Svishtov (Bulgarie) et la douceur méridionale danubienne

L’église de la sainte Trinité (photo droits réservés)

   On trouve à proximité (4 km vers l’est) de cette ville agréable et à l’atmosphère méridionale, construite en terrasses sur une colline verdoyante au dessus du fleuve, l’ancien camp romain de Novae qui fut agrandi et embelli considérablement à l’époque de l’empereur byzantin Justinien (527-565) lors de la reconstruction de l’Empire romain d’Orient. Les romains entretenaient à Novae une importante flotte militaire qui pouvait se déplacer rapidement pour défendre les frontières de l’empire (limes).

Svishtov dans l’empire ottoman, gravure de 1824

La ville fait peu parler d’elle pendant les deux empires bulgares (XIe-XIVe siècles) puis se développe pendant la longue domination turque (fin XIVe-XIXe siècles), devient un centre d’échange important et le carrefour de différentes routes commerciales de l’Ouest et de l’Est de l’Europe. Elle s’appelle alors Sistova. C’est dans cette ville que fut signé le 4 août 1791 le traité de paix (rédigé en français et en turc) qui mit fin à la dernière guerre austro-turque (1788-1791).
En 1877, lors du conflit avec l’Empire ottoman, les Russes traversent le Danube à proximité et mettent la ville à sac. Svishtov connait après la guerre d’indépendance contre l’occupant turque un déclin économique. Les troupes austro-bulgaro-allemandes traverseront en sens inverse à leur tour le fleuve à cette hauteur en 1916 pour envahir la Roumanie.

Passage du Danube par l’armée russe en 1877

Deux églises souterraines du XVIIe, l’église de la Sainte Trinité, édifiée en 1867 par l’architecte bulgare Koljo Ficev (1800-1881), endommagée par un tremblement de terre en 1977, le petit musée installé dans la maison natale (1861) de l’écrivain, poète et traducteur bulgare Aleko Ivanitsov Konstantinov (1863-1897)1 qui fit des études de droit en Russie, assassiné à l’âge de 34 ans, appartiennent au patrimoine historique, architectural et culturel incontournable de la cité. Quelques superbes maisons dans le style du Renouveau bulgare sur les façades desquelles se remarquent d’élégants balcons en bois ont été préservées. On trouve sur une colline du centre ville les ruines d’une forteresse datant du XIIIe/XIVe siècles.
La ville est aujourd’hui un important centre économique (activités portuaires), universitaire, scientifique et culturel régional. Un bac la relie deux fois par jour à la localité et port roumain de Zimnicea (Judets de Teleorman) sur la rive septentrionale du Danube.
Un monument en hommage aux soldats français de la 16ème division d’infanterie coloniale a été érigé á Svishtov en 1919.

Notes :
1Aleko Ivanitsov Konstantinov a laissé laisse une empreinte indélébile dans l’histoire de la littérature bulgare. Grâce à son style inimitable, caractérisé par la touche d’humour qui accompagne une grande partie de ses œuvres, il se forge la réputation de pourfendeur de tous les maux qui gangrènent la société bulgare à la fin du XIXe siècle. Baï Ganio (compère Ganio) – son personnage le plus célèbre, reste aujourd’hui encore le symbole de tous les travers de la société qu’Aleko Ivanitsov Konstantinov condamnait ouvertement. L’écrivain est enterré au cimetière central de Sofia.

Aleko Ivanitsov Konstantinov (1863-1897) par Georgi Danchov

Office de tourisme :
www.visitshvistov.com
 www.svishtov.bg

Eric Baude, octobre 2021, © Danube-culture droits réservés

La chapelle de Hausstein (Strudengau) sur le Haut-Danube autrichien

La chapelle de Hausstein sur la rive gauche du fleuve, entre Struden et Sankt Nikola/Donau, construite lors des travaux d’amélioration ( de la navigation sur le Danube en Strudengau. (photo © Danube-culture, droits séparés) 
   Ce monument a été également édifié à la demande de François-Joseph Ier de Habsbourg (1830-1916) en souvenir de leur voyage de leur croisière mouvementée à destination de Vienne. Le couple impérial avait passé l’été 1854 dans leur résidence de Bad Ischl, une élégante station thermale du Salzkammergut. Lorsqu’il retourna à Vienne avec sa femme, l’impératrice Sissi et la cour, l’empereur souhaita pouvoir rejoindre la capitale impériale depuis Linz en descendant le Danube sur son nouveau yacht baptisé du nom d’ « Adler »1 (« l’Aigle »). Malgré diverses inquiétudes concernant le niveau des eaux du fleuve, les responsables autorisèrent le comte Karl Ludwig von Grünne (1808-1884), aide de camp de François-Joseph et le baron Anton Mollinary von Monte Pastello (1820-1904), officier responsable du bateau et de la flottille impériale et royale autrichienne sur le Danube, à effectuer cette croisière à haute responsabilité.

La forteresse de Hausstein, le passage de Lueg, les tourbillons entre Struden et Sankt Nikola/Donau (rive droite) et la tour de Langenstein. Une chaine pouvait être dressée entre la forteresse et la tour pour entraver en cas de besoin la navigation. Un tel dispositif existait également un peu plus en amont entre la forteresse de Werfenstein et celle de l’île de Wörth. C’est à la hauteur de cette tour, détruite en 1854, qu’a été édifiée la chapelle de Hausstein. Gravure (1674) de Georg Matthäus Vischer (1628-1696).

   Ce matin du 20 septembre 1854, François-Joseph, d’une grande bonne humeur, après être monté à bord avec sa femme et quelques-uns des membres de la cour, avait examiné attentivement son nouveau yacht, posé toutes sortes de questions sur le fonctionnement de celui et avait montré un vif intérêt pour les nombreux détails liés à sa navigation. Le voyage de Linz jusqu’à Grein/Strudengau se déroula sans incident mais en franchissant le passage étroit et rapide de Hausstein en aval de l’île de Wörth, le navire heurta sur l’arrière un rocher à fleur d’eau qui provoqua une violente poussée.

La forteresse de Hausstein, les tourbillons (« Strudel « et « Wirbel ») de la Strudengau et l’île de Wörth, plan de la fin du XVIIIe siècle. Des flèches et un pointillé indiquent la route fluviale (Naufahrt) à suivre pour franchir le passage dangereux.

Un examen rapide de la coque permit de constater que celle-ci avait été endommagée et prenait beaucoup d’eau dans sa partie arrière. Il fut donc décidé d’échouer le bateau en face du village de Sankt Nikola/Donau (rive gauche), sur le « Seiler im Sand », un banc de sable encore visible de nos jours. L’accident ne provoqua heureusement que quelques frayeurs au couple impérial et à l’équipage mais il a peut-être été une des raisons pour lesquelles les travaux de régulation et d’amélioration de la navigation sur le fleuve haut-autrichien à cette hauteur du défilé de la Strudengau2, ont été menés plus rapidement par la suite. Franz-Joseph et sa femme poursuivront courageusement leur voyage vers Vienne sur l' »Hermine », un des bateaux qui suivaient le yacht impérial.

Les ruines de la forteresse de Hausstein et le village de Sankt Nikola sur la rive gauche, gravure colorée de 1854 d’après une aquarelle du peintre Rudolf von Alt (1812-1905) 

Dans ses mémoires, le baron Anton Mollinary von Monte Castello décrivit plus tard l’accident de la façon suivante : « Alors que nous approchions des tourbillons de Grein où le fleuve, rétréci par des berges rocheuses escarpées, se précipite à travers et au-dessus des récifs rocheux avec force chutes et remous, un profond silence s’installa sur le bateau. Toute l’attention de l’équipage, réparti entre ses différents postes, était concentrée sur le commandant qui, avec son porte-voix, transmettait ses ordres jusqu’à la salle des machines tout en surveillant alternativement le fleuve et les timoniers. La plupart des passages dangereux avaient déjà été franchis avec succès.

Anton Mollinary von Monte Pastello (1820-1904) en 1843

Il ne restait plus comme dernier obstacle qu’un récif, là où le courant courre à travers un méandre. Soudain, un bruit se fit entendre de l’arrière gauche du bateau, en même temps il y eut une secousse en provenance du même endroit. Le navire se souleva un peu de l’arrière puis retomba immédiatement dans sa position habituelle et glissa doucement, de nouveau dégagé, dans le courant. Tout danger semblait heureusement écarté. Le visage du commandant du navire était cependant devenu blême. Donnant la barre à son adjoint le premier lieutenant, il se précipita sous le pont dans la direction d’où étaient provenus le bruit et la poussée. J’attendais son retour avec impatience. Quelques secondes après il réapparaissait, me regarda avec le plus grand sérieux et hocha la tête. J’en savais assez. »

Notes :
1 Le bateau à vapeur fut construit en 1854 par les chantiers navals hongrois d’Althofen (Budapest)

Longueur : 55, 47 m
Largeur : 8, 08 m/14, 58 m
Tirant d’eau : 1, 60 m
Moteur Escher & Wyss de 500 (chevaux) actionnant deux roues à aube.
Port d’attache : Vienne
Il est racheté par la DDSG en 1866 et navigue sous nom d’origine pour cette compagnie. Il est équipé d’un nouveau moteur en 1872 et mis au rebut en 1924.
2 L’impératrice Marie-Thérèse de Habsbourg, arrière grand-mère, de François-Joseph avait déjà fait effectué des travaux à cette hauteur du fleuve dans les années 1770-1780. 

Sources : 
HILLE, Oskar : Burgen und Schlösser in Oberösterreich einst und jetzt,Verlag Ferdinand Berger & Söhne, Horn 1975
www.landesarchiv-ooe.at
Eric Baude, © Danube-culture, septembre 2021, droits réservés

Endre Rozda (1913-1999)

Endre Rozda, Autoportrait à la pipe (1932) 
   Témoignant d’un talent précoce (il peint dès l’enfance sur les murs de la maison familiale !) le jeune artiste va étudier à l’école de Vilmos Aba-Novák (1894-1941) à Budapest, rencontre à l’occasion d’un concert le compositeur Béla Bartók (1881-1945), un musicien fasciné par la musique populaire et le Danube auquel il dédie l’une de ses oeuvres de jeunesse A Duna folyása (le cours du Danube, version pour piano de 1891, pour violon et piano de 1894. L’oeuvre novatrice de Bartók (la Sonate pour deux pianos et percussion) qu’entend Endre Rozda durant cette soirée musicale, exerce une profonde influence sur son évolution créatrice précoce : « Bartók n’était rien d’autre qu’un nom pour moi. Je ne le connaissais pas. […] Puis Bartók a interprété avec sa femme une œuvre personnelle en création mondiale la « Sonate pour deux pianos et percussion », qui est à mon avis l’une des œuvres les plus importantes du vingtième siècle. Je m’étais assis à un endroit d’où je pouvais voir les mains de Bartók. J’étais ébloui. Je n’avais jamais pensé à ce que la musique aurait pu être au-delà de Bach, de Mozart, au-delà de Moussorgski. J’étais absolument ivre de cette musique. […] J’ai compris à ce moment-là que je n’étais pas le contemporain de moi-même ».

