Des poissons (silures et esturgeons) du Danube par le comte Louis Ferdinand Marsigli (1744)

MARSIGLI  (1658-1730), Louis Ferdinand, Comte de, Description du Danube, depuis la montagne de Kalenberg en Autriche, jusqu’au confluent de la rivière Jantra dans la Bulgarie : Contenant des Observations géographiques, astronomiques, hydrographiques, historiques et physiques ; par  Mr. Le Comte Louis Ferd. de Marsigli, Membre de la Société Royale de Londres, & des Académies de Paris & de Montpellier ; Traduite du latin., TOME QUATRIÈME [6 tomes], A La Haye, Chez Jean Swart, 1744 

DES POISSONS DU DANUBE
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CHAPITRE IV.


DU
SILURUS,

OU

GLANIS,

NOMMÉ

BISE

PAR 
QUELQUES AUTEURS FRANÇOIS
.

Le poisson que Rondelet1 & Gesner2 appellent Silure, porte chez Aldrovandre3 le nom de Glanis4, le même par lequel Aristote l’a désigné. Les Allemans lui donnent celui de Schaiden, les Raciens5 le nomment Comƅ, Somb6, & les Hongrois Ifardseha7. Ce Poisson parvient à une grandeur considérable, qu’il y en a qui pèsent jusqu’à deux cens livres8, de seize onces la livre. Sa longueur est quelquefois d’une toise9 et demi, & la grosseur de son ventre approche de la grosseur de deux personnes corpulentes. Il a le corps assez long, la tête grande, le ventre gros, la peau unie, lisse et glissante. Le fond en est généralement brun, mais plus obscur dans les uns que les autres. On en voit qui tiennent du jaune, mais dans la plûpart, ce fond site sur le vert, & ils ont tous la peau un peu bigarrée par des traits & des tâches, plus claires les unes que les autres. Il est tout blanc sous le ventre.


   De tous les Poissons du Danube, c’est celui qui a la tête la plus grosse. Il a le crâne large, spacieux, fort aplati par dessus, gros & étroit à son son origine, mais plus large & allant en diminuant vers la bouche. Le reste du corps a moins de grosseur à proportion. Le devant de la tête ne s’allonge point, mais paroît comprimé ou tronqué, & sans museau. Sa bouche, placée tout à l’extrémité, est très-grande & fort fenduë, la mâchoire inférieure s’avançant un peu plus que la supérieure, & étant garnies l’une & l’autre de plusieurs rangs de petites dents fortes & très pointuës. En mesurant l’ouverture de sa bouche, on trouve, qu’elle égale dans sa circonférence le tiers de la longueur du corps. Il a les yeux petits, & placés vers le sommet. Au dessus des coins de la bouche, lui sortent du crânes deux longues barbes minces, qui vont toujours en diminuant. Elles sont dures & roides à leur origines, mais plus cartilagineuses & plus flexibles, à mesure qu’elles s’en éloignent. Ces barbes sont couvertes d’une peau semblable à celle du corps, & il peut les étendre en avant, ou recourber en arrière. Il en a encore quatre autres au menton, ou sous la gueule, mais elles sont petites, blanches, flasques & charnues.
   Son ventre n’occupe pas beaucoup d’espace en longueur, mais en revanche il s’étend par les côtés, & pend en dessous comme un sac. Le dos, qui est plus large vers la tête, se rétrécit peu à peu vers la queuë.
 Celle-ci est grosse, & sa surface supérieure procède du dos en ligne droite ; elle est plus large par dessous, où elle avance un peu sous le ventre, & va en diminuant, & en s’inclinant vers extrémité.
   Les nageoires sont au nombre de six, de même joueur que le reste du corps ; deux s’en trouvent près des ouïes, deux autres, semblables à celles de la Carpe, du Nasus & du Chabot ou Meunier, sont placées au défaut du ventre ; on en voit aussi une petite sur le dos, à quelques distances de la tête ; & la sixième, qui a peu de largeur, est molle et flasque, & s’étend sous le ventre, depuis l’endroit où la grosseur du corps commence à diminuer, jusqu’à l’extrémité de la queuë. Aldrovandre, dans la description qu’il a donné de ce Poisson, doute si cette nageoire se continue tout le long de la queue ; mais je puis assurer, qu’ayant été à porter d’examiner un grand nombre de Poissons de cette espèce, même dans les lieux où ils sont fort communs, j’ai toujours trouvé qu’elle s’étendoit jusqu’au bout de la queuë, & qu’elle s’y tenoit.
   Le Silure aime les fleuves tranquilles & profonds, qui coule dans un lit d’argile & bourbeux.


