Entre Ybbs et Pöchlarn ; en Nibelungengau (II)

Ce coude brutal que le fleuve a été contraint de dessiner en raison de la présence sur la rive septentrionale des contreforts du massif de la Forêt de Bohême (Šumava) et sur la rive méridionale de la « Neustadtler Platte » et des avant reliefs alpins de la Basse-Autriche était appelé par les bateliers danubiens « Böse Beuge » (le coude maléfique).

Passage du « Böse Beuge » au lever du soleil, photo Danube-culture, © droits réservés

Une veine rocheuse dont la couche supérieure, recouverte de graviers affleurait dans le lit au milieu du fleuve rendait le passage particulièrement délicat. Ces écueils, tout d’abord partiellement dynamités dans les années 1770-1780 lors des travaux d’amélioration pour la navigation, ne furent en fait définitivement éliminés que lors de la construction de la centrale hydroélectrique d’Ybbs-Persenbeug, km 2060, 42 (1954-1959). Le « Böse Beuge » a laissé son nom à la commune de Persenbeug, célèbre pour son château où est né le dernier empereur d’Autriche, Charles Ier de Habsbourg (1887-1922).

L’ancien bac qui reliant Ybbs à Persenbeug et Gottsdorf avant la construction de la centrale hydroélectrique, en arrière-plan le château de Persenbeug, photo collection ÖNB, Vienne

Quant à la place de foire et petite cité de de Krummnußbaum, située sur la rive droite du Danube et dans la région du Mostviertel, son toponyme s’explique par la présence de noyers aux troncs courbés près des cabanes des pêcheurs. Krummnußbaum doit sa réputation à sa liaison par bac avec Marbach (rive gauche), liaison qui permettait de faire traverser des pèlerins, des cargaisons de sel, de céréales et de bois principalement dans l’axe nord-sud. L’ancienne route de pèlerinage très fréquentée qui franchit le Danube à cet endroit mène à la somptueuse et populaire basilique de Maria Taferl.

La basilique de Maria Taferl, haut-lieu de pèlerinage, photo © Danube-culture, droits réservés

Elle passe par Krummnußbaum et le hameau de Holzern dans lequel se trouve, sur une modeste hauteur,  la petite église gothique dédiée à Saint Nicolas (Nikolokirche), le saint protecteur des bateliers.

L’église Saint Nicolas (Rosskircherl) du hameau de Hollzern, familière des bateliers du Danube, photo droits réservés

Son édification date de la première moitié du XVe et sa tour octogonale vraisemblablement du XVIIe. Elle est connue des habitants depuis longtemps sous le nom  « Rosskircherl » (la petite église des chevaux) sans doute parce que les maîtres des équipages de haleurs et de chevaux qui permettaient aux bateaux de remonter le fleuve, y faisaient baptiser leurs bêtes. Les bateliers venaient aussi remercier Saint Nicolas d’avoir pu franchir indemnes les tourbillons de la Strudengau et les écueils du « Böse Beuge ». Cette petite église possède dans son choeur de remarquables vitraux également du XVe siècle.

2glise saint Nicolas de Krummnussbaum

Le choeur et les vitraux du XVe de l’église Saint Nicolas, photo droits réservés

L’église paroissial, la maison de maître du XVIe siècle et les paysages des environs de Marbach avec la splendide basilique de Maria-Taferl dans sa position dominante qu’on peut admirer depuis le fleuve, ont inspiré des peintres comme Jakob Alt (1789-1872) et Thomas Ender 1793-1875).

Le château de Marbach, photo © Danube-culture, droits réservés

Galatz (Galaţi) et le Danube en 1868 vus par le baron d’Avril, diplomate français et délégué à la C.E.D.

I. GALATZ [1868]
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   « Galatz est tout entier sur la gauche du Danube. La ville basse s’étend le long du fleuve à une petite élévation. Ce premier plateau se termine brusquement à l’est par un léger escarpement au bas duquel il y a quelques rues et des magasins, puis le grand lac Bratish2, à  une  très petite  distance. Au  couchant, une nouvelle élévation de sol, longue et régulière, aboutit à un grand plateau. J’imagine que le lac Bratish venait autrefois jusque-là, d’autant que, sur sa rive orientale, on aperçoit la même ligne élevée. Au couchant le premier plateau commence tout près du Danube. Aussitôt gravie cette petite montée, on entre dans les deux rues commerçantes, Strada mare [Grande rue] et Strada Braşovenilor, c’est-à-dire [la rue] des marchands de Cronstadt3. Les maisons sont en pierres. Ce sont des rez-de-chaussée à apparence de comptoirs fortifiés, avec un étage au-dessus. Beaucoup de boutiques sont fermées le samedi, et les autres le dimanche. Les voies aristocratiques et consulaires sont la rue Michail Bravul4 et la Strada domnesca5, toutes les deux sur le premier plateau et à peu près parallèles au lac Bratish. La Strada domnesca est plus droite et plus large. L’autre a directement la vue du lac et du fleuve, qui est splendide, surtout au clair d’une lune éblouissante et froide. Sortant le soir de l’une de ces maisons, j’ai cru que la cour était couverte de neige. Il y a de très jolies maisons avec de larges cours, des jardins. Quelques masures s’y entremêlent. Ce n’est pas plus mal ; à quoi bon parquer les misérables dans un quartier séparé ?

Strada Domneascǎ au début du XXe siècle, photo collection Bibliothèque V. A. Urechia, Galaţi 

Dans ces deux rues habitent les délégués à la Commission Européenne du Danube6 et les consuls7. Plus le pays est petit, plus le mât du consul est haut et l’uniforme éblouissant. Les États qui n’entretiennent pas de consuls-fonctionnaires, ont des agents plus riches, parce qu’ils choisissent des négociants, chrétiens ou israélites. Le malheureux fonctionnaire, rétribué avec parcimonie sur un budget mesquin, ne peut rivaliser. En suivant la rue de Michel-le-Brave du sud au nord, vous laissez à gauche la maison où réside la reine du Bas-Danube, la Commission Européenne. Nous en reparlerons.

Le siège de la Commission Européenne du Danube, photo collection Bibliothèque V. A. Urechia, Galaţi

Plus loin, à droite, est l’hôtel hospitalier de M. Rodocanachi8, un Grec.Voici la maison du prince Couza9, où sa mère a demeuré jusqu’à sa mort ; elle est occupée aujourd’hui par le consul anglais. À une double rampe aboutit la rue de Cérès, qui vient du bas du port. Plus loin est un jardin public dont les arbres sont encore tout petits10. En continuant, on sortirait dans la campagne. Du jardin public et de toutes les maisons situées du même côté, on jouit de la vue, sur le lac Bratish, la basse ville, le cours sinueux du Danube, et au delà sur les montagnes de la Dobrudja11, pittoresques, alors couvertes de neige.

La maison du prince A. I. Couza (1820-1873) aménagée en musée, photo Danube-culture, © droits réservés

Du jardin public, rentrons en ville par la Strada Domnească, entre deux rangées de jolies maisons espacées par des jardins et des cours. Si vous regardez à droite, vous voyez la ligne élevée qui borne la ville de côté de l’ouest. À la hauteur de la rue du Vautour12, il y a précisément sur la hauteur une grande église blanche aux toits de couleur. La rue 1 est droite et large.Vous arrivez au sommet, d’où la vụe sur le lac et sur le fleuve est encore plus belle. L’église, vue de près, n’a plus rien de remarquable.

Port de Galaţi au début du XXe siècle, photo collection Bibliothèque V. A. Urechia, Galaţi

Appuyez toujours à gauche, descendant peu à peu la pente que vous avez gravie, vous parviendrez à l’endroit où la ville rejoint le Danube par le petit plateau. Descendez encore et vous voilà dans la rue du port, d’abord entre deux rangs de maisons, mais bientôt vous n’avez plus des maisons qu’à gauche et le fleuve à droite. La rue du Port a des magasins bien appropriés, et le « shipchandler »13 inévitable. On voit surtout des figures grecques, et l’on entend parler le grec. Bientôt s’élève une nouvelle construction à droite, entre vous et le fleuve ; c’est la bourse, qui appartient aux négociants. Au centre, une grande salle où l’on fait des affaires ; à l’entour de petites chambres, où l’on perd au jeu ce que l’on a gagné aux affaires.

La bourse de Galaţi au début du XXe siècle, photo collection Bibliothèque V.A. Urechia, Galaţi

Le côté pittoresque de la population ne laisse rien à désirer. Voici un vieux mendiant à tout crin, maigre et fier, il croque une pomme, assis par terre. À côté de lui, est venu pour lui tenir compagnie, s’asseoir  sur  le  même  siège d’Adam, une  jeune femme du peuple, pas mendiante du tout. Elle fait la conversation avec le vieux, en fumant une cigarette.

Voici deux dames dans un fiacre ; elles s’arrêtent. Elles ne sont ni jolies ni laides, ni vieilles ni jeunes, ni communes ni distinguées ; ce sont des dames entre le zist et le zest14 ; elles regardent gravement un numéro de la Mode illustrée que leur montre un juif « croitor »15 de dame (tailleur pour dames).

À l’odeur, je m’aperçois que je suis dans le quartier juif16. Les hommes sont affreux et sales. La préoccupation du lucre leur donne une physionomie presque repoussante. Les femmes sont généralement propres, sans coquetterie. Leur physionomie, qui est plutôt distinguée, respire le calme de la vie de famille, très honorée chez les Israélites : elles ne sont pas belles toutes, tant s’en faut ; mais elles ont le prestige d’une certaine « respectability ». Chrétienne ou juive, voici une autre femme qui est franchement vieille et franchement laide : montée sur une échelle, elle badigeonne tranquillement une maison en jaune criard…

II. LE DANUBE

   Après la bourse, le fleuve  reparaît  sur  un long  espace vide où l’on aurait dû planter des arbres. Au quai sont les bâtiments de guerre. Chacune des sept puissances signataires du traité de Paris17 peut en entretenir deux, en tout quatorze. Peu à peu le nombre a diminué. La plupart des pavillons ont disparu. La France, l’Autriche, l’Angleterre, la Russie restent seules. Encore l’hiver la Russie et l’Angleterre s’en vont-elles. La France seule a les deux bâtiments réglementaires18. C’est le bon endroit pour contempler le fleuve. Il est gelé avec une très mince couche de neige. On le passe à pied ou en chariot.
C’est étrange et triste.

L’hiver a été exceptionnellement froid et long. Aujourd’hui 23 février 1868, 14° au-dessous de zéro. Sur les bords, la glace a environ 1 mètre d’épaisseur. Vers le milieu , il n’y a plus qu’un pied, probablement parce que le courant est plus rapide. On remarque aussi vers le milieu que le dessous s’amollit. C’est sans doute parce que le haut Danube et les affluents apportent des courants plus chauds. Le Danube est très-haut et une inondation prévue. La municipalité a averti les gens d’en bas de prendre leurs précautions, attendu que l’autorité ne leur portera aucun secours.On croyait que les hautes eaux feraient éclater la couche solide, mais pas du tout. La couche a été soulevée et l’eau a regelé sur les bords. Quand la débâcle commence par en bas, la glace s’écoule paisiblement. Quand elle commence par en haut, il descend des glaçons énormes qui s’accumulent les uns sur les autres et peuvent briser les bâtiments ou les soulever et les jeter sur la rive. Les navires de guerre ont garni leurs proues de petites estacades. Ils sont solidement amarrés par de fortes chaînes et assujettis à de grosses poutres.

Le grand espace où sont les bâtiments de guerre est un quai construit par le commerce, qui n’en profite guère19. Vient ensuite un corps de garde, puis les établissements de la compagnie Russe, de la compagnie Danubienne20, du Lloyd austro-hongrois et des Messageries françaises21.

Adolphe Lévesque, baron d’Avril, De Paris à l’île des serpents à travers la Roumanie, la Hongrie et les bouches du Danube par Cyrille, auteur du voyage sentimental dans les pays slaves, Paris, Ernest Leroux Éditeurs, 1876