Endre Rozda, « Amour sacré, Amour profane », 1947 (sources www.rozda.com, droits réservés)

Endre Rozda expose pour la première fois seul dans la capitale hongroise en 1936 et émigre à Paris (1938) où il poursuit ses études à l’École du Louvre et se lie d’amitié avec des artistes du mouvement surréaliste. Revenu malgré lui à Budapest en 1943, il vit dans la clandestinité sous la menace d’une arrestation (sa mère est déportée en 1944) jouant un rôle essentiel dans la fondation en 1945 de « l’École Européenne », un groupe d’artistes hongrois qui doit se dissoudre (1948) sous la pression du régime communiste allergique au surréalisme et à l’art abstrait. Le peintre survit en illustrant des livres et revient à Paris après la déroute de la révolution de 1956. Sa première exposition (1957) à la galerie Furstenberg lui ouvre en grand les portes de la notoriété. Son oeuvre illustrant les questions fondamentales de l’existence dans un langage propre et intimement liée au temps, s’affranchira du surréalisme, ne cessant de se métamorphoser et de se densifier pour rejoindre dans une dernière période de son cheminement l’univers de l’abstraction lyrique.
« À ceux qui regarderont mes toiles, je voudrais seulement demander de faire comme l’enfant que je fus, de donner assez de temps à la contemplation des images que je leur propose pour trouver le sentier qui y mène et permet de s’y promener. »Endre Rozda.
Son ami André Breton a écrit à propos de la peinture d’Endre Rozda : « Voici le haut exemple de ce qu’il fallait cacher si l’on voulait subsister, mais aussi de ce qu’il fallait arracher de nécessité intérieure à la pire des contraintes. Ici se mesurent les forces de la mort et de l’amour ; la plus irrésistible échappée se cherche de toutes parts sous le magma des feuilles virées au noir et des ailes détruites, afin que la nature et l’esprit se rénovent par le plus luxueux des sacrifices, celui que pour naître exige le printemps. »

Danube-culture, septembre 2021

Pour en savoir plus…
www.rozda.com

Les affluents du Danube

Superficie du bassin versant et réseau hydrographique
La structure du bassin versant est déterminée par différents facteurs, géologiques, climatiques, morphologiques ainsi que par la densité et la typologie de la végétation.
Le Danube a un réseau conséquent d’affluents et de sous-affluents. Sur les 120 grands et moyens affluents qui le rejoignent, 34 sont navigables.

Dans la partie initiale du cours du Danube (Haut-Danube, km 2783-1791) ce sont des ruisseaux et de petites rivières qui augmentent la superficie du bassin versant. Du fait de pertes (infiltrations) dans le sous-sol karstique du Jura souabe que le fleuve traverse en amont d’Ulm (Bade-Wurtemberg), le jeune Danube se voit de plus amputé ponctuellement de la moitié de son débit au profit du bassin voisin du Rhin. De modestes affluents viennent renflouer son lit en aval, ne compensant qu’en partie ces pertes conséquentes. Après la Blau (22 km), la Brenz (52 km), la Wörnitz (132 km), l’Altmühl (227 km), rivière désormais aménagée dans ses derniers 34 kilomètres en canal (canal Rhin-Main-Danube), la Naab (197 km) et la Regen (191 km) toutes affluents de la rive gauche et sur la rive droite la Lech (256 km), l’Iller (147 km), deux affluents du Haut-Danube qui prennent leur source dans les Alpes calcaires septentrionales ainsi que la Vils (109, 9 km, rive droite), viennent confluer avec le Danube toujours sur la rive droite ses plus puissants affluents alpins ; l’Isar (292 km) puis le plus important d’entre eux, l’Inn (518 km) dont la magnifique confluence à Passau témoigne de son influence sur le Danube, déterminant le caractère alpin de celui-ci jusqu’à loin en aval, c’est-à-dire jusqu’à son confluent avec la Sava (rive droite), à la hauteur de Belgrade.

Confluent de l’Isar avec le Danube à Moos près de Deggendorf (Allemagne), photo source Franzphoto Wikimedia

Sur son cours moyen (Moyen-Danube, km 1791-931) ce sont encore des rivières d’origine alpine l’Enns (349 km) et la Traun (153 km) qui viennent grossir le fleuve sur sa rive droite. Plus en aval, sur la rive gauche, la Morava (March 352/358 km selon les sources), en provenance des reliefs montagneux de la Moravie du Nord,  conflue avec le Danube, après avoir déterminé sur la dernière partie de son cours la frontière tchéco-slovaque puis austro-slovaque sous les ruines de la forteresse de Devín (Theben). La Váh (406 km), la plus longue rivière de Slovaquie qui rejoint le Danube à la hauteur de Komárno-Komarom (km 1766), l’Ipel’ ou Ipoly en hongrois (232 km) et principalement la Tisza (966 km), trois affluents de la rive gauche rejoignent le Danube pendant sa traversée de la plaine pannonienne hongroise (Alföld).

Sur son cours inférieur (Bas-Danube, km 931-0), le Danube reçoit, sur la rive gauche d’importants affluents en provenance des Carpates comme l’Olt (615 km), le Siret (706 km), le Pruth (953 km) qui fait office de frontière orientale de l’Union Européenne sur une partie de son cours.

Sur la rive droite, la Sava (944 km), la Drava (Drau, 707 km) et la (Velika) Morava (185 km) contribuent considérablement à l’augmentation de son débit.

L’apport total des affluents de la rive droite sur l’ensemble du cours du Danube demeure nettement plus élevé, soit env. 66% pour la rive droite contre 33% pour la rive gauche.

Le bassin danubien : carte orographique et principales villes

En amont immédiat du confluent de l’Iller (km 2 588), la superficie du bassin danubien est de 5 384 km2. Elle passe en aval de ce confluent à 7 530 km2. En amont du confluent de l’Inn (km 2 225) la superficie du bassin est de 50 570 km2, et en aval de ce confluent, elle monte à 76 605 km2. À Orşova (Roumanie), en amont du barrage des Portes-de-Fer (km 955), elle atteint 576 000 km2.

Le Danube aménagé en lac de retenue depuis la rive serbe, en amont de l’usine hydroélectrique de Djerdap I, photo © Danube-culture, droits réservés

Le tableau ci-dessous reprend la liste des principaux affluents du Danube et quelques-unes de leurs principales caractéristiques. (Sources Commission du Danube. Les chiffres peuvent  légèrement varier avec d’autres sources.)

affluents_du_danube

sources :
www.danubecommission.org

Longueur des principaux affluents et sous-affluents du Danube

Les chiffres varient parfois en kilomètres selon les sources. La Tisza (rive gauche), fleuve navigable sur une partie de son cours, bien qu’ayant ayant été considérablement aménagée au XIXe et au XXe siècle avec des coupures de nombreux méandres et une régulation d’une partie de son cours, reste aujourd’hui avec ses 966 km1 le plus long affluent du Danube devant le Pruth (953 km) et la Sava (944 km).

La Tisza à la hauteur de Szeged (Hongrie) prise par les glaces pendant l’hiver 2017,  photo © Beroesz, droits réservés

Quant à la Sava ou Save (rive droite) avec un débit moyen de 1613 m3/s et qui se jette dans le Danube à Belgrade, elle est l’affluent dont la contribution au Danube est la plus importante, soit environ le double de la contribution de l’Inn (745 m3/s) ou de la Tisza (814 m3/s).

Confluent de la Sava avec le Danube à la hauteur de Belgrade, photo © Rémi Jouan, droits réservés

Affluents de plus de 500 km, rive gauche
Tisza, 966 km, Prout (Pruth,Прут, Prut), 953 km (Commission du Danube 967 km, 989 km selon d’autres sources), Siret, 706 km (CD 726 km), Olt, 615 km

Vallée de l’Olt près de Turnu Rosu (Roumanie), photo domaine public

Le Pruth (Prut ou Prout), dernier grand affluent du Danube de sa rive gauche et sur les rives duquel les armées russes et ottomanes se sont affrontées à plusieurs reprises, prend sa source en Ukraine dans les Carpates orientales. Il dessine désormais sur une grande partie de son cours la frontière entre la Roumanie (rive droite) et la Moldavie (rive gauche) délimitant ainsi une des frontières orientales actuelles de l’UE.