Il est vorace & fait du ravage permis les autres poissons.
   Sa chair est blanche, tendre, succulente, & il n’a point d’arrêtes, que celle qui règne le long du dos, depuis la tête jusqu’à la queuë.
   Il a beaucoup de graisse, même en partie avec la chair, & attachée en partie aux intestins. Sa queue sur-tout est très grasse, & à-peu-près du goût de l’Anguille, mais moins visqueuse ; ce qui fait qu’on la préfère à tout le reste, comme le plus friand morceau, lorsqu’elle est frite. Les Raciens de la religion Grecque exposent ordinairement ce poissons au grand air pour le sécher, & ils se servent des morceaux les plus gras, pour assaisonner leurs légumes &leurs choux. Le Silure qu’on prend dans la Teisse10 est gras, qu’on ne presque pas le manger sans dégoût.
Ses oeufs sont d’un jaune clair, en petite quantité, mous & petits. Son estomac approche par sa structure de celui des quadrupèdes, étant fort solide, nerveux & traversé par quantité de veines.
 Il fraye au mois de juin, près des bords, dans des lieux fangeux & argileux.

Notes :
1 Guillaume Rondelet (1507-1566), médecin et naturaliste français célèbre pour un ouvrage sur les poissons et pour avoir été le premier à utiliser une nomenclature scientifique binominale.
2 Conrad Gessner (1516-1565) naturaliste suisse, médecin, zoologue (Historiae animalium, 1555) philologue, ornithologue, botaniste, paléontologue, fondateur de la recherche bibliographique en Europe (Biliotheca Universalis, 1545)
3 Ulisse Aldrovandi (1522-1605), grand savant de la Renaissance italienne né à Bologne.
4 Silurus glanis
5 La Rascie, en serbe : Рашка, Raška, nommée d’après la rivière Raška est l’une des plus importante principautés serbes du Moyen-Âge. Établie à la fin du XIe siècle c’est à partir de celle-ci que sera constitué le royaume de Serbie puis l’Empire serbe. Au XIVe siècle la principauté du knèze Lazar Hrebeljanović est désignée par les Hongrois comme le royaume de Rascie. (sources Wikipedia)

6 Som en serbe
7 Ifardseha ? En langue hongroise silure se dit harcsa (poisson-chat)
8 Une livre = 489, 5 grammes
9 Une toise = 1, 949 m
10 Tisza, un des principaux affluents du Danube de la rive gauche

CHAPITRE I
DE DIVERSES ESPECES
D’ANTACÉES.
PREMIERE ESPECE
D’ANTACÉES,
OU
POISSON DONT ON FAIT LA COLLE.

   Gesner, Aldrovande* & Willoughby ✝︎ le nomme Huso, les Allemans Hausen/ Haufen, les HongroisWysahal & les Rasciens [?] Moruna. Ce Poisson (Planche X. Fig. I.) a de la longueur passablement, & beaucoup de ventre, mais il n’a point d’os, excepté ceux de la tête,& de tous les Poissons du Danube, c’est celui qui a les plus grandes nageoires. Ceux qu’on prend communément dans ce Fleuve ont deux toises de longueur, & pèsent cinq à six-cens livres : il s’en est même vendu à Vienne qui en pesaient neuf-cens ; mais on n’en a jamais pris au-dessous du poids de quinze livres, & les Pêcheurs assurent, qu’on en voit rarement de si petits. Ce Poisson a la peau lisse et unie, d’un cendré obscur sur le dos, mais celle qui e couvre les bosses est blanchâtre, ainsi que le dessous du ventre.

