L’église Saint-Jean-Baptiste im Mauerthale (Wachau, Basse-Autriche)

   L’église est mentionnée pour la première fois en 1240 en relation avec un don de l’archevêque Eberhard von Salzbourg (1200-1246) au monastère Saint-Pierre de cette même ville. Avec les villages d’Hofarnsdorf, de Bacharnsdorf et de Mitterarnsdorf, la paroisse de Saint-Jean-Baptiste im Mauerthale forma le domaine d’Arnsdorf propriété de l’archidiocèse de Salzbourg de 860 à 1806. 

Sankt Johann im Mauerthale, pointe sèche coloriée de W. Mossman d’après William Henry Bartlett (1809-1854), en face le village de Schwallenbach

   Si un tout premier édifice religieux a été bâti dès le IXe siècle en partie sur les ruines d’une tour de guet romaine, l’église actuelle date en grande partie de la première moitié du XVe siècle.

Reste d’un mur d’une tour de guet romaine sur laquelle a été bâtie l’église saint-Jean-Baptiste, photo © Danube-culture, droits réservés

   La tour de l’église est à la base quadrangulaire avec un clocher octogonal  surmonté à son sommet d’un coq transpercé d’une flèche qui évoque une des légendes populaires du Mur du diable (Teufelsmauer) situé sur l’autre rive du Danube.

Le coq transpercé d’une flèche veille toujours sur l’église saint Jean-Baptiste im Mauerthale, photo © Danube-culture, droits réservés

   L’intérieur se compose d’une nef avec un toit plat avec sur les côtés de belles fresques murales du début du Gothique, datées d’entre le deuxième quart du XIIIe et le XVe siècle.

photo © Danube-culture, droits réservés

   La chaire en style baroque tardif est accessible de l’extérieur. Le maître-autel également baroque dans un  chœur de style gothique est d’une excellente facture.

Le maître-autel baroque et le choeur gothique, photo © Danube-culture, droits réservés

   Le tombeau présumé de Saint-Aubin (Sankt Albinus) se trouvait jusqu’en 1862 dans une niche murale dans le fonds gauche de l’église. Une statue le représente en pèlerin du début du XVIe siècle.

Saint Albin dans sa niche au fonds de l’église, photo © Danube-culture

   La fresque sur le mur extérieur du côté du Danube montrant Saint-Christophe, protecteur des voyageurs a pu être en partie conservée.

Saint-Christophe, photo © Danube-culture, droits réservés

   Juste derrière l’église se trouve un puits couvert de l’époque Baroque. Les lieux ont été, en particulier pour cette  raison et pour le culte de Saint-Albin dont l’église abritait autrefois la tombe présumée, une importante destination de pèlerinage de la fin du Moyen-Âge jusqu’au Baroque. Les innombrables et souvent superstitieux pèlerins venaient y boire l’eau bénite et prometteuse de guérison miraculeuse et les bateliers y pratiquaient aussi différentes offrandes avec des fers-à-cheval. Un autre lieu de pèlerinage, Maria Langegg, situé sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, entre l’abbaye de Göttweig et l’abbaye de Melk, voisine avec la modeste église de Saint-Jean-Baptiste im Mauerthale.  

Le puit couvert à l’arrière de l’église, photo © Danube-culture, droits réservés

L’église de Saint-Jean-Baptiste im Mauerthale se trouve désormais sur la commune de Rossatz-Arndorf.

Sources :
Die Wachau, Niederösterreichische Kulturwege, NÖ Landesarchiv und NÖ Institut für Landeskunde, St. Pölten
Von Aggstein bis Göttweig, Dunkelsteinerwald, Niederösterreichische Kulturwege, NÖ Landesarchiv und NÖ Institut für Landeskunde, St. Pölten
www.kirchen-am-fluss.at

Austria-forum.at
www.gedaechtnisdeslandes.at

Le clocher octogonal de style gothique tardif, photo © Danube-culture, droits réservés

Le Danube et le métronome de Johann Nepomuk Maelzel

    Après avoir reçu une éducation musicale complète et atteint un excellent niveau comme pianiste, J. N. Maelzel déménage à Vienne en 1792 où il se lie d’amitié avec de nombreux musiciens et compositeurs de la capitale impériale parmi lesquels Ludwig van Beethoven qui s’intéresse de près à ses inventions, à ses instruments de musique mécanique et à ses étonnants automates…
   Au faîte des inventions du musicien et théoricien français Étienne Loulié (1654-1702), inventeur du chronomètre, de l’Allemand J. B. Stoeckel et du Hollandais Dietrich Nikolaus Winkel (1777-1826) auquel il rend visite et qui, selon les propos de Winkel, lui aurait dévoilé le secret de son appareil. De retour à Vienne Maelzel déposera en 1816, après avoir mis au point son propre instrument, un brevet à son nom pour l’invention du métronome. Beethoven écrit pour saluer celle-ci un petit canon humoristique à quatre voix qu’il intitule « Ta ta ta lieber Mälzel, leben Sie Wohl! Banner der Zeit, großer Metronom! » (« Ta ta ta, Cher Maelzel, Ta ta ta Vivez très bien ! Ta ta ta Découverte du siècle, Ta ta ta Grand métronome!« ), woO 162 dans lequel il parodie le rythme régulier et implacablement mécanique de l’appareil.

Métronome Maelzel, Paris 1815, Vienne collection du Kunsthistorisches Museum, Sammlung alter Musikinstrumente, photo libre de droits

   Si le métronome semble faire presque l’unanimité au moment de son invention son prestige déclinera au cours du XIXe siècle. En témoigne l’avis du chef d’orchestre Édouard Colonne en 1882 : « Le métronome est un instrument fort utile pour vous donner la moyenne du mouvement et vous empêcher de vous en écarter grossièrement. Mais quand votre sentiment n’est pas d’accord avec lui, n’hésitez pas à le mettre de côté, car votre propre sentiment, bon ou mauvais, vaudra certainement mieux que ses froides indications qui ne sont que des approximations. » (Édouard Colonne à un musicien, 22 juillet 1882, Aix-les-Bains). Le métronome ne fera pas bon ménage avec la musique romantique et ses (parfois) excès de rubato tout comme avec la valse, si chère à nos amis viennois.
   Maelzel, inventeur prodigue, construira aussi un panharmonicon, un instrument de musique automatique capable de jouer tous les différents registres d’une harmonie militaire par la mise en jeu d’un soufflet et de rouleaux mécaniques. Beethoven l’a utilisé dans sa composition « La Victoire de Wellington« , opus 91 (1813). Il rendra également hommage à Maelzel dans le second mouvement de sa huitième symphonie.

Le Panharmonicon, L’illustration 1846

   L’inventeur réalisera pour son ami musicien différents appareils acoustiques afin de l’aider à affronter sa surdité ainsi qu’un automate à trompette, une poupée parlante avec des yeux mobiles. Il rachètera au fils de Wolfgang von Kempelen (1734-1804), ingénieur à la cour impériale de Vienne, écrivain, peintre et joueur d’échec, un joueur d’échec mécanique déguisé en Turc qu’il restaurera et avec lequel il fit le tour du monde mais qui semble avoir été l’une des plus grandes supercheries de son époque. Napoléon joua contre lui en 1809 au château de Schönbrunn.
Cette histoire a inspiré à Edgard Allan Poe son récit « Le joueur d’échecs de Maelzel » (traduction de Charles Baudelaire, Histoire grotesques et sérieuses, Éditions Michel Lévy frères, Paris, 1871).

Le canon à quatre voix « Ta ta ta lieber Mälzel, leben Sie Wohl! Banner der Zeit, großer Metronom! » de L. van Beethoven :
https://youtu.be/GVHYtaKREAc

Eric Baude  pour Danube-culture, novembre 2020, © droits réservés

Dürnstein, « perle de la Wachau » et du Danube

Les lieux sont colonisés par les hommes dès la période néolithique et l’âge du bronze ainsi que de nombreuses autres places favorables des rives du Danube. Le domaine de Dürnstein est donné par le Duc de Bavière Henri IV, futur empereur du Saint Empire Germanique (1014-1024) sous le nom d’Henri II « le Saint » au couvent bénédiction bavarois de Tergensee.

Une première église paroissiale est édifiée au XIIIe siècle. Elle est consacrée à sainte Cunégonde (vers 975-1033/1039), femme de Henri II. Cette église sera en grande partie démolie en 1803. Les éléments restant, la tour et un mur de la nef forment avec le petit cimetière du XIVe siècle et les remparts un ensemble de construction médiévale entièrement préservé.

L’église Sainte Cunégonde et son contexte médiéval, photo © Danube-culture, droits réservés

   La forteresse, construite dans les années 1150 par Albero III von Kuenring (vers 1115-1182) aurait servi de prison à Richard Coeur-de-Lion. Celui-ci se serait fait surprendre, arrêter en automne 1192  près de Vienne et enfermer à Dürnstein au retour de la troisième croisade en Palestine par le duc Léopold V d’Autriche qu’il avait précédemment humilié.

La forteresse de Dürnstein où aurait été enfermé Richard-Coeur de Lion, photo © Danube-culture, droits réservés

   La légende raconte que ce serait son fidèle trouvère Blondel qui aurait retrouvé son souverain après des mois de recherches. Elle est détruite en représailles par le duc d’Autriche et de Styrie, Frédéric II de Babenberg (1211-1246) vers 1730-1731, en conflit avec Hadmar III (vers 1185-1231) et son frère Heinrich (1185-1233), surnommés « les chiens de Kuenring » qui possèdent également les forteresses voisines de Spitz et d’Aggstein sur le Danube depuis laquelle ils commentent de nombreuses exactions et rançonnent les bateaux de commerce sur le Danube en entravant la navigation fleuve à l’aide d’une lourde chaine en fer. 

   Albero V de Kuenring (vers 1215-1260), fils de Hamar III, reste malgré tout en possession de Dürnstein. Tentant de racheter le comportement de son père et de son oncle, Albero V, il y fonde une paroisse en 1240 et Leutold I (1243-1312), son fils aîné, fait don en 1289 à l’ordre des Clarisses d’un terrain au bord du fleuve pour la construction d’un couvent qui sera achevé en 1294. Fermé en 1575 au temps de la Réforme, les bâtiments seront rénovés et transformés, à la demande de Hieronymus Übelbacher (1674-1740), abbé du monastère des chanoines augustins de Dürnstein, en grenier à grain par l’architecte Jakob Prandtauer (1660-1726) en 1715-17163. Le bâtiment est ensuite vendu en 1820 puis devient la possession de la famille Thierry qui l’aménage en hôtel de luxe (1884) et dont les descendants en sont toujours les propriétaires .

L’ancienne église du couvent des Clarisses qui fut transformée en grenier à grain par l’architecte Jakob Prandtauer au début du XVIIIe siècle, photo © Danube-culture, droits réservés

Avec la mort de Leutold III, sans descendant en 1355 s’éteint la dynastie des Kuenring de Dürnstein. Dürnstein devient successivement la propriété des Seigneurs de Maissau, du duc Albrecht IV d’Autriche (1377-1404), d’Ulrich von Eitzing (1395-1460) et revient aux seigneurs de Zelking en 1609. Dürnstein a été pillée à deux reprises par les Hussites (1428 et 1432), assiégée par les armées impériales en 1458, dévastée par les troupes hongroises de Matthias Corvin en 1477 et 1485, détruite par un incendie en 1551 et occupée en 1645 pendant la guerre de trente ans par les Suédois du général Torstenson (1603-1651) qui aménage la forteresse puis la fait sauter au moment de leur repli après avoir échoué à s’emparer de Vienne. C’est à Dürnstein que l’empereur Léopold Ier de Habsbourg apprend en 1683 la fin du siège de Vienne, la défaite des Ottomans et la libération de la ville.

Le clocher de l’église paroissiale du couvent des Augustins surnommé « le doigt de Dieu », photo Danube-culture, droits réservés

   Le clocher bleu et blanc surnommé « le doigt de Dieu » de l’église paroissiale Sainte Marie de l’Assomption, oeuvre des architectes Matthias Steinl (1644-1727) et Josef Mungennast (1680-1741) datant des années 1728-1733 tourné vers le Danube comme pour protéger et encourager les bateliers d’autrefois, les nombreux pèlerins ou autres voyageurs qui se risquaient à descendre le fleuve sur des embarcations parfois difficiles à manoeuvrer, est avec l’abbaye de Melk (rive droite) emblématique de la région de Wachau. 

Détail du clocher, photo © Danube-culture, droits réservés

   L’église fait partie du monastère des chanoines augustins construit en 1410 par Otto IV von Maissau (?-1440) sur l’emplacement d’une chapelle dédiée à la Sainte Vierge, à saint Laurent et saint André (1372). Les bâtiments sont rénovés en style baroque par Jakob Prandtauer assisté de son neveu Josef Mungennast et de Matthias Steinl entre 1715 et 1733.   

La nef centrale de l’église avec dans le choeur le tabernacle en forme de globe en bois,  vraisemblablement l’oeuvre de Johann Schmidt, photo © Danube-culture, droits réservés

  L’intérieur de l’église est d’une étonnante luminosité malgré un décor chargé et tout en relief. La voute a été réalisée par l’artiste de la cour Santino Bassi, l’autel par Carl Haringer, le tabernacle en forme de globe en bois, décoré de 44 scènes de la vie de Jésus est vraisemblablement l’oeuvre de Johann Schmidt père de même que les reliefs dorés de la chaire et la plupart des autres sculptures de l’abbaye et de son église. Son fils Martin Johann Schmidt, connu sous le nom de Kremser Schmidt (Schmidt de Krems, 1718-1801) a peint les retables de Sainte Monique et Sainte Catherine des deux chapelles latérales du milieu.