Bateaux-moulins sur le Prut (photo collection privée)

Affluents de plus de 500 km, rive droite
Sava, 944 km (CD 940 km), Drava, 707 km, Inn, 518 km (Commission du Danube : 525 km)

Les rives de la Drava en aval d’Osijek (région de Slavonie, Croatie) à la hauteur de son confluent avec le Danube et du Parc National de Kopacki Rit. Les deux cours d’eaux forment à cette hauteur un véritable delta à l’intérieur des terres de leur photo © Danube-culture, droits réservés

Sous-affluents de plus de 500 km, rive gauche
Mureş sous-affluent via la Tisza, 761 km, Crişul Negru, sous-affluent via la Tisza, 560 km

Le Siret, quelques kilomètres en amont de son confluent avec le Danube, photo © Danube-culture, droits réservés

Affluents entre 300 et 500 km, rive gauche
Váh, 406 km (CD 402 km), Ialomiţa, 417 km, Timiş, 359 km, Morava (March), 352 km (CD 329 km), Argeş, 350 km, Jiu, 331 km (CD 339 km)

Le confluent de la Morava (March) avec le Danube en amont de Bratislava (rive gauche), photo © Danube-culture, droits réservés

Affluents entre 300 et 500 km, rive droite
Iskar, 368 km (CD 360 km), Enns (349 km)  

 Sous-affluents  entre 300 et 500 km, rive gauche 
Someş, sous-affluent via la Tisza, 415 km, Buzǎu, sous-affluent via le Siret, 325 km

Sous-affluents  entre 300 et 500 km, rive droite
Mur (Mura), sous-affluent via la Drava, 464 km, Drina, sous-affluent via la Sava, 346 km

La Mur (Mura) à la hauteur de Murau (Styrie, Autriche), photo © Danube-culture, droits réservés

Affluents de moins de  300 km, rive gauche
Hron ou Gran en allemand, 298 km, Moldova, 237 km, Ipel’ (Ipoly), 232 km, Altmühl (le dernier tronçon de cette rivière a été intégré au canal Rhin-Main-Danube), 227 km Vedea, 224 km, Naab, 196, 6 km depuis la source de la Waldnaab, (97, 5 km depuis le confluent de la Waldnaab avec la Haidennaab), Regen, 190, 9 km, Kamp, 153 km, Ialpug, 142 km, Wörnitz, 132 km, Nera, 124 km, Caraş, 110 km, Mostonga ou Мостонга en serbe, 70 km 

Confluent de l’Enns sur la rive droite avec le Danube. Sur la rive gauche se tiennent les façades colorées des maisons de Mauthausen, photo © Danube-culture, droits réservés

Affluents de moins de 300 km, rive droite
Raab ou Rába, 298 km, Isar, 292 km, Enns, 254 km, Osam, 205 km, Timok, 203 km, Morava ou Velika Morava, 185 km, Leitha, 180 km, Mlava ou Млава, 160 km, Traun, 153 km, Iller, 147 km, Ogosta, 147 km, Paar, 134 km, Sió (rivière canalisée et en principe navigable reliant le lac Balaton au Danube), 121 km, Rabnitz ou Rábca, 120 km

Sous-affluents de moins de 300 km, rive gauche et rive droite
Amper, sous-affluent via l’Isar, 190 km, Západna Morava, sous-affluent via la Velika Morava, 184 km, Arieş ou Aureus, Aranyos, sous-affluent via le Mureş, 164 km, Wertach, sous-affluent via le Lech, 141 km, Uvac, sous-affluent via le Lim et la Drina, 119 km, Una, sous-affluent via l’Una et la Sava, 140, 4 km, Trotus ou Tatros sous-affluent via le Siret, 144 km, Toplica, sous-affluent via la Morava, 130 km, Teleajen, sous-affluent via la Prahova et la Ialomiţa, 113 km, Thaya, sous-affluent via la Morava tchéco-slovaque 234, 5 km, Târnava Micǎ, sous-affluent via la Târnava, le Mureş et la Tisza, 191 km, Bahlui, sous-affluent via la Jijia et le Prout, 119 km, Barcǎu, sous-affluent via le Crišul Repede et la Tisza, 163, 7 km, Bârlad, sous-affluent via le Siret, 289 km, Bega, sous-affluent via le Timiş, 254 km, Bistriţa, sous-affluent via le Siret, 290 km, Bodva, sous-affluent via le Sajó, 113 km, Bosna, sous-affluent via la Sava, 271 km, Bosut (Босут), sous-affluent via la Sava, 166 km, Brzava, sous-affluent via la Tamiş, 166 km, Čeotina, sous-affluent via la Drina, 91 km, Krasna, sous-affluent via le Prut, 193 km, Crişul Repede ou Sebes Körös, sous-affluent via la Tisza, 209 km, Dâmboviţa, sous-affluent via l’Argeş, 237 km, Dobra, sous-affluent via la Kupa et la Save, 124 km, Feistritz, sous-affluent via la Lafnitz, la Raab et le bras danubien de Moson, 115, 8 km, Gail sous-affluent via la Drava, 122, 2 km, Glina, sous-affluent via la Kupa et la Sava 100 km, Gurk, sous-affluent via la Drava, 157 km, Hornád, sous-affluent via le Sajó et la Tisza, 286 km, Ibar (Ибар), Ibër/Ibri en albanais, sous-affluent via la Morava occidentale et la (Velika) Morava, 276 km, Ier ou Eriu sous-affluent via la Barcǎ, le Kőrős et la Tisza, 120 km, Jihlava, sous-affluent via la Thaya et la Morava tchéco-slovaque, 181 km, Jijia, sous-affluent via le Prut, 287 km, Tara, sous-affluent via  la Sava, 146 km, Kolubara, sous-affluent via la Sava, 87 km, Korana, sous-affluent via la Kupa et la Save, 144 km, Krivaja, sous-affluent via la Tisza, 109 km, Kupa ou Kolpa, sous-affluent via la Sava, 296 km, Laborec, sous-affluent via le Latorica, le Bodrog et la Tisza, 129 km, Lafnitz, sous-affluent via la Sulm, la Mur et la Drava, 63, 9 km, Lǎpuş, sous-affluent via le Someş et la Tisza, 119 km, Latorica ou Латориця/Latoryzja  en ukrainien, Latorca en hongrois, sous-affluent via le Bodrog et la Tisza, 188 km, Lim, sous-affluent via la Drina et la Save, 220 km, Loisach, sous-affluent via l’Isar, 113,2 km, Morava méridioniale ou Južna Morava, Јужна Морава en serbe, sous-affluent via la Velika Morava, 295 km, Nišava ou Нишава en serbo-croate, sous-affluent via la Južna Morava, 218 km, Nitra, sous-affluent via le Váh, 167 km, Ondava, sous-affluent via le Bodrog et la Tisza, 146,5 km, Ouj (Uzh), sous-affluent via le Bodrog et la Tisza, 127 km, Petit Danube ou Kis-Duna en hongrois, sous-affluent via le Váh, 128 km, Piva, sous-affluent via la Drina et la Sava, 34 km, Plazovi, rive gauche, 129 km, Prahova, sous-affluent via la Ialomiţa, 183 km, Saalach, sous-affluent via la Salzach, 106 km, Sajó, sous-affluent via la Tisza, 230 km, Salzach, sous-affluent via l’Inn, 225 km, Someşul Mare, sous-affluent via le Someş et la Tisza, env. 130 km, Spreča, sous-affluent via la Bosna et la Sava,env. 138 km, Suceava (Сучава en ukrainien), sous-affluent via le Siret, 173 km, Svratka, sous-affluent via la Thaya (Theiß) et la Morava (March),173,9 km, Târnava Mare, sous-affluent via le Mureş, 249 km 

La Bega canalisée traversant Timişoara (Banat, Roumanie), photo © Danube-culture, droits réservés

Affluents et sous-affluents entre 50 et 100 km, rive gauche et rive droite
Abens, rive droite, env. 71 km, Agrij, sous-affluent via le Someş, 55 km, Almaş, sous-affluent via le Someş, 68 km, Alz, sous-affluent via l’Inn, 68 km, Bobrůvka, sous-affluent via la Loučka, 54, 5 km, Bodrog, sous-affluent via la Tisza, 67 km, Brenz, 52 km, Cerna, 84 km, Chamb, sous-affluent via la Regen, 51 km, Cibin, sous-affluent via l’Olt, 82 km, Čik ou Čiker, sous-affluent via la Tisza, 95 km, Čik, Cricovul Sărat, sous-affluent via la Prahova, 83 km, Crni Timok, sous-affluent via le Timok, 84 km, Ðetinja, sous-affluent via la Golijska Moravica et la Zapadna Morava, 75 km, Drinjača, sous-affluent via la Drina et la Sava, 88 km, Feldaist, sous-affluent via l’Aist, 52 km, Friedberger Ach, rive droite, 100 km,  Glan, sous-affluent via la Gurk et la Drava, 64 km, Golijska Moravica, sous-affluent via la Ðetinja et la Zapadna Morava, 98 km, Göllersbach, rive gauche, 60 km, Gomjenica, sous-affluent via la Sana, l’Una et la Sava, 56,7  km, Große Mühl, rive gauche, 71 km, Großache, (se jette dans le lac bavarois du Chiemsee), 71 km, Große Laber, rive droite, 87, 5 km, Gruža, sous-affluent via la Zapadna Morava, 62 km, Güns, sous-affluent via la Raba (Raab), 72 km, Günz, rive droite, 55 km, Gurghiu, sous-affluent via le Mureş, 53 km, Ida, sous-affluent via la Bodva, 56,6 km, Ikva, sous-affluent via l’Einser Kanal, la Rabnitz (Répce) et le Mosoni-Duna, env. 60 km, Ilm, sous-affluent via l’Abens, 83, 8 km, Ilz, rive gauche, 69, 4 km,

De droite à gauche ; l’Ilz, le Danube et l’Inn à Passau lors des impressionnantes inondations de 2013 sources Bundes Regierung, droits réservés

Innbach, rive droite, 53 km, Isel (Schwarzach), sous-affluent via la Drava, 57, 3 km, Iza, sous-affluent via la Tisza, 83 km, Jablanica, sous-affluent via la Južna Morava, 84, 5 km, Jadar (Јадар), sous-affluent via la Drina et la Sava, 75 km, Jarčina (Јарчина), sous-affluent via la Sava, 53 km, Jasenica, sous-affluent via la Velika Morava, 79 km, Jasenička reka, rive droite, 55 km, Jegrička (Јегричка), sous-affluent via la Tisza, 65 km, Jerez (Јерез), sous-affluent via la Sava, 56 km, Jerma (Јерма), sous-affluent via la Nišava et la Južna Morava, 74 km, Jevišovka, sous-affluent via la Dyje (Thaya) et la Morava, 79 km, 91, 3 km, Janja (Јања ou Modran), sous-affluent via la Drina et la Save, 53 km, Kereš, sous-affluent via la Tisza, Kőrős, sous-affluent via la Tisza, 91, 3 km,  Krems, sous-affluent via la Traun, env. 60 km, Krivaja, sous-affluent via le canal Danube-Tisza-Danube, 109 km, Krka, sous-affluent via la Sava, 95 km, Kyjovka, sous-affluent via la Thaja (Dyje) et la Morava, 86 km, Lašva, sous-affluent via la Bosna et la Sava, 56, 6 km, Lauchert, rive gauche, 60, 4 km, Lavant, sous-affluent via la Drava, 72 km, Lešnica, sous-affluent via la Drina et la Sava, 72 km, Lugomir (Лугомир), sous-affluent via la Velika Morava, 47 km, Lechinţa, sous-affluent via le Mureş, 66 km, Lieser, sous-affluent via la Drava (Drau), 50 km, Mangfall, sous-affluent via l’Inn, 58 km, Mindel, rive droite, 78 (81) km, Möll, sous-affluent via la Drava, 84 km, Moravská Sázava, sous-affluent via la Morava, 54 km, Mostonga, rive gauche, 70 km, Mrežnica, 63 km, sous-affluent du Danube via la Korana, la Kupa et la Save, 63 km, Mürz, sous-affluent via la Mur (Mura) et la Drava, 98 km, Nadela, rive droite, 81 km, Niraj (Nyarád en hongrois), sous-affluent via le Mureş, 82 km, Nitrica, sous-affluent via la Nitra et le Váh, 51,4 (55) km, Odra (?), Orava, sous-affluent via le Váh, 60, 3 km, Oskava, sous-affluent via la Morava (March), 50, 3 km,  Oslava, sous-affluent via l’Oskava et la Morava (March), 19,9 km, Pârâul de Campie, sous-affluent via le Mureş et la Tisza, 59 km, Pek, rive droite, 60 km, Pielach, rive droite, 70 km,