Notes :
1 Il publie, parfois sous le pseudonyme de Cyrille, plusieurs ouvrages relatifs à l’Orient, donne une traduction nouvelle de la Chanson de Roland et collabore également à la Revue d’Orient, à la Revue des Deux Mondes…
Adolphe Lévesque se marie 1857, à Paris, avec Marie Odobesco, née en Roumanie. Six enfants naissent de cette union. Le fils aîné, Louis, embrassera également la carrière de diplomate.
Adolphe Lévesque donne au Département (Ministère des Affaires Étrangères) sa bibliothèque, dont la plupart des ouvrages sont consacrés à l’Europe orientale et au Moyen-Orient. Cette bibliothèque contient plus de 1 850 titres regroupant non seulement des ouvrages, des mélanges mais également un grand nombre de dossiers de presse reliés. Ces ouvrages sont inscrits à l’inventaire en juillet 1925 et mai 1938. 
Sources : Ministère des Affaires Étrangères.
L’extrait cité dans cet article date de 1868.
2 Le lac Brateş, lac lagunaire peu profond de 2400 hectares, autrefois beaucoup plus étendu et très poissonneux, est situé dans la zone de confluence du Prut avec le Danube.
3 Braşov (Kronstadt en allemand ou Brassó en hongrois), grande ville multiculturelle de Transyvanie, centre industriel et touristique
4 Mihai Viteazul, Michel Ier le Brave (1558-1601), prince de Valachie, Moldavie et Transylvanie (1558-1601), s’est en particulier distingué en affrontant les armées de l’Empire Ottoman et en les repoussant au-delà du Danube. Héros national roumain.
5 La rue Domnească est une des principales rues de Galaţi.
6 La Commission Européenne du Danube est une commission internationale qui a été fondée en   vertu de l’article 16 Traité de Paris du 30 mars 1856, organisé à l’initiative de Napoléon III, pour s’occuper initialement de l’amélioration et de la gestion de la navigation aux embouchures du Danube, initialement d’Isaccea à la mer Noire ainsi qu’aux parties maritimes avoisinantes celles-ci, territoire alors dans l’empire ottoman. La Roumanie, fondée en 1878 sera admise à faire partie de la C.E.D. à partir de cette année là. Les pays membre de la C.E.D. représentés par des délégués sont l’Autriche, la France, La Grande-Bretagne, la Prusse, la Russie, la Sardaigne et la Turquie. Le secrétaire général de la C.E.D. siège à Galaţi, des services administratifs et techniques à Sulina, Issacea et Tulcea.
7 Les pays qui  possèdent un consulat à Galaţi ou un représentant consulaire à cette époque sont le Royaume-Uni, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, l’Espagne (?), la France, la Grèce, la Hollande, l’Italie, la Prusse, la Russie, la Suède-Norvège, l’ empire ottoman et les USA. Certains des délégués de la C.E.D. font également fonction de consuls.
8 Vraisemblablement Theodoros Rodocanachis (1797-1882), membre d’une famille de grands commerçants grecs.
9 Le prince Alexandru Ioan Cuza (1820-1873), grande personnalité de la renaissance culturelle roumaine, prince de Moldavie, de Valachie puis de Roumanie (1862-1866), francophone, soutenu par Napoléon III, réformateur, il est renversé par une coalition contre nature en 1866 et doit finir sa vie en exil. Il meurt à Heidelberg âgé de 53 ans.
10 Le Jardin public de Galaţi (Grădina Publică) qui donne sur la strada Domnească et la strada Vasile Alecsandri été inauguré en 1846.
11 La Dobrudja ou Dobrogea
12 La strada vultur est perpendiculaire à la strada Domnească
13 Marchand d’accastillage
14 Cette expression française qui remonte à la première moitié du XVIIIe siècle, a d’abord été appliquée dès 1718 aux noms de choses et bien plus tard vers 1835 aux personnes. Le zeste ou zest à l’origine, c’est-à-dire avant le XVIIe siècle se définissait comme étant l’écorce superficielle de l’orange et au sens figuré un objet de peu de valeur. Quant au zist, ce serait l’enveloppe blanche au-dessous du zeste ce qui donnerait à notre expression le sens de l’indécision, une chose incertaine car la limite entre le zest et le zist est relativement incertaine. Ici l’expression est utilisée dans le sens d’un âge incertain ou entre deux âges. (Sources…)
15 Tailleur en langue roumaine
16 On est vraiment surpris par les propos antisémites d’Adolphe Lévesque, baron d’Avril, diplomate français et délégué à la C.E.D.
Important carrefour commercial depuis le XVIIe siècle, la ville fut le théâtre d’actes de violence  et de vandalisme en 1868 après que fut lancée à l’encontre de certains habitants appartenant à la communauté juive de la ville, une accusation de meurtre rituel. Cette  communauté qui s’était implantée à la fin du XVIe siècle dans la ville, participait activement à sa vie économique. Outre 1868, la communauté juive a été persécutée sous divers prétextes et à de nombreuses reprises (1796, 1812,1842, 1846, 1859, 1867, 1893, 1940-1945). De 14 500 habitants en 1894, la communauté juive passa à 450 habitants en 1969.
L’imposante synagogue dite « des artisans » est l’unique rescapée des vingt-neuf synagogues que comptait la ville dans les années 1930. Construite en 1875, elle fut inaugurée à nouveau en 2014. Bien que l’émigration ait provoqué une quasi-disparition de cette communauté, il reste aujourd’hui, en dehors de cette synagogue, un restaurant cacher et un cimetière juif.
Sources : jguideeurope.org
17 Le « Traité de Paris » met fin à la guerre de Crimée (1853-1856). Il proclame l’intégrité de l’empire ottoman,  instaure la neutralité de la mer Noire et institue la première commission européenne du Danube. Les pays signataires sont l’Empire d’Autriche, la France, le Royaume de Piémont-Sardaigne, le Royaume-Uni, la Prusse, la Russie et l’Empire ottoman.

18 Cette station a été, depuis la guerre de 1870, réunie à celle de Constantinople (note de l’auteur).
19 Cet espace a été plus tard rendu au commerce (note de l’auteur).
20 La compagnie impérial et royal de navigation à vapeur sur le Danube autrement dit la D.D.S.G., compagnie autrichienne de navigation fluviale et maritime.
21 La compagnie des Messageries Maritimes fondée à Marseille desservira Constantinople et la mer Noire (Odessa…) dès 1855. Ses bateaux feront escale également à Sulina, Tulcea, Galaţi et Brăila.  Cette compagnie assurait également le transport du courrier auprès des bureaux de poste français de Galaţi, Brǎila, ouverts en 1857 et fermés en janvier 1875 et ceux de Sulina et Tulcea, ouverts en novembre 1857 et fermés en avril 1879.
Sources : messageries-maritimes.org 
https://semeuse25cbleu.net/usages-hors-de-france/bureaux-de-poste-francais-a-letranger

La tarte de Linz !

« Les jours devinrent des semaines, puis aux semaines succédèrent les mois et soudain le printemps était là. La douce lumière du soleil réchauffant l’air nous incitèrent à redevenir des promeneurs heureux de retrouver des sensations presque oubliées. Et quand vous avez la joie de vous assoir sur un banc dans un parc ou tout simplement sur une couverture posée sur l’herbe au bord du Danube avec des amis, ou votre famille réunie ou un être cher, quel qu’il soit, vient l’instant de partager une délicieuse « Linzer Torte ».

La tarte de Linz a-t-elle été inventée à Linz sur les bords du Danube ?

Difficile à dire car la plus ancienne recette de « Linzer Torte » ne se trouve pas à Linz au bord du Danube mais dans une prestigieuse abbaye de Styrie ! Les archives de l’extraordinaire bibliothèque de l’abbaye bénédictine d’Admont1, fondée en 1074 et située sur les bords de l’Enns, un important affluent de la rive droite du Danube haut-autrichien abritent de merveilleux trésors, curiosités et autres objets exceptionnels.

L’abbaye bénédictine d’Admont, dans l’ouvrage Topographia ducatus stiria de Georg Matthäus Vischer, 1681

Elles ont aussi l’immense privilège de posséder, trésor parmi les trésors de leur collection de livres de cuisine, la plus ancienne recette connue de « Linzer Torte« . Ce n’est d’ailleurs pas une mais quatre recettes de « Linzer Torte » parmi 490 recettes diverses consignées en 1653 par Anna Margarita Sagramosa, née comtesse Paradeiser, une aristocrate originaire de la région autrichienne de la Carniole (Krain, aujourd’hui en Slovénie, province faisant frontière avec l’Italie) et installée après son mariage à Vérone, dans le Codex 35/31 qui figurent dans cet ouvrage intitulé en langue allemande « Buech von allerley Eingemachten Sachen, also Zuggerwerck, Gewürtz, Khüt- ten und sonsten allerhandt Obst wie auch andere guett und nützlich Ding ». (« Le livre de diverses sortes de réalisations culinaires tout comme des sucreries, des épices, des coings et toutes variétés de fruits et aliments gouteux et utiles »).
La question de la présence de cet ouvrage culinaire dans le fonds de la bibliothèque de l’abbaye bénédictine d’Admont n’a pas encore trouvé de réponse. Mais les moines bénédictins se sont toujours intéressés aux domaines scientifiques les plus variés et aux arts y compris culinaires. Les quatre recettes n’ont été redécouvertes qu’en 2005 par la directrice de la bibliothèque du musée de Haute-Autriche de Linz. La plus ancienne recette connue auparavant et datant de 1696 appartient à la collection du Musée de la ville Vienne.
Un certain Johann Konrad Vogel (1796-1833), originaire de Bavière, se marie en 1822 avec Katherina Kreß, veuve d’un pâtissier de Linz, reprend le commerce et se lance dans la fabrication à grande échelle d’une tarte à base de la fameuse et délicieuse « pâte de Linz », connue, sous une forme similaire, déjà dans l’Égypte ancienne. Cette pâtisserie devient l’emblème culinaire (l’ambassadrice sucrée) de la capitale de la Haute-Autriche et fait ensuite le tour du monde. La recette rapidement imitée a continuellement été renouvelée, réinventées au fil du temps, de l’imagination et de l’inspiration des pâtissiers. Bref on s’est souvent largement éloigné de la ou des recettes recettes d’origine. C’est pourquoi il est passionnant de se pencher sur quelques-unes des plus anciennes et « authentiques » recettes de « Linzer Torte » pour connaître quelle pâtisserie/salon de thé ou Konditorei autrichienne peut à juste titre prétendre vendre la véritable « Linzer Torte » selon les critères définis dans la capitale de la Haute-Autriche.
La « Linzer Torte » est une pâtisserie à base de pâte brisée (pâte de Linz) confectionnée avec une proportion importante de noix. À l’origine, seules des amandes étaient ajoutées à la pâte. Aujourd’hui un mélange d’amandes et de noisettes râpées est généralement utilisé. La « Linzer Torte » authentique ne doit contenir qu’une simple garniture de confiture de groseille. Elle est traditionnellement recouverte avec un treillis de pâte.
Les premières recettes nous montrent une tarte qui n’a pas grand-chose à voir avec celle que nous connaissons aujourd’hui. Les divers ingrédients caractéristiques désormais utilisés tels que par exemple la cannelle, les clous de girofle et les noisettes manquent de même que le treillis caractéristique et souvent aussi la garniture avec de la confiture. Dans les premiers années de sa fabrication on utilisait  des amandes râpées, des citrons ou même du saindoux qui faisaient l’originalité de la véritable « Linzer Torte ». Malgré tout, une caractéristique relie toutes les différentes recettes de « Linzer Torte » au cours de l’histoire, l’incontournable pâte brisée qui fait la saveur inégalable de ce dessert bien évidemment à condition de veiller à ce que celle-ci ne soit pas trop sèche.
Si la plus ancienne recette connue de « Linzer Torte » ne se trouve pas à Linz, la bibliothèque du Musée de Haute-Autriche (Oberösterreichische Landesmuseum) possède toutefois une collection importante de livres de cuisine manuscrits datant d’entre 1700 et 1858 et dans lesquels on trouve pas moins de 95 recettes de « Linzer Torte » ! Parmi celles-ci ces recettes une variante avec du chocolat (Livre de cuisine de Babette Kindler, vers 1850).

Recette manuscripte de « Linzer Torte », collection du Musée du Land de Haute-Autriche de Linz

Note :
1 la plus importante bibliothèque de monastère au monde

La « Linzer Torte » en quelques dates
1653
La comtesse Anna Margarita Sagramosa originaire de Krain (Carniole), domiciliée à Vérone après son mariage, recopie quatre recettes de « Linzer Torte » dans son livre de cuisine manuscrit. Redécouvert à la bibliothèque de l’abbaye d’Admont en 2005, c’est actuellement le plus ancien témoignage connu d’une recette de « Linzer Torte ».
1718
La première recette imprimée du « Guten und Suessen Lintzer-Taiges » est publiée dans le « New Saltzburg Cookery Book » de Conrad Hagger.
1700-1850
Période de gloire de la « Linzer Torte ». Inventions de nombreuses variations tant en termes de goût que d’apparence. Des recettes de « Linzer Torte » sont publiées dans presque tous les premiers livres de cuisine imprimés en Europe.
1842
La « Linzer Torte » est mentionnée pour la première fois dans un récit de voyage (Johann Georg Kohl « Reise von Linz nach Wien », publié à Dresde en 1842).
1855
Franz Hölzlhuber (1826 -1898), peintre, chanteur, poète, bibliothécaire, professeur de dessin, confiseur, né à Steyr (Haute-Autriche) et émigré aux USA fait découvrir la « Linzer Torte » aux américains de Milwaukee (Wisconsin) pendant son séjour (1855-1860). Il compose à Milwaukee son unique opéra (singspiel) qu’il intitule « Das neue Donaureich » (vers 1856).

Franz Hölzlhuber (1826-1898), ambassadeur de la « Linzer Torte » aux États-Unis, source :  www.steyerpioniere.wordpress.com

1900
L’écrivain prussien Ernst von  Wildenbruch (1845 -1909) immortalise la pâtisserie dans son ode à la  « Linzer Torte ». Il conclue celle-ci sur le vers : « Was sind aller Dichter Worte gegen eine Linzer Torte! » (« Que peuvent faire les vers de tous les poètes en face d’une tarte de Linz ! »)
1927
L’écrivain, journaliste et humoriste viennois Alfred Polgar (1873-1955) sème   volontairement et non sans humour la confusion en prétendant que la recette de la « Linzer Torte » a été inventée par un boulanger viennois du nom de « Linzer ». Cette hypothèse est réfutée.
1944
L’opérette « Linzer Torte » du compositeur Ludwig Schmidseder1 (1904-1971 ), né à Passau et mort à Münich sur un livret d’Ignaz Brantner (1886-1960), Johann-Gustav) Kernmayr (1900-1977) et Aldo von Pinelli (1912-1967) est représentée pour la première fois au Théâtre de Haute-Autriche de Linz. Ludwig Schmidseder est aussi l’auteur de l’opérette « Mädel aus der Wachau » créé à Linz en 1951.
2009
Première édition des Journées de la « Linzer Torte »
Cet évènement a lieu à la fin de l’automne : concours de pâtisserie, démonstration de cuissons diverses, présences d’illustres amateurs de la « Linzer Torte » et autres spécialités culinaires locales.
Notes :
1
Ce compositeur de musique légère tendance jazz à été membre du parti nazi dès 1933. Il se fera naturalisé autrichien en 1948.

Parmi les nombreuses personnalités autrichiennes et étrangères qui appréciaient ce met sucré on compte l’archiduc Franz Karl de Habsbourg (1802-1878), père de l’empereur François-Joseph et beau-père de Sissi qui avait pris l’habitude en se rendant dans son élégant palais d’été de Bad Ischl (Salzkammergut) de passer la nuit dans la capitale de la Haute-Autriche et d’emporter avec lui une « Linzer Torte » pour la suite de son voyage. Autant dire que la « Linzer Torte » appartient à l’histoire de l’Autriche.

