Le Danube et l’espace danubien…

   Nous vous souhaitons la bienvenue sur la page d’accueil de danube-culture.org, un site en langue française consacré au deuxième plus grand fleuve du continent européen après la Volga et au fleuve le plus international au monde.

Sur le Danube bulgare près de Ruse, photo Danube-culture, droits réservés

   Ce site aborde le fleuve dans une perspective holistique. On y parle d’histoire, d’ethnologie, d’environnement, de navigation, de bateliers, de musées de la batellerie, de climatologie, de destins liés au Danube, d’hydrographie, d’îles, d’oiseaux, de poissons , de pécheurs, de bateliers, du delta, de musiques, de cuisines et de vins, de croisières et de voyages d’autrefois et d’aujourd’hui, de cinéma, d’étymologie, de festivals et de cultures, de littérature, de souvenirs, de savoirs et savoir-faire, de métiers du fleuve, de mythes, de légendes et de personnages danubiens d’anthologie ou d’habitants des bords du fleuve.
L’une de ces légendes, parmi les plus belles de la mythologie européenne, ne raconte-t-elle pas que Jason et ses compagnons auraient remonté le Danube au retour de leur périlleuse expédition pour la conquête de la Toison d’or, depuis l’une de ses « bouches » dans la mer Noire jusqu’au confluent avec la rivière Sava ?

Brigach und Breg bringen die Donau zu Weg ! (La Brigach et la Breg ouvrent le chemin au Danube !)
Dicton populaire

Seul fleuve européen important à se diriger dans un axe général d’ouest en est, le Danube prend ses sources en Allemagne dans le massif de la Forêt-Noire (Bade-Wurtemberg) à Furtwangen pour les uns ou à Donaueschingen, considéré comme la source officielle, pour les autres. On peut aussi considérer, pour apaiser cette querelle ancienne, que le Danube prend à la fois ses sources à l’altitude de 1078 m au lieu-dit Martinskapelle à Furtwangen (source de la Breg), au lieu-dit Sankt-Georgen-Brigach situé à 925 m d’altitude (source de la Brigach) sur la commune de Sankt-Georgen im Schwarzwald tout comme à Donaueschingen puisque c’est ici que toutes les eaux de ces multiples sources se rejoignent pour former officiellement le Danube. Le fleuve traverse ensuite une partie du vieux continent pour finir en un grandiose delta, prodigue en biodiversité et se jeter en se partageant actuellement en trois grands bras et de multiples ramifications secondaires dans la mer Noire, une mer fermée appartenant à part égale à l’Asie et à l’Europe.

Les cours du Moyen et du Bas-Danube ainsi que le delta et les côtes occidentales de la mer Noire vus d’un satellite

   Le Danube est dès sa naissance et sur de nombreux aspects, un fleuve fascinant et au destin complexe. Son histoire commence bien avant que les hommes ne viennent peupler et coloniser son delta, ses rives puis son bassin tout entier. 

Le Danube en quelques chiffres…
On mesure la longueur du Danube à contre-courant, de l’aval vers l’amont ; u
ne longueur toutefois variable au cours du temps du fait du travail du fleuve tout au long de son périple jusque dans son delta et des aménagements de l’homme.
Longueur totale du Danube, de Sulina (kilomètre 0, Roumanie) jusqu’à la source de la Breg en Forêt-Noire (Furtwangen, Bade-Wurtemberg, Allemagne) : 2 888 km (on trouve également parfois le chiffre de 3019 km).

Le Danube mesure 2 840 km de Sulina jusqu’à Donaueschingen (Allemagne) où le Danube prend officiellement sa (ses) source(s).  

La bassin rénové du Danube dans le parc du château des princes de Fürstenberg à Donaueschingen, lieu officiel (mais contesté par les habitants de Furtwangen) de la naissance du Danube, photo © Danube-culture, droits réservés

De Sulina (km 0) à Galaţi (km 151), le parcours du fleuve est considéré comme une route maritime, aussi se mesure-t-il sur celui-ci en milles marins (1 mille marin = 1, 852 km).

En aval de Sulina et du point kilométrique zéro à partir duquel on mesure les distances sur le fleuve, le Danube poursuit désormais son chemin vers la mer Noire, photo © Danube-culture, droits réservés

   La distance en ligne droite entre le confluent de la Breg et de la Brigach à Donaueschingen et l’embouchure du fleuve est de 1 630 km, donnant ainsi un coefficient de sinuosité de 1,7.

   Le Danube occupe la vingt-et-unième place parmi les plus grands fleuves du monde. C’est le plus long fleuve d’Europe après la Volga (3 740 km) qui se jette également dans la mer Noire. D’autres grands fleuves européens se jettent également dans la mer Noire : le Dniepr (2290 km, le Borysthène des Grecs de l’Antiquité) et le Dniestr (1362 km).
Le Danube franchit de ses sources en Forêt-Noire jusqu’à la mer Noire 22 longitudes. 

