si les difficultés naturelles que présentait l’embouchure favorisaient les déprédations des aventuriers qui peuplaient Soulina, l’absence d’une police efficace sur le parcours intérieur du fleuve permettait les actes de baraterie les plus éhontés : vols, naufrages, assassinats, étaient des incidents ordinaires, et ils restaient souvent impunis, faute, d’un contrôle sérieux et d’une : répression intelligente.

Les commissaires ne pouvaient entreprendre leurs travaux au milieu d’une pareille confusion. Sur leurs représentations, les gouvernements leur reconnurent le droit de réglementer la navigation sur le Danube maritime, et un arrangement direct avec la Turquie, à laquelle le delta venait d’être formellement cédé, plaça dans une certaine mesure les autorités territoriales sous leur dépendance. Dès lors, tout en poursuivant sa tâche technique, la commission européenne procéda graduellement à une réforme générale du régime de la navigation danubienne, et à cet effet édicta une série de lois qui, dûment coordonnées et réunies plus tard en un seul instrument, furent l’objet d’une convention signée le 2 novembre 1865. Cet acte spécial ne se prête pas à l’analyse ; mais il mérite d’être mentionné ici comme un élément important du droit public moderne relatif aux fleuves internationaux. Il doit d’ailleurs être considéré comme le complément des améliorations que nous avons brièvement décrites, et dont il nous reste à indiquer en traits généraux, mais avec toute la précision que comporte une pareille étude, les résultats économiques.

Quelques chiffres puisés dans des recueils officiels feront comprendre de prime abord la valeur de l’œuvre accomplie, tout en mettant en lumière les nombreux intérêts qui s’y rattachent. Les digues construites à Soulina ont eu pour effet d’élever à une moyenne de 16 1/2 à 17 pieds la profondeur de l’embouchure, qui variait précédemment entre 8 et 10 pieds. Dans le cours du fleuve, le chenal, qui n’offrait en certains endroits que 8 pieds, se maintient aujourd’hui à un niveau minimum de 12 pieds. Grâce à ces changements, les bâtiments de mer ne sont plus d’ordinaire dans la nécessité de recourir aux allèges, et ils réalisent sous ce rapport une économie que des calculs consciencieux permettent de fixer à 26 centimes par hectolitre2. En multipliant par ce facteur 8,400,000 hectolitres, qui représentent la moyenne des quantités de céréales exportées par le Bas-Danube pendant les années 1865 à 1868, on constate que les ouvrages successivement exécutés par la commission européenne ont diminué les frais de navigation sur le parcours maritime du fleuve d’une somme annuelle de plus de 2 millions de francs, Ce bénéfice, qui sera beaucoup plus considérable lorsque, dans un avenir prochain, le bras de Soulina aura partout une profondeur constante de 15 pieds au moins, ne parait pas contestable, et tout au plus peut-on en discuter la répartition entre les divers agents auxquels il est acquis. Sous ce rapport, le producteur moldo-valaque est le plus favorisé, sans qu’il semble se douter d’un privilège dont il jouit à titre gratuit. L’excédant des récoltes qu’il peut livrer à l’étranger n’est pas en effet assez important pour influencer d’une manière sensible les prix courants dans les grands centres de consommation. La Roumanie subit nécessairement les fluctuations des principaux marchés de France et d’Angleterre, auxquels elle envoie son contingent, et où se déversent les grains de la Russie, de l’Allemagne septentrionale, de l’Égypte et de l’Amérique du Nord. Le propriétaire doit ainsi s’accommoder des conditions que lui fait le négociant aux lieux d’origine, et celui-ci peut lui offrir un prix d’autant plus élevé que la marchandise se trouve moins grevée par les frais d’expédition. Il n’est pas hors de propos de noter ici que les principautés n’ont pris aucune part aux dépenses qui leur ont assuré un débouché facile sur la mer, et qu’en se décidant à l’entreprise féconde dont les Roumains profitent le plus, les états garants de leurs droits politiques n’ont mis aucun prix à leur libéralité.

L’avantage de l’agriculteur se concilie d’ailleurs avec celui du négociant qui traite avec lui. L’un gagne sans doute plus que l’autre à l’abaissement des taxes diverses que supporte l’instrument de transport, et cette différence s’explique par la concurrence qui s’établit dans les ports d’exportation. Cependant la rivalité dans la demande a ses limites, et il est raisonnable de supposer qu’en général l’acquéreur se réserve une partie de la rémunération qui résulte d’un tarif de navigation réduit. Le commerce proprement dit est intéressé à bien d’autres titres aux innovations successives dues à l’activité des commissaires européens. L’emploi forcé des allèges, de même que l’absence de toute police fluviale, ne lui était pas moins nuisible qu’aux armateurs, car les cargaisons qu’il livrait momentanément à ces embarcations d’emprunt étaient l’objet d’une rapine organisée, et arrivaient ordinairement à l’embouchure diminuées de 7 à 8 pour 100. Le blé confié aux allèges était exposé à d’autres dangers : ou il était mouillé par l’embrun lors de son transbordement en rade, ou il s’échauffait dans le port, tandis que les bâtiments qui devaient le recevoir attendaient en mer pendant des semaines et des mois un temps propice pour le rechargement. Le négociant est aujourd’hui à l’abri de tous ces préjudices par l’effet du contrôle sévère qui préside aux opérations accidentelles d’alléges, comme aussi et surtout par suite de l’augmentation de profondeur, qui permet aux plus grands navires de compléter leur cargaison dans le port même de Soulina.

La perte de temps que le manque d’allégés occasionnait fréquemment à la navigation, qui était pour l’armateur la cause d’un surcroît de frais notable, devenait parfois désastreuse pour le négociant exportateur. Au mois d’août 1855, deux bâtiments furent chargés pour l’Angleterre par une maison de Galatz, et partirent de ce port à cinq jours d’intervalle. Le premier arrivait à destination au mois de novembre suivant, et la vente de sa cargaison produisit un bénéfice de 20,000 francs. Le second fut retenu quatre mois à Soulina et n’atteignit l’Angleterre qu’au mois de juin 1856. Le prix des grains avait baissé, et la marchandise ne put être écoulée qu’avec une perte de 87,000 francs.

Le nombre croissant des bateaux à vapeur de grand échantillon a du reste contribué à la rapidité des opérations commerciales. En 1861, il n’est sorti du fleuve, à part les paquebots périodiques des compagnies postales, que 57 steamers jaugeant 17,324 tonneaux. En 1868, on en comptait déjà 334 d’une capacité totale de 145,687 tonneaux. La portée moyenne de ces bâtiments étant de plus de 400 tonneaux, ils n’auraient pu entrer dans le Danube avant la construction des digues de Soulina. L’on peut ajouter enfin que la facilité avec laquelle les navires prennent aujourd’hui la mer permet à l’expéditeur de disposer plus tôt de la valeur de sa marchandise et de faire ainsi un emploi plus fréquent et plus utile de ses capitaux. Si le profit du négociant n’est pas moins certain que celui du producteur aux pays d’origine, peut-on affirmer que l’armateur participe également aux bienfaits du régime inauguré par la commission européenne ? Il convient de relever ici que, si les navires sont exposés à moins de frais depuis que le secours de l’allège leur est inutile, les conditions de leur affrètement sont devenues relativement moins avantageuses, c’est-à-dire que le nolis a baissé depuis 1861 dans une proportion plus considérable3. Il semblerait résulter de cette comparaison que, loin d’avoir gagné aux améliorations réalisées à l’embouchure, la navigation proprement dite y aurait perdu. Une pareille conclusion ne serait cependant pas justifiée, et l’on n’est point réduit pour la combattre à objecter que les armateurs n’enverraient pas leurs bâtiments dans le Danube, s’ils n’y trouvaient pas leur compte. Déjà les données qui précèdent signalent quelques-unes des réformes qui profitent aussi bien aux armateurs qu’aux négocians exportateurs. Les expéditions ne dépendent plus en général des allèges, elles en sont plus régulières et plus promptes. Indépendamment des charges diverses dont il est ainsi exempt, le navire peut fournir une plus grande somme de travail utile en accomplissant dans l’année de plus fréquentes intercourses. Celui qui l’exploite évalue désormais avec une exactitude suffisante les dépenses de chaque campagne ; il ne se livre plus, comme autrefois, à une entreprise essentiellement aléatoire4. Il lui est permis désormais d’augmenter son tonnage, tout en réduisant ainsi ses frais généraux5. Enfin il trouve le plus souvent un fret pour les voyages d’arrivée, qui s’effectuent ordinairement sur lest, précieuse compensation qu’il doit en grande partie à la commission européenne, dont les travaux ont contribué au développement du commerce et de l’industrie dans les contrées danubiennes. Ici se présente un dernier et important progrès dont l’armateur plus que tout autre doit se féliciter. Les sinistres étaient nombreux et presque toujours inévitables. On l’a dit, à l’époque où la profondeur de l’embouchure dépassait rarement 10 pieds, la plupart des navires qui venaient charger dans les ports de Moldo-Valachie étaient obligés de s’alléger d’une partie et quelquefois de la totalité de leur cargaison pour gagner la mer, et durant le temps nécessaire pour reprendre leur marchandise ils restaient exposés à toutes les éventualités atmosphériques sur une rade complètement ouverte et en vue d’une côte basse située sous le vent. Les tempêtes de la Mer-Noire viennent ordinairement du nord et du nord-est ; elles sont soudaines, et le baromètre de Soulina n’en annonce point l’approche. Elles portent sur une plage qui n’offrait précédemment aucun point accessible, et dans de pareilles circonstances le navire surpris par l’ouragan ne pouvait se relever pour tenir la haute mer ; il était condamné au naufrage, et ses allèges avaient souvent le même sort. Le 6 novembre 1855, 30 bâtiments étaient ancrés devant Soulina avec une soixantaine d’allégés ; un violent coup de. vent les jeta tous à la côte, près de 300 hommes périrent dans ce désastre. Il est à remarquer que l’exportation de la récolte de Moldo-Valachie a lieu particulièrement durant les mois de septembre et d’octobre, qui sont ordinairement orageux. Aujourd’hui Soulina est sans contredit le meilleur port de la côte occidentale de la Mer-Noire ; les naufrages y sont plus rares6, et, grâce aux secours que la commission y a organisés, l’on n’aperçoit plus dans la rade foraine ces carcasses de navires et ces mâts désemparés qui lui donnaient de loin l’aspect sinistre d’un cimetière mouvant.

Cependant la Mer-Noire est toujours inhospitalière, et, quelque assuré qu’il soit d’un nouveau refuge contre ces surprises, le navigateur méditerranéen ne quitte pas sans appréhension les rives tutélaires du détroit de Constantinople. Ne pourrait-on du moins, avant sa traversée, l’avertir des dangers prochains en lui signalant de loin les signes précurseurs des ouragans ? N’a-t-on pas constaté que la terrible tempête du 14 novembre 1854, qui a causé tant de ravages parmi les flottes anglo-françaises, avait mis trois jours pour traverser l’Europe de l’ouest à l’est ? Une station météorologique avait été fondée à Soulina en 1857 ; ne pouvait-elle contribuer à prévenir de pareils accidents en se reliant avec les diverses stations centrales du continent ? Ces questions furent posées au sein de la commission européenne, et après avoir consulté les directeurs des observatoires de Londres, de Paris, de Vienne et de Saint-Pétersbourg, l’on se décidait à provoquer l’organisation, sur les côtes de la Mer-Noire, d’un système de communications télégraphiques analogue à celui qui existe entre les grands ports des principaux états maritimes, et qui a pour but d’annoncer aux navigateurs, deux ou trois jours à l’avance, les résultats probables des variations atmosphériques. Les commissaires ne se sont point dissimulé les difficultés que devait rencontrer dans ces parages lointains l’exécution d’un pareil projet, il appartenait d’ailleurs aux gouvernements intéressés de les résoudre, et il est permis de croire qu’un jour viendra où, grâce à leur sollicitude, le Pont-Euxin, devenu moins redoutable, ne mentira plus à son nom.

IV)
Aux conférences de Vienne de 1855, lorsque les délibérations furent portées sur le second point des préliminaires de paix, le plénipotentiaire d’Autriche suggéra plusieurs dispositions qui devaient, selon lui, assurer d’une manière efficace la liberté de la navigation du Danube. La Russie, nous l’avons dit, était à cette époque son principal objectif, et, comme il lui supposait des vues contraires à l’affranchissement du fleuve, il réclama en faveur de la commission riveraine, dont l’activité devait alors s’exercer sur le delta et sur ses embouchures, les attributions les plus étendues. Cette commission devait agir en syndicat européen. L’emploi de ce terme inusité dans le langage diplomatique avait aux yeux du plénipotentiaire impérial une grande portée, et l’intention qu’il y rattachait n’a point échappé de prime abord à la clairvoyance du prince Gortchakof ; la souveraineté même de son gouvernement était mise en question. Comme conséquence des privilèges qui auraient été concédés à la commission riveraine en sa qualité de syndicat, le delta du Danube devait être neutralisé, et la Russie n’aurait conservé que la juridiction sur ses propres sujets. A défaut de cette importante restriction, les commissaires auraient joui, dans l’acception la plus large, des bénéfices de l’exterritorialité.

Lorsque la Russie abandonna complètement le delta, l’Autriche, dont le but était dépassé, revint d’autant plus facilement sur ses premières exigences que les puissances occidentales, ainsi que nous l’avons mentionné, avaient jugé bon de substituer leur action sur le Bas-Danube à celle des états riverains. Cependant l’expérience prouva bientôt qu’en isolant le delta de tout contact avec la Russie, on n’avait point écarté les obstacles qui en entravaient l’amélioration. Nous ne relaterons point ici les circonstances qui amenèrent peu à peu la majorité des parties contractantes à revendiquer en faveur de leurs commissaires la plupart des immunités qui, dans le principe, devaient garantir leur indépendance vis-à-vis de la Russie.

D’après les actes du congrès de Vienne de 1815, les commissions préposées aux fleuves « conventionnels » se composent exclusivement de mandataires des états riverains. Purement délibératives, elles ont à discuter et à « recommander » les dispositions qu’elles jugent nécessaires dans l’intérêt de la navigation commune. Ces dispositions ne sont obligatoires qu’autant qu’elles ont été ratifiées par tous les gouvernements associés, et ce sont les autorités locales qui poursuivent à l’exécution. Le droit de surveillance générale et de contrôle qui appartient, à la délégation des puissances limitrophes n’a pas ordinairement d’autre sanction que celle qui résulte de la faculté de correspondre avec les différons pouvoirs provinciaux, et de leur adresser des représentations. Cette délégation ne peut promulguer directement ni lois ni ordonnances.

Il n’en est pas ainsi pour la commission danubienne, et c’est là un des premiers traits qui la distinguent des autres commissions fluviales. Formée en majorité d’agents étrangers, elle est à la fois délibérative et exécutive. Comme corps délibérant, il n’est aucune question touchant la marine marchande sur le Bas-Danube dont l’examen lui soit interdit. Elle élabore les règlements de police et de navigation, les tarifs et les plans des ouvrages dont elle reconnaît l’opportunité ; une fois votés, ces projets deviennent obligatoires, et la publication en est faite par la commission elle-même et en son propre nom. Elle s’est adjoint, pour l’assister dans cette tâche spéciale, un secrétaire-général, un ingénieur en chef et plusieurs autres employés dont les gouvernements lui ont laissé le choix, et qu’elle révoque librement. Comme autorité exécutive, les puissances lui ont reconnu une partie des droits d’une administration souveraine, en lui confiant l’application de ses propres règlements, de ses tarifs et de ses plans d’amélioration fluviale. A cet effet, elle a sous ses ordres immédiats un nombreux personnel de différentes spécialités, et notamment 1 inspecteur-général, 4 sous-inspecteurs, 1 capitaine de port et 1 percepteur des taxes de navigation. Ces derniers agents ont un caractère public et prêtent serment entre les mains des commissaires. Des bâtiments de guerre stationnés aux embouchures concourent à l’action commune des délégués européens en contraignant les navires de leur nationalité à l’observation des règlements émanant de la commission. Celle-ci participe, même dans son étroit ressort, aux fonctions des trois pouvoirs qui représentent un état ; non-seulement elle prépare et promulgue des lois qui régissent les marines de toutes les nations, et dont elle surveille et assure elle-même l’exécution, mais elle poursuit encore les infractions commises à ces lois. Elle a en effet, comme tribunal supérieur, le droit d’annuler, de réformer ou de confirmer les sentences prononcées au nom du sultan par l’inspecteur-général du Bas-Danube et par le capitaine du port de Soulina en leur qualité de juges de première instance. Ses arrêts sont définitifs, et la France a même admis le principe qu’ils pourraient être valables en pays étranger.

À certains égards, la commission a quelques-uns des attributs d’un gouvernement autonome. Elle traite parfois sans intermédiaires avec les états voisins. Un arrangement est intervenu entre elle et la Turquie pour régler ses rapports avec les autorités locales. Elle a passé deux conventions télégraphiques avec l’administration roumaine en conférant dans cette circonstance ses pleins pouvoirs à l’un de ses membres, et des négociations directes ont été engagées à Bucharest au sujet de l’application d’un règlement de police dans les eaux moldo-valaques. Elle a ses revenus publics, qui s’élèvent en moyenne à 900,000 francs par année, et dont elle détermine l’emploi par un budget officiellement publié dans chaque état. Elle contracte des emprunts, soit avec des établissements financiers, soit au moyen d’obligations qu’elle émet sur place. Les sommes qu’elle a ainsi successivement réalisées forment un capital d’environ 8 millions de francs. Elle dispose pour ses travaux de terrains de plus de 150,000 mètres de superficie ; les immeubles dont elle est propriétaire, tant à Toultcha qu’à Soulina, peuvent être évalués à 1 million de francs. Elle possède 3 bateaux à vapeur et de nombreux chalands de remorque. Ces bâtimens portent un pavillon spécial reconnu par la plupart des puissances signataires du traité de Paris et notamment par la France. Leurs papiers de bord sont délivrés par la commission. N’étant justiciable d’aucun tribunal local, la commission européenne a recours à l’arbitrage en cas de contestation entre elle et des particuliers. L’article 3 de l’arrangement stipulé avec la Turquie disposait « que les consuls établis sur le Bas-Danube ne pourraient s’immiscer ni dans les affaires qui se rattachent directement à l’exécution des règlements publics émanant de la commission, ni dans les rapports de celle-ci avec ses employés. Des réserves seront faites à cet égard dans les exequatur délivrés par la Sublime-Porte auxdits agents consulaires. » L’on n’a pu toutefois s’entendre sur l’application de cette clause, quoiqu’elle ait été unanimement approuvée.