Deux bonnes adresse à Linz
L’incontournable Konditorei Jindrak confectionne depuis bientôt 100 ans (1929) la « véritable Linzer Torte » à raison d’environ 100 000 exemplaires chaque année ! La maison mère se trouve Herrenstraße 22-24 avec de nombreuses filiales dans la ville.
www.jindrak.at/original-linzer-torte 
La confiserie Isabella/Marc Chocolatier, s’est basée sur l’une des quatre recettes de la bibliothèque de l’abbaye d’Admont pour recréer une « Linzer Torte » parmi les plus savoureuses d’Autriche. On la trouve non seulement dans l’établissement d’une des grandes rues commerçantes de la capitale de Basse-Autriche (Landstrasse) mais aussi sur place à l’abbaye d’Admont.
www.marc-chocolatier.at

Une recette contemporaine 
Ingrédients :
250 grammes de beurre
250 grammes de farine,
125 gramme de sucre glace
150 grammes de noisettes (ou éventuellement amandes) en poudre
2 cuillerées à soupe de chapelure,
1 oeuf, 1 jaune d’oeuf et 1 oeuf pour enduire
Cannelle en poudre, 1 pincée de clou de girofle moulu
1 pincée de sel
zeste citron ou jus de citron
confiture de groseille, amandes effilées.
Préparation :
Disposer la farine en tas sur le plan de travail. Couper le beurre en petits morceaux et les mélanger à la farine en émiettant du bout des doigts. Ajouter le sucre glace, les noisettes et la chapelure, puis l’œuf et le jaune d’œuf. Saupoudrer généreusement de cannelle, d’une pincée de clou de girofle, d’un peu de sel et du zeste ou du jus d’un citron. Travailler l’ensemble rapidement pour obtenir une pâte brisée lisse en formant une boule. La couvrir et la laisser reposer au frais une demi-heure environ.
Préchauffer le four à 180°C et beurrer un moule à manqué pas trop grand.
En appuyant avec le dos des doigts, repartir un peu plus de la moitié de la pâte au fond du moule. Avec le reste, former plusieurs petits boudins (pour les croisillons) ainsi qu’un boudin plus gros pour le bord de la tarte. Couvrir le fond  de la tarte de confiture en laissant un espace libre d’environ 1 cm tout autour pour réaliser le bord. Disposer le gros boudin en rond autour du moule et l’écraser légèrement. Disposer ensuite en treillis les boudins plus fins sur le dessus de la tarte. On peut éventuellement saupoudrer le tout d’amandes effilées.
Recouvrir la pâte avec l’œuf battu puis faire cuire au four pendant 50 à 60 minutes. Sortir du four et laisser refroidir. Recouvrir et laisser reposer une journée.

Selon d’autres recettes la « Linzer Torte » est préparée avec une pâte plus molle. Les croisillons sont alors réalisés à l’aide d’une poche à douille.
Vous pouvez la mettre en valeur en l’accompagnant avec un vin pétillant brut autrichien de la vallée du Danube !

Une recette vegan
Ingrédients :
300 grammes de farine complète ou semi-complète fine
100 grammes de sucre
150  grammes de noisettes en poudre
200 grammes de Margarine végétale
1 cuillère à thé de cannelle
200 grammes de confiture de groseille qui peut être éventuellement remplacée par de la confiture de cerises amères ou de cassis
Crème fraîche végétale
Préparation :
Tamisez la farine sur une plaque à pâtisserie et faites un puits au milieu. Ajouter le sucre, la cannelle et les noisettes. Étaler la margarine en morceaux sur le bord de la farine et pétrir le tout rapidement avec les mains pour former une pâte lisse. Formez une boule, l’enveloppez dans du papier d’aluminium et laissez reposer au réfrigérateur pendant 1 à 2 heures.
Sur un plan de travail fariné, étalez ensuite les trois quarts de la pâte sur une épaisseur d’environ 2 cm et garnissez le fond d’un moule à cake ou à charnière (diamètres de 24 cm) avec celle-ci. Piquez le fond du gâteau plusieurs fois avec une fourchette à petits intervalles et répartir la confiture de groseille uniformément sur le dessus. Façonner le reste de pâte en petits boudins,  disposez-les sur la tarte en les croisant  et recouvrez-les d’une crème chantilly végétale. Faites cuire au four préchauffé à 200°C pendant environ 45-55 minutes.
Au lieu de la confiture de groseille, vous pouvez également utiliser à la place de la confiture de groseille une compote de pommes. la tarte sera alors particulièrement moelleuse.

Et pendant que vous êtes à Linz et séduit par cette ville où passé, présent et futur s’harmonisent ne font pas que s’harmoniser architecturalement, ou peut-être déjà devant la vitrine alléchante d’une Konditorei, partez à la découverte des « Linzer Augen » (« Yeux de Linz »). Une autre spécialité sucrée de la ville, particulièrement appréciée pendant le temps des fêtes de fin d’année avec d’autres biscuits, certes moins connue à l’étranger mais toute aussi délicieuse ! On les achète un peu partout en Autriche.

Linzer Augen ! Photo droits réservés

Sources :
Linzer Torte, Bundesministerium Landwirtschaft, Region und Tourismus,
www.bmlrt.gv.at
www.stiftadmont.at
www.linztourismus.at/fr
Josef Hasitschka, Admonter Klosterkochbuch, Barocke Rezepte und Geschichten aus den Stift Admont, Benediktiner Stift Admont, Admont, 1998
Waltraud Faißner, Wie man die Linzer Dortten macht ! (Comment prépare-t-on la tarte de Linz !), 2004
Recettes historiques de la « Linzer Torte » issues de la collection culinaire de la bibliothèque du Musée régional haut-autrichien de Linz.
40 recettes de 1700 à 1848 avec parfois des ingrédients inhabituels comme de l’eau de rose, des morceaux d’orange confite ou des pistaches pour la décoration qui démontrent que la « Linzer Torte » était initialement une pâtisserie à la mode baroque. Les recettes sont accompagnées d’illustrations du XVIIIe et du XIXe siècles.

Le Yacht royal « Libertatea » (« Nahlin »)

Le « Libertatea » à quai à Galaţi dans les années 1970, hôtel-restaurant sur le Danube !

Ce magnifique bateau a été construit en 1930 selon les plans de G.L. Watson & Co. (Glasgow) par les chantiers navals écossais John Brown & Co. pour la femme la plus riche de Grande-Bretagne de l’époque, Lady Annie Henriette Yule, héritière de sir David Yule. Baptisé du nom de « Nahlin », bénéficiant d’équipements techniques novateurs et performants et d’une décoration intérieure des plus raffinées, il fut considéré comme le plus beau yacht de son époque. Le bateau qui va naviguer sur les océans et les mers du monde entier héberge des membres de la famille royale britannique à partir de 1934 parmi lesquels le roi Édouard  VIII qui invite à bord sa maitresse sulfureuse Wallis Simpson, une relation qui l’aurait obliger à renoncer au trône d’Angleterre pour l’épouser.

Le « Nahlin » est ensuite racheté en 1937 par le gouvernement roumain rebaptisé « Luceafărul », (« Lumière du soir ») et offert au roi Carol II. Le navire remonte le Danube et vient mouiller régulièrement à Galaţi. Le roi et sa famille y accueille de nombreuses personnalités à bord et le bateau sert aussi pour des négociations politiques. Après l’abdication du roi , le bateau devient la propriété du Ministère de la culture roumain. Le « Nahlin » tombe ensuite aux mains du régime communiste après la Seconde Guerre mondiale. Commence une sombre période. Rebaptisé « East » et plus tard « Freedom » il reste malgré tout un des navires les plus prestigieux de la flotte roumaine jusque dans les années cinquante. Il est ensuite transformé en musée et hôtel-restaurant puis uniquement en restaurant restant amarré aux quais de Galaţi et laissé dans un état de plus en plus déplorable. Difficile de reconnaître l’ancien yacht royal même si les habitants de Galaţi le considèrent comme l’un des symboles les prestigieux de la ville. La société SC Regal SA Galaţi acquiert le yacht pour une somme dérisoire et dans des conditions mystérieuses après la révolution de 1989 et le changement de régime. Du fait de cette acquisitions plus ou moins légale la propriété du « Libertatea » fait l’objet de plusieurs litiges entre le Ministère de la Culture roumain et la SC Regal SA Galaţi. En 1998 la Commission Nationale des Musées et des Collections de Roumanie intègre le yacht dans la catégorie « Patrimoine et trésors culturels nationaux ». La SC Regal SA Galaţi conteste cette classification devant les tribunaux. Elle perd son procès. Entretemps elle réussit malgré tout à vendre le navire aux enchères en 1999 pour la somme ridicule de 265 000 $. L’acquéreur, trop heureux de son achat, est  un courtier britannique renommé, Nicholas Edmiston. La vente fait scandale en Roumanie. La directrice de la société SC Regal Galaţi, Elena Trandafir, s’excuse et déclare tardivement que, bien que le navire ait déjà été vendu, le nouveau propriétaire doit se conformer à la législation roumaine concernant les biens patrimoniaux. Le ministère de la Culture fait lui-même l’objet d’une enquête publique. Sa plainte pénale contre SC Regal Galaţi est rejetée par le bureau du procureur. Nous sommes dans une période post-communiste et en plein feuilleton romanesque ! En septembre 1999, ce même ministère de la Culture délivre curieusement un permis « d’exportation temporaire »au nouveau propriétaire du navire sous le prétexte que le bateau ne peut être correctement restauré qu’en Grande-Bretagne. Le départ du navire du pays est l’occasion de débats houleux y compris au parlement roumain. La tempête médiatique se calme peu à peu après que le ministère de la Culture assure que le navire conservera son pavillon roumain et rentrera en Roumanie en août 2000. Le bateau n’est depuis jamais revenu naviguer dans les eaux roumaine ni sur le Danube maritime…

Après son départ de Galaţi et son transfert par cargo en Angleterre le yacht est immédiatement rebaptisé de son nom de baptême « Nahlin » et hisse les couleurs britanniques. Il commence à être restauré selon ses plans d’origine à Devonport, Plymouth et Liverpool puis par les chantiers navals allemands de Rendburg et plus tard à Hambourg. Le bateau rénové avec un soin extrême retourne à la navigation en 2010 avec Glasgow comme port d’attache. Diverses sources affirment que la restauration aurait coûté la modeste somme d’environ 35 millions de dollars. Le « Nahlin » est estimé quant à lui à 45 millions de dollars. Il appartient aujourd’hui à l’industriel britannique Sir James Dyson, qui l’a lui-même acheté à Sir Anthony Bamford, président de JCB. Il fait partie des trois derniers grands yachts à vapeur construit en Grande-Bretagne.

Le « Nahlin », photo © Stekruerbe, droits réservés

Le « Nahlin » mesure 91,4 m de long, 10,98 m de largeur au fort. Son tirant d’eau est de 4,42 m. Le bateau est équipé d’un système de propulsion de 4 moteurs de 2 200 CV, chacun fournissant 1 619 kilowatts ; la puissance totale du bateau est donc de 8 800 ch ou 6 475 kW. sa vitesse maximale de 17 noeuds. L’intérieur d’origine était divisé en six cabines avec salle de bains privative pour les invités, un gymnase, un salon pour  les femmes avec vue sur la mer sur trois côtés et une bibliothèque.

On ne peut que regretter avec les habitants de Galaţi et des villes roumaines du Danube que ce magnifique yacht ait quitté définitivement les eaux danubiennes et celles de la mer Noire mais il faut reconnaître que c’est grâce à la ténacité et au savoir-faire britannique et des chantiers navals allemands que le navire a été sauvé d’une démolition probable.Tant de magnifiques navires d’autrefois qui croisaient sur le Danube en y transportant des passagers prestigieux ou anonyme d’un pays ou d’un empire à l’autre ont eu ce tragique destin. Que sont également devenus les navires et les embarcations de la Commission Européenne du Danube comme par exemple le yacht « Prince Ferdinand de Roumanie », le canot automobile en bois de pin « Principele Mihai », les bateaux-pilotes l' »Hirondelle«  et »E. Magnussen« , stationnés à Sulina, les chaloupes à vapeur « Flora », « Mouette », « Angelus », ou encore ses bateaux de sauvetage en bois d’acajou construits en Angleterre ? Le Danube est un grand cimetière de bateaux.

Le « Nahlin » (« Libertatea ») reviendra-t-il un jour s’amarrer aux quais de la Falaise ou du port de Galaţi ?

Le « Carolus Primus », élégant yacht de la Commission Européenne du Danube

Sources :
Ovidiu Amălinei, Viaţa Libera, Galaţi
Reginald Crabtree, Royal yachts of Europe : from the seventeenth to twentieth century, David & Charles publisher, London, 1975

Eric Baude, © Danube-culture, mai 2021

Le yacht « Libertatea » à quai sur la « Faleza » de Galaţi en 1980 devant l’église fortifiée de Sfânta Precista. Sources Bibliothèque V.A. Urrechia, Galaţi

La Lobau, Friedrich Heller (1932-2020) et un projet incongru de tunnel autoroutier

La Lobau, d’aujourd’hui a deux visages contrastés : le premier sous la forme d’un port pétrolier au nom « poétique » d’Ölhafen Wien (km 1916,4) avec son bassin, ses appontements où accostent bon an mal an, environ mille convois représentant un million de tonnes de produits pétroliers, ses réservoirs, ses réseaux de canalisations et autres installations industrielles, de l’autre une nature encore préservée pour le moment aux portes de Vienne et intégrée dans un parc national depuis 1996, le Nationalpark Donau-Auen (Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes).

La Lobau avec le port pétrolier, le Nouveau Danube et le Danube (coupé par le barrage de Freudenau) de part et d’autre de l’île du Danube (Donauinsel) et Groß-Enzersdorf. On y voit également, à droite du bassin du port pétrolier, l’entrée du canal Danube-Oder (320 km), un projet grandiose entrepris avec enthousiasme par les dirigeants nazis en 1939 et abandonné en 1942 après la réalisation de quatre tronçons de quelques kilomètres au départ de Vienne. Le plus large des quatre tronçons traverse la Lobau sur une longueur de 2,3 km et fait aussi office de baignade naturelle. Des prisonniers ukrainiens et juifs-hongrois travaillèrent au creusement de ces tronçons. Le projet a récemment été relancé par la présidence de la République tchèque…  

Les deux peuvent-ils cohabiter durablement sans que le premier avec ses conséquents besoins en eau pompée dans un Danube qui en manque de plus en plus ainsi que le changement climatique s’associent pour mettre en danger la vie et la biodiversité du second dont les bras morts s’assèchent inexorablement ?
Comme si les espaces naturels préservés n’étaient pas déjà menacés par l’extension urbaine, un projet de tunnel autoroutier sous la Lobau aux conséquences difficilement prévisibles inquiète les défenseurs de ce trésor de biodiversité déjà amputé d’une partie de son territoire par l’agrandissement du port pétrolier.