Le peintre Martin Johann Schmidt dit Kremser-Schmidt (1718-1801), 1790

   La petite plaine avoisinante fut aussi le lieu d’une sévère bataille pendant la campagne napoléonienne d’Autriche de 1805. Il semblerait que ce soit le seul affrontement perdu par les armées françaises à l’occasion de celle-ci.

Plaque commémorative au centre de Dürnstein en l’honneur du courage des soldats napoléoniens, photo © Danube-culture, droits réservés, photo © Danube-culture, droits réservés

   Le Maréchal Mortier (1768-1835), maréchal d’Empire, duc de Trévise, dont les troupes sont vaillantes mais débordées par les adversaires plus nombreux de la coalition alliée austro-russe (ici les troupes russes du Maréchal Kutusov) doit s’enfuir avec quelques-uns de ses soldats à bord d’embarcations jusqu’à Krems. On peut dire que de manière générale le Danube (souvent en crue) n’a pas été l’allié de Napoléon durant ses campagnes de 1805 et 1809 mais les équipages des ponts de son armée ont fait preuve pendant les deux campagnes d’Autriche d’un savoir-faire exceptionnel. 

La vue sur le Danube depuis la terrasse de l’église paroissiale Sainte Marie, photo © Danube-culture, droits réservés

La Wachau bénéficie d’un microclimat particulièrement favorable et généreux pour certaines cultures ce que ne manque pas de signaler immanquablement tous les guides et les brochures touristiques autrichiennes et étrangères ce qui a pour effet d’attirer une foule de visiteurs de plus en plus nombreux. Les vergers d’abricotiers (Marillen) s’épanouissent particulièrement sur les rives du Danube. Quand aux vignobles vertigineusement pentus mais prodigues en grands crus, les hommes les ont fait grimper les coteaux sur la rive gauche favorablement orientée jusqu’aux lisières de la forêt.

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, 15 novembre 2020

Aux environs de Dürnstein, photo © Danube-culture, droits réservés

Sulina mon amour, meine Liebe, my love, Sulina, dragostea mea ! (Teofil Mihailescu)

Le sujet n’est pas fortuit : Sulina, notre petite tour de Babel roumaine, a un passé européen et un destin emblématique pour l’histoire de notre pays et pour le destin de l’architecture roumaine. J’ai décidé de vous parler de Sulina non seulement parce que personne ne parle plus de ce lieu sauf lorsqu’il se produit quelque chose d’inimaginable du style «un curé a mordu un chien», mais aussi parce que c’est tout simplement un lieu fascinant, une cité exemplaire pour illustrer la naissance, la vie et la mort de l’architecture, de l’urbanisme, de l’histoire.

Embouchure du bras de Sulina vers 1850. Comme on le voit sur la gravure, il existait déjà un phare construit par l’Empire ottoman en 1848

Le titre n’est pas fortuit non plus : Sulina a été entre 1856 et 1939 la ville de la Commission Européenne du Danube, une organisation internationale créée à Galaţi grâce au traité de paix qui a suivi la guerre de Crimée et qui a décidé de la neutralité de la mer Noire, la rétrocession à la Moldavie de trois judets [départements] du sud de la Bessarabie et la libre circulation de la navigation sur le Danube, sous la surveillance d’une commission internationale1. Elle a été en fait la première ville de Roumanie liée à ce qu’on peut appeler le concept européen et un lieu significatif décrit par l’écrivain Jean Bart dans son roman Europolis comme une scène de vie à mi-chemin entre le XIXe et le XXe siècles.

Sulina a été d’abord une enfant misérable du delta. Elle a grandi en toute liberté, aisément, intimement directement en lien avec la nature et à son environnement aussi longtemps qu’elle demeura un village de pêcheurs et une terre stable à l’endroit où le Danube faisait son entrée dans la mer. Elle a eu la chance de se trouver au bon endroit et au bon moment pour recevoir une éducation, acquérir la fortune et l’usage du monde, devenant une dame. Elle connut le succès et inspira confiance entre 1856 et 1939 quand elle devint la cité de la Commission Européenne du Danube.

Sulina, le grand quai du port en 1900 avec des cargos anglais en attente de chargement (de céréales), photo collection ICEM Tulcea

Le temps a passé et malheureusement la jeunesse de Sulina s’est enfuie avec lui. La deuxième guerre mondiale a bouleversé son destin. La société a changé,  le communisme est arrivé avec ses tanks venus de l’est en même temps que les vents rudes des hivers du delta. Des villes récentes, telles les cités industrielles de «l’homme nouveau», les villes-dortoirs… ont commencé à s’affirmer en se trouvant également au bon endroit et au bon moment.  Sulina s’est transformée en une vieille dame avec des valeurs qui ne correspondaient plus à celles de l’après-guerre. Les autorités du nouveau régime décidèrent de la «rééduquer» en détruisant ou en laissant à l’abandon son patrimoine architectural d’autrefois, en altérant ses structures sociales,  ses positions européennes et son avenir au profit d’un style de vie contemporain. Cette «rééducation» se concrétisa par la construction de nouveaux immeubles et l’implantation de chantiers et d’industries navals souvent liées à l’activité de la pêche.

Sulina en 1930, photo archives Commission Européenne du Danube

Les années sont passées sur Dame Sulina. Des signes de souffrance sont apparus sur son visage, son corps comme des cicatrices et des rides mais son âme  restait malgré tout jeune et vivante. Une lueur d’espoir a surgi dans ses yeux et son âme vers le crépuscule de son existence en 1989 lors des changements de société. Ces bouleversements sont brusquement apparus comme une chance et  exprimant l’espoir que Sulina puisse être enfin réhabilitée. Le changement des temps et des moeurs n’a pas engendré la concrétisation de ses espérances. De nouvelles déceptions ont commencé à ternir le moral de la ville tels l’apparition de nouveaux blocs, la destruction des identités architecturales et urbaines, le remplacement des bâtiments caractéristiques par d’autres réalisations étrangères, l’absence de véritable promotion de la petite cité portuaire, le manque d’une vision globale d’un développement durable, la pollution des voisinages. Le passé a ainsi mis cette bonne Dame Sulina, encore riche d’un potentiel touristique, de terrains et de maisons bon marché (une aubaine pour certains escrocs qui profitèrent de la naïveté des habitants), d’une interface pour les activités de pêche et de chasse dans le delta, dans une position extrêmement vulnérable, conséquence des souffrances accumulées au cours de l’histoire. Des vautours, des sociétés immobilières, des hommes d’affaires peu scrupuleux, des politiciens véreux se sont acharnés sur elle afin d’en tirer profit.… Ils l’ont harceler pour lui dérober tout ce qu’elle possédait (terrains, immeubles, position, statut…).

Sulina est aujourd’hui une dame misérable, à la fois roumaine dans le sang et européenne dans l’âme qui raconte sa vie et ses souvenirs, la gloire de sa jeunesse avec ses longues journées d’été brûlés de soleil, les interminables nuits d’hiver elles aussi brûlées non par le soleil mais par le vent d’est glacial, scrutant le monde à travers ses vieilles lunettes bulgares, dans un fauteuil français, avec un châle autour des épaules, assise sur un tabouret hongrois posé sur un tapis rose italien dans une vieille chambre au mobilier monténégrin d’une maison lipovène perdue parmi les fleurs et le ricin, buvant un café turc adouci d’un cube de sucre autrichien et d’une goutte de lait russe, dans une tasse de porcelaine grecque, avec une petite cuillère en argent arménienne et une soucoupe serbe, posées sur une table en bois peint allemande, couverte d’un napperon polonais blanc apprêté, à côté d’une carte postale albanaise, d’un bougeoir hébreu et d’un gobelet tatar en émail.

« L’Hôtel d’Administration » de la Commission Européenne du Danube construit en 1866, collection archives de la Commission Européenne du Danube

À Sulina, les habitants se sentent à l’écart et vraiment au bout du monde. D’une certaine façon c’est vrai : Sulina est à l’altitude la plus basse de Roumanie (1m 50 au dessus du niveau de la mer !). C’est le point le plus à l’Est du pays. Elle est reliée au reste du monde uniquement par des voies d’eau ou aériennes et soumise en théorie à un régime spécial de protection de la nature du fait de la création en 1993 de la réserve de Biosphère du Delta du Danube (A.R.B.B.).

Boutiques sur la rue Élisabeth avec la mosquée (aujourd’hui démolie) et le phare en arrière-plan, photo collection BAR, Bucarest

Beaucoup de visiteurs viennent à Sulina un peu par hasard, pour la plage et la mer, le camping, la pêche et pour le côté relativement sauvage et isolé des lieux. La plupart de ces touristes ne respecte ni la plage, ni la mer, ni la ville et son histoire, ni la nature du delta. Cela se voit aux tonnes de bouteilles de plastique, papiers, boîtes de conserve, poubelles jetées à chaque pas, en ville et au bord de la mer, dans les étangs et les canaux. On les trouve d’une année sur l’autre toujours en plus grand nombre. Peu d’habitants ont de la considération pour leur ville. Le fleuve est de plus en plus sale. Comment s’en étonner puisque c’est ici que se rassemblent pratiquement toutes les saletés de l’Europe emmenées par le Danube ? Le Delta a reçu le statut de réserve naturelle, mais bien trop tardivement tant pour la nature que pour Sulina elle-même.

Bien trop rares sont les habitants qui voient plus loin que la pointe de leur barque, que l’extrémité de leurs filets, de leurs lieux de pêche, que le braconnage quotidien, que les pêcheries et les promenades des pêcheurs amateurs. Bien trop rares sont ceux qui connaissent, comprennent, apprécient l’ambiance, l’histoire ou l’architecture de la ville, ceux qui en perçoivent la poésie et ne laissent pas l’atmosphère, l’histoire et l’architecture de Sulina mourir d’inanition. La ville n’est plus animée par un souffle communautaire vivant, irriguée par l’estime du passé mais seulement par une somme d’intérêts financiers, de petites ou de grandes affaires et/ou d’escroqueries.

Bien trop rares sont les visiteurs qui viennent à Sulina pour son atmosphère désuète, pour son histoire ou son architecture, à la recherche de l’âme de la ville. Ceux-là photographient des vieilles maisons ou des villas kitsch, cherchant à  retrouver quelque chose de l’authenticité du lieu mais de nombreux habitants les accusent de prendre des clichés pour leur voler leurs maisons. Ils cherchent à s’imprégner de l’esprit de la ville. Les habitants en regard de leur propre pauvreté, pensent qu’il s’agît d’une étrange perte de temps. Et c’est justement l’âme de Sulina qui tombe maintenant dans l’oubli. De ce point de vue aussi Sulina est moribonde. Ma démarche se veut comme un signal d’alarme afin que son architecture historique puisse être sauvée, que puissent préservés l’esprit du lieu et le sentiment d’appartenance à une communauté, afin que  ne meure avant même de se développer le développement durable, que ne meure la nature à l’endroit même où se trouve sur la mer Noire le seuil d’entrée en Roumanie et dans l’Union Européenne.

Pourquoi Sulina est-elle aussi intéressante ?

Jean Bart (alias Eugeniu P. Botez, 1877-1933), officier de marine, capitaine du port de Sulina et écrivain

Sulina c’est l’Europolis de l’écrivain Jean Bart (pseudonyme littéraire de l’officier de marine Eugène Botez, 1847-1933, choisi d’après le célèbre corsaire français), roman d’un amour double, d’une ville et d’une femme, oeuvre qui, au delà de l’histoire de «l’émigré américain» Nicolas Marulis, de l’officier Neagu et de la sirène noire Evantia, symbolise la cohabitation des Lipovènes, Roumains, Grecs, Polonais, Arméniens, Turcs, Tatars, Italiens, Anglais, Russes, Austro-hongrois, Albanais, Juifs, Bulgares, Allemands, Serbes, Monténégrins, et de la coexistence pacifique des mondes, orthodoxes, catholiques ou du protestantisme avec le judaïsme et l’islam.

L’ancienne maison de l’écrivain Jean Bart, photo © Danube-culture, droits réservés

Sulina a un tissu urbain original et unique en son genre : elle se découpe symboliquement sous la forme d’un quadrilatère avec un grand côté de 5, 5 km de longueur et un petit côté de seulement 500 m de largeur dont les six rues, parallèles au Danube, sont numérotées, à l’image de New York, de I à IV.

Ses caractéristiques sont intéressantes : c’est la première ville de Roumanie où l’on peut parler de concept d’Europe Unie, c’est la ville la plus à l’est de la Roumanie et de l’Union Européenne. On trouve ici le dernier poteau électrique, le dernier poteau téléphonique, l’ultime robinet d’eau potable, le dernier téléphone fixe, le dernier phare, les dernières pistes avec des barques comme ailleurs les voitures, devant la porte des maisons et l’ultime plage de sable fin à l’est du pays et de l’Union Européenne. C’est la première localité que rencontre les marins qui entrent en Roumanie et en UE et la dernière avant qu’ils ne reprennent la mer.

