Le canal Danube-mer Noire : une construction douloureuse, une rentabilité hasardeuse

Comment ne pas se souvenir que ce canal de 95, 6 km (canal principal Cernavodǎ-Poarta Albă, longueur 64, 4 km, bras nord Poarta Albă-Midia Năvodari, longueur 31, 2 km) qui  permet à certains bateaux de mer et aux convois fluviaux d’économiser une distance d’environ 400 km pour rejoindre la mer Noire et le port de Constanţa depuis le Danube, fut creusé, aux côtés des volontaires des brigades de jeunesse, par des milliers de détenus et déportés politiques, la plupart opposants au régime communiste et représentants de minorités ethniques et religieuses. Un grand nombre d’entr’eux y trouvèrent la mort tant le projet était gigantesque, les conditions climatiques extrêmement difficiles et celles du travail et de l’hébergement inhumaines.

C’est à l’initiative de Staline, qui suggère cyniquement aux dirigeants communistes roumains de l’époque d’employer des détenus politiques, que les gigantesques travaux commencent en 1949 mobilisant environ 30 000 hommes dont un tiers de détenus. Ils se poursuivent jusqu’au printemps 1984 après avoir été partiellement suspendus entre 1955 et 1976 sous la pression internationale. Le canal, surnommé pompeusement «La magistrale bleue» est inauguré par le dictateur Nicolae Ceaušescu en présence de nombreuses délégations le 26 mai 1984. Le bras nord ne le sera qu’en 1987.

Le monument communiste officiel à la gloire des ouvriers du canal… (photo droits réservés)

Le coût de la construction du canal, le troisième ouvrage le plus long au monde après ceux de Suez et de Panama, est estimée à environ deux milliards de dollars et aura contribué à ruiner la Roumanie socialiste d’alors. Les initiateurs de ce projet espéraient aussi pouvoir dans un bel élan d’optimisme, amortir la réalisation de l’ouvrage en cinquante ans. Au regard du volume du trafic fluvial et des bénéfices annuels que génère la voie d’eau, les autorités qui gèrent le canal Danube-mer Noire calculent actuellement que l’amortissement de la construction de l’ouvrage pourrait demander six cents ans !

Jusqu’en 1990 les bateaux ne purent circuler que dans le sens mer Noire-Danube, restreignant considérablement la rentabilité du canal.

L’ouvrage qui ne comporte que deux écluses, à Cernavodǎ et Agigea, est désormais, depuis l’ouverture de la liaison fluviale Rhin-Main-Danube un maillon complémentaire essentiel du corridor fluvial paneuropéen qui relie la mer du Nord (Rotterdam) à la mer Noire (Constanţa).

Remarque : sur la rive méridionale du bras sud du canal se trouve l’excellent vignoble de Murfatlar. La culture de la vigne sur ce plateau de la Dobroudja remonte à plus de deux mille ans et à la présence des populations Daces.

Présentation du canal Danube-mer Noire (2004, en roumain sous-titré en langue anglaise)

Eric Baude pour Danube-culture, mis à jour mai 2022, © droits réservés

 https://youtu.be/2RnEoEf6sgo
Un documentaire de la télévision roumaine (TVR, 2011) avec des séquences d’archives sur l’histoire de la construction du canal

Sources :
http://www.courrierdesbalkans.fr/articles/roumanie-les-forcats-du-canal-du-danube-a-la-mer-noire.html.
Ioan Scurtu, Ionuţ Istoricul construirii canalului Dunăre – Marea Neagră, Carnet de istoric, août 2017
www.ionutcojocaru.ro  (excellent blog)
Adrian Ilie şi Claudia Ilie, Canalul Dunǎre – MareaNeagrǎ. Istoricul dezvoltǎrii, stadiile legate de acesta şi perspectivele valorificǎrii sale, Constanţa, Editura Ex Ponto, 2011

Valentin Ciorbea (coordonator), Canalul Dunǎre – Marea Neagrǎ, între istorie, actualitate şi perspective, Constanţa, Editura Ex Ponto, 2008  
Marian Cojoc, Istoria Dobrogei. Canalul Dunǎre – Marea Neagrǎ (1949-1953), Bucureşti, Editura Mica Valahie, 2001

https://ro.wikipedia.org/wiki/Canalul_Dun%C4%83re-Marea_Neagr%C4%83.

Un ambassadeur et un cartographe sur le Danube en 1779

Bateau d’apparat (Leibschiff) de l’internonce autrichien, le conseiller royal et impérial de la cour, le baron Peter Philipp Herbert Freiherr von Ratkeal (1735-1802) nommé ambassadeur plénipotentiaire à Constantinople en 1779, collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

 Le terme de « navire d’apparat » désignait autrefois des embarcations richement décorées réservées à la haute aristocratie et aux ambassadeurs importants. Empereurs, rois, princes, évêques appréciaient le confort des voyages fluviaux. Ils utilisèrent également ce mode de transport comme illustration prestigieuse de leur puissance devant leurs populations et celles des pays voisins. Ces navires d’apparat étaient accompagnés d’un convoi de plusieurs embarcations plus modestes qui faisaient office de cuisine, de transport des domestiques et des bagages ou d’autres objets. Les voyages s’effectuaient en descendant le Danube jusqu’aux villes actuelles de Belgrade ou de Ruse (aujourd’hui en Bulgarie), où les personnalités débarquaient pour continuer leur chemin par voie terrestre vers Constantinople. Les bateaux du convoi étaient pour la plupart du temps ensuite vendus comme bois de construction ou de chauffage.

Carte du Danube de Semlin à Ruszug (Ruse) de G. L. von Lauterer, collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne  

   Un des motifs récurrents de ces voyages danubiens prestigieux d’ambassadeurs ou de représentants officiels du Saint Empire romain germanique et de l’Empire des Habsbourg, était l’établissement ou l’entretien de relations diplomatiques avec la Grande Porte (Empire ottoman).Vienne s’affronta avec celui-ci sur une partie importante du moyen et du bas-Danube, sur les rives du fleuve et les territoires danubiens du centre et de l’est de l’Europe pendant près de trois siècles, trois siècles pendant lesquels guerres et fragiles traités de paix ne cessèrent d’alterner.

Détail de la carte du Danube de Semlin à Ruszug (Ruse) de G. L. von Lauterer, collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

En 1779, le capitaine Georg Ludwig von Lauterer, mandaté par le co-régent impérial Joseph II (1741-1790), réussit à bord du bateau d’apparat de l’internonce autrichien, le conseiller de la cour et baron Peter Philipp Herbert Freiherr von Ratkeal (1735-1802), nommé ambassadeur plénipotentiaire à Constantinople, l’exploit de cartographier (à l’échelle d’environ 1 : 90 000) le cours inférieur du Danube avec de nombreux détails, de Semlin jusqu’à Ruszug (Ruse) puis en 1789, de Semlin jusqu’à la mer Noire par le bras de Sulina (échelle env. 1 : 195 000. 340×117 cm)

Détail de la carte du Danube de Semlin à Ruszug (Ruse) de G. L. von Lauterer, passage des Portes-de-Fer (Demir-kapu), l’île de Neu Orsova (Ada Kaleh) et le fort Élisabeth, collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, avril 2022

Zebegény (PK 1704) dans le « coude du Danube », entre Esztergom et Visegrád

   Des sources historiques permettent de penser qu’il existait déjà un couvent bénédictin à Zebegény en 1251. Un document juridique du 26 septembre 1295, désigne ce monastère comme le « Monasterium de Zebegény ». Il est abandonné en 1453. Le tout premier site catholique était probablement la grotte dans au pied du mont du Calvaire, où la tradition veut qu’un ermite ait vécu et créé le relief de l’Assomption de Marie sur la paroi intérieure de la grotte.

La grotte du mont du Calvaire, photo droits réservés

La population du petit village qui avait commencé à se développer au Moyen Âge, est presque entièrement décimée lors des conquêtes ottomanes de la première moitié du XVIe siècle. « Des années 1520 et surtout 1540 jusqu’aux décennies 1680 et 1690,  les territoires hongrois sont les plus occidentaux tenus par les Ottomans en Europe »1. Zebegény et ses environs ne seront libérés des Turcs que vers 1685 après le siège désastreux de Vienne pour les armées de la Sublime Porte. Des  colons Allemands, des Hongrois et des Slaves (Slovaques) ne tardent pas repeupler les lieux dans la première moitié des années 1700. Les colons allemands sont catholiques et originaires de la région de Mayence (Rhénanie-Palatinat). Ils s’installent dans les années 1735 et donnent au village le nom de Sebegin. Selon l’étymologie populaire, ils se seraient en découvrant le cours et les méandres du Danube à cette hauteur « See beginnt ! » (La mer commence !). Des documents du XIXe siècle font d’ailleurs référence à Zebegény en tant que colonie germano-slovaco-hongroise.
Les travaux de la ligne de chemin de fer Budapest-Pozsony débutent dès 1846. Le tronçon entre Vác (Waitzen) et Párkány (Šturovo, aujourd’hui en Slovaquie) est ouvert au trafic en 1851. La ligne ferroviaire Budapest-Vác est ensuite reliée jusqu’à Bratislava (Presbourg) et se développe très rapidement. Le viaduc ferroviaire à sept arches de Zebegény, le deuxième plus grand viaduc de ce type en Hongrie, est construit à cette période tout comme la gare dans le style architectural de la monarchie austro-hongroise.

Viaduc de Zebegenyi

Viaduc ferroviaire de Zebegeny, photo B. Kekesi, droits réservés

Le cimetière du village, situé à l’origine à proximité de la gare doit être transféré en raison de la construction de la ligne de chemin de fer au pied de la colline du Calvaire. Sa situation, sa topographie et sa disposition originales en font l’un des plus beaux cimetières de Hongrie. Une chapelle de style à la fois oriental et néoclassique est érigée en 1853 sur cette colline. Neuf stations avec sur chacune d’entre elles une petite niche contenant une image de Jésus sur le chemin de croix viennent s’y ajouter. Une autre chapelle dédiée à Saint-Jean Népomucène plus ancienne (début du XIXe siècle) a auparavant été édifiée sur le côté nord-ouest du mont du calvaire.
La « ferme des enfants Ferencz József » fait partie des monuments patrimoniaux les plus remarquables de Zebegény. Cette « ferme à tabac » était l’une des attractions  populaires de la grandiose l’exposition du millénaire de la nation hongroise à Budapest en 1896.
Le village est presque entièrement détruit en 1899 suite à de fortes précipitations et l’accumulation de l’eau dans un fossé. Entre 1906 et 1910, on édifie l’église catholique paroissiale dédiée à la Vierge Marie-des-Neiges sur des plans de l’architecte transylvain d’origine allemande Károly Kós (1883-1977) et Béla Jánszky (1884-1945).

Notre-Dame-des-Neiges, photo droits réservés

Le peintre, dessinateur et graveur post-impressionniste István Szőnyi (1898-1968) s’établit à Zebegény en 1924 dans une ancienne ferme appartenant initialement à sa belle famille et où il mourra en 1960. Dans ces paysages parmi les plus fascinants du cours du fleuve, profondément attaché à cet environnement, à ses atmosphère poétiques, à ses perspectives, aux scènes de la vie quotidienne, à la palette infinie de ses ombres et de ses lumières tout comme le furent les impressionnistes avec la Seine, il réalise un grand nombre de ses tableaux.

István Szőnyi (1898-1968)

Une autre figure marquante de la peinture hongroise du XXe siècle, Róbert Berény (1887-1953), ancien élève de l’Académie Julian à Paris, influencé par Cézanne et le fauvisme, pionnier du cubisme et de l’expressionisme hongrois s’installe à Zebegény dix ans plus tard (1934).

Róbert Berény (1887-1953)

   C’est également dans la première moitié des années 1930 que les habitants décident d’ériger un mémorial aux accords de Trianon et à la gloire du drapeau hongrois, accords qui amputèrent la Hongrie, du côté des vaincus de la Première Guerre mondiale d’une grande partie de son territoire. Confié à l’architecte, peintre et sculpteur Géza Maróti (1875-1941) qui possédait une maison à Zebegény. Ce monument et son parc sont dédiés non seulement au drapeau hongrois mais aussi aux héros locaux morts pendant la Première Guerre mondiale. Quatre piliers de pierre entourent le mât du drapeau sur une terrasse ceint d’un mur octogonal. Le projet  initial prévoyait de placer une double croix gigantesque au sommet des quatre piliers. Ces derniers n’ont toutefois pas été achevés.