Le port pétrolier de Vienne, photo droits réservés

Une nature de plus en plus artificialisée
La capitale autrichienne ne cesse de s’étendre, d’autoriser voire d’encourager les projets immobiliers de toutes sortes, d’accroître le nombre de ses habitants et par conséquent ses infrastructures, ses surfaces commerciales, son trafic et transit routier à la pollution déjà conséquente, ce qu’on déguise pompeusement sous le doux euphémisme de « mobilité urbaine ». La place manque au sud, sur la rive droite mais outre Danube, au nord et à l’est, l’espace est immense, enfin presque. Les terres agricoles septentrionales à proximité immédiate de Vienne ou dans Vienne disparaissent inexorablement et les nouvelles constructions ont déjà commencé à faire ressembler les abords de la capitale de ce côté-là aux villes américaines ou à certaines villes européennes américanisées. Cette architecture urbaine sans grâce et inspiration qui n’a rien à envier aux banlieues de Prague ou de Brno de l’époque communiste, est d’un effrayant conformisme et d’une laideur absolue constante. Pauvres architectes contemporains en manque singulier d’imagination ! On a par ailleurs du mal à comprendre une logique qui consiste à restaurer (artificiellement) ou à insérer à grands frais et force communication une nature domestiquée dans le centre-ville et en parallèle à détruire consciencieusement une nature « sauvage » à la périphérie puis à réinsérer à dose homéopathique des éléments de nature dans le paysage urbain sous forme de parcs et de jardin publics où il ne faut tout juste pas s’essuyer les pieds avant d’y pénétrer quand le sol n’est pas jonché comme c’est la règle désormais à Vienne, par des mégots de cigarettes ! Mais peu importe aux promoteurs et aux édiles municipaux puisque ce n’est évidemment pas dans ces faubourgs sinistres que les touristes viendront se perdre. On pourrait même imaginer dans le futur, si rien n’est fait pour décourager la voracité des promoteurs et de leur béton, une continuité urbaine entre la capitale autrichienne et la capitale slovaque de part et d’autre du fleuve. Difficile d’envisager un horizon précis mais la tendance est bien là et pour le moment rien ne semble vouloir la freiner.

Friedrich Heller (1932-2020), photo Lobau Museum, droits réservés

Friedrich Heller et la Lobau
Friedrich Heller (1932-2020), écrivain, journaliste, poète (auteur de haïku), historien, chroniqueur autrichien, conteur, personnalité attachante aux multiples compétences et fervent défenseur de la Lobau, cet exceptionnel trésor viennois de la biodiversité danubienne est né en 1932 à Groß-Enzersdorf. Cette commune à la longue histoire, sur le territoire de laquelle ou aux environs de laquelle se déroula plusieurs péripéties des guerres napoléoniennes1, se trouve sur la rive gauche du fleuve dans la périphérie de la capitale autrichienne, aux portes du Marchfeld, plaine alluvionnaire désormais transformée essentiellement en un vaste territoire agricole faisant frontière avec la Slovaquie, frontière dessinée à l’est par la March ou la Morava (slovaque), affluent du Danube. Le Marchfeld intègre encore dans son espace la majeure partie du Parc National des Prairies alluviales danubiennes auquel appartient la Lobau et qui devrait se trouver pour ces raisons théoriquement protégée…
Durant toute sa vie, l’écrivain restera fidèle à sa commune de naissance et à la Lobau voisine, publiant plusieurs livres à leur sujet. Il fonde, en tant que président d’une association locale son propre musée. Citoyen d’honneur de Gross-Enzersdorf, Friedrich Heller a également reçu plusieurs distinctions parmi lesquelles la Croix d’honneur pour la science et l’art de la République d’Autriche. Cet homme entièrement dévoué à la vie, à l’histoire et à la protection de la Lobau, publie en 1972 un ouvrage en forme de réquisitoire contre le projet de destruction de l’environnement d’une partie de ces prairies alluviales danubiennes pour agrandir le port pétrolier. Puis en 1997 sort son livre consacré à à la Lobau « Das Buch von der Lobau ». Bien qu’il ait pourtant été nommé « citoyen d’honneur de Gross-Enzersdorf » aucune rue de cette commune ne porte son nom…

Musée de la Lobau :
www.lobaumuseum.wien
Une structure associative animée par des passionnés de la Lobau et de sa nature
Un court documentaire du photographe naturaliste Kurt Kracher sur le grave phénomène d’assèchement des zones humides de la Lobau :
https://youtu.be/9KwYSo2NlNs
Maison du Parc National Wien-Lobau
www.nph-lobau.wien.at
Pour se rendre en bateau depuis le centre de Vienne dans le Parc National Wien-Lobau (saison du 2 mai au 26 octobre, à partir de 9h, compter 4 heures pour l’excursion, mieux vaut réserver) :
nh@ma49.wien.gv.at
Lieux de baignades dans la Lobau :
https://www.wien.gv.at/freizeit/baden/natur/naturbadegewaesser.html#donauoder

La maison du Parc National de la Lobau-Wien, photo droits réservés

Bibliographie (sélection) de Friedrich Heller (en langue allemande) :

Neun aus Österreich. Erlebnisse im Dschungel, in der Steppe, im Urwald und in der Eiswüste unserer Heimat, Jugendbuch, erschienen im Verlag Heimatland, 1971
Die Lobau – Führer durch Geschichte und Landschaft der Lobau, Verlag Gerlach und Wiedling, 1975
Fisch und Vogel, Gedichte, St. Georgs Presse, 1982
Marchfeldein mit Linolschnitten von Gottfried Laf Wurm, Verlag Die Marchlandpresse, 1982
Das Marchfeld – bildlich besprochen, Norbertus-Verlag, 1986
Groß-Enzersdorf, Tor zum Marchfeld: ein Führer durch die Stadt, Großgemeinde und Geschichte, Verlag des Vereins für Heimatkunde und Heimatpflege, Groß-Enzersdorf, 1989
Der Himmelfahrer. Leben und Landung des Jean Pierre Francois Blanchard. Ehrenbürger von Calais und Groß-Enzersdorf, Verlag des Vereins für Heimatkunde und Heimatpflege Groß-Enzersdorf, 1991
Das Haiku in Österreich – eine Anthologie,  Verlag Wien St. Georgs Presse, 1992
Marchfeldsagen mit Tuschezeichnungen von Bibiana Wunder, Verlag Norbertus, 1994
Jenseits des Flusses, Haiku-Sammlung zeitgenössischer japanischer und österreichischer Autoren in deutscher und japanischer Sprache, Edition Doppelpunkt, 1995
Die Geschichte unserer Stadt Groß-Enzersdorf, Verlag Stadtgemeinde Groß-Enzersdorf, 1996
Das Buch von der Lobau, Verlag Norbertus, 1997


Groß-Enzersdorf einst und jetzt, Heimat Verlag, 1998
Heimkehr in ein potemkinsches Dorf, Verlag Bibliothek der Provinz, 2003
Sagen aus dem Marchfeld und dem östlichen Weinviertel, Neuauflage mit Herbert Eigner, Sutton-Verlag, 2015

Notes :
1La Lobau peut représenter un grand intérêt pour les nostalgiques des campagnes napoléoniennes.

Entre le 10 mai et le 6 juillet 1809 à l’occasion de la deuxième campagne d’Autriche, eurent lieu à Aspern, Essling, Groß-Enzersdorf et dans les environs, sur l’’île de la Lobau, au milieu des méandres danubiens bien avant les grands travaux de canalisation du fleuve de la deuxième moitié du XIXe siècle, de nombreux affrontements entre les troupes napoléoniennes et autrichiennes. Le 22 mai eut lieu la bataille dite d’Aspern-Eßling, considérée comme une victoire par les Autrichiens dont les troupes, bien supérieures en nombre, étaient alors commandées par le prince Charles de Habsbourg (1771-1847), fils de l’empereur Léopold II (1747-1792).
6 stèles (obélisques) napoléoniennes et une route Napoléon (Alte Napoléon Straße et Napoleon Straße) commémorent dans la Lobau le passage de la Grande Armée où elle s’est quelque peu empêtrée

Paysage de la Lobau, photo droits réservés

« Gloomy Sunday » ou l’histoire de la chanson mélancolique qui donnait l’envie de se jeter dans le Danube !

   La chanson est ensuite reprise par le chanteur Pál Kalmár en 1935, puis par Paul Robeson et Billie Holiday aux USA dans les années 1940.

Rezső Seress (1899-1968)

   La légende voudrait que la chanson ait été inspirée par la rupture tragique du compositeur avec sa maîtresse, d’autres pensent que c’est plutôt la petite amie au tempérament suicidaire de László Jávor qui a inspiré le texte de la chanson ou encore que la mélodie a été composée en l’honneur des proches que compositeur a perdu. Le texte de la chanson sur une mélodie profondément mélancolique parle d’une personne dont l’amour « est mort » et qui songe au suicide pour la (les) rejoindre. Rezső Seress s’est lui-même suicidé le 13 janvier 1968.

Jávor-László à Paris en 1938 (?), à gauche sur la photo, sources : www.szyneskonvtar.hu

   Le New York Times rapporte dans un article écrit peu de temps après sa mort que la chanson « Gloomy Sunday » avait considérablement déprimé le compositeur et qu’il pensait ne plus être capable d’écrire de la musique à succès ce qui s’avère tout à fait inexact. Il est vrai par contre que le deuxième éditeur qui avait reçu la partition se suicidera peu de temps après. La malédiction de la chanson commença.
En mars 1936, le magazine Time publie un article dans lequel l’auteur fait état d’une série de suicides en Hongrie, suicides qui sembleraient avoir un lien avec la chanson : un cordonnier aurait griffonné sur un papier le nom de la chanson avant de se donner la mort, deux personnes se seraient suicidées à son écoute. Le journaliste parle de nombreux autres récits de dizaines de gens qui se seraient jetés dans le Danube à cause de la chanson. La malédiction devient international. Le New York Times rapporte alors des cas de suicide et des tentatives de suicide en nombre aux États-Unis suite à l’écoute de « Gloomy Sunday ».

Le restaurant juif Kispipa à Budapest, Akácfa utcá, 38, photo droits réservés

   En 1941, la BBC interdira la chanson qui ne reviendra sur les ondes britanniques qu’en 2002 ! De ce fait beaucoup de disquaires refusèrent alors de vendre des disques avec la chanson, persuadés qu’elle allait aussi leur porter malheur. La science s’intéressa à la mystérieuse épidémie de suicides. Elle conclut à un phénomène de suicide contagieux ou à une manifestation de l’effet Werther, qui veut qu’une personne entourée par des « pensées suicidaires » réelles ou fictives ou le suicide récent d’un proche, peut à son tour être tentée de se suicider. Les investigations ont également été étendues au monde du cinéma et de la télévision, notamment pour essayer de trouver dans la chanson des messages subliminaux visuels ou auditifs qui pourraient avoir été à l’origine des actes de suicide mais sans succès !
 « Gloomy Sunday » est utilisée par plusieurs cinéastes dont Steven Spielberg (« La liste de Schindler », 1993), Abel Ferrara (« Nos funérailles », 1996), Sally Poter (« Les larmes d’un homme »), Daniel Monzón… Elle a également été interprétée depuis par de nombreux chanteurs parmi lesquels Ray Charles, Sarah Vaughan, Serge Gainsbourg (paroles de Jean Marèze et François-Eugène Gonda), Loreena McKennit, Björk, Claire Diterzi, Sanseverino …
Le film « Ein Lied von Liebe und Tod » de Rolf Schübel (production germano-hongroise, 1999 112 mn) est basé sur une nouvelle de l’écrivain Nick Barkow ( ) qui décrit de manière fictive la création et le destin de cette chanson.Version anglaise et française du texte :

Sunday is gloomy, my hours are slumberless
Dimanche est sombre, mes heures sont insomniaques
Dearest, the shadows I live with are numbless
Mon très cher, les ombres avec lesquelles je vis sont agitées
Little white flowers will never awaken you
Les petites fleurs blanches ne te réveilleront jamais
Not where the black coach of sorrow has taken you
De là où le train noir de la peine t’a emmené
Angels have no thought of ever returning you
Les anges n’ont pas pensé à te rendre à jamais
Would they be angry if I thought of joining you
Seraient-ils fâchés si je pensais à te rejoindre

Gloomy Sunday
Sombre Dimanche

Gloomy is Sunday
Sombre est dimanche
With shadows I spend it all
je passe tout mon temps avec les ombres
My heart and I have decided to end it all
Mon cœur et moi avons décidé de tout arrêter
Soon there’ll be candles and prayers that are sad
Bientôt il y aura des bougies et des prières, tristes
I know, let them not weep, let them know I’m glad to go
Je sais, ne les laissez pas pleurer, laissez-leur savoir que je suis heureuse de partir
Death is no dream, for in death I’m caressing you
La mort n’est pas un rêve, car dans la mort je te caresse
With the last breathe of my soul I’ll be blessing you
Avec le dernier souffle de mon âme, je te béniraiGloomy Sunday
Sombre Dimanche

Dreaming, I was only dreaming
Rêver, je ne faisais que rêver
I wake and I find you asleep in the deep of my heart, dear
Je me réveille et je te trouve endormi au fond de mon cœur, chéri
Dreaming, I was lonely dreaming
Rêvais, je rêvais seule
I felt my heart melt when I dreamt that we two were apart
Je sentais mon cœur fondre lorsque je rêvais que nous étions tous les deux séparés
Far apart, far apart, far apart
Si séparés, si séparés, si séparés
Darling, I hope that my dream never haunted you
Chéri, j’espère que mon rêve ne t’a pas hanté
My heart is telling you how much I wanted you
Mon cœur te dit combien je te voulais

Gloomy Sunday
Sombre Dimanche

https://youtu.be/f4tQ2o3dp6Y
https://youtu.be/5F8kh2xFwlM

Danube-culture, mai 2021

Napoléon et l’île de la Lobau (campagne d’Autriche de 1809) II

   Entre le 10 mai et le 6 juillet 1809 à l’occasion de la deuxième campagne d’Autriche, eurent lieu à Aspern, Essling, Groß-Enzersdorf et dans les environs, sur l’île de la Lobau, au milieu des méandres danubiens et bien avant que les grands travaux de canalisation du Danube de la deuxième moitié du XIXe siècle ne bouleversent et ne simplifient l’extraordinaire complexité de ce paysage fluvial, de nombreux affrontements entre les troupes napoléoniennes et autrichiennes. Le 22 mai se déroule la bataille dite d’Aspern-Eßling, considérée comme une victoire par les Autrichiens dont les troupes, bien supérieures en nombre, étaient alors commandées par le prince Charles de Habsbourg (1771-1847), fils de l’empereur Léopold II (1747-1792). Le maréchal Jean Lannes (1769-1809), gravement blessé à cette occasion, mourra quelques jours plus tard.

