Là où se mêlent les eaux, Des Balkans au Caucase dans l’Europe des confins

Il se passe évidement beaucoup de choses intéressantes dans ces pays et régions des confins européens et asiatiques. Pourquoi ? Parce que rien ne semble stable et ne semble pouvoir se stabiliser, comme sur une faille sismique.

 Laurent Geslin et Jean-Arnault Dérens le savent mieux que tous autres journalistes. Et pour cause, historien, journaliste pour Jean-Arnault Dérens, géographe et journaliste pour Laurent Geslin, ils conjuguent leur savoir-faire en dirigeant et animant depuis plusieurs années le passionnant Courrier des Balkans. Ils connaissent intimement ces terrains complexes où se mêlent non seulement les eaux maritimes et fluviales mais où s’entrechoquent un turbulent passé et un présent chaotique avec l’incertitude de l’avenir, où les frontières nomadisent comme les populations au gré des conflits, des traités, des revendications nationalistes (l’Histoire aime ici tordre le coup à la géographie à moins que ce ne soit l’inverse !), ces frontières que des politiques de tout bord alliés à des militaires insatiables n’ont cessé de vouloir déplacer. Serions-nous encore aujourd’hui  au coeur d’une tornade qui expulserait certaines populations minoritaires à la périphérie de leurs propres territoires et les obligeraient à vivre sur un strapontin de l’Histoire ? Quid également des conséquences du changement climatique sur elles et leur fragile mode de survie dans un proche avenir ? Quelle nouvelle catastrophe plane-t-elle au-dessus d’elles ? 

Ce livre en forme d’Odyssée maritime et terrestre haletante, depuis les quais de Crotone en Italie du sud jusqu’à la petite ville ukrainienne de Vilkovo, presque au bout du bras de Kilia, ancien royaume déchu du caviar danubien, est un fascinant et tourbillonnant récit, un émouvant état des lieux ou plutôt état de non-lieux ! Même à terre il vaut mieux, dans ces contrées, avoir le pied marin ! Le delta du Danube paraît en comparaison un lieu d’apaisement !

« Tous les peuples que le Seigneur a créés sont venus ici, il y a de l’eau, de la vigne, du poisson, de la terre grasse, grasse et noire dans laquelle pousse la moindre graine semée. Et nous sommes libres ! Les gens du delta sont libres, ils l’ont toujours été, sous les tsars comme sous les communistes… Seule  cette Europe mettra peut-être des frontières, coupera les routes et les canaux. Ici  pourtant, rigole Gheorghe, tu peux mettre une barrière, la rouille et le sel te la mangent en deux ans, les douaniers deviennent alcooliques ou demandent leur mutation, chassés par les fièvres. Seuls les honnêtes gens, les gens libres peuvent vivre dans le delta, et pas un peuple n’a manqué de dépêcher quelques représentants entre le bras de Saint-Georges et les étangs de Tuzly et de Tatarbunary, il y a des Arméniens, des Serbes, des Hongrois, des vieux-croyants, des Turcs et des Tatars. Tous les peuples créés par Dieu doivent se retrouver dans le delta. »

Là où se mêlent les eaux, Des Balkans au Caucase dans l’Europe des confins, « Vilkovo »

 

 

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