L’église orthodoxe roumaine Saint Nicolas, autrefois la cathédrale de Sulina et à droite l’église orthodoxe roumaine, photo © Danube-culture, droits réservés

Cette petite ville isolée, remarquable pour son patrimoine architectural, témoignage vivant de l’histoire des deux derniers siècles possède cinq églises ! Presque toutes sont consacrées à Saint-Nicolas, protecteur des marins : l’église roumaine orthodoxe Saint-Nicolas, lieu où différentes ethnies se rassemblaient pour prier et se recueillir, a été construite en 1866, à côté d’une vieille église en bois détruite ultérieurement mais restée dans les mémoires grâce à l’érection d’une croix votive placée sur le maître autel, l’église grecque Saint-Nicolas, bâtie en 1868 avec son unique et authentique ambiance, survivante oubliée, mourant peu à peu chaque jour du manque d’intérêt pour sa restauration et de nouveaux projets, l’église orthodoxe de rite ancien Saint-Pierre-et-Paul, paroisse de la communauté russo-lipovenes, construite entre 1991 et 1995 à côté d’une vieille église dont il ne reste reste que la Sainte table, l’église romano-catholique Saint-Nicolas, érigée grâce au financement de la communauté italienne de Sulina, sanctifiée en 1863, marquant sa présence discrète dans le paysage urbain environnant avec sa sobriété architecturale et son clocher à l’aspect particulier, enfin l’église Saint-Alexandre et Saint-Nicolas, actuellement cathédrale orthodoxe de Sulina et du delta. Bâtie grâce à la volonté du prêtre V. Gheorghiu, sa première pierre a été posée en 1910 en présence du roi Carol Ier et de la famille royale. C’est un extraordinaire et valeureux exemple emblématique d’architecture autochtone digne de n’importe qu’elle grande ville européenne.

L’ancien phare de la rive gauche, photo archives de la Commission Européenne du Danube

3 phares ont été construits à Sulina :
– le vieux phare, construit en 1869 au temps de la Commission Européenne du Danube [en fait érigé en 1848 à la demande de l’Empire ottoman]. Bâti à l’endroit où, au moment de sa construction, le Danube se jetait dans la mer Noire, il se trouve désormais en pleine ville, à une grande distance de l’embouchure actuelle du fleuve. Il a été transformé en musée et est provisoirement fermé en raison de sa réfection.
– le phare d’observation (rive gauche du bras de Sulina), également bâti au temps de la Commission Européenne du Danube, aujourd’hui abandonné et dont il émane une présence fantomatique dans le paysage du delta. Ce phare apparaît dans la série télévisée «Toate pînzele sus» («Toutes voiles dehors») de Mircea Mureșan, réalisée d’après le roman éponyme de Radu Tudoran (1910-1982). Une longue digue en pierre, à l’allure poétique, où sont inscrits les noms de tous ceux qui participèrent aux travaux de sa construction  le relie à Sulina.
-le nouveau phare, le plus à l’est de l’Europe et de la Roumanie. Sa construction impressionnante date des années 1970. Le phare domine la mer d’une hauteur de 57 m de hauteur et sa lumière est visible à plus de 50 km à la ronde.

Le château d’eau et l’usine électrique, sources archives de la Commission Européenne du Danube

Sulina possède aussi son propre château d’eau, une construction qui, à première vue, peut paraître sans grand intérêt mais dont l’origine est due à un fait singulier. Son architecture et son histoire sont typiquement hollandaise ! Ce réservoir ainsi que le réseau de distribution d’eau de la ville ont été offert par la Reine des Pays-Bas qui, faisant escale à Sulina et demandant quelque chose à boire, se vit offrir un verre d’eau du Danube. Elle fut stupéfaite qu’un port de cette importance et avec une telle densité d’activité n’ait pas de réseau d’eau potable filtrée.

Photo © Danube-culture, droits réservés

Sulina a une architecture extrêmement sensible de maisons toutes simples, qu’elles appartiennent à la communauté lipovène (en torchis, blanchies à la chaux, recouvertes de roseaux et décorées d’ornements de bois) ou des répliques architecturales d’époques influencées autant par l’orient que l’occident.

Le cimetière marin se trouve à l’extérieur de la ville, en direction de la plage.  C’est un lieu fascinant, coloré, émouvant, symbolisant un repos éternel pour les Chrétiens, les Juifs ou les Musulmans, du simple porteur, pêcheur, marin ou ouvrier du port jusqu’à l’ingénieur, officier, capitaine de navire, consul ou figure marquante de l’essor de la ville tel William Simpson, qui fut durant 13 années le Directeur de la construction de la Commission Européenne du Danube, franc-maçon, chevalier de l’Ordre de Malte ou la Princesse Ecaterina Moruzi (1757-1835), nièce de Ioan Sturza, née a Istamboul et décédée à Sulina.

Cimetière de Sulina, photo © Danube-culture, droits réservés

Le  littoral  de Sulina est très particulier ; vaste, donnant une sensation de fin du monde, avec un sable fin et dont les vagues de la mer Noire flirtent avec les eaux douces du Danube. Terminus du bord de la mer la ville est aussi le lieu d’où partent et se terminent les circuits touristiques vers les magnifiques paysages du delta du Danube (Lac Rosu, Rosule, Porcu, Raducu, Lumina et Puiu, la forêt de Caraorman, la forêt primaire de Letea, de Gârla Împutita…).

Plage du littoral de la mer Noire à proximité de l’endroit où le Danube (bras de Sulina) rejoint la mer Noire, photo © Danube-culture, droits réservés

Je suis «Ardelean» mais Sulina m’appartient aussi parce que je suis roumain, architecte, pêcheur, photographe, peintre et passionné de l’âme de cette ville. Voyageant dans le temps et dans l’espace, là-bas où le vieux Danube noie ses flots et son nom dans la mer ainsi que l’écrit avec nostalgie Jean Bart dans l’introduction de son roman Europolis, j’ai eu la sensation physique d’aller au bout du monde pour découvrir paradoxalement et de façon métaphorique que j’étais en fait arrivé en son centre. Cette sensation a été rapidement suivie par une autre sensation bien plus triste : celle que ma quête m’avait emmenée dans un lieu qui mourrait à chaque instant un peu plus et dont l’âme, jour après jour, se détachait de son corps. Je vous ai parlé de ces trésors… Voilà un autre visage de cette ville, cette fois en position de victime : la découverte, heureuse à priori de Sulina, est assombrie par une réalité récente qui bouscule l’histoire et l’esprit des lieux. Découverte également altérée par l’agressivité d’une architecture contemporaine majoritairement kitsch, laide et de mauvaise qualité. Découverte encore altérée par la dilution dans la nature du delta de son architecture ancienne et abandonnée, découverte encore assombrie par une sensation de pauvreté et la grande résignation de ses habitants.

En résumé c’est triste Sulina n’est-ce pas ? Et tellement ressemblant au destin de la Roumanie. Les Seigneurs et les nobles Dames s’en vont comme Sulina… Que fait-on de la parabole de Sulina ? Que fait-on de la Roumanie ? On la laisse mourir peu à peu chaque jour avec toutes ses merveilleuses valeurs.

Teofil Mihailescu, architecte, photographe, écrivain, peintre, vidéaste, journaliste est né à Brasov en 1973. Après un doctorat à l’Université Ion Mincu d’architecture et d’urbanisme de Bucarest, un Master de l’École nationale d’études politiques et administratives de Bucarest il fonde et dirige le bureau d’architecture Teofil Mihailescu. Teofil Mihailescu est membre fondateur de l’Ordre roumain des architectes et a effectué de nombreux séjours à l’étranger (stages d’architecte au Getty Museum de Los Angeles, au Politecnico di Milano, à l’Université de Gênes ou au Royal Institute of Technology de Stockholm…) . Son expérience professionnelle et son approche personnelle non conventionnelle de l’architecture lui permettent de pratiquer les arts visuels et la photographie et de les utiliser comme moyen d’exploration anthropologique du monde.

Cet article de T. Mihailescu date de 2009, a été auparavant publié sur le site dobrogea.net et révisé par nos soins.

Sur les quais de Sulina un soir d’hiver, photo © Danube-culture, droits réservés

Du droit fluvial chez les Romains… (La navigation sur le Danube)

« Les jurisconsultes romains ont constamment soutenus, dans ce monument glorieux de Sagesse civile — Les Pandects — que : aer, aqua profulens et mare jure comunia sunt haec omnia, et que toute tendance à empêcher les hommes de jouir d’une chose aussi nécessaire doit être considérée comme un acte d’injustice et d’usurpation : Usurpatum tamen et hoc est, tametsi mullo jure, ut quis prohiberi, possit ante aedes meas vel praetorium meum piscari, quae si quis prohibeatur adhuc injuriam agi potest.

Cette doctrine salutaire et libérale avait tellement pénétré dans les moeurs et la conscience de ce peuple de magistrats et de jurisconsultes que même les empereurs, qui se plaisaient à prendre le titre de « Seigneurs du monde », n’osaient s’arroger des droits sur la mer : « Ego quidam sum mundi dominus, lex autem maris. »

Les cours d’eau font partie du domaine public, en ce sens qu’ils sont ouverts à tous ; la navigation et le commerce y sont libres. L’État se réserve d’exercer un seul droit de police, destiné d’ailleurs uniquement à permettre à chacun de jouir également des cours d’eau. En revanche l’État perçoit un droit compensateur légitime, destiné à le rembourser  des dépenses auxquelles l’entraînaient tant l’exercice de ce droit de police que les travaux d’amélioration qu’il accomplissait sur le fleuve dans l’intérêt commun.

La navigation sur les fleuves romains était organisée en corporations. Les Collegia nautarum étaient gratifiés de nombreux privilèges et d’une certaine considération. Ces avantages leur venaient en partie du rôle de collecteurs d’impôts qu’ils remplissaient souvent pour les matières importées et aussi de ce que la navigation n’était pas considérée uniquement comme un travail manuel, caractère qui rendait les autres métiers méprisables.1 »

Alexandre-George Pitisteano, La question du Danube, « Droit fluvial chez les Romains » Librairie de jurisprudence ancienne et moderne Édouard Duchemin, Paris

Note :
1Engelhart, Histoire du droit conventionnel, « Nouvelle revue historique de droit français et étranger ».

Bibliographie :
DEMOGNY, G., La question du Danube, 1889
CANTILLI, P.-G. Le Danube, 1889
ENGELHART, « Histoire du droit conventionnel », Nouvelle revue historique de droit français et étranger
ENGELHART, « La question des embouchures du Danube », Revue des Deux Mondes, 1er juillet 1870
ENGELHART, Régime conventionnel des fleuves internationaux, 1979
GEFFCKEN, La question du Danube, 1883
HUMBOLT, de, Baron, Mémoires 
LEVY, La Roumanie et la liberté du Danube, 1883
SAINT-CLAIR, de, André, Le Danube, 1905
STURDZA, L., Recueil des documents relatifs à la question du Danube URSEANU, V., L’Autriche-Hongrie et la Roumanie dans la question du Danube, 1882

La Schrammelmusik : un répertoire viennois d’une grande popularité au bord du Danube

Le Schrammel Quartett

Kaspar Schrammel, le père des deux musiciens, nait en 1811 près du petit village de Litschau dans la région du Waldviertel (Basse-Autriche). Il joue dès l’âge de onze ans dans l’harmonie locale et améliorera ses modestes revenus de tisserand en participant à des fêtes de village et des célébrations religieuses. Sa première femme, Josepha Irschik avec laquelle il s’est marié en 1832, meurt en 1837 à l’âge de 25 ans de la maladie des tisserands.

Kaspar Schrammel (1811-1895), tisserand, clarinettiste et compositeur

Il déménage en 1846 avec son premier fils Konrad (1833-1905)1 dans la banlieue de Vienne, s’installant en 1846 à Neulerchenfeld2, une commune qui fait depuis 1891 partie de Vienne et est intégrée à l’arrondissement d’Ottakring. Neulerchenfeld est déjà à l’époque un haut lieu de la musique populaire. La commune compte un peu plus de cinq mille habitants en temps ordinaire mais accueille certains dimanches et jours de fêtes dans ses auberges et tavernes jusqu’à seize mille spectateurs !

Hanns (Johann) Schrammel (1850-1893)

Kaspar Schrammel se remarie avec la chanteuse de musique populaire Aloisia Ernst. De cette union naissent deux garçons, Johann et Joseph. Kaspar Schrammel se rendra très tôt compte des des dons musicaux de ses deux fils avec lesquels il forme en 1861 un trio et joue à l’occasion de l’anniversaire de ses cinquante ans dans une auberge locale. Après un premier apprentissage du violon avec Ernst Melzer, il les inscrit malgré des difficultés financières familiales au conservatoire de Vienne où Johann3 et Joseph étudient avec Joseph Hellmesberger (1828-1893) et Karl Heißler (1823-1878).

Josef Schrammel (1852-1895)

Chacun des deux fils prend ensuite provisoirement un chemin différent, Johann joue dans diverses formations (orchestres de théâtre, de musique de salon viennoise) ou dirige des harmonies pendant son service militaire quand son frère Joseph se produit comme interprète de musique populaire dans des auberges et des tavernes et voyage à plusieurs reprises professionnellement au Moyen-Orient. Johann se marie en 1872 avec Rosalia Weichselberger et Joseph avec Barbara Prohazka (1855-?) en 1874.