Toutes ces prérogatives, contraires au droit commun et qui tendent à constituer un véritable état dans l’état, peuvent paraître exorbitantes, si l’on n’en cherche l’origine que dans les énonciations générales du traité de Paris. En se plaçant à ce point de vue étroit, l’on s’étonne sans doute de la transformation qu’a subie la commission déléguée sur le Bas-Danube en 1856 ; mais, si l’on prend en considération les circonstances exceptionnelles où les agents européens ont dû accomplir leur mandat, l’on se convaincra que l’indépendance à laquelle ils ont aspiré dès leur début était légitime et nécessaire. Ils ont d’ailleurs mérité la confiance de leurs commettants, et les privilèges dont ils jouissent depuis plus de douze ans ont essentiellement concouru au succès de leurs travaux.

Le congrès international récemment réuni au Caire a exprimé le vœu que le canal de Suez fût neutralisé. Quelques publicistes sont allés plus loin en réclamant pour la compagnie qui a présidé au percement de l’isthme une autonomie analogue à celle dont jouissait autrefois la compagnie anglaise des Indes ; comme celle-ci, elle aurait son territoire propre, ses finances spéciales et ses lois. Il ne nous appartient pas d’examiner ici la portée pratique de cette idée ; mais, si les circonstances en justifiaient un jour l’adoption, peut-être trouverait-on dans les faits que nous venons de relater quelques précédents dignes d’attention.

Nous ne pouvons terminer cet exposé sans mentionner une dernière et importante disposition à laquelle est subordonné l’entretien des ouvrages comme le développement des réformes administratives qui constituent l’œuvre du congrès de Paris. Il paraît urgent d’écarter les difficultés politiques qui ont empêché depuis 1857 la convocation de la commission riveraine du Danube. La commission européenne, à la veille de se dissoudre, doit d’autant plus se préoccuper de sa succession qu’elle laissera des dettes payables à longues échéances.

Éd. Engelhardt, « La Question des embouchures du Danube, la navigation du fleuve et la commission instituée par le congrès de Paris »  La Revue Des Deux Mondes, T. 88, 1870

Édouard Engelhardt
Diplomate, (C) (★ Rothau, alors département des Vosges, 16. 5. 1828 † Nice 1916).
Fils de Philippe- Hyacinthe Engelhardt, négociant et maire de Rothau puis notaire à Schirmeck, et d’Adelaïde-Joséphine Grauss. Études à la faculté de Droit de Strasbourg. En poste à Mayence, Anvers et Londres (1850-1864), il devint membre de la Commission internationale qui réglementa la navigation sur le Danube. Consul général de France à Belgrade, Serbie, de 1867 à 1874, puis ministre plénipotentiaire de 2e classe. Admis à la retraite après les conférences de Berlin qui établirent les bases du régime applicable au Congo (1885). Palmes académiques. Commandeur de la Légion d’honneur.Auteur de nombreux travaux d’économie politique, entre autres : Du régime conventionnel des fleuves internationaux, 1879 ; La tribu des bateliers de Strasbourg et les collèges de nautes gallo-romains, 1888 ; Histoire du droit fluvial constitutionnel, 1889.
État civil de Rothau ; Vapereau, Dictionnaire universel des contemporains, 1893, p. 534 ; Jouve ; Dictionnaire biographique des Vosges, Paris, 1897 ; Sitzmann, Dictionnaire de biographie des hommes célèbres de l’Alsace, Rixheim, t. 1, 1909, p. 442.
Sources : Arnold Kienztler,  Fédération des Société d’Histoire et d’Archéologie d’Alsace, 1986

Bibliographie (sources Bibliothèque Nationale de France) :

Thèse pour la licence,… soutenue… le jeudi 13 décembre 1849 :
Les « Canabenses » et l’origine de Strasbourg (« Argentoratum, Troesmis »), par Éd. Engelhardt
La Tribu des bateliers de Strasbourg et les collèges de nautes gallo : romains, par Éd. Engelhardt
Une chasse à l’aurochs dans les Vosges au IVe siècle, avec description de la campagne de Strasbourg et de la vallée de la Bruche à cette époque, par Éd. Engelhardt
Études sur les embouchures du Danube, par Éd. Engelhardt, Galaţi, 1862
La question des embouchures du Danube, la navigation du fleuve et la commission instituée par le congrès de Paris, Revue des Deux Mondes, tome 88, 1870
Du Régime conventionnel des fleuves internationaux, études et projet de règlement général, précédés d’une introduction historique, par Éd. Engelhardt,… 1879
La Turquie et le Tanzimat, ou Histoire des réformes dans l’Empire ottoman, depuis 1826 jusqu’à nos jours (1882)
Le droit d’intervention et la Turquie, 1880
L’Angleterre et la Russie, à propos de la question arménienne par M. Éd. Engelhardt, 1883
Rapport adressé au ministre des affaires étrangères par M. Ed. Engelhardt, ministre plénipotentiaire délégué à Berlin pour la conférence africaine, 1885
Les protectorats anciens et modernes, 1886
Étude sur la déclaration de la conférence de Berlin, relative aux occupations africaines, suivie d’un projet de déclaration générale sur les occupations en pays sauvages, par M. Éd. Engelhardt, 1887
Histoire du droit fluvial conventionnel, précédée d’une Étude sur le régime de la navigation intérieure aux temps de Rome et au moyen âge, par Éd. Engelhardt, 1889
Troisième mémoire sur la traite maritime, 1894
Les Protectorats romains, étude historique et juridique comparative, par Éd. Engelhardt, 1895
Les Protectorats anciens et modernes, étude historique et juridique, par Éd. Engelhardt, 1896
De l’Animalité et de son droit, par Édouard Engelhardt, 1900
La Question maçédonienne, état actuel, solution, par Édouard Engelhardt, 1906
La Question macédonienne, sphères d’influence, solution…, 1906
L’homme et les bêtes selon les religions, les philosophies, les sciences naturelles et le droit, 1907
Les Portes de fer, étude politique, technique et commerciale., [Signé : Éd. Engelhardt.]
Notes de l’auteur :
1) Ce travail est terminé aujourd’hui.
2) Un navire de 400 tonneaux payait autrefois, pour frais d’allégé, de phare et de pilotage, 3,821 francs. Il n’acquitte plus aujourd’hui en moyenne que 1,605 fr., soit 2,126 francs de moins. Un navire de 400 tonneaux porte à peu près 8,140 hectolitres.
3) Il y a une différence en moins de 1 shilling 1/2 par quarter.
4) Le prix du remorquage sur la barre variait précédemment de 100 à 1,200 francs par navire, et les frais d’allégé de 90 à 1,000 francs par 1,000 kilos de Constantinople.
5) Des bâtiments de 400 tonneaux apparaissaient rarement dans le Danube ; on en voit aujourd’hui de plus de 1,000 tonneaux.
6) Pendant les six années antérieures aux travaux, on a compté 128 naufrages, soit 21 par an. Pendant les huit années subséquentes, il n’y en a eu que 59, soit 8 par an.

Le Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes, Vienne (Autriche)

Un parc au patrimoine et à la biodiversité exceptionnels
   Ce parc, constitué de prairies et de forêts alluviales, est unique en son genre sur le territoire autrichien. Il est à la fois un magnifique oasis de verdure entre Vienne et Bratislava, la plus grande plaine alluviale naturelle intacte en Europe centrale et un territoire fortement dépendant du Danube qui est, dans sa traversée de l’Autriche encore un fleuve de montagne. Ce parc est un ensemble exceptionnel d’écosystèmes comprenant avec une vaste diversité de biotopes, une flore et une faune remarquables, un refuge pour de nombreuses espèces animales et végétales menacées, un espace naturel pour les crues comme il n’en existe plus sur le parcours autrichien du fleuve, un réservoir d’eau potable de haute qualité et un important régulateur climatique pour la région de Basse-Autriche.

Ce parc forme un paysage d’une beauté impressionnante et offre également un lieu de repos et de détente aux portes de Vienne ainsi qu’un espace pour la protection et la préservation de ce paysage unique.
La surface totale du parc est aujourd’hui de 9 600 hectares : 65% de sa surface sont constitués de forêts alluviales, 15% de prairies et environ 20% d’eau.

Dans les bras morts du fleuve, photo © Danube-culture, droits réservés

Les 36 kilomètres fluviaux danubiens forment la partie intégrale du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes. La dynamique du fleuve y est encore très active. Le niveau d’eau variable, peut atteindre, suivant le régime du fleuve et les saisons, 7 mètres de différence. Il détermine considérablement la vie sur le territoire du parc. Les inondations régulières ont façonné ce paysage étonnant et fluctuant, y créant une grande diversité d’habitats en lien direct avec le fleuve : mares, bras en activité et bras morts, bancs formés de cailloutis, rives peu escarpées et espaces de transition de l’eau vers la terre, rives pentues, forêts alluviales (forêts à bois tendre et dur), forêts de relief, prairies et zones arides de plaine alluviale.
La richesse biologique de ces territoires est exceptionnelle. On y compte plus de 800 espèces de plantes à tige, plus de 30 espèces de mammifères, une centaine d’espèces d’oiseaux, 8 espèces de reptiles, 13 espèces d’amphibiens ainsi que plus de 60 espèces de poissons. Une grande diversité d’invertébrés évolue d’autre part en milieu terrestre et aquatique.

Discrète Emys orbicularis ! Photo © Danube-culture, droits réservés

L’histoire du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes et les conséquences de la présence de l’homme sur le fleuve et ses rives
Les interventions répétées de l’homme ont influencé et métamorphosé le fleuve et ses plaines alluviales en particulier depuis la deuxième moitié du XIXe siècle.
Les  grands travaux de régulation du Danube à la fin du XIXe siècle, ses rectifications, suppressions de méandres et endiguements ont entrainé une augmentation de la vitesse du fleuve ce qui a eu pour conséquence d’engendrer une baisse de la nappe phréatique, un enfoncement du lit et un assèchement de bras morts et de certains bras en activité du Danube qui se poursuivent de nos jours. La destruction des rivages naturels a certes été « contrebalancée » par une amélioration des conditions de la navigation mais à quel prix !
Des digues de protection ont été érigées afin de protéger la plaine alluviale et très fertile du Marchfeld (rive gauche en aval de Vienne) contre d’importantes et régulières inondations.

Basses eaux sur le Danube à la hauteur du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes, photo © Danube-culture, droits réservés

L’édification d’un barrage en amont, à la sortie de Vienne (Centrale hydroélectrique de Freudenau) est venu modifié le charriage des cailloux et autres alluvions par le fleuve, participant à un enfoncement préoccupant du lit du Danube dans le sous-sol.
L’industrie forestière intensive a d’autre part transformé de vastes parties de la forêt alluviale en zones d’exploitation du bois, entrainé la propagation d’espèces d’arbres étrangères et l’installation d’un réseau de petites routes.
La chasse a eu de son côté pour conséquence l’extermination d’animaux locaux comme le castor et la loutre, heureusement protégés désormais et de retour sur le fleuve.
Quant à la pêche, autrefois professionnelle et commerciale, du fait de la raréfaction des poissons, elle n’est plus qu’essentiellement sportive et de loisir. Il a aussi été constaté l’apparition d’espèces de poisson étrangères.

Un projet de barrage inopportun

L’écologiste et journaliste suisse Franz Weber fut appelé à la rescousse par les protecteurs de l’environnement autrichiens. (photo Fondation Franz Weber)

Le projet peu opportun, sur le plan écologique, de construire un barrage et une centrale hydroélectrique sur le Danube (le douzième du parcours autrichien) près de la petite ville frontalière avec la Slovaquie de Hainburg (rive droite) en 1984 a été heureusement abandonné sous la pression des écologistes et de la population locale. Cette construction aurait entrainé la destruction d’une centaine d’hectares de forêt alluviale, d’îles et îlots, la disparition irréversible de rivages naturels et la construction de digues. Le barrage réservoir aurait de plus empêché le Danube de s’écouler librement.

Affiche de Friedensreich (Regentag Dunkelbunt) Hundertwasser (1928-2000), 1985, collection Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

La plaine alluviale ne pouvant plus bénéficier des inondations, sa dynamique aurait été ainsi interrompue. La dynamique naturelle de l’eau souterraine aurait été également perturbée. L’occupation en 1984 de la plaine alluviale à Stopfenreuth par des manifestants luttant contre la construction du barrage et de la centrale électrique a été déterminante pour l’abandon du projet alors que celui-ci avait été déjà voté par le gouvernement socialiste autrichien de l’époque. Une trêve de Noël fût alors proclamée par les politiciens du pays et les écologistes. Le développement de nouvelles alternatives a pourtant continué à être envisagé dès 1985 à la fois pour l’éventuelle construction de nouvelles centrales hydroélectriques mais aussi en parallèle pour la préservation de l’écoulement naturel du Danube.

Pétition « Pourquoi le barrage de Hainburg ne doit pas être construit », 1984sources Bibliothèque Nationale Autrichienne de Vienne

La période suivante (1986 à 1989) permit l’élaboration des bases scientifiques pour la création du Parc National des Plaines Alluviales Danubiennes mais certains projets de centrales hydroélectriques sur le Danube étaient toujours d’actualité dans les hautes sphères économiques et politiques autrichiennes. En 1990 une convention est passée entre la République Fédérale d’Autriche, les responsables politiques de la ville de Vienne et ceux de Basse-Autriche autorisant la création du Parc National des Plaines Alluviales Danubiennes. De 1991 à 1995 sont élaborés les projets spécifiques du parc et le 27 octobre 1996, le traité international pour la création du Nationalpark Donau-Auen est signé par les représentants de ces mêmes institutions. Le Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes obtiendra sa reconnaissance par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature, catégorie II) dès 1997.

Selon les critères de l’UICN un parc national doit remplir les fonctions suivantes :
– préserver intact des écosystèmes pour les prochaines générations
– mettre fin à différentes activités économiques
– créer un programme de recherche scientifique et mettre en place un accueil spécifique pour les visiteurs.

Grèbe huppée, une habitante familière du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes, photo droits réservés

Activités
Le Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes propose un grand choix d’activités pédagogiques et d’initiation à la découverte de la faune et de la flore, sur l’eau comme à terre, permettant de vivre, dans ce paysage unique, des moments d’exception. Des guides professionnels accompagnent les visiteurs dans le dédale des prairies et des forêts en canot pneumatique ou en barque.
Le parc organise également des colloques et séminaires sur des sujets prioritaires tout comme des excursions pédagogiques pour les enfants et les associations. Des journées axées sur un thème spécifique sont régulièrement programmées.

Chemin faisant…
Le Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes accueille aussi les visiteurs individuels. Des cartes permettent de conseiller différents itinéraires balisés ou fléchés.
L’Office des forêts de la collectivité locale de Vienne, propriétaire des prairies et des forêts alluviales, collabore activement à la préservation des espaces du parc.
L’action du WWF « Natur freikaufen » (« Rachetons la nature ») a permis la protection d’une surface supplémentaire de 411 hectares de la plaine alluviale des prairies de Regelsbrunn.

Organisation du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes
L’administration du parc est gérée par une société d’état à but non lucratif dont les membres sont les Régions de Vienne et de Basse-Autriche. Le directeur du parc en assure la gérance et le bon fonctionnement. L’Office Fédéral des Forêts, l’Administration forestière de la Municipalité de Vienne et la Région du Marchfeld ont la responsabilité des sentiers de randonnée, des pistes cyclables et des points de vue et d’observation aménagés.
En cas de fortes d’inondations, il peut être nécessaire, pour des raisons de sécurité, d’interdire provisoirement l’utilisation de certains chemins.

« Das Tor zur Au » (La porte sur les prairies alluviales) – Centre d’accueil et d’information du parc, château d’Orth/Donau
Le Centre d’accueil et d’information du parc est hébergé au château d’Orth/Donau. On peut y trouver des informations sur le parc et son histoire, sur la commune d’Orth/Donau et sur l’ensemble de la région. On peut aussi s’inscrire pour des randonnées ou des activités dans le parc avec un guide.

L’exposition permanente « DonAUräume » offre de nouvelles perspectives sur les prairies alluviales danubiennes. Des expositions thématiques complémentaires mettent en valeur certains des aspects singuliers du fleuve sur tout son parcours. On peut enfin y découvrir une installation acoustique « A Sound Map of the Danube » et trouver également des informations sur le site naturel protégé serbe de Gorne Podunavje.
« L’île du château » est un site extérieur à proximité du centre d’accueil et d’information présentant les habitats spécifiques et la faune des prairies alluviales comme le Spermophile, la Cistude d’Europe et des espèce locales de serpents. De nombreux insectes, grenouilles et crapauds habitent prairies et mares. Des plantes aquatiques diverses et variées, parfois rares comme certaines variétés d’orchidées, en enrichissent la flore.
Le centre de l’île est aménagé en station d’observation sous-marine. L’on peut y observer avec intérêt la flore et la faune aquatique des prairies alluviales, des espèces locales de poissons, coquillages et autres crustacés.
Du haut de la tour du château on jouit d’une vue magnifique sur les prairies alluviales danubiennes, de Vienne jusqu’à Hainburg, de même qu’on peut y observer une aire de cigognes. La cour du château est le lieu de rendez-vous et le point de départ des visites guidées. Son aménagement incite à s’y attarder.

