La chapelle commémorative du comte Ödön Zichy (1809-1848)

La chapelle du comte Ödön Zichy (1809-1848) pendant les inondations au mois de septembre 2024, photo droits réservés

   On peut rejoindre le village serbe de Lórév, au sud de l’île de Csepel à environ 50 km de Budapest en traversant le Danube avec le bac depuis la petite ville d’Adony sur la rive droite. Cette zone est l’une des plus anciennement peuplées du comté de Pest et reste encore de nos jours un important point de passage sur le Danube. Dans un environnement paisible et inondable, proche du village, se trouve une chapelle commémorative construite dans un style néogothique. Elle est dédiée au comte Ödön Zichy (1809-1848), homme politique conservateur, collectionneur d’art, mécène et écrivain hongrois dont le destin fut lié à l’un des événements tragiques de la révolution et de la guerre d’indépendance de 1848/49. C’est à cet endroit que fut pendu cet aristocrate hongrois, ancien sous-préfet du comté de Fejér pour avoir, selon l’accusation, collaboré avec les ennemis de la Hongrie révolutionnaire. L’empereur François-Joseph a fait érigé en 1859 ce bâtiment en sa mémoire. Non seulement à l’époque, mais aujourd’hui encore, cette partie de l’île de Csepel reste sujette aux inondations. C’est pourquoi un monticule de terre a été aménagé sur lequel se tient la chapelle afin que même les crues les plus importantes ne puissent atteindre la hauteur de son portail d’entrée. Grâce à cet emplacement protégé, la chapelle est aussi en quelque sorte un mémorial hydrographique du milieu du XIXe siècle. On monte une petite pente et quelques marches pour y accéder. La clé est disponible auprès du personnel du bac voisin.
La chapelle est un bâtiment à nef unique avec une rosace et un clocher sur sa façade. Ses encadrements de fenêtres et ses contreforts sont en pierre, le reste est en briques conformément à la mode de l’époque. Sur les côtés nord et sud, on peut observer des paires de fenêtres à cadre en pierre et à disposition hexagonale allongée. Le mobilier d’origine a été détruit. À l’intérieur du bâtiment se trouve un autel peint en blanc au centre duquel se tient le Christ crucifié, entouré des statues de la Vierge Marie et de Marie-Madeleine.
Ce bâtiment, classé monument historique, est resté pendant de nombreuses années à l’abandon puis a été rénové en 2000. Une messe y est célébrée une fois par mois et une exposition permanente y a été aménagée.
C’est un petit miracle que les ravages de l’histoire et des révolutions l’aient épargné.

Eric Baude pour Danube-culture, mis à jour novembre 2025

Maria am Gestade (Notre-Dame-du-Rivage)

    Les grands travaux de régulation et d’aménagement du fleuve, la construction du Donaukanal (Canal du Danube) et les importantes rénovations urbaines au XIXe siècle ont bousculé la physionomie du premier arrondissement de la capitale autrichienne. L’emplacement originel de l’église dominait le bras du Danube qui traverse la ville. Son clocher a ainsi longtemps servi de point de repère pour les bateliers qui en firent aussi, avec les pêcheurs, jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle, un de leurs lieux de pèlerinage favoris. L’église garde encore dans son nom l’écho de son lien privilégié avec le fleuve et la navigation.

Salomon Kleiner (1700-1761), Johann Andreas Pfeffel der Ältere (1674-1748), Johann Georg Ringlin (1691-1761), Maria am Gestade (Notre-Dame-du-Rivage), gravure de 1733   

Un sanctuaire à l’histoire mouvementée

   Il n’est pas impossible que la première chapelle chrétienne ait été construite à cet emplacement sur le site d’un sanctuaire romain. Des fouilles archéologiques ont permis de retrouver sur les lieux des vestiges de l’antiquité romaine.
   Certaines sources font remonter la fondation du sanctuaire à l’an 880. Madalvin, alors évêque de Passau, aurait confié à un moine du nom d’Alfied le soin d’ériger un petit édifice religieux. Celui-ci devient ensuite la propriété de moines écossais et irlandais peu après la fondation par ces derniers de la Schottenstift (Abbaye écossaise) en 1160. C’est à cette époque qu’il est fait mention pour la première fois d’une chapelle sur le site de l’église actuelle.