Albert-Paul Bourgeois (?-1812), le maréchal Jean Lannes blessé à la bataille d’Essling, huile sur toile, 1809-1812, collection du château de Versailles, domaine public

   6 stèles (obélisques) napoléoniennes et une route Napoléon (Alte Napoleon Straße et Napoleon Straße) commémorent le passage de la Grande Armée dans la Lobau où elle s’est quelque peu empêtrée.
   La première des stèle, « La tête de pont des Français » (Brückenkopf der Franzosen) se trouve désormais sur la Lobgrundstraße (rue Lobgrund) à l’entrée des installations et du port pétroliers de Vienne. Les premiers éléments des armées napoléoniennes (la division du général Molitor) débarquèrent sur l’île de la Lobau à cette hauteur après avoir traversé sur des embarcations le Danube en venant de Kaiserebersdorf (quartier de Vienne sur la rive droite). Ils s’appliquèrent à construire tout d’abord deux ponts puis un troisième sur lesquels ne purent toutefois traverser qu’une partie des troupes avant que les Autrichiens ne les détruisent en laissant dériver depuis l’amont du fleuve des brûlots, bateaux-moulins en feu et des barques chargées de pierre que leur avaient fourni des bateliers du Danube expérimentés.
   La deuxième stèle, toute proche (traverser la voie ferrée et se diriger vers le « Panozalacke » et le « Fasangarten Arm », un ancien bras du fleuve) indique l’emplacement du quartier général de Napoléon (Napoleon Hauptquartier) en mai 1809.

La stèle du quartier général de Napoléon, photo © Danube-culture, droits réservé

   La troisième stèle (Napoleonstraße) se tient au carrefour de la Napoleonstraße et de la Vorwerkstraße (la route Napoléon qu’il faut suivre vers le nord en revenant sur ses pas et en tournant à gauche). Au-delà du bras mort d' »Oberleitner Wasser », en direction d’Eßling, on peut apercevoir le bastion de Napoléon (Napoleonschanze).

La stèle de la route Napoléon, photo © Danube-culture, droits réservés

Puis on suivra la « Vorwerkstraße » dans la direction de Groß-Enzersdorf en passant devant ou en visitant le joli Musée de l’histoire de la Lobau (Lobaumuseum) pour atteindre deux autres stèles, celle du « Cimetière des Français » (Franzosenfriedhof) et celle du « Magasin à poudre » (Napoleons Pulvermagazin). La dernière stèle commémorative, dite du « passage des Français », située un peu plus loin dans la direction de l »Uferhaus Staudigl », une auberge populaire très fréquentée à la belle saison (Lobaustraße 85, 2301, Groß Enzersdorf) marque l’endroit où les armées napoléoniennes franchirent depuis l’île de la Lobau, dans la nuit du 5 au 6 juillet 1809 et par un temps exécrable, un dernier bras du fleuve pour atteindre la région du Marchfeld et rejoindre Wagram.

Charles Meynier (1768-1832), « Le retour de Napoléon sur l’île de la Lobau après la bataille d’Essling, 23 mai 1809 », détail, huile sur toile, 1812, collection du château de Versailles

   Deux peintures historiques aux tonalités contrastées traitent de ces tragiques affrontements : celle du peintre français Charles Meynier (1768-1832) « Le retour de Napoléon sur l’île de la Lobau après la bataille d’Essling, 23 mai 1809 » et celle postérieure du peintre, graveur et écrivain autrichien Anton, Ritter von Perger (1809-1876), « La traversée de Napoléon depuis l’île de la Lobau après la bataille perdue d’Aspern. » huile sur toile, 1845.

Anton, Ritter von Perger (1809-1876), « La traversée de Napoléon depuis l’île de la Lobau après la bataille perdue d’Aspern. » huile sur toile, 1845

Eric Baude, © Danube-culture, mai 2021, droits réservés

La Strudengau et les légendaires tourbillons de Grein et de Struden

   Peu de temps après l’édition du premier guide de voyage sur le Rhin en 1828 publié par Karl Baedecker (1801-1859), guide intitulé Rheinreise von Mainz bis Köln. Historisch, topographisch, malerisch bearbeitet vom Prof. Joh. Aug. Klein. Mit zwölf lithographirten Ansichten merkwürdiger Burgen ec. in Umrissen. Koblenz, bei Fr. Röhling, apparaissent parmi les premiers guides de voyage de navigation fluviale sur le Danube, les ouvrages publiés par la compagnie autrichienne D.D.S.G., (Société de Navigation à vapeur sur le Danube). Cette compagnie venait d’être fondée en 1929 à Vienne par un groupe d’hommes d’affaires entreprenants et décidés à faire de la navigation sur le fleuve une activité économique lucrative austro-hongroise en transportant passagers, marchandises diverses parmi lesquels des ressources premières comme le charbon ou le bois. La D.D.S.G. sera elle-même propriétaire de mines de charbons et de lignes de chemin de fer pour amener ce minerai jusqu’au fleuve. Elle assurera par ailleurs, en complément du transport de passagers également un service postal. Ces publications annuelles et remises à jour de la D.D.S.G. (guide touristique des grandes villes et des curiosités, description du confort des bateaux, restauration, horaires, tarifs …) vont paraître pendant une longue période et faire référence dans leur domaine mais ne pourront éviter la concurrence d’autres publications comme celles d’Alexander F. Heksch.  

Le château-fort de Hausstein et les tourbillons de Pain, gravure de 1674, sources : Georg Matthäus Vischer (1628-1696),  Topographia Austriae superioris modernae 

Nous citons ci-dessous un extrait du guide (en allemand) de la D.D.S.G. Le Danube, de Passau jusqu’à la mer Noire, publié à Vienne en 1913, c’est-à-dire au crépuscule de la plus belle période de la navigation à vapeur sur le fleuve et son passage consacré à la description du Danube et de la région danubienne de la Strudengau, aujourd’hui aux frontières des Land de Haute-Autriche et de Basse-Autriche.

Le Danube près de Steyregg 1721, détail, sources : ÖNB/KAR AB 356

Ce « sas » ou défilé de la Strudengau, auparavant légendaire et redouté pour ses difficultés de navigation et connu pour ses paysages de caractère austère qui renforçaient la puissante et angoissante impression que causaient ces tourbillons sur les voyageurs, comme beaucoup loin en aval et dans des paysages encore plus grandioses et sauvages qu’étaient (que sont encore) ceux des Portes-de-Fer, a fait lui-même l’objet de nombreux récits et a inspiré poètes et écrivains des époques Biedermeier et romantique parmi lesquels le poète, essayiste et romancier prussien Joseph von Eichendorff (1788-1857). Lui-même fera l’expérience de la traversée de ces rapides lors d’un voyage en bateau vers Vienne.

L’île de Wörth et les « Strudl » (tourbillons), Le Danube près de Steyregg 1721, détail, sources : ÖNB/KAR AB 356

   « Dès la sortie de Grein (rive gauche), l’image du fleuve se modifie considérablement. Son lit se rétrécit et de gros rochers granitiques semblent vouloir fermer le chemin au milieu de l’eau. Nous dépassons le ruisseau de Grein. L’eau indisciplinée rugît furieusement sur une courte distance puis s’écoule à nouveau paisiblement. Des forêts épaisses et d’antiques rochers grisâtres confèrent à la région un caractère particulièrement sombre.

   Aux alentours de Rabenstein apparaît l’île de Wörth, légendaire et d’une taille imposante, à la fois sauvage et romantique, habitée par les Celtes dès le IIe siècle ap. J.-C.. Les Romains y édifièrent une forteresse par la suite et l’île abrita encore au Moyen-âge, la citadelle d’un chef d’une troupe de brigands. Une haute croix de pierre, dite « Croix de Wörth » se dresse au sommet de l’éperon rocheux le plus élevé de l’île.

   Au niveau de l’île de Wörth le fleuve ouvre un bras secondaire et peu profond,  dit  de « Hößgang », bras longeant la rive droite et après un cours trajet venant rejoindre à l’extrémité de l’île le bras principal semé de rochers transversaux. Dans une course déchaînée, le fleuve gronde maintenant sur les écueils. Nous sommes arrivés au niveau des dangereux tourbillons de Struden, si redoutés autrefois. En raison des travaux de régulation commencés pendant le règne de Marie-Thérèse et qui se sont poursuivis jusqu’à récemment, ce passage n’est plus désormais dangereux pour la navigation des bateaux à vapeur. Pendant  la  traversée de ces anciens tourbillons le navire a pris le cap le plus court vers le château-fort de Werfenstein. Cet édifice qui aurait été été bâti par l’empereur Charlemagne, appartient maintenant à un scientifique qui poursuit des travaux sur la théorie des races, Jörg Lanz von Liebenfels1. Le propriétaire a transformé le sommet du rocher du château en un sanctuaire dédié à l’armanisme2. La visite du château-fort est autorisée sur demande auprès de M. Hans Kuhn, responsable du marché, à Struden n° 28.

Nous contemplons au dessous du château-fort le petit hameau de Struden. Il n’y a pas si longtemps un bloc rocheux élevé, le « Hausstein », se dressait encore dans le fleuve à cet endroit et l’eau, acculée contre la pierre, rebondissait sur les rochers pour aller former dans un chaudron de granit creusé par le Danube un puissant tourbillon qui rendait avec ses mouvements circulaires la navigation aussi dangereuse que le précédent. Ce tourbillon a été transformé après les travaux de dynamitage du rocher de Hausstein (1874-1954) en un passage rapide mais sans danger. À peine le navire a-t-il franchi celui-ci que nous pouvons apercevoir Grein.

Struden. Motif de Saint-Nicolas. Le village de Saint-Nicolas avec avec sa jolie petite église. Magnifique vue sur les tourbillons du Danube et la tour d’observation du « Schweiger ». Au confluent du ruisseau de Sarming, le petit bourg de Sarmingstein avec les ruines du monastère de Säbnich. Le paysage est très pittoresque à la hauteur du Mühlbach. Au-dessous de Sarmingstein, Hirschenau et à droite la halte de Freyenstein.
Au sommet de la colline, les ruines  du château-fort à cinq tours de Freyenstein, autrefois à l’époque des Kuenringer3  
l’un des plus grands châteaux-forts d’Autriche.

Château-fort de Freyenstein, gravure de Matthäus Merian l’Ancien (1593-1650), 1649

Extrait du guide de voyage Die Donau von Passau bis zum Schwarzen Meer, Erste .K.K. Priv. Donau-Dampfschiffahrtsgesellschaft, Wien, Jahr. 1913

Notes :
1 Jörg Lanz von Liebenfels (1874-1954), Adolf-Joseph Lanz, personnage sulfureux, était un moine cistercien défroqué d’origine viennoise, devenu théoricien et fondateur de la revue racialiste et eugéniste Ostara. Ses théories raciales inspireront A. Hitler qui lui rendra, selon Jörg Lanz von Liebenfels, visite sur son île Danubienne de Wörth afin de se procurer des numéros de la revue Ostara qui lui manquait.
L’Armanisme est une théorie développée par le pangermaniste Guido List dit « Guido von List » (1848-1919), écrivain occultiste (à partir de 1902) soutenu par les théosophes viennois, qui réalise pour la première fois la fusion de l’occultisme et de l’idéologie pangermaniste. L’armanisme postule que l’Allemagne antique était une civilisation supérieure dont la religion originelle, comprenant renaissance et déterminisme karmiques, s’exprimait sous deux formes : une forme exotérique (accessible à tous) qui était le wotanisme  et une forme ésotérique (réservée à des initiés) qui était l’armanisme. Les « Armanen » étaient, dans cette théorie, un légendaire groupe de prêtres-rois de l’ancienne nation ario-germanique, adorateurs du dieu-soleil (source Wikipedia)
3 Ancienne dynastie de ministériaux autrichiens (XIIe-XVIe)

