Les « Marines du Danube » et les sous-marins danubiens du tsar

Les «Marines du Danube», militaires mais aussi civiles ont servi d’outils pour les stratégies de conquêtes des empires ottoman, autrichiens et russe et de vecteurs économiques et d’échange dans le bassin danubien. Ses origines remonte à la présence romaine en Europe centrale et orientale et de leur flotte militaire.  La typologie des bateaux prend en compte dès ses débuts les conditions spécifiques de navigation fluvial, les importantes variations saisonnières du débit du Danube et des différents régimes climatiques que celui-ci subit au long de son cours.

Le Monitor Leitha en 1872 (droits réservés)

Au XVIème siècle, face à l’avancée des Ottomans sur le fleuve vers l’amont et Vienne, Ferdinand Ier de Habsbourg met sur pied une singulière flottille militaire, limitée et adaptée au Danube. Le Prince Eugène de Savoie appuie le renforcement de cette flottille à la fin du XVIIème siècle et celle-ci s’illustrera pendant le siècle suivant à diverses reprises, contribuant au recul des Turcs vers le Bas-Danube, à la prise de Belgrade, participera à la guerre austro-russe contre La Porte et acquérera le statut de «bataillon de la frontière spécialement affecté à la navigation et aux opérations fluviales». De son côté, et pour les mêmes raisons stratégiques, l’empire russe se dotera également d’une marine militaire sur le Dniepr, le Dniestr et le Bug.

La flottille militaire danubienne autrichienne s’avèrera par contre plutôt inadaptée face aux nouvelles menaces de la première moitié du XIXème siècle (révolutions et guerres napoléoniennes) qui proviennent de l’ouest du continent. Ce n’est, malgré l’invention de la navigation à vapeur en 1830 et la création de la prestigieuse D.D.S.G. (Compagnie de Navigation à Vapeur sur le Danube) qu’après la guerre de 1866 qu’elle fut partiellement rénovée avec l’apparition des premiers monitors, sorte de canonnière fluviale, inspirée d’un modèle américain et ayant servi pendant la guerre de sécession. Ces bateaux joueront uniquement un rôle d’appui et de protection pour les troupes autrichiennes face à leurs adversaires, serbes, russes et roumains pendant la première guerre mondiale. De son côté la marine tsariste russe fera construire deux sous-marins spécifiquement adaptés pour naviguer dans les eaux danubiennes ! Les autrichiens s’en empareront à Reni après le traité de Brest-Litovsk à la fin de la première guerre mondiale.

SS_ Monitor austro Hongrois -Bodrog_1914

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Monitor austro-hongrois Bodrog en 1914 (droits réservés)

La flottille militaire danubienne impériale austro-hongroise sera dissoute en 1918 et les navires sont d’abord attribués à l’Angleterre (flottille britannique du Danube), puis, après d’âpres négociations, répartis entre l’Autriche, la Serbie, la Roumanie et la Commission Internationale du Danube qui aura pour mission de désarmer les bateaux et de les transformer en… pontons.  

Le fleuve continuera à être pendant le XXème le théâtre d’affrontements navals  et d’enjeux stratégiques et géopolitiques, en particulier pendant la deuxième guerre mondiale.

En 2006 L’Autriche a  mis fin à sa marine militaire. Ce pays, depuis 1918 sans accès à la mer autre que par le Danube, entretenait encore deux bâtiments sur ce fleuve, que le ministère de la Défense autrichien a cédé au Musée d’histoire militaire de Vienne. Ces bâtiments, acquis durant la guerre froide, assuraient auparavant des patrouilles fluviales pour contrôler les navires marchands en provenance d’Europe de l’Est. Le principal bateau autrichien était le patrouilleur Niederösterreich, pesant 70 tonnes et armé d’une mitrailleuse et d’un mortier. Au total, la marine autrichienne ne comptait plus qu’une cinquantaine de personnes.

À suivre…

Sources :
BUFFE, Noël, Les  » Marines du Danube  » 1526-1918, préface de Jean Béranger, Éditions Lavauzelle, Panazol, 2011

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