Le mémorial des accords de Trianon, monument au drapeau hongrois au sommet du mont du Calvaire, photo droits réservés

En décembre 1944, trois monitors (bateaux de guerre fluviaux) jettent l’ancre à proximité du village qu’il bombarde avec les  environs. Zebegény sera libéré par des troupes soviétiques.
Zebegény abrite, outre un certain nombres de monuments historiques, de villas de style Art Nouveau, de maisons anciennes, de caveaux de vignerons, une académie d’été des Beaux-Arts et un environnement naturel agréable et reposant avec sa plage, le belvédère Kós Károly et ses villas cossues en plus ou moins bon état, une plage avec des loisirs nautiques, de nombreux autres sites d’intérêt culturels et touristiques :

Plage de Zebegény, photo Danube-culture, © droits réservés

Le château de Dőry
L’église catholique romaine dédiée à la Vierge Marie-des-Neiges
Les chapelles et les stations du mont du Calvaire
Le sanctuaire et la grotte au pied du mont du Calvaire
Le Musée du peintre post-impressionniste István Szőnyi

Musée du peintre István Szönyi à Zebegény

La villa Maróti au-dessus du Danube (villa privée)
Le musée de l’histoire de la navigation avec les objets et les documents du capitaine Vince Farkas (musée privé).
Le parc du drapeau national et le mémorial des héros au sommet du mont du Calvaire
Le parc du Millenium
Le belvédère Kós Károly
Il existe de nombreuses possibilités d’hébergement pour toutes les bourses. 

Notes :
1 Chaline Olivier, Vajda Marie-Françoise, « La Hongrie ottomane XVIe-XVIIe siècles. Introduction », Histoire, économie & société, 2015/3 (34e année), p. 5-18. DOI : 10.3917/hes.153.0005. URL : https://www.cairn.info/revue-histoire-economie-et-societe-2015-3-page-5.htm

Georges Boulanger, musicien du delta

La famille de Georges Boulanger se consacre à la musique depuis plusieurs générations, ses membres jouant du violon, de la guitare et de la contrebasse à chaque occasion et dans toutes les fêtes et manifestations auxquelles ils se joignent.
Le jeune musicien reçoit une bourse dès l’âge de douze ans et doit partir étudier au Conservatoire de Bucarest. Trois années plus tard, alors qu’il interprète une pièce de Paganini, Leopold Auer (1845-1930), grand violoniste virtuose hongrois (il sera le dédicataire du Concerto pour violon de Tchaïkovsky qu’il refusera toutefois d’interpréter jusque peu de temps avant la mort du compositeur, l’estimant injouable…) et découvreur de jeunes virtuoses, l’écoute avec un grand intérêt. G. Boulanger l’impressionne par sa musicalité et son talent artistique. Aussi L. Auer l’emmène-t-il à Dresde pour qu’il poursuive ses études sous son autorité. Deux années plus tard (1910) son professeur estime que la formation musicale de son protégé est accomplie. G. Boulanger n’est pourtant âgé que de 17 ans. Il reçoit en cadeau de son professeur un violon avec lequel le musicien roumain jouera jusqu’à la fin de ses jours. Auer obtient aussi pour son jeune protégé un contrat de violoniste principal au  “Café Chantant”, le plus huppé des établissements de ce genre à Saint Pétersbourg, un lieu fréquenté par toute l’aristocratie de la ville. Le public russe, féru de musique légère, l’acclame et lui témoigne son admiration.
C’est sur les bords de la Neva que le musicien roumain va trouver son style original, une “musique légère” d’influences diverses, mélange subtil à la fois de musique tzigane, de musique traditionnelle des Balkans et de valses viennoises. Pendant son séjour en Russie il rencontre Ellinorr Paulson, une jeune intellectuelle estonienne, avocate et étudiante en médecine dont il tombe éperdument amoureux.

Georges Boulanger

Georges Boulanger (1893-1958)

Les grands bouleversements politiques de 1917 en Russie l’incitent à rentrer en Roumanie où il accomplit son service militaire et se consacre en parallèle à l’enseignement de la musique et à la composition. Georges Boulanger entretient pendant cette période une riche correspondance avec sa fiancée, restée chez  ses parents en Estonie. Leur passion réciproque est si forte qu’ils décident de se retrouver à Berlin vers 1922/23 et de vivre ensemble. Ellinorr Paullson devient sa femme puis la mère de ses deux enfants, Nora et Georgette. Sa fille Nora perpétuera la tradition familiale et deviendra à son tour une musicienne et compositrice reconnue.
Berlin connaît, au moment où le musicien roumain la rejoint, l’effervescence de l' »Unterhaltungsmusik » (Musique légère) et la ville foisonne de nombreux salons de danse, de cafés, d’hôtels, de cabarets où se produisent de petits orchestres avec un « Stehgeiger », violoniste qui fait la sérénade à toutes les tables de la salle. C’est encore à Berlin qu’il retrouve cette aristocratie russe en exil qui l’avait tant acclamée autrefois à Saint Pétersbourg, une aristocratie qui fréquente assidûment le restaurant Förster.
Après avoir joué pour la première fois  devant  le micro d’une radio (1926), la maison d’édition berlinoise Bote & Bock lui propose un contrat pour publier sept pièces, dont Avant de Mourir (1926), composition qui connaîtra un immense succès avec les paroles de Jimmy Kennedy sous le nom de My Prayer. Fait exceptionnel, cette oeuvre restera à partir de 1958 pendant vingt et une semaines au palmarès des radios américaines. Elle fait partie des musiques des films Les Yeux noirs, Malcom X, La grande escroquerie 2 et October Sky.
G. Boulanger est désormais inscrit sur le bottin berlinois du téléphone en tant que chef d’orchestre. Les journaux, les annonces des hôtels et les salons de musique ne cessent d’afficher “Aujourd’hui concert de G. Boulanger”. Des musiciens juifs, russes, roumains, hongrois et tziganes font partie de ses orchestres. Il est invité en Angleterre et se produit au prestigieux Savoy et au Claridge (1928). Trois ans plus tard, il effectue une tournée dans les grandes villes européennes avec son orchestre de onze musiciens. G. Boulanger enregistre pour différentes maisons de disques et arrive au sommet de sa gloire en Europe. Il restera pendant toute la seconde guerre mondiale en Allemagne et refuse partir aux États-Unis.
Il se retrouve dans le Mecklembourg en 1945, une zone occupée par l’armée Rouge. Les  Américains ayant découvert qu’il était le compositeur de My Prayer, le soustraient du secteur russe.
Ses parents et  beaux parents décédés, G. Boulanger prend la décision de partir en Amérique du Sud (1948), ayant obtenu un contrat pour jouer au Copacabana Palace Hôtel de Rio de Janeiro. Il parcourt triomphalement tout le Brésil puis accepte un premier contrat en Argentine pour Radio Belgrano. Il s’y installe et y demeure jusqu’à sa mort en 1958.
Georges Boulanger a écrit environ 250 compositions. Elles appartiennent pour  la plupart au genre de musique de salon. Leur durée n’excède pas 5/6 minutes, parfois un peu moins. Il s’agit de fox-trots, marches, tangos, one-steps et de toutes sortes de pièces pour danser. La plupart de ces oeuvres sont facilement facilement identifiables à leur titre : Au bord du lac, Le joueur de cornemuse, Fête à Budapest, Idées d’automne… Le musicien s’inspirait de tout ce qu’il entendait autour de lui comme musiques, puisant aussi dans ses humeurs du moment ou dans la musique traditionnelle des Balkans comme pour Légende roumaine, Czardas Roumaines, Rapsodie Hongroise, Danse Hongroise, Chanson et Czardas Hongroises, Intermezzo Russe.
On trouve parmi ses oeuvres les plus célèbres Avant de mourir (My prayer), Afrique, Da Capo, Vision Américaine…

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, mis à jour avril 2022

Un enregistrement :
Comme -ci, comme-ça, Hommage à Georges Boulanger
Original Salon-Ensemble Prima Carezza
Musique oblige 766, Tudor (1991)

https://youtu.be/jmW2AwUqDSI
https://youtu.be/5gJrCxctIac
https://youtu.be/eDlcqhlzDqQ

Le canal de la Sió ou en bateau du Danube au lac Balaton

Le confluent du canal de la Sió avec le Danube (PK 1497, 15), photo © Danube-culture, droits réservés

   Un premier canal fut creusé dès l’Antiquité pour drainer les marais environnants et son courant se dirigeait vers le lac. Aujourd’hui l’eau circule dans l’autre sens. La rivière sert (servait) ainsi de déversoir du lac en direction du Danube où elle conflue sur la rive droite avec celui-ci à la hauteur du PK 1497, 15.
Dans le cadre des travaux de régulation du XIXe siècle des plans furent élaborés pour maîtriser le niveau d’eau du lac Balaton avec comme objectifs la construction d’une voie navigable reliant le lac au Danube, le drainage des marécages environnants et leur transformation en terres agricoles, la sécurité du port et de la ville de Balatonfüred et la prévention des destructions causées par les inondations et la glace sur les digues de la ligne ferroviaire Budapest-Adria. C’est la construction de cette voie ferrée nécessitant la mise en place d’un système de surveillance du niveau de l’eau du lac qui eut pour conséquence l’inversion du courant de la Sió.

Le canal de la Sió et les écluses de Siófok, photo droits réservés

Une écluse à deux branches avec une porte en bois fut aménagée à la hauteur de Siófok et inaugurée le 25 octobre 1863. Celle-ci s’avéra insuffisante et une nouvelle porte la remplaça en 1891. Si le niveau de l’eau du lac dépassait une hauteur de 110 cm, les vannes d’ouverture étaient actionnées. C’est de nos jours toujours le seul canal d’évacuation de l’eau du lac Balaton.
Le canal qui quitte le lac à la hauteur de Siófok a une inclinaison moyenne de 14,5 cm/km, une longueur de 120, 8 km et une largeur de 20 à 30 mètres. La profondeur de l’eau varie entre… 0 et 8,8 m et le courant entre 0,5 et 4 km/h. Il est nécessaire de franchir deux écluses pour rejoindre le lac depuis le Danube. La première se trouve à Siófok à la hauteur du port et la deuxième à 2, 7 km du Danube. Le niveau d’eau du canal de Sio est très irrégulier. Dans la partie supérieure, il n’est significatif que lorsque la porte est ouverte à Siófok pour que face aux menaces d’inondation une partie de l’eau du lac soit drainée vers le Danube. La partie inférieure dépend principalement du niveau d’eau de son affluent le Kapos. Son entretien n’étant plus assuré depuis une trentaine d’années, envasé et envahi par la végétation, il est pour le moment malheureusement fermé à la navigation de plaisance mais représente un territoire fort apprécié par la faune et la flore. Il est toutefois possible que le canal soit remis en état dans les années à venir.
Deux rivières confluent dans le canal, le Kapos (113 km) et le Sárvíz (110 km), un ancien affluent direct du Danube qui serpentait à travers la plaine marécageuse et souvent inondée du Sárköz jusqu’à Báta, lui-même canalisé et dévié vers le canal à la hauteur de Szekszárd.

L’ancien cours du Sárvíz qui confluait autrefois directement avec le Danube sur une carte de F. L. Marsigli (1658-1730)

Sources :
István Deák: Balaton és Sió-csatorna hajózási kézikönyv / Balaton und Sió-Kanal Schifffahrtshandbuch. Budapest 2009

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, avril 2022

Le cimetière danubien des Anonymes au port d’Albern (Vienne)

Chapelle du cimetière des Anonymes, photo © Danube-culture, droits réservés

« Même les chambres de l’Hôtel du Cimetière des Anonymes évoquent une halte agréable au voyageur, des chambrettes accueillantes. L’hôtel appartient aujourd’hui à Léopoldine Piwonka1 ; le Sturm, ce petit vin nouveau2 [vin blanc], est vif et pétillant, la Stube3, a toute la discrétion de l’accueil en Autriche. C’est au cimetière des Anonymes qu’on enterre les cadavres repêchés dans le Danube ; il n’y en a pas beaucoup, on leur apporte des fleurs fraîches, et quelques-uns d’entre eux, en dépit de l’appellation du cimetière, ont un nom. Ici la mort est élémentaire, essentielle, presque fraternelle dans l’anonymat qui nous confond tous, pécheurs et fils d’Ève que nous sommes…
Claudio Magris, « Comme d’habitude Monsieur », in Danube, Éditions Gallimard, Paris, 1988

Il faut prendre le bus 76 A depuis la station de métro d’Enkplatz (U3) et après avoir descendu une pente invisible mais réelle (Albern est le plus bas des quartiers de Vienne), s’arrêter au terminus pour le rejoindre à pied dans la poussière. C’est là, au bord du fleuve et d’un bassin morose, aux portes de cet improbable environnement portuaire, aux lisières des prairies alluviales inondables de la rive droite, d’un môle bétonné et, un peu en aval, d’une « Kolonie » comme on la nomme dans le dialecte local, de cabanes de pêcheurs perchées sur leur plots, à l’ombre de quelques grands peupliers miraculeusement épargnés, qu’on découvre ce minuscule cimetière aux tombes herbues, aux croix argentées et noires fatiguées sur lesquelles veillent une petite chapelle ronde construite par les ouvriers qui édifièrent au début dans les années trente du XXe siècle des digues de protection contre les inondations. 