Au confluent de la Breg et de la Brigach à Donaueschingen (Bavière), les premiers pas officiels du Danube, photo © Danube-culture droits réservés

Un très faible dénivelé
Le dénivelé total du fleuve, depuis Donaueschingen jusqu’à la mer Noire n’est que de 678 m. La pente moyenne est donc très faible et n’est égale en moyenne qu’à 25 cm/km ! Si le coefficient de sa pente dépasse les 1% en amont d’Ulm il s’abaisse à 0,5% entre le confluent du Lech et Regensburg (Ratisbonne) puis à 0,2% sur la fin de son parcours allemand jusqu’à Passau. Le dénivelé reprend ensuite un peu d’ampleur pour atteindre une moyenne de 0,4% à la hauteur de Bratislava puis s’abaisse à 0,1% sur la frontière slovaco-hongroise et à 0,006% dans la plaine panonienne, remonte à 0,3% dans le passage entre les Carpates et le Balkan, passage dit des Portes-de-Fer (avec des variations entre 0,04 et 2%) avant de redescendre à 0,05% jusqu’à Cernavoda et enfin 0,01% au-delà jusqu’à la mer Noire.     

Débit
Le fleuve a un débit annuel moyen d’environ 203 millions m3 (6 500 m3/s). 

Le Danube en Strudengau (Haute-Autriche) à l’automne, photo © Danube-culture, droits réservés

Régime
Rassemblant des eaux en provenance des hautes montagnes (Alpes), de moyennes montagnes (Carpates, Balkan…) et de leurs contreforts, de hauts plateaux, de bassins et de plaines, le Danube possède un régime d’écoulement très complexe dont le profil évolue depuis celui d’une rivière de montagne jusqu’à celui d’un grand fleuve de basse plaine. De nombreuses crues affectant en particulier le Haut et le Moyen-Danube caractérisent son histoire mais ces crues dévastatrices n’affectent pas toutefois l’ensemble du bassin en raison du « décalage chronologique qu’apportent à leur propagation les conditions d’écoulement, et de l’hétérogénéité des influences météorologiques. »

Le Danube bulgare entièrement gelé pendant l’hiver 1985, photo droits réservés

   Le fleuve peut encore certains hivers rigoureux, en traversant des régions à climat continental, charrier des glaces qui provoquent alors des embâcles remontant vers l’amont à partir de rétrécissements situés entre les reliefs. Il n’était pas rare que le Bas-Danube soit également pris par les glaces entre Cernavoda et les embouchures, bloquant tout trafic fluvial pendant plusieurs semaines.  

Principales crues historiques : 1342, 1501, 1787, 1838 (Budapest), 1897,  1899, 1954, 1956, 1965, 1970, 2002, 2006, 2010. 

Le long du Haut et Moyen-Danube se rencontrent de nombreux témoignages d’ importantes inondations  comme ici à Szentendre (Hongrie), photo © Danube-culture, droits réservés

Principaux affluents
Le Danube reçoit au long de son cours plus de 300 affluents parmi lesquels, d’amont en aval, l’Iller, le Lech, l’Isar, l’Inn (515 km), rivière alpine dont certains prétendent que son débit serait supérieur à celui du Danube à la hauteur de son confluent avec celui-ci à Passau (Bavière), l’Enns (349 km), la Traun, la Morava ou March (329 km), la Leitha (Lajta, Litava), la Váh ou Waag (378 km), la Gran ou Hron, l’Ipoly ou Eipel (232 km), la Drava (707 km), la Tisza ou Tisa ou Theiß (970 km), la Sava ou Save (940 km), le Timiş, la Velika Morava (245 km), le Timok (184 km), le Jiu (331 km), l’Iskǎr, l’Olé ou l’Olt (670 km), la Yantra, l’Argeş (327 km), le Siret (726 km) et le Prut ou Prout (967 km). Tous ces affluents prennent leurs sources dans l’un des trois massifs montagneux récents que le fleuve côtoie : les Alpes, les Carpates et les Balkans.

Débit du fleuve et apport des principaux affluents

Le fleuve le plus international au monde !
   10 pays se partagent aujourd’hui les rives du Danube ce qui en fait le fleuve le plus international au monde : Allemagne, Autriche, Slovaquie, Hongrie, Croatie, Serbie, Roumanie, Bulgarie, Moldavie, Ukraine. Toutefois le Danube n’a aucune nationalité, il n’appartient en réalité à aucun pays. Il n’est ni allemand, ni autrichien, ni slovaque ou hongrois, croate, serbe, roumain, bulgare, ukrainien ou moldave. Le Danube est le Danube !