Maria am Gestade, Österreichisch-ungarisch Monarchie in Wort und Bild, Wien, 1886 Vienne

   Un important incendie ravage Vienne en 1262. L’édifice n’est pas  épargné. Il sera reconstruit une dizaine d’années plus tard. La chapelle entre en possession de la famille von Greif (vers 1330) qui fait reconstruire intégralement le choeur en style gothique flamboyant, peut-être l’intention d’en faire un caveau familial. Si le choeur est achevé dès 1637, laconstruction du clocher n’en est par contre qu’à son début. L’église change encore une fois de propriétaire en 1391. Son nouveau maître, le Freiherr (baron) Hans von Liechtenstein-Nikolsburg (vers 1340-1398), souhaite donner à ce sanctuaire une importance qu’il n’avait pas encore acquis. Il choisit pour cela de confier l’ouvrage à un architecte renommé : Michael Knab, dit Maître Michael (vers 1340/1350-ap. 1399).

Carl Pekarek, Maria am Gestade, 1928

  Originaire de Wiener Neustadt, il est l’architecte attitré du duc Albrecht d’Autriche III (1349-1395) pour lequel il a dessiné les plan du château de Laxenbourg. Il a aussi réalisé la tour sud de la cathédrale Saint-Étienne. C’est un architecte déjà expérimenté que le Freiherr von Liechtenstein-Nikolsburg a sollicité pour dessiner les plans de la nouvelle nef de Maria am Gestade en remplacement de l’ancien bâtiment de 1276 et poursuivre l’édification du clocher.

Détail de l’autel, photo © Danube-culture, droits réservés

 De nombreuses contraintes s’imposent. Le côté sud de la rue de Passau est déjà construit et l’escarpement au Nord et à l’Ouest limite l’espace constructible. Non seulement la nef ne pourra pas être plus longue que le chœur (l’une et l’autre parties de l’édifice sont de taille égale) mais elle devra même être plus étroite. À cela s’ajoute le caractère accidenté du terrain où il faut également tenir compte des ruines du rempart de l’époque romaine ainsi que de la nécessité d’opérer un coude pour agrandir l’église. L’architecte compensera en hauteur ce qui manque en largeur. En témoigne le caractère surprenant des proportions du bâtiment, encore accentué par sa situation en surplomb ; la nef s’élève à 33 mètres de haut pour une largeur de seulement 9, 7 mètres.

   La construction de la nef dure de 1394 à 1414. L’érection du clocher heptagonal se poursuivra jusqu’en 1417. Il est surmonté d’une extraordinaire flèche en pierre ajourée, chef d’œuvre du gothique flamboyant autrichien. Le chiffre sept correspond aux sept douleurs de la Vierge Marie.

L’annonciation faite à Marie, 1460, photo Danube-culture, droits réservés   

Les deux panneaux peints du choeur, oeuvres anonymes datant de 1460, représentent le couronnement de Marie à droite et l’autel de l’Annonciation à gauche. Sur la face arrière du premier panneau se trouve une représentation de la Crucifixion et sur le second le Mont des Oliviers. L’influence du style flamand, en particulier dans la représentation des étoffes et la richesse des coloris, est indéniable. Une nuée d’anges entoure la vierge, chacun avec sa personnalité propre mais tous d’une grâce remarquable. Certains jouent d’un instrument de musique quand d’autres portent simplement la robe de Marie ou en rectifient un pli.

     Les vitraux ouvrent l’édifice à la lumière. Les quatre superbes vitraux de l’abside de Maria am Gestade ont été reconstitués à partir d’éléments originaux des XIVe et XVe siècles.
   Dans le chœur et la nef, adossées aux piliers dans la partie droite de la nef, près de la chapelle Saint-Clément, se tiennent la statue de l’archange Gabriel et une statue de Marie (vers 1350). Les reliefs du portail d’entrée dans le chœur représentent la Vierge protectrice et son couronnement. Au-dessus du tympan du portail Ouest se trouve un baldaquin de pierre dont la pointe renvoie à celle qui surmonte la dentelle de pierre du clocher, contribuant ainsi à l’unité architecturale de l’église.

Maria am Gestade Wien, photo droits réservés

   La paroisse resta prospère pendant la Renaissance. En témoigne la présence, exceptionnelle à Vienne, d’éléments de style de cette époque dans l’église, le superbe buffet d’orgue (1515) et, dans une chapelle attenante, un petit autel de pierre (1520), avec le nom de son commanditaire, Johann Perger.