Albern, le Danube et le Cimetière des noyés ou des anonymes (Friedhof für Ertruckene), Spezialkarte von Österreich 1 : 75 000, Druck und Verlag : Kartographisches, früher Militärgeographisches Institut in Wien, Gradkartenblatt Zone 13 Colonne XV Section a4 (später 4757/1d). Schwechat, Kaiserebersdorf, Mannswörth, Donau bei der Lobau, 1873

Les corps des noyés et des suicidés dans le Danube venaient autrefois s’échouer dans la zone du port actuel, charriés par courant et le mouvement d’un tourbillon à proximité.
Le premier cimetière des anonymes des noyés et des suicidés est maintenant recouvert par la nature. De 1840 à 1900, 478 inconnus y ont été enterrés. La première inhumation fut celle d’une femme. Au cours des décennies suivantes, le cimetière est inondé à plusieurs reprises par le Danube. Seule une croix commémorative demeure. Un nouvel emplacement de sépulture est aménagé en 1900 de l’autre côté de la digue, à l’initiative du maire du quartier de Simmering, Albin Hirsch. 104 personnes y sont enterrés de 1900 à 1935 dont seuls 43 ont été identifiées ultérieurement. Depuis la construction du port actuel en 1939, le fleuve ne ramènent plus ses noyés ou ses suicidés sur les berges de Freudenau.
La plupart des personnes inhumées sont des suicidés ou des noyés par accident parmi lesquels plusieurs marins étrangers et un homme dont la plaque mentionne : « Noyé par la main d’un tiers ».

Cimetière des anonymes Vienne, photo © Danube-culture, droits réservés

« Et plus le Danube s’écoule, plus il y a d’histoires autour du cimetière des Anonymes et de cette cérémonie d’offrande au fleuve, plus il semble qu’il faille ne pas l’oublier. En ce sens, même le « plus triste » cimetière de Vienne apporte quelque chose de profondément réconfortant »
Joseph Fuchs

   Les modestes tombes ne sont généralement ornées que d’une croix en fer forgé ; quelques-unes portent des plaques nominatives. De l’atmosphère de ce cimetière, le plus silencieux de tous les cimetières de Vienne, émane à la fois une immense tristesse et en même temps une grande paix, surtout à la Toussaint, quand il est littéralement inondé d’un océan de fleurs et que, vers le soir, des couronnes florales éclairées avec des bougies sont déposées sur le Danube et dérivent lentement vers l’aval. Aujourd’hui, ce cimetière des sans-noms est sous la tutelle de la société portuaire et de la municipalité de Vienne. Le dernier fossoyeur, Joseph Fuchs, un homme âgé d’un dévouement infini et qui s’occupait du cimetière comme de sa propre famille, a rejoint ceux dont il prenait soin.

Joseph Fuchs (1906-1996) 

Avant de mourrir il eut encore la grande frayeur d’apprendre qu’en raison d’un projet de construction de la maison du port, on envisageait de déplacer ce petit lieu de repos dédié aux anonymes. Mais le plus petit et le plus silencieux des cimetières de la capitale viennoise a heureusement conservé sa place au bord du Danube dans le quartier industriel du « marais de la joie » (Freudenau) et sa cérémonie des morts au mois de novembre de chaque année.

Plaque commémorative à la mémoire de Josef Fuchs, photo © Danube-culture, droits réservés

À l’entrée de la chapelle de la Résurrection, érigée en 1933 en souvenir de l’élévation de la digue de protection contre les inondations, on trouve le poème suivant :

Si vous cherchez le repos et la paix
Vous, les cœurs tourmentés.
Loin du monde qui vous cherche maintenant,
Ici, il n’y a pas de douleur.
La pierre tombale vous manque,
Aucune croix ne vous appelle par votre nom,
Vous reposerez ici dans la main de Dieu.
Dans sa paix. Amen.
Et si nous nous retrouvons un jour,
Profitez du repos,
L’unique appel de la résurrection,
Ne vous oubliera pas.

   Chaque année, depuis 1918, la louable Société des pécheurs d’Albern organise au mois de novembre avec l’aide des pompiers bénévoles de Mannsworth et la famille Fuchs, « gardienne des lieux depuis plusieurs générations », une cérémonie religieuse à leur intention avec messe, dépôt de gerbe, fleurissement du cimetière, bénédiction et mise à l’eau d’un cercueil en offrande au Danube et dédié à tous les noyé(e)s. Une messe a également lieu chaque premier dimanche du mois dans la chapelle. Cette coutume remonte à un siècle, dix ans après la création du cimetière. Elle a lieu chaque année le premier dimanche après la Toussaint et réunit l’Association des pêcheurs d’Albern, les pompiers bénévoles, la société musicale de Mannswörth et un nombreux public viennois et des environs. Après les messages traditionnels, un cercueil décoré de fleurs et de nombreuses bougies, portant également une maquette de pierre tombale avec l’inscription « Aux victimes du Danube » en langues allemande, tchèque (slovaque) et hongroise, béni par le prêtre et porté par quelques-uns des membres de l’Association des pêcheurs est emmené avec un accompagnement de musique au bord du fleuve, juste en aval du port d’Albern puis transféré sur le bateau des pompiers bénévoles au son de la chanson « J’ai un camarade ». Le bateau rejoint le milieu du fleuve où le cercueil, mis à l’eau par les pompiers, est solennellement salué par des coups de fusil. Au retour vers le cimetière et pendant que le radeau sur lequel le cercueil repose, dérive vers l’aval, chacune des personnes présentes reçoit des fleurs offertes par le cercle des jardiniers de Kaiserebersdorf qu’elle dépose, après quelques derniers mots fraternels du prêtre, de la présidente de la Société des pêcheurs de Mannswörth et une brève ode funèbre de l’harmonie, sur la tombe de son choix tout en allumant des cierges.
Merci à la famille Fuchs dont plusieurs générations ont pris soin des noyé(e)s et ont entretenu ce lieu avec beaucoup de dévouement.

« Quatre jours après ces événements dramatiques qui, de par leurs conséquences immédiates et leurs effets indirects, allaient changer bien des caractères et le destin de certaines vies, quatre jours plus tard un étrange cortège funèbre remontait le Danube. Étrange le lieu d’où celui-ci était parti, une auberge isolée au bord du fleuve, étrange l’endroit vers lequel il se dirigeait. C’était vers ce cimetière auquel on avait donné le nom effrayant de « Cimetière des sans nom.
Dans ce cimetière, comme son nom l’indique, avaient été enterrés des inconnus qu’il avait été impossible d’identifier, des morts emmenés par le Danube, des cadavres gonflés d’eau qui avaient été traînés par le courant pendant des jours, des semaines ou des mois, repliés, ballotés, déformés, métamorphosés, portés par le fleuve avec miséricorde ou au contraire impitoyablement noyés dans les profondeurs, innocents et coupables, bénis ou maudits, misérables, dépravés. Pour tous, le ruissellement éternel du fleuve était déjà la révélation de l’autre monde, la grande unité de sa musique qui ne laisse percevoir que les échos de l’au-delà, l’enfer ou le paradis du Danube qui ruisselait déjà vers eux. »

Adelbert Muhr (1896-1977), « La procession fluviale », in Le fils du fleuve, un roman danubien, 1945

   Nous sommes tout près de Schwechacht sur la petite commune du grand aéroport de Vienne peut-être en passe de s’agrandir encore. La tour de contrôle émerge et toise avec arrogance les forêts alluviales et les bateaux de croisières porté par le courant d’un Danube enfin libre, fuyant la capitale autrichienne et ses quais bétonnés et monotones, longeant les dernières collines et vignobles autrichiens, Petronell-Carnuntum, Hainburg, le Braunsberg et son oppidum celtique et, sur l’autre rive, le verrou de Thèbes (Devín), au confluent de la Morava (March) vers celle qui fut, pendant deux siècles la capitale du royaume de Hongrie, Bratislava.

« Tout le cimetière est très fréquenté par les fantômes ! »
Wilhelm Gabler, fondateur de l’association viennoise des chasseurs de fantômes

C’est jour de grand vent. Au-dessus de celui-ci le manège quotidien des avions est bruyant et incessant. Le bruit vient curieusement du ciel désormais au-dessus de ces lieux de repos sauf quand les silos voisins s’agitent le balai des gros camions voilent la lumière en agitant l’épaisse couche de poussière de la chaussée qui ne mène nulle part ailleurs qu’au petit cimetière des Anonymes et à la colonie de cabanes de pêcheurs. Même ici la voie ferrée est une impasse.
Ce lieu discret  contrastant avec le Zentralfriedhof où reposent tant d’hommes célèbres et moins célèbres, avec ses lourdes et pompeuses chapelles, son entrée grandiose et sa Konditorei bien fréquentée (on ne saurait déroger à Vienne aux bonnes habitudes même les jours d’enterrement) ressemble à un dernier sanctuaire des humbles à la lisière du monde. Signe des temps, l’auberge voisine, où l’on pouvait trouver une chambre proprette ou se désaltérer sur sa terrasse à l’ombre des arbres, a fermé il y a quelques années puis a été démolie. D’elle il ne reste qu’un vague parking et des dalles de ciment délabrées.
Cet endroit n’est pas sans rappeler l’atmosphère de lieux de mémoire profanés tels certains vieux cimetières juifs d’Europe centrale que le régime communiste avait consciencieusement enseveli dans les contreforts d’infrastructures routières. Il évoque aussi le souvenir de paysages engloutis comme l’île turque d’Adah Kaleh, recouverte en 1970 par les eaux de la retenue du barrage roumano-serbe de Djerdap dans les Portes-de-Fer.

friedhof-der-namenlosen.at
https://youtu.be/SQUUHmz8lDo

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, avril 2022

Notes :
Léopoldine Piwonka est décédée le 8 mars 2016, à l’âge de 88 ans et l’auberge a été fermée puis rasée
2 jus de raisin fermenté
3 auberge

L’église Saint-Jean-Baptiste im Mauerthale (Wachau, Basse-Autriche)

   L’église est mentionnée pour la première fois en 1240 en relation avec un don de l’archevêque Eberhard von Salzbourg (1200-1246) au monastère Saint-Pierre de cette même ville. Avec les villages d’Hofarnsdorf, de Bacharnsdorf et de Mitterarnsdorf, la paroisse de Saint-Jean-Baptiste im Mauerthale forma le domaine d’Arnsdorf propriété de l’archidiocèse de Salzbourg de 860 à 1806. 

Sankt Johann im Mauerthale, pointe sèche coloriée de W. Mossman d’après William Henry Bartlett (1809-1854), en face le village de Schwallenbach

   Si un tout premier édifice religieux a été bâti dès le IXe siècle en partie sur les ruines d’une tour de guet romaine, l’église actuelle date en grande partie de la première moitié du XVe siècle.

Reste d’un mur d’une tour de guet romaine sur laquelle a été bâtie l’église saint-Jean-Baptiste, photo © Danube-culture, droits réservés

   La tour de l’église est à la base quadrangulaire avec un clocher octogonal  surmonté à son sommet d’un coq transpercé d’une flèche qui évoque une des légendes populaires du Mur du diable (Teufelsmauer) situé sur l’autre rive du Danube.

Le coq transpercé d’une flèche veille toujours sur l’église saint Jean-Baptiste im Mauerthale, photo © Danube-culture, droits réservés

   L’intérieur se compose d’une nef avec un toit plat avec sur les côtés de belles fresques murales du début du Gothique, datées d’entre le deuxième quart du XIIIe et le XVe siècle.

photo © Danube-culture, droits réservés

   La chaire en style baroque tardif est accessible de l’extérieur. Le maître-autel également baroque dans un  chœur de style gothique est d’une excellente facture.