Horaires d’ouverture du centre d’accueil et d’information du parc, château d’Orth/Donau
Du 21 mars au 30 septembre : tous les jours de 9h à 18h
du 1er octobre au 1er novembre : tous les jours de 9h à 17h

Visites guidées de l’exposition : tous les jours à 10h, 11h, 13h, 14h, 15h, 16h

Fermeture d’hiver du 2 novembre jusqu’au 20 mars
Pendant cette période renseignements et informations uniquement par téléphone, du lundi jusqu’au vendredi de 8h à 13h

Centre d’accueil et d’information :
Château d’ORTH Nationalpark-Zentrum
2304 Orth/Donau, Autriche
Tel. + 43 2212/3555
www.donauauen.at
schlossorth@donauauen.at

Le château d’Orth/Donau, photo © Bwag/Wikimedia

Nationalparkhaus wien-lobAU (Maison du Parc National Wien-LobAU)
Le Nationalparkhaus wien-lobAU est le centre d’information pour la partie viennoise du parc. Logé aux portes de la capitale, il est géré par l’Administration forestière de Vienne et fonctionne comme point de départ pour des randonnées dans les environs. Une exposition « tonAU » permet de découvrir l’univers sonore des forêts du parc et un spectacle multimédia informe sur l’évolution historique des prairies alluviales.
www.nph-lobau.wien.at

Maison du Parc National de Wien Lobau, photo droits réservés

On peut aussi rejoindre le parc par bateau depuis le centre de Vienne (canal du Danube à la hauteur de la Schwedenplatz) du 2 mai au 26 octobre et profiter d’une visite accompagnée d’un guide.
Tel. pour réservation (places limitées) : 0043/ 1 4000 49495
 www.donauen.at/besucherinfo/bootstouren

Le Skorpion, bateau du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes qui relie en saison le centre de Vienne à la Lobau (rive gauche) via le Canal du Danube. Photo © Danube-culture, droits réservés 

Centre d’information
Nationalparkhaus wien-lobAU
Dechantweg 8, 1220 Wien
Tel.: 01/4000-49495
www.nph-lobau.wien.at
nh@m49.magwien.gv.at

Autres centres d’information :
Nationalpark-Forstverwaltung Lobau
MA 49 – Forstamt und Landwirtschaftsbetrieb der Stadt Wien
2301 Groß-Enzersdorf, Dr. Anton Krabichler-Platz 3
Tel. 02249/2353
pe-don@m49.magwien.gv.at

Nationalpark-Forstverwaltung Eckartsau
Nationalparkbetrieb Donau-Auen der ÖBf AG
2305 Eckartsau, Schloss Eckartsau
Tel. 02214/2335-18
infostelle.donauauen@bundesforste.at

Une expérience originale : naviguer sur une réplique de tschaïque réalisé par Martin Zöberl, photo © Danube-culture, droits réservés

Bateau-moulin d’Orth sur le Danube
Promenades en « tschaike » sur le Danube (avril-fin octobre)
www.schiffmuehle.at

Restaurant et café « an der Fähre », Orth/Donau
Bac pour les piétons et vélo
www.faehre-orth.at

Restaurant Humers Uferhaus, Orth/Donau
Pour sa terrasse à proximité du Danube, ses spécialités de poissons (du Danube) et ses généreux desserts
Très fréquenté les weekends et les jours de fête
www.uferhaus.at

Croisières Hainburg-Devin-Bratislave-Hainburg
Event Schifffahrt Haider
www.event-schifffahrt.at

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, mis à jour novembre 2022

Le guide du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes, Falter Verlag. Wien, 2018

Une filmographie danubienne ou quand le fleuve fait son cinéma…

La statue de Lénine, gigantesque et déboulonnée, descendant le Danube sur une barge.

De nombreux courts, moyens et longs métrages, séries télévisées ont pour cadre l’univers danubien et illustrent souvent dans ce décor grandiose ou misérable des épisodes de la grande et de la petite histoire des hommes.
Le Danube suscite à la fois attraction et répulsion. Il est de par cette double situation un puissant allié de l’image et du son : tour à tour fleuve porteur de nombreux mythes (le mythe des Argonautes, d’une fédération des États danubiens…), de croyances et de légendes (le retour aux sources de l’Antiquité…), fleuve des vivants, des conquérants, du réel, de l’espoir, du désir, des plaisirs, des loisirs, des voyages, des inaugurations, des festivités aristocratiques et populaires, spontanées ou programmées, le Danube est en même temps le fleuve des morts, des noyés, des désespérés, des reflets et des illusions, des intrigues, des dérives, de la propagande, du gigantisme, des métamorphoses d’un progrès paradoxal, de l’horreur des guerres, des crimes racistes, des naufrages, des inondations, des minorités persécutées ou ostracisées, des frontières obsessionnelles, des régimes totalitaires et du non retour, des drames de la séparation,, de la joie des retrouvailles,  des tourbillons et des incertitudes de l’existence, de l’impermanence, de l’oubli, de l’exode et de l’exil économique ou politique. Le Danube prend dans certains scénarios le visage d’un un oracle aquatique, d’un confident à qui certains êtres confient leurs secrets, leurs peines, leurs rêves d’un monde meilleur, d’ailleurs plus favorable, un fleuve miroir que l’homme ne cesse d’interroger, de questionner sur le sens de son existence, de ses identités, du destin de l’humanité. Il y a aussi le fleuve vu à travers le regard étonné, intrigué des enfants, le fleuve sur les rives desquels les bêtes viennent s’abreuver, se nourrir, se baigner et parfois le traversent, le fleuve du monde naturel encore préservé.
Le « Fleuve » fait encore évidemment l’objet de nombreux reportages, documentaires, vidéos, sa présence inspirant aussi un processus de création artistique contemporaine : installations, performances visuelles et sonores et autres projets artistiques, itinérants ou non, se succèdent, « s’installent » brièvement, disparaissent ou s’épanouissent inlassablement sur ses rives ou sur le fleuve lui-même.
Quant à son fascinant delta il a depuis quelques années son propre évènement cinématographique le Festival du film indépendant :
 www.festival-anonimul.ro 

AKIN, Fatih (1973)
Im Juli (En juillet)
Allemagne, 2000, 95 mn

Réalisateur, scénariste, acteur et producteur né en Allemagne à Hambourg dans une famille d’émigrés turcs. Ours d’Or à Berlin en 2004 (Head-On) et Grand prix du jury de la Mostra de Venise en 2009 pour Soul Kitchen.
Im Juli est une jolie comédie sur le thème du voyage, de la rencontre et des frontières dont l’intrigue se déroule d’Allemagne en Turquie et en grande partie le long du Danube.

ANDRÉ, Alexandre (?), LE DERLÉ, Charles (Karol Lajthay, 1886-1946)
L’enfant du Danube
France-Autriche, film en noir et blanc, 1935 (1936), 83 mn

Mélodrame avec Ginette Gaubert, Josseline Gaël (la nièce), Pierre Nay, Henry Marchand, et Victor Vina.
Un batelier du Danube et sa femme sans enfant, prennent à bord une jeune femme et sa nièce. L’homme s’attache si profondément à la jeune femme que son épouse en devient jalouse. La jeune femme leur confie sa nièce et l’entente revient dans le couple.

ANGELOPOULOS, Théo (1935-2012)
Tou vlemma, tou Odyssea (Le Regard d’Ulysse)
Grèce-France-Italie, 1995, 176 mn

A., (Bruno Ganz), cinéaste grec exilé aux Etats-Unis depuis des années, retourne dans son pays natal et part à la recherche de trois bobines mythiques non développées des frères Manakis, pères du cinéma grec.
Cette fabuleuse Odyssée contemporaine, à la fois lyrique, contemplative et métaphysique mènera le cinéaste à parcourir les Balkans chaotiques et en guerre et à s’interroger sur le véritable sens de sa quête. De nombreuses scènes ont été tournées au bord et sur le Danube, hors du temps.
Ce film a obtenu le Grand Prix du jury du Festival de Cannes en 1995. Théo Angelopoulos obtiendra la Palme d’or du même festival en 1998 pour son film L’Éternité et Un Jour.

ANTEL, Franz (1913-2007)
Vier Mädel aus der Wachau (Quatre filles de la Wachau)
Autriche, 1957, 95 mn
Comédie
Cinéaste prolifique, producteur et journaliste autrichien, Franz Antel a réalisé entre autres films Treize femmes pour Casanova (1977) et Johann Strauss (1987). Musique de Johannes Fehring,  Lothar Olias, Heinreich Strecker. Avec Isa Günther,  Jutta Günther, Alice Kessler, Ellen Kessler, Michael Cramer…
Dans le petit village de Weineck, situé dans la vallée de la Wachau, deux paires de jumeaux naissent le même jour. Pensant qu’il s’agit de quadruplés, le maire Leopold Scherzinger attribue leur nom à un vin faisant ainsi la promotion du village. Lorsque les quatre filles deviennent adultes, le maire craint que les jeunes femmes ne se marient et ne déménagent. Finalement, on assiste à une quadruple cérémonie de noces.

Vier Mädel aus der Wachau

ARASAN, Ismet (1959)
Povestiri din Ada-Kaleh (Adakale Sözlerim Çoktur), Histoires d’Ada-Kaleh
Turquie, 2008

Documentaire émouvant sur l’histoire tragique des habitants lié aux séjours du réalisateur sur l’île turque d’Ada-Kaleh, illustré avec de nombreux documents iconographiques personnels.
https://youtu.be/uHFMPAFXOn0

BARISON, David, et ROSS, Daniel (1970)
The Ister
Icarus Films, Canada, 189 mn, 2004

Prix de l’association québécoise des critiques (2004) et prix du groupement national des cinémas de recherche (2004)
Ce film documentaire s’inspire d’une conférence donnée par le philosophe Martin Heidegger sur le poète allemand Friedrich Hölderlin et en particulier sur son poème Der Ister d’après le nom donné par les Grecs dans l’antiquité au Danube inférieur.
« Ce qui nous a amené à travailler sur le projet The Ister est né d’une passion commune pour la pensée de Heidegger et la conviction que le cinéma recèle un potentiel encore inexploité ou sous-développé pour aborder le questionnement philosophique. The Ister n’est ni une présentation ni une représentation du travail philosophique de Heidegger et encore moins un travail philosophique en lui-même. Présenter le travail de Heidegger d’un point de vue cinématographique nécessiterait – comme le dit Jacques Derrida – une audience prête à rester assise pour une projection de vingt quatre heures. »

Le film raconte la remontée du Danube, depuis son delta en Roumanie et en Ukraine jusqu’à ses sources dans la Forêt-Noire et invite à célébrer le fleuve en découvrant sur ses rives vestiges archéologiques, ses prouesses architecturales et ses villes détruites par les guerres. Sans cesse revient l’image de Prométhée que les rives du fleuve font découvrir à la fois comme enchaîné et comme déchainé. Une réflexion savante et poétique sur l’oeuvre de Heidegger, sur la technique, sur l’Europe, sur l’héritage grec et un vibrant hommage à la philosophie.

BARTELS, Ulrike, JENIN, Joël et ZEPPENFELD, Dieter
Die Donau, ein Fluss für Europa
Allemagne, 2004
La série de 13 films documentaires de 28 mn Le Danube, fleuve d’Europe, propose une découverte du fleuve, de ses sources en Allemagne jusqu’à son delta dans la mer Noire, et une rencontre avec les richesses culturelles et l’art de vivre des habitants des 10 pays traversés par le fleuve.
Sources :
www.seppia.eu/fr/danube-fleuve-deurope

BERGER, Ludwig (1892-1969)
Walzerkrieg (La guerre des valses)
Romance musicale, Allemagne, 1933, 93 mn

Joseph Lanner compositeur de la cour renommé et le jeune Johann Strauss senior se disputent le titre de « roi de la valse ».

Walzerkrieg (La guerre des valses) de Ludwig Berger, 1933

BERNARD, Raymond (1891-1977)
Le jugement de Dieu
France, 1949-1952

Film réalisé en 1949 et sorti en 1952 avec Andrée Debar (Agnès Bernauer) et Jean-Claude Pascal (Le Duc Albert de Bavière)
L’histoire tragique de la belle Agnès Bernauer, fille d’un barbier de la ville d’ d’Augsburg et dont le prince Albert de Bavière tomba follement amoureux.
Réalisateur, scénariste, adaptateur, Raymond Bernard est le fils cadet de l’écrivain français Tristan Bernard.

BLAIER, Andrei (1933-2011)
Pădurea Pierdută (La forêt perdue)
Drame, Roumanie, 1972, 91 mn
Production Studio cinématographique de Bucarest

Scénario de Mihnea Gheorghiu avec Ilarion Ciobanu, Cornel Patrichi, Ernest Maftei, Colea Răutu, Cornel Coman, Leni Pintea Homeag
Un village de pêcheurs au bord du Danube roumain pendant la deuxième guerre mondiale : Simion s’est fait déserteur et se cache dans la forêt menant une guerre personnelle contre les Allemands. Ceux-ci exaspérés par ses actions de résistance entreprennent de fouiller la maison de son frère Pavel qui, tout comme Simion, est amoureux de Lia qu’il voudrait épouser. Les soldats allemands la tuent. Pavel est tué à son tour en essayant de la venger.

BLAIER, Andrei
Terente, regele baltilor (Terente, roi des marais)
Roumanie, 1995, 82 mn
Scénario de Fanuş Neagu, avec Gavril Patru, Ilarion Ciobanu, Gheorghe Dinica
Les aventures de Terentetefan Vasali, 1895 ou 1896-1927), pécheur et bandit légendaire du delta du Danube

BOESE, Carl (1887-1958)
Eine Nacht an der Donau (Une nuit sur le Danube)
Allemagne, 82 mn,  film en noir et blanc, 1935
Scénario de Hans Gusti Kernmayr et Hannes Marshall, avec Olga Engl, Wolfgang Liebeneiner, Gustave Waldau…

Comédie d’après la pièce de théâtre de Johann Nestroy Der böse Geist Lumpacivagabundus. Tourné dans la Wachau à Dürnstein, Weissenkirchen, Eggensdorf et à abbaye bénédictinede Göttweig.

BOURGUET, Olivier
Des Carpates Au Danube, La Perle de l’Europe orienta
le

France, 2015
Documentaire « Connaissance du Monde », 1h 20

CARL Rudolf (1899-1987) 
Dort in der Wachau ou die Donau Mädel (La fille du Danube)
Comédie, Allemagne, 1957, 99 mn
Acteur, comique, chanteur, cinéaste autrichien producteur de films prolifique né à Břeclav (Lundenburg) en Moravie du sud. Joue des rôles dans plus de 200 films et séries télévisées qui lui en tant qu’acteur assureront une grande popularité.
Un des films qui consacre la vallée du Danube en Wachau comme décor incontournable de cinéma.

CIULEI, Liviu (1923-2014)
Valurile Dunarii (Les vagues du Danube)
Film de guerre, Roumanie, 1959, 100 mn
România film/Studioul Cinematografic « Bucureşti »
D’après un scénario de Francis Munteanu (Kilomètre 1314) et Titus Popovici, musique de Theodor Grigoriu.

Ana, (Irina Petrescu 1941-2013), seule protagoniste féminine du film, photo droits réservés

Avec Irina Petrescu, Lazǎr Vrabie et le réalisateur Lucian Pintilie qui joue le rôle épisodique d’un soldat allemand.
Mihaïl, un capitaine de péniche buveur et mauvaise tête est réquisitionné par les Allemands pour remonter le Danube avec à son bord des armes et des munitions. Mais le Danube est miné. À bord du bateau l’accompagnent sa jeune femme, deux soldats allemands assez stupides et un ancien prisonnier du nom de Toma, en réalité un officier de l’armée de libération roumaine, qui doit donner le signal aux partisans de se rendre maîtres du navire afin de mettre la main sur les armes. La péniche traverse de nombreuses aventures. Mihaïl est finalement tué par les Allemands mais il prend le temps de confier auparavant sa femme à Toma. Le film prend fin sur l’image de Toma paradant dans un bel uniforme après la libération de la ville.
« Avec un sens profond de la nature, le réalisateur a pris soin de capturer sur sa pellicule les plus beaux et les plus vastes paysages fluviaux, nous reposant entre deux scènes de bataille dominées par les mitrailleuses et les bombardements. Le seul personnage féminin de cette tragédie féroce, qui joue le rôle de l’épouse héroïque du valet de chambre, est une jeune actrice de Bucarest : Irina Petrescu. Jean Nicollien – 1960 (Gazette de Lausanne)
https://youtu.be/rk-UfHZUZlk

COLLECTIF
Soko Donau
Production ORF et ZDF
Autriche
Depuis 2005, 204 épisodes et 14 tableaux (toujours en cours…)
Série criminelle autrichienne très populaire.

COUSTEAU, Jacques (1910-1997)
Le Danube
France, 1992 

Danube I : Lever de rideau
Danube II : Le rêve de Charlemagne
Danube III : Les cris du fleuve
Danube IV : Les inondations du fleuve
Documentaire (en langue anglaise) sur le fleuve en quatre parties, de ses sources à son delta qui fut tourné deux ans après la chute du mur. Son ton sans complaisance décrit les incessantes et graves atteintes environnementales faites au fleuve par les hommes.
Une ode au fleuve sauvage d’autrefois !

https://youtu.be/dpdbf3C8NoE
https://vimeo.com/237051108
https://vimeo.com/22388987
https://vimeo.com244648714

COLPI Henri (1921-2006)
Codine
France-Roumanie, 1963, 98 mn

Film franco-roumain d’Henri Colpi d’après le roman éponyme de Panaït Istrati, musique de Theodor Grigoriu, texte d’Henri Colpi.
Production Como films-Romfilm-Tamara, avec Alexandru Virgil Platon, Razvan Petresco, Françoise Brion, Nelly Borgeaud et Germaine Kerjean.
Dans les années 1900, à Brăila, port de pêche et de commerce du Bas-Danube à la population pauvre multiculturelle, l’enfance misérable du jeune Adrien Zograffi est bouleversée par l’amitié qu’il noue avec Codine, une force de la nature au passé compliqué et douloureux, ancien détenu révolté, cultivé et assoiffé de justice et d’amour. Adrien Zograffi est le témoin, dans un décor danubien omniprésent, des luttes et des déchirements de son ami jusque dans les circonstances les plus sombres.