Le krach de la bourse de de Vienne en 1873 entraine une sérieuse détérioration des conditions de la population et des musiciens d’orchestre classique bien plus importante que celles de leurs collègues interprètes de musique traditionnelle. Aussi la proposition de Johann à son frère Joseph de fonder leur propre formation est-elle bienvenue et peut se concrétiser en 1878. Le trio intègre le (Kontra)guitariste F. Draskovits et prend le nom de Nussdorfer Terzett (1878-1884). F. Draskovits cède sa place à l’excellent Anton Strohmayer (1848-1937), considéré comme le meilleur (Kontra)guitariste de Vienne un an plus tard. La formation joue essentiellement dans les auberges (Heuriger) du village viticole de Nussdorf au bords du Danube. Joseph tient la place de premier violon et Johann de second.

Le Schrammel Terzett au bal des lingères, caricature de 1883

Le Schrammel Terzett comme le public l’appelle familièrement s’adjoint à partir de 1884 les services de l’excellent clarinettiste (petite clarinette en sol, instrument surnommé pour son inimitable sonorité suave « picksüßes Hölzl ») Georg Dänzer (1848-1893).

Le Schrammel Quartett

Le quartette continue tout d’abord à se produire à Nussdorf et sa popularité ne cesse de croître. Le public qui assiste enthousiaste aux concerts de l’ensemble auxquels se joignent régulièrement des chanteurs amateurs comme le cocher Josef Bratfisch (1847-1892), des Jodler, des siffleurs et  des coiffeurs, provient de toutes les classes sociales de la société viennoise de l’époque.

Josef Bratfisch (1847-1892), cocher, chanteur populaire et siffleur, ami des frères Schrammel. Il devient le cocher du prince héritier Rodolphe de Habsbourg et son « confident » jusqu’à sa mort en 1889, photo collection Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne 

En plus de leurs productions dans les auberges de Nussdorf et plus particulièrement à la taverne « Schöll », Himmelstraße (aujourd’hui au 4, Kirchengasse, dans le XIXe arrondissement de Vienne), les musiciens interprètent à d’autres occasions des danses traditionnelles viennoises et participent également aux grands bals populaires de la capitale comme ceux des fripouilles, des cochers ou des lingères…

Johann-Strauss junior, caricature de Franz-Xaver Gaul (1837-1906), Musée historique de la ville de Vienne, 1880

Johann Strauß junior (1825-1899), se déplace en 1884 pour écouter la formation des frères Schrammel. Au lieu de l’heure prévue,  le compositeur des valses de  « Sur le beau Danube bleu » restera longtemps sur place et transmettra au retour, dans une lettre adressée à Johann Schrammel, ses plus hautes appréciations du jeu et du répertoire des musiciens. Johann lui dédicace en remerciement de ses éloges sa valse « Im Wiener Dialekt« . En 1886 c’est Hans Richter (1843-1916), alors Maître de chapelle de la cour de Vienne et chef de l’Orchestre philharmonique qui invite le Schrammel Quartett pour l’anniversaire du centième concert de la formation symphonique.

Hans Richter (1843-1916)

Dans un courrier aux musiciens de sa formation le chef d’orchestre écrit : « Vous devez écouter les incomparables valses merveilleusement interprétées par le célèbre Schrammel Quartett. Je ne peux pas mieux formuler mon invitation. »

Le Schrammel Quartett dont la réputation a désormais franchi les frontières, part en tournée au début de l’année 1889 et joue à Graz, Meran, Maribor, Celje, Ljubljana, Trieste, Venise, Abaccia, Fiume, Görz, Bolzano, Innsbruck, Klagenfurt, Münich, Salzbourg et  Linz. Les voyages à Londres et Paris sont annulés en raison du mauvais état de santé persistant de Johann Schrammel mais la saison bat son plein dans les tavernes de Nussdorf et dans la capitale. À l’automne les musiciens sont acclamés à Brno, Olomouc, Opava, Ostrava et Wroclaw.

Georg Dänzer quitte la formation pour des raisons de santé, en 1891. La petite clarinette en sol est alors remplacée par un autre instrument typiquement viennois, l’accordéon (Knöpferlharmonika) d’Anton Ernst (1862-1931) ce qui n’altère en rien le succès de l’ensemble. Mais  Anton Strohmayer arrête à son tour de jouer avec le Schrammel Quartett à la fin 1892. Karl Daroka le remplace. Un projet de voyage aux États-Unis (Chicago) est envisagé. Puis Johann Schrammel, de plus en plus malade du coeur, cesse de jouer et mourra désargenté en juin 1893. Josef continue quelques temps à se produire avec un autre violoniste. En octobre les musiciens sont de retour de l’exposition universelle de Chicago. Après encore de nombreux concerts avec ses nouveaux partenaires, les frères Daroka et l’accordéoniste Anton Ernst, une « Schrammelfest » en l’honneur de Johann, sous le patronage du compositeur et chef d’orchestre Carl Michael  Ziehrer (1843-1922), Josef Schrammel décèdera à son tour à l’automne 1895. Les deux musiciens avaient tous les deux quarante-trois ans et sont enterrés au cimetière de Hernals où ils avaient précédemment déménagé. Ils ont laissé en héritage un répertoire considérable donnant à celui-ci ses lettres de noblesse et faisant sa renommé. Johann Schrammel a, à lui tout seul, composé 274 oeuvres parmi lesquelles les marches « Wien bleibt Wien » (dédicacée à la ville de Vienne), « Kunst und Natur« , « Wiener Künstler« , des valses telle « Im Wiener Dialekt », dédiée à Johann Strauss junior, des musiques de bal populaire et de divertissement, de nombreuses polkas, des lieders en dialecte local dont les textes font l’éloge des différentes atmosphères et lieux viennois (Prater, les cafés…) ou sont parfois anecdotiques, critiques voire moralistes.

Les frères « Schrammeln » et leurs formations ont occupé une place unique dans la vie musicale viennoise en s’étant fait entendre et apprécier de toutes les classes sociales de leur époque et en jouant dans pratiquement tous les établissements populaires de la ville et de ses faubourgs dont la Rotonde et les cafés du Prater ainsi que dans les châteaux et palais de l’aristocratie autrichienne comme ceux du prince Kinsky et de l’un de leurs mécènes attentifs, le prince héritier Rodolphe de Habsbourg   (1858-1889) dans ses résidences d’Orth/Donau et de Mayerling, au sud de Vienne où le prince héritier se suicidera (sera assassiné ?) le 30 janvier 1889. Leur musique rend en quelque sorte un hommage aux nombreux musiciens populaires viennois et musiciens de rues qui les ont précédés, harpistes, violoneux, joueur de cornemuse, chanteurs, siffleurs, fondateurs de la tradition des musique populaires viennoises.

Eric Baude, Danube-culture, 2 novembre 2020, droits réservés

Le Prince Héritier Rodolphe de Habsbourg avec sa femme la princesse Stéphanie de Belgique, photo Géruzet Frères,  collection Archives d’État autrichiennes

  Notes :
 1 Violoniste et joueur d’orgue de barbarie
2 C’est à Neulerchenfeld qu’est né Josef Leitgeb, corniste virtuose ami de J. Haydn et de la famille Mozart. J. Haydn aurait écrit son concerto pour cor pour ce musicien et  Mozart  ses quatre concerti pour cor et orchestre ainsi que probablement son quintette pour cor et quatuor à cordes.
3 Johann Schrammel y prend aussi des leçon de chant

Oeuvres (sélection) de Johann Schrammel :
Marches : Dornbacher Hetz, Kronprinz Rudolf-Marsch, Kunst und Natur, Wien bleibt Wien, Wr. Künstler…
Valses : Im Wr. Dialekt, Nußdorfer-Walzer, Weana Gmüath, Wie der Schnabel g’wachsen ist…
Danses et Lieders : Wr. Heurigen-Tänze 1. und 2. Parthie, D-Lieder, B-Lieder
Musiques de bal :  Busserl-Polka, Frühlingsgruß an Pauline, Im Kaffeehaus, Kreuzerl-Polka, Wr. Fiaker-Galopp…
Lieder : Die Dankbarkeit, Der Schwalbe Gruß, Der Frieden auf der Welt, Was Oesterreich is’’…

Oeuvres (sélection) de Josef Schrammel :
Marches : Purkersdorfer Marsch, Sultan-Marsc
Valses : Die Nußdorfer, Dornbacher Vergnügungs-Walzer,
Danses :  Wr. Tänze,
Musiques de bal : Pester Polka, Bei guter Laune, Quadrille de Terpsichore, Antoinetten-Polka
Lieder : Der Weaner is allweil leger, Mit Herz und Sinn für unser Wien, op. 27 Vindobona die Perle von Österreich! (textes de texte de C. Schmitter ), Die Rose von Orth (texte de Josef Weyl).

La Schrammelmusik

La Schrammelmusik est un terme générique pour désigner différentes formes et pratiques de musique populaire viennoise (valses, marches, polkas, galops, chansons et accompagnement de chansons) interprétées par de petits ensembles de musique de chambre caractéristiques et avec une instrumentation spécifique. Le terme dérive du nom de famille de deux frères violonistes, Johann et Josef Schrammel, dont la formation était appelée «Die Schrammeln» par les Viennois et dont la réputation légendaire d’interprètes et de compositeurs a donné au fil des ans le nom à ce genre musical dans la capitale autrichienne. Jusqu’alors la tradition était de nommer les ensembles d’un terme neutre tels que le National Quartett, le Volksmusik Quartett, l’Elite Quartet… ou selon les noms des interprètes ou de leurs fondateurs comme le Quintette Dänzeret Strohmayer, Gebrüder Butschetty (Les frères Butschetty),  de localités (D’Grinzinger, D’Dornbacher) ou encore de salles de concert das lesquelles ces ensembles se produisaient (Woodcock Trio, Maxim Quartet)… Le terme de Schrammelquartett ou Schrammelterzett ne s’est imposé qu’à partir des années 1920 et plus particulièrement après la seconde guerre mondiale. Le terme de Schrammelmusik s’est peu à peu répandu au-delà des frontières de Vienne et a été également adopté par des ensembles de musique alpins mais sans qu’il y ait toutefois intégration des éléments musicaux viennois spécifiques dans leur pratique.

Accordéon viennois (Knöpferlharmonika), photo droits réservés

La Schrammelmusik désigne aujourd’hui une grande variété d’ensembles instrumentaux, mais la formation spécifique traditionnelle se compose d’au moins trois musiciens, un ou deux violons et une guitare basse ou « Kontragitarre ». Peuvent s’y joindre un accordéon et ou une petite clarinette en sol ou en fa, une flûte piccolo, et plus rarement une harpe et une cithare. Le quatuor original des frères Johann et Josef Schrammel se composait de deux violons, une « Kontragitarre » et une clarinette en sol (pour renforcer la voix du 1er violon). La plupart des ensembles de Schrammelmusik étaient composés de deux violons, d’un accordéon et d’une « Kontragitarre », instrumentation la plus courante avec sa variante à trois musiciens, le  Schrammelterzett  à un seul violon jusque dans la première moitié du XXe siècle. Quant au Salon-Schrammeln il doit être considéré comme une forme à part qui, en faisant appel à des instruments de divertissement et de danse comme le piano, l’harmonium, la batterie, la contrebasse, le saxophone… a abordé un répertoire beaucoup plus élargi.

Autre instrument typiquement viennois, la « Kontragitarre », photo droits réservés

Les tout débuts de ce genre musical qui prendra plus tard le nom de Schrammelmusik remonte aux années 1830. Les principaux interprètes et compositeurs du XIXe siècle ont été les frères Staller, Johann Mayer, Johann Schmutzer, Josef Weidinger, Anton Debiasy, Alois et Anton Strohmayer, Alexander Katzenberger, Johann et Josef Schrammel, Anton Turnofsky, V. Stelzmüller, Jakob Schmalhofer et Josef Winhart. Pour le XXe siècle jusqu’à 1945 les noms de Rudolf Strohmayer, Karl Resch, Karl et Josef Mikulas, R. Kemmeter, Anton Pischinger s’imposent tout comme ceux des ensembles Grinzinger, Maxim Quartet, Original Lanner Quartet et le Kemmeter-Strohmayer Trio. Lukas Kruschnik, B. Lanske, A. Kreuzberger, L. Babinski, K. Zaruba, W. Wasservogel avec le Faltl-Kemmeter-Schrammeln ont dominé la scène de la Schrammelmusik après la seconde guerre mondiale.

Nussdorf et la rue Kahlenberg

Les lieux où se produisaient ces musiciens qui se sont toujours considérés comme des musiciens traditionnels, étaient principalement les tavernes (Heuriger), les caveaux et les auberges des villages de la banlieue de la périphérie de la capitale parmi lesquels Nußdorf, Grinzing, d’où la superposition avec le terme de Heurigenmusik, les bars du centre-ville et les établissements de divertissement comme certains grands cafés du Prater où se produisirent de nombreux interprètes de ce genre musical. La musique n’était pas destinée à être dansée mais à être simplement écoutée. Le répertoire des ensembles était à l’origine purement instrumental, répertoire auquel on adjoint à la fin du XXe siècle des chanteurs et des comédiens. Dans les années 1920, pour la première fois, des musiciens des grands orchestres philharmoniques et des musiciens traditionnels constituent des quatuors de Schrammelmusik pour des manifestations sous forme de concerts dans des salles de musique classique.