Le maître-autel baroque et le choeur gothique, photo © Danube-culture, droits réservés

   Le tombeau présumé de Saint-Aubin (Sankt Albinus) se trouvait jusqu’en 1862 dans une niche murale dans le fonds gauche de l’église. Une statue le représente en pèlerin du début du XVIe siècle.

Saint Albin dans sa niche au fonds de l’église, photo © Danube-culture

   La fresque sur le mur extérieur du côté du Danube montrant Saint-Christophe, protecteur des voyageurs a pu être en partie conservée.

Saint-Christophe, photo © Danube-culture, droits réservés

   Juste derrière l’église se trouve un puits couvert de l’époque Baroque. Les lieux ont été, en particulier pour cette  raison et pour le culte de Saint-Albin dont l’église abritait autrefois la tombe présumée, une importante destination de pèlerinage de la fin du Moyen-Âge jusqu’au Baroque. Les innombrables et souvent superstitieux pèlerins venaient y boire l’eau bénite et prometteuse de guérison miraculeuse et les bateliers y pratiquaient aussi différentes offrandes avec des fers-à-cheval. Un autre lieu de pèlerinage, Maria Langegg, situé sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, entre l’abbaye de Göttweig et l’abbaye de Melk, voisine avec la modeste église de Saint-Jean-Baptiste im Mauerthale.  

Le puit couvert à l’arrière de l’église, photo © Danube-culture, droits réservés

L’église de Saint-Jean-Baptiste im Mauerthale se trouve désormais sur la commune de Rossatz-Arndorf.

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, mis à jour avril 2022

Sources :
Die Wachau, Niederösterreichische Kulturwege, NÖ Landesarchiv und NÖ Institut für Landeskunde, St. Pölten
Von Aggstein bis Göttweig, Dunkelsteinerwald, Niederösterreichische Kulturwege, NÖ Landesarchiv und NÖ Institut für Landeskunde, St. Pölten
www.kirchen-am-fluss.at

Austria-forum.at
www.gedaechtnisdeslandes.at

Le clocher octogonal de style gothique tardif, photo © Danube-culture, droits réservés

L’île de Wörth sur le Haut-Danube autrichien

L’île de Wörth (à gauche) et le passage du Hößgang, photo © Danube-culture, droits réservés

« Aux alentours de Rabenstein apparaît l’île de Wörth, légendaire et d’une taille imposante, à la fois sauvage et romantique, habitée par les Celtes dès le IIe siècle ap. J.-C.. Les Romains2 y édifièrent une forteresse par la suite et l’île abrita encore au Moyen-âge, la citadelle d’un chef d’une troupe de brigands. Une haute croix de pierre, dite « Croix de Wörth » se dresse au sommet de l’éperon rocheux le plus élevé de l’île.
Au niveau de l’île de Wörth le fleuve ouvre un bras secondaire et peu profond, dit de « Hößgang »3, bras longeant la rive droite et après un cours trajet venant rejoindre à l’extrémité de l’île le bras principal semé de rochers transversaux. Dans une course déchaînée, le fleuve gronde maintenant sur les écueils. Nous sommes arrivés au niveau des dangereux tourbillons de Struden, si redoutés autrefois… »
Extrait du guide de voyage « Die Donau von Passau bis zum Schwarzen Meer » , Erste K.K. Priv. Donau-Dampfschiffahrtsgesellschaft, Wien, Jahr. 1913

Vue des ruines de la forteresse de Werfenstein et de l’île de Wörth, gravure de Georg Matthäus Vischer (1628–1696) extraite de son album « Topographia Austriae superioris modernae », 1674

« Une île, formée du rocher primitif, longue environ de 250 toises (une toise = 1, 949 mètres) et large de 50, divise le fleuve en deux artères qui se réunissent avec un fracas étourdissant. Pour débarrasser cette partie du Danube des rocs contre lesquels il est incessamment en guerre, il faudrait encore de longs travaux et d’immenses dépenses.

L’île de Wörth sur une carte coloriée à la main, vers 1750 avec le sentier pour le halage des bateaux vers l’amont sur l’île ou sur la rive droite (bras de Hossgang), collection Bibliothèque d’Autriche, Vienne

Assise sur un bloc de rocher, que vous remarquez sur les premiers plans du dessin de Bartlett, une tour en ruine (la tour de Hausstein) a été longtemps l’objet des plus superstitieuses croyances. Il en sortait, disait-on, souvent à minuit, des bruits qui couvraient ceux du « Wirbel ». Elle était le théâtre de nocturnes orgies  ; des hommes masqués avec des femmes demi-nues s’y livraient, aux accords d’un orchestre infernal, au délire impudique d’une valse ardente et passionnée ; d’autres fois, un affreux cliquetis d’armes, d’horrible blasphèmes, des imprécations, des cris surhumains venaient épouvanter le marinier à son passage ; aussi la tour fut-elle appelée « La TOUR DU DIABLE ». Là, suivant une seconde tradition, vivait un moine noir qui faisant, dans les ténèbres, briller aux yeux des timoniers des clartés perfides, attirait les vaisseaux sur les écueils où ils périssaient infailliblement. Le grand Soliman délivra, enfin, la tour d’un hôte si dangereux, et le força de battre en retraite ; il alla se réfugier dans les montagnes du Harz. »
H-L. SAZÉRAC (Édition française revue par), Le Danube illustré,  H. Mandeville, Libraire-Éditeur, 42. rue Vivienne, à Paris, 1849, pp. 62-63

L’îlot de Hausstein et les « Wirbel » en 1791

   La petite île de Wörth scinde le Danube en deux bras distincts : un bras méridional en Basse-Autriche avec le « Hößgang »3 et un bras septentrional en Haute-Autriche (la frontière administrative des deux Länder suit ici le thalweg) avec ses strates rocheuses qui affleuraient autrefois dans le lit du fleuve à certains endroits au moment des basses-eaux et engendraient les fameux « Strudel » qui, avec en amont le « Schwalleck » et en aval les « Wirbel »4 ces derniers ayant laissés un mauvais souvenir à l’empereur François-Joseph de Habsbourg, formaient les passages plus redoutés des mariniers danubiens et de leurs passagers. De nombreux bateaux y firent naufrage ou y furent endommagés5.

Strudel und Wirbel der Donau, Grein, Inse Wörth 1777

Les « Strudel » en face de l’île de Wörth, les « Wirbel » et le casse-tête de la navigation dans ces passages, graphique de 1777

Les difficultés ont été peu à peu atténuées à partir de la fin la fin du XVIIe jusqu’après la deuxième moitié du XIXe siècle par des travaux de régularisation (1696-1866). Lors des travaux réalisés entre 1824 et 1866 sous l’égide du baron Florian von Pasetti (1793-1875), commissaire impérial pour la régulation, 28 000 m3 d’obstacles rocheux ont été dynamités et un ensemble de pièces de monnaies en particulier romaines ainsi que d’autres objets datant du Néolithique au Moyen-âge, ont été découverts. Les monnaies de l’époque romaine étaient les plus nombreuses. Si une partie de ces trésors proviennent bien des multiples naufrages de bateaux dans le défilé de la Strudengau, la majorité sont probablement des offrandes aux divinités fluviales telle que cette coutume se pratiquait dans l’Antiquité romaine avant la christianisation. Les passages dangereux furent enfin définitivement supprimés par la construction du barrage de la centrale d’Ybbs-Persenbeug (PK 2060, 42), construction envisagée dès les années vingt mais qui ne fut réalisée qu’entre 1954 et 1959. Le lac réservoir de la centrale hydroélectrique d’Ybbs-Persenbeug a eu pour conséquence d’entraîner en amont de celle-ci une élévation du niveau d’eau du fleuve de cinq mètres. C’est aussi en raison de ses travaux de régulation que l’île a pris la forme caractéristique qu’on lui connait aujourd’hui. Avant l’édification du barrage, lorsque le Danube connaissait une période de basses-eaux, il était possible d’accéder à pied ou en charrette à l’île depuis le hameau de Hößgang (rive droite) grâce à la présence de bancs alluvionnaires dans le lit du bras méridional. Ce bras a été également aménagé (dragué) pour la navigation suite à la construction du barrage.

Le passage des « Strudel » et l’île de Wörth  dans les années 1870, photographie d’Amand Helm  (1831-1890)

On érigea pendant le Moyen-âge au point le plus élevé de l’île (260 m), sur l’emplacement supposé d’une construction romaine, une forteresse en granit qui s’insérait avec Werfenstein (rive gauche) et d’autres constructions voisines (Hausstein, Pain, Sarmingstein…) dans un système de surveillance et d’obstruction de la navigation sur le fleuve. L’écrivain Franz Herndl raconte dans son roman « Die Trutzburg »  que cette forteresse abrita une redoutable famille de chevaliers brigands (« Schnapphahn ») qui bloquait les bateaux descendant la vallée au moyen d’une chaîne tendue au-dessus du Danube au niveau des tourbillons. Si les propriétaires des bateaux ne s’étaient pas déjà acquittés des droits de douane en amont de Grein, ils étaient incarcérés et une rançon était demandée à leur proches. La forteresse est abandonnée au début du XVIe.
En 1552 une croix, destinée à protéger les bateaux, leurs équipages et les passagers, fut dressée au sommet des ruines de la forteresse. Une légende se rattache à l’installation de la croix sur l’île.

On voit sur le dessin de Josef Eisner la rive gauche de l’île de Wörth avec la nouvelle fortification (« Hufschlag ») achevée en 1779, les Strudel (tourbillons) qu’affronte un convoi de bateaux montant vers l’amont. Le bateau de tête (« Hohenau »), est relié par des cordes à un équipage à cheval qui le tire à travers les Strudel. Les autres embarcations sont amarrées à la rive en attendant d’être remorquées à leur tour. On distingue également la présence d’une ferme sur l’île. Dessin à la plume, collection des archives de Basse-Autriche département topographique

L’île de Wörth et les « Strudel », gravure extraite du recueil de Joseph Walcher  » Nachrichten von den im Jahre 1778, 1779, 1780 und 1781 in dem Strudel der Donau zur Sicherheit der Schiffahrt vorgenommenen Arbeiten durch die kais. königl.
Navigations-Direktion an der Donau », Wien, 1781

Les travaux d’amélioration de la navigation du XVIIIe (1778-1791)6, entrepris à la demande de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche et dirigés par Joseph Walcher (1719-1803)7, Directeur de la navigation de la cour de Vienne, entrainèrent un dynamitage d’une partie des rochers sur lesquels avait été construit l’édifice. Le dessin technique réalisé en 1779 par Josef Eisner (1756-1937) témoigne de l’existence d’un « Hufschlag », une digue fortifiée qui devait permettre aux trains de bateaux tirés par des équipages vers l’amont de traverser plus facilement les tourbillons.
La présence de bâtiments (« Wörther Farmer ») qu’on discerne également sur le dessin de Josef Eisner et dont il ne reste désormais plus que des ruines et d’activités agricoles jusqu’aux grandes inondations de 1862, prouve que certaines parties de l’île ont été cultivées entre le XVIIe et cette date. Vers le milieu du XIXe siècle siècle, le duc Ernest Ier de  Saxe-Coburg et Gotha, propriétaire du château de Grein, souhaite aménager un jardin anglais sur l’île. L’île devient la propriété de la reine Victoria en 1853. À l’automne 1908, le duc Léopold Charles-Édouard de Saxe-Coburg et Gotha vend l’île pour 9000 couronnes à une entreprise de travaux publics qui veut la déboiser et y installer une cimenterie pour la construction du chemin de fer Grein – Krems. L’écrivain originaire de Grein, Franz Herndl, publie alors des articles dans la presse et plaide pour la préservation de l’île de Wörth. L’État autrichien décide alors de racheter l’île.
Au milieu de l’île se trouvent encore actuellement trois magnifiques étangs d’une superficie totale de 1, 81 hectare.

Au bord d’un étang sur l’île de Wörth, collection privée, droits réservés, 1931

En 1970 un projet touristique de construction d’un ensemble bungalows met en danger la biodiversité de l’île qui est heureusement par la suite transformée en réserve naturelle.
L’île de Wörth est accessible par le bac « Schwallenburg » réservés aux piétons et aux cyclistes depuis Grein ou Wiesen (rive droite) depuis le mois de juin jusqu’au mois de septembre. La visite se fait accompagnée d’un guide.
Du point de vue de la flore et de la faune, l’île abrite des forêts alluviales (saules et peupliers), des chênes et des épicéas, 234 espèces différentes de plantes dont certaines peu communes comme l’iris aquatique, la gentiane barbue et le cyclamen y sont endémiques. Elle héberge également de nombreux oiseaux parmi lesquels le gorge-bleue à miroir, un oiseau insectivore migrateur, des hérons cendrés, des martin-pêcheurs, des cormorans qui nichent et trouvent dans cet environnement protégé d’excellentes conditions de vie et de reproduction.