Les ruines du château-fort de Werfenstein, l’île et la croix de Wörth

La Légende de l’ermite de l’île de Wörth

L’histoire se déroule en 1540 : un noble tyrolien souhaitait faire un agréable voyage vers la ville de Vienne avec son épouse. Ils embarquèrent sur un bateau (Zielle) avec de nombreux passagers pour descendre l’Inn puis le Danube et s’approchèrent des redoutables tourbillons de la Strudengau. Dès la ville de Grein, on avait prévenu le capitaine du navire qu’il fallait un pilote expérimenté pour traverser les tourbillons sans encombre mais l’orgueilleux batelier refusa la proposition, prétextant que c’était inutile et qu’il avait déjà traversé bien des endroits difficiles. Le mugissement de l’eau agitée commença à se faire entendre. De l’écume blanchâtre recouvrit peu à peu le pont du bateau. Le batelier regardait l’eau avec dédain. Il ne pouvait pas voir les différents récifs qui se cachaient insidieusement sous sa surface. Suite à un choc et à un craquement brutal, de l’eau pénétra à travers les planches fendues. Le navire se mit à à tourner sur lui-même, la proue se pencha et, en quelques minutes, comme attirée par des forces souterraines, entraîna de nombreuses personnes effrayées au fond. Juste après, on vit un homme sortir la tête du tumulte des flots et, à grand-peine, parvenir à secourir un passager inconscient en le ramenant sur la plage de l’île de Wörth toute proche. Ce passager sauvé de la noyade était l’aristocrate tyrolien et le sauveteur son serviteur. Lorsque le comte reprit connaissance et qu’il ne vit ni son épouse, ni l’équipage ni les autres voyageurs, ni le bateau, il comprit qu’il s’était noyé. Abasourdi par l’immense douleur d’avoir perdu sa chère et tendre épouse, il décida de rester sur l’île. Il désirait y finir sa vie et mourir en ermite. Le comte vécut pendant 12 années avec son fidèle serviteur sur l’île de Wörth. Ce dernier apporta son aide à un paysan qui s’était installé sur l’île. Le comte avait élu domicile dans les ruines du château-fort de Wörth et, lorsqu’un bateau descendait le Danube en provenance de Grein, il montait sur la tour et, par des gestes et des appels éloquents, avertissait l’équipage de la présence des dangers du courant et leur indiquait précisément par où passer en toute sécurité. C’est ainsi que « l’ermite de l’île de Wörth » devint une personnalité connue de tous les bateliers qui n’hésitaient pas à remercier de ses services le pauvre homme en lui offrant au passage de nombreuses provisions.
Sa femme que le pauvre comte pensait noyée pendant le naufrage, était en fait restée en vie grâce au merveilleux effet de la providence. Évanouie seulement, ses poumons avaient été vidés de leur eau à Sarmingstein. Des gens bienveillants s’occupèrent de son corps inanimé. En la regardant de plus près, ils remarquèrent toutefois que la comtesse respirait encore et ils parvinrent par miracle à la réanimer. Elle fut amenée à l’hôpital de Saint-Nicolas où elle reprit des forces grâce à des soins attentionnés, de sorte qu’elle put continuer son voyage. Mais elle ne se rendit pas chez son frère à Vienne. Après avoir remercié et largement récompensé ses sauveurs, elle rentra au Tyrol où elle vécut retirée dans le deuil de son mari qu’elle pensait noyé.
La nouvelle qu’un ermite s’était installé sur l’île de Wörth à proximité des redoutables tourbillons de la Strudengau, si dangereux pour la navigation, ermite qui avait failli lui-même mourir à cet endroit de nombreuses années auparavant, était parvenue par l’intermédiaire des bateliers qui naviguaient sur l’Inn jusqu’aux oreilles de la comtesse. Elle se demanda alors si cet ermite n’aurait pas par hasard des informations sur ce terrible naufrage d’il y avait 12 années. Elle lui envoya à tout hasard son valet qui, longtemps après, revint avec l’étrange message selon lequel l’ermite serait bien le comte qui avait été porté pour noyé depuis longtemps ! La comtesse se rendit alors rapidement sur l’île de Wörth. Le comte et son épouse tombèrent en larmes dans les bras l’un de l’autre et retournèrent dans leurs propriétés du Tyrol. En souvenir du sauvetage de ce naufrage, ils firent ériger sur l’île de Wörth cette belle croix en pierre que l’on peut encore voir de nos jours.

L’église Notre-Dame de Struden

Une légende rapporte que l’empereur du Saint Empire romain germanique Maximilien Ier de Habsbourg (1459-1519) dormit une nuit dans son château de Werfenstein en 1502 et que le plafond d’une pièce s’effondra mystérieusement pendant son séjour. L’empereur put échapper à une mort certaine grâce à un petit homme habillé en gris qui l’avait averti à temps. Maximilien fit ériger l’église Notre-Dame de Struden pour le remercier d’avoir eu la vie sauve. 

Ruines du château-fort de Werfenstein

Un document de l’ancien tribunal libre de Struden du 16 novembre 1790 atteste que l’empereur Maximilien est effectivement le fondateur de l’ancienne église. Il entendait aussi offrir aux bateliers et aux transporteurs de sel qui remontaient et descendaient le fleuve dans ce passage difficile la possibilité d’écouter une messe les dimanches et les jours fériés. Il a d’ailleurs lui-même fait dire une messe en 1502, laquelle devait être répétée tous les ans le jour de son sauvetage, financée par le percepteur impérial et royal des péages et comptabilisée dans les dépenses. Le maître-autel de cette chapelle a été offert par les charpentiers de marine de Struden et d’autres bienfaiteurs. La conduite de l’office religieux fut confié à unprêtre de Saint-Nicolas ou, en cas d’empêchement, à un moine franciscain du couvent de Grein. Pendant 52 années, à chaque automne, une messe a été célébrée dans cette église conformément à la demande de l’Empereur.

Bernhard Strigel (1460–1528), Maximilien Ier de Habsbourg vers 1500

Beaucoup plus tard, en 1784, sur ordre de l’empereur Joseph II, l’église a été fermée au culte. Le nouveau propriétaire l’a transformée en logements, son actuelle fonction. Le maître-autel avec le tabernacle a rejoint l’église paroissiale de Saint-Nicolas tout comme la statue de la Vierge Marie, les vêtements liturgiques, le ciboire, les chandeliers et le linge d’église. Le petit orgue a été transporté à l’église voisine de Klam. Les deux cloches ont été emmenées à Kreuzen. Cette ancienne église gothique se reconnaît aujourd’hui encore par son extrémité polygonale sous forme de tourelles et ses fenêtres maçonnées en ogive.

Sources : Josef Petschan, Contes et curiosités de la Strudengau, 1929

Traduction et adaptation : Yves Minsart et Eric Baude
Danube-culture, 2019 © droits réservés

Napoléon et l’île de la Lobau (campagne d’Autriche de 1809) I

La Grande Armée traverse le Danube avant la bataille de Wagram ( juillet 1809)

« Le Danube n’existe plus pour l’ennemi. Le général Bertrand [1773-1844] a, par dessus le fleuve le plus difficile du monde, et sur une longueur de 2400 pieds1, jeté, en 14 jours, un pont. Un travail que l’on aurait crût nécessiter plusieurs années, et qui a pourtant été achevé en 15 à 20 jours… ». (24ème Bulletin)
Note :
1 Un pied équivaut à 30, 48 cm, en l’occurence le pont devait mesurer près de 800 mètres de long ! 

Oeuvres de Napoléon Bonaparte
Guerre d’Autriche
Cinquième tome

Ebersdorf, 23 mai 1809, une heure du matin.

Il est de la plus grande importance, Monsieur l’Intendant général, qu’aussitôt la réception de cette lettre vous nous fassiez charger sur des bateaux 100,000 rations (le pain ou de biscuit, si vous pouvez les fournir, et autant de rations d’eau-de-vie ; que vous leur fassiez descendre le Danube pour se rendre à la grande île, où est notre pont de bateaux , c’est-à-dire au deuxième bras à gauche. Une grande partie de l’armée se trouvera cette nuit dans cette île et y aura besoin de vivres. Envoyez un employé qui descendra avec les bateaux , et, arrivé à la tête du pont, il fera prévenir le duc de Rivoli, qui se trouvera dans la grande île vis-à-vis Ebersdorf, afin qu’il ordonne la distribution de ces vivres , dont il a le plus grand besoin.
Dans la situation des choses, rien n’est plus pressant que l’arrivée de ces vivres.
Le prince de Neuchâtel, major général [le maréchal Louis-Alexandre Berthier, prince de Neuchâtel (1753-1815)].

À Fouché. – Ebersdorf le 25 mai 1809

Je reçois votre lettre du 19. Vous avez vu par le bulletin ce qui s’est passé ici. La crue du Danube m’a privé de mes deux pont pendant plusieurs jours. Je suis parvenu enfin à les rétablir ce matin.

Las Cases [Emmanuel de las Cases, comte d’Empire (1766-1842] :

« Les premiers ordres sont donnés à l’instant même du désastre, et les préparatifs sont si rapides, que deux ou trois jours après la bataille, on voit déjà plusieurs sonnettes battre des pilotis au travers des deux grands bras du Danube (..) Le même jour, Napoléon détermine sur les lieux, et trace, de sa cravache sur le sable, le plan des ouvrages qui doivent former la tête des grands ponts et le réduit de Lobau ».

Tout ce qui flotte, ou y ressemble, est amené à hauteur de Kaiser-Ebersdorf. Pour relier l’île à la rive droite, un deuxième pont est construit, sur pilotis celui là, environ 40 m en amont de celui existant déjà. Il permet le passage de front de 3 voitures attelées, de l’artillerie et de la cavalerie.

Ludovico Visconti (1785-?), Napoléon ordonne de jeter un pont sur le Danube le 19 mai 1809.  La scène se passe sur la rive droite du Danube. Huile sur toile, ?, collection du château de Versailles, domaine public

Vingt-quatrième bulletin de la grande armée.
Vienne, 3 juillet 1809.
« Le duc d’Auerstaedt [Le maréchal,Louis Nicolas Davout (1770-1823), duc d’Auerstaedt et prince d’Eckmühl] a fait attaquer le 30, une des îles du Danube, peu éloignée de la rive droite, vis-à-vis Presbourg, où l’ennemi avait quelques troupes.
Le général Gudin [1768-1812] a dirigé cette opération avec habileté : elle a été exécutée par le colonel Decouz [1775-1814] et par le vingt-unième régiment d’infanterie de ligne, que commande cet officier. À deux heures du matin, ce régiment, partie à la nage, partie dans des nacelles, a passé le très petit bras du Danube, s’est emparé de l’île, a culbuté les quinze cents hommes qui s’y trouvaient, a fait deux cent cinquante prisonniers, parmi lesquels le colonel du régiment de Saint-Julien et plusieurs officiers, et a pris trois pièces de canon que l’ennemi avait débarquées pour la défense de l’île.

Général_César_Charles_Etienne_Gudin

Le général César Charles Étienne Gudin

Enfin, il n’existe plus de Danube pour l’armée française : le général comte Bertrand a fait exécuter des travaux qui excitent l’étonnement et inspirent l’admiration.
Sur une largeur de quatre cents toises1, et sur un fleuve le plus rapide du monde, il a, en quinze jours, construit un pont formé de soixante arches, où trois voitures peuvent passer de front ; un second pont de pilotis a été construit, mais pour l’infanterie seulement, et de la largeur de huit pieds. Après ces deux ponts, vient un pont de bateaux. Nous pouvons donc passer le Danube en trois colonnes. Ces trois ponts sont assurés contre toute insulte, même contre l’effet des brûlots et machines incendiaires, par des estacades sur pilotis, construites entre les îles, dans différentes directions, et dont les plus éloignées sont à deux cent cinquante toises des ponts.
Quand on voit ces immenses travaux, on croit qu’on a employé plusieurs années a les exécuter ; ils sont cependant l’ouvrage de quinze  à vingt jours : ces beaux travaux sont défendus par des têtes de pont ayant chacune seize cents toises de développement, formées de redoutes palissadées, fraisées et entourées de fossés pleins d’eau. L’île de Lobau est une place forte : il y a des manutentions de vivres, cent pièces de gros calibre et vingt mortiers ou obusiers de siège en batterie. Vis-à-vis Esling, sur le dernier bras du Danube, est un pont que le duc de Rivoli a fait jeter hier. Il est couvert par une tête de pont qui avait été construite lors du premier passage.
Le général Legrand [1762-1815], avec sa division, occupe les bois en avant de la tête du pont.
L’armée ennemie est en bataille, couverte par des redoutes, la gauche  à Enzendorf, la droite à Gros-Aspern : quelques légères fusillades d’avant-postes ont eu lieu.
À présent que le passage du Danube est assuré, que nos ponts sont à l’abri de toute tentative, le sort de la monarchie autrichienne sera décidé dans une seule affaire.
Les eaux du Danube étaient le premier juillet de quatre pieds au-dessus des plus basses et de treize pieds au-dessous des plus hautes.
La rapidité de ce fleuve dans cette partie est, lors des grandes eaux, de sept à douze pieds, et lors de la hauteur moyenne, de quatre pieds six pouces par seconde, et plus forte que sur aucun autre point. En Hongrie, elle diminue beaucoup, et à l’endroit où Trajan fit jeter un pont, elle est presque insensible. Le Danube est là d’une largeur de quatre cent cinquante toises ; ici il n’est que de quatre cents. Le pont de Trajan était un pont de pierres fait en plusieurs années. Le pont de César, sur le Rhin, fut jeté, il est vrai, en huit jours, mais aucune voiture chargée n’y pouvait passer. Les ouvrages sur le Danube sont les plus beaux ouvrages de campagne qui aient jamais été construits… »
Note :
1 Une toise mesure 1, 949 mètre, quatre cent toises équivalent à  779, 6 mètres soit sensiblement la même longueur que précédemment

Napoléon sur l’île de la Lobau

Vingt-cinquième bulletin de la grande-armée.
Wolkersdorf, 8 juillet 1809

Passage du bras du Danube à l’île de la Lobau

« Le 4, à dix heures du soir, le général Oudinot [1767-1847] fit embarquer, sur le grand bras du Danube, quinze cents voltigeurs, commandés par le général Conroux [1770-1813]. Le colonel Baste [1768-1814], avec dix chaloupes canonnières, les convoya et les débarqua au-delà du petit bras de l’île Lobau dans le Danube. Les batteries de l’ennemi furent bientôt écrasées, et il fut chassé des bois jusqu’au village de Muhllenten.
À onze heures du soir les batteries dirigées contre Enzersdorf reçurent l’ordre de commencer leur feu. Les obus brûlèrent cette infortunée petite ville, et en moins d’une demi-heure les batteries ennemies furent éteintes.
Le chef de bataillon Dessales [1776-1864], directeur des équipages des ponts, et un ingénieur de marine avaient préparé, dans le bras de l’île Alexandre, un pont de quatre-vingts toises d’une seule pièce et cinq gros bacs.
Le colonel Sainte-Croix [1782-1810], aide-de-camp du duc de Rivoli [le maréchal Masséna, duc de Rivoli, prince d’Essling (1758-1817] se jeta dans des barques avec deux mille cinq cents hommes et débarqua sur la rive gauche.
Le pont d’une seule pièce, le premier de cette espèce qui, jusqu’à ce jour, ait été construit, fut placé en moins de cinq minutes, et l’infanterie y passa au pas accéléré.
Le capitaine Buzelle jeta un pont de bateaux en une heure et demie.
Le capitaine Payerimoffe jeta un pont de radeaux en deux heures. Ainsi, à deux heures après minuit, l’armée avait quatre ponts, et avait débouché, la gauche à quinze cents toises au dessous d’Enzersdorf, protégée par les batteries , et la droite sur Vittau. Le corps du duc de Rivoli forma la gauche ; celui du comte Oudinot le centre, et celui du duc d’Auerstaedt la droite. Les corps du prince de Ponte-Corvo [le maréchal Jean-Baptiste Bernadotte (1763-1844)], du vice-roi [Eugène de Beauharnais, fils adoptif de Napoléon et vice-roi d’Italie (1781-1824)], et du duc de Raguse [le maréchal Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont (1774-1852], la garde et les cuirassiers formaient la seconde ligne et les réserves. Une profonde obscurité, un violent orage et une pluie qui tombait par torrents, rendait cette nuit aussi affreuse qu’elle était propice à l’armée française et qu’elle devait lui être glorieuse… »