Bassin versant
   Le bassin versant du Danube, qui occupe le vingt-cinquième rang mondial, représente une superficie totale de 817 000 kmsoit environ un douzième du continent européen, englobe totalité ou partie 19 pays européens pour une population d’environ 83 millions d’habitants. Il s’étend à partir de 8° 09’ (sources de la Breg et de la Brigach) jusqu’ 29° 45’ de longitude est (delta sur la mer Noire).
   Le point le plus méridional du bassin danubien se situe au 42° 05’ de latitude nord, à la source de son affluent l’Iskar (rive droite) dans le massif du Rila, et son point le plus septentrional à 50° 15’ de latitude nord, à la source de la Morava (March, rive gauche).

   Selon sa structure géologique et géographique, le bassin versant du Danube peut-être divisé en 3 régions : Le Haut-Danube, le Moyen-Danube et le Bas-Danube que les Grecs de l’Antiquité appelaient « Ister ».
Un tiers de ce bassin appartient aux grands massifs montagneux récents (Alpes, Carpates, Balkans, Monts dinariques) et les deux autres tiers sont représentés par des montagnes moyennes de formation plus ancienne (Forêt-Noire, Jura souabe et franconien, Forêts de Bavière et de Bohême, Hauteurs tchéco-moraves), des plateaux (Dobroudja, Ludogorie, plateau moldave, Podolie) et de grandes plaines (plaine panonienne ou Alföld, plaine roumano-bulgare).

Bassin-du-Danube

Bassin du Danube ; le fleuve au coeur d’un important réseau hydrographique (source Wikipedia)

   Le bassin du Danube avoisine à l’Ouest et au Nord-Ouest, près de ses deux sources, le bassin du Rhin, confine au Nord au bassin de la Weser, de l’Elbe, de l’Oder et de la Vistule, au Nord-Est au bassin du Dniestr et au Sud aux bassins versants des fleuves tributaires de la mer Adriatique et de la mer Égée.

Climat
   En raison de sa forme allongé d’Ouest en Est et de la variété de son relief, le bassin versant du Danube reflète des conditions climatiques très diversifiées : influences océaniques (Haut-Danube), influences méditerranéennes dans les territoires traversés par deux de ses affluents, la Drava et la Sava (Haut et Moyen-Danube), climat continental aux hivers rigoureux dans les régions danubiennes orientales (Bas-Danube). Le climat est également tributaire de l’altitude et de l’exposition au vent ou non. Ensoleillement, nébulosité, régime des précipitations et des vents contribuent à complexifier le climat et sont à l’origine de nombreux microclimats sur les rives danubiennes.

Le Danube et les hommes : un fleuve fragmenté
« L’Océan et Téthys engendrèrent les Fleuves à l’onde tourbillonnante : Le Nil, l’Alphée, l’Eridan qui bouillonne, le Strymon, le Méandre, l’Istros [le Danube] au cours magnifique… »
Hésiode, Théogonie  

   On trouve sur les rives du Danube des témoignages de la présence humaine parmi les plus anciens du continent européen. Plusieurs représentations féminines et mythiques de la préhistoire dites Vénus symbolisent le lien intime des hommes avec le fleuve dès le Paléolithique comme la Vénus de Hohle Fels découverte en 2008 dans une grotte du Jura souabe, près d’Ulm (Allemagne), sculptée dans de l’ivoire de mammouth et datée d’env. 35 000- 40 000 ans av. J.-C., celle de Galgenberg ou Fany von Galgenberg, statuette en serpentine verte retrouvée en 1988 à Strautzing, près de Krems, dans la Wachau (Autriche), datée de plus de 32 000 ans avant J.-C., la Vénus de Willendorf, découverte auparavant en Autriche dans la région de la Wachau (1908), divinité fluviale aux formes généreuses de l’époque glaciaire (entre 30 000 et 20 000 avant J.-C.) en calcaire. D’autres trésors archéologiques plus récents ont été retrouvés sur l’extraordinaire site archéologique de Vinča (Serbie), lieu sur lequel les hommes s’étaient installés dès la première période du Néolithique moyen, époque qualifiée « d’âge d’or du genre humain » par le poète romain Ovide. Tout comme celui de Vinča, le site serbe encore plus ancien de Lepensky Vir (9500 – 6200 av. J.-C.) témoigne également du haut degré de savoir faire de ces premières civilisations danubiennes et de leur lien intime avec le fleuve.