Insel Wörth Führungen (visites de l’île)
Marktstraße 16, 3323 Neustadtl/Donau
www.neustadl.at
Telefon +43 7471 2240
L’île et le hameau de Hößgang (rive droite) dépendent de la commune basse-autrichienne de Neustadl/Donau.

Sources :
Franz Herndl8 (1866-1945), Das Wörther Kreuz, 1901
Franz Herndl, Die Trutzburg, M. Altmann, Leipzig, 1908 ou 1909
Franz Herndl, Sechs Geschichten aus dem Strudengau, 1937
Karl Hohensinner, Donausagen aus dem Strudengau, Das Oberösterreichische Sagenbuch, Band 2, Eurojournal, RegionalEdition, Linz, ?
Joseph Walcher, Nachrichten von den im Jahre 1778, 1779, 1780 und 1781 in dem Strudel der Donau zur Sicherheit der Schiffahrt vorgenommenen Arbeiten durch die kais. königl.
Navigations-Direktion an der Donau
, bei Joseph  Edlen von Kurzbed, Wien, 1781
Joseph Walcher, Nachrichten von den bis auf das Jahr 1791 an dem Donau-Strudel zur Sicherheit der Schiffahrt fortgesetzten Arbeiten nebst einem Anhange von der physikalischen Beschaffenheit des Donau-Wirbels, bei Joseph Edlen von Kurzbed, kaiserl. königl. Hofbuchdrucker, Groß und Buchhändler, Wien  1791

Die Donau von Passau bis zum Schwarzen Meer« , Erste .K.K. Priv. Donau-Dampfschiffahrtsgesellschaft, Wien, Jahr. 1913 »
https://noe.orf.at/magazin/stories/3012243
https://inselwoerth.wordpress.com/impressum

Notes :
1 longueur 770 m, largeur 295 m, hauteur 260 m
2 Peut-être en lien avec la présence de la Classis Lauriacensis (unité navale) basée à Lauriacum (Enns) 

3 Hößgang : ce toponyme désigne à l’origine le chemin de halage qui longeait le Danube sur la rive méridionale entre la commune d’Ardagger et Ybbs. Il a été donné au hameau situé en face de l’île.
4 Tourbillons. Trois passages dans la Strudengau méritaient leur réputation faisant aussi les affaires des pilotes de Grein qui excellaient à naviguer entre ces récifs non sans prendre toutefois des risques :  Le Schwalleck (Schwall, Saurüssel) près de la ville de Grein, puis en 2 km aval les Strudel entre le hameau de Struden (rive gauche) et de l’île de Wörth et 1,4 km encore plus en aval les « Wirbel » entre les villages de  Struden et de Sankt Nikola/Donau.
La carte de 1777 permet de comprendre qu’à cette époque, entre l’île danubienne de Wörth et la rive nord et gauche du Danube, pas moins de 28 îlots rocheux demeuraient en travers du fleuve ainsi que cinq autres au confluent du ruisseau Gießenbach (rive gauche) ! Les huit obstacles les plus importants portaient les noms de « Maisenkugel »,  « Weite Kugel », « Bombengehäkel »,  « Dreispitz » « Wolfskugel », « Waldgehäkel » (le plus gros), « Wildrissgehäkel » et  « Das Ross ». Le « Wildrissgehäkel », le « Bombengehäkel » et le  « Waldgehäkel » étaient de redoutables obstacles sur lesquels se brisèrent de nombreux radeaux.
5 Dracholf, évêque de Freising (907-926) se noya dans les tourbillons des Strudel à l’occasion du naufrage de son bateau pendant une  croisade contre les Hongrois.
6 Les travaux commencèrent par les « Strudel » en décembre 1777. Joseph Walcher (1718-1803), Nachrichten von den im Jahre 1778, 1779, 1780 und 1781 in dem Strudel der Donau zur Sicherheit der Schiffahrt vorgenommenen Arbeiten durch die kais. königl.
Navigations-Direktion an der Donau
, Wien, bei Joseph  Edlen (?) von Kurzbed, Vienne, 1781, p. 29.
7 Mathématicien et physicien né à Linz et membre de l’ordre des Jésuites, directeur des sciences mathématiques et physiques de l’Université de Vienne. J. Walcher compte également parmi les premiers scientifiques à avoir étudié les glaciers.
8 Écrivain né à Grein et fondateur en 1915 de la  « Société de l’île de Wörth » (Insel-Wörth-Gesellschaft).

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, mis à jour avril 2022

Les affluents du Danube

Superficie du bassin versant et réseau hydrographique
La structure du bassin versant est déterminée par différents facteurs, géologiques, climatiques, morphologiques ainsi que par la densité et la typologie de la végétation.
Le Danube a un réseau conséquent d’affluents et de sous-affluents. Sur les 120 grands et moyens affluents qui le rejoignent, 34 sont (en principe) navigables sur une partie de leur cours.

Dans la partie initiale du cours du Danube (Haut-Danube, du km 2783 au km 1791) ce sont des ruisseaux et de petites rivières qui augmentent la superficie du bassin versant. Du fait de pertes (infiltrations) dans le sous-sol karstique du Jura souabe que le fleuve traverse en amont d’Ulm (Bade-Wurtemberg), le jeune Danube se voit de plus amputé ponctuellement de la moitié de son débit au profit du bassin voisin du Rhin.

Le Danube à sec en aval de la commune d’Immendingen (Bade-Wurtemberg) et de ses pertes au profit du bassin du Rhin via des infiltrations dans le sous-sol karstique du Jura souabe, photo © Danube-culture, droits réservés

De modestes affluents viennent renflouer son lit en aval, ne compensant qu’en partie ces pertes conséquentes. Après la Blau (22 km), la Brenz (52 km), la Wörnitz (132 km), l’Altmühl (227 km), rivière désormais aménagée dans ses derniers 34 kilomètres en canal (canal Rhin-Main-Danube), la Naab (197 km) et la Regen (191 km) toutes affluents de la rive gauche et sur la rive droite la Lech (256 km), l’Iller (147 km), deux affluents du Haut-Danube qui prennent leur source dans les Alpes calcaires septentrionales ainsi que la Vils (109, 9 km, rive droite), viennent confluer avec le Danube, toujours sur la rive droite, ses plus puissants affluents alpins ; l’Isar (292 km) puis le plus important d’entre eux, l’Inn (518 km) dont la magnifique confluence à Passau témoigne de son influence sur le Danube, déterminant le caractère alpin de celui-ci jusqu’à loin en aval, c’est-à-dire jusqu’à son confluent avec la Sava (rive droite), à la hauteur de Belgrade.

La confluence du Lech (256 km), affluent de la rive gauche avec le Danube, photo Danube-culture, © droits réservés

Sur son cours moyen (Moyen-Danube, du km 1791 au km 931) ce sont encore des rivières d’origine alpine l’Enns (349 km) et la Traun (153 km) qui viennent grossir le fleuve sur sa rive droite. Plus en aval, sur la rive gauche, la Morava (March 352/358 km selon les sources), en provenance des reliefs montagneux de la Moravie du Nord,  conflue avec le Danube, après avoir déterminé sur la dernière partie de son cours la frontière tchéco-slovaque puis austro-slovaque sous les ruines de la forteresse de Devín (Theben). La Váh (406 km), la plus longue rivière de Slovaquie qui rejoint le Danube à la hauteur de Komárno-Komarom (PK 1766), l’Ipel’ ou Ipoly en hongrois (232 km) et principalement la Tisza (966 km) rejoignent le Danube pendant sa traversée de la grande plaine pannonienne hongroise (Alföld).

La confluence (PK 1708, 20) de l’Ipoly (Eipel, 232 km), affluent de la rive gauche avec le Danube, photo © Danube-culture, droits réservés

Sur son cours inférieur (Bas-Danube, km 931-0), le Danube reçoit, sur la rive gauche d’importants affluents en provenance des Carpates comme l’Olt (615 km), le Siret (706 km), le Pruth (953 km) qui fait office de frontière orientale de l’Union Européenne sur une partie de son cours.
Sur la rive droite, la Sava (944 km), la Drava (Drau, 707 km) et la (Velika) Morava (185 km) contribuent considérablement à l’augmentation de son débit.

L’apport total des affluents de la rive droite sur l’ensemble du cours du Danube demeure nettement plus élevé, soit env. 66% pour la rive droite contre 33% pour la rive gauche.

Le bassin danubien : carte orographique et principales villes

En amont immédiat du confluent de l’Iller (km 2 588), la superficie du bassin danubien est de 5 384 km2. Elle passe en aval de ce confluent à 7 530 km2. En amont du confluent de l’Inn (km 2 225) la superficie du bassin est de 50 570 km2, et en aval de ce confluent, elle monte à 76 605 km2. À Orşova (Roumanie), en amont du barrage des Portes-de-Fer (km 955), elle atteint 576 000 km2.

Le Danube aménagé en lac de retenue depuis la rive serbe, en amont de l’usine hydroélectrique de Djerdap I, photo © Danube-culture, droits réservés

Le tableau ci-dessous reprend la liste des principaux affluents du Danube et quelques-unes de leurs principales caractéristiques. (Sources Commission du Danube. Les chiffres peuvent  légèrement varier avec d’autres sources.)

affluents_du_danube

sources :
www.danubecommission.org

Longueur des principaux affluents et sous-affluents du Danube

Les chiffres varient parfois en kilomètres selon les sources. La Tisza (rive gauche), fleuve navigable sur une partie de son cours, bien qu’ayant ayant été considérablement aménagée au XIXe et au XXe siècle avec des coupures de nombreux méandres et une régulation d’une partie de son cours, reste aujourd’hui avec ses 966 km1 le plus long affluent du Danube devant le Pruth (953 km) et la Sava (944 km).

La Tisza à la hauteur de Szeged (Hongrie) prise par les glaces pendant l’hiver 2017,  photo © Beroesz, droits réservés

Quant à la Sava ou Save (rive droite) avec un débit moyen de 1613 m3/s et qui se jette dans le Danube à Belgrade, elle est l’affluent dont la contribution au Danube est la plus importante, soit environ le double de la contribution de l’Inn (745 m3/s) ou de la Tisza (814 m3/s).

Confluent de la Sava avec le Danube à la hauteur de Belgrade, photo © Rémi Jouan, droits réservés

Affluents de plus de 500 km, rive gauche
Tisza, 966 km, Prout (Pruth, Прут, Prut), 953 km (Commission du Danube 967 km, 989 km selon d’autres sources), Siret, 706 km (CD 726 km), Olt, 615 km

Vallée de l’Olt près de Turnu Roşu (Roumanie), photo domaine public

Le Pruth (Prut ou Prout), dernier grand affluent du Danube de sa rive gauche et sur les rives duquel les armées russes et ottomanes se sont affrontées à plusieurs reprises, prend sa source en Ukraine dans les Carpates orientales. Il dessine désormais sur une grande partie de son cours la frontière entre la Roumanie (rive droite) et la Moldavie (rive gauche) délimitant ainsi une des frontières orientales actuelles de l’UE.