Codine d'Henri Colpi

CÜRLIS, Hans, TÜRK, Walter
Die Donau von den Schwarzwald bis zum Schwarzen Meer
Allemagne, 1929

Institut für Kulturforschung Berlin
Documentaire

CVEJIĆ, Marko (1978)
Podunavske Švabe, The Danube Swabians (Les Souabes du Danube)
Serbie, 2011

Production Mandragora films
Un excellent drame documentaire d’un réalisateur serbe né à Zrenjanin en Voivodine, sur le destin tragique des émigrés souabes du Danube que l’histoire et ses conflits incessants n’ont pas épargné.

DANELIUC, Mircea (1943)
Croaziera 
Comédie dramatique, Roumanie, 1981, 122 mn
Des jeunes ouvriers de différentes usines de la Roumanie communiste sont invités par des cadres du régime à une croisière sur le Danube en récompense de leur travail. La croisière devient chaotique quand ils décident de mettre à profit ces jours de vacances pour vivre des aventures romantiques. Un tourbillon satirique extrêmement divertissant. Avec les acteurs Nicolae Albani, Paul Lavric, Tora Visilescu… 

DAQUIN, Louis (1908-1980)
Les Chardons du Baragan
Comédie dramatique, France, 1958, 116 mn


D’après le livre éponyme de Panaït Istrati. Film réalisé en partenariat avec le réalisateur  roumain Gheorghe Vitanidis (1929-1994), musique de Radu Paladi (1927-2013).
Dans la Roumanie de 1906, sur la plaine aride du Baragan, Mataké, un adolescent, et ses parents paysans, vivent péniblement de la terre. Il quittent leur village dans l’espoir de trouver un meilleur sort, mais la mère meurt après un accident. Pour subsister, le père se fait engager dans une ferme. Après un vol, le propriétaire, un riche boyard l’accuse, et lâche sur lui ses chiens qui le tuent. Mataké, désormais seul, est recueilli par une famille compatissante.
Les récoltes sont mauvaises, les paysans vivent mal ; les boyards, eux, vivent bien. Au printemps 1907, les paysans poussés à bout se révoltent. La répression est sanglante, les massacres effroyables. Mataké, qui a survécu à l’horreur, décide, encore une fois, de partir.
https://youtu.be/FJMxT9xK6tM

DEKISS, Jean-Paul (1946)
Danube
Court-métrage, France, 1989

DOROHOÏ, Sabin (1984)
Calea Dunarii (Le chemin du Danube)
Roumanie, 2012

Un court métrage plein d’émotion d’un talentueux réalisateur roumain dans le cadre somptueux danubien des Portes-de-Fer. Paysages enneigés et brumeux, rives et fleuve mélancoliques sur lequel passent des convois pour illustrer la réalité quotidien d’un jeune garçon séparés de ses parents qui sont partis travaillés à Vienne, en amont du fleuve. 
https://www.youtube.com/watch?v=kE2JQGOBres&t=88s

EPPLE, Roberto A.
Widerstand am Strom, Hainburg, der österreichische Weg
Production VIDOC, Wien/Rorschach, Suisse

Suisse, 1987, 60 mn (version courte) et 80 mn (version longue)
Un documentaire illustrant le combat de David contre Goliath ou celui des écologistes autrichiens contre le projet de barrage de Hainburg soutenu par le gouvernement et mettant en danger le patrimoine naturel exceptionnel des plaines alluviales danubiennes en aval de Vienne. L’occupation des forêts par les militants de la cause environnementale en 1984 et un référendum national au sujet de la construction de la centrale hydroélectrique qui vit le non l’emporter, obligea le gouvernement à renoncer à ce projet.
L’écologiste suisse Franz Weber (1927-2018) raconte cet épisode de l’histoire de la lutte pour la préservation du Danube sauvage et de son environnement dans son livre Le paradis sauvé, Éditions Pierre-Henri Fabre, Lausanne, 1986.

FEJÖS, Pál (1897-1963)
Gardez le sourire (Sonnenstrahl)
Tobis Klangfilm, Production Vandor
Comédie dramatique, France-Autriche, 1933, 91 mn

Réalisateur et scénariste hongrois, naturalisé américain en 1930. Film en noir et blanc. Musique de Michel Lévine et Ferenc Farkas
Avec Annabelle, Gustav Fröhlich, Hélène Darly, Robert Ozanne, Marcel Vibert.
Le film se passe à dans la Vienne des années trente où la crise économique mondiale fait des ravages. Un homme sans travail, mis à la porte par sa logeuse et prêt à se suicider dans le canal du Danube sauve une jeune femme de la noyade. Ensemble ils remonteront cahotiquement la pente vers des jours meilleurs jusqu’à l’achat d’un taxi dans un contexte urbain qui se métamorphose avec de nouvelles constructions destinées aux classes modestes. Le film a été tourné en version allemande (Sonnenstrahlen) et en version française (Gardez le sourire) en français, les seconds rôles sont tenus par des acteurs différents dans les deux versions.

Sonnenstrahl/Gardez le sourire de Pál Fejös, 1933

FISCHER, Torsten C. (1963)
Wiedersehen an der Donau (Au revoir au bord du Danube), River of Life – Donau
Allemagne, 2014, 90 mn
Série télévisée Fluss des Lebens
Production Shiwago Film
Drame, scénario de Maurice Herzfeld, Martin Kluger et Rafael Solá Ferrer, avec Sandra Borgmann, Harald Krassnitzer, Thomas Sarbacher.

 FORGÁCS, Péter (1950), ANDRÁSOVITS Nándor (1894-1958)
The Danube exodus, A Dunai Exodus (The Jewish exodus, the German exodus).
Hongrie, 1998, 60 mn
D
eux histoires danubiennes filmées par le capitaine Nándor Andrásovits.
The Danube Exodus : Rippling Currents of the River, (installation), 2002
DVD édité par Bit Works, Inc., 2011, version en anglais

Ces deux films racontent les exodes de populations juives chassées de Vienne et de Slovaquie pendant la deuxième guerre mondiale et du retour dramatique d’Allemands d’Europe de l’Est vers leur patrie d’origine en 1944. 900 Juifs viennois et slovaques tentent de rejoindre en plein hiver 1941 la mer Noire en montant sur des bateaux pour ensuite poursuivre leur voyage vers la Palestine. Cette histoire fait également l’objet du film d’Erez et Nachum Laufer The Darien dilemma (Le dilemme du Darien).
Le réalisateur et artiste hongrois Péter Forgács construit son scénario sur les films amateurs de Nándor Andrásovits, commandant de l’un des bateaux (Le Reine Élisabeth). Il filme les passagers pendant leurs prières, leurs sommeil ou même à l’occasion d’un mariage. À la fin de la journée, un autre exode en sens inverse se substitue au premier, celui non moins tragique des populations allemandes de Bessarabie qui s’enfuient vers la fin de la guerre devant l’invasion russe et remontent le Danube vers l’Allemagne. Le fleuve est une nouvelle fois le théâtre de la brutalité des hommes.
https://youtu.be/Z2zzc9ZDGu0

GAÁL, Béla (1893-1945)
Az aranyember (L’homme en or)
Hongrie, 1936, comédie dramatique
Adaptation du célèbre roman éponyme L’homme en or de Mór Jókai (1825-1904)
Poète, acteur, metteur en scène, directeur de théâtre, scénariste, réalisateur, Béla Gaál est le fondateur avec Géza von Bolváry de la première école de cinéma hongroise et l’auteur de nombreux films (comédies) parmi lesquels Meseautó (La voiture des rêves, 1934), grand succès adapté à l’étranger et Budai Cukrászda (Salon de thé budapestois, 1935).

GÁRDOS, Péter (1948)
Az aranyember (L’homme en or)
Hongrie, 2005
Adaptation pour la télévision hongroise du roman éponyme de Mór Jókai.

GHEORGHITA, Cornel (1958 )
Europolis, drame, 1h 38 mn avec Adriana Trandafir, Áron Dimény…    

France-Roumanie, 2011
Le film, dans lequel les personnages oscillent entre plusieurs mondes, ceux inséparables des vivants et des morts, entre Est et Ouest inconciliables, entre deux rives d’un fleuve immense, entre ici et ailleurs, entre le réel et le surnaturel, mêlant drame folklorique et récit onirique, inspiré en partie par le roman éponyme de l’écrivain roumain Jean Bart (Eugeniu Botez) raconte les périples de Nae et de sa mère depuis Sulina, petite ville portuaire située aux confins du delta et de l’Europe, riche d’un passé glorieux mais tombée aujourd’hui dans l’oubli, jusqu’en France, au bord de l’Atlantique où l’oncle Luca décédé récemment et sans argent a exprimé la volonté d’être enterré au bord du Danube dans la cité d’où il est parti. Le meilleur ami de l’oncle, un chaman leur demande de faire le voyage jusque dans le delta en accompagnant le cercueil. Mais L’âme facétieuse de Luca se joint à l’odyssée de retour et refait en quarante jours de deuil, selon une ancienne tradition roumaine le chemin de sa vie. Le neveu lui sert de passeur pour rejoindre sa dernière demeure. Luca, Nae et sa mère vont en chemin franchir les douanes célestes qui mènent finalement au jugement dernier. Nae traverse une dernière fois le fleuve accompagnant les corps de sa mère décédée et de son oncle pour aller les enterrer sur l’autre rive.
Premier long métrage du réalisateur roumain.

GERTLER, Viktor (1901-1969)
Az aranyember (L’homme en or)
Hongrie, 1962
Autre adaptation du magnifique roman éponyme « L’homme en or » de Mór Jókai. Dès le premier instant du film le fleuve est présent. On contemple, à l’image du capitaine du bateau, les rives hongroises.

GEYRHALTER, Nikolaus (1972)
Angeschwemmt (Washed ashore), Déposé par le courant
Autriche, 1994, 86 mn, documentaire
Un Danube « hors des sentiers battus ». Remarquable documentaire en noir et blanc avec de nombreux interviews de personnalités danubiennes étonnantes de Vienne et de ses environs dont celle de Joseph Fuchs, dernier fossoyeur et gardien du petit cimetière oublié des anonymes de la capitale autrichienne qui jouxte le port de commerce dans le quartier morose d’Albern, sur la rive droite, et où ont été enterrés autrefois les corps des noyé(e)s et suicidé(e)s retrouvés dans le Danube.
Le monde qui gravite autour du Danube viennois est déterminé par deux facteurs essentiels : le fleuve lui-même et les étranges caractéristiques de ceux qui peuplent ses berges. Et ils sont nombreux : pêcheurs, gardiens de cimetière, moines bouddhistes, locataires de petits jardins, mariniers ayant jeté l’ancre malgré eux, soldats et vagabonds de toutes origines…
Le grand fleuve relie tous ces gens qui vivent en marge, à « contre-courant » et entretiennent un lien singulier avec lui.
Le documentaire raconte tous ces visages, toutes ces histoires, toutes ces nostalgies. La caméra filme avec la même retenue et le même calme les tombes des innombrables noyé(e)s qui reposent au « cimetière des disparus anonymes », le marinier roumain et son épouse, exilés, immobilisés depuis plus d’un an sur leur péniche à cause du blocus du Danube pendant la guerre en ex-Yougoslavie qui leur barre le chemin du retour. N. Geyrhalter a produit depuis de nombreux documentaires d’une qualité exceptionnelle.

GLÜCK, Wolfgang (1929), tableau I et Moszkowicz, Imo (1925-2011), tableau II
Donaug’schichten (Histoires du Danube)
Autriche, Allemagne, France (ORTF), 1963-1965
Série télévisée en 2 tableaux et  26 épisodes
Première diffusion en 1965 (ARD) jusqu’en 1970
Willy Müller dirige la succursale d’une banque dans la petite ville danubienne de Krems en Wachau. Il lui arrive toutes sortes d’aventures avec ses clients. Malentendus, quiproquos, confusions complications… mettent sa patience à rude épreuve.
Avec Willy Millowitsch, Theo Lingen, Dominique Joos…

HOOCKER, George 
Opération Liberland
 documentaire, 2018, 94 mn
Le 13 avril 2015, l’entrepreneur, journaliste et économiste tchèque Vit Jedlička (1983) tente de poser sur une île alluviale inondable de 7 km2 formée par un Danube facétieux entre les territoires de Croatie et de la Serbie le drapeau d’un nouvel micro état dénommé République libre du Liberland, futur paradis fiscal où il n’existerait aucune taxe. Une initiative qui représente un véritable danger pour l’environnement, la faune et la flore du fleuve et de ses rives dans cette partie préservée de son cours.
https://vimeo.com/179899395
Avec Martina Babišová, Ulrik Haagensen, George Hooker…
Voir également :
This Noman’s Land of Mine, declaration of a tax haven, documentaire (37 mn)de Filip Rojík et Petr Salaba (production Studio Famu Marek Jindra) 
https://youtu.be/qWUT7UHSls4
http://www.liberlandthefilm.com
L’homme d’affaire tchèque et président du Liberland Vít Jedlička accompagné de l’eurodéputé Tomáš Zdechovský qui prétend être missioné par le parlement européen, tente de libérer « leur » territoire danubien du contrôle de la police fluviale croate et d’y créer un paradis fiscal. Une opération médiatique hasardeuse au milieu du Danube dont la légitimité ne semble pas évidente aux yeux de la police fluviale croate et qui se solde par un échec .
Voir également le documentaire d’Euronews (2015)
https://youtu.be/Cu1AwZV6eNs  
et celui plus récent de Jonathan Legg (2020)
https://youtu.be/369u54fcVfk

HORVATH, Andreas
Postcard von Somova
Hongrie, 2012, 20 mn
Documentaire. Somova, petit village « oublié » du delta du Danube roumain. Les chèvres paissent, les chats se promènent, deux pêcheurs essaient de réparer une charrette cassée pendant que le cheval patiente. Le temps se confond avec le paysage. Ce qui existait autrefois semble avoir survécu, y compris les déchets qui bordent le chemin. De manière analogue, cet état d’attente anachronique survit également dans le documentaire comme un cliché méditatif et une carte postale audiovisuelle d’une époque antérieure au progrès et à la précipitation. Un très joli documentaire filmé au rythme de la vie dans le delta.
https://youtu.be/FNDrVJlj0oc

HÜBNER, Maurice (1986)
Die Donau ist tief (Le Danube est profond), Ein Krimi aus Passau
Hager Moss Film

Allemagne 2020, 87 mn
Téléfilm policier, scénario de Michael Vershinin, avec Andreas Bittl, Gottfried Breitfuss, Monika Bujinski…
Le détective privé Ferdinand Zankl est soupçonné d’avoir assassiné son ex-petite amie, Nunzia Rossi, directrice d’un refuge pour animaux. Il est arrêté par la police de Passau. C’est justement à ce moment-là que Zankl est soumis à une forte pression pour agir en raison d’une autre affaire. Les médias avaient annoncé que des  fouilles étaient en cours dans la forêt bavaroise afin de mettre au jour des vestiges de l’époque romaine. Comme c’est justement là que Zankl avait enterré le corps d’un tueur à gages arabe l’hiver dernier, afin de protéger Frederike Bader, il doit empêcher de toute urgence que l’équipe chargée des fouilles ne tombe sur le corps qu’il a enterré.

GRAFF, Martin (1944)
Donau ohne Visum (Le Danube sans visa)
ARD et TV Donauländer
Allemagne, 1989-1991
Téléfilm sur les pays riverains du Danube et leurs habitants (Allemagne, Autriche, Tchécoslovaquie, Hongrie, Yougouslavie, Roumanie, Union soviétique).

Donauträume (Rêves danubiens). Stromaufwärts (À contre-courant vers l’Europe ou De la mer Noire à la Forêt-Noire)
Allemagne, 1998
3 x 30 mn, ZDF
Version pour Arte : Le réveil du Danube
2 x 45 mn
France-Allemagne, 1998-1999

GRUBER, Andreas (1968)
Hasenjagd-Vor lauter Feigheit gibt es kein Erbarmen (La chasse aux lièvres-Pas de pitié à cause de couardise)
Autriche, 1994

Le scénario relate la terrible chasse et le massacre, perpétués en février 1945, par les nazis et une partie de la population locale dans la région du Mühlviertel (Haute-Autriche à proximité de Linz), à l’encontre des prisonniers de guerre soviétiques, échappés du camp de concentration de Mauthausen.
Seuls onze des 500 prisonniers échappés du camp de l’horreur survécurent.

HAFNER, Franz
Wildnis am Strom – Nationalpark Donau-Auen
Autriche, ORF, 2010
Documentaire sur le Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes (Basse-Autriche)

HARTMAN, Hugh (1903-1982)
The Blue Danube, MGM
USA, 1939

Dessin animé musical sur l’oeuvre éponyme de J. Strauss fils.

HUET, Anne-Laure Marie
Blue Danube
Court métrage, France, 2018, 10 mn
Production École de la cité, Scénario Anne-Laure Marie Huet, avec Lola Créton et Noël Malassagne

IVAN, Oana
Viaţa intre Ape, La vie entre les eaux
Roumanie, 2016
documentaire
« Les gens ont souvent tendance, lorsqu’ils parlent du Delta du Danube, à se rapporter aux nénuphars, aux pélicans et à la nature vierge, à l’exclusion des personnes qui font partie de cet écosystème. Nous ne savons pas comment ils vivent, quelles sont leurs habitudes qui sont la plupart du temps perçues à travers de nombreux préjugés. Je voulais montrer en profondeur le mode de vie de cette communauté pour qu’on la comprenne et qu’on l’accepte finalement. »
Oana Ivan
Docteur en anthropologie, Oana Ivan a collaboré avec la National Geographic Society et a été consultante sur les questions locales et environnementales pour la Banque mondiale et l’Académie roumaine. Elle a séjourné 7 années dans le delta du Danube pour étudier les populations locales et leur mode de vie, préparer et réaliser le tournage de son documentaire.
https://youtu.be/QcKi_KpRmP0

JACOBS, Werner (1909-1999)
Mariandl
Autriche, 1961, 85 mn
Production Sascha Film

Deuxième adaptation au cinéma de la comédie musicale de Martin Costa Der Hofrat Geiger après celle de Hans Wolff (1947). Les rives danubiennes de la Wachau servent une nouvelle fois de décor enchanteur (Spitz, Dürnstein, Emmersdorf, Aggsbach-Markt…)
Avec Hans Moser, Gunther Philipp, Conny Froboess, Rudolf Prack, Waltraut Haas…

JACOBS, Werner
Mariandl Heimkehr
Autriche, 1962, 93 mn
Production Sascha Film
Après le succès du premier Mariandl  une suite avec une « happy end » s’imposait.