Il a le dessus de la tête presque aplati, fort large & inégal par des
redentures en relie, qui s’y étendent en longueur. Son crâne est d’os, mais il devient cartilagineux peu-à-peu vers le devant, où il forme une espèce de trompe ou de museau blanchâtre, gros, long & qui se termine en pointe émoussée. Il a les yeux à fleur de tête, mais petits à proportion du corps, & les narines placées devant les yeux. Il n’a point de dents à la partie inférieure de la bouche, qui est vis-à-vis ou à la hauteur des yeux, & qu’il ouvre par le moyen de deux cartilages cilindriques, courbés presque en demi-cercle, qui, dans un Poisson de quatre-cens livres, sont environ de la grosseur d’un petit doigt. Ces cartilages tiennent à la partie inférieure de la bouche par une chair flasque & musculeuse ; de sorte que la bouche s’ouvre par le relâchement de ces muscles, & se ferme par leur contraction. Le devant de la bouche est garni de quelques barbillons de chair. Les ouïes ne sont pas exactement couvertes.
   Il a le ventre & le dos unis, si ce n’est que ce dernier se resserre un peu vers le sommet, & forme une espèce de tranchant, sur lequel il y a plusieurs boucles ou bosses cartilagineuses. Les flancs sont enflés, & marqués d’un bout à l’autre  d’une raye en ligne convexe. L’épine du dos est un gros cartilage solide, & tout d’une pièce, percé depuis la nuque jusqu’à la nageoire de la queuë.
   On compte à ce Poisson sept nageoires, à savoir deux proches des ouïes, deux autres vers la fin du ventre, une derrière l’anus, & une sur le dos, plus large qu’aucune des précédentes, & qui occupe tout l’espace opposé à celui qui se trouve entre les dernières nageoires du ventre & celles de l’anus. Enfin la nageoire de la queuë, qui est la septième, est fourchuë, mais la branche supérieure se trouve plus longue de moitié que l’inférieure. Elles sont toutes rougeâtres, & composées d’arrêtes fortes, qui vont toujours en diminuant, & deviennent cartilagineuses vers les extrémités.
   Il se retire pendant l’Hyver dans de profondes cavernes, d’où il est chassé par les glaçons, qui s’entassent quelquefois vers le Printems dans le Danubede sorte qu’ils remplissent toute la capacité de son lit, & il lui arrive souvent d’être blessé par le choc des glaces, & d’en avoir même tout le museau brisé ; mais toutes les glaces étant parties, & de nouvelles eaux remplissant le Fleuve, il remonte vers sa surface pour frayer. Les Pêcheurs assurent, que ce Poisson, ainsi que tous les autres genres d’Antacées, viennent de la Mer Noire, & qu’on connoient ceux qui sont nouvellement entrés dans le Fleuve, par la couleur, qui devient plus sombre, à mesure du séjour qu’ils y font. Ces gens-là ajoutent, que lorsque le Printems est variable, ils passent dans la Mer, mais qu’ils retournent au mois de Juillet, & que, vers l’Automne, ils remontent le Fleuve, pour y chercher & prendre des quartiers d’Hyver.  De-là vient, que le Poisson dont il s’agit ne se prend que vers le Printems et l’Automne ; car l’opinion commune est, qu’il ne s’en trouve point dans le Danube pendant l’Eté, & en Hyver il n’a rien à craindre des filets, parce qu’il se tient en retraite au fonds des eaux.
   Il y a diverses matières  le prendre. Quelquefois, lorsqu’il nage à fleur d’eau, on le tire à coup de fusil chargé à bale, ou bien, si l’on peut l’approcher, on le perce d’un javelot ou d’une pique. Dès qu’il se sent blessé, il tombe en foiblesse & se retourne sur le dos, de sorte qu’il paroît le ventre en-haut : alors les Pêcheurs accourent en diligence, lui passent une corde par la gueule & par l’une des ouïes, & au bout de cette corde ils attachent un gros bâton par le milieu, afin qu’elle ne s’échappe point, après quoi ils attachent l’autre bout à une barque, & gagnent ainsi le rivage, tirant le Poisson après eux. Mais on le prend plus communément dans des filets d’un extrême longueur, qui ne sont faits que de simple fil, à grosses mailles, & dont chaque bout tient à une barque. On enveloppe de cette façon l’endroit où l’on a apperçu ce Poisson, qui, donnant du museau contre le filet, recule aussitôt, parce qu’il n’en peut pas souffrir le chatouillement. Les Pêcheurs resserrant leurs filets peu-à-peu, & le Poisson les rencontrant, & se sentant chatouillé par-tout, il se trouve obligé à se retirer vers le bord ; mais lorsqu’il s’apperçoit du peu de profondeur de l’eau, & qu’il n’y en a plus assez pour nager, il s’élance, soit de peur ou de rage , sur le rivage, où il tombe sur le dos. Alors les Pêcheurs se pressent pour lui passer au plus vite une corde, de la manière qu’il est dit ci-dessus, & ayant remis le Poisson dans l’eau, ils l’attachent à un pieu, enfoncé dans la terre, pour le garder en vie, de la même façon qu’on attache les barques, pour les empêcher d’être emportées par le courant. Il arrive très souvent pendant cette opération, à des Pêcheurs étourdis ou peu expérimentés, qui s’approchent inconsidérément de ce Poisson, quelque part que ce puisse être, pendant qu’il s’ébat sur le rivage, d’être renversés dans le Fleuve d’un coup de queuë : mais dès qu’ils remarquent qu’il s’apprivoise ou se radoucit un peu, ils le chatouillent au ventre, ce qui fait qu’il se couche sur le dos, & leur donne occasion de lui passer la corde , comme nous l’avons dit.
   Ce Poisson se nourrit de limon & de fange. L’opinion de ceux qui croyent qu’il dévore d’autres Poissons, vient de ce qu’on en trouve quelquefois dans son estomac, lorsqu’on l’ouvre ; mais cela n’arrive que par pur accident : car il ne leur donne point la chasse, mais lorsqu’il se promène dans les grandes eaux avec la gueule toujours ouverte, suivant sa coutume, ils y entrent aveuglément et d’eux-mêmes.
   Sa chair est blanche, & d’aussi bon goût que celle du veau.  On l’apprête de la même façon, & ceux qui n’en ont jamais mangé, la prennent bonnement pour telle. On fait des arrêtes des nageoires une gelée, semblable à celle des pieds de veau.
   Il y en a qui ont trois doigts de graisse blanche sur le dos.
   Ses oeufs sont ronds, d’un bleu qui tire sur le noir, enveloppés d’une membrane cendrée, & en si grande quantité, qu’ils sont le tiers du poids de tout le Poisson. Tous ses intestins sont en dehors d’un noir bleuâtre. Le dedans du ventricule, qui ne ressemble pas mal à un sac oblong, est blanc & ridé, & ce viscère communique par un conduit avec la vessie. Celle-ci est revêtue intérieurement d’une tunique blanche, qu’on blesse aisément, étant humide, & qui se déchire, même quand on la touche légèrement, mais cette tunique si délicate s’endurcit au soleil ou au feu, & prend plus de consistance, de sorte qu’on peut la séparer de la vessie. On ne se sert pour cela que des doigts, après quoi on achève de la dessécher, & c’est-là ce quoi nomme en allemand Hausen=  Blatter /Hausen-Blatter, ou Hausen=Blasen / Hausen-Blasen, en latin Ichthyocolla. On la coupe par petits morceaux, & étant réduite en mucilage par infusion, on s’en sert pour nettoyer les Vins. On en fait aussi, avec du Vin, de belles gelées, qui servent aux plus somptueux repas.  Dans le Tome VI. de cet Ouvrage, qui contient nos Observations mêlées, on trouvera la situation & l’arrangement des intestins de ce Poisson exactement dessinés.
   Il fraye au Printems, & dépose ses oeufs dans la Mer. Quoiqu’il en jette aussi dans le Danube, où on les trouve souvent en très grande quantité, ces derniers ne sont point féconds, & les Pêcheurs croyent, qu’ils sont la plupart dévorés par les E[s]turgeons.