Confluent de la Pielach avec le Danube (km 2034) sur la rive gauche en aval du pont de Melk (Basse-Autriche), photo © Danube- culture, droits réservés

Pinka, sous-affluent via la Raab (Raba), 94 km, Prača (Прача), sous-affluent via la Drina et la Sava, 61 km, Pram, sous-affluent via l’Inn, 56 km, Pulkau, sous-affluent via la Taya (Theiß) et la Morava (March), 52 km, Pusta reka (Пуста река) sous-affluent via la Južna Morava, 72 km, Ralja (Раља), sous-affluent via la Jezava et la (Velika) Morava, 51 km, Rasina (Расина), sous-affluent via la Zapadna Morava, 92 km, Raška (Рашка), sous-affluent via l’Ibar, 60 km, Resava (Ресава), sous-affluent via la Velika Morava, 65 km, Riß, rive droite, 50 km, Roňava, sous-affluent via le Bodrog et la Tisza, 51 km, Rokytná, sous-affluent via la Jihlava, la Svratka, la Thaya et la Morava, 88,2 km, Rußbach, rive gauche, 71 km, Rzav (Рзав) Golija, sous-affluent via la Golijska Moravica, la Zapadna Morava et la (Velika) Morava, 62 km, Rzav (Рзав) Zlatibor ou Veliki Rzav, sous-affluent via la Drina, 72 km, Sǎlaj, sous-affluent via le Someş et la Tisza, 70 km, Salza, sous-affluent via l’Enns, 88,km, Savinja, sous-affluent via la Sava, 101, 8 km, Schmida, rive gauche, 73,6 km, Schmutter, rive droite, 95,6 km km, Schwarza, sous-affluent via la Leitha, 65, 9 km, Schwarze Laber, rive gauche, 67, 2 km, Schwechat, rive droite, 62 km, Sokobanjska Moravica (Сокобањска Моравица), sous-affluent via la Južna Morava et la Velika Morava, 60, 4 km, Sotla, sous-affluent via la Sava, 90 km, Someşul mic, sous-affluent via le Dej, le Someş et la Tisza, Steyr, rive droite, sous-affluent via l’Enns, 68 (70) km, Studenica, sous-affluent via l’Ibar, la Zapadna Morava et la Velika Morava, 60 km, Sulm, sous-affluent via la Mur (Mura), 83 km, Tamnava (Тамнава), sous-affluent via la Kolubara et la Sava, 90 km, Tscheremosch (Черемош), sous-affluent via le Pruth, 80 km, Temštica, sous-affluent via la Nišava et la Južna Morava, env. 20 km, Thaya allemande, sous-affluent via la Thaya et la Morava (March), 75,8km,  Thaya morave (ou Dyje, sous-affluent via  la Thaya et La Morava, 68 km, Traisen, rive droite, 80 km,

La Traisen (Basse-Autriche) affluent de la rive droite en amont de son confluent avec le Haut-Danube ( km 1779, 1), photo © Danube-culture, droits réservés

Triesting, sous-affluent via, la Schwechacht, 62 km, Tur, sous-affluent via la Tisza, 94 km, Ub (Уб) sous-affluent via la Tamnava, 57 km, Vaser, sous-affluent via le Vişeu et la Tisza, 62 km,  Veternica, sous-affluent via la Južna Morava, 75 km, Vils, 69 km (ou 109, 9 km avec le cours de la Grande Vils), Vişeu, sous-affluent via la Tisza, 77 km, Vlasina, sous-affluent via la Južna Morava, 70 km, Vrbanja, sous-affluent via le Vrbas, 95, 4 km, Všetínská Bečva, sous-affluent via la Bečva, 58, 8 km, Waldaist, sous-affluent via l’Aist, 58, 5 km, Zaya, sous-affluent via la Morava (March), 58, 5 km, Ziller, sous-affluent via l’Inn, 56 km,  Želetavka, sous-affluent via la Thaya et la Morava, 55 km, Zusam, rive droite, 81 km, Zwettl, sous-affluent via la Kamp, 55 km

Confluent de la Lauchert avec le jeune Danube à Sigmaringensdorf (Bade-Wurtemberg), photo droits réservés

Affluents et sous-affluents entre 30 et 50 km, rive gauche et rive droite :
Ager, 34 km, sous-affluent via la Traun, Alm, 48 km, sous-affluent via la Traun, Antiesen, 45 km, sous-affluent via l’Inn, Aschach, 35 km, Bicaz, 42 km, sous-affluent via le Siret, Bjelica, 41 km, sous-affluent via la zapadna Morava, Blata, 45 km, sous-affluent via la Morava (République tchèque), Breg, 46 km (forme le Danube lors de sa confluence avec la Brigach à Donaueschingen, considérée par les habitants de Furtwangen comme la véritable source du Danube), Březná, 31 km, sous-affluent via la moravská Sázava et la Morava, Brigach, 40 km (forme le Danube lors de sa confluence avec la Breg à Donaueschingen)

« La Breg et la Brigach mettent le Danube sur le chemin. » Confluent de la Breg et de la Brigach à Donaueschingen (Bade-Wurtemberg). C’est à partir de ce confluent que le cours d’eau porte le nom de Danube, photo © Danube-culture, droits réservés

Bukovica, sous-affluent via la Komarnica, la Piva et la Drina, 42 km,  Desná, sous-affluent via la Morava, 31 km, Dřevice (?), Fischa, rive droite, 35 km, Fojnička rijeka, sous-affluent via la Bosna et la Sava, 46 km, Gasteiner Ache, sous-affluent via la Salzach et l’Inn, 40 km, Gerlosbach, sous-affluent via la Ziller et l’Inn, 33, 5 km, Große Tulln, rive droite, 40 km, Haná, sous-affluent via la Morava, 35, 8 km, Jala, sous-affluent via la Sprečna, la Bosna et la Sava, 37 km, Jezava rive droite, 47, 5 km, Juhyně, sous-affluent via la Morava, 33, 9 km, Kamniška Bistrica, sous-affluent via la Sava, 33 km, Kleine Mühl, rive gauche, 32, 5 km, Kokra, sous-affluent via la Sava, 34 km, Komarnica, sous-affluent via la Piva et la Drina, 42 km, Libochůvka, sous-affluent via la Loučka, la Svratka, la Dyje et la Morava, 35, 9 km, Liesing, sous-affluent via la Schwechacht, 30 km, Ljubovida, sous-affluent via la Drina, 34 km, Lone, sous-affluent via l’Hürbe et la Brenz, 34 km, Luţ (?), Lužnica, sous-affluent via la Vlasina, la Juzna Morava et la Velika Morava, 39 km, Mattig, sous-affluent via l’Inn, 55 km,

La Lužnica, petit sous-affluent de la rive droite du Danube via la Vlasina, la Južna Morava et la Velika Morava, photo domaine public

Melk, rive droite, 36 km, Miljacka, sous-affluent via la Bosna et la Sava, 36 km, Moštěnka, sous-affluent via la Morava, 45, 6 km, Olšava, sous-affluent via la Morava, 44, 9 km, Ostrach, sous-affluent via l’Iller, 33, 1 km, Ösztaler Ache, sous-affluent via l’Inn, 42, km, Peštan, sous-affluent via la Kolubara et la Sava, 33 km, Pitze, sous-affluent via l’Inn, 40, 5 km, Piva, sous-affluent via la Drina et la Sava, 34 km, Rákos patak, rive gauche, 44 km, Rička, sous-affluent via la Litava, la Svratka, la Dyje et la Morava, 38, 9 km, Rodl, rive gauche, 42, 4 km, Rožnovská Bečva, sous-affluent via la Bečva et la Morava, 37, 6 km, Ruetz, sous-affluent via la Sill et l’Inn, 34, 7 km, Ruscova, sous-affluent via le Vişeu et la Tisza, 39 km, Sǎlǎuţa (?), Sǎsar (?), Sava Bohinjka, sous-affluent via la Sava, 41 km, Schwarzenbach, sous-affluent via l’Isar, 12, 2 km, Senice, sous-affluent via la Vsetínská Bečva et la Bečva, 32, 5 km, Sill, sous-affluent via l’Inn, 42, 2 km, Skrapež (Скрапеж), sous-affluent via la Đetinja et la Zapadna Morava, 47, 7 km, Studva, sous-affluent via le Bosut et la Sava, 37 km,  Sutjeska, sous-affluent via la Drina et la sava, 36 km, Topčiderska reka (Топчидерска река), sous-affluent via la Sava, 31 km, Touria, sous-affluent via le Bodrog, l’Ouj et la Tisza, 46 km, Třebůvka, sous-affluent via la Morava, 48, 3 km, Trisanna, sous-affluent via la Sanna et l’Inn, 31, 1 km, Velička, sous-affluent via la Morava, 40, 2 km, Wien (La Wien conflue avec le Canal du Danube au centre de Vienne. Cette petite rivière qui prend sa source dans la Wienerwald a aussi donné son nom à la capitale autrichienne), 34 km, Vöckla, sous-affluent via l’Ager et la Traun, 47 km, Würm, sous-affluent via l’Amper et l’Isar, 39, 5 km

La Jezava, rivière serbe de la rive droite à hauteur de son confluent avec le Danube à Smederovo (km 1115, 20), photo © Danube-culture, droits réservés 