JACOBY, Georg (1882-1964)
Das Kind der Donau
Autriche, 1950
Production Nova-Film, Wien Film
Comédie musicale autrichienne de 1950, 111 mn, musique de Nico Dostal (1895-1981)
Premier film en couleur autrichien avec l’actrice, chanteuse et danseuse Marika Rökk, épouse du réalisateur allemand Georg Jacoby.
Avec Marika Rökk, Fred Liewehr, Harry Fuß, Fritz Muliar…
Trois amis cherchent le long du Danube un logement pour l’été mais comme ni la logeuse ni le prix de la chambre ne correspondent à leurs attentes, l’un d’eux, Georg, écrivain, s’installe seul sur un vieux bateau qui semble abandonné. Pendant ce temps les deux autres font une halte dans une auberge proche où ils admirent Marika qui danse et écoutent ses chansons. Séduits, ils envisagent déjà d’en faire une star. Georg a trouvé un lit sur la péniche et s’étonne quand pendant la nuit Marika le réveille brutalement. Elle habite sur le bateau qui appartenait autrefois à son père. Georg et Marika s’entendent bien jusqu’à ce que Georg s’absente une nuit et ne revienne sur le bateau qu’au petit matin. Alors que Marika pense qu’il est allé flâner, Georg a en réalité postulé dans un journal et a été affecté à l’équipe de nuit pour emballer les journaux. Il prévoit d’utiliser l’argent pour réaliser le plus grand rêve de Marika : remettre le bateau à flot et pouvoir naviguer sur le Danube comme avant.

De leur côté, Heinrich et Oskar essaient de faire passer Marika pour une star du théâtre. Lorsque le directeur du théâtre annule tous les entretiens d’embauche en raison de la crise théâtrale, les acteurs décident de monter leur propre pièce de théâtre sous la direction de Marika, dans un vieil amphithéâtre non loin du Danube. La répétition générale se déroule sans problème et la première représentation affiche déjà complet. Georg ignore ce que préparent ses amis car il dort le jour et travaille la nuit. Une collègue, qui lui a rendu visite une fois sur le bateau et dont Marika suppose qu’elle avait une relation avec Georg, a provoqué des tensions entre eux deux. Georg est heureux d’annoncer à Marika la décision de son rédacteur en chef : Il a accepté que Georg écrive une série de reportages sur sa vie à bord d’un bateau qui navigue sur le Danube. Le journal veut également prendre en charge les frais de remise à flot du bateau et d’entretien pendant les trajets. Marika décide cependant de ne pas y participer car elle ne veut pas, en tant qu’actrice principale, laisser tomber la troupe de théâtre. Une rupture survient entre Marika et Georg qui quitte le bateau pendant un orage. Pendant ce même orage, la foudre frappe le théâtre et un incendie le détruit.
Georg qui a appris la catastrophe par le journal, revient auprès de Marika. Il convainc la troupe de prendre un nouveau départ dans un autre théâtre et, malgré les difficultés, lance un article dans le journal demandant le soutien des lecteurs à la troupe de théâtre. Peu de temps après, c’est chose faite : dans un théâtre bien plus grand que la première salle, la pièce folklorique de la troupe commence. Comme le ténor ne peut pas se produire en raison d’un enrouement, c’est Georg, auteur de la pièce qui reprend son rôle. Marika n’est tout d’abord pas très enthousiaste lorsqu’elle se retrouve face à lui sur scène, mais tous deux se rapprochent pendant la représentation et finissent par se réconcilier.
https://youtu.be/dShu59qCoJI

JANSON, Victor (1884-1960)
Donauwalzer (Le roi du Danube)
Allemagne, 1930, film muet en noir et blanc
Scénario de Walter Reich, production Aafa Film AG

KOBUSIEWICZ, Ada (1978)
Danube Treasure
Serbie, 2012

Documentaire vidéo expérimental, (5 mn)
« Danube Treasure » de la réalisatrice polonaise Ada Kobusiewicz déploie ses jeux de lumière sur le Danube, révélant la monstrueuse beauté des pollutions de la rivière. Il s’agit d’un documentaire vidéo expérimental sur la condition du monde contemporain à travers le problème des déchets rejetés dans le Danube. Le cadre poétique de ce film reflète le temps qui passe et interroge l’avenir de notre planète. La forme abstraite et floue qui y apparaît représente la fragilité, tout en restant ouverte à des interprétations multiples.
www.adakobusiewicz.com

KORDA, Sándor (1883-1956)
Omul de aur/Az aranyember (L’homme en or) – Der rote Halbmond (la demi-lune rouge) 
Hongrie, 1918, 84 mn
Avec Oszkár Beregi (Tímár Mihály) et Ica von Lenkeffy (Noémi)
Sándor Korda quittera la Hongrie pour l’Angleterre en 1919 après avoir déjà réalisé plus de 25 films. Le jeune réalisateur hongrois de 26 ans s’inspire d’un grand classique de la littérature hongroise, L’homme en or de Mór Jókai (1872). Ce film qui connaîtra un immense succès en Hongrie durait quatre heures à l’origine. Seule une version en langue allemande a subsisté (Der rote Halmond)

L’homme en or, navigation dans le défilé des Portes-de-Fer

Un riche pacha turc, sur le point d’être arbitrairement arrêté, s’enfuit avec sa fille à l’étranger et s’embarque pour remonter le Danube sur un navire marchand commandé par Michael Timar. Proche de la mort, le pacha lui confie sa fille que le capitaine va épouser après avoir mis la main sur la fortune du défunt. Mais c’est un mariage de convenance, sans amour…

KORDA, Sándor (1883-1956), Az aranyember (L’homme en or), 1918 

KRAFT, Sybille (1958)
Damals in Passau, (Autrefois à Passau), documentaire (série « Sous notre ciel »)
Damals in Ingolstadt (Autrefois à Ingolstadt), documentaire (série « Sous notre ciel »)
Damals in Regensburg, (Autrefois à Ratisbonne) documentaire (série « Sous notre ciel »)
Allemagne (?)
Sybille Kraft est une réalisatrice, journaliste, écrivaine, commissaire d’exposition allemande, collaboratrice de la Radio-télévision bavaroise, auteure, parmi de nombreux autres films, de plusieurs remarquables documentaires sur des villes bavaroises des bords du Danube. Ses oeuvres ont été récompensées à de nombreuses reprises.
www.br.de/unter-unserem-himmel112.html

KUSTURICA, Emir (1954)
Chat noir, chat blanc
Franco-germano-yougoslave, 1998
Comédie policière, 130 mn
Avec Barjam Severdzan (Matko Destanov), Srdan Todorovic(Dadan), Branka Katic (Ida)…
Matko le tzigane, son fils Zare et ses amis installés au bord du Danube trafiquent sans grand succès avec les mariniers russes qui passent devant sa cabane. Ayant besoin d’argent pour détourner un train de wagons d’essence, il va trouver un vieil ami de son père et parrain de la communauté gitane pour l’aider à monter son opération. Grga Pitic accepte de lui prêter de l’argent. Matko commet toutefois la maladresse de mettre dans le coup Dadan, un autre trafiquant en apparence plus malin que lui mais le destin, grâce à son père et à son fils intègre et amoureux d’une jeune serveuse, va sourire à sa famille. Une comédie délirante sur fonds d’un fleuve qui bouscule la vie quotidienne de la communauté et de truculantes musiques des Balkans.
Une grande farce danubienne qui se moque du matérialisme et fait triompher l’amour désintéressé !
Lion d’argent, Festival de Venise, 1998

KUSTURICA, Emir
Underground
France-Allemagne-Hongrie, 1995, 170 mn
Musique de Goran Bregović
Chaos, destins croisés, poésie et négation de la vie dans cet inextricable labyrinthe des Balkans du réalisateur né à Sarajevo où se tissent et s’entrecroisent sans cesse, rêves et réalités, quotidien et éternité, traditions et modernité illusoire, raison et magie sur fond de  paysages danubiens.

LAUFER, Erez, LAUFER, Nachum
The Darien dilemma, (Le dilemme du Darien)
Israel, 2006 (2008 ?), 90 mn, hébreu, sous-titré en anglais

Documentaire, drame
Le film raconte la tragédie d’un millier de Juifs viennois, polonais et slovaques bloqués à bord de bateaux sur le Danube gelé pendant l’hiver 1940-1941 et attendant d’être sauvés ou abandonnés à leur sort par un agent des services secrets israéliens, Ruth Kliger (1907 ou 1914-1979) et ses collaborateurs hébergés dans un hôtel d’Istanboul.
Cette tragédie de l’exode est également le sujet de la première partie du film  de Peter FORGÁCS, Péter et Nándor ANDRÁSOVITS  The Danube exodus, (A Dunai Exodus). 
Nachum Laufer a d’abord eu l’intention de raconter comment il avait fui l’Europe avec sa mère mais au cours de ses recherches, il a découvert l’histoire de Ruth Kliger « La Dame du Mossad » et du choix dramatique auquel elle a été confrontée. Le scénario  
reconstitue le dilemme de Ruth Kliger afin comprendre son attitude dans le contexte d’un épisode historique particulièrement douloureux.
Le film est disponible au Musée de la Shoah et au Musée Juif de Paris.

LEROY Annik (1953)
Vers la mer
Belgique, 1999

Film sélectionné à la Berlinale
Essai cinématographique en forme de « road movie », des sources du Danube jusqu’au delta par une réalisatrice, photographe et vidéaste bruxelloise inspirée.

« Vers la mer » d’Annik Leroy est le cas modèle d’un film qui propose différents niveaux de récit et qui engage le spectateur de façon multiple en stimulant sa fantaisie et son imagination. Il thématise ce que dans un film peut signifier le « récit » et en propose un projet propre ainsi que des réponses propres.
À travers un voyage, le film livre un aperçu de l’histoire et du présent européens. Il se divise en des épisodes qui sont alignés comme les perles d’un collier. L’alignement semble aléatoire, mais il est pourtant systématique dans la mesure où les épisodes se rapportent toujours en fin de compte à tes thèmes proches les uns des autres.
Le thème du fleuve, le Danube, que le film suit de la source jusqu’à l’embouchure, introduit d’abord un effet de grand calme. l’oeil du spectateur se repose, le mouvement s’apparente à celui de l’eau, lent cependant continu, engendrant un sentiment du temps, de la durée, un sentiment de l’être en marche. En cela réside la dynamique propre du film.
Des rencontres et des observations que l’on trouve dans le film résulte un panorama historique. « Vers la mer » n’est pas seulement un essai poétique, mais il rassemble aussi des expériences européennes qui s’éclairent mutuellement. Elles sont toutes ancrées dans une sphère propre. Chaque personnage du film « interlocuteur » ou « personne interviewée » serait une expression inadéquate  parle d’un environnement spécifique qui devient à chaque fois un miroir du monde, parfois une métaphore – des souvenirs de l’époque monarchique du propriétaire d’un café viennois à l’Holocauste et au camp de Mauthausen avec son escalier, image clé de ce film, en passant par le rappel de disputes politiques et de luttes sociales. Entretemps est évoqué un souvenir de Kafka ; et puis on est mis en présence de manière très distincte des traces du socialisme « réellement existant », toujours visibles dans les pays du Danube qui y étaient exposés, et de la manière dont s’expriment ces traces dans des visages, des architectures, des paysages et des symboles visuels…
Le film renonce à la beauté conventionnelle et fixe bien plutôt un climat d’introspection, de méditation. Il existe à la fois une observation de la réalité, tel un assemblage d’images et de sons authentiques et en même temps une concentration poétique, tel un discours, tel une trace de la réflexion. Abandonnant le récit habituel mais aussi le principe du reportage, il propose des rapports et des chaînes d’association tout à fait libres. « Vers la mer » est un film qui se présente dans sa structure et dans ses principes formels comme un produit et un manifeste de l’imagination… »
Ulrich Gregor, Vers la mer. Pensées à propos d’un film, traduit par Alexander Schnell.

LHOTSZKY, Georg (1937-2016)
Moos auf den Steinen (La Mousse des pierres)
Autriche, 1968, 82 mn

Réalisateur autrichien né à Opava en Silésie (aujourd’hui en République tchèque)
Un film  de l’année 1968 inspiré par « La Dolce Vita », »Le Léopard » et la Nouvelle vague, mais avant tout autrichien dans sa sentimentalité et son ambiance nostalgique en particulier du temps de la « bonne vieille monarchie habsbourgeoise ». Musique du pianiste et compositeur autrichien Friedrich Gulda.

Moos auf den Steinen (La Mousse des pierres) de Georg Lhotszky, 1937

 LUTHER, Miloslav (1945) 
Le sentier à travers le Danube (Chodník cez Dunaj)
Slovaquie, 89 mn, film dramatique réalisé pour la télévision tchécoslovaque
Un employé de la compagnie ferroviaire slovaque, Viktor Lesa, livre régulièrement du courrier à la gare de la ville frontalière de Ludendorf (Břeclav) à l’époque du protectorat de Bohême-Moravie instauré par le régime nazi après l’invasion de la Tchécoslovaquie. Il détourne volontairement une d’importantes livraisons de courrier. Après l’arrivée de la Gestapo dans la ville, il est contraint de fuir de l’autre côté de la frontière avec son collègue tchécoslovaque et employé des postes juif, František Ticháček.

MAÁR, Gyula (1934-2013)
Balkán! Balkán! (Chira Chiralina)
Hongrie-Roumanie, 1993
Drame. Le film est inspiré du roman éponyme de l’écrivain roumain de Brăila, Panait Istrati
Ce roman a inspiré également un film muet tournée en Ukraine soviétique en 1927, produit par le VUFKU et un long métrage du réalisateur roumain Dan Pita (1938), Kira Kiralina (2014). Ce cinéaste a participé au documentaire collectif L’eau telle un buffle noir. (1971)

MĂRGINEANU, Nicolae (1938 )
La porte blanche Poarta albǎ, (La porte blanche)
Roumanie, 2014, 86 mn 
Le film est basé sur le livre « Le cousin Alexandre », écrit par Adrian Oprescu. Scénario de Nicolae Mărgineanu et Oana Maria Cajal. Avec Cristian Bota, Maria Ploae, Marius Chivu, Sergiu Bucur, Ion Besoiu, Ion Grosu. Produit par Ager Film.
L’aventure tragique de la construction du canal Danube-mer Noire appartient aussi à l’histoire du fleuve.
Adrian et Ninel se retrouvent côte à côte avec des détenus entassés dans des wagons de marchandises qui viennent d’arriver dans l’un des camps de travaux forcés du canal Danube-Mer Noire. Parmi les autres condamnés des enseignants, des avocats, des poètes, des philosophes, des paysans, des artistes, des scientifiques dont le régime communiste se méfie. Tous se rendent compte que ce travail a pour but de créer un lieu de souffrance organisée où il faut exterminer les indésirables et les opposants au régime communiste.
https://youtu.be/dXmduNc5Sb8

MARISCHKA, Ernst (1893-1963)
Sissi
Autriche, 1955, 102 mn

Le film mythique d’Ernst Marischka est une biographie romancée de la vie d’Élisabeth de Bavière, futur femme de l’empereur François-Joseph de Habsbourg.
Impossible de ne pas voir ce film au moins une fois dans sa vie pour le jeu et la beauté de Romy Schneider.

Romy Schneider incarnant le personnage de Sissi dans le film d’Ernst Marischka

MIKLÓS, Markos (1924-1920)
A Dunai Hajos
Hongrie, 1974, 99 mn
Une adaptation du roman de Jules Verne Le pilote du Danube.

MUNDRUCZÓ, Kornél (1975)
Delta
Hongrie, 2008, 92 mn

Scénario : Yvette Bíró, Kornél Mundruczó, Image : Mátyás Erdély, Montage : Dávid Janscó, Musique : Félix Lajkó, Coproduction : Proton Cinema, Essential Filmproduktion, ZDF/Das kleine Fernsehspiel, ARTE
À la mort de son père, un jeune homme taciturne retourne dans le village de son enfance, dans le delta du Danube, labyrinthe d’eau et de végétation coupé du reste du monde. Il fait alors connaissance de sa jeune sœur, dont il ignorait jusque-là l’existence. Bien que frêle et timide, celle-ci est décidée à quitter le village pour le rejoindre dans la cabane délabrée où son frère s’est retiré. Ensemble, ils entreprennent la construction d’une maison sur pilotis au milieu du Danube, comme au milieu de nulle part. C’est une véritable histoire d’amour qui se tisse au fur et à mesure, presque silencieusement entre eux. Mais cette relation incestueuse n’est pas du goût des autres habitants. Au cours d’un repas auquel les deux jeunes gens convient leurs voisins, ils se retrouvent confrontés à une réalité brutale.
Le cinéaste hongrois Kornél Mundruczó, diplômé de l’Université d’Art Dramatique et Cinématographique de Budapest (Színház-és Filmművészeti Főiskola), a  réussi un troisième long métrage d’une grande beauté. Tout à la fois paisible et sombre, servi par une mise en scène contemplative, il propose une relecture originale de la philosophie rousseauiste et questionne la liberté face au tabou universel qu’est l’inceste. L’interprétation elliptique et pleine de pudeur de Félix Lajkó et d’Orsolya Tóth (actrice fétiche du réalisateur hongrois) donne toute sa place au somptueux paysage du delta du Danube, traité dans ce film magnifique et d’un grand réalisme comme un personnage central à part entière.
Ce film a reçu le Grand Prix de la Fédération Internationale de la Presse Cinématographique au Festival de cannes (2008).