Bateaux-moulins sur le Prut (photo collection privée)

Affluents de plus de 500 km, rive droite
Sava, 944 km (CD 940 km), Drava, 707 km, Inn, 518 km (Commission du Danube : 525 km)

Les rives de la Drava (Drau,707 km) en aval d’Osijek (région de Slavonie, Croatie) à la hauteur de sa confluence (PK 1382, 50) avec le Danube sur la rive droite et du Parc National de Kopacki Rit. Les deux cours d’eaux forment à cette hauteur un véritable delta à l’intérieur des terres, photo © Danube-culture, droits réservés

Sous-affluents de plus de 500 km, rive gauche
Mureş sous-affluent via la Tisza, 761 km, Crişul Negru, sous-affluent via la Tisza, 560 km

Le Siret (706 km), quelques kilomètres en amont de sa confluence (PK 155, 05) avec le Danube sur la rivz gauche, photo © Danube-culture, droits réservés

Affluents entre 300 et 500 km, rive gauche
Váh, 406 km (CD 402 km), Ialomiţa, 417 km, Timiş, 359 km, Morava (March), 352 km (CD 329 km), Argeş, 350 km, Jiu, 331 km (CD 339 km)

La confluence (PK 1880, 26) de la Morava ou March, 352 km, affluent de la rive gauche avec le Danube en amont de Bratislava, photo © Danube-culture, droits réservés

Affluents entre 300 et 500 km, rive droite
Iskar, 368 km (CD 360 km), Enns (349 km)  

 Sous-affluents  entre 300 et 500 km, rive gauche 
Someş, sous-affluent via la Tisza, 415 km, Buzǎu, sous-affluent via le Siret, 325 km

Sous-affluents  entre 300 et 500 km, rive droite
Mur (Mura), sous-affluent via la Drava, 464 km, Drina, sous-affluent via la Sava, 346 km

La Mur ou Mura (464 km) à la hauteur de Murau (Styrie, Autriche), photo © Danube-culture, droits réservés

Affluents de moins de  300 km, rive gauche
Hron (Garam en hongrois, Gran en allemand) 298 km, Moldova, 237 km, Ipel’ (Ipoly), 232 km, Altmühl (le dernier tronçon de cette rivière a été intégré au canal Rhin-Main-Danube), 227 km Vedea, 224 km, Naab, 196, 6 km depuis la source de la Waldnaab, (97, 5 km depuis le confluent de la Waldnaab avec la Haidennaab), Regen, 190, 9 km, Kamp, 153 km, Ialpug, 142 km, Wörnitz, 132 km, Nera, 124 km, Caraş, 110 km, Mostonga ou Мостонга en serbe, 70 km 

 

Le Hron (Garam en hongrois, Gran en allemand) à la hauteur de sa confluence avec le Danube (rive gauche, PK 1716), photo © Danube-culture, droits réservés

Affluents de moins de 300 km, rive droite
Raab ou Rába, 298 km, Isar, 292 km, Enns, 254 km, Osam, 205 km, Timok, 203 km, Morava ou Velika Morava, 185 km, Leitha, 180 km, Mlava ou Млава, 160 km, Traun, 153 km, Iller, 147 km, Ogosta, 147 km, Paar, 134 km, Sió (rivière canalisée et en principe navigable reliant le lac Balaton au Danube), 121 km, Rabnitz ou Rábca, 120 km

La confluence (PK 2281, 71) de l’Isar (292 km), affluent de la rive droite du Danube,  photo © Danube-culture, droits réservés

Sous-affluents de moins de 300 km, rive gauche et rive droite
Amper, sous-affluent via l’Isar, 190 km, Západna Morava, sous-affluent via la Velika Morava, 184 km, Arieş ou Aureus, Aranyos, sous-affluent via le Mureş, 164 km, Wertach, sous-affluent via le Lech, 141 km, Uvac, sous-affluent via le Lim et la Drina, 119 km, Una, sous-affluent via l’Una et la Sava, 140, 4 km, Trotus ou Tatros sous-affluent via le Siret, 144 km, Toplica, sous-affluent via la Morava, 130 km, Teleajen, sous-affluent via la Prahova et la Ialomiţa, 113 km, Thaya, sous-affluent via la Morava tchéco-slovaque 234, 5 km, Târnava Micǎ, sous-affluent via la Târnava, le Mureş et la Tisza, 191 km, Bahlui, sous-affluent via la Jijia et le Prout, 119 km, Barcǎu, sous-affluent via le Crišul Repede et la Tisza, 163, 7 km, Bârlad, sous-affluent via le Siret, 289 km, Bega, sous-affluent via le Timiş, 254 km, Bistriţa, sous-affluent via le Siret, 290 km, Bodva, sous-affluent via le Sajó, 113 km, Bosna, sous-affluent via la Sava, 271 km, Bosut (Босут), sous-affluent via la Sava, 166 km, Brzava, sous-affluent via la Tamiş, 166 km, Čeotina, sous-affluent via la Drina, 91 km, Krasna, sous-affluent via le Prut, 193 km, Crişul Repede ou Sebes Körös, sous-affluent via la Tisza, 209 km, Dâmboviţa, sous-affluent via l’Argeş, 237 km, Dobra, sous-affluent via la Kupa et la Save, 124 km, Feistritz, sous-affluent via la Lafnitz, la Raab et le bras danubien de Moson, 115, 8 km, Gail sous-affluent via la Drava, 122, 2 km, Glina, sous-affluent via la Kupa et la Sava 100 km, Gurk, sous-affluent via la Drava, 157 km, Hornád, sous-affluent via le Sajó et la Tisza, 286 km, Ibar (Ибар), Ibër/Ibri en albanais, sous-affluent via la Morava occidentale et la (Velika) Morava, 276 km, Ier ou Eriu sous-affluent via la Barcǎ, le Kőrős et la Tisza, 120 km, Jihlava, sous-affluent via la Thaya et la Morava tchéco-slovaque, 181 km, Jijia, sous-affluent via le Prut, 287 km, Tara, sous-affluent via  la Sava, 146 km, Kolubara, sous-affluent via la Sava, 87 km, Korana, sous-affluent via la Kupa et la Save, 144 km, Krivaja, sous-affluent via la Tisza, 109 km, Kupa ou Kolpa, sous-affluent via la Sava, 296 km

La Sió, rivière canalisée et en principe navigable reliant le lac Balaton au Danube, 121 km

Laborec, sous-affluent via le Latorica, le Bodrog et la Tisza, 129 km, Lafnitz, sous-affluent via la Sulm, la Mur et la Drava, 63, 9 km, Lǎpuş, sous-affluent via le Someş et la Tisza, 119 km, Latorica ou Латориця/Latoryzja  en ukrainien, Latorca en hongrois, sous-affluent via le Bodrog et la Tisza, 188 km, Lim, sous-affluent via la Drina et la Save, 220 km, Loisach, sous-affluent via l’Isar, 113,2 km, Morava méridioniale ou Južna Morava, Јужна Морава en serbe, sous-affluent via la Velika Morava, 295 km, Nišava ou Нишава en serbo-croate, sous-affluent via la Južna Morava, 218 km, Nitra, sous-affluent via le Váh, 167 km, Ondava, sous-affluent via le Bodrog et la Tisza, 146,5 km, Ouj (Uzh), sous-affluent via le Bodrog et la Tisza, 127 km, Petit Danube ou Kis-Duna en hongrois, sous-affluent via le Váh, 128 km, Piva, sous-affluent via la Drina et la Sava, 34 km, Plazovi, rive gauche, 129 km, Prahova, sous-affluent via la Ialomiţa, 183 km, Saalach, sous-affluent via la Salzach, 106 km, Sajó, sous-affluent via la Tisza, 230 km, Salzach, sous-affluent via l’Inn, 225 km, Someşul Mare, sous-affluent via le Someş et la Tisza, env. 130 km, Spreča, sous-affluent via la Bosna et la Sava,env. 138 km, Suceava (Сучава en ukrainien), sous-affluent via le Siret, 173 km, Svratka, sous-affluent via la Thaya (Theiß) et la Morava (March),173,9 km, Târnava Mare, sous-affluent via le Mureş, 249 km 

La Bega canalisée à la hauteur de Timişoara (Banat, Roumanie), photo © Danube-culture, droits réservés

Affluents et sous-affluents entre 50 et 100 km, rive gauche et rive droite
Abens, rive droite, env. 71 km, Agrij, sous-affluent via le Someş, 55 km, Almaş, sous-affluent via le Someş, 68 km, Alz, sous-affluent via l’Inn, 68 km, Bobrůvka, sous-affluent via la Loučka, 54, 5 km, Bodrog, sous-affluent via la Tisza, 67 km, Brenz, 52 km, Cerna, 84 km, Chamb, sous-affluent via la Regen, 51 km, Cibin, sous-affluent via l’Olt, 82 km, Čik ou Čiker, sous-affluent via la Tisza, 95 km, Čik, Cricovul Sărat, sous-affluent via la Prahova, 83 km, Crni Timok, sous-affluent via le Timok, 84 km, Ðetinja, sous-affluent via la Golijska Moravica et la Zapadna Morava, 75 km, Drinjača, sous-affluent via la Drina et la Sava, 88 km, Feldaist, sous-affluent via l’Aist, 52 km, Friedberger Ach, rive droite, 100 km,  Glan, sous-affluent via la Gurk et la Drava, 64 km, Golijska Moravica, sous-affluent via la Ðetinja et la Zapadna Morava, 98 km, Göllersbach, rive gauche, 60 km, Gomjenica, sous-affluent via la Sana, l’Una et la Sava, 56,7  km, Große Mühl, rive gauche, 71 km, Großache, (se jette dans le lac bavarois du Chiemsee), 71 km, Große Laber, rive droite, 87, 5 km, Gruža, sous-affluent via la Zapadna Morava, 62 km, Güns, sous-affluent via la Raba (Raab), 72 km, Günz, rive droite, 55 km, Gurghiu, sous-affluent via le Mureş, 53 km, Ida, sous-affluent via la Bodva, 56,6 km, Ikva, sous-affluent via l’Einser Kanal, la Rabnitz (Répce) et le Mosoni-Duna, env. 60 km, Ilm, sous-affluent via l’Abens, 83, 8 km, Ilz, rive gauche, 69, 4 km,

La confluence (PK 2225, 20) de l’Inn (518 km) avec le Danube sur la rive droite à la hauteur de Passau. Le fleuve accueille juste en amont (PK PK 2225, 43) également sur sa rive gauche les eaux de lIlz (69, 4 km). Les flots des trois cours d’eau mettent plusieurs kilomètres à mélanger leurs couleurs, photo © Danube-culture, droits réservés

Innbach, rive droite, 53 km, Isel (Schwarzach), sous-affluent via la Drava, 57, 3 km, Iza, sous-affluent via la Tisza, 83 km, Jablanica, sous-affluent via la Južna Morava, 84, 5 km, Jadar (Јадар), sous-affluent via la Drina et la Sava, 75 km, Jarčina (Јарчина), sous-affluent via la Sava, 53 km, Jasenica, sous-affluent via la Velika Morava, 79 km, Jasenička reka, rive droite, 55 km, Jegrička (Јегричка), sous-affluent via la Tisza, 65 km, Jerez (Јерез), sous-affluent via la Sava, 56 km, Jerma (Јерма), sous-affluent via la Nišava et la Južna Morava, 74 km, Jevišovka, sous-affluent via la Dyje (Thaya) et la Morava, 79 km, 91, 3 km, Janja (Јања ou Modran), sous-affluent via la Drina et la Save, 53 km, Kereš, sous-affluent via la Tisza, Kőrős, sous-affluent via la Tisza, 91, 3 km, Krems, sous-affluent via la Traun, env. 60 km, Krivaja, sous-affluent via le canal Danube-Tisza-Danube, 109 km, Krka, sous-affluent via la Sava, 95 km, Kyjovka, sous-affluent via la Thaja (Dyje) et la Morava, 86 km, Lašva, sous-affluent via la Bosna et la Sava, 56, 6 km, Lauchert, rive gauche, 60, 4 km, Lavant, sous-affluent via la Drava, 72 km, Lešnica, sous-affluent via la Drina et la Sava, 72 km, Lugomir (Лугомир), sous-affluent via la Velika Morava, 47 km, Lechinţa, sous-affluent via le Mureş, 66 km, Lieser, sous-affluent via la Drava (Drau), 50 km, Mangfall, sous-affluent via l’Inn, 58 km, Mindel, rive droite, 78 (81) km, Möll, sous-affluent via la Drava, 84 km, Moravská Sázava, sous-affluent via la Morava, 54 km, Mostonga, rive gauche, 70 km, Mrežnica, 63 km, sous-affluent du Danube via la Korana, la Kupa et la Save, 63 km, Mürz, sous-affluent via la Mur (Mura) et la Drava, 98 km, Nadela, rive droite, 81 km, Niraj (Nyarád en hongrois), sous-affluent via le Mureş, 82 km, Nitrica, sous-affluent via la Nitra et le Váh, 51,4 (55) km, Odra (?), Orava, sous-affluent via le Váh, 60, 3 km, Oskava, sous-affluent via la Morava (March), 50, 3 km,  Oslava, sous-affluent via l’Oskava et la Morava (March), 19,9 km, Pârâul de Campie, sous-affluent via le Mureş et la Tisza, 59 km, Pek, rive droite, 60 km, Pielach, rive droite, 70 km,

La confluence (PK 2034) de la Pielach (70 km) avec le Danube sur la rive gauche en aval du pont de Melk (Basse-Autriche), photo © Danube- culture, droits réservés