Richard Caton Woodville (1856-1927), Napoléon franchissant le pont pour l’île de la Lobau, 1912, collection Tate Gallery, domaine public

« Le Danube n’existe plus pour l’ennemi. Le général Bertrand a, par dessus le fleuve le plus difficile du monde, et sur une longueur de 2400 pieds, jeté, en 14 jours, un pont. Un travail que l’on aurait crût nécessiter plusieurs années, et qui a pourtant été achevé en 15 à 20 jours… » . (24ème Bulletin)

Après la retraite de mai, Napoléon a laissé dans la Lobau les 20 000 hommes du corps d’armée de Masséna, et installé le reste de son armée autour de Schönbrunn et de Vienne. Puis il fait entreprendre de très importants travaux pour rendre plus fiables ses moyens de passage du fleuve, à l’origine de sa déconfiture lors de la précédente bataille.
Au comte Daru, Intendant général de l’armée d’Allemagne à Vienne. [Pierre Daru (1767-1829) fut également brièvement en 1809, administrateur des provinces autrichiennes]

Les ponts en juillet 1809

Plan de la lobau en 1809 (auteur inconnu) pendant la présence des armées napoléoniennes avec les ouvrages sur les bras du Danube à la hauteur de Kaiserebersdorf (rive droite). On voit sur ce plan combien le cours du Danube viennois a été modifié depuis ! Collection Wien Museum

« Le premier pont, qui sera réservé à l’infanterie, est protégé par plusieurs rangées de pilotis, la tête de pont par des redoutes, et par des batteries installées à hauteur de Kaisers Ebersdorf et de la petite île (Schneidergund) sur laquelle les deux ponts s’appuient, au milieu du fleuve. Un moment on pense même tendre, d’une rive à l’autre, une énorme chaîne trouvée à l’arsenal, et qui datait du temps du siège turc, en 1683 ! En amont, d’autres ponts, plus petits, doivent aussi permettre de se protéger de ce que l’ennemi pourrait mettre à l’eau, comme il l’a fait si habilement en juin.
Puis il fait transformer l’île en un véritable camp retranché, y faisant installer tout ce qu’une armée a besoin à la veille d’une grande opération: un hôpital, une boulangerie, un chantier naval (Napoléon a fait venir des marins de la flotte. Ils sont également employés à la surveillance de l’île, dans des chaloupes, équipées de canons, qui sillonnent les canaux), des ateliers, réserves de nourriture, magasin à poudre, alimenté par les arsenaux de Vienne.
Des milliers d’ouvriers s’affairent. Mais aussi les soldats, qui n’apprécient guère ces travaux, en dépit du supplément de paye qui leur est versé. Entre les latrines et les travaux, beaucoup rêvent à leur vraie vie de soldat… »
Jean Lucas-Dubreton, historien et biographe (1883-1972)

Girault :

« J’allais faire une tournée dans l’île. J’y trouvais bien du changement. On travaillait à élever des batteries de tous cotés, et on construisait de nouveaux ponts sur pilotis (..) Toute l’île était devenue une véritable place forte »

Coignet [1776-1865 ] :

« Cent mille hommes (étaient) à l’œuvre dans l’île. On éleva des redoutes, on creusa des canaux, on traça des chemins, on prépara des ponts et des moyens de passage de toutes sortes ».

La situation des troupes avait été difficile juste après la retraite, comme en témoignent de nombreux protagonistes.

Journal de route d’un régiment hessois :

« Les troupes, épuisées par les deux jours de bataille (Essling), affaiblies par la faim et la soif, ne trouvèrent rien dans l’île de la Lobau, si ce n’est boire l’eau sale de la rivière et une place dans la boue pour bivouaquer. Le manque de vivres devint rapidement évident. La viande de cheval et des orties aromatisées de poudre de canon devenaient un plat délicat. Ce n’est que lorsque les ponts furent rétablis, le 25, que les vivres arrivèrent. »

Coignet :

« Nous fûmes ainsi bloqués dans l’île et nous restâmes trois jours sans pain, obligés, pour vivre, de manger tous les chevaux qui étaient avec nous. Pendant ce temps, M. Larrey faisait des amputations à deux pas de nous. Les cris de souffrance et d’agonie se mêlaient à nos cris de détresse. »

Pils :

« Les communications pour aller d’une rive à l’autre étaient si difficiles, que les hommes n’avaient rien à manger et que les chevaux n’avaient d’autre fourrage que les feuilles des broussailles de saules, seul produit de l’île. On se trouva dans la nécessité absolue de tuer des chevaux pour la subsistance des troupes et, comme les soldats excédés de fatigue par une bataille de dix-huit heures avaient abandonné bidons et marmites, on fut réduit à faire cuire la viande dans des cuirasses et dans des casques.
Nous n’étions pas mieux partagés pour la boisson, n’ayant d’autre eau que celle du fleuve qui charriait les cadavres des hommes et des chevaux tués pendant les deux dernières journées de combats. »

Larrey :

« Malgré la promptitude et l’efficacité de tous les moyens que nous avions employés, les blessés étaient dans une situation pénible, tous étendus sur la terre, rassemblés par groupes sur les rivages du fleuve, ou dispersés dans l’intérieur de l’île, dont le sol était alors sec et aride. Les chaleurs du jour étaient alors très fortes, et les nuits humides et glaciales. Les vents, qui sont fréquents sans ces contrées, couvraient à tout instant ces blessés de nuages de poussière: quelques branches d’arbres, ou des feuilles de roseau, ne les garantissaient qu’imparfaitement des rayons du soleil.
La rupture des ponts et la pénurie des barques pour le transport des denrées ajoutèrent à ces vicissitudes, et nous mirent dans une privation extrême de bons aliments et de boissons réconfortantes, dont nos malades avaient un pressant besoin. Je fus forcer de leur faire préparer du bouillon avec de la viande de cheval, qu’on assaisonna, à défaut de sel, avec de la poudre à canon. Le bouillon n’en fut pas moins bon ; et ceux qui avaient pu conserver du biscuit firent d’excellentes soupes (qu’on ne se figure pas que ce bouillon avait conservé la couleur noire de la poudre: la cuisson l’avait clarifiée). »

Boulart :

« L’armée resta dans l’île pendant quelques jours, à peu près dépourvue de vivres, car il ne pouvait en être apporté que par quelques barques. À défaut de viande, les soldats firent la guerre aux chevaux; dès la première nuit, il y en eut un bon nombre de saignés et dépecés: les chevaux d’officiers y passaient comme les autres ; chacun fut obligé de faire bonne veille pour échapper à ce coûteux tribut. »

La situation va donc s’améliorer lorsque les ponts vont être rétablis.

Larrey :

« Le troisième jour, nous eûmes heureusement toutes sortes de provisions, et nous pûmes faire des distributions régulières. Le quatrième jour, les ponts étant rétablis, les blessés furent tous transportés aux hôpitaux (..) Je fis transporter ceux qui appartenaient à la garde dans la superbe caserne de Reneveck (Rennweg), consacrée autrefois à l’usage de l’école impériale d’artillerie. »

La situation sanitaire n’est par pour autant satisfaisante, et la dysenterie s’installe, se répand, décimant les rangs.

Pour éviter que les Autrichiens puissent être tenus au courant de ce qui se prépare, les allées et venues dans l’île sont strictement surveillées.

Marmont :

« Davoust avait la police de l’île de la Lobau ; son caractère se montra, dans cette circonstance, avec toute sa sévérité sauvage. Il avait défendu aux habitants du pays, sous peine d’être pendus, de pénétrer dans nos camps, et souvent cet ordre a été exécuté à la rigueur » (selon Marbot un espion sera même intercepté et fusillé). »

L’île est traversée par une route qui mène des ponts de la rive droite à la tête de pont vers Essling

Las Cases :

« Le soin fût poussé à un tel point, qu’on éclaira (les ponts) par des lanternes de dix en dix toises, continués tout au travers de l’île de Lobau, le long des chaussées qu’on y avait pratiquées sur une largeur de quarante pieds. Au moyen de ces lanternes, le chemin demeurait aussi praticable de nuit que de jour. »

Des ponts sont jetés sur les nombreux bras qui sillonnent l’île, pour l’instant asséchés, mais pouvant se remplir rapidement, en cas de crue.

Du Kothau jusqu’à hauteur d’Aspern, la rive droite du petit bras est aussi équipée de redoutes et de fortes batteries. Ce bras, qui a la direction nord-sud, et est long d’environ quatre kilomètres, possède également de petites îles, qui sont autant de points de défense.

La première est l’île Alexandre (la Lobau elle-même est appelée île Napoléon.) On l’équipe de redoutes, de 4 mortiers, 10 canons de 12 et 16 de 16. Il s’agit de protéger la tête de pont, et de se garder de l’ennemi, en face d’Oberhausen et Wittau.

Un peu plus en aval, face à Groß-Enzersdorf, une autre île, beaucoup plus petite, l’île Montebello (ou encore île Lannes). Les batteries qui l’arment (10 mortiers, 20 canons de 18) sont dirigés sur ce village.

Continuons en amont du bras du Danube. L’île des Moulins, pareillement équipée, a pour mission de couvrir l’espace qui va de Groß-Enzersdorf à Essling.

Enfin, la dernière île, l’île d’Espagne, a ses 4 mortiers et 6 pièces de 12 directement dirigées sur Essling (toutes les pièces de gros calibre proviennent de l’arsenal de Vienne, dont les ouvriers ont également construit les affûts).

Bien entendu, ces îles sont reliées par des ponts à la Lobau. Il y en aura quatre, plus un ingénieux pont articulé, destiné à être mis en place grâce au courant de la rivière, tous construits à l’abri des regards de l’ennemi, en profitant du réseau de canaux de la Lobau. Toutes les réserves sont prêtes également pour parer à toute rupture de l’un ou l’autre de ces ponts, voire en construire d’autres, si nécessaire.

Pendant ce temps, Napoléon a fait construire des bacs, pouvant transporter 300 hommes, munis « pour mettre les hommes à l’abri de la mousqueterie, d’un mantelet mobile qui en s’abattant servait à descendre à terre ». Chacun des corps d’armée, qui doivent passer en des endroits différents, en est pourvu de 5, leur avant garde se composant donc, au moment du débarquement, de 1500 hommes.

Le 30 juin, toutes les fortifications sont prêtes, toutes les batteries sont en état de tirer. Napoléon a personnellement surveillé tous les travaux :

Marbot (1782-1859) :

« Chaque matin, il voulait avoir des nouvelles de Masséna, et Sainte-Croix [Charles d’Escorches de Sainte-Croix, fils du marquis de Sainte-Croix, autrefois ambassadeur de Louis XVI au près de la Porte ; il sera tué par un boulet à Lisbonne] avait pour ordre de rendre compte chaque jour, dès le lever du jour, dans sa chambre. Sainte-Croix passait sa nuit à inspecter l’île, inspectant nos postes et ceux de l’ennemi, puis il galopait jusqu’à Schönbrunn, où les aides de camp avaient l’ordre de l’amener sans tarder jusqu’à l’Empereur. Pendant que celui-ci s’habillait, Sainte-Croix faisait son rapport…Puis ils parcouraient à cheval l’île, pour inspecter les travaux de la journée, ou observant l’ennemi du haut d’une ingénieuse double échelle que Sainte-Croix avait fait installée en guise d’observatoire… Le soir, Sainte-Croix escortait l’Empereur jusqu’à Schönbrunn…. Cela dura 44 jours, par les chaleurs les plus extrêmes… »

Au cours d’une de ces inspections Masséna fait une chute de cheval, où il se blesse sérieusement, ce qui l’amènera à conduire ses troupes, les 5 et 6 juillet, dans une calèche, le chirurgien Brisset changeant les pansements régulièrement, sous la mitraille !

La même mésaventure arrive à Rapp [le général Jean Rapp (1771-1821)] :

« La bataille de Wagram eut lieu: je n’y assistai pas. Trois jours auparavant j’accompagnai Napoléon dans l’île Lobau: j’étais dans une de ses voitures avec le général Lauriston [le général Jacques Alexandre Bernard Law de Lauriston (1768-1828] ; nous versâmes : j’eus une épaule démise et trois côtes fracassées. »

Girault :

« Toute l’île était devenue une véritable place forte, défendue par plus de cent pièces de grosse artillerie. Tous les travaux s’exécutaient avec une activité extraordinaire, sous les yeux de l’Empereur, qui tous les jours venait s’assurer par lui-même de l’exécution de ses ordres, et surveiller les travaux des Autrichiens, qui eux aussi élevaient sur la rive gauche des retranchements formidables. On avait établi au milieu des arbres une grande échelle du haut de laquelle on pouvait découvrir toute la plaine. L’Empereur y montait souvent pour étudier les travaux de défense des Autrichiens. »

Coignet :

« L’Empereur arrivait tous les jours de Schönbrunn visiter les travaux, puis il montait dans son sapin pour examiner l’ennemi… »

Las Cases :

« Napoléon faisait souvent lui-même la tournée des postes de l’ennemi, et en approcha, dans l’île du Moulin, jusqu’à 25 toises. Un officier autrichien le reconnaissant un jour sur les bords d’un canal large de cinquante toises, lui cria : »Retirez-vous, Sire, ce n’est pas là votre place ».

Le 1er juillet au soir, celles installées dans la Mülhau, déclenchent un violent tir, qui a pour but de disperser les avant-postes autrichiens, et de couvrir le passage de troupes françaises en quatre endroits. A minuit, ces dernières sont installées, le calme retombe sur la Mühlau.