Affluents et sous-affluents  de moins de 30 km, rive gauche et rive droite :
Aist, 14 km, Aranyhegyi patak, 23 km, Aitrach, 14, 9 km, Aurach, 28 km, Bära, 26, 3 km, Berninabach, 12, 9 km, Blau, 22 km, Bolečica, 12 km, Brandenberger Ache, 22 km, Brixentaler Ache, 28 km, Čermelský potok, 15 km, Despotovica, 24 km, Fuscher Ache, 28 km, Gölsen, 15 km, Gradac, 28 km, Gusen, 17, 5 km, Izra, 14, 3 km, Jezerka, 10 km, Jihlávka, 25, 7 km, Kieferbach, 24 km, Kleine Tulln, 24 km, Kötach, rive gauche 17, 9 km, Krahenbach, ? ,  Krumme Steyrling, 28 km, Laudach, 22 km, Mileševka, 20 km, Myslavský potok, 19, 5 km, Naarn, 27, 3 km, Obersulzbach, 16, 5 km, Obnica, 25 km, Ördög-árok, 21 km, Ova da Roseg (Rosegbach), 10 km, Pitten, 23 km, Rabnitzbach, 25, 6 km, Ranna, 13 km, Rogačica, 29 km, Spöl, 28 km, Steinerne Mühl, 24 km, Steyrling, 14 km, Stille Musel, rive gauche, 14 km, Târnava (Küküllő), 28 km,  Teichl, 29 km, Tössebach, ? ,  Tržiška Bistrica, 27 km, Turňa, 26 km, Untersulzbach, 12 km, Voldertalbach, 14, 6 km, Vomper Bach, 17 km, Vydrica, 17 km, Wattenbach, Weißenbach, 12 km, Wildschönauer Ache, 22, 2 km, Zemmbach, 29 km.

Confluence du Petit-Danube (Kis Duna) avec la Vah, photo © Szeder László, droits réservés

Eric Baude, © Danube-culture.org, révisé octobre 2021, droits réservés

Notes :
1La Tisza (un hydronyme d’origine vraisemblablement gète ou scythe, tributs ayant peuplées le Bas-Danube pendant l’Antiquité) prend ses sources dans les Carpates orientales à l’ouest de l’Ukraine près de la petite ville de Rahkiv. Elle dessine ensuite la frontière entre l’Ukraine (rive droite) et la Roumanie (rive gauche) sur près de 300 km, entre ensuite sur le territoire de la Grande Plaine hongroise (Cisdanubie), musarde et dessine avec la complicité d’une très faible déclivité une succession de méandres dont un grand nombre furent coupés, drainés, endigués au XIXe siècle lors de travaux de régulation initiés par le comte et homme politique hongrois István Széchenyi.  Ces travaux et d’autres aménagements ont considérablement réduit sa longueur initiale, autrefois de 1419 km à 966 km (976 km selon d’autres sources). Elle accueille tout au long de son cours de nombreux affluents et baigne des villes telles que Tokaj, Szolnok et Szeged. La Tisza, navigable sur une grande partie de sa longueur, conflue avec le Danube (rive gauche) en Serbie (Vojvodine) par l’intermédiaire du canal « Bacser » près du village de Stari Sanklamen au km 1214, 5. La biodiversité de cette rivière a été malheureusement à plusieurs reprises endommagée par de graves pollutions minières et industrielles.
Un excellent documentaire sur cette rivière fascinante : « A Tisza néveben » (Au nom de la Tisza) du réalisateur Dimitry Ljasuk (2021)

https://youtu.be/TLyK_aIu3fc

Sources :
STANČÍK, Andrej, JOVANOVIČ, Slavoljub et al., Hydrology of the river Danube, Hydrologie du Danube, Hydrologie der Donau, Přiroda, Bratislava, 1988

Commission du Danube
www.danubecommission.org
Commission Internationale du Bassin de la Sava
www.savacommission.org

https://fr.wikipedia.org/wiki/Danube

Photo © Danube-culture, droits réservés

« Voyage en Terre Promise » de Ladislav Fuks (Le Danube littéraire)

Anselme Kieffer (1945), les Argonautes, 2004, technique mixte et papier photographique sur carton collé. Cet artiste qui vit en France est né aux sources officielles du Danube à Donaueschingen (Land de Bade-Wurtemberg). 

Voyage en terre promise, première édition en langue tchèque sous le titre de Cesta do záslibené země, Prague 1969, 1991, Éditions L’Engoulevent, 2005, traduction en langue française de Barthélémy Müller.
   Seul le fleuve semble désormais encore pouvoir autoriser le petit groupe de citoyens juifs viennois à espérer. On les force discrètement, un matin à l’aube, à monter dans une embarcation d’un confort plus que sommaire (première déconvenue…) depuis le parc du Prater, ce lieu symbole historique de la légèreté de la vie, des festivités et des divertissements avec ses manèges, sa Grande roue, ses cafés, ses feux d’artifices de la capitale autrichienne et dont les rives donnent à la fois sur le bras principal et sur un des bras secondaires, le Canal du Danube. L’embarcation n’est pas à proprement parler un bateau de croisière comme ils l’imaginaient mais un bac rudimentaire qui arbore, ô comble d’une sinistre ironie, le pavillon du IIIe Reich. Celui-là ne saurait leur porter chance dans leur migration !
Les passagers sont des personnalités de la communauté juive viennoises telles que le manufacturier Kerstorff, sa femme et sa fille au même prénom de Selma et son gendre Werner Seidler, ancien maître d’escrime, l’industriel Wilhem Breitenbach, son épouse Erika et leurs enfants Wilhem, Wolf et Erika, le vieux banquier Ludwig Festan, Klara sa femme, Hans leur fils et Marta Eisner, une employée dévouée à leur service, la cantatrice Rosa Salinger et enfin, pour les guider dans leur errance fluviale, le rabbin régional de Vienne, Moïse Ascher soit en tout quinze personnes. La descente commence.
   « La berge s’éloigna doucement, de même que la grande roue dans la verdure du parc, les maisons prenaient lentement de la distance sur le quai où seuls vaquaient, de si bonne matin, un laitier ou un boulanger isolés, ou une patrouille allemande de surveillance… Les passagers du bac se tenaient à la rambarde comme des statues. Ils quittaient la ville où ils étaient nés, où ils avaient vécu et travaillé… Là-bas se dressaient la flèche de la cathédrale Saint-Étienne, le château, le parlement, là-bas, derrière les tours, il y avait l’hôpital militaire, l’école ou la maison que nous habitions depuis trois générations… Cette chère ville qui, il y a six mois à peine, était encore tellement différente, et maintenant ils la quittaient en y laissant presque tout… Pour rejoindre le cours principal du fleuve couvert de brumes, face au soleil levant. Les buissons sur les berges qui, dans le soleil et la brume, flamboyaient… »
Une fuite devant l’horreur qui va se transformer peu à peu en cauchemar, une fuite inéluctable devant la barbarie nazie triomphante de citadins juifs viennois qui ne peuvent rien avoir en commun avec elle et qui préfèrent remettre leur destin dans les mains d’un fleuve inconnu qui n’est surtout pas le beau Danube viennois, Le beau Danube bleu des valses straussiennes et qu’ils appréhendent. L’errance de petit groupe fait l’objet d’un récit en forme d’allégorie de fin du monde où l’atmosphère sauvage qui les entoure, le cours labyrinthique du fleuve avec ses îles qui obstruent son chenal, ses haut-fonds, ses innombrables bras morts, tous les éléments de cette nature hostile vont exacerber la gravité et l’absurdité de leur situation. Enfin, au bout d’une longue descente apocalyptique les rares survivants épuisés vont suivre leur rabbin, ce rabbin qui n’a évidemment d’autre prénom que Moïse (!) au milieu d’une tempête, de la foudre et du tonnerre pour entrer dans un fleuve dont les eaux, à l’image de celles de celles de la mer Rouge (ou de la mer des Jonc, peut-être le delta du Nil), vont s’entrouvrir puis se refermer derrière eux.

Ladislav Fuks (1923-1994)

Mircea Eliade : Mademoiselle Christina ou le fleuve et la vampire…

   « Quelle nuit splendide ! » dit plus tard Monsieur Nazarie, levant le front vers le balcon.
Encore incertains, les grands contours des arbres se détachaient à présent ans l’obscurité. Egor tourna lui aussi la tête. C’était vrai, la nuit était splendide. Mais de là à souhaiter « bonne nuit » aux invités à neuf heures et demie et à se retirer en même temps que sa mère, comme une petite fille sage…
   « À rester longtemps sans bouger, poursuivit M. Nazarie, et à aspirer lentement, sans se presser, on sent le Danube… Moi je le sens…

 — Il doit être quand même très loin, dit Egor.
— Environ une trentaine de kilomètres. Peut-être moins. Mais c’est la même nuit, on le perçoit rapidement… »
   M. Nazarie se leva et s’approcha du balcon. Non, la lune ne se lèvera que dans quelques jours, se souvient-il dès qu’il se heurta à l’obscurité.
   « C’est aussi la même atmosphère, continua-t-il en relevant lentement la tête et en savourant l’air à pleine bouche. Il semble que vous n’ayez jamais habité près du Danube. Autrement, il est bien rare d’échapper à ses effluves. Moi, je sens le Danube jusque dans le Baragan… »1
L’autre se mit à rire.
« N’est-ce pas trop dire, jusque dans le Baragan ?
— Non, non, expliqua Monsieur Nazarie. car ce n’est pas une odeur d’eau, ce n’est pas une atmosphère humide. C’est plutôt une odeur languissante, qui rappelle la vase et certaines plantes à tiques…