Pinka, sous-affluent via la Raab (Raba), 94 km, Prača (Прача), sous-affluent via la Drina et la Sava, 61 km, Pram, sous-affluent via l’Inn, 56 km, Pulkau, sous-affluent via la Taya (Theiß) et la Morava (March), 52 km, Pusta reka (Пуста река) sous-affluent via la Južna Morava, 72 km, Ralja (Раља), sous-affluent via la Jezava et la (Velika) Morava, 51 km, Rasina (Расина), sous-affluent via la Zapadna Morava, 92 km, Raška (Рашка), sous-affluent via l’Ibar, 60 km, Resava (Ресава), sous-affluent via la Velika Morava, 65 km, Riß, rive droite, 50 km, Roňava, sous-affluent via le Bodrog et la Tisza, 51 km, Rokytná, sous-affluent via la Jihlava, la Svratka, la Thaya et la Morava, 88,2 km, Rußbach, rive gauche, 71 km, Rzav (Рзав) Golija, sous-affluent via la Golijska Moravica, la Zapadna Morava et la (Velika) Morava, 62 km, Rzav (Рзав) Zlatibor ou Veliki Rzav, sous-affluent via la Drina, 72 km, Sǎlaj, sous-affluent via le Someş et la Tisza, 70 km, Salza, sous-affluent via l’Enns, 88,km, Savinja, sous-affluent via la Sava, 101, 8 km, Schmida, rive gauche, 73,6 km, Schmutter, rive droite, 95,6 km km, Schwarza, sous-affluent via la Leitha, 65, 9 km, Schwarze Laber, rive gauche, 67, 2 km, Schwechat, rive droite, 62 km, Sokobanjska Moravica (Сокобањска Моравица), sous-affluent via la Južna Morava et la Velika Morava, 60, 4 km, Sotla, sous-affluent via la Sava, 90 km, Someşul mic, sous-affluent via le Dej, le Someş et la Tisza, Steyr, rive droite, sous-affluent via l’Enns, 68 (70) km, Studenica, sous-affluent via l’Ibar, la Zapadna Morava et la Velika Morava, 60 km, Sulm, sous-affluent via la Mur (Mura), 83 km, Tamnava (Тамнава), sous-affluent via la Kolubara et la Sava, 90 km, Tscheremosch (Черемош), sous-affluent via le Pruth, 80 km, Temštica, sous-affluent via la Nišava et la Južna Morava, env. 20 km, Thaya allemande, sous-affluent via la Thaya et la Morava (March), 75,8km,  Thaya morave (ou Dyje, sous-affluent via  la Thaya et La Morava, 68 km, Traisen, rive droite, 80 km,

La Traisen (80 km, Basse-Autriche), affluent de la rive droite en amont de sa confluence avec le Danube sur la rive droite (PK 1779, 1), photo © Danube-culture, droits réservés

Triesting, sous-affluent via, la Schwechacht, 62 km, Tur, sous-affluent via la Tisza, 94 km, Ub (Уб) sous-affluent via la Tamnava, 57 km, Vaser, sous-affluent via le Vişeu et la Tisza, 62 km,  Veternica, sous-affluent via la Južna Morava, 75 km, Vils, 69 km (ou 109, 9 km avec le cours de la Grande Vils), Vişeu, sous-affluent via la Tisza, 77 km, Vlasina, sous-affluent via la Južna Morava, 70 km, Vrbanja, sous-affluent via le Vrbas, 95, 4 km, Všetínská Bečva, sous-affluent via la Bečva, 58, 8 km, Waldaist, sous-affluent via l’Aist, 58, 5 km, Zaya, sous-affluent via la Morava (March), 58, 5 km, Ziller, sous-affluent via l’Inn, 56 km,  Želetavka, sous-affluent via la Thaya et la Morava, 55 km, Zusam, rive droite, 81 km, Zwettl, sous-affluent via la Kamp, 55 km

La Confluence de la Lauchert (60, 4 km) avec le jeune Danube à Sigmaringensdorf (Bade-Wurtemberg), photo droits réservés

Affluents et sous-affluents entre 30 et 50 km, rive gauche et rive droite :
Ager, 34 km, sous-affluent via la Traun, Alm, 48 km, sous-affluent via la Traun, Antiesen, 45 km, sous-affluent via l’Inn, Aschach, 35 km, Bicaz, 42 km, sous-affluent via le Siret, Bjelica, 41 km, sous-affluent via la zapadna Morava, Blata, 45 km, sous-affluent via la Morava (République tchèque), Breg, 46 km (forme le Danube lors de sa confluence avec la Brigach à Donaueschingen, considérée par les habitants de Furtwangen comme la véritable source du Danube), Březná, 31 km, sous-affluent via la moravská Sázava et la Morava, Brigach, 40 km (forme le Danube lors de sa confluence avec la Breg à Donaueschingen)

« La Breg et la Brigach mettent le Danube sur le chemin. » La confluence de la Breg et de la Brigach à Donaueschingen (Bade-Wurtemberg). C’est à partir de ce confluent que le cours d’eau porte le nom de Danube, photo © Danube-culture, droits réservés

Bukovica, sous-affluent via la Komarnica, la Piva et la Drina, 42 km,  Desná, sous-affluent via la Morava, 31 km, Dřevice (?), Fischa, rive droite, 35 km, Fojnička rijeka, sous-affluent via la Bosna et la Sava, 46 km, Gasteiner Ache, sous-affluent via la Salzach et l’Inn, 40 km, Gerlosbach, sous-affluent via la Ziller et l’Inn, 33, 5 km, Große Tulln, rive droite, 40 km, Haná, sous-affluent via la Morava, 35, 8 km, Jala, sous-affluent via la Sprečna, la Bosna et la Sava, 37 km, Jezava rive droite, 47, 5 km, Juhyně, sous-affluent via la Morava, 33, 9 km, Kamniška Bistrica, sous-affluent via la Sava, 33 km, Kleine Mühl, rive gauche, 32, 5 km, Kokra, sous-affluent via la Sava, 34 km, Komarnica, sous-affluent via la Piva et la Drina, 42 km, Libochůvka, sous-affluent via la Loučka, la Svratka, la Dyje et la Morava, 35, 9 km, Liesing, sous-affluent via la Schwechacht, 30 km, Ljubovida, sous-affluent via la Drina, 34 km, Lone, sous-affluent via l’Hürbe et la Brenz, 34 km, Luţ (?), Ložnica ou Lužnica (26, 4 km ), sous-affluent via la Vlasina, la Juzna Morava et la Velika Morava, 39 km, Mattig (55 km), sous-affluent via l’Inn,

La Lužnica (26, 4 km ), petit sous-affluent de la rive droite du Danube via la Vlasina, la Južna Morava et la Velika Morava, photo domaine public

Melk, rive droite, 36 km, Miljacka, sous-affluent via la Bosna et la Sava, 36 km, Moštěnka, sous-affluent via la Morava, 45, 6 km, Olšava, sous-affluent via la Morava, 44, 9 km, Ostrach, sous-affluent via l’Iller, 33, 1 km, Ösztaler Ache, sous-affluent via l’Inn, 42, km, Peštan, sous-affluent via la Kolubara et la Sava, 33 km, Pitze, sous-affluent via l’Inn, 40, 5 km, Piva, sous-affluent via la Drina et la Sava, 34 km, Rákos patak, rive gauche, 44 km, Rička, sous-affluent via la Litava, la Svratka, la Dyje et la Morava, 38, 9 km, Rodl, rive gauche, 42, 4 km, Rožnovská Bečva, sous-affluent via la Bečva et la Morava, 37, 6 km, Ruetz, sous-affluent via la Sill et l’Inn, 34, 7 km, Ruscova, sous-affluent via le Vişeu et la Tisza, 39 km, Sǎlǎuţa (?), Sǎsar (?), Sava Bohinjka, sous-affluent via la Sava, 41 km, Schwarzenbach, sous-affluent via l’Isar, 12, 2 km, Senice, sous-affluent via la Vsetínská Bečva et la Bečva, 32, 5 km, Sill, sous-affluent via l’Inn, 42, 2 km, Skrapež (Скрапеж), sous-affluent via la Đetinja et la Zapadna Morava, 47, 7 km, Studva, sous-affluent via le Bosut et la Sava, 37 km, Sutjeska, sous-affluent via la Drina et la sava, 36 km, Topčiderska reka (Топчидерска река), sous-affluent via la Sava, 31 km, Touria, sous-affluent via le Bodrog, l’Ouj et la Tisza, 46 km, Třebůvka, sous-affluent via la Morava, 48, 3 km, Trisanna, sous-affluent via la Sanna et l’Inn, 31, 1 km, Velička, sous-affluent via la Morava, 40, 2 km, Wien (La Wien conflue avec le Canal du Danube au centre de Vienne. Cette petite rivière qui prend sa source dans la Wienerwald a aussi donné son nom à la capitale autrichienne), 34 km, Vöckla, sous-affluent via l’Ager et la Traun, 47 km, Würm, sous-affluent via l’Amper et l’Isar, 39, 5 km

La Jezava (47, 5 km), affluent de la rive droite à hauteur de son confluent avec le Danube à Smederovo (PK 1115, 20), photo © Danube-culture, droits réservés 

Affluents et sous-affluents  de moins de 30 km, rive gauche et rive droite :
Aist, 14 km, Aranyhegyi patak, 23 km, Aitrach, 14, 9 km, Aurach, 28 km, Bära, 26, 3 km, Berninabach, 12, 9 km, Blau, 22 km, Bolečica, 12 km, Brandenberger Ache, 22 km, Brixentaler Ache, 28 km, Čermelský potok, 15 km, Despotovica, 24 km, Fuscher Ache, 28 km, Gölsen, 15 km, Gradac, 28 km, Gusen, 17, 5 km, Izra, 14, 3 km, Jezerka, 10 km, Jihlávka, 25, 7 km, Kieferbach, 24 km, Kleine Tulln, 24 km, Kötach, rive gauche 17, 9 km, Krahenbach, ?, Krumme Steyrling, 28 km, Laudach, 22 km, Mileševka, 20 km, Myslavský potok, 19, 5 km, Naarn, 27, 3 km, Obersulzbach, 16, 5 km, Obnica, 25 km, Ördög-árok, 21 km, Ova da Roseg (Rosegbach), 10 km, Pitten, 23 km, Rabnitzbach, 25, 6 km, Ranna, 13 km, Rogačica, 29 km, Spöl, 28 km, Steinerne Mühl, 24 km, Steyrling, 14 km, Stille Musel, rive gauche, 14 km, Târnava (Küküllő), 28 km,  Teichl, 29 km, Tössebach, ? ,  Tržiška Bistrica, 27 km, Turňa, 26 km, Untersulzbach, 12 km, Voldertalbach, 14, 6 km, Vomper Bach, 17 km, Vydrica, 17 km, Wattenbach, Weißenbach, 12 km, Wildschönauer Ache, 22, 2 km, Zemmbach, 29 km.

La confluence du Petit-Danube (Kis Duna) avec la Vah, photo © Szeder László, droits réservés

Eric Baude, © Danube-culture.org, mis à jour avril 2022, droits réservés

Notes :
1La Tisza (un hydronyme d’origine vraisemblablement gète ou scythe, tributs ayant peuplées le Bas-Danube pendant l’Antiquité) prend ses sources dans les Carpates orientales à l’ouest de l’Ukraine près de la petite ville de Rahkiv. Elle dessine ensuite la frontière entre l’Ukraine (rive droite) et la Roumanie (rive gauche) sur près de 300 km, entre ensuite sur le territoire de la Grande Plaine hongroise (Cisdanubie), musarde et dessine avec la complicité d’une très faible déclivité une succession de méandres dont un grand nombre furent coupés, drainés, endigués au XIXe siècle lors de travaux de régulation initiés par le comte et homme politique hongrois István Széchenyi. Ces travaux et d’autres aménagements ont considérablement réduit sa longueur initiale, autrefois de 1419 km à 966 km (976 km selon d’autres sources). Elle accueille tout au long de son cours de nombreux affluents et baigne des villes telles que Tokaj, Szolnok et Szeged. La Tisza, navigable sur une grande partie de sa longueur, conflue avec le Danube (rive gauche) en Serbie (Vojvodine) par l’intermédiaire du canal « Bacser » près du village de Stari Sanklamen au km 1214, 5. La biodiversité de cette rivière a été malheureusement à plusieurs reprises endommagée par de graves pollutions minières et industrielles.
Un excellent documentaire sur cette rivière fascinante : « A Tisza néveben » (Au nom de la Tisza) du réalisateur Dimitry Ljasuk (2021)

https://youtu.be/TLyK_aIu3fc

Sources :
STANČÍK, Andrej, JOVANOVIČ, Slavoljub et al., Hydrology of the river Danube, Hydrologie du Danube, Hydrologie der Donau, Přiroda, Bratislava, 1988

Commission du Danube
www.danubecommission.org
Commission Internationale du Bassin de la Sava
www.savacommission.org

https://fr.wikipedia.org/wiki/Danube

Le Danube, déjà bleu à  ses sources, photo © Danube-culture, droits réservés

Les projets inachevés d’un canal pour la navigation entre le Danube et la Moldau (Vltava), l’Elbe et l’Oder

Carte des voies navigables allemandes pour des bateaux de 100 tonnes et plus ainsi que les voies navigables prévues par l’Autriche de l’Elbe, l’Oder et la Vistule au Danube. Carte élaborée par Eduard Faber et publiée par l’Association pour la promotion de la navigation fluviale et des canaux en Bavière. 1903

« D’entre toutes ses entreprises, la plus utile au royaume de Bohême, à supposer qu’elle soit menée à terme, sera celle qu’il lança à la frontière bavaroise, à l’endroit où sourd la Vlatva, dont le cours passe par Prague. Des arpenteurs avaient été envoyés, afin que leurs toises établissent les possibilités d’unir le Danube à la Vltava. Il eût été possible d’acheminer des biens par voie d’eau d’Italie et d’Allemagne jusqu’à Prague. Il subsiste encore des traces de cet ouvrage, qui, bien sûr, se heurta en vain  à la résistance des contrées voisines. Elle refusaient de voir le Danube détourné à leurs dépens dans une autre direction. »
Jan Dubravius (1486-1553), Historiae Regni Boiemiae, chapitre XXII, 1552 (?)

