Sur les ailes du Danube : Albert Ludwig Berblinger, le tailleur d’Ulm qui se prenait pour Icare !

Le Danube et ses rives sont le lieu des audaces, des rêves les plus fous, des exploits impossibles ou presque. À Ulm, la ville avec la flèche de cathédrale la plus haute du monde (161m) et surnommée « Le doigt de Dieu », où l’astronome Kepler écrivit ses Tables Rodolphines, où Einstein vit le jour, un maître tailleur et génial inventeur du début du XIXème siècle, Albrecht Ludwig Berblinger (1770-1829) qui avait une âme d’oiseau, voulut défier la pesanteur…   

Tailleur de profession mais inventeur par passion, Albrecht Ludwig Berblinger, citoyen d’Ulm voulait faire du Danube le lieu de ses exploits, de la concrétisation d’un rêve fou qui l’obsédait. Mais celui-ci ne rêvait pas ni de pêche prodigue dans le fleuve, ni d’exil ou de la conquête de nouveaux territoires, en aval et plus à l’Est comme le firent ses compatriotes, les « Donauschwaben », les Souabes du Danube, originaires d’Ulm et des environs. Son rêve à lui c’était de voler avec ses propres ailes, des ailes de sa fabrication, élaborées patiemment. Aussi, après les avoir réalisé s’entraina t-il en secret en se lançant de petites collines des environs d’Ulm. Puis Berblinger annonça dans le journal local qu’il s’élancerait d’un tremplin rehaussant l’un des bastions des remparts le 4 juin 1811.

Le roi Frédéric Ier de Bavière qui devait se rendre en visite à Ulm le 30 mai se montra vivement intéressé par le projet du tailleur-inventeur et lui envoya pour l’encourager la coquette somme de 20 Louis d’or. La ville et le prestigieux comité d’accueil demandèrent à Berblinger d’avancer son vol pour le jour de la visite du roi. Berblinger ne pouvait pas refuser. Au jour dit, le public nombreux se rassembla à proximité des remparts. Mais une aile se brisa et l’obligea à repousser son envol au lendemain. Ce jour-là, ce fut le vent qui l’en empêcha. Malgré des conditions météorologiques toujours défavorables, Berblinger s’élança deux jours plus tard. La démonstration tourna au drame et le pauvre tailleur tomba directement dans le fleuve sans même avoir pu déployer ses ailes. Des pêcheurs indulgents le récupèrent. On le moqua. Il fut la risée de sa corporation qui l’exclura. Berblinger dut quitter Ulm. On n’entendra plus jamais parler de lui. Il noiera son échec dans l’alcool et l’addiction au jeu. Quant à ses ailes, la légende raconte que sa femme les aurait vendu à un artisan qui aurait fabriquer des parasols avec !

L’essai malheureux de Berblinger et son sauvetage par des pêcheurs d’après une gravure d’époque

Admirative de l’exploit de son tailleur, de son projet de voler et de son génie inventif, la municipalité d’Ulm a fait réalisé et expose dans le hall d’honneur de son hôtel de ville une réplique des ailes de son intrépide mais malheureux Icare local.

Le Danube avait déjà inspiré plusieurs autres essais, ceux-là réussis. En 1808, un horloger et inventeur viennois d’origine suisse, Johann Jakob Degen (1761-1848) avait réussi à s’envoler du Parc du Prater à l’aide d’une machine de son invention. Il effectuera un vol libre d’une heure le 6 septembre 1810 en présence de l’empereur, de Laxenburg à Vösendorf.

Plaque commémorative sur la dernière maison viennoise où vécut Jakob Degen

 

Eric Baude, 4 octobre 2017

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