Vénus paléolithique de Hohle Fels, Jura souabe, photo droits réservés

  Les premiers navigateurs sur le delta du Danube seraient les Phéniciens suivis des Égyptiens et des Grecs. Les armées du souverain Perse Darius Ier (vers 550-486 av. J.C.) s’y aventurent mais sont obligées de battre en retraite devant les redoutables tributs nomades scythes au fait de la géographie spécifique de leur territoire. On trouve déjà sur les territoires bas-danubiens des Thraces, des Macédoniens, des Ylliriens. À partir de 500 av. J.-C. les premières tributs celtes, dont la langue pourrait être à l’origine du nom de Danube, s’installent au bord du fleuve. À l’époque de la conquête romaine les peuples indigènes de la région du Danube se partagent en quatre catégories plus ou moins distinctes : les Celtes au nord-ouest, les Illyriens (ouest), à l’est les Daces et les Thraces au nord et au sud.  

Vestiges sur la rive serbe du pont romain dit « de Trajan » construit en 103-105 par l’architecte Appolodore de Damas, photo © Danube-culture, droits réservés

   Les conquêtes romaines de l’apogée de l’empire (100-300 ap. J.-C.) font de « Fluvius Danubius » une de leurs principales frontières. Les légions y construisent le fameux « Limes » avec ses camps fortifiés qui  protègent (provisoirement) l’empire des barbares. La flotte militaire romaine, stationnant près de garnisons réparties le long du Danube, bien adaptée au contexte fluvial, navigue habilement et rapidement. Le fleuve, entièrement sous domination romaine, des sources jusqu’au delta, (les Romains sont probablement les seuls à l’avoir réussi de toute l’histoire humaine) devient un axe commercial et de communication. Le déclin de l’empire romain bouleverse l’ordre établi et laisse une situation de plus plus instable et un territoire ouvert aux invasions et aux migrations. Profitant du chaos, les Avars établissent leur domination sur le Moyen-Danube (500-800 ap. J.-C.), domination à laquelle met fin à son tour l’avènement de Charlemagne et de l’empire franc. 

   Se sont implantées entretemps sur les ruines des deux empires de nombreuses tributs que le bassin danubien occidental séduisait tout autant : Huns, Tatars, Magyars, Germains, Slaves, Francs, Tsiganes… et autres peuples venus souvent des steppes orientales et de contrées encore plus lointaines. Succédant à Rome les empires byzantins puis le premier et second empires bulgares dominent partiellement le Bas-Danube  jusqu’au XIVe siècle. De redoutables expéditions mongoles viennent toutefois semer à plusieurs reprises la désolation dans ces contrées. Les Ottomans commencent à investir à leur tour l’ancien territoire danubien byzantin et s’y installent. Manifestant des velléités de conquêtes européennes pendant trois siècles (XV– XVIIe siècles), ils vont s’avancer et s’étendre peu à peu vers l’ouest annexant tout d’abord le Bas-Danube puis une grande partie du fleuve hongrois.

Les armées ottomanes assiègent sans succès Vienne en 1683, collection du Musée de la ville de Vienne

   Ces Ottomans seront difficilement repoussés à plusieurs reprises, aux portes de Vienne, par des coalitions d’armées catholiques et alliées venues prêtées main forte aux troupes de l’empire menacé des Habsbourg. Tous comme les Romains, les Ottomans avaient bien compris les intérêts stratégiques et économiques de maîtriser la navigation sur le Danube et s’y sont employés avec un certain succès. Ils s’appuient pour leurs conquêtes (et pour leurs échanges commerciaux !) sur une flotte composée d’embarcations bien adaptées aux conditions particulières et complexes de la navigation danubienne.

Adah Kaleh dans les Portes-de-Fer, perle ottomane qui demeura longtemps un souvenir  nostalgiquede la présence turque sur le Danube. L’île a malheureusement été engloutie sous les eaux du gigantesque barrage des Portes-de-Fer (Djerdap I) en 1972.

   Les Russes profitent dès le début du XIXe de la fragilisation de l’Empire ottoman pour le harceler et s’installer en Bessarabie et sur le delta puis occupent provisoirement la Moldavie et la Valachie, alors principautés danubiennes sous domination turque. Celles-ci retrouveront leur indépendance en 1878. La situation sur le cours inférieur du fleuve reste confuse et tributaire des nombreux affrontements qui s’y déroulent dans la deuxième moitié du XIXe siècle et du début du XX; guerre de Crimée (1853-1856), guerres russo-turques danubiennes (1686-1878), guerres balkaniques (1912-1913)…

Combat sur le Danube entre les armées russes et turques

Le Traité de Paris (1856) qui met fin à la guerre de Crimée, décrète également la liberté de navigation pour les bateaux de tous les États sans obligation de redevance des nations riveraines. Une Commission Européenne du Danube voit le jour. Elle est d’abord chargée de la gestion du secteur de navigation entre Galaţi et les embouchures puis de Brǎila jusqu’à la mer Noire et de l’aménagement des bras de Sulina et de Saint-Georges. Elle cédera ultérieurement la place à une administration roumaine spécifique.