Domnișoara Christina, Alexandru Maftei, 2013, photo droits réservés

— C’est assez vague, l’interrompit Egor en souriant.
— On le reconnaît pourtant rapidement, où que l’on soit, reprit M. Nazarie. Parfois, il semble que, très loin, des forêts entières ont pourri pour qu’un vent puisse charrier une odeur aussi complexe et à la fois élémentaire. Naguère, les forêts étaient proches. Il y avait le Teleorman…2
— Ce parc aussi semble être vieux, dit Egor en tendant le bras au-dessus du balcon. »
M. Nazarie le regarda gentiment, sans pouvoir dissimuler un sourire méprisant.
« Tout ce que vous voyez ici, dit-il, n’a pas plus de cent ans. Des acacias… Des arbres de pauvre. C’est tout juste si l’on aperçoit ici ou là un orme. »
Il commença à parler passionnément des forêts et des arbres.
« Ne vous étonnez pas, dit-il soudain, interrompant son discours et posant la main sur l’épaule d’Ego. J’ai dû apprendre tout cela des hommes, des livres, des savants, à tout venant. Pour les fouilles, bien entendu ; je devais savoir jusqu’où pouvaient s’installer les hommes, les Scythes, les Gètes et tous les autres…
— Par ici, on ne trouve probablement guère de traces, dit Egor, essayant de ramener la discussion à la préhistoire.
— On pourrait entrouvre par ici aussi, répondit modestement M. Nazarie. Quelque part, il y avait bien des chemins, même des villages à l’orée des bois. Près des vallées surtout…Mais de toute façon, là où il y a eu des forêts pendant des centaines d’années de suite, ce sont des lieux magiques. Ça, c’est sûr… »
Il s’arrêta et recommença à humer l’air, en se penchant doucement de tout le corps par-dessus le balcon, dans la nuit.
«Quelle joie chaque fois que je reconnais le Danube, même à des endroits comme ici, continua-t-il d’une voix plus basse. C’est une autre magie, une magie facile à recevoir, qui ne fait pas peur. Les gens des fleuves sont et plus sages et plus courageux ; l’aventure est aussi partie d’ici, pas seulement des bords de mers… Mais voyez-vous, la forêt fait peur, elle rend fou… »
Egor se mit à rire. Il fit un pas dans la chambre. la lumière de la lampe l’enveloppa de nouveau tout entier.
« Bien sûr, ce n’est pas difficile à comprendre, poursuivit M. Nazarie. La forêt vous fait peur à vous aussi, qui êtes un jeune homme cultivé, dépourvu de superstition. C’est une frayeur qui n’épargne personne. Trop nombreuses sont les vies végétales, et trop ressemblants aux hommes sont les vieux arbres, surtout aux corps humains…
— Ne croyez pas que je me suis éloigné de la fenêtre parce que j’avais peur, dit Egor. Je me suis éloigné parce que je voulais allumer une cigarette. À présent, je reviens auprès de vous…
— Ce n’est pas la peine. Je vous crois. On ne peut tout de même pas avoir peur d’un parc d’acacias, dit M. Nazarie en revenant dans la chambre et en s’installant sur le canapé. Mais ce que j’ai dit, c’est vrai. S’il n’y avait pas le Danube, les gens de par ici seraient devenus fous. Les gens d’il y a deux ou trois mille ans, s’entend… »

Mircea Eliade (1907-1986), Mademoiselle Christina, traduit du roumain par Claude Levenson, Éditions de l’Herne, Paris, 2009Notes :
1 La plaine du Bărăgan, extrémité occidentale de la steppe pontique, région située de part et d’autre de la Ialomiţa, affluent de la rive gauche du Danube. Grenier à blé de la Roumanie pendant l’Antiquité, le climat y est particulièrement rude alternant sécheresses et innondations. Le Bărăgan porta le surnom de « Sibérie » de la Roumanie entre 1948 et 1989 en raison du grand nombre de camps de travaux forcés ouverts par le régime communiste. L’écrivain roumain Panaït Istrati a publié en 1928 un roman sur la dure  condition des habitants de cette plaine intitulé « Les chardons du Baragan », roman qui fut adapté au cinéma en 1958 par Gheorghe Vitanidis et Louis Daquin.

Région du sud de la Roumanie sur la rive septentrionale du Danube et bordant la Bulgarie, couverte autrefois de forêts qui appartenait à la principauté historique de Valachie.  Le nom de Teleorman proviendrait de Deli Orman en langue coumane (turc) signifiant « forêt folle » ou du turc « Deli  koman » « forêt des Coumans », tribut semi-nomade qui s’installe au XIe siècle sur le territoire de la Valachie. 

Le Centre Culturel Nicăpetre de Brăila, souvenir de la grande époque et lieu d’exposition

   La villa Embiricos, aujourd’hui Centre Culturel Nicăpetre (strada Belvedere n°1), a été édifiée en 1912 par l’architecte Lazăr I. Predinger pour Menelas Embiricos, armateur et homme politique grec, descendant d’une véritable dynastie d’armateurs, de banquiers et de commerçants  originaires de l’île ionienne d’Andros et dont certains des membres s’étaient installés déjà auparavant à Brăila et exerçaient un quasi-monopole sur certaines activités commerciales, cet élégant et luxueux hôtel particulier aux façades et décorations raffinées, tient lieu à son origine de siège de la compagnie maritime M. Embiricos & Co dont Menelas Embiricos est le propriétaire avec son frère Leonidas et de logement pour sa famille.

Le port de Brăila au début du XXe siècle avant sa mécanisation (1908) qui provoquera de graves émeutes parmi les dockers et les ouvriers.

   L’écrivain Fanuş Neagu (1932-2011) évoque dans un de ses récits l’atmosphère  de la fête que l’amateur organise pour l’inauguration de son hôtel particulier qu’il avait fait coïncider avec la journée de la fête national grecque :
« Les sirènes des navires ancrés dans le port retentissaient sur l’eau puis se taisaient et recommençaient à nouveau, les canons de parade tonnaient en grandes salutations. Dans le jardin d’Embericos on servait, sur des plateaux géants, des olives, des oranges, des mandarines, de l’ouzo, de la liqueur de roses, du vermouth, de l’eau-de-vie de Chios, du mouton grillé, des tripes surtout et des pièces de viande de chevreau accompagnées par des vins doux et parfumés… »
   La société grecque exporte des céréales et importe du charbon d’Angleterre. Menelas Embiricos est également agent général de plusieurs compagnies maritimes (Byron Steamship Ltd, Londres, Compagnie Nationale Grecque de Navigation de Bateaux à Vapeur grecque) et possède avec son frère une flotte de cargos assurant une liaison régulière entre l’Angleterre, le continent, la Méditerranée et les ports de la mer Noire et du Danube parmi lesquels Brăila. Ils  possèdent encore les paquebots Themistocle puis Alexandre Ier qui relieront Constanţa à New York via le Pirée et Marseille ainsi que d’autres bateaux transportant les voyageurs de Marseille jusqu’à Varna (Bulgarie) tout en desservant des ports grecs intermédiaires (Thessaloniki, Le Pirée…).
   Les affaires de la famille Embiricos vont connaître une période d’instabilité à cause de la première guerre mondiale. Elles reprendront par la suite mais les deux armateurs grecs décident de transférer en 1920 le siège de leur compagnie à Constanţa, au bord de la mer Noire. Ils s’y s’installent et y font construire un immeuble prestigieux.

L’immeuble construit à la demande des frères Embiricos à Constanţa en 1922 et surnommé « Le palais de la navigation, un joyau du patrimoine architectural de la capitale de la Dobrodgée, est aujourd’hui dans état déplorable, sources Wikimedia

   Le conflit entre la Grèce et l’Empire ottoman (1919-1922), la défaite de leur pays et ses conséquences financières entravent à nouveau les activités commerciales des frères Embiricos. La crise économique de 1929 commence à se profiler. Leur hôtel particulier de Brăila, abandonné, mal entretenu, a été vendu entretemps (1927). Il appartiendra ensuite successivement à la la Société des amis de M. Eminescu (1930), servira de dispensaire de la Caisse d’Assurance Sociale Roumaine (1937), sera occupé par des soldats de l’Armée rouge en 1944 puis abritera un hôpital et une polyclinique. En 1986, le bâtiment est confié à l’administration du Musée Carol Ier .  

Photo © Danube-culture, droits réservés

   Le Centre Culturel Nicăpetre de Brăila, strada Belvedere n°1, qui abrite désormais la collection de l’artiste roumain Nicăpetre (de son nom de famille Petre Bălănică, 1936-2008) a été inauguré le 6 décembre 2001 dans l’ancienne Maison des collections d’art (1986-2001). Il a été rénové entre 2008 et 2010 et réouvert au public le 12 novembre 2010.

   Le bâtiment aux quatre façades d’une rare élégance est entouré d’un jardin dans lequel sont également exposées des sculptures.

Photo © Danube-culture, droits réservés

   À l’intérieur, répartis sur trois étages organisés de la même manière, des salles d’exposition réparties autour d’un escalier central en marbre décoré d’un superbe vitrail art déco représentant Hermès, dieu grec du commerce. L’escalier est relié au hall d’entrée. Les combles ont été aménagés pour accueillir des expositions temporaires.

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Détail du vitrail « Art Nouveau » de l’escalier Photo © Danube-culture, droits réservés

   Un travail intéressant de dramaturgie muséal met en valeur les oeuvres du sculpteur. Elles-mêmes valorisent par leur puissance, leur expressivité et leur symbolisme les espaces architecturaux et les éléments de décoration (plafonds, frises, lucarnes, balcons et balustrades, grandes fenêtres, colonnes corinthiennes qui ne sont pas sans faire allusion au pays d’origine du commanditaire du bâtiment…) tout en contrastant avec eux. 

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Un jeu permanent d’influences multiples.
Il émane de cette rencontre, de ce dialogue et de cette alliance par delà les années entre sculpture, architecture, organisation des espaces, des perspectives, des alternance des champs de lumières et d’ombres douces et des éléments décoratifs raffinés, une atmosphère particulièrement séduisante et convaincante, une fluidité artistique équilibrée entre mouvement et repos.

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www.muzeulbrailei.ro

Eric Baude, © Danube-culture, droits réservés, avril 2019, révisé septembre 2021

Elias Canetti l’Européen des confins, Routschouk, le Danube et les loups…

À l’époque de l’enfance de l’écrivain, Routschouk (Ruse), lieu de naissance d’E. Canetti, grande ville frontière et port danubien de l’Empire ottoman, ressemble à une petite Vienne, non seulement par certains éléments de son architecture mais aussi par  aussi par la diversité de ses populations. C’est à la fois entouré par les siens et dans ce contexte multiethnique favorisé par la présence du fleuve, du port et des activités économiques, que le jeune Elias passe ses premières années d’enfance.  » Routschouk apparaît par moments, dans La langue sauvée, premier volume de l’autobiographie, comme un modèle réduit de ce que pourrait être une Babel heureuse… Le Danube, dont Canetti précise qu’il est sur toutes les conversations, n’est pas un fleuve parmi d’autres : il est le lien matériel et symbolique qui unit tous ces peuples qui coexistent dans l’espace culturellement et nationalement composite qu’est l’Europe danubienne. »1
« Routschouk, sur le Danube inférieur, où je suis venu au monde, était une ville merveilleuse pour un enfant, et si je me bornais à la situer en Bulgarie, on s’en ferait à coup sûr une idée tout à fait incomplète : des gens d’origine diverse vivaient là et l’on pouvait entendre parler sept ou huit langues différentes dans la journée.