NAGHI, Gheorghe (1932-2019)
Alarmă în deltă (Alarme dans le delta)
Roumanie, 1975, 68 mn
Scénario Petre Luscalov et Gheorghe Naghi, production Casa de Filme Trei
Film d’aventure se déroulant en partie dans le delta du Danube. Voinicel (Sorin Vasiliu) et Azimioara (Dan Popescu), deux enfants d’un village du Delta, sont involontairement impliqués dans une série d’aventures dangereuses. Des criminels ont dérobé au Musée de Constanţa des pièces de collection avec lesquelles ils ont l’intention de traverser la frontière. Les jeunes détectives vont contrecarrer les plans des trafiquants. Gheorghe joue le rôle d’un mécanicien dans ce film.
https://youtu.be/dmWhQItMcKE

NESTLER, Peter (1937)
Uppför Donau (Up the Danube)
Suède, 1970, 28 mn
Documentaire
Production Sveriges Television, Malmö, scénario, peter Nestler et Szöka Nestler
Réalisateur et documentariste allemand

NOWOTNY, Franz (1949)
Exit-nur keine Panik (Sortie, mais pas de panique)
Autriche-RFA, 1980, 96 mn
Réalisateur et scénariste autrichien né à Vienne.
Ce film de gangsters tragi-comique est devenu un film culte. Avec Hanno Pöschl (Kirchhoff), Paulus Manker (Plachinger), Isolde Barth (Gerti), Eddie Constantine (Poisgrard), Peter Weibel (Langner), Kurt Kren (Voyeur), Hans Georg Nenning…

OTTLEY, Charlie (1971)
Wild Danube
Roumanie, décembre 2021, 45 mn
Documentaire réalisé dans le delta du Danube en hommage à Ivan Patzaichin.
Le réalisateur et journaliste britannique Charlie Ottley a consacré plusieurs films à la nature en Roumanie (Wild Carpathia, Flavours of Romania)…

Wild Danube C. Ottley

PINTILIE, Lucian (1933-2018)
Un été inoubliable
France-Roumanie, 1994, 94 mn

Scénario d’après la nouvelle La salade de l’écrivain roumain Petru Dumitriu
Production MK2-Filmex Roumanie, 1994
Dans les années 20 le capitaine Dimitriu et sa famille sont mutés dans une garnison isolée en Dobrogée, de l’autre côté du Bas-Danube, sur la rive droite, en territoire bulgare occupé par les Roumains. Tandis que le capitaine reçoit l’ordre de prendre en otage des villageois et de les faire fusiller, sa femme se lie au contraire d’amitié avec eux.
Fable tragique anti-militariste historique et chronique intimiste sur fond de superbes paysages de la Dobrogée danubienne.
Le réalisateur et metteur en scène roumain Lucian Pintilie, né en Bessarabie, malmené par le régime communiste, s’exile en France après la censure de son deuxième film La reconstitution (1969). Pendant longtemps figure emblématique du cinéma roumain, Il revient dans son pays en 1990 et tourne Le chêne en 1992, Un été inoubliable (1994), Trop tard (1996), Terminus Paradis (1998), L’après-midi d’un tortionnaire (2001) et Niki et Flo (2003).

Lucian Pintilie, Un été inoubliable

PIŢA, Dan (1938), GRIGORESCU, Ioan (1930-2011)
Kira Kiralina

Roumanie, 90 mn, 2014
Adaptation cinématographique du roman éponyme de Panait Istrati, « Kira Kiralina » qui raconte l’histoire d’une belle et mystérieuse femme qui, aux côtés de sa mère, finit par vendre ses charmes aux hommes.
Le film a une aura orientale qui rappelle l’atmosphère magique des « Mille et Une Nuits ». Les héroïnes sont vues à travers les yeux de Dragomir, frère et fils des deux femmes. Plusieurs autres cinéastes se sont également inspirés de ce roman pour réaliser des longs métrages dont le hongrois Gyula Maár.
Avec Florin Zamfirescu, Iulia Dumitru, Stefan Iancu, Corneliu Ulici, Iulia, produit par Castel Film.

POPESCU, Mircea, D.
Salutare din Ada-Kaleh (Salutations d’Ada-Kaleh)
Roumanie, 1968

Documentaire sur l’île engloutie d’Ada-Kaleh

S-au deschis Porţile din Fier ale Dunǎrii (les Portes-de-Fer se sont ouvertes)
Roumanie-Yougoslavie, 1972

Documentaire sur l’histoire de la navigation et les aménagements du fleuve à la hauteur des Portes-de-Fer, les derniers pilotes des cataractes de l’ancienne Orşova, sur la disparition de l’île turque d’Ada-Kaleh et des autres villages noyés par les eaux du nouveau lac artificiel.
Commentaire final : « Les Portes de fer du Danube, jusque-là encloses, se sont ouvertes ».
https://youtu.be/uHFMPAFXOn0

PROHASKA, Reiner(1966), SCHMIDT, Carola (Autriche)
Boring River (Un fleuve ennuyeux)
Autriche, 2014
Documentaire
Un voyage artistique de l’artiste autrichien Reiner Prohaska, né sur les bords du Danube à Krems, à bord du  trimaran »MS Cargo » de Melk (Autriche) jusqu’à la mer Noire.
www.rainer-prohaska.net/cargo

QUEST, Hans (1915-1997)
Die Lindenwirtin vom Donaustrand (L’aubergiste de la plage du Danube)
Autriche-RFA, 1954, 91 mn
Musique de Hans Lang (1908-1992), compositeur de la musique du film Der Hofreit Geiger et de la chanson Mariandl.
Production Sascha-Film, Lux-Film Production
Comédie
Le village inconnu d’Arnstein dans la Wachau fête son nouveau débarcadère et attend avec impatience les premiers touristes. Une seule jeune femme descend du bateau pour rendre visite à son ancienne nurse. Helga qui étudie l’architecture d’intérieur à Vienne s’est séparée de son fiancé peu avant la fin de ses études et elle a maintenant besoin de s’éloigner de la grande ville. Mais son amie a elle-même des problèmes. Les affaires vont mal, elle est fortement endettée et l’auberge elle-même est délabrée. De plus elle est poursuivie avec une méchanceté acariâtre par un boucher local, car elle a non seulement refusé ses avances mais elle a aussi hérité de l’auberge du Tilleul. Celui-ci a racheté toutes les factures impayées de Thérèse et exige d’elle qu’elle le rembourse.
Lors d’une promenade, Helga est surprise par un orage et se réfugie dans une forêt. Celle-ci fait partie du domaine privé du château d’Arnstein et il est interdit d’y pénétrer. L’intendant du château n’est pas très content de voir Helga, mais il lui propose de venir au château où elle pourra faire sécher ses vêtements. La jeune employée du château, Rosl, est tout de suite enthousiaste, car Fred n’amène jamais de dame au château. Grâce à ses romans, elle imagine immédiatement une histoire d’amour romantique entre Fred et Helga. Dans l’après-midi, Fred ramène même Helga au village. Pendant que Thérèse tente d’obtenir un crédit auprès de la banque à Vienne, Helga transforme l’auberge. Elle reçoit l’aide surprenante de Fred qui fait venir tout le mobilier du château en prêt. De plus, il est tombé amoureux d’Helga. L’auberge est désormais aménagée mais les touristes manquent toujours à l’appel. Helga et Fred décident d’organiser une fête à Arnstein puisque c’est le 500e anniversaire de la construction du château. Il y aura finalement plusieurs jours de fête. Thérèse récolte enfin assez d’argent pour rembourser ses dettes.

Die Lindenwirtin vom Donaustrand d’Hans Quest, photo droits réservés

Les complications ne manquent pas : Jimmy, le neveu de M. Stone arrive à Arnstein avec deux amis et s’étonne de la disparition des meubles du château. Mais il se fait rapidement une amie en la personne de Rosl et tous deux finissent par se marier. Helga reçoit la visite inattendue de son ex-fiancé, le professeur Herdmenger qui essaie de la convaincre de partir avec lui à l’université d’Ankara en tant qu’assistante et se montre horrifié lorsque Helga affirme vouloir dans la Wachau. Il se doute qu’Helga a une relation avec Fred et tente de le persuader qu’il est un obstacle à la carrière d’Helga. Comme Fred lui-même a dû abandonner ses études d’architecture à cause de la Seconde Guerre mondiale et qu’il ne les a jamais terminées après la fin de la guerre, il renonce à Helga.
Mr. Stone arrive à Arnstein par surprise et s’arrête d’abord à l’auberge où il reconnaît tout son mobilier. Helga parvient à le convaincre de ne pas licencier Fred. Elle-même a décidé de quitter Arnstein. Lorsque M. Stone raconte à Fred combien Helga l’a défendu et que Thérèse rapporte également qu’Helga a mis le professeur Herdmenger à la porte de la maison, Fred court après Helga et se réconcilie avec elle. Il s’ensuit un double mariage : outre Rosl et Jimmy, qui veulent partir en Amérique, Helga et Fred se marient également. Tous deux partent à Vienne pour y travailler ensemble comme architectes.

RADEMANN, Wolfgang
Die Donauprinzessin (La Princesse du Danube), série télévisée allemande en 13 épisodes produite par Wolfgang Rademann et la ZDF, Allemagne, 1993
La comtesse et veuve Verena Schönwald (Gaby Dohm) et la propriétaire d’un château-hôtel près d’Arstetten, Julia Wandel, (Brigitte Karner) sont les deux égéries de la vie du capitaine Rick Reimers (Oliver Tobias), qui commande le Donauprinzessin et navigue désormais sur le Danube de Passau à Budapest après vingt années de croisières sur le Nil.

RADVÁNYI, Géza von (1907-1986)
Quelque part en Europe
Hongrie, 1947, 104 mn
Drame
Quelque part au bord du Danube en 1944. Des enfants, victimes de drames terribles, surgissent d’un peu partout. Ils maraudent pour vivre et mènent une existence à moitié sauvage, craignant autant leurs semblables que les adultes…
L’atmosphère sombre et lugubre du film, drame néoréaliste, avec des extraits de reportages terrifiants de l’après-guerre en Hongrie, évolue peu à peu grâce à la rencontre par les enfants, d’un chef d’orchestre original et bienveillant, réfugié dans une forteresse à demi en ruine.
Geza von Radványi est le frère de l’écrivain hongrois Sándor Márai.

REBIC, Goran (1968)
Donau, Dunaj, Duna, Dunav, Dunarea
Autriche, 2003 (France, 2004)

Réalisateur né en 1968 à Vršac en Voïvodine (Serbie).
Donau, Duna, Dunaj, Dunav, Dunarea, film d’inspiration poétique raconte le dernier voyage vers la mer d’un vieux bateau rouillé Le Danube, de Franz, son capitaine au mauvais caractère et de passagers singuliers.

Un équipage et des passagers hétéroclites et attachants...

Quand un jeune homme monte à bord avec le cercueil d’une femme et le désir d’exaucer ses dernières volontés, il n’a pas d’autre choix que de partir avec son vieux navire de Vienne vers la mer Noire. Un orphelin, un déserteur, un toxicomane et divers autres individus profondément déracinés font le voyage avec Franz, le jeune homme et le cercueil, un voyage de deux mille kilomètres vers l’est, où ils pourront peut-être trouver un foyer accueillant sur les rivages lointains du Danube.
http://youtu.be/dSXpcVER3cA

REED, Carol (1906-1976)
The Third Man (Le Troisième Homme)
Grande-Bretagne, 1950
Drame

Ce film culte, inspiré de la nouvelle au titre éponyme de Graham Greene (1904-1991), se passe à Vienne à l’heure de la guerre froide. Holly Martins voudrait comprendre comment un de ses amis, Harry Lime, qui l’avait invité pour un séjour, est mort. L’amie de Harry, Anna tente de l’en décourager. Holly apprend par la police britannique que son ami est un trafiquant de pénicilline. Celui-ci est vivant, une autre personne ayant été enterrée sous son nom. Holly Martins participe à sa poursuite dans les égouts de la ville. Cerné, Harry demande alors à son ami Holly de le tuer.

REINERT, Emile Edwin (1903-1953) et RODE, Alfred (1905-1979)
Le Danube bleu
France, 1938

L’action se passe dans un camp de tziganes. Anika est aimée du pauvre Sandor et du riche Féry. Elle aime Sandor mais accepte les cadeaux de Féry. D’où une jalousie violente entre les deux hommes qui un jour en viennent aux mains. Le lendemain, on retrouve Féry assassiné. Sandor est accusé du meurtre et chassé du camp. Anika, qui ne peut croire à sa culpabilité, se promet de découvrir le coupable. Elle a bientôt la preuve que le meurtrier est Rakos qui la courtise et a tué Féry par cupidité. C’est au tour de Rakos d’être chassé du camp. Il trouve en fuyant une mort dramatique. Anika recherche Sandor ; elle le retrouve chanteur aux Ambassadeurs de Budapest. Mais elle n’est pas venue seule. Toute la tribu est là qui obtient grand succès auprès du public du théâtre. Le directeur souhaiterait les engager tous, mais ils préfèrent leur liberté. Et accompagnés de Sandor, ils regagnent leur camp.
Sources :
Les fiches du cinéma 2001, La Cinémathèque française

REITZ, Edgar (1932)
L’histoire du tailleur Berblinger d’Ulm
Allemagne, 120 mn, 1979
Avec Tilo Pruckner, Vadim Glowna, Hannelore Elsner…
La « véritable » histoire tragi-comique du tailleur Albrecht Berblinger (1770-1829) qui conçut une machine volante à la fin du XVIIIe siècle. Son vol raté du 31 mai 1811, depuis la cathédrale d’Ulm se termina… dans le Danube où il fut secouru par des pêcheurs. Inventeur de génie, Berblinger, malgré le fait qu’il fut désormais pris pour un bonimenteur et dut quitter la ville, n’abandonna jamais son ambition de voler.

SAIZESCU, Geo (1932-2013 )
Le Bal du samedi soir (Balul de Sambata Seara)
Roumanie, 2010, 108 mn

SCHELL, Maximilian (1930-2014)
Légendes de la forêt viennoise
Autriche 1979

Acteur, cinéaste, scénariste et producteur autrichien, naturalisé suisse. Il fait partie des rares acteurs européens à avoir réussi à Hollywood.

SCHROETER, Werner (1945-2010)
Malina
Allemagne, 1991

Scénario d’Elfriede Jelinek
Déambulations d’une poétesse, partagée entre son mari, Malina, qui veille sur elle, et son amant, Ivan, dérouté par cette femme éprise de liberté. La solitude et ses obsessions la mèneront peu à peu vers la folie.

SCHULZ, Fritz (1896-1972) 
Gruß und Kiss aus der Wachau
Autriche, 1950, 95 mn
Production Viktoria Film Wien

Comédie d’après l’opérette du compositeur tchèque Jára Benes (1897-1949) sur un livret de Hugo Wiener et Kurt Breuer.
Trois jeunes et jolies Viennoises en âge de se marier, Anni, Resi et Franzi gagnent modestement leur vie en travaillant dans une fabrique de cigarettes. Devant la difficulté de trouver un mari  l’une d’elles a l’idée de glisser dans les paquets de cigarettes des invitations amusantes à l’intention des hommes, les invitant à se présenter à une prochaine fête de danse afin de faire plus ample connaissance. Trois jeunes hommes se présentent. Anni, Resi et Franzi se voient soudain confrontées à une concurrence non négligeable en la personne de Violet Hutton, une riche Californienne légèrement survoltée, qui n’est certes plus toute jeune mais qui a l’intention d’acheter un château dans la Wachau. Elle ne séduit pas l’un des jeunes hommes mais le père de l’un d’eux qui présente l’avantage d’avoir déjà un château à vendre. Un final en Happy end permet à chacune des quatre femmes de séduire l’homme de ses rêves.
Avec Waltraut Haas, Marian Schönauer, Nina Sandt, Gretl Schörg, Rolf Wanka, Louis Soldan…

SELLNER, Rudolf (1905-1990)
Die Bernauerin
Allemagne, 1958, 105 mn

Drame, téléfilm
Scénario de Carl Orff. Avec Maximilian Schell, Margot Trooger, Hans Clarin, Rolf Castell…

SIDNEY, George (1916-2002)
Le Danube rouge (The red Danube)
États-Unis, 1954, 119 mn
Production MGM

Drame
Musique du compositeur hongrois émigré aux USA Miklós Rózsa (1907-1995)
Avec Walter Pidgeon, Ethel Barrymore, Janet Leigh, Peter Lawford…

The red Danube de George Sidney, 1954

SCHWARZENBERGER, Xaver (1946)
Tafelspitz
Allemagne-Autriche, 1993, 99 mn
Production  Wega Film / TV 60 Filmproduktion / Iduna-Film.
Cette comédie est tournée en partie en Wachau (Krems-Stein, Rossatz, Weissenkirchen, Spitz…). Avec Christiane Hörbiger, Annika Pages, Jan Nikklas, Otto Schenk, Fritz Eckhart, Lotte Ledl.
Xaver Schwarzenberger a été le directeur de la photographie de plusieurs films de Reiner Werner Fassbinder dont Lili Marleen et Berliner Alexanderplatz.

SCHWEIKART, Hans (1895-1975)
An der schönen blauen Donau, La princesse du Danube bleu (titre français)
Autriche, 1955, 90 mn (noir et blanc)
Avec Hardy Krüger, Nicole Besnard, Paul Hörbiger, Renée Saint-Cyr, Jean Wahl…
Musique de Franz Grothe (1928-1982), un des compositeurs (musique de films) et chef d’orchestre les plus populaire de son temps.
Le jeune roi d’un royaume moderne doit prendre épouse avant ses vingt ans. Il déclare qu’il choisira une bourgeoise mais une rencontre fortuite avec une princesse autrichienne ruinée lui fera changer d’avis.

SEMJAN, Štefan (1960)
Na krásnom modrom Dunaji (Sur le beau Danube bleu)
Tragicomédie, Slovaquie, 1994, 123 mn
Production Slovenský filmový ústav Bratislava, Slovenská televízia Bratislava, JMB Film & TV 
Premier film du réalisateur slovaque  Štefan Semjan.
Une comédie contemporaine loufoque post révolution de 1989 en compagnie de trois amis bohèmes et insouciants, dont l’excitation pour des aventures à la limite de la loi, des divertissements effrénés, la liberté sexuelle, la joie des choses sans importance, les conduiront jusqu’à tenter de voler un célèbre tableau d’Andy Warhol lors d’une exposition à Bratislava.