Le port de Sulina aménagé par la Commission Européenne du Danube au début du XXe siècle

   La première guerre mondiale voient s’affronter sur le Danube même les flottes fluviales militaires et sur ses rives les armées de la Triple Entente (Russie, Royaume-uni et France) et de leurs alliés avec celles de la Triple Alliance (Autriche-Hongrie, Italie, Allemagne). De nombreuses grandes villes et leurs installations portuaires danubiennes sont bombardées lors de la seconde guerre mondiale, les ponts détruits, en particulier à Budapest lors de la retraite des armées nazies, ce qui a pour conséquence de stopper toute navigation commerciale.

Le pont Elisabeth parmi les ponts détruits de Budapest à la fin de la deuxième guerre mondiale, photo wikipedia

   De la frontière austro-tchécoslovaque jusqu’au delta, le fleuve sera sous surveillance et domination soviétiques, de 1945 jusqu’en 1989. Une nouvelle commission internationale, la Commission du Danube, composée cette fois exclusivement des États riverains mais sans l’Autriche et l’Allemagne qui la rejoindront ultérieurement, est mise en place suite à la Conférence et à la Convention de Belgrade (1948).

Le Danube a connu ses derniers affrontements lors de la guerre croato-serbe (1991-1995).
   Longue est la liste des empires et des nations du bassin danubien qui connaissent d’abord une expansion puis déclinent, se replient sur leur territoire d’origine voire disparaissent pour certains. Aucun empire n’a échappé à cette loi impitoyable. Il y a là pour l’Europe d’aujourd’hui une édifiante leçon d’histoire. 

   Malgré des conflits récurrents le fleuve est resté un axe sur lequel et le long duquel les échanges et les routes commerciaux se sont développés. 

   L’Union européenne en a fait depuis 1997 un de ses neuf corridors prioritaires de transport multimodal au sein du marché unique européen, le corridor VII de transports paneuropéen ou corridor Rhin-Danube via le Main mais il semblerait qu’aujourd’hui, du moins en ce qui concerne le Moyen et le Bas-Danube, les priorités d’aménagement et de transport se soient reportées bien plus sur les infrastructures routières (ponts, routes et autoroutes) que sur le fleuve lui-même avec des conséquences environnementales catastrophiques. Le trafic fluvial sur cette partie de son cours stagne voire régresse alors que le transport des marchandises par camion a, quant à lui, explosé. 

Navigation
La navigation et les aménagements sur le fleuve ont commencé dès l’antiquité.
Le Danube est navigable sous certaines conditions pour de petites unités depuis Ulm (Bavière, Allemagne) et de Kelheim pour de grosses unités jusqu’à la mer Noire (bras de Sulina), soit sur une distance officielle de 2 414, 72 km.

Un bateau des services de la navigation slovaque en amont de Bratislava, photo © Danube-culture, droits réservés

   Le régime de sa navigation est administré depuis Kelheim jusqu’à Sulina par la Convention de Belgrade de 1948 et deux protocoles additionnels de 1998 dont la mise en application est confiée à une commission internationale, la Commission du Danube qui siège à Budapest.

   Les enjeux internationaux du fleuve : le long et difficile processus de la navigation commerciale

   Aux exceptions notables de l’Empire romain et, pour  la partie inférieure du fleuve, de l’Empire Ottoman, la navigation sur le fleuve est jusqu’au XIXe siècle aux mains des nations riveraines et de leurs représentants locaux plus ou moins officiels qui parfois s’émancipent de leur tutelle et imposent aux bateaux de commerce des taxes prohibitives ou pratiquent le pillage.  

   Le XIXe sera l’époque qui verra enfin naître l’idée d’un statut international pour le fleuve. Cette idée inspirée de la révolution française ne pourra se concrétisera qu’en 1856 à cause de l’obstiné centralisme viennois, des nationalisme qui vont agiter les peuples danubiens et des guerres balkaniques et de Crimée.

Le traité de Paris est signé le 18 mars 1856. En vertu de l’article 16 de celui-ci une première commission internationale voit le jour, la Commission Européenne du Danube qui est chargée des travaux d’aménagement « nécessaires, depuis Isaktcha (Isaccea, rive droite, mille 56,05), pour dégager les embouchures du Danube, ainsi que les parties de la mer y avoisinant, des sables et autres obstacles qui les obstruent, afin de mettre cette partie du fleuve et lesdites parties de la mer dans les meilleures conditions possibles de navigabilité. » Le mandat de la C.E.D. dont le siège est à Galaţi, qui n’était initialement que de deux ans, fut prolongé jusqu’à la fin des travaux puis il sera à nouveau prolongé à plusieurs reprises jusqu’en 1939, date à laquelle la C.E.D. transmettra à la Roumanie la gestion des aménagements réalisés dans le delta du Danube. Une nouvelle convention sera signée en 1921, après la première guerre mondiale pendant laquelle le Danube a lui-même été le théâtre d’affrontements tragiques. Une Commission Internationale du Danube (C.I.D.) est instituée, complémentaire de la Commission Européenne du Danube qui s’occupe du secteur Brăila-mer Noire. La C.I.D. s’occupe des problèmes de navigation sur le reste du fleuve et des affluents correspondant.  Elle est dissoute en 1940 à la conférence de Vienne, sous la pression des nazis. La navigation danubienne commerciale est totalement interrompue pendant la deuxième guerre mondiale.