Des musiciens classiques viennois ont manifesté un nouvel intérêt pour la Schrammelmusik à partir des années soixante. Les ensembles Spilar-Schrammeln et le Quatuor Schrammel classique de Vienne ont remis au goût du jour l’utilisation de la petite clarinette en sol. Les œuvres populaires des frères Johann et Josef Schrammel et de leurs contemporains ont trouvé une nouvelle popularité. Dans les décennies qui suivirent des quatuors de Schrammelmusik ont été fondés et se produisent lors de concerts dans des salles viennoises prestigieuses comme le Konzerverein et le Konzerthaus. La grande Schrammelfest sur la place de l’Hôtel de Ville de Vienne en 1993 et ​​les pique-niques Schrammel dans le Burggarten de Vienne de 2000 à 2002 ont permis à ce répertoire populaire d’être réhabilité et considéré par le public comme une expression incontournable de la culture traditionnelle viennoise. Il y avait plus de 30 quatuors de Schrammelmusik à Vienne au début du XXIe parmi lesquels les excellents Philharmonia Schrammeln, Symphonia Schrammeln, Neue Wiener Concert Schrammeln,Wiener Art Schrammeln, Malat Schrammeln, Thalia Quartet

En compagnie des frères Schrammel, gravure de Theodor Kupfer, 1886

Sources :
BÖCK, Alois, DEUTSCH Walter, Das Werk der Brüder Schrammel, Einführung und Verzeichnis, Folge 1, Die Märsche, 1993, Verlag Hans Schneider, Wien

DIRTMAN, Kurt, Schrammelmusik, Edition Kaleidoskop, Graz, Wien ,Köln, 1981
EGGER, Margarethe Egger: Die « Schrammeln » in ihrer Zeit, Heyne, München 2000
MAILLER, Hermann, Schrammelquartett, Ein Buch von vier wiener Musikanten, Wiener Verlag, Wien, 1945
SANER, Jacqueline, Die Gebrüder Schrammel, Werdegang einer musikalischen Familie und die Entwicklung eines Stilbegriffs, Universität, Wien, 2013 (Diplomarbeit)

www.biographien.ac.at, Austrian Centre for Digital Humanities and Cultural Heritage
KORNBERGER,Monika/WEBER, Ernst Art. « Schrammel, Familie », in: Oesterreichisches Musiklexikon online, Zugriff: 4.11.2020 https://www.musiklexikon.ac.at/ml/musik_S/Schrammel_Brueder.xml
www.daswienerlied.at
www.wienerlied.org
www.wienervolksliederwerk.at
www.radiowienerlied.at
http://www.volkstanz.at

(suite…)

Rappel de quelques règles de base à propos de la célèbre « Ciorbă de pește » la traditionnelle soupe de poisson du Danube

1) Il n’existe pas de soupe de poisson lipovène, ukrainienne, roumaine, bulgare, turque… Ces appellations ne sont que du marketing pour des touristes naïfs.

2) Ce n’est évidemment pas l’eau du Danube qui donne le goût de la soupe de poisson. L’eau doit être incolore, insipide et inodore. Mais certaines personnes malhonnêtes le font croire aux touristes.

3) La soupe de poisson ne doit être préparée qu’avec quatre ingrédients de base : des poissons, des oignons, des poivrons et des tomates. Tout ajout d’autres légumes change le goût de la soupe de poisson. Les pêcheurs d’autrefois n’utilisaient pendant l’hiver, en plus des poissons, que des pommes de terre et des oignons.

4) Le bortsch de poisson n’est pas non plus le nom qu’il convient d’utiliser pour cette recette. Le nom exact est tout simplement «Ciorbă de pește» la soupe de poisson.

5) Le véritable secret de la recette de la soupe de poisson est d’utiliser le plus d’espèces de poissons possible. Les pêcheurs utilisaient traditionnellement au moins cinq types de poissons gras.

6) Les pêcheurs, après avoir nettoyé les poissons y laissaient à l’intérieur les œufs, le lait et la basica (vessie). Ces ingrédients donnent une saveur très particulière à la soupe de poisson.

7) Pour réussir une soupe de poisson n’utilisez que des poissons provenant du delta du Danube ou du fleuve lui-même. Les poissons d’élevage sont à proscrire tant leur goût, en raison de la nourriture qu’on leur donne, est insipide.

8) La meilleure soupe de poisson est évidemment préparée avec des poissons frais. Les poissons congelés dénature la saveur de la soupe.

9) La soupe de poisson est également préparée avec du vinaigre, du sel et du leustean (Livèche ou céleri perpétuel). Elle est encore plus savoureuse quand on la mange accompagnée d’une sauce mujdei, une sauce épicée composée de gousses d’ail concassés et broyés en une pâte, salés et mélangés énergiquement avec de l’huile végétale ou encore avec de l’eau. Étymologiquement le mot roumain « mujdei » viendrait d’une déformation du français « mousse d’ail ».

10) Les pêcheurs ne mélangeaient pas dans leur assiette la soupe et les morceaux de poissons. Les morceaux de poissons étaient placés à part sur un plateau en bois appelé « stablea » et mangés accompagné de sauce mujdei. Vous pouvez déguster la soupe après avoir mangé les poissons.

Louis XIV et le Danube : la bataille de Höchstädt-Blenheim où une sévère défaite pour les armées du Roi-Soleil

Fragment de la tapisserie de la bataille de Blenheim, œuvre du tisserand flamand Judocus de Vos (1661/1662-1734).  À l’arrière-plan le village de Blenheim et le Danube ; au centre les ruines de deux moulins à aube que Rowe a saisi pour établir une tête de pont sur la rive française du Nebel. Au premier plan un grenadier anglais tenant un drapeau des armées françaises.

La plus importante des batailles de la guerre de Succession d’Espagne, dite bataille de Höchstädt-Blenheim, a lieu sur les bords du Danube bavarois le 13 août 1704. Elle est remportée sur les armées françaises de Louis XIV et leurs alliés bavarois par les troupes de la Grande Alliance (Empire d’Autriche, Angleterre, Provinces-unies et Portugal). Les armées de la Grande Alliance sont alors commandées par des stratèges militaires redoutables, John Churchill (1650-1722), premier duc de Marlborough, et le prince Eugène de Savoie (1663-1734), élevé à la cour de France mais passé au service des Habsbourg à la suite du refus de Louis XIV de le laisser prendre le commandement d’une compagnie de soldats et qui s’est précédemment illustré contre les Ottomans.

John Churchill, 1er duc de Marlborough par le portraitiste Godfrey Kneller (1646-1723)

Cette bataille a lieu à proximité de la petite ville de Höchstädt et du village de Blindheim dont le nom sera déformé en Blenheim par les Français et les Anglais.

Près de 52 000 soldats anglais et autrichiens affrontent environ 60 000 Français et Bavarois, commandés par le maréchal Camille d’Hostun de la Baume (1652-1728), lui aussi militaire expérimenté, et du prince électeur de Bavière Maximilien II Emmanuel (1662-1726).

Bataille de Blenheim, peinte et gravée en 1729 par Jan van Huchtenburg (1646?/1647-1733) 

Afin d’éviter l’invasion de l’Autriche par les Français, Marlborough donne l’ordre d’avancer à ses troupes en direction du Danube dans l’intention de rejoindre les troupes du prince Eugène. Leurs armées s’étant rejointes le 12 août, ils surprennent leur adversaire, mal préparé, en passant à l’attaque dès le lendemain. Les Français ont pris position derrière le Nebel, un affluent du Danube. L’aile droite est centrée sur Blenheim et placée sous le commandement de Camille d’Hostun de la Baume pendant que l’aile gauche, sous les ordres de Ferdinand de Marsin (1656-1706) et du prince électeur de Bavière, se tient sur un terrain vallonné aux abords de la ville de Lützingen. Le dispositif français se compose de deux armées quasi indépendantes, dont la jonction est mal assurée par une cavalerie presque sans soutien.

Portrait du Prince Eugène de Savoie, vers 1700, école flamande ou hollandaise (Jan van Hutchtenburg ?)

Les forces du prince Eugène de Savoie affrontent l’aile gauche du prince électeur de Bavière pendant que Marlborough combat de son côté les troupes du maréchal français à Blenheim. Le prince Eugène engage une violente attaque de flanc, destinée à faire diversion, tandis que lord John Cutts, sous les ordres de Marlborough, lance deux assauts voués à l’échec sur Blenheim. Ces offensives obligent Camille d’Hostun de la Baume à engager plus de réserves que prévu pour défendre Blenheim, dégarnissant davantage encore le centre des armées françaises. Marlborough déclenche alors le principal assaut contre de l’autre côté du Nebel. Les charges de la cavalerie française résistent avec acharnement à l’offensive. Mais celle-ci, renforcée d’unités de cavalerie autrichiennes, s’avère irrésistible. Le centre français est enfoncé, les armées de Ferdinand de Marsin et de Camille d’Hostun de la Baume, coupées l’une de l’autre. Les assaillants obliquent ensuite sur la gauche et repoussent finalement les Français vers le Danube où se noient 3000 cavaliers.

La reddition de Camille d’Hostun de la Baume, maréchal de Tallard le 13 août 1704

À Blenheim, Camille d’Hostun de la Baume est fait prisonnier avec vingt-trois bataillons d’infanterie et quatre régiments de dragons. Seule l’aile gauche de Ferdinand de Marsin et du prince électeur de Bavière a réussi à organiser sa retraite.

Pour 12 000 hommes perdus, la Grande Alliance met hors de combat 18 000 Franco-Bavarois et en capture 13 000.
Camille d’Hostun de la Baume est, à l’issue de la bataille, emmené à Londres où il restera prisonnier jusqu’en 1711.

La bataille d’Höchstädt-Blenheim est la première grande défaite des armées de Louis XIV en plus de cinquante années  de guerres. Elle soulage Vienne et l’empire autrichien des menaces d’invasion de l’armée franco-bavaroise et préserve l’alliance entre l’Angleterre, l’Autriche et les Provinces-Unies contre la France. La Bavière sort de cette guerre sur une défaite et doit subir une occupation autrichienne.

Monument dédié à la bataille de Höchstädt-Blenheim de Lutzingen, photo domaine pubic

Jean Bart (Eugeniu P. Botez), marin et écrivain du delta du Danube

   « Quand tu rejoindras le Danube, ô voyageur, arrêtes-toi ! Qu’importe ta course, attarde-toi ici quelques instants. Médite et contemple silencieusement la grandeur suprême du vieux roi des fleuves que le monde antique a érigé au rang de divinité. »
Jean Bart, Le livre du Danube, Bibliothèque de la Ligue navale, Bucarest (?), 1933

Fils du général Panait Botez, Jean Bart commence en 1882 ses études à l’école primaire du quartier Păcurari de Iaşi en Moldavie où enseigne, en tant qu’instituteur, l’écrivain Ion Creangǎ (1837-1889). Il les poursuit au lycée militaire puis à l’École de la Marine de Constanţa, termine sa formation d’officier en embarquant à bord du navire-école Mircea et travaille ensuite dans l’administration navale militaire et civile. Il occupera ultérieurement les fonctions de Directeur de l’École de la Marine de Constanţa, de Commissaire maritime (1909-1913 et 1915-1918), de Capitaine principal du port de Sulina, de Commandant de la garnison et de Commandant militaire du même port.

La maison de Jean Bart à Sulina, collection ICEM, Tulcea

Sans doute est-il un témoin privilégié, lors de son séjour à Sulina, du déclin économique de la petite ville que la Commission Européenne du Danube (1856-1940) avait, de par son installation à la fin des années 1850, sa présence durant de nombreuses années et ses impressionnants travaux d’aménagement pour la navigation à l’embouchure de ce bras, métamorphosée en une cité au destin inespéré.

L’ancien palais de la Commission Européenne du Danube à Sulina, construit en 1860, photo Danube-culture, droits réservés

L’écrivain dont le choix du pseudonyme de Jean Bart est un témoignage d’admiration pour le célèbre corsaire français, collabore en 1899 au magazine littéraire Pagini literare aux côtés de Mihail Sadoveanu (1880-1961) et entretient de nombreux contacts dans le monde de la littérature qui lui permettront d’écrire dans d’autres revues spécialisées roumaines (Viața Românească, Adevărul Literar…). Il effectue en parallèle de ses activités de journaliste et d’écrivain, en tant que secrétaire de la Ligue Navale Roumaine et spécialiste dans les problématiques de la navigation danubienne, plusieurs missions officielles en Suède, aux États-Unis, en Suisse et en France.

   « Le Danube, large et paisible, s’écoule lentement et indolemment vers la mer avec la même majestueuse insouciance depuis des milliers d’années. »
Jean Bart, Dettes oubliées, 1915

Jean Bart a écrit de nombreux articles et reportages pour la presse roumaine ainsi que des romans et des nouvelles. Son dernier livre Europolis, premier volet d’une trilogie dont seul ce premier volume verra le jour, se déroule à Sulina. Ce livre est publié l’année de sa mort, en 1933.

Jean Bart, collection Musée National de la Littérature Roumaine, Bucarest

L’essayiste et critique littéraire roumain Paul Cermat a récemment consacré (2010) une préface à une nouvelle édition d’Europolis, préface intitulée : Un port de la răsărit (Un port du levant). Quant à Claudio Magris, il écrit à propos de ce roman dans son livre Danube1 : « Jean Bart voit les destinées humaines elles-mêmes aborder à Sulina comme les épaves d’un naufrage ; la ville, comme le dit le nom qu’il lui a inventé, vit encore dans un halo d’opulence et de splendeur, c’est un port situé sur de grandes routes, un endroit où se rencontrent des gens venus de pays lointains et où on rêve, on entrevoit, on manie mais surtout on perd la richesse.