Hormis les Bulgares, le plus souvent venus de la campagne, il y avait beaucoup de Turcs qui vivaient dans un quartier bien à eux, et, juste à côté, le quartier des séfarades espagnols, le nôtre. On rencontrait des Grecs, des Albanais, des Arméniens, des Tziganes. Les Roumains venaient de l’autre côté du Danube, ma nourrice était roumaine mais je ne m’en souviens pas. Il y avait aussi des Russes, peu nombreux il est vrai… »

« Enfant, je n’avais pas une vision d’ensemble de cette multiplicité mais j’en ressentais constamment les effets. Certains personnages sont restés gravés dans ma mémoire uniquement parce qu’ils appartenaient à des ethnies particulières, se distinguant des autres par leur tenue vestimentaire.

Membres de la communauté juive de Routschouk/Ruse

Parmi les domestiques qui travaillèrent à la maison pendant ces six années, il y eut une fois un Tcherkesse et, plus tard, un Arménien. La meilleure amie de ma mère était une Russe nommée Olga. Une fois par semaine, des Tziganes s’installaient dans notre cour ; toute une tribu, me semblait-il, tellement ils étaient nombreux, mais il sera encore question, ultérieurement, des terreurs qu’ils m’inspirèrent… »

Le Danube gelé…
« Certaines années, le Danube était complètement gelé en hiver. Dans sa jeunesse, ma mère était souvent allé en Roumanie en traineau et me montrait volontiers les chaudes fourrures dont elle s’emmitouflait alors. Quand il faisait très froid, les loups descendaient des montagnes, poussés par la faim, et s’attaquaient aux chevaux qui tiraient les traineaux. Le cocher s’efforçait de les chasser à coups de fouet, mais cela ne servait à rien et il fallait tirer dessus pour s’en débarrasser… Ma mère revoyait les langues rouges des loups. Les loups, elle les avait vu de si près qu’elle en rêvait encore bien des années plus tard… »
Elias Canetti, La langue sauvée, Histoire d’une jeunesse (1905-1921)

Sur le Danube…
   « Le bateau était plein, les gens ne se comptaient plus sur le pont, assis ou couchés, c’était un vrai plaisir de se faufiler d’un groupe à l’autre et de les écouter. Il y avait des étudiants bulgares qui retournaient chez eux pour les vacances, mais aussi des gens ayant déjà une activité professionnelle, un groupe de médecins qui avaient rafraîchi leurs connaissances en « Europe… »

« Ce fut un voyage merveilleux, je vis infiniment de monde et je parlais beaucoup. Un groupe de savants allemands examinait les formations géologiques des Portes-de-Fer et en discutais avec des expressions que je ne comprenais pas. Un historien américain essayait d’expliquer à sa famille les campagnes militaires de Trajan. Il était en route pour Byzance, objet véritable de sa recherche, et ne trouvait que l’oreille de sa femme, ses deux filles, fort jolies, préférant parler avec des étudiants. Nous nous aimes un peu, parlant anglais, elles se plaignaient de leur père qui ne vivait que dans le passé… »
Elias Canetti, Histoire d’une vie, Le flambeau dans l’oreille (1921-1931)

Elias Canetti

Deux frères d’Elias, nés à Roustchouk, le producteur musical Nissim-Jacques Canetti (1909-1997) et le biologiste Georges Canetti (1911-1971) choisiront d’émigrer en France. Jacques arrivé en France en 1926, ouvre des cabarets à Alger puis à Paris, découvre Jacques Brel en 1954 et apportera son soutien aux plus grandes stars de la chanson française de l’époque parmi lesquels Juliette Gréco, Charles Aznavour, Georges Brassens, Charles Trenet, Édith Piaf,  Claude Nougaro, Boris Vian, Henri Salvador, Serge Gainsbourg, Jacques Higelin… Son frère cadet fait une carrière de scientifique, entre à l’Institut Pasteur en 1936, cinq ans après son arrivée en France où il poursuivra des recherches en vue de guérir de la tuberculose.

Oeuvres autobiographiques d’Elias Canetti :
La langue sauvée (1905-1921), Histoire d’une jeunesse, traduction de Bernard Kreiss, Albin Michel, Paris, 2005
Le flambeau dans l’oreille, Histoire d’une vie (1921-1931), traduction de Michel Demet, Albin Michel, Paris, 1982
 Jeux de regards, Histoire d’une vie, (1931-1937), traduit par Walter Weideli, Albin Michel, Paris, 1987
Les Années anglaises, publié par sa fille à titre posthume, Albin Michel, Paris, 2005

Autres oeuvres (sélection) :
Auto-da-fé, traduction de Paule Arhex, Collection du monde entier, éditions Gallimard, Paris, 1968; collection L’imaginaire, 2001
Le territoire de l’homme, traduction d’Armel Guerne, Albin Michel, Paris, 1978
Masse et puissance, traduction de Roberto Rovini,  Collection Tel, éditions Gallimard, Paris, 1986
Le Cœur secret de l’horloge, Réflexions, 1973-1985, Le Livre de Poche, Paris, 1998

Pour en savoir plus :
Jules-César Muracciole/Olivier Barrot :
Elias Canetti, documentaire, France, 2000, PB Productions, La Maison du doc, Un siècle d’écrivains
Olivier Agard, Elias Canetti, Voix allemandes, Belin, Paris, 2003 

Eric Baude © Danube-culture, 2 février 2020, mis à jour septembre 2021, droits réservés

Le Danube viennois pris par les glaces pendant l’hiver 1879-1880

Adolf Obermüllner (1833-1898) et Alexander von Bensa (1820-1902), le Danube pris par les glaces en 1880, huile sur toile (collection Wien Museum).
   Comme le montre ce tableau des peintres Adolf Obernmüllner et Alexander von Benza, les blocs de glace s’accumulèrent à la hauteur de Nußdorf, devant l’entrée amont du canal du Danube (Donaukanal), un ancien bras naturel du fleuve réaménagé à l’occasion des gigantesques travaux de régulation du fleuve (1870-1875) et dont il était possible désormais de fermer l’accès en cas de besoin par un système ingénieux de bateau-porte (Speerschiff) qui faisait partie des inventions techniques présentés lors de l’Exposition universelle de Vienne en 1875.

Le bateau-porte (Speerschiff) permettait de fermer initialement l’entrée du Canal du Danube, photo Wien Museum, droits réservés

   Le Danube est par le passé régulièrement sorti de son lit à la hauteur de la capitale autrichienne lors des dégels et de la fonte des neiges, inondant à répétition et copieusement les deux rives et en particulier les quartiers de Leopoldstadt (avec le parc du Prater en bordure du fleuve), Rossau, Erdberg, Florisdorf… La ville paie à cette époque un lourd tribut au fleuve mais les habitants tirent en même temps d’importantes contreparties économiques, alimentaires et sociales de la présence du fleuve. Les inondations de 1830 et 1862 furent particulièrement dévastatrices. Les travaux de régulation et de canalisation entrepris dans les années 1870-1875 détournèrent une grande partie du volume des eaux fluviales vers l’aval et améliorèrent nettement la situation. Les inondations commencèrent à s’espacer mais ce n’est en fait que depuis l’aménagement du nouveau Danube des années 1970-1987 que la capitale autrichienne se trouve réellement à l’abri des colères danubiennes qui ont encore frappées récemment les villes et les villages de la Wachau et de l’amont haut-autrichien et bavarois du fleuve (2002-2013).

Le Danube dans le « Dictionnaire de la conversation et de la lecture » (1832) dirigé par William Duckett

    « Ce fleuve, que les Allemands nomment Donau, n’occupe que le second rang dans l’hydrographie européenne : le Volga l’emporte sur ce rival par l’étendue de son bassin, la longueur de son cours et le volume de ses eaux. Mais, sous un autre aspect, le Danube mérite l’attention spéciale de toute l’Europe ; il semble destiné à rendre d’éminents services à plus de la moitié de cette partie du monde, au lieu que les projets qui concernent le Volga n’ont d’intérêt que pour un seul peuple.

Page de couverture du premier tome du Dictionnaire de la conversation et de la lecture de William Duckett (1832)

Le premier peut devenir européen, et le second ne peut être que russe. Mais une sorte de compensation rétablit l’égalité entre les destinées de ces fleuves ; celles du premier auront plus d’éclat lorsqu’elles seront accomplies malgré les résistances qui s’y opposeront, les embarras et les lenteurs de la diplomatie, dont le concours est nécessaire pour ouvrir cette grande voie de communication entre le Pont-Euxin1, l’Océan, la Baltique et la Méditerranée ; tout, au contraire, favorise la prompte exécution des projets pour améliorer la navigation du Volga, et le temps approche où ce fleuve sera tout ce qu’il peut être, l’un des plus grands moyens de prospérité pour le commerce de la Russie, quoiqu’il n’ait de communication qu’avec trois mers. – On a fait l’honneur à une très belle source, enfermée aujourd’hui dans la cour du château de Donaueschingen de la regarder comme l’origine du Danube, et le faible courant qui en sort porte le nom du fleuve, reçoit comme simples affluents deux rivières qui viennent s’y joindre et perdre leur nom.