Pendant le règne de l’empereur Rodolphe II (1552-1612), grand protecteur des sciences, des arts et des alchimistes, un ingénieur forestier, Thomas Seeauer, relève sans plus de succès le défi de la construction d’un canal. Au début du XVIIIe siècle, l’empereur Josef Ier de Habsbourg (1678-1711) commande à Lothar Vogemont, un ingénieur hydraulique d’origine vosgienne (?) une étude de faisabilité pour relier le Danube à la Moldau (Vltava) et à l’Oder par une voie fluviale navigable mais elle ne se concrétise pas non plus.

Un des nombreux projets non aboutis de communication entre le Danube, la Vltava (Moldau) et l’Elbe afin d’améliorer et d’intensifier les échanges économiques mais aussi servir en temps de guerre, a été imaginé pendant le règne de Marie-Thérèse d’Autriche (1711-1780) par le baron Albert Ferdinand Freiherr von Sterndahl (1730-1804). Celui-ci propose à l’impératrice la construction d’un canal de Budweis (Budějovice) via Welleschin, Kaplitz, Freystadt et Neumarck d’une part jusqu’à Linz et d’autre part vers la rive gauche du Danube en amont du confluent de la Naarn et de la petite ville haute-autrichienne de Grein. Ce projet ne voit pas le jour probablement pour des raisons financières et un contexte de guerres qui met à mal les finances de l’Empire d’Autriche.

Baron de Sterndhal canal Danube-Moldau 1768

CARTE GÉOGRAPHIQUE DE LA NOUVELLE COMMUNICATION ENTRE LE DANUBE & LA MOLDAU, Projettée et Faite Par Albert le Baron de Sterndahl l’année 1768, source Bibliothèque National d’Autriche, Vienne, droits réservés

   Un nouveau projet du directeur du bureau de la navigation de Vienne, le scientifique et jésuite Joseph Walcher (1719-1803) qui sera Directeur de la Navigation à partir de 1773 et chargé des travaux d’amélioration de la navigation dans les passages des tourbillons du Danube en Strudengau, est examiné par la « Direction des bâtiments de la navigation de Prague » mais  il est à son tour abandonné et ce pour les mêmes raisons raisons que les propositions de Lothar Vogemont et du baron Albert Ferdinand Freiherr von Sterndahl, à savoir un coût exorbitant. À la demande de la Société hydrotechnique de Bohême, Franz Josef von Gerstner (1756-1832) propose à son tour la construction en 1807 d’un canal dont les plans sont en partie inspirés du projet de Joseph Walcher.

Franz Josef von Gerstner (1756-1832)

   Mais il semble que les temps de la navigation à vapeur qui n’en était pourtant qu’à ses premiers balbutiements, étaient déjà comptés car c’est finalement, après une étude comparative des coûts, un nouveau mode de transport qui s’impose avec la construction (1827-1835) d’une ligne de chemin de fer tirée par des chevaux entre Budweis, Linz et Gmunden, chemin de fer dont un des concepteurs n’est autre que le propre fils de Franz Josef von Gerstner, Franz Anton von Gerstner (1796-1840), un ingénieur originaire de Prague1. Ce sera donc un chemin de fer hippomobile, le premier en Europe centrale et le deuxième du continent européen après celui de Saint-Étienne à Andrézieux.

François Ier d’Autriche et sa femme à l’occasion de l’inauguration du chemin de fer hippomobile Linz–Budweis (1832), sources Wikipedia, domaine public

Dans un projet ultérieur entièrement élaboré par l’ingénieur J. Deutsch en 1878, le canal quittait la Vltava près de Budweis et rejoignait le Danube en amont de Vienne près du port de Korneuburg. Le canal d’au moins 2,1 m de profondeur, du Danube à Budweis mesurait 222 km de long et la partie de la Vltava à canaliser jusqu’à son confluent avec l’Elbe à Melnik, 462 km. Pas moins de 62 écluses étaient prévues sur la Vltava dont 55 jusqu’au seuil qui devait être surmonté à une hauteur de 551 m par le moyen d’un chenal de 76 km, de Gmünd à Allensteig puis conduire à Korneuburg avec encore 130 écluses à franchir. Plusieurs autres propositions ont repris ce plan et l’ont amélioré mais sans rien y ajouter fondamentalement de nouveau. La bonne compétitivité avec le chemin de fer déjà existant était essentielle. Le fret fluvial, constitué principalement de matières premières, devait compenser l’avantage de la vitesse du train par la quantité transportée sur l’eau et son faible coût économique. Fait intéressant, l’accent n’était pas mis sur les coûts globaux de construction du canal mais uniquement sur celui du fonctionnement…

Quand le développement des voies fluviales sont des outils de propagande au service de l’économie de l’Allemagne, « Le canal Elbe-Moldau-Danube en tant que voie de transit du commerce ouest-est, en tenant particulièrement compte des intérêts de la région de l’Elbe en Allemagne du Reich et du commerce des ports de Hambourg et de Lübeck sur l’Elbe », Berlin, 1899

D’autres projets ont continué et continuent toujours à hanter les ingénieurs hydrauliques et hommes politiques mais sans résultat concret. Il faut savoir que la Vltava n’est navigable en amont de son confluent avec l’Elbe que jusqu’à la centrale hydroélectrique de Štěchovice, à une petite vingtaine de 20 km au sud de Prague. Le tronçon entre la Vltava et le Danube, qui est essentiel pour la réalisation du  canal Danube-Vltava, n’a donc jamais dépassé le stade des études et/ou de la planification. L’idée centrale était tout d’abord de canaliser la Vltava jusqu’à Budweis (Budějovice). Pour la section de Budweis jusqu’au Danube, il y eut différentes options qui englobèrent une jonction avec le Danube de Linz jusqu’à Vienne !
La seule réalisation de canal entre le Danube et la Vltava qui se concrétisa fut une modeste voie d’eau, le « Schwemmkanal », connu aussi sous le nom de « canal de flottage Schwarzenberg », conçue par un ingénieur au service des Schwarzenberg, Joseph Rosnauer (1735-1804), un ouvrage dont les travaux commencèrent en 1789 et s’achevèrent en 1822.

Flottage du bois sur le canal Schwarzenberg, photo droits réservés

Long dans sa totalité de 52 km, traversé par 57 ponts et franchissant un tunnel de 419 m, il était uniquement destiné au transport par flottage du bois de chauffage des forêts de Bohême du sud jusqu’à la capitale autrichienne via la rivière « Grosse Mühl », un affluent du Danube et le fleuve lui-même sur lequel les troncs d’arbre étaient assemblés en radeaux. Le flottage du bois, concurrencé par d’autres modes de transport et de nouveaux itinéraires périclita au début du XXe siècle pour s’arrêter complètement en 1916 sur la partie autrichienne.  Ce petit canal alimenté par un lac de nombreux ruisseaux et rivières  franchissant la ligne de partage des eaux entre les bassins de l’Elbe et du Danube près de la Colline des roses (939 m), unissait la mer du Nord à la mer Noire. Sa restauration récente comme monument historique sur le tronçon tchèque a été complétée par l’aménagement d’une piste cyclable.

Cartouche (AVERTISSEMENT) de la CARTE GÉOGRAPHIQUE DE LA NOUVELLE COMMUNICATION ENTRE LE DANUBE & LA MOLDAU, Projettée et Faite Par Albert le Baron de Sterndahl l’année 1768, source Bibliothèque National d’Autriche, Vienne, droits réservés    

« Après avoir eu l’honneur de Présenter à Leurs Majestés Impériales l’année 1762 un Plan par lequel j’ai démontré la Facilité les les moyens de rendre Navigable la Moldau et l’Elbe. Je me me suis fait l’obligation d’en ajouter un autre pour introduire une meilleure Construction des Bateaux et Navires, lesquels plus Exactement Construits Selon les Principes et Règles de l’art, pourront Franchir avec plus de Sureté et Vitesse les différents Fleuves et Rivières de l’État, Pour y avantager le Commerce en Temps de Paix, et tous les Transports en Temps de Guerre. 
   Je dois Essentiellement Exposer ici mon Principal Dessein, que jeViens d’achever par ce Projet de la Communication du Danube avec la Moldau et l’Elbe. J’ai proposé pour l’Exécution de cette Entreprise  une bonne Chaussée d’un Canal Seulement de deux lieux de distance, en attenant qu’un Exacte Nivellement Fasse Connaître, si cette Importante Communication ne Peut s’Effectuer tout entier par un Canal : Lequel Serait d’autant plus intéressant qu’il Ferait la Jonction de Trois Mers.
   Tous ces plans ayant très Gracieusement adoptés et les ordres donnés en Conséquence pour être Exécutés, il n’est point à douter que cette Entreprise Protégée Par de si Grands et Glorieux Souverains n’ait bientôt son Essor et la Pleine Perfection qu’on peut s’en Promettre. C’est dans cette Respectueuse Confiance que je me Suis fait un devoir de Communiquer cette Carte au Public pour le mettrez à même de pouvoir Envisager  et Combiner les avantages Considérables qui en doivent résulter pour Lui. Ce motif a été et sera toujours l’unique but de mon zèle que j’ai en Consacrant mes très humbles Services à L.L.M.M.J.J. mes très Gracieux Souverains de Servir en même temps le Public. Sentiment qui me Fait Espérer qu’il voudra bien agréer avec ce Plan, aussi les Raisons qui m’ont Engagés, à le Faire et de Lui le Présenter à Vienne l’an 1770.  
Gravé par Christ. Winkler à Vienna. »

Sources :
Jan Kaftan, « Gegenwärtiger Stand des Donau-Moldau-Elbe-Kanal-Projekts ». In : Verbandsschriften des dt.-österr.-ung. Verbandes für Binnenschiffahrt, Nr. 12, 1897
Jan Kaftan, Die Wasserstraße Wien-Korneuburg-Budweis, 1903
Walter Kogler (Hrsg.), Der Schwarzenbergsche Schwemmkanal, Wien, 1993
Fritz Lange, Von Böhmen nach Wien. Der Schwarzenbergische Schwemmkanal, Sutton Verlag, Erfurt, 2004
Christian Petrlík, Der Donau-Moldau-Elbe-Kanal
, Verlag des Donau-Moldau-Elbe-Kanals-Comités, 1893
Dr. Franz Siewert, Elbe-Moldau-Donau Kanal als Transitstrasse des west-östlichen Handels mit besonderer Rücksicht auf die Interessen des reichsdeutschen Elbgebietes und den Handel der Elbseehäfen Hamburg undLübeck, Berlin Siemenroth & Troschel, 1899

Carl Victor Suppan, Die Schiffbarkeit der Donau und ihrer Neben-flüsse, Berlin, 1897
Carl Victor Suppan, Wasserstraßen und Binnenschiffahrt, Verlag A. Troschel, Berlin, 1902
Wikipedia, https://defr.abcdef.wiki/wiki/Donau-Moldau-Elbe-Kanal

Eric Baude, pour Danube-culture © droits réservés, avril 2022

Retour en haut de page