Groupe de femmes de Sulina, collection ICEM, Tulcea

Dans ce roman, la colonie grecque, avec ses cafés, est le décor de cette splendeur à son déclin, à laquelle la Commission du Danube confère une dignité politico-diplomatique, ou du moins un semblant. Le livre est, toutefois, une histoire d’illusion, de décadence, de tromperie et de solitude, de malheur et de mort ; une symphonie de la fin, dans laquelle cette ville qui se donne des allures de petite capitale européenne devient bas-fond, rade abandonnée ».

Europolis, roman, (nouvelle traduction par Gabrielle Danoux), 2016

Europolis
   « Sulina, du nom d’un chef cosaque, est la porte du Danube. Le blé en sort et l’or rentre. La clef de cette porte est passée au fil des temps d’une poche à l’autre, après d’incessantes luttes armées et intrigues. Après la guerre de Crimée, c’est l’Europe qui est entrée en possession de cette clef qu’elle tient d’une main ferme et ne compte plus lâcher : elle ne la confie même pas au portier, qui est en droit d’en être le gardien.
Sulina, tout comme Port Saïd à l’embouchure de Suez, une tour de babel en miniature, à l’extrémité d’une voie d’eau internationale, vit uniquement du port.
Cette ville, créée par les besoins de la navigation, sans industrie ni agriculture, est condamnée à être rayée de la carte du pays, si on choisit un autre bras du fleuve comme porte principale du Danube. »
Jean Bart, Europolis, 1933

Le cimetière international multiconfessionel de Sulina, modèle de tolérance religieuse, photo Danube-culture, droits réservés

La trame d’Europolis peut se résumer ainsi : à Sulina, port du delta en déclin, Stamati Marulis, patron de café et ancien marin, s’est marié à Penelopa qui a fréquenté du temps de sa jeunesse un milieu huppé à Istamboul avant la mort de son père. Elle est frustrée du peu d’envergure de son mari et se laisse séduire par Angelo Deliu, un marin avide de conquêtes féminines. Une lettre annonce à Stamati l’arrivée de son frère Nicola Marulis, émigré aux Etats-Unis et que tout le monde imagine riche et prêt à investir. Nicola débarque avec sa fille Evantia, une magnifique métisse. Il a été condamné, emprisonné et se trouve sans d’argent. Sa fille tombe amoureuse de Neagu, un jeune apprenti capitaine mais se fait piéger par Angelo et lui cède. Neagu, follement jaloux, part au loin. Pénélope se suicide. Stamati brûle sa maison et finit sa vie à l’asile. Nicola fait de la contrebande pour survivre. Il est tué lors d’une opération de police. Evantia travaille dans un bordel où elle danse. Enceinte, elle accouche avant de mourir de tuberculose. Son infirmière, Miss Sibyl, adopte l’enfant.

Jour de fête à Sulina (1932), collection ICEM, Tulcea

   Europolis a été porté une première fois à l’écran en 1961 sous le nom de Porto-Franco par le réalisateur roumain de Galaţi, Paul Călinescu (1902-2000) avec dans les principaux rôles Ștefan Ciobotărașu (Stamate), Simona Bondoc (Penelope), Elena Caragiu (Evantia) Geo Barton (Nick Santo), Liliana Tomescu (Olimpia) et Fory Etterle (le docteur).

Le roman a été récemment adapté au cinéma pour un film au titre éponyme par le cinéaste Cornel Gheorgiţa (1958). Ce film est sorti sur les écrans en 2011.

Sulina au début du XXe siècle : sur les quais une rare et élégante voiture

1 Claudio Magris, « Comme le fleuve se jette à la mer », in Danube, Collection L’Arpenteur, Domaine italien, Gallimard, Paris, 1988

Bibliographie :
Jurnal de bord (Journal de bord), Schițe de bord și marine (Esquisses de bord et des mers), 1901
Datorii uitate (Devoirs oubliés), 1916, mémoires de guerre
În cușca leului (Dans la cage du lion), 1916, mémoires de guerre
Prințesa Bibița (La Princesse Bibița), roman, 1923
În Deltă… (Dans le delta), 1925
Pe drumuri de apă (Par les voies maritimes), 1931
Europolis, roman, 1933

Livres en français :
Europolis, roman (traduction Constantin Botez), 1958
Europolis, roman, (nouvelle traduction par Gabrielle Danoux), 2016

Remerciements chaleureux à Maria Sinescu, conservatrice passionnée des Monuments Historiques et du Musée du vieux phare de Sulina (ICEM Gavrilǎ Simion, Tulcea) et qui veille attentivement sur deux salles de documentation passionnantes, l’une sur l’écrivain Eugeniu P. Botez, la vie à Sulina et l’autre sur le chef d’orchestre Georges Georgescu (1887-1964), né dans cette petite ville portuaire du bout de l’Europe et l’un des plus grands chefs d’orchestre de l’histoire de la musique.

Le musée, actuellement fermé, est en travaux de réaménagement avec l’aide de financements de  l’Union Européenne.

Eric Baude pour Danube-culture, mis à jour octobre 2020, droits réservés

 

 

Le parc du Prater de Vienne : entre nature et divertissement

Comme tout bon Viennois Mozart eut l’occasion d’aller se promener dans le grand parc du Prater.

MOZART, Wolfgang Amadeus (1756-1791)
Gehn wir im Prater, gehn wir in d’Hetz (Allons au Prater…)
Canon KV 558 en si bémol majeur (2 septembre 1788)
https://youtu.be/BoL2NUnldDU 

Le Prater est mentionné dans des sources écrites de la Renaissance en l’an 1403. Il occupe alors une superficie bien plus importante que celle d’aujourd’hui et une grande partie des terrains sont des marécages dus à la présence de plusieurs bras Danube. Ces terrains appartiennent à divers monastères et paroisses.

Chasse au Prater, collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

En 1560, l’empereur Maximilien II de Habsbourg (1527-1576), fait clôturer ces bois et ces prés et les transforme en réserve de chasse réservée aux membres de la Maison des Habsbourg. La noblesse n’est autorisée à s’y rendre qu’au mois de mai, et ce bien évidemment « sans pistolet ni chien ».
Peu après son couronnement, le jeune monarque Joseph II (1741-1790), fils aîné de Marie-Thérèse d’Autriche et de François de Lorraine décide en 1766 d’ouvrir une partie du parc au public sauf la Hirschau qui demeure interdite et est réservée à l’élevage du gibier.

Cerfs en hiver dans le parc du Prater, 1840, collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

Ce qui n’empêche nullement certains visiteurs de franchir la clôture pour y organiser des rencontres galantes et discrètes ou éventuellement pour s’y battre en duel en toute tranquillité. Cette ouverture au public du Prater fut suivie par un réel engouement des Viennois pour ce nouvel espace accessible et, par beau temps, de longues files de fiacres s’y rendent. Toute la ville ou presque se donne alors rendrez-vous au Prater.
Joseph II fait également bâtir la Lusthaus (La maison du plaisir) par un architecte autrichien d’origine française qu’il apprécie, Isidore Canevale (1730-1786). Le terrain choisi fut celui d’une cabane de chasse, aux abords d’un ancien bras du Danube, le Wiener Wasser qui a été par la suite transformé en plan d’eau.

Dans le parc du Prater, 1810, collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

Le nouveau bâtiment fut surélevé pour éviter les inondations fréquentes et destructrices. Les nombreuses parois vitrées et les portes ont été dessinées afin de permettre à la nature de pénétrer facilement dans le bâtiment. Les murs sont peints avec une couleur verte. On s’y donne rendez-vous, on y discute, mange, joue, on y écoute de la musique, flirte… Cinq allées partant de ce bâtiment sont aménagées et complètent l’allée principale, ce qui permet également à l’empereur de mieux  faire surveiller son peuple. La Lusthaus et ses abords abritent une grande fête en 1814 organisée en l’honneur de la victoire sur Napoléon, manifestation à laquelle les soldats autrichiens de retour chez eux sont conviés.
La Lusthaus abrite toujours un excellent restaurant ainsi qu’un espace où sont organisées de nombreuses manifestations culturelles.
www.lusthaus-wien.at

La Lusthaus pavoisée pour les fêtes de 1814, collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

Les grands cafés du Prater

  Les premiers cafés et restaurants du Prater remontent au XVIIIe siècle. Trois établissements sont érigés dans les années 1786 sur l’allée principale. Le premier propose initialement des concerts de musique classique. Beethoven s’y produit en 1814, Joseph Lanner en 1824. Mal géré ou déficitaire, l’établissement change 21 fois de propriétaire entre 1854 et 1938 et sera détruit par les bombardements alliés en 1945.
Le deuxième café était encore plus vaste et plus chic que le premier. C’est à la valse que sont dédiés les concerts qui s’y dérouleront au XIXe siècle. Johann Strauss junior et ses deux frères le fréquente à plusieurs reprises. À côté du bâtiment principal se trouvent une salle de billard, un buffet, un grand salon avec son propre scène pour un orchestre, quatre autres salons ainsi qu’un un jardin d’hiver. L’établissement subit le même sort que le premier café à la fin de la seconde guerre mondiale.
Le troisième café fonctionne toute l’année. De grandes fêtes y sont également organisées, auxquelles participent des musiciens célèbres. Ce café est transformé en « Singspieltheater » pouvant accueillir jusqu’à 5 000 personnes (1871). L’entrepreneur et impresario Anton Ronacher (1841-1892) rachète le restaurant en 1877 et y fait représenter des opérettes et des spectacles de variétés. Le café est lui aussi touché par les bombardements à la fin de la seconde guerre mondiale et définitivement démoli en 1962 pour laisser la place au « Brunswick Bowling Hall ».

La Schweizerhaus, une institution gastronomique viennoise

« J’étais hier au Prater  en compagnie du vice-chancelier, le comte Schönhorn. C’est un parc ravissant  à l’étendue resplendissante. Nous avons jugé bon de quitter la grande allée à cause de la poussière et de nous diriger vers la forêt. Nous nous sommes arrêtés dans une petite auberge qui, d’après mon compagnon, s’appelle « Zur Schweizer Hütte ». Il y a des centaines d’années, un ermite vendait ici du poisson et des champignons aux chasseurs impériaux qui venaient s’y reposer. Les domestiques étaient des Suisses du Sundgau, réputés pour l’excellence et la loyauté de leur conduite, et le nom « SchweizerHütte » aurait été conservé depuis cette époque. Le propriétaire actuel est un homme d’un grand calme qui fait frire habilement des petits poissons à la broche et sert un délicieux jus de sureau que nous avons bu dans deux cruches … »
Lady Worthley Montaigu, 1766

La Schweizerhaus a été construite en 1868 sur l’emplacement de la  « Zur Schweizer Hütte« , un lieu fréquenté initialement par des chasseurs originaires de Suisse (d’où son nom) qui y recevaient l’aristocratie du Saint Empire Romain Germanique. Elle est rachetée en 1920 par un jeune boucher de 19 ans d’origine tchèque, Karl Kolarik (1901-1993). Celui-ci y installe une cuisine qui permet aux clients d’observer la préparation des plats. Le bâtiment est détruit à son tour pendant les bombardements alliés de 1945. La famille Kolarik reprend ses activités en 1947 accueillant sa clientèle dans un ancien wagon de la Grande Roue et dans une cabane en bois de vigneron.  Ce restaurant saisonnier (de mi-mars à fin octobre), une des adresses gastronomiques les plus populaires pour les amateurs de cuisine viennoise et bohémienne copieuse accompagnée de bières légendaires, demeure dans la possession de la même famille depuis 1920.
www.schweizerhaus.at

   Outres de nombreux et  impressionnants feux d’artifice qui sont tirés régulièrement depuis un emplacement spécifique du Haut-Prater, toutes sortes de tentatives et expériences scientifiques, parfois réussies, ont eu lieu dans le cadre du parc. Après le britannique Charles Hyam et l’artificier autrichien Johann Georg Stuwer en 1784, l’aéronaute français Jean-Pierre Blanchard (1753-1809) tente d’effectuer le premier vol libre en ballon depuis l’Autriche mais c’est d’abord un échec. Le public qui a du payer un droit d’entrée, est en colère et l’aéronaute doit être protégé de la foule par la police. Le 6 juillet 1791, il réussit toutefois à s’envoler du Prater jusqu’à Groß-Enzersdorf sur la rive gauche du Danube. Puis c’est au tour de l’horloger et génial inventeur Jakob Degen (1760?-1848) de s’envoler avec une machine volante à ailes mobiles actionnées par ses propres forces le 13 novembre 1808, réussissant le premier vol libre au-dessus du Prater. Huit ans plus tard, en 1816, le même Degen qui a inventé entretemps une hélice mécanique, fait monter un premier hélicoptère (sans pilote) jusqu’à une hauteur de 160 mètres.

Inauguration du Danube régularisé à Vienne en 1871, sources l’Illustration

Les grands travaux de régulation du Danube dans les années 1870 permettent la disparition quasi totale des marécages. À l’occasion de la grande Exposition universelle de Vienne en 1873, une partie des terrains du Prater sont défrichés et de nouveaux chemins sont aménagés pour les promeneurs.