Le vieux phare de la Commission Européenne du Danube à Sulina, aujourd’hui à 2 km environ du bord de la mer et transformé en musée de la C.E.D., photo © Danube-culture, droits réservés

   Une nouvelle commission internationale, la Commission du Danube est établie à la suite de la Convention relative au régime de navigation sur le Danube, signée le 18 août 1948 à Belgrade. Elle a son siège à Budapest.

   Ses compétences en terme de navigation s’exercent depuis cette date et s’étendent d’Ulm (Allemagne) jusqu’à Brǎila (Roumanie). Une Administration roumaine du Bas-Danube, dit « Danube maritime », gère en complément, le secteur de Brǎila jusqu’à Sulina.

Navigation maritime sur le bras aménagé de Sulina, photo © Danube-culture, droits réservés

Les enjeux environnementaux du Danube : un fleuve régulé, canalisé sur une grande partie de son cours et une nature fragilisée

   Les premiers travaux de régulation ont eu lieu dès l’époque romaine puis à la Renaissance (XVIe) mais c’est à partir de la fin du XVIIIe siècle que les grandes initiatives d’aménagement pour la navigation voient le jour. Elles vont s’amplifier et se poursuivre tout au long des deux siècles suivant avec pour conséquence, conjointement à l’industrialisation d’une partie des rives danubiennes, au développement des villes, à la construction de nombreux et grands barrages au XXe siècle, en particulier sur les cours allemands et autrichiens du fleuve mais aussi plus récemment en Slovaquie (Gabčikovo) et en aval, à la hauteur des Portes de Fer (Djerdap I et II), la disparition, à quelques miraculeuses exceptions près, d’une grande partie des zones humides qui caractérisaient le fleuve dans ses parties hautes et moyennes tout comme une sévère réduction des habitats et de la biodiversité, la disparition ou la raréfaction préoccupante de certaines espèces de poissons dont l’emblématique esturgeon sur le Moyen-Danube.

  Plus de 80% de la longueur du fleuve ont ainsi été aménagés et sévèrement régulés par l’homme. Plus de 700 barrages et déversoirs ont aussi été édifiés le long de ses principaux affluents. L’endiguement du fleuve a provoqué dans son delta des mutations définitives.
Ce fleuve est donc, tel qu’on le connaît aujourd’hui, à l’image du Rhône et du Rhin « un produit de l’histoire humaine. Ce ne sont pas seulement les hommes qui se sont adaptés au fleuve mais aussi celui-ci qui a été considérablement transformé par l’action des hommes » essentiellement depuis la deuxième moitié du XIXe siècle.  

Le barrage roumano-serbe Djerdap I, dans les Portes de Fer, a certes amélioré la navigation dans cette partie du fleuve autrefois problématique et offert une énergie hydraulique abondante. Ce fut toutefois au détriment d’un patrimoine culturel et environnemental d’exception et une des causes de la disparition des esturgeons en amont, photo © Danube-culture, droits réservés

   Ce n’est que depuis les 30 dernières années que des efforts pour inverser la tendance et tenter de restaurer ou de préserver les espaces naturels ceux-ci ont été entrepris. Parmi les organismes les plus actifs, l’ICPDR/IKSD (The International Commission for the Protection of the Danube River, Commission Internationale pour la Protection du Danube) est une organisation internationale composée de 14 États coopérants et de l’Union européenne. Issue de la Convention sur la protection du Danube, signée par les pays du Danube en 1994 à Sofia (Bulgarie), elle est active à partir de 1998.  l’ICPDR est depuis devenu l’un des organismes internationaux les plus importants et les plus dynamiques en matière de gestion des bassins hydrographiques en Europe. Elle s’occupe non seulement du Danube lui-même, mais aussi de l’ensemble du bassin du fleuve, qui comprend ses affluents ainsi que ses ressources en eau souterraine.

   D’autre part une plate-forme internationale rassemble désormais les plus importantes réserves naturelles danubiennes de biosphère dont celle du delta et les principaux parcs nationaux de 8 des 10 pays riverains du fleuve (Moldavie et Ukraine exceptées). Scientifiques et chercheurs collaborent, dans le cadre d’initiatives transfrontalières, à l’étude et à la protection de l’environnement et mettent en place des projets pour la reconstitution de milieux naturels danubiens endommagés par l’homme.