   [ ? Les Ichthyographes François n’ont pas encore trouvé de nom propre à donner à ces Poissons de Rivière, appelés par les Anciens Atacei, ou simplement Magni. Belon & Rondelet se sont contentés, en parlant du premier Poisson de cette espèce, dont on fait la Colle, de rapporter les noms que divers Peuples lui donnent, sans rien déterminer touchant celui qu’on peut lui donner en François. Le sçavant Abbé Furetière, ainsi que Mrs. Basnage de Beauval & Brutel de la Rivière, qui ont revû, corrigé & augmenté son Dictionnaire, ont simplement fait la description de ce Poisson, à l’Article Colle de Poisson, sans lui donner de nom. Toutes ces raisons m’ont déterminé suivre ce que Rondelet dit Part. II de son Histoire des Poissons, pag. I34 ; c’est-à-dire à comprendre toutes les espèces, appelées Huso par l’Auteur, sous le nom d’Entachées, qui a aussi été employé par Aldrovande, puisque ce nom convient non seulement  à tous Poissons fort grands & de merveilleuses & non accoutumées staturedesquels on fait des saleures, comme s’explique Rondelet, à l’endroit cité, mais aussi généralement à toutes les espèces d’E [s]turgeons.]

* Livre IV. Chap. 9.      ✝︎ Livre IV. Chap. 24                     

QUATRIEME ANTACÉE,
OU
E[S]TURGEON
DE LA
SECONDE ESPECE.

Cette espèce d’E[s]turgeon (Planche XI. Fig. 2) a la peau plus noirâtre que le précédent. Les osselets qui lui garnissent le dos sont aussi plus longs, plus pointus & plus crochus, & son museau, qui est plus long, se redresse d’avantage.

Il se trouve aux cataractes du Danube, dans la Mer Noire, & dans celle de Marmora ; cependant les Pêcheurs assurent, que ni eux, ni personne avant eux, n’en ont jamais pris dans le détroit qui joint ces deux Mers, quoiqu’il n’y aît que ce seul passage de l’une à l’autre. cette singularité leur donne lieu de croire, que ce Poisson remonte de la Mer Noire jusqu’aux cataractes du Danube, & que de-là il passe dans la Mer de Marmora, par des conduits & des canaux souterreins.

Sources :
MARSIGLI  (1658-1730), Louis Ferdinand, Comte de, Description du Danube, depuis la montagne de Kalenberg en Autriche, jusqu’au confluent de la rivière Jantra dans la Bulgarie : Contenant des Observations géographiques, astronomiques, hydrographiques, historiques et physiques ; par  Mr. Le Comte Louis Ferd. de Marsigli, Membre de la Société Royale de Londres, & des Académies de Paris & de Montpellier ; Traduite du latin., TOME QUATRIÈME [6 tomes], A La Haye, Chez Jean Swart, 1744

Danube-culture, février  2020

 

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