Pavillon de Perse, exposition universelle, 1873, collection du Wien Museum

Les bâtiments construits pour l’Exposition Universelle seront par la suite démolis, à l’exception de quelques-uns d’entre eux qui sont transformés en ateliers et loués à des artistes. Les bâtiments sont partiellement détruit en 1945. Le parc du Prater se trouve en zone d’occupation soviétique après la seconde guerre mondiale mais les Russes autorisent les Britanniques à y accéder et à y organiser des courses hippiques.

August Schäffer (1833-1916), En revenant de l’exposition universelle, huile sur toile, 1875, collection de la Galerie Nationale Autrichienne, Vienne

Le quai du Prater (Praterkai) a été aménagé en zone industrielle vers la fin du XIXe siècle. La zone de Freudenau est transformée en port fluvial. Des résidences sont construites le long du canal du Danube, un ancien bras du fleuve aménagé et des villas sont édifiées pour héberger de riches industriels anglais venus en Autriche profiter de la croissance économique. Ces derniers affectionnent particulièrement le Prater, car ils peuvent y pratiquer leurs sports favoris comme le cricket.

L’entrée de « Venedig in Wien », photo de 1895, Collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

Le parc d’attractions

Gabor Steiner (1858-1944), directeur de théâtre, impresario et créateur du parc d’attractions Venedig in Wien (Venise à Vienne), inauguré en 1895, fait construire en 1897 la Wiener Riesenrad (Grande Roue de Vienne), un an avant le cinquantième anniversaire du règne de l’empereur François-Joseph de Habsbourg par les ingénieurs britanniques Walter Bassett Bassett (1864–1907) et Harry Hitchins.

La Grande Roue historique en 1897 avec ses trente nacelles, collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

Elle est fermée durant la premier guerre mondiale, sert comme poste d’observation militaire et faillit être détruite en 1916 mais le coût prohibitif de sa démolition incite le nouveau propriétaire des lieux à y renoncer. Elle brûle à l’occasion des bombardements de la ville en 1944 et sera reconstruite en 1953 en n’intégrant toutefois que 15 des trente nacelles qui équipaient la Grande Roue Viennoise d’origine. Elle est alors restituée aux héritiers d’Édouard Steiner, propriétaire qui en avait été dépossédé en 1938 à l’occasion de la promulgation de lois antisémites lors de l’Anschluss

La discrète église Maria Grün, lieu de de pèlerinage

À l’opposé du parc d’attraction, presque invisible, la discrète petite église Maria Grün, cachée dans son écrin de verdure près de l’allée d’Aspern et du Danube du Danube fut autrefois un haut-lieu de pèlerinage. Elle a été construite sur les plans de Josef Münster (1869–1946), architecte de la ville de Vienne en 1924 et consacrée le 21 décembre de la même année. Le bâtiment a été endommagé à plusieurs reprises pendant la seconde guerre mondiale par des bombardements qui visaient la zone industrielle et le port voisins de Freudenau. Restaurée par la suite elle fut réouverte au service religieux en 1948. Elle possède un orgue depuis 1985 et a été de nouveau entièrement rénovée en 1989. Maria Grün reste une destination privilégiée de pèlerinage pour les habitants d’origine croate de Vienne et du Burgenland.

L’église Maria Grün, photo droits réservés

Le Prater et le cinéma
La plupart des toutes premières projections et spectacles cinématographiques ont lieu à Vienne en 1896 dans le cadre du parc d’attractions « Venise à Vienne » ouvert en 1895. Mais ce n’est qu’au tout début du XXe siècle que sont construites au Prater des petites salles de cinémas indépendantes. Gustav Münstedt diffuse des films dans une  salle adjacente de sa Prater Hütte à partir de 1904 puis dans la grande salle. 5 cinémas jouissent d’une situation de monopole jusqu’en 1920, année où est inauguré la salle de cinéma du cirque Busch dans les anciens locaux de celui-ci. Toutes les salles  à l’exception du Lustspieltheater seront détruites en 1945 par les bombardements alliés.

Le Prater dans le patrimoine  littéraire, cinématographique et musical : une féconde source d’inspiration

Le Prater apparaît souvent dans les romans, romans policiers, nouvelles, pièces de théâtre, récits et poèmes d’auteurs autrichiens et étrangers. Quelques-uns d’entre eux sont traduits en français parmi lesquels La Ronde, Le sous-lieutenant Gustel d’Arthur Schnitzler (1862-1931), La nuit fantastique, L’amour d’Erika Ewald de Stefan Zweig (1881-1942), Le Flambeau dans l’oreille – Histoire d’une vie 1921-1931 d’Elias Canetti (1905-1994), Un autre Kratki-Baschik (récit) d’Heimito von Doderer (1896-1966), Ashantee de Peter Altenberg  (1859-1919),  Histoire d’une fille de Vienne racontée par elle-même de Josephine Mutzenbacher (1906), roman érotique attribué postérieurement à Felix Salten (1869-1945), La Pianiste d’Elfriede Jelinek (1946), Le Tabac Tresniek de Robert Seethaler (1966)…

Quelques films :

Merry-go-round (Erich von Stroheim, 1923)
Pratermizzi (Gustav Ucicky, 1927)
Prater (Willy Schmidt-Gentner, 1936)
WiennerinnenSchrei nach Liebe (Kurt Steinwendner, 1952)
Im Prater blüh’n wieder die Bäume (Hans Wolff, 1958)
Lo Strangolatore di Vienna (Guido Zurli, 1971)
Exit… nur keinPanik (Franz Novotny, 1980)
Malambo (Milan Dor, 1984)
The living Daylights (John Glen, 1987)
Der Prater – Eine wilde Geschichte, documentaire (Manfred Corrine, 2008)
Der Räuber (Benjamin Heisenberg, 2010)
Der Prater, documentaires en trois parties (Peter Grundei, Roswitha Vaughan, Ronald Vaughan, 2016)
Mein Prater, reportage pour la télévision (Franz Gruber, Andreas Dorner, 2017)
G´schichten aus dem Wiener Prater, documentaire  (Thomas Rilk, musique Ernst Molden, 2017)

Quant à la Grande-Roue emblématique, elle figure aussi dans de nombreux films de cinéastes ayant pris pour cadre Vienne et son patrimoine culturel comme Le Troisième Homme de Carol Reed (1949), d’après le scénario et le roman de Graham Greene et Tuer n’est pas jouer (1987) de John Glen qui fut lui-même assistant monteur pour le Le Troisième Homme.

En littérature… (langue allemande) et en musique 

Altenberg, Peter, Ashantee, Berlin, S. Fischer, 1897
Altenberg, Peter, « Blumen–Korso », in Wie ich es sehe, Prosaskizzen, Berlin, S. Fischer, 1898
Altenberg, Peter, « Bäume im Prater/ Große Prater–Schaukel/ Café de L’opéra (im Prater)/Newsky Roussotine–Truppe », in Was der Tag mir zuträgt, Fünfundfünfzig neue Studien, Berlin, S. Fischer, 1901
Altenberg, Peter, « Sonnenuntergang im Prater », in Märchen des Lebens, Berlin, S. Fischer, 1908
Altenberg, Peter, Extrakte des Lebens, Gesammelte Skizzen 1898–1919, Hg. von Werner J. Schweiger. Wien und Frankfurt, Löcker/S. Fischer, 1987
Amanshauser, Gerhard, Als Barbar im Prater, Autobiographie einer Jugend, Salzburg–Wien–Frankfurt, Residenz, 2001
Amon, Michael, Wehe den Besiegten, Wien, echomedia, 2013 (= Wiener Trilogie der Vergeblichkeiten 2)
Andersen, Hans Christian, « Nur ein Geiger », in Gesammelte Werke Bd. 9, 10 und 11, Leipzig, Karl Lord, 1847
Artmann, H.C., « blauboad 1/brodaschbiagelgalerie », in gedichteaus bradensee. Salzburg, O. Müller, 1958
Artmann, H.C., Wenn du in den Prater kommst, Berlin, Volk und Welt, 1988
Auernheimer, Raoul, Laurenz Hallers Praterfahrt, Berlin, S. Fischer, 1913
Bartl, Fritz, Freudenau 1943, Ein wienerisches Epos in Spielszenen, Wien, Rido, 1945
Bartl, Fritz, Der Wurstelprater, Ein wienerisches Epos, Wien, Titan, 1946
Bartl, Hans, Der Eifersüchtige im Wurstelprater, Posse mit Gesang, Wien, C. Fritz, 1885
Bayer, Karl, Ein Engagement im Prater, Gelegenheitsstück mit Gesang, [UA 21.April 1862]
Bayer, Karl, Der/Ein Praterscheiber, Singspiel mit Gesang. Musik Karl Kleiber, Handschrift [UA 31. Mai 1862]
Bayer, Karl, Der 1. Mai oder Die Wettfahrer im Prater, Musik arl Kleiber, [UA 1. Mai 1862]
Bayer, Karl, Ein Praterwurstel, Musik Karl Kleiber, [UA 6. Juli 1862]
Bayer [Karl?] Die schönen Praterwirthstöchter, Posse mit Gesang. Handschrift. [k.A.]. Blank (?) Die Praterhirschen, Scherz mit Gesang, Handschrift. [k.A.]
Blissett, Fanny, Jesuitenwiese, Ein leicht revolutionärer Poproman, Wien, Zaglossus, 2014
Bolla, Jakob Ignaz, Die Josephsaue, oder das Mayenfest im Prater, Wien, gedruckt bey Joh. Thom. Edl. von Trattnern, 1781
Brandstetter, Ernst (Hg.), G`schichten vom Praterkasperl, Wien, Austria Press, 2004 Bujak, Hans, Der Blumenkorso, Wien, Wiener Verlag, 1945
Bujak, Hans, Fiakerlied, Wien, Rudolf Cerny, 1948
Busson, Paul, « Praterabend », in Wiener Stimmungen, Wien, Robert Mohr, 1913
Canetti, Elias, Die Fackel im Ohr. Lebensgeschichte 1921–1931, München, Hanser, 1980
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Doderer, Heimito von,  Roman No. 7/I. Die Wasserfälle von Slunj, München, Biederstein, 1963
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Le Prater en musique
« Le Prater est un contrepoint de Vienne, c’est le plus ancien parc d’attractions d’Europe, et c’est une immense salle de décompression, une salle d’illusion, une salle de promesses dans laquelle on peut laisser le quotidien de la ville derrière soi. La définition du Viennois ne peut se passer du Prater, le Prater fait partie de lui-même. »
Zusana Zapke, historienne de la musique, Wien-Museum magazine, mars 2020

 Le Prater est une histoire dans l’histoire de la musique de Vienne. Dans ce parc, ses établissements gastronomiques et ses lieux de distraction se sont croisés, se croisent et parfois se mélangent les amateurs de la valse, du foxtrot, du jazz, de la chanson viennoise (Wienerlieder), de la Schrammelmusik » et du Singspiel si populaires, de l’opérette, de la musique pop, aujourd’hui du rap et hip hop…. Tout y est concentré, y compris toutes les formes de musique innovantes et les plus expérimentales. L’histoire de la valse s’est aussi déroulée dans le parc du Prater avec les fils Strauss, Joseph Lanner et des compositeurs locaux. D’autres musiciens ont dédié à celui-ci quelques-unes de leur oeuvres comme Ralph Benatzky, Emmerich Kálmán, Franz Lehar Edmund Eysler, Robert Stolz avec sa célèbre chanson et musique de film « Im Prater blühn wieder die Bäume » (« Au Prater les arbres fleurissent de nouveau ») composée en 1916. Aucun parc au monde n’a engendré un tel élan musical !