   La Commission internationale pour la protection du Danube (ICPDR) est une organisation internationale composée de 14 États coopérants et de l’Union européenne. Depuis sa création en 1998, l’ICPDR est devenu l’un des organismes internationaux les plus importants et les plus actifs en matière de gestion des bassins hydrographiques en Europe. L’ICPDR traite non seulement de nombreuses problématiques liées au Danube, mais aussi de l’ensemble du bassin du fleuve, qui comprend ses affluents et ses ressources en eau souterraine.

   Des actions en faveur de la biodiversité sont aussi initiées par le WWF comme le repeuplement du delta et du Bas-Danube roumain, bulgare et ukrainien par les esturgeons, une espèce menacée d’extinction ainsi que par des associations locales de protection de l’environnement. Mais de nombreux dangers et difficultés subsistent. 

   Le Danube demeure un écosystème d’une grande fragilité qu’il faudrait protéger avec une plus bien plus grande vigilance qu’on ne le fait actuellement. On peut s’interroger et s’inquiéter de son devenir face à la rapidité du changement climatique et à ses conséquences sur le fleuve, son bassin, sa biodiversité et les populations.

Le Pélican, oiseau emblématique du delta du Danube a bien failli disparaître. Aujourd’hui pélicans blancs et frisés sont protégés mais leur nombre a considérablement diminué depuis le début du XXème siècle, photo droits réservés

Un fleuve et un bassin multiculturels
   Le bassin danubien se caractérise d’abord et ce depuis l’antiquité, comme un territoire de nombreuses migrations et invasions, un espace habité en conséquence par des populations d’une très grande diversité ethnique ainsi que par la présence d’un magnifique patrimoine naturel et multiculturel.

   De nombreuses langues sont parlées sur les rives du fleuve parmi lesquelles l’allemand, le slovaque, le hongrois, le serbo-croate, le roumain, le bulgare, le moldave, l’ukrainien, le russe, l’hébreu, le romani, le turc, le tchèque, le ruthène… Des centaines de dialectes locaux et régionaux symbolisent également l’extraordinaire et complexe mosaïque linguistique et culturelle du bassin danubien.

   Plusieurs alphabets, latin, arabe, vieux-slavon et cyrillique cohabitent où cohabitèrent ensemble sur les rives du fleuve où à proximité.

Le Danube à Vienne depuis la rive gauche : un fleuve domestiqué et aménagé pour les loisirs, photo © Danube-culture droits réservés

   Quatre capitales dont trois de pays appartenant actuellement à l’Union Européenne ont « fenêtre » sur le Danube : Vienne (Autriche), Bratislava (Slovaquie), Budapest (Hongrie) et Belgrade (Serbie).

Basilique d’Esztergom, ancienne capitale hongroise, rive droite, Hongrie, photo © Danube-culture, droits réservés

   De nombreuses grandes villes et petites cités au patrimoine historique et culturel d’exception se tiennent sur les rives du fleuve ou proches d’elles ou encore sur son ancien cours et toujours en lien avec lui parmi lesquelles Donaueschingen considérée comme la source officielle du Danube, Ulm, Günzburg, Lauingen, Höchstadt, Donauwörth, Neuburg, Ingolstadt, Kelheim,  Regensburg, Straubing, Vilshofen, Passau (Allemagne), Aschach, Linz, Enns, Grein, Ybbs, Persenbeug, Spitz, Melk, Dürnstein, Krems, Klosterneuburg, Vienne, Tulln, Hainburg (Autriche), Bratislava, Gabčikovo, Komárno, Šturovo (Slovaquie), Komárom, Esztergom, Szentendre, Budapest, Ráckeve, Dunaújváros, Dunaföldvár, Kalocsa, Szekszárd, Baja, Mohács (Hongrie), Apatin, Vukovar (Croatie), Novi Sad, Belgrade, Kladovo (Serbie), Orşova, Drobeta-Turnu Severin, Brăila,  Galaţi, Tulcea, Sulina (Roumanie), Vidin,  Ruse, Tutrakan, Silistra (Bulgarie), Reni, Ismaïl, Vilkovo (Ukraine) pour ne citer que quelques-unes d’entre elles.

Le bastion des pêcheurs d’Ulm (rive gauche) sur le Haut-Danube, photo © Danube-culture, droits réservés

   Le delta du Danube ou l’apothéose du fleuve : un univers peuplé depuis l’antiquité, un monde à part, une histoire singulière, une biodiversité extraordinaire, un espace à préserver voire à sanctuariser.