L’orgue  de Maria am Gestade et son superbe buffet Renaissance, photo droits réservés

L’autel de pierre Renaissance (1520) avec le nom de son commanditaire, Johann Perger, sources Wien Museum

   Les bombardements des armées ottomanes lors du siège de Vienne en 1683, n’épargnent pas l’église dont le clocher est détruit mais sera reconstruit cinq ans plus tard.
   Maria am Gestade, qui est rattachée à l’évêché de Passau en 1409, demeure la propriété des princes-évêques de Passau jusqu’en 1784. Avec la sécularisation de l’ancienne principauté ecclésiastique de Passau par l’empereur Joseph II, elle devient la propriété de l’État autrichien. Délabrée, servant d’entrepôt, l’église tombe en ruine. Joseph II envisage même sa destruction mais seul le coût d’une telle opération l’en dissuade. François Ier de Habsbourg (1768-1835) rouvrira l’église au culte et la confie à l‘ordre du Très Saint Rédempteur en 1820.   L’église fera alors l’objet d’importants travaux qui se poursuivront jusqu’au premier tiers du XXe siècle. Le chœur est doté d’un maître-autel néo-gothique intégrant quelques éléments d’inspiration baroque. Les mosaïques et les statues qui surplombent le portail ouest datent de cette même époque.

La flèche en pierre ajourée du clocher heptagonal, photo © Danube-culture, droits réservés

   Le bras du Danube est aménagé en canal lors de la régulation du fleuve dans les années 1870. Des immeubles sont édifiés sur ses rives, enserrant peu à peu Maria am Gestade comme dans un étau. La construction d’un grand escalier devant l’église allège heureusement la pesanteur du nouvel environnement architectural.
   Du fait de la présence des reliques de saint-Clément Marie Hofbauer, d’origine morave, Maria am Gestade est l’église de la communauté tchèque de Vienne tout comme celle de la communauté française. 

Photo droits réservés

Danube-culture © droits réservés, mis à jour octobre 2025

Sources :
Wolfgang J. Bandion, Steinerne Zeugen des Glaubens. Die Heiligen Stätten der Stadt Wien, Wien, Herold, 1989

Felix Czeike, Wien, Kunst und Kultur-Lexikon, Stadtführer und Handbuch, München, Süddeutscher Verlag, 1976
Felix Czeike, Wien, Innere Stadt, Kunst-und Kulturführer, Jugend und Volk, Ed. Wien, Dachs-Verlag, Wien, 1993
Carl Dilgskron, Geschichte der Kirche unserer lieben Frau am Gestade zu Wien, 1882, Dom-und Diözesanmuseum (Katalog 1987)
Franz Eppel, Die Kirche Maria am Gestade in Wien, Salzburg, 1960
Rudolf Geyer, Handbuch der Wiener Matriken, Ein Hilfswerk für Matriken-Führer und Familienforscher,Verlag d. Österr. Inst. für Genealogie, Familienrecht und Wappenkunde, Wien, 1929
Gustav Gugitz, Bibliographie zur Geschichte und Stadtkunde von Wien, Hg. vom Verein für Landeskunde von Niederösterreich und Wien, Band 3 : « Allgemeine und besondere Topographie von Wien », Jugend & Volk, Wien 1956
P. Josef Löw, Maria am Gestade, Ein Führer, Wien, 1931
Alfred Missong, Heiliges Wien, Ein Führer durch Wiens Kirchen und Kapellen, Wiener Dom-Verlag, Wien, 1970
Richard Perger, Walther Brauneis, « Die mittelalterlichen Kirchen und Klöster Wiens »Zsolnay (Wiener Geschichtsbücher, 19/20), Wien, 1977
Richard Perger, « Ein Marienaltärchen von 1494 aus der Kirche Maria am Gestade in Wien », In Österreichische Zeitschrift für Kunst und Denkmalpflege, Hg. vom Österreichischen Bundesdenkmalamt, Horn-Wien, Berger / Wien-München, Schroll, 1970
Alfred Schnerich, Wiens Kirchen und Kapellen in kunst- und kulturgeschichtlicher Darstellung, Zürich -Wien, Amalthea 1921
Communauté catholique française de Vienne
www.ccfv.at
Site de la cathédrale saint-Étienne de Vienne
www.stephanskirche.at