 Vienne, ses faubourgs, le Prater et le Danube…

« Un petit bras du Danube sépare la Léopoldstadt ou ville de Léopold, de Vienne propre. On y trouve quelques rues larges et droites, le superbe jardin Augarten et le bois charmant dit le Prater. Le faubourg et le joli quartier de Jaegerzeil, semblable aux anciens boulevards de Paris, sont situés sur une île au nord de la ville. Tous les autres s’étendent sur une ligne demi-circulaire qui va de sud-est à nord-ouest.
   Les deux faubourgs de Weissgoerber et d’Erberg, peuplés de grands manufacturiers, s’étendent le long du Danube à l’est de la ville ; entre ces faubourgs est le palais d’été du comte Razumowsky avec un jardin anglais, vis-à-vis le Prater. Les points de vue sont si bien pris, que le prince de Ligne a dit du possesseur de ce lieu charmant : « Il a su faire entrer tout le Prater  dans son jardin… » 

« L’Augarten, dont Joseph II ouvrit l’entrée au peuple, offre un coup d’oeil imposant par la magnificence un peu monotone, à la vérité, de ses grandes allées d’arbres, bien couvertes et bien alignées. Devant un vaste édifice qu’on trouve à l’entrée, et qui, sous de grandes galeries très bien décorées, présente au peuple de Vienne un grand nombre des restaurateurs, est une place circulaire, environnée de hauts marronniers où l’on trouve toute sorte de rafraîchissements. Les allées de l’Augarten conduisent à un cours, le long duquel règne une agréable prairie. Cette partie du jardin est environnée d’une terrasse au pied de laquelle coule le Danube. De ce point élevé, l’oeil parcourt des bois et des habitations champêtres, une foule de hameaux et de villages semés dans de riants vallons. Des groupes de collines couronnées de bocages, contrastent avec de vastes prairies où paissent de nombreux troupeaux. Cette scène d’enchantement est terminée par la vue de Brigitt. Cette forêt, qui forme la partie sauvage et romantique du jardin, s’étend à une lieue, et est traversée, dans toute sa longueur, par le Danube dont les bords offrent de délicieuses promenades. À l’entrée de ce bois, sur l’une des rives du fleuve, nombre de maisonnettes procurent au peuple qui s’y promène en foule, les jours de fêtes surtout, les plaisirs de la bonne chère, assortis à l’aisance plus ou moins grande de ces diverses classes.
   Les cabanes sont également répandues dans les prairies et sur le rivage du fleuve. Les instruments qui se font entendent dans toutes les parties du bois ajoutent à la gaité qu’inspire la table.
   En traversant le Danube qui sépare cette partie de la forêt, on trouve sur la partie opposée où ce fleuve se divise en plusieurs branches, un grand nombre d’île, les unes ombragées par des bois épais, d’autres couvertes de bocages riants ou de prairies émaillées. Toutes sont animées par le chant de divers oiseaux et par les bondissements des cerfs, des daims, des chevreuils. À l’extrémité de la forêt disparait entièrement le Danube pour faire place à à un charmant hameau composé de petites maisons à un seul étage, agréablement construites et peintes en dehors.
   Malgré la réunion de tant d’agréments dans le jardin d’Augarten et dans ses dépendances, il est moins varié que le Prater. C’est un vaste pré, couvert de forêts que partage une belle allée d’une lieue de long. Sur l’un des côtés, le seul qui soit fréquenté, cette forêt présente l’aspect d’un village, par un grand nombre de maisonnettes et de cabanes ajustées dans les bois. Ce sont des cafés turcs, chinois, italiens, anglais ; ce sont des salles de bal, de billard : tout cela est peint et décoré de mille manières. Sous l’ombrage se mêlent, avec une agréable confusion, princes, militaires, bourgeois, moines, grisettes : la cour elle-même vient s’y populariser. Les jolies femmes ne s’y montrent qu’au soleil couchant. Outre les cabanes consacrées au plaisir de la gourmandise, une infinité de tables sont répandues ça et là dans le bois, et l’on y sert toutes sortes de rafraîchissements. Les sons du cor, de la flûte, et d’autres instruments à vent se font entendre dans toutes les parties du bois.
   Pendant qu’on s’y livre à la joie des milliers de voitures de toute espèce qui rivalisent de rapidité dans leur course, des chevaux barbes, anglais, espagnols, traversent en tout sens la grande allée par laquelle on entre dans le bois, et qui aboutit à un pavillon, le but de ces courses. On retrouve là le Danube, et sur ses bords, un cours planté d’arbres.
   Pour ajouter au charme de cette promenade, on y donne, dans diverses occasions, de superbes feux d’artifice ; un bel amphithéâtre particulier est consacré à ce divertissement. Chaque allée des avenus de la forêt offre des perspectives ingénieusement ménagées, telles que la vue des hameaux, de quelques parties de la ville, du fleuve et de la montagne.
   Ajoutons que cinq cents cerfs, très peu timides, tantôt se promènent à côté des voitures, et tantôt s’enfuient en bondissant à travers les bois.
   Certes, ce Prater est bien autre chose que le pitoyable bois de Boulogne ou les monotones Champs-Élysées de Paris… »

Conrad Malte-Brun, ANNALES DES VOYAGES, DE LA GÉOGRAPHIE ET DE L’HISTOIRE, 1810

   « Le Prater est, pour les Viennois, ce que sont les Champs-Élysées pour les Parisiens, Hyde-Park pour les Anglais. C’est là que la fashion, noble et bourgeoise, se plaît dans la belle saison, à parader, soit à cheval soit en voiture, dans tout l’éclat de toilettes qui empruntent à nos modes leur élégance et leur caprice. Le Prater est à deux cents pas du faubourg du Jaegerzeil, situé sur la même île que le Leopoldstadt et le superbe jardin d‘Augarten. De magnifiques prairies, des faisanderies bien boisées se rencontrent là, ensemble. Du temps de Joseph II, les daims, les sangliers y vivaient de compagnie. Les accroissements considérables de ce parc sont dus particulièrement à ce monarque. Je ne sais quel courtisan voulait qu’il en interdit l’entrée au peuple pour que les grands seigneurs n’y trouvassent que leurs pairs. « Eh mon dieu ! répliqua le prince, il me faudrait donc, pour ne rencontrer que les miens, aller, vivant, m’enfermer dans les caveaux des Capucins. » Il fit détourner un bras du Danube qui séparait le faubourg du Parc. Hors de Jaegerzeil quatre grandes avenues conduisent au Prater : deux à gauche sont peu fréquentées, la troisième, qui aboutit au château d’où partent, dans les fêtes, les feux d’artifice, l’est beaucoup. C’est là que des guinguettes de formes gracieuses, construites en bois et dont le seuil offre plusieurs tables, invitent les promeneurs à se reposer. On y joue, on y boit, on y mange à l’ombre de majestueux arbres, sous les rameaux desquels l’artisan et le petit bourgeois oublient leurs soucis et rêvent quelquefois le bonheur. La quatrième est livrée à la haute aristocratie ; les piétons y trouvent, comme aux Tuileries, des chaises pour se reposer, des cafés, en plus grand nombre et peut-être aussi plus élégants, pour s’y rafraîchir et jouir de la vue des équipages armoriés, des brillantes cavalcades qui, à certains jours, se pressent en ce lieu. C’est en avril, mai, septembre et octobre, et surtout le lundi de Pâques que le Prater est envahi par la foule opulente et titrée. C’est là que les princes, les courtisans, les riches seigneurs luttent de magnificence ; c’est là que les jeunes dandys appartenant au beau monde, viennent déployer toute leur science hippique et faire admirer les allures superbes de leurs destriers dont la généalogie n’est pas moins noble que la leur.
   Le lundi de Pâques est pour le Prater ce qu’étaient, pour les Champs-Élysées, les jours de Long-Champs, quand nous avions encore un Long-Champs… »
Le Danube illustré, Édition française revue par H.-L. Sazérac., H. Mandeville, Libraire-Éditeur, Paris, 1849, pp. 12-13

« À Vienne, le dimanche qui suit la pleine lune du mois de juillet de chaque année, ainsi que le jour d’après, est un véritable jour de fête, si tant est qu’une fête ait jamais mérité ce nom. Le peuple en est le visiteur et l’acteur tout en un ; et si des gens du monde s’y rendent, ce ne peut être qu’en leur qualité de membre du peuple. Il n’y a là aucune possibilité de se distinguer ; du moins en était-il ainsi il y a quelques années encore.
Ce jour-là, la Brigittenau, reliée à l’Augarten, à la Leopoldstadt et au Prater par une suite ininterrompue de distractions, fête sa kermesse. Entre deux Sainte-Brigitte, le peuple des ouvriers compte ses bonnes journées. Longtemps attendue, la fête des saturnales finit par arriver. Alors la bonne et paisible ville est saisie par le tumulte. Une marée humaine remplit les rues. Bruits de pas, murmures de gens en train de converser que vient traverser ici où là une exclamation bruyante. Les différences sociales ont disparu ; civils et soldats se côtoient  dans ce mouvement. Aux portes de la ville, la poussée s’accroît. Après avoir gagné, perdu, puis regagné du terrain, on parvient enfin péniblement à s’extraire. Mais le pont du Danube offre de nouvelles difficultés. Victorieux là encore, deux flots qui se croisent l’un au-dessus de l’autre, le vieux Danube et la houle toujours plus grosse du peuple, le Danube coulant vers son ancien lit tandis que le flot du peuple, échappé à l’étranglement du pont, se déverse tel un vaste lac mugissant, submergeant tout sur son passage. Un nouvel arrivant trouverait ces signes inquiétants. Mais il n’y a là que joyeuse effervescence, plaisir déchaîné.
Déjà, entre la ville et le pont, des charrettes d’osier se sont avancées pour les véritables hiérophantes de la fête que sont les enfants des domestiques et des ouvriers. Surchargées, elles n’en fendent pas moins au grand galop la marée  humaine qui s’entrouvre juste devant elle pour se refermer aussitôt après, insouciante et indemne. Car il existe à Vienne une alliance tacite entre les voitures et les hommes  : ne pas écraser, même en pleine course, et ne pas se faire écraser, même si l’on ne fait pas attention le moindre du monde… »
Franz Grillparzer, Le musicien des rues, Éditions Jacqueline Chambon, Paris, 2000, traduction de Jacques Lajarrige, publié en allemand dans l’Almanach Iris en 1848  

   « Le Prater, qui vit les chasses des prince au Moyen-Âge et fut ouvert dès 1766 au public, a été un parc admirable, et le reste, parce qu’il est très vaste, en ses parties préservées : il a vu défiler toutes les étoiles de Vienne et passer plus d’une fois, dans l’hiver 1930, un promeneur qui était Robert Musil. Mais on y a construit un stade, un hippodrome, les encombrants bâtiments de la Foire de Vienne (au-delà desquels on accède à des terrains vagues et à des fabriques qui longent le Canal du Danube, où quelques chalands, portant parfois des noms russes, sont à l’ancre). Et le « Wurstlprater », le Prater de la Grande-Roue, le célèbre Lunapark, n’a été reconstruit après la guerre que très partiellement et de façon, dit-on, trop organisée. Il est vrai qu’un dimanche d’avant-printemps n’y offre pas un spectacle très gai. Il y avait là quelques rares touristes, des soldats, des amoureux, des familles, un public clairsemé ; des garçons tournaient sur les tournantes pistes de « karting », l’air hébété; à côté de stands de tir presque vides, des Hongrois (vrais ou faux émigrés de 1956 ou revenants de l’Empire) vendaient des spécialités de leur pays. Dans le soir qui tombait, du haut de rochers de carton anfractueux, de souples squelettes invitaient la clientèle à un voyage au pays de l’horreur ; un manège tournoyait encore, dont les sièges étaient des vases de nuit de fer blanc bosselé. Dans le coin des enfants, près d’un petit train immobile et vide, qu’était censé conduire un mannequin de cire emprunté à une vitrine de mode, une réplique minuscule de la Grande-Roue s’élevait, emportant lentement dans les airs, mue ç bras d’homme ou peu s’en faut, un seul couple de clients assis face à face dans une nacelle ; un gros homme au visage jaune et bouffi, vêtu de noir, impassible (peut-être un fripier comme on en croise encore dans la Judengasse ?) et une petite fille. Ils ont dû faire deux fois, trois fois leur tour dérisoire ; quand la nacelle était au sommet de sa course, elle ne s’élevait guère plus haut que les arbustes voisins. Ils ne disaient mot. La petite fille n’eut pas un sourire… »
Philippe Jaccottet, Autriche, 1966

Eric Baude pour Danube-culture, octobre 2020, © Danube-culture, droits réservés

Sources :
DEWALD, Christian, LOEBENSTEIN, Michael, Prater, Kino, Welt. Der Wiener Prater und die Geschichte des Kinos, Verlag Filmarchiv Austria, Wien, 2005
MALTE-BRUN, Conrad, ANNALES DES VOYAGES, DE LA GÉOGRAPHIE ET DE L’HISTOIRE ; OU COLLECTION des Voyages nouveaux les plus estimés, traduits de toutes les langues européennes ; Des Relations originales inédites, communiquées par des Voyageurs Français et Etrangers ; Et des Mémoires Historiques sur l’origine, la Langue, les Moeurs et les Arts des Peuples, ainsi que le Climat, les Productions et le Commerce des Pays jusqu’ici peu ou mal connus ; ACCOMPAGNÉES D’un Bulletin où l’on annonce toutes les Découvertes, Recherches et Entreprises qui tendent à accélérer les progrès des Sciences Historiques, spécialement de la Géographie, et où l’on donne des nouvelles des Voyageurs et des extraits de leur Correspondance.Avec des Cartes et des Planches gravées en taille-douce, PUBLIÉES PAR M. MALTE-BRUN, Correspondant de l’Académie Italienne, de la Société d’Émulation de l’Île-de-France, et de plusieurs autres Sociétés savantes et littéraires, Seconde Édition, revue et corrigée.TOME HUITIÈME., À PARIS, Chez F. Buisson, Libraire-Editeur, rue Gilles-Coeur, n° 10., 1810
GRILLPARZER, Franz, Le musicien des rues, Éditions Jacqueline Chambon, Paris, 2000, traduction de Jacques Lajarrige, publié en allemand dans l’Almanach Iris en 1848
JACCOTTET, Philippe, Autriche, L’Atlas des Voyages, Éditions Rencontre, Lausanne, 1966
Begleitende Broschüre zur Sonderausstellung « LiteraTOUR durch 250 Jahre Prater »vom 24.10.2016 bis Ende Februar 2017, für den Inhalt verantwortlich: Mag.arch. Georg Friedler, Textzusammenstellung DDr. Gertraud Rothlauf, Ausgabe ,1/2016, Bezirksmuseum Leopoldstadt, Wien
DEWALD Christian, LOEBENSTEIN, Christian, SCHWARZ, Werner Michael, Wien in Film, Stadtbilder aus 100 Jahren, Wien Museum, Czernin Verlag, Vienne 2010
Wiener Prater, Wikipedia
www.bezirksmuseum.at
www.wienmuseum.at

Prater, 1888, atelier Hans Neumann, collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

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