   Le Danube, ses trois principaux bras de Saint-Georges (Sfântu Gheorghe) au sud, de Sulina, bras médian médian et de Chilia (ou Kilia), bras septentrional roumano-ukrainien et une multitude de ramifications secondaires forment, avant de se « jeter » dans la mer Noire (la déclivité du delta d’ouest en est n’est que de 0,006% !), un exceptionnel territoire alluvionnaire en constante progression vers la mer. Ce paysage unique, habité par les hommes depuis l’antiquité, n’a cessé d’être modelé par le fleuve dès 16 000 ans avant J.-C.

Lotca dans le delta, photo © Danube-culture, droits réservés

   Le delta (le mot vient de la lettre grecque delta qui signifie « en forme de triangle ») du Danube qui est précisément, comme de nombreux deltas, en forme de triangle, est l’un des plus jeunes et des plus actifs écosystèmes du continent européen. Ses processus géomorphologiques, écologiques, biologiques sont dépendants de la qualité de l’eau du Bas-Danube. Sa superficie s’étend sur 580 700 ha dont 459 000 ha se situent en Roumanie et 121 700 en Ukraine. Ces chiffres doivent être considérés comme une situation à  une date donnée (1993) car de par ses importants apports alluvionnaires, le fleuve contribue à étendre la surface de son delta et à en modifier la géographie.

   Le delta du Danube, avec son réseau de canaux qui relient plus d’une centaine de lacs peu profonds (6 m maximum) est considéré comme « le royaume de l’eau ». 3 bras principaux du fleuve irriguent le territoire deltaïque :  le bras septentrionale de Chilia (Kilia) mesure 116 km de long, le bras de Sulina 63 km et le bras méridionale de Saint Georges, 109 km.

Dans le bras de Sfântu Gheorghe, photo © Danube-culture, droits réservés

   Ce territoire à 80 % aquatique fascine savants et historiens depuis longtemps. On trouve sa mention dans les oeuvres de nombreux écrivains, philosophes, géographes de l’Antiquité comme Hérodote, Erasthotène (176-194 av. J.-C.), Strabon, Ptolémée, Pline l’ancien…
Les premières investigations géomorphologiques connues, sont celle du géographe français Élysée Reclus puis elles seront l’oeuvres de scientifiques roumains comme Brătescu (1922), Grigore Antipa (1912, 1914) et d’autres chercheurs roumains  après la seconde guerre mondiale, recherches souvent associées à des programmes d’exploitations des ressources du delta comme la faune piscicole, les roseaux…

   La première réserve naturelle dans le delta est créée grâce aux efforts de Grigore Antipa et de quelques autres scientifiques et concerne la forêt primaire de Letea (1938).

Forêt de Letea, delta du Danube, photo © Danube-culture, droits réservés

   Mais les autres précurseurs scientifiques de la protection l’environnement qui alertent sur la fragilité du écosystème deltaïque, dès la fin des années cinquante, verront leur travail et leurs articles censurés par le régime communiste. Il faut attendre la chute de ce régime pour que soit  que soit inaugurée la réserve de biosphère (1990), le site Ramsar et un classement au patrimoine mondial de l’Unesco.

   Le delta du Danube est le second plus grand delta d’Europe après celui de la Volga.  Riche de 1 700 espèces végétales, d’environ 3 450 espèces animales, de 400 lacs intérieurs et d’une roselière de 2 700 kilomètres carrés, ce territoire bénéficie depuis quelques années de programmes de « reconstruction écologique » et appartient désormais au réseau mondial des Réserves de Biosphère de l’Unesco. Dès 1998, sa protection est devenue transfrontalière, la partie située sur le territoire ukrainien du delta, au nord, étant entrée dans la réserve. Pour la seule Roumanie, 18 sites (soit 8 % de la surface du delta) sont classés en zones de « protection stricte ». Toute activité et présence humaine y sont interdites. Dans les zones dites « tampons » (38,5 % du delta), les activités des habitants et le tourisme sont tolérées lorsqu’ils respectent l’environnement. Enfin, 52,7 % du delta restent ouverts au développement économique mais sous le contrôle de l’administration chargée de la gestion de la réserve (ARBB). Un gouverneur du delta du Danube roumain a été nommé récemment.

Au delà du delta du fleuve la fin du Danube ?
  Pas vraiment puisque les eaux du fleuve, plus denses que celles de la mer Noire, poursuivent leur chemin : un fort courant sous-marin d’eau saumâtre situé à environ vingt-cinq mètres de profondeur et passant au large de Constanţa et des plages bulgares avance vers le détroit des Dardanelles et la Méditerranée. Le Danube est en conséquence, dans son essence bien plus qu’un fleuve frontière, un rôle que n’a pourtant cessé de lui assigner l’homme depuis l’Antiquité. 

Danube_delta_Landsat_2000

Apothéose d’un fleuve : photo du delta du Danube prise par le satellite Landsat en 2000

Bibliographie   (sélection en langue française)

Eric Baude pour Danube-Culture, © tous droits réservés
Mise à jour, janvier 2020

 

 

 

 

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