Cartouche représantant Donaueschingen sur la carte du Danube de Jacob von Sandrart

Cartouche de Donaueschingen sur la carte du Danube (1683) du graveur allemand Jacob von Sandrart (1630-1798), collection privée

Ce privilège accordé à la faiblesse contre les droits de la force, si rarement contestés, remonte sans doute à une très haute antiquité; il est probable que son origine fut mythologique ; la beauté de la source et des sites qui l’environnent put faire croire que le dieu du fleuve avait choisi ce lieu pour sa demeure. Un prince de Fürstenberg2, propriétaire de ce charmant pays, eut l’ambition de se mettre à la place de ce dieu, de tenir à son tour l’urne inclinée dont les eaux vont se répandre jusque dans le Pont-Euxin ; il fit construire le château dont ce réservoir naturel et le ruisseau qu’il alimente, sont la plus intéressante décoration. – De ce point de départ jusqu’à la mer Noire, le cours développé du Danube est de plus de huit cent lieues3 ; mais la superficie de son bassin n’est pas proportionnée à l’espace parcouru. L’Elbe, l’Oder et la Vistule4 la resserrent sur la gauche ; et sur la droite, des fleuves peu considérables, mais nombreux, portent à l’Adriatique les eaux des versants dirigés vers ces mers. Ainsi, le Danube ne peut avoir des tributaires comparables à quelques-uns des affluents du Volga, tels que l’Oka et la Kama5. Ses eaux, très pures à sa source, se mêlent à celles de plusieurs courants venus des Alpes, et qui tiennent en dissolution des sels à base terreuse. Plus loin, des eaux de même amenées sur l’une et l’autre rive entretiennent les mauvaises qualités de toute la masse liquide, qui ne s’améliore point jusqu’à son entrée dans la mer Noire. Les bois se pétrifient dans ses eaux, mais très lentement, soit que la matière lapidifique6 n’y abonde pas, soit que la couche extérieure déjà pétrifiée ne laisse passer que très difficilement la matière qui doit opérer la transformation des couches ligneuses de l’intérieur. Au reste, les bonnes ou mauvaises qualités des eaux fluviales ont moins d’importance chez les peuples dont l’industrie est avancée que chez ceux qui se bornent aux productions spontanées de la nature. En nature, on peut ne considérer les fleuves par rapport à leur principale destination, que comme des voies navigables que l’art perfectionne et qu’il fait communiquer entre elles par des rivières artificielles ou par des voies de transport par terre. Le cours du Danube réclame encore d’importantes améliorations : des roches tantôt apparentes et tantôt cachées sous les eaux y rendent la navigation dangereuse en plusieurs lieux ; ce lit, encore embarrassé d’obstacles, peut être nettoyé ; les travaux qui le rendront navigable dans toutes les directions ne sont pas au-dessus des forces que chaque gouvernement peut employer à cette belle entreprise. On redoute aussi les inondations subite et excessives, surtout vers l’embouchure des affluents torrentueux, comme ceux qui descendent des Alpes dans les royaumes de Bavière et de Wurtemberg : cet inconvénient ne peut être évité, mais l’industrie peut y remédier ; il serait bien étrange que l’on fût arrêté en Europe, au dix-neuvième siècle, par des difficultés que l’indigène américain savait surmonter même avant l’invasion des Européens dans le Nouveau-Monde. On ne regardera pas non plus comme inexécutable un projet conçu sous le règne de Charlemagne7, à une époque où l’on n’avait en Europe aucune idée des canaux modernes, ni même de ceux des Chinois. Il est vrai que la jonction du Main au Danube par la Kednits et l’Altmülh8, telle que ce grand monarque l’avait conçue, vient en quelque sorte s’offrir d’elle-même à tout homme qui sait voir et qui visite ce pays. Les eaux seraient fournies avec abondance au point de partage de ce canal, et les deux rivières qui en feraient partie n’exigeraient pas des travaux trop dispendieux pour être rendues navigables. Cependant, par des motifs très louables, on préfèrera peut-être un chemin de fer à un canal qui serait plus utile, mais coûterait davantage ; on craindra que la grande entreprise de la navigation intérieure de l’Allemagne ne pèse trop fortement sur les générations qui voudront s’en charger ; le mieux, quoique bien connu, sera différé ; rejeté même, tant nous sommes accoutumés à nous contenter du médiocre ! Déjà le gouvernement autrichien a fait construire un chemin de fer entre Linz et Budweis9, en Bohême, sur la Moldau10, l’un des affluents de l’Elbe : voilà donc une première communication établie par les arts modernes entre l’Océan et le grand fleuve européen. Une navigation plus courte entre ce fleuve et le Rhin n’est certainement pas impossible, mais elle aurait à traverser la chaîne de la Forêt-Noire ; les écluses y seraient très multipliées, les frais de construction s’élèveraient beaucoup, et les barques ne pourraient passer que lentement. – Si l’on rencontre d’aussi grandes difficultés en traversant la chaîne de la Forêt-Noire, que faut-il penser d’une direction de canal tracée dans les Alpes ? On repoussera peut-être sans examen ces audacieuses conceptions ; l’engouement pour les chemins de fer domine partout ; on oublie que les canaux sont utiles de plus d’une manière, en temps de guerre comme durant la paix. Que le génie de la guerre plaide leur cause, qui est aussi la sienne; qu’il rende au moins ce service à l’humanité ; surtout, qu’il ne permette pas qu’un chemin de fer usurpe l’emplacement du canal de Charlemagne. Si les principaux affluents du Danube étaient rendus navigables, leurs inondations seraient moins à craindre, et leurs eaux pourraient être distribuées avec plus de profit pour l’agriculture. La construction des canaux ne rencontrera point d’obstacles dans la partie du bassin du fleuve au-delà de Vienne ; c’est là que les plus grandes rivières y portent leur tribut, que de grands lacs trouveront une place convenable dans un système de navigation intérieure, que les montagnes s’abaissent graduellement, que les sources sont moins élevées. En Hongrie, les canaux pourront contribuer à l’assainissement de quelques contrées actuellement insalubres ; ceux qui favorisent le commerce de Temesvar11 rendent en même temps à cette cité un service encore plus important : ils procurent l’écoulement d’eaux stagnantes, le desséchement de terrains marécageux. Un autre canal entre le Danube et la Theiss12, le plus grand affluent du fleuve, épargne plus de la moitié du temps que les bateaux auraient mis à descendre l’un des courants et à remonter l’autre, outre les difficultés de la navigation ascendante.

Le canal Bácsér ou Franzencanal, carte de J. Stenger d’après J. und G. von Kiss. (1792), collection privée

Mais les canaux de l’Autriche sont jusqu’à présent les seuls que l’on ait à citer dans le bassin du Danube : la navigation artificielle n’y a presque pas fait de progrès, et si l’invasion des chemins de fer n’est pas arrêtée dans sa marche triomphante, il est vraisemblable qu’on ne songera de long-temps à ouvrir dans ces contrées les communications que réclame le commerce intérieur de l’Europe. Ce commerce a plus besoin de canaux que les échanges entre l’Asie et l’Europe, réduits ordinairement à des objets de peu de poids et qui s’accommodent de tous les moyens de transport ; mais, pour ceux-ci même, il importe que la navigation du Danube soit facile, sûre et libre, et que plus d’un canal la prolonge jusqu’au Rhin, afin d’assurer l’économie du transport des marchandises venues en Europe par la voie de l’Océan. La consommation de ces marchandises en Europe surpassera dans tous les temps les importations de la mer Noire ; peu à peu, les Indes passent dans le Nouveau-Monde, les épiceries des Moluques prospèrent à la Guyane, le thé de la Chine ne sera plus tiré à grands frais de cette contrée si loin de nous ; l’Amérique se chargera de nous en fournir d’aussi bon, à moindre prix. C’est vers l’ouest qu’il faut diriger ses regards lorsque l’on s’occupe de la navigation du Danube. Les projets d’une aussi haute importance n’atteindraient pas leur but s’ils se conformaient à la statistique commerciale du moment. »

William DUCKETT (dir.), le Danube dans le « Dictionnaire de la conversation et de la lecture », Tome XIX, [D-Délibéra], Paris, Belin-Mandar, 1835, p. 187-189

Notes : 
1 C’est sous cet ancien nom que les Grecs de l’Antiquité désignait la mer Noire. 
2 La famille des princes de Fürstenberg est installée à Donaueschingen depuis 1723. Une des sources du Danube (une résurgence de la Brigach), située dans le parc à proximité du château, est considérée comme la source officielle du fleuve. 
3 Ancienne unité de longueur équivalent à  environ quatre kilomètres ce qui  donnerait ici au Danube une longueur de 3 200 km !
4 1094 km de longueur pour l’Elbe, 866 km pour l’Oder et 1047 km pour la Vistule
5 L’Oka (1480 km, 1600 km selon d’autres sources) est un affluent de la rive droite de la Volga, La Kama conflue avec la  » mère » Volga comme on appelle ce fleuve dans le folklore russe sur sa rive gauche après une parcours de 1805 km. Ces deux rivières sont les deux plus importants affluents de la Volga.
Pour la petite histoire Le film soviétique Volga réalisé en noir et blanc en 1938 par Grigori Aleksandrov (1903-1983) était l’oeuvre cinématographique préférée de Staline. Il a été colorisé en 2010.
6 Propre à former des pierres
7 Le rédacteur de l’article (vraisemblablement W. Duckett) fait ici allusion à la Fossa Carolina de l’empereur Charlemagne. 
8 La Chemnitz, sous-affluent de l’Elbe de 76, 5 km et l’Altmühl, affluent d’une longueur de 227 km de la rive gauche du Danube. Ses 34 derniers kilomètres ont été intégrés au canal Rhin-Main-Danube.
La Vltava (430 km), affluent de la rive droite de l’Elbe qui prend sa source dans la Šumava (Böhmer Wald), coule vers le nord, traverse Prague et la Bohême jusqu’à son confluent avec l’Elbe.
10České Budějovice en langue tchèque, capitale de la Bohême du sud. 
11 Timişoara, grande ville multiculturelle roumaine située dans le Banat roumain et capitale de cette région. Le canal de la Bega construit entre 1718 et 1723 la traverse. 
12 Nom allemand pour la Tisza (965 km), grand affluent du Danube de la rive droite originaire des Carpates qui se jette dans le fleuve sur le territoire serbe par l’intermédiaire du canal Bácsér (ou Franzenkanal en allemand) . Quelques tributs du peuple gète (Thyssagètes ?) auraient habité sur les bords de celle-ci dans l’Antiquité selon Hérodote, (sources :
Legrand Philippe-Ernest, « Hérodote, historien de la guerre scythique », in Revue des Études Anciennes, Tome 42, 1940, n°1-4. Mélanges d’études anciennes offerts à Georges Radet, sous la direction de Fernand Chapouthier, William Seston et Pierre Boyancé. pp. 219-226.
www.persee.fr/doc/rea_0035-2004_1940_num_42_1_3096

Eric Baude, © Danube-culture, août 2021, droits réservés

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