STEINWENDNER Kurt (1920-1972)
Wiennerinen-Schrei nach Liebe (Viennoises – cri d’amour)
Autriche, 1952

Réalisateur autrichien le plus important des années 1950-1960. Son premier film Der Rabe (Le corbeau), réalisé avec Wolfgang Kudrnovsky est considéré comme le premier film expérimental autrichien après la seconde guerre mondiale.
« Un des épisodes du film se déroule dans le cadre désolé du port viennois du faubourg d’Albern où se noue une relation triangulaire entre un capitaine de bateau du Danube, une prostituée au prénom d’Olga et un proxénète. La désolation des entrepôts d’Albern est un cadre exceptionnellement en symbiose avec l’histoire, d’une grande tristesse. Pourtant, même dans cette production en marge, le fleuve autorise finalement les protagonistes à un voyage fluvial en forme de vague happy end. »1
Pierre Burlaud, Danube-Rapshodie, Images, mythes et représentation d’un fleuve européen, Partage du savoir, Éditions Grasset/Le Monde, Paris, 2001

STEMMLE, Robert, Adolf (1903-1973)
Donauschiffer (LesBateliers du Danube)
Production Wien-Film GmbH
Allemagne – Autriche, 1940

Réalisateur et scénariste allemand
Drame sentimental
Avec le grand acteur hongrois Pál Jávor (1899-1979)
Les Bateliers du Danube, a pour théâtre le cours du fleuve entre Vienne et la mer Noire. L’équipage du vapeur Fortuna joue les rôles principaux, un équipage bigarré, cosmopolite, une cuisinière roumaine, des machinistes hongrois, mais sous les ordres d’un capitaine germanophone. L’entente est plutôt cordiale. Au gré des différentes escales, Budapest, Belgrade, Braïla et Sulina, des personnages inattendus montent à bord ou quittent le navire, chacun avec ses attentes, ses roueries, parfois sa cocasserie…
Quiproquos, ruses, tensions. Des conflits se nouent, qui peuvent devenir aigus, mais – comédie oblige – s’évanouissent comme par enchantement. »
Ce merveilleux vieux film est comme une métaphore de l’histoire de l’empire austro-hongrois et des peuples qui bordent les rives du Danube.1
Pierre Burlaud, Danube-Rapshodie, Images, mythes et représentation d’un fleuve européen, Partage du savoir, Éditions Grasset/Le Monde, Paris, 2001 

Donauschiffer

Donauschiffer (Les bateliers du Danube) de Robert Stemmle, 1940

SIDNEY, George (1916-2002)
The Red Danube, (Le Danube rouge),
États-Unis, 1949
Comédie dramatique.Le film est basé sur la nouvelle Vespers in Vienna (1947) de l’écrivain Bruce Marshall. George Sidney est aussi l’auteur des Trois mousquetaires et de Scaramouche.

SZÉCHELY, István (Steve, 1899-1979)
Duna-parti randevú
Hongrie, 1936, 65 mn

Réalisateur hongrois émigré aux USA
Comédie

TECHYNSKYI, Oleksandr (1979)
Delta
Ukraine/Allemagne, 82 mn, 2017
Production MaGiKa Film Company, faktura film, Honest Fish Documentary Stories
Chronique naturaliste (documentaire) tournée dans la partie ukrainienne du delta du Danube (bras septentrional de Kilia) par un réalisateur originaire de Dnipetrovsk. Oleksandr Techynskiy, auparavant assistant médical puis photographe, est l’un des trois co-réalisateurs d’All Things Ablaze (2014), probablement le meilleur film qui ait été fait sur la Révolution de Maïdan.

Le réalisateur donne dans son dernier film, le rôle principal au delta du Danube ce qu’accentue  ses images sans musique, filmant à la mauvaise saison (fin d’automne-début du printemps) le travail quotidien, la vie, les coutumes et les croyances de cette petite communauté vieillissante de pêcheurs et d’agriculteurs (grands fumeurs et grands buveurs devant l’éternel) de ce labyrinthe aquatique de cette région oubliée de l’Europe et désertée par les jeunes où l’hiver est craint et où certains rêvent encore d’attraper miraculeusement un dernier esturgeon Beluga.

The blue Danube Wilcox

Brigitte Helm et Joseph Schildkraut

The blue Danube Wilcox

Brigitte Helm et Joseph Schilkraut

TERZIEV, Ivan (1934-2021)
Silna voda
Bulgarie, 1975, 85 mn
Drame
Scénario de Boyan Papasov d’après la nouvelle « Silna Voda » de Gencho Stoyev.
Une petite ville bulgare au bord du Danube souffre paradoxalement d’une pénurie d’eau potable. Des forages ont été entrepris dans l’espoir de découvrir une puissante source souterraine mais les recherches restent infructueuses. Tant l’équipe de forage que les habitants le comprennent. Le maire refuse de faire dépolluer l’eau du fleuve et encourage l’équipe du forage à mentir. En faisant semblant de travailler, les ouvriers ne font que perdre leur  temps. L’un deux, Chiko, lassé du mensonge, vend la mèche et s’oppose à son contremaître. Il exige aussi que ses collègues fassent de même et réussit grâce à sa foi inébranlable.
Le film se caractérise par des conflits et des tensions interpersonnels. Le Danube qui s’écoule à proximité toujours de la même manière, représente l’élément stable face aux conflits et aux tensions entre les êtres humains.

WILCOX, Herbert (1890-1977)
The blue Danube
Angleterre, 1932, 72 mn
Production Herbert Wilcox pour British & Dominions Film Corporation, avec Brigitte Helm, Joseph Schildkraut, Chili Bouchier…
Film romantique britannique dont l’intrigue, basée sur une nouvelle de Doris Zinkeisen (1898-1991), concerne un gitan hongrois qui quitte sa petite amie pour une comtesse mais qui commence bientôt à souffrir d’un chagrin d’amour. Ce film a été réalisé en version anglaise et allemande.

The blue Danube Wilcox

Brigitte Helm et Joseph Schildkraut

WOLFF, Hans (1911-1979)
Der Hofrat Geiger
Production Willy Forst Film
Autriche, 1947, 93 mn, sortie française sous le titre de « Coeurs de Vienne« , 1949
Comédie

Réalisateur, scénariste et acteur allemand.
Ce film en noir et blanc basé sur la comédie musicale du même nom de Martin Costa célèbre l’atmosphère et les paysages du Danube dans sa traversée de la Wachau. Avec le légendaire Hans Moser, Paul Hörbiger, Maria Andergast, Waltraut Hass…

ZESKA, Carl von (1862-1938)
Johann Strauss an der schönen blauen Donau
Film muet, Autriche, 1913, 31-73 mn
Le film, longtemps considéré comme perdu (ce n’est qu’au début du nouveau millénaire qu’une copie en grande partie conservée a pu être retrouvée dans les archives cinématographiques du Gosfilmofond de Moscou) a été tourné dans le décor du parc du Prater 14 années seulement après la mort du compositeur. La première du film eut lieu à l’Opernkino de Vienne le 20 novembre 1913. Le pianiste, pédagogue et spécialiste de Strauss Alfred Grünfeld (1852-1924) n’a pas seulement donné un concert dans le film, mais aussi en direct au piano lors de la première.

ZORN, Timo
Entlang der Donau, Flussgeschichten (Le long du Danube, histoires de fleuve)
Allemagne, documentaire (diffusé le 7 août 2022), 30 mn

Sources :
BURLAUD, Pierre, Danube-Rapshodie, Images, mythes et représentation d’un fleuve européen, Partage du savoir, Éditions Grasset/Le Monde, Paris, 2001
DEWALD, Christian, LOEBENSTEIN, Michael, SCHWARZ ,Werner Michael ((Herausgegeben von), Wien im Film, Wien Museum, Czernin Verlag, Wien, 2010
MACHU, Franck, Un cinéaste nommé Cousteau : Une oeuvre dans le siècle, Éditions du Rocher, 2011
MILLER, Matthew D., « Bottled Messages for Europe’s Future? The Danube in Contemporary Transnational Cinema », in MITTERBAUER, Helga, SMITH-PREI, Carrie, Crossing Central Europe, Continuities and Transformations, 1900 and 2000, University of Toronto Press, Toronto, 2017
https://www.jstor.org/stable/10.3138/j.ctt1whm94t.13

RÎPEANU, Bujor T., Filmat în România, Un repertoriu filmografic 1911-1969, Éditions Fundaţiei Pro, Bucureşti, 2004
TUŢUI, Marian, Ada-Kakeh sau Orientul scufundat, Noi Media Print, Bucureşti, 2010
films.oeil-écran.com

Eric Baude, mis à jour octobre 2022, pour Danube-culture © tous droits réservés

Nibelungengau et Strudengau (Autriche) : Des portes de Linz jusqu’aux lisières de Melk

Comme en Basse-Autriche, le Danube possède un abondant site ressources (en allemand) pour la Haute-Autriche : www.danube.at
Site (en allemand…) réunissant un ensemble de musées et d’activités de loisir de la région Danube-Nibelungengau.
Pour rappel le site ressources du Land de Basse-Autriche : www.donau.com

Ces deux régions danubiennes sont traversées par l’Eurovélo (route) 6 Atlantique-mer Noire et il y fait bon y pédaler.

La Nibelungengau et La Chanson des Nibelungen
La Chanson des Nibelungen est une épopée allemande en deux parties écrite au XIIIe siècle. Elle conte les aventures du valeureux Siegfried, du roi burgonde Gunther et de ses compagnons chevaliers ainsi que les vengeances de Brünnhilde et de Kriemhild. Les grandes chevauchées du roi Gunther et de son cruel vassal Hagen ont lieu sur cette plaine qui borde le Danube d’où son nom de Nibelungengau. Des fragments de ce chef d’oeuvre de la littérature allemande du moyen-âge dont l’auteur est inconnu, ont été retrouvés au bord du fleuve, dans la bibliothèque de l’abbaye bénédictine baroque de Melk et y sont de nos jours exposés. Le compositeur allemand Richard Wagner (1813-1883) s’inspirera de cette tragique épopée pour écrire sa Tétralogie.

Peter von Cornelius (1783-1837), Hagen noie dans le Danube le trésor des Nibelungen (1859)

En descendant le fleuve, des portes de Linz au pays celtique de Mitterkirchen (Nibelungengau)

Steyregg (PK 2116, rive gauche), Haute-Autriche
La chapelle du château possède de très belles fresques du XIVe siècle. L’abbaye toute proche de Pulgarn, fondée par les Augustins en 1303 et sécularisée par Joseph II, autrefois hôpital pour les pauvres, appartient désormais à l’abbaye augustine de Saint Florian.
Collectivité locale de Steyregg
www.steyregg.at
Culture :
Cloître de Pulgarn
Musée du pays (dans la tour municipale, ouvert sur demande)

Abwinden (rive gauche), Haute-Autriche
Collectivité locale d’Abwinden
www.abwinden.at
Usine hydroélectrique d’Abwinden-Asten (PK 2120)

Saint-Florian (rive droite), Haute-Autriche
Office de de tourisme de Saint-Florian
www.oberoesterreich.at/st.florian
Abbaye de Saint-Florian
www.stift-st-florian.at

Abbaye de saint Florian, photo © Bwag, droits réservés

Skt Georgen an der Gusen-Gusen (rive gauche), Haute-Autriche
Mémorial du camp de concentration de Gusen
Mémorial de Berglitzl (1 km au sud de Gusen)
Collectivité territoriale de Skt Georgen an der Gusen-Gusen
www.st-georgen-gusen.at

Langenstein (rive gauche), Haute-Autriche
La forteresse du Spielberg se tenait autrefois directement au bord du fleuve mais du fait d’inondations et des aménagements du Danube au XIXe siècle qui détournèrent son cours, celle-ci se trouve désormais en retrait du fleuve et encerclée de forêts.
Collectivité locale de Langenstein
 www.langenstein.at

Enns (rive droite), Haute-Autriche, cité romaine
   La vieille ville d’Enns a été bâtie sur la rive gauche de la rivière du même nom, à proximité de son confluent avec le Danube. Elle revendique le titre de plus ancienne ville d’Autriche. Enns obtint en 1212 son statut privilégié de cité soit 1000 années après son premier titre de cité romaine (Lauriacum). Elle fut aussi capitale de la province romaine de Norique (Noricum), province située entre la Pannonie à l’Est, la Rhétie à l’Ouest et l’Italie au Sud et correspondant aux actuels Land de Basse et Haute-Autriche.
C’est dans les flots de l’Enns que fut précipité Saint Florian (vers 250-vers 304), ancien chef de l’administration de la province romaine de Norique. Enns devint plus tard un bastion du protestantisme pendant la période de la réforme.

Albrecht Altdorfer (1480-1538), peintre de l’École du Danube, le martyr de Saint Florian

Les 320 kilomètres de cet important affluent de la rive gauche du Danube offraient la possibilité d’y transporter le bois des régions de montagne.
De 1945 à 1956, l’Enns fit frontière entre la zone occupée par les russes (rive droite) et celle occupée par les américains (rive gauche) durant l’occupation de l’Autriche par les Alliés. La rivière sert désormais de frontière entre les Land de Basse-Autriche et de Haute-Autriche.
La basilique Saint Laurent a été construite sur l’emplacement de la cité romaine de Lauriacum. Du haut du beffroi de la place centrale, on jouit d’un magnifique panorama sur la ville et son patrimoine architectural, ses fortifications, érigées grâce à une partie de la rançon versée par l’Angleterre à l’Autriche pour la libération de Richard Coeur de Lion, emprisonné, lors de son retour en Angleterre dans la forteresse de Dürnstein en Wachau par Léopold V de Babenberg dit « le vertueux ».
Enns a choisi d’être la première citta-slow d’Autriche (2008).
Office de Tourisme
www.tse-enns.at

Culture :
Basilique Saint Laurent
Château d’Ennsegg (visite sur demande à l’office du tourisme)
Musée romain de Lauriacum, sans doute le plus des musées romains d’Autriche.
www.museum-lauriacum.at

Hébergement/restauration
Hôtel-restaurant de la famille Brunner Zum goldenen Schiffwww.hotel-brunnner.at
La famille Brunner qui tient cet excellent hôtel a le sens de l’accueil et de l’hospitalité et prend soin de ses hôtes. Au pied du beffroi que l’on peut visiter (l’hôtel en possède une clef)  et où l’on peut dormir au sommet et tout proche le musée romain.

Mauthausen (PK 2112, rive gauche), Haute-Autriche
Jusqu’à l’établissement du troisième Reich, cette cité n’était connue que par ses carrières de granit dont les blocs servaient en particulier à paver les boulevards et les rues de la capitale.
De nombreuses maisons furent détruites par les Hussites en 1424. Il reste malgré tout un patrimoine architectural remarquable.
Mozart, alors âgé de six ans, s’arrêta à Mauthausen le 6 octobre 1762 lors de son voyage en compagnie de sa famille vers Vienne et la cour de Marie-Thérèse d’Autriche.
Le kilomètre 2112 fut pendant la seconde guerre mondiale un lieu de sinistre réputation. C’est à Mauthausen que les nazis avaient construit l’un de leurs plus atroces camps de concentration. Plus de 123 000 prisonniers et déportés amenés par trains entiers périrent dans celui-ci ou dans l’une de ses annexes entre 1939 et 1945. Une plaque commémorative a été posée devant la gare
En été un bac pour les piétons et les bicyclettes relie Mauthausen à Sankt Pantaleon près d’Enns sur la rive droite.
Le château Renaissance de Pragstein fût construit sur un rocher dans le lit du fleuve et était entouré de douves en eau jusqu’en 1860.

Collectivité locale de Mauthausen
www.mauthausen.at

Mémorial du camp de concentration
www.mauthausen-memorial.at
Il n’est pas conseillé de visiter le mémorial avec des enfants de moins de 14 ans.

Informations touristiques
www.mauthausen.info

Culture 
Musée de la pharmacie (Apothekenmuseum)
www.apothekenmuseum.at

Hébergement/restauration
Hôtel Donauhof
Proche du centre, au bord du fleuve et d’une route très fréquentée, chambres contemporaines et confortables. 
www.donau-hof.at
Auberge  « Zur Traube »
 www.gasthofzurtraube.info
Auberge Maly
www.maly.co.at

Wallsee (PK 2093, rive droite), Haute-Autriche
La place du marché de Wallsee avec ses façades de maisons du XVIIe siècle est considérée comme l’une des plus belles du Danube. Un musée permet de connaître la vie des soldats romains en garnison et celles des domestiques. Le château, bâti par Henri VI de Wallsee au XIVe siècle, agrandi au XVIIe et rénové au XIXe siècle, est la résidence principale de la famille Salvator-Habsbourg-Lorraine et ne se visite pas.
C’est à Wallsee que les général américain Patton et le maréchal russe Tolbuchin célébrèrent leur victoire contre les nazis.
Usine hydroélectrique de Wallsee-Mitterkirchen
Collectivité territoriale de Walsee
www.wallsee-sindelburg.gv.at

Culture
Musée romain (ouvert  de mai à septembre)
Tombeau de Marie Valérie de Habsbourg (1868-1924), fille cadette de François-Joseph et de Sissi d’Autriche-Hongrie et surnommée « l’ange de Wallsee » à cause de sa bonté (cimetière de Sindelburg). Elle hérita du château de Persenbeug à la mort de l’empereur en 1916.

Hébergement/restauration
Hôtel-Restaurant Sengsbratl
www.sengstbratl.at

Au an der Donau (Haute-Autriche)
Collectivité locale d’Au an der Donau
www.au-donau.at

Hébergement/restauration
Hôtel-restaurant de la famille Landerl « Jägerwirt Kulti Wirt » à Au/Donau www.oberoesterreich.at/Jaegerwirt-au
Cave à vins, cuisine familiale goûteuse d’après le livre de recettes de la grand-mère, jardin, peu de chambres.