 La chapelle de l’eau de Tulln sur le Danube (Basse-Autriche)

Cette petite chapelle, de style baroque tardif, ouverte sur la rive du Danube par un arc en plein cintre, dotée d’une façade structurée par des pilastres et accolée aux remparts de la ville à l’arrière d’une maison de la rue de l’eau (Wasserstrasse), est dédiée à saint-Jean Népomucène (vers 1340-1393), protecteur des ponts et un des patrons des bateliers (il est aussi un des saints patrons des Pays de Bohême) dont la légende ou l’histoire raconte qu’il connut un destin tragique en étant précipité depuis le pont Charles de Prague dans la Vltava par ordre du roi Venceslas IV.

Crucifix de la chapelle de l’eau saint-Jean Népomucène de Tulln, photo Danube-culture © droits réservés

Ce monument possédait initialement un clocher. Son crucifix (Wasserkreuz), flanqué de statues de la Vierge Marie et de saint-Jean Népomucène, sculptées en bois et posées sur des piédestaux, s’est échoué à la hauteur de Tulln lors d’une crue du Danube en 1729. Placé tout d’abord près de la porte qui donnait sur le fleuve (Wassertor, aujourd’hui disparue) ce qui lui permit d’être vénéré par les bateliers et les pêcheurs, il fut ensuite installée dans la chapelle construite un an plus tard afin de le protéger des intempéries.

Plafond de la chapelle d’eau de Tulln, sources photo Wikipediahttps://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=23002760

Les statues en grès de saint-Jean Népomucène et de saint-Charles Borromée qui ornaient à l’origine l’édifice, classé monument historique, ont été réinstallées devant l’église paroissiale saint-Étienne de Tulln (XI-XVIIIe).

 L’église paroissiale saint-Étienne de Tulln, gravure d’Adolf Kunike, 1826

Cette chapelle accueille chaque année lors de la procession de la Fête-Dieu, un autel extérieur et est également le théâtre des cérémonies commémoratives de la Toussaint en hommage aux personnes qui se sont noyées dans le Danube.
Rappelons qu’une statue en pierre peinte de saint-Jean Népomucène, datant du XVIIIe siècle, se tient au sommet du rocher de Jochenstein sur le Haut-Danube autrichien (PK 2202, 72).

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, mis à jour juillet 2025

L’église saint-Michel-en-Wachau

   Le bâtiment visible actuellement remonte à l’époque du gothique tardif (début XVIe) et sera entouré de remparts et d’un pont-levis qui le protégeront, remparts dont il ne reste plus aujourd’hui qu’une massive tour de défense sur les cinq d’origine, une tour autrefois directement reliée à l’ossuaire. Elle est ornée à l’intérieur de sgraffites modernes de l’artiste autrichien Rudolf Pleban (1913-1965) illustrant l’histoire de la vallée du Danube.

Plan des fondations de l’église et de ses remparts

Nikolaus Koffler (1776-1848), Saint-Michel-en-Wachau aquarelle et mine de plomb sur carton, 1841

   Des éléments de la première église de style roman (XIe) comme deux têtes sculptés en hauteur sur le mur extérieur côté sud, sont encore visibles ainsi que la fresque peinte sur le même pan de mur et qui représente le mont des Oliviers.
Saint Michel en Wachau

Deux têtes sculptés, XIe siècle, photo © Danube-culture, droits réservés

   La crypte qui a pu être préservée (XIe siècle), la statue illustrant un christ souffrant (XVe) et celle de saint Sébastien, appartenaient également au bâtiment roman.

Saint–Michel-en-Wachau, Christ souffrant, XVe siècle, photo © Danube-culture, droits réservés

Pieta, École du Danube, vers 1500, photo © Danube-culture, droits réservés

La Pieta (École du Danube, vers 1500) et les panneaux du maître-autel (1690) qui a été transféré à Saint- Michel-en-Wachau en 1748 depuis l’église paroissiale de Stein, datent, quant à eux, de l’époque du gothique tardif.

Photo © Danube-culture, droits réservés

   Les sept figures animales que l’on peut apercevoir au sommet du toit, probablement des cerfs, des chevaux ou d’autres animaux en céramiques (les copies des originaux sont conservées au Musée de la ville de Krems), pourraient symboliser le motif mythologique de la « Chasse sauvage ». Ils sont aussi à l’origine de plusieurs légendes populaires de la Wachau parmi lesquelles « Les sept lièvres de saint-Michel ».