Marbot :

« Pour continuer de faire croire à l’archiduc Charles qu’il avait bien l’intention de passer le fleuve une nouvelle fois entre Aspern et Essling, Napoléon, après la nuit du 1er juillet, avait fait reconstruire le pont par lequel nous avions retraité, et fait passer deux divisions, dont les tirailleurs devaient détourner l’attention de l’ennemi de nos intentions sur Enzersdorf. Il est difficile de comprendre pourquoi l’Archiduc ait pu croire un instant que Napoléon pouvait attaquer sur ce point, face aux imposantes défenses qu’il avait élevé entre Aspern et Essling ; c’eut été prendre le taureau par les cornes. »

Et pourtant la feinte réussi: l’archiduc Charles met son armée en alarme, et la fait avancer à mi-chemin entre le Rußbach et le Danube. Réalisant son erreur, et la force de l’artillerie de la Lobau, il lui fait bientôt rebrousser chemin.

Le lendemain 2 juillet, 500 Français passent, à partir de l’île du Prater, dans le Schierlingsgrund. Le Biberhaufen est déjà occupé. À 8 h du matin, 9 batteries françaises ouvrent le feu sur Groß-Enzersdorf, pilonnant, autour du village et dans le village même, les emplacements occupés par les autrichiens, qui perdent plus de 300 hommes. Les Français en profitent pour occuper et fortifier la Mühleninsel, étant hors de portée des autrichiens.

Napoléon avait transféré son quartier général dans la Lobau.

Boulart :

« Le 3 juillet, départ général de la Garde pour l’île de Lobau, où l’Empereur s’établit. Trois ponts sur le Danube, l’un pour l’infanterie, le second pour la cavalerie, le troisième pour l’artillerie et les équipages rendent le passage du fleuve facile et prompt. »

Savary :

« Dans la journée du 2 juillet, L’Empereur transféra son quartier-général de Schönbrunn à Ebersdorf, et m’ordonna d’enlever tous les bagages du grand quartier, et de n’accepter qu’aucun français ne resta dans Schönbrunn ».

Girault :

« Le 1er juillet, Napoléon vint s’installer dans l’île avec tout le quartier général. Il fallut déguerpir. »

Il ne lui reste plus qu’à donner les ordres pour le passage sur la rive gauche et l’entrée dans la plaine du Marchfeld. Les troupes doivent commencer de se réunir dans l’île le 3 juillet, y être toutes concentrées le 4, avant de passer dans le Marchfeld.

Savary :

« Dès l’après-midi du 2, les troupes avaient commencées d’arriver de toutes les directions, un mouvement qui devait continuer toute la nuit, puis le 3, et encore le 4…150 000 fantassins, 750 pièces de canons, 300 escadrons de cavalerie formaient l’armée de l’Empereur. Les différents corps étaient rangés dans l’île en fonction de l’ordre dans lequel ils passeraient les ponts, de manière à éviter la confusion qui arrive en pareille occasion….. L’île de Lobau était devenue une seconde vallée de Jehosaphat : des hommes qui avaient été séparés l’un de l’autre durant six ans, se retrouvaient sur les bords du Danube. Les troupes du général Marmont, qui arrivait de Dalmatie, étaient composées d’éléments que nous n’avions pas vus depuis le camp de Boulogne. »

Bertrand :

« Le 4 juillet, traversée de Vienne, l’Empereur nous passe en revue sur le bord du Danube, rive droite. Immédiatement après, nous gagnons l’île de Lobau, où ma division est placée en première ligne sur la rive gauche d’un autre bras du Danube. »

Girault :

« Tous les jours de nouvelles troupes arrivaient dans l’île. Il y en avait de toutes les couleurs, des Bavarois, des Wurtembergeois, des Hessois, des Saxons… »

Macdonald :

« Nous ne fûmes pas les derniers à arriver, et nous étions au point de passage choisi pour surprendre l’ennemi. Nous avions parcouru soixante lieues en trois jours, et malgré la fatigue excessive et les chaleurs de cette saison, nous eûmes peu de traînards, tant les soldats de l’armée d’Italie avaient d’ardeur pour prendre part aux grands événements qui allaient se passer et combattre en présence de leurs frères d’armes de la Grande Armée, sous les yeux de l’Empereur. »

Marmont :

« Vous devez, monsieur le général Marmont, être le 5 au matin dans l’île Napoléon. » (Major Général Berthier).

« La leçon que Napoléon avait reçue lui avait profité. Des moyens de passage assurés, à l’abri de toute entreprise et de tout accident avaient été préparés. Le général Bertrand, commandant le génie de l’armée, avait conduit tous ces travaux avec habileté. Le véritable Danube était passé, et cette vaste île de Lobau rassemblait la plus grande population militaire que l’on eut jamais vue réunie sur un même point. »

Tascher :

« Le 3, toute l’armée de Hongrie vient de passer au pont d’Ebersdorf. Nos forces se concentrent, les grands coups vont se porter. Le 4, à 11 heures du matin…nous nous dirigeons sur Ebersdorf ; nous nous mettons en bataille dans la plaine en avant de Schwechat et nous y sommes accueillis comme l’autre fois par un orage affreux; je crois que la nuit sera rude.

L’armée entière se rassemble : l’armée d’Italie, celle de Dalmatie, les Saxons, les Bavarois, en un mot, tout ce qui combat pour Napoléon…À 9 heures du soir, notre tour arrive..Nous voilà donc dans cette fameuse île de Lobau, retraite de l’armée française après la funeste bataille d’Essling… C’est demain qu’il faudra vaincre ou mourir ! Quatre-cent mille hommes, qui ne se haïssent point, qui peut-être s’aimeraient s’ils se connaissaient, sont resserrés dans l’espace étroit de trois lieues carrées et n’attendent que le signal pour s’entr’égorger. Combien est intéressante la scène qui va s’ouvrir ! Nous sommes couchés dans la boue et plongés dans une profonde obscurité ; la pluie tombe par torrents. »

Ces Bavarois du général Wrede, dont parle Tascher, arrivent au dernier moment, n’ayant reçu que le 30 juin l’ordre de se rendre à Vienne.

Ils quittent Linz le 1er Juillet, à deux heures et demi du matin, et vont marcher 13 heures par jour, à la moyenne de 40 kilomètres ! Ils sont à Saint-Pölten le 3 Juillet. Là, ils reçoivent un nouveau message de Berthier :

« Mon Cher Général, si vous souhaitez participer à l’affaire qui se présente devant nous, vous devez arriver dans l’île de la Lobau, près d’Ebersdorf, avant 5h du matin, le 5 juillet. »

Wrede remet ses troupes sur pieds, et les amène le 4 à Purkersdorf. Ce n’est pourtant pas fini ; elles doivent encore faire 10 kilomètres pour aller bivouaquer à Schönbrunn. Au total, les Bavarois auront parcouru près de 225 kilomètres en un peu plus de quatre jours !

Czernin :

« Quand les canons de Wagram se firent entendre, nous vîmes arriver les Bavarois de Wrede. Ils avaient dû venir de Linz à marches forcées et, couverts de poussière et de boue, étaient si épuisés, qu’ils s’effondraient aux coins des rues. Leur aspect misérable éveillait la pitié. Mais eux aussi durent aller à cet abattoir, qu’on nomme le champ d’honneur. »

Un autre témoin raconte :

« Les Bavarois étaient si épuisés qu’ils s’effondraient au coin des rues et leur aspect inspirait la pitié. »

Le capitaine Berchen est tellement épuisé que, par deux fois, il s’endort et tombe de son cheval !

Et pourtant Wrede prendra part à la deuxième journée de Wagram. La marche de ses soldats est considérée par certains comme l’une des plus rapides de l’histoire militaire de ce temps.

Les Saxons de Bernadotte, eux, ont leur bivouac non loin des tentes de Napoléon. Celui-ci leur rend visite et s’adresse à eux, le général von Gutschmidt servant d’interprète :

« Demain, nous livrerons bataille – Je compte sur vous ! Dans quatre semaines vous regagnerez votre patrie. Le colonel Thielman a chassé les ennemis hors de la Saxe. »

Les cris de « Vive l’Empereur » l’accompagnent quand il s’éloigne.

Finalement, le passage a lieu dans la nuit du 4 au 5 juillet.

Sources : 
www.napoléon-histoire.com

Voltigeurs_of_a_French_Line_regiment_crossing_the_Danube_before_the_battle_of_Wagram

Voltigeurs de la grande armée traversant sur une embarcation le Danube

Joseph Fouché, exilé et oublié sur les bords du Danube à Linz

Aucune cour européenne ne l’invite et il n’y a que son vieil « ami » le prince Metternich qui daigne accepter du bout des lèvres qu’il trouve refuge à Prague mais surtout pas à Vienne ni en Basse-Autriche. Tenu à distance par la noblesse bohémienne, espionné, ridiculisé, il sollicite de Metternich l’autorisation de quitter Prague et de se réfugier avec sa jeune et seconde épouse Gabrielle-Ernestine de Castellane (1788-1850) qu’il a épousé en 1818 et sa fille de son précédent mariage, Josephine-Ludmille (1803-1893), en Haute-Autriche. Leur chemin vers Linz les font passer par Carlsbad, la célèbre ville d’eau. Ils traversent le Danube et s’installent confortablement à Linz dans un superbe immeuble, au 27 de la Hauptplatz2 à proximité du fleuve sur les bords duquel Joseph Fouché va marcher, méditant sur son destin, sa solitude, son ennui et son oubli. Peut-être se souvient-il aussi que c’est juste en face de Linz, sur la rive gauche que se sont affrontées le 17 mai 1809 les armées autrichiennes et les troupes napoléoniennes placées sous le commandement du maréchal Bernadotte. Peu lui importe désormais. Il se fait même naturaliser autrichien. En 1819, Metternich autorise Fouché malade à quitter Linz et son climat peu favorable pour s’installer à Trieste. Il meurt à son domicile, le palazzo Vicco, le 26 décembre 1820 assisté de Jérôme Bonaparte qui brûle à sa demande ses papiers, emportant ainsi ses secrets avec lui.
L’écrivain autrichien Stefan Zweig (1881-1942) lui a consacré une biographie. Il décrit brièvement dans celle-ci le contexte de son exil sur les rives du Haut-Danube autrichien.
« Linz, — on sourit toujours, en Autriche, quand quelqu’un prononce ce nom qui, si involontairement, rive avec Provinz. Une population de petits bourgeois, d’origine rurale, des bateliers, des artisans, pour la plupart de pauvres gens, avec seulement quelques maisons de la vieille noblesse autrichienne. Il n’y a pas, comme à Prague, une grande et glorieuse tradition, pas d’opéra, pas de bibliothèque, pas de théâtre, pas de bals merveilleux donnés par la noblesse, pas de fêtes : une véritable ville de province, sans vie et somnolente, un asile pour vétérans. C’est là que s’établit le vieux Fouché, avec les deux jeunes femmes, presque du même âge, qui sont l’une son épouse et l’autre sa fille. Il loue une superbe maison, la fait magnifiquement mettre en état, au grand plaisir des fournisseurs et des marchands de Linz, qui jusqu’alors n’avaient pas l’habitude d’avoir dans leurs murs de pareils millionnaires.

La résidence de Joseph Fouché au n° 27 de la place principale pendant son exil à Linz, photo Michael Kranewitter, droits réservés

Quelques familles s’efforcent d’entrer en relations avec cet intéressant étranger qui, grâce à son argent, ne manque pas, malgré tout, de distinction ; mais la noblesse préfère, d’une façon très marquée, celle qui est née comtesse de Castellane au fils d’un « épicier », à ce « monsieur Fouché », à qui il a fallu un Napoléon (qui n’est lui-même à ses yeux qu’un aventurier) pour jeter sur ses maigres épaules un manteau ducal. D’autre part, les fonctionnaires ont été secrètement invités par Vienne à le fréquenter aussi peu que possible ; ainsi cet homme qui autrefois était d’une activité passionnée vit complètement isolé et presque en quarantaine.

La comtesse Gabrielle-Ernestine de Castellane (1788-1850), duchesse d’Otrante, épouse de Joseph Fouché 

   Un contemporain le décrit alors, dans ses mémoires, pendant un bal public :« On était frappé par la façon dont la duchesse était fêtée, tandis que Fouché lui-même était négligé. Il était de taille moyenne, fort, sans être épais, et avait un affreux visage. Il paraissait aux lieux où l’on dansait toujours en habit bleu avec boutons d’or, en culottes blanches et en bas blancs. Il portait le grand ordre autrichien de Léopold. D’ordinaire, il se tenait seul, près du poêle, et il regardait danser. Lorsque je considérais celui qui fut autrefois le tout-puissant ministre de l’empire français, qui maintenant était là si isolé, si délaissé et qui paraissait heureux lorsqu’un fonctionnaire quelconque engageait avec lui une conversation ou lui offrait de jouer aux échecs, je pensais involontairement à l’instabilité de toute puissance et de toute grandeur terrestre. »

Stefan Zweig, Joseph Fouché, Bildnis eines politischen Menschen, 1929, traduction en langue française, Grasset, Paris, 1969, traduction d’Alzir Hella (1881-1953) et d’Olivier Bournac
Stefan Zweig a dédié sa biographie à son ami l’écrivain et médecin autrichien Arthur Schnitzler (1862-1931).
On consultera également la biographie de Joseph Fouché écrite par Louis Madelin (1871-1956) et parue en 1901.
Autres biographies ou ouvrages en français sur Joseph Fouché :
Jean Tulard, Joseph Fouché, Fayard, Paris, 1998
Julien Sapori, L’exil et la mort de Joseph Fouché, Anovi, Paris, 2007
Emmanuel de Waresquiel, Fouché : les silences de la pieuvre, Paris, Tallandier, 2014
Julien Sapori, (dir.), Dictionnaire Fouché, Tours, 2019

Notes : 
1 Joseph Fouché, élevé au titre de comte d’empire en 1808 devient duc d’Otrante en 1809. Otrante (Otranto) est une ville de l’Italie du sud, située dans la région des Pouilles au bord du canal du même nom qui sépare l’Italie de l’Albanie.  
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Place principale à proximité du Danube

La place principale de Linz à l’époque de l’exil de Joseph Fouché, sources : Robert Batty, Rudolf Lehr – Landeschronik Oberösterreich, Verlag Christian Brandstätter, Wien 2008 

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