Naar im Machland (rive gauche), Haute-Autriche
Collectivité locale
www.naarn.at

Culture
Pélerinage de Maria Laab
Musée du pays

Perg (rive gauche), Haute-Autriche
Perg se trouve à 7 km du Danube sur le Naarn.
Collectivité territoriale de Perg
www.perg.at

Culture
Château d’Auhof
Musée municipal et du pays
Plusieurs galeries exposent à Perg (Galerie Manner, Johannas kleine Galerie, Galerie im Zeughaus).

Hébergement/restauration
Gasthof Lettner/Traube
www.gasthof-lettner.at
Gasthof Schachner : www.ghschachner.at

Maison du village celtique de Lehen, photo Wikipedia

Mitterkirchen im Machland (rive gauche), Haute-Autriche
Des fouilles entre 1980 et 1990 ont permis de trouver à Lehen (2 km de Mitterkirchen) les traces d’un ancien village de l’époque celtique de la civilisation dite de Hallstatt, vieille de plus de 2700 ans. Le village celte a été reconstitué depuis et permet de se rendre compte des conditions de vie à cette période dans la région du Danube. Un festival celtique a lieu tous les deux ans.
En aval de Mitterkirchen im Machland, au kilomètre 2084, sur la commune de Saxen, se trouve le château néo Renaissance de Dornbach dans lequel vécut l’écrivain suédois August Strindberg en 1893 avec sa famille. De nombreuses manifestations culturelles y sont organisées (Festival de jazz).
Collectivité territoriale de Mitterkirchen
www.mitterkirchen.at

Culture
Village celte de Mitterkirchen
www.keltendorf-mitterkirchen.at

Hébergement/restauration
Auberge  Haberl
www.haberl-mitterkirchen.at

Ardagger Markt (PK 2084, rive droite), Haute-Autriche
Ardagger Markt dépend de la collectivité locale d’Ardagger.
Collectivité locale d’Ardagger
www.ardagger.at

Hébergement/restauration
Gasthof Schatzkastl
www.schatzkastl.at
Gasthof « zur Donaubrücke »
www.gasthof-froschauer.at
Bel emplacement au bord du fleuve sur la rive droite en amont de Grein

Gastronomie
Distillerie Hauer
www.hauerbrand.at
La maison du poiré (MostBirnHaus)
www.mostbirnhaus.at

De Grein, perle de la Strudengau, jusqu’aux confins de la Wachau

Grein/Donau (PK 2079, rive gauche), Haute-Autriche
Jolie petite ville, surnommée à juste titre la « Perle de la Strudengau » par les écrivains et poètes régionaux, à l’entrée du défilé du même nom et connu autrefois pour les grands dangers qu’il représentait pour les bateliers, Grein est dominé par un remarquable château construit entre le XVIe et le XVIIIIe siècles et qui appartient à la famille de Saxe Coburg-Gotha. Outre des salles d’un grand intérêt du point de vue architectural et décoratif comme la « Sala Terrana » et ses mosaïques formées de petits galets du Danube, sa chapelle et son autel baroque, son cellier au plafond vouté et taillé en forme de diamant, son élégante cour intérieure entourée d’arcades, le château abrite dans plusieurs pièces un musée de la navigation danubienne complémentaire de celui de Spitz/Donau.

Le château de Grein vu de la rive droite, photo © Danube-culture, droits réservés

Les bateliers du Haut-Danube autrichien avaient fait de la ville l’une de leurs bases d’activité pour le transport et le commerce des marchandises. C’est la raison laquelle celle-ci connut autrefois un développement économique important qui se traduisit notamment par un intérêt de ses habitants pour la culture et, à la fin du XVIIIe siècle, par la construction, dans l’ancien silo à grain de l’Hôtel de ville, d’un théâtre dont certains aménagements ne manquent pas d’originalité. C’est aujourd’hui le plus ancien bâtiment culturel de ce type conservé en Autriche.
La promenade dans la vieille ville avec son ancien hôtel de ville, érigé en 1563 par un architecte italien, son église au style gothique tardif initial baroquisé, ses maisons de style renaissance et baroque est amplement justifiée.
Grein possède son Musée de la Navigation sur le Danube. Tout comme pour le musée de la navigation de Spitz/Donau des modèles d’embarcations, de chalands spécifiques à ce fleuve et à ses affluents y sont exposés et illustrent l’histoire passionnante de la navigation et du transport fluvial sur le Haut et le Moyen Danube. Ce musée haut-autrichien de la navigation danubienne est complémentaire de celui de Spitz/Donau par ses collections de modèles réduits et d’objets liés aux  activités fluviales.
Un petit bac relie Grein à Wiesen mais il n’est accessible qu’aux piétons et aux cyclistes. Les voitures devront emprunter le pont en amont pour se rendre sur la rive droite.
Office de Tourisme
www.grein.at

Le château et l’église de Grein à la tombée de la nuit, photo © Danube-culture, droits réservés

Culture :
Château et Musée de la navigation danubienne
www.schloss-greinburg.at
Site de la famille de Saxe Coburg-Gotha
www.sachsen-coburg-gotha.de
Théâtre municipal de la ville de Grein
www.stadttheater-grein-at

Gastronomie et gourmandises 
Konditorei-salon de thé Schörgi
www.schoergi.at

Neustadl/Donau (rive droite), Haute-Autriche
Petite commune assez étendue, sur les hauteurs de la rive droite, traversée par le chemin de Saint – Jacques de Compostelle avec quelques-uns de ses hameaux au bord du fleuve. Le propriétaire de l’auberge traditionnelle « Nadlingerhof » a constitué une impressionnante collection hétéroclite d’objets de la vie quotidienne d’autrefois dans les campagnes qu’il a transformé en musée.
Au sommet de la colline de Brandstetter (532 m), la Brandstetterkogelhütte, un petit chalet avec une terrasse qui offre avec une vue exceptionnelle sur Grein et le Danube. Possibilité de se restaurer tout en savourant, la beauté des paysages danubiens. Lé récompense est à la hauteur de l’effort ! Très fréquentée à la belle saison.
Collectivité locale de Neustadl/Donau
www.neustadl.at

Culture 
Musée de la vie d’autrefois (Heimat und Erlebnismuseum) « Nadlingerhof »
www.nadlingerhof.at
Un musée éclectique regroupant des objets de la vie quotidienne d’autrefois en pleine campagne. Auberge et restauration sur place.

Hébergement/restauration
Gästehaus (maison d’hôte) DonauARTE
www.donauarte.at
Au bord du Danube, une maison aménagée pour recevoir des hôtes de passage dans une ambiance artistique, attentive et sympathique. On dîne et prend le petit-déjeuner dans l’auberge toute proche du hameau de Hößgang, également tenue par le propriétaire de la maison d’hôte.

Struden (PK 2076, rive gauche), Haute – Autriche
Struden dépend désormais de la collectivité de Skt Nikola/Donau.
Voir Skt Nikola/Donau.
Au  point kilométrique  2076,5, l’île de Wörth (excursion possible sur l’île avec le bac de Grein) sépare le Danube en deux bras.

Ile de Wörth (à gauche), photo Danube-culture, droits réservés

Comme l’atteste un document de l’ancien tribunal libre de Struden du 16 novembre 1790, l’empereur Maximilien est le fondateur de l’église Notre-Dame de Struden. Il entendait en effet offrir aux mariniers et aux transporteurs de sel qui remontaient et descendaient le fleuve la possibilité d’écouter une messe à cet endroit les dimanches et les jours fériés. Il a d’ailleurs lui-même fait dire une messe en 1502, laquelle devait être répétée tous les ans le jour où il fut sauvé d’un écroulement d’un plafond du château de Werfenstein, financée par le percepteur impérial et royal des péages et comptabilisée dans les dépenses. Le maître-autel de cette chapelle a été financé par les charpentiers de marine de Struden et différents bienfaiteurs. L’office religieux de la messe anniversaire a été confié à un prêtre de St-Nikola ou, en cas d’empêchement, à un moine franciscain de Grein les siècles suivants. 52 messes ont été dites dans cette église Notre-Dame conformément aux engagements.
Devant l’ancienne église se trouve une petite place où se dressait autrefois le symbole de la justice du marché et du tribunal libre, le Pranger, aujourd’hui à tort au château de Werfenstein auquel avoir il n’appartient pas et où il ne s’est jamais trouvé par le passé.
En 1784, sur ordre de l’empereur Joseph II soucieux de réformes, cette église a été fermée au culte. Le nouveau propriétaire l’a transformée en logements, son actuelle fonction. Le maître-autel avec le tabernacle a rejoint l’église paroissiale de St-Nikola tout comme la statue de la vierge Marie, les vêtements liturgiques, le ciboire, les chandeliers et le linge d’église. Le petit orgue est par contre revenu à l’église de Klam. Les deux cloches ont été transportées à Kreuzen. Cette ancienne église gothique de mariniers se reconnaît aujourd’hui encore par son extrémité polygonale sous forme de tourelles et ses fenêtres maçonnées en ogive.

L’ancienne église Notre-Dame des bateliers de Struden transformée en habitation, photo © danube-culture, droits réservés

Sankt-Nikola/Donau (PK 2075, rive gauche), Haute-Autriche
Collectivité locale de Sankt Nikola/Donau :
www.st-nikola.at

Culture
Église Notre-Dame des maîtres bateliers (hameau de Struden).
Ancienne maison d’un maître batelier du Danube (Struden)
Château de Werfenstein (château privé), mentionné dans la Chanson des Nibelungen.
Ruines de la forteresse de Säbnich (Sarmingstein).

Saint-Nicolas /Danube (rive gauche), l’église et l’école, photo © Danube-culture, droits réservés

Hébergement/restauration
Restaurant-maison d’hôtes Strudengauhof (à Sarmingstein)
www.strudengauhof.at
Hôtel-restaurant « Zur Post »
www.hotelpost.at
Maison Giesenbachmühle (moulin)
www.ferien.struden.at
Bel environnement

Waldhausen/Strudengau (rive gauche), Haute-Autriche
En retrait de Sankt Nikola/Donau
Collectivité locale de Waldhausen/Strudengau
www.tiscover.com/waldhausen

Hébergement/Restauration/gastronomie
Auberge Schauer
www.gh-schauer.at

Sarmingstein (PK 2072, 5, rive gauche), Haute-Autriche
Sarmingstein dépend désormais de la collectivité de Skt Nikola/Donau.
En aval de Sarmingstein, sur la rive gauche les ruines de la forteresse de Freyenstein dominent le fleuve.

Persenbeug/Donau (PK 2059,5, rive gauche), Basse-Autriche
Le dernier empereur d’Autriche (jamais couronné), Charles Ier de Habsbourg-Lorraine (1887-1922), petit-neveu de l’empereur François-Joseph est né au château de Persenbeug. Singulier destin que celui de cet aristocrate pacifiste et économe qui détestait la guerre et fera tout son possible avec son épouse, la princesse Zita de Bourbon-Parme pour épargner des vies. Il cherchera en vain un compromis avec la France pour abréger le conflit. Contraint de s’exiler, il quitte l’Autriche en 1919 pour la Suisse et Madère où il arrive avec sa femme à bord d’un croiseur anglais le 1er avril 1921 et meurt en 1922 à l’âge de 34 ans.  Charles Ier a été béatifié à Rome le 3 octobre 2004 par le pape Jean-Paul II.

Le château de Persenbeug sur la rive gauche du Danube

Persenbeug était dans la première moitié du XIXsiècle, à l’époque du maître batelier Matthias Feldmüller (1770-1850), surnommé « l’amiral du Danube », la ville la plus importante pour la construction de bateaux sur le Moyen-Danube autrichien. Les chantiers navals locaux construisaient une vingtaine d’embarcations chaque année. Matthias Feldmüller possédait quant à lui une compagnie de près de mille bateaux qui descendaient le Danube ou le remontaient, tirées par des équipages de chevaux. Les musées de la navigation sur le Danube de Grein et Spitz/Donau permettent de se rendre compte de la difficulté et des multiples dangers que représentait la navigation sur certains passages du fleuve à cette époque.

Culture
Église Saint-Florian et Saint Maximilien (Gothique tardif), château de Persenbeug (propriété des Habsbourg depuis 1800).
Ne pas manquer les quelques maisons du centre ville, construites dans le style Biedermeier et les deux maisons de bateliers.
Musée régional
L’usine hydroélectrique d’Ybbs – Persenbeug se visite du lundi au jeudi (information à l’Office du tourisme).
Collectivité locale de Persenbeug
www.persenbeug-gottsdorf.at

Hébergement/restauration
Auberge Böhm
www.gasthof-boehm.at

Ybbs/Donau (PK 2058, rive droite), Basse-Autriche
Ybbs est une commune agréable et dynamique qui peut être citée en exemple pour les efforts importants accomplis pour la restauration de son centre ville et de son patrimoine, de ses maisons Renaissance et de ses remparts.
Le musée de la bicyclette est ouvert en saison.
À proximité du fleuve se tient la maison imposante du batelier Matthias Feldmüller. Un nouvel hôtel de ville imposant a été édifié au bord du fleuve.
Collectivité locale d’Ybbs/Donau
www.ybbs.at

Culture/loisirs
Musée de la bicyclette (Fahrradmuseum), ouvert de mai à septembre, Herrengasse, 12
www.fahrrradmuseum.ybbs.at
Nombreuses manifestations durant la saison culturelle (Festival international de théâtre-cabaret)

Hébergement/restauration
Hôtel Babenbergerhof
Deux bâtiments distincts, un ancien et un contemporain au bord du Danube. Confortable et superbe vue pour les chambres donnant sur le fleuve. Très professionnel mais un peu impersonnel dans le style de décoration pour le bâtiment contemporain. Bonne cuisine !
www.babenbergerhof.at
Auberge-caviste « Weingalerie Lindenhof »
www.lindenhof-ybbs.at
Cuisine régionale de qualité
Auberge « Zum Braunen Hirschen »
www.zumbraunenhirschen.at

Marbach/Donau (PK 2049, rive gauche), Basse – Autriche
Collectivité locale de Marbach/Donau : www.marbach-donau.gv.at

Croisières
MS Marbach
www.marbach.at
Bac et possibilité de petites croisières sur le Danube dans la Nibelungengau en saison.

Hébergement/restauration
Hôtel Wachauerhof
www.wachauerhof.at
Auberge « Zur schönen Wienerin »
www.wienerin.co.at
Au bord du Danube
Chambres d’hôte, famille Obermüller-Rühl
http://www.g-obermueller.at

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Coupole de la basilique de Maria – Taferl, réalisé par l’architecte autrichien Jakob Prandtnauer (1660-1726), photo Danube-culture, droits réservés

Maria Taferl (rive gauche), Basse-Autriche
La magnifique basilique baroque de Maria-Taferl, un des plus beaux édifices baroques de la vallée du Danube, construite entre 1660 et 1710 par les architectes Georg Gerstenbrand et Carlo Lurego (les peintures de la coupole sont de Jakob Prandtauer) représente le deuxième lieu le plus important de pèlerinage du pays après Mariazell et on peut aisément en comprendre les raisons lorsqu’on se trouve sur son esplanade qui offre un extraordinaire point de vue sur le fleuve en contrebas et les sommets alpins de Basse-Autriche.
Une pierre ayant servi à des sacrifices à l’époque celtique est exposée devant la basilique.
Collectivité locale de Maria Taferl
www.maria-taferl.gv.at

Hébergement/restauration
Haus Regina
www.hausregina.at
Confortable
Terrassenhotel « Rose »
www.hotelrose.co.at
Hôtel Schachner
www.hotel-schachner.at
L’hôtel domine le Danube, vue magnifique depuis la salle à manger, bonne cuisine.
Restaurant :  « Zum goldenen Löwen »
http://www.freyswirtshaus.at
Cuisine régionale renommée, hébergement sur place

Pöchlarn (Km 2045, rive droite), Basse-Autriche
Collectivité de Pöchlarn
www.poechlarn.at


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Maison du peintre Oskar Kokoschka à Pöchlarn photo droits réservés

Culture
Monument aux Nibelungen
Dans l’église Maria Himmelfahrt se trouvent des fresques du peintre baroque de Krems Martin Johann Schmidt.
Le peintre et écrivain autrichien expressionniste Oskar Kokoschka (1886-1980) est né à Pöchlarn
Oskar Kokoschka Dokumentation, Regensburgerstrasse 29, 3380 Pöchlarn
oscar.kokoschka@poechlarn.at


Portrait d’Alma Mahler par O. Kokoschka, 1912, Musée d’Art Moderne de Tokyo

Hébergement/restauration
Hotel Moser
www.hotelmoser.at
Pension Barbara
www.pensionbarbara.net
Pension agréable dans une maison à la façade élégante

Klein Pöchlarn (PK 2044, rive gauche), Basse-Autriche
Klein-Pöchlarn est le coeur de la Chanson des Nibelungen.
Collectivité locale de Klein-Pöchlarn
www.kleinpoechlarn.at

Culture
Fontaines de Saint Pierre, arcades historiques et place du marché contemporaine
Sculptures miroirs sur le bord du Danube, près de la piste cyclable

Hébergement/restauration/gastronomie
Pension Paradiesgartl Schauer
www.pension-schauer.at
Bonne cuisine, spécialités culinaires régionales, hébergement sur place
À Leiben, Auberge « Donaublick »
www.donaublick.info

Emmersdorf (PK 2035, rive gauche), Basse-Autriche
La place principale est remarquable pour ses maisons du XVIe et du XIXsiècles.
Le petit château de Luberegg (en amont d’Emmersdorf), construit en 1780 avec ses façades et ses décorations de style baroque tardif alternant avec des éléments classique, fut la résidence favorite de l’empereur François Ier de Habsbourg (propriété privée).
Une ancienne lanterne servait autrefois à la navigation sur le Danube.
Collectivité locale d’Emmersdorf
www.emmersdorf.at

Hébergement/restauration 
Hôtel-restaurant « Zum schwarzen Bären »
www.hotelpritz.at
Spécialités culinaires régionales du Waldviertel
Chambres d’hôte « Haus Sundl »
www.haus-sundl.at
Chambres d’hôte « Haus Lindenhofer »
www.haus-lindenhofer.at

Eric Baude, © Danube-culture, mise à jour octobre 2022, droits réservés


 

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