Saint-Michel-en-Wachau, maître-autel, photo © Danube-culture, droits réservés

   L’église de style gothique tardif a été baroquisée dans la première moitié du XVIIe siècle. La voûte au-dessus d’une longue nef a été réalisée par Cyprian Biasano. Le tableau central du maître-autel de style baroque primitif, représente la Sainte Famille, Marie plaçant l’enfant Jésus sur le globe, saint-Joseph, saint-Nicolas, patron des bateliers, sainte-Claire et quelques anges admirant et célébrant la scène.

Saint-Michel-en-Wachau, Dieu le père et le globe terrestre, photo © Danube-culture, droits réservés

   La peinture au-dessus, de forme ovale, représente Dieu le Père avec un globe terrestre et le Saint-Esprit sous la forme d’une colombe planant, a probablement été réalisée par Johann Bernhard Grabenberger, auteur également du maître-autel de l’église paroissiale saint Nicolas de Krems. Les statues polychromes de saint  Antoine, saint Sébastien, saint Roch et saint Jean, ainsi que de sainte Catherine et de sainte Barbara surmontée de l’archange Michel dominent l’ensemble.
   L’autel latéral gauche possède un retable à cadre pictural avec un fronton triangulaire éclaté (deuxième moitié du XVIIe siècle). Il représente la Sainte Famille et a vraisemblablement été peint par Martin Johann Schmidt dit Kremser Schmidt (1718-1801). L’image supérieure, également de la deuxième moitié du XVIIe siècle, représente sainte Barbe. Sur les côtés se trouvent des figures en planches peintes de saint Laurent et de saint Sébastien.

L’orgue de la tribune et son superbe buffet Renaissance, photo © Danube-culture, droits réservés

   L’orgue avec son jeu d’origine (un manuel et huit registres) et son buffet Renaissance dont le nom du facteur nous est inconnu, n’a pas été construit pour ce bâtiment religieux mais pour une une église des environs de Krems. Il a été déménagé vers 1650. Lors de son installation, il a fallu sacrifier quatre des douze apôtres sculptés (École du Danube, vers 1500) de la balustrade de la tribune. Le positif de l’instrument a été intégré dans la balustrade de la tribune. Le buffet a un fronton éclaté et des anges musiciens sont représentés sur les portes battantes.

L’Ossuaire de Saint Michel en Wachau, fin XIIIe, photo © Danube-culture, droits réservés

   L’ossuaire, à proximité de l’église, a été édifié à la fin du XIIIe siècle, vers 1395, sans doute en raison de la place limitée dans le cimetière autour de l’église. Il est coiffé d’une flèche modeste, au-dessus du pignon ouest. C’est le seul ossuaire d’Autriche à avoir été financé par les habitants eux-mêmes. On y trouve un autel constitué de têtes de morts et deux cercueils en bois « économiques » avec un mécanisme de clapets de fond datant du règne de l’empereur Joseph II. À cette époque, pour des raisons d’hygiène et de salubrité, on enterrait les défunts ordinaires sans cercueil définitif et on les entassait ensuite dans des fosses communes ce qui pourrait expliquer qu’on n’ait jamais retrouver la trace du cadavre de Mozart. Certains des crânes pourraient provenir de soldats français tués à la bataille de Dürnstein (1805). Trois momies (1150-1300) reposent sur le côté droit dans des stalles de pierre recouvertes par un couvercle en verre. Subsistent également 15 tresses de cheveux de veuves, offertes à la paroisse en signe de voeux de fidélité à leurs maris après leur décès.

Fresque de saint Christophe, photo © Danube-culture, droits réservés

   Sur le mur extérieur se trouvent les restes d’une fresque de Saint Christophe, qui a la particularité de ressembler au duc Maximilien d’Autriche.

Les sept lièvres de saint-Michel-en-Wachau
Derrière l’église saint-Michel, perchée fièrement sur son rocher dominant le Danube et entourée de son vieux cimetière et d’un petit jardin, s’alignent dans une ruelle une rangée de vieilles maisons pimpantes qui s’adossent à la colline de l’Atzberg. Les hivers rigoureux sont plutôt rares en Wachau comme en témoigne les vergers d’abricotiers et de pommiers et la vigne qui s’étend sur les deux rives du fleuve et grimpe en terrasse haut le long de ses coteaux. Une année pourtant un hiver particulièrement sévère installa dans le paysage et étendit son manteau de neige dans la Wachau avec une telle épaisseur que les maisons autour de l’église Saint-Michel et la ruelle furent complètement ensevelies tout comme les collines aux alentours. Les pauvres lièvres qui habitaient dans les vignes voisines, commencèrent à mourrir de faim et ne sachant où trouver leur nourriture, s’aventurèrent dans le hameau et montèrent jusqu’au sommet du toit de l’église cherchant vainement quelque chose à manger.

Luigi Kasimir (1881-1962), Saint-Michel-en-Wachau

C’est la raison de la présence des sculptures de petits animaux sur le faîte du toit. Elles rappellent simplement le souvenir de cet hiver terrible et des lièvres que les habitants du hameau virent grimper sur le toit de leur église.  Les amoureux de la nature, intrigués par les sculptures et qui ont une bonne vue, affirment qu’il n’y a pas un seul lièvres parmi eux. Ils ont peut-être raison car la ressemblance est loin d’être évidente. Mais peu importe ! Les habitants s’accrochent avec ténacité à cette vieille légende qu’ils aiment raconter à leurs enfants et aux visiteurs de la belle région de la Wachau.

Robert Russ (1847-1922), Autriche, Saint-Michel-en-Wachau, sortie de la messe, huile sur toile, 1917

Sources : Josef Wichner, Wachausagen, raconté et dédié à tous les amis de la Wachau d’or, Krems an der Donau. [1920]

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, mis à jour juillet 2025

Danube-culture adresse ses très grands remerciements à Gertraud Huber de Weissenkirchen pour ses explications passionnantes sur l’histoire (les histoires) de Saint-Michel-en-Wachau.

Johann Franz Pils (1921-2018) Autriche, Saint-Michel-en-Wachau, aquarelle, 1989

Saint-Michel-en-Wachau, photo © Danube-culture, droits réservés

La basilique de l’Assomption de Bad Deutsch-Altenburg, chef d’oeuvre romano-gothique de l’art religieux danubien autrichien

Sa construction débute vers 1058 à l’initiative du roi Henri IV (1050-1106), futur empereur du saint Empire romain germanique et de sa mère Agnès du Poitou (1025-1077) qui exaucent les voeux de l’empereur Henri III (env. 1016-1056). Elle se déroule en quatre phases. Alban et Johann Dörr, propriétaires du comté de Deutsch Altenburg, font ensuite agrandir le bâtiment en 1213. La tour avec son clocher octogonal et le choeur en style gothique flamboyant sont érigés au XIVe siècle. Trois incendies (1585, 1683 et 1774) endommagent gravement le monument. L’église, laissée en ruine dans la première moitié du XIXe siècle est restaurée entre 1897 et 1911.

Photo Danube-culture, © droits réservés

« Le vaisseau roman aux robustes piliers, étroit comme un boyau, débouche sur un choeur gothique plus dégagé ; pareillement à l’extérieur, la nef contraste par sa nudité avec l’abside dont la riche facture apparaît comme une réduction de la cathédrale de Vienne. Si la tour gothique à la fois porche et façade, est unique de son espèce, l’ossuaire roman, de dimensions réduites, est un précieux joyau. »
« La Basse-Autriche » in Eugène Susini, Autriche, Éditions Arthaud

L’ossuaire roman dédié à saint Léonard et le cimetière, photo Danube-culture, © droits réservés

De par son élégance architecturale, son emplacement de choix sur une terrasse dominant le Danube aux portes de la Hongrie (Porta Hungarica) le bâtiment avec son ossuaire roman de forme circulaire et sa chapelle dédiés à saint Léonard érigés au XIIIe siècle et son cimetière est l’un des plus beaux ensembles médiéval de l’Autriche danubienne.

Eric Baude pour Danube-culture, mis à jour  juillet 2025, © droits réservés

Sources :
LINKE, Reinhard, Porta Hungarica, Nieerösterreicische Kulturwegge, NÖ Landesarchiv und NÖ Institut für Landeskunde, Sankt Pölten
SUSINI, Eugène, Autriche, Arthaud, 1960

Sainte-Marie de l’Assomption et dson ossuaire dans son environnement naturel à l’automne, photo © Danube-culture, droits réservés

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