L’abbaye bénédictine de Melk

   « L’abbaye bénédictine de Melk domine le paysage environnant avec ses magnifiques bâtiments, l’édifice le plus imposant de tout le cours du Danube, célébré par des chants et des récits depuis sa fondation au XIe siècle. De sa grande terrasse, on découvre toute la majesté du fleuve, dont la large nappe d’eau brillante s’étend de la plaine, bien au-delà de Pöchlarn, jusqu’à l’ombre du défilé en contrebas à travers lequel il se fraye un chemin entre des hauteurs escarpées, dentelées d’énormes rochers et de ruines de forteresses.

Georg Janny (1860-1935), L’abbaye bénédictine de Melk, huile sur toile

Il n’y a pas de tronçon plus grandiose et plus romantique du Danube en amont de Vienne que les quelques kilomètres en aval de Melk, car les sommets sont plus hauts et plus audacieux et les rochers plus sauvages que dans n’importe quelle autre gorge. Des ruines d’anciens châteaux-forts de brigands sont perchées sur chaque pinacle vertigineux, des ravins profonds avec des ruisseaux tumultueux marquent les flancs de la montagne, et de grandes parois rocheuses déchiquetées s’élèvent au-dessus des sombres frondaisons, formant souvent des barrières infranchissables le long des pentes les plus vertigineuses. Le courant tourbillonnant nous fit traverser trop rapidement ce tronçon d’une beauté enchanteresse, et lorsque, au coucher du soleil, nous vîmes la grande ruine de Dürrenstein [Dürnstein] dresser ses nobles tours sur le ciel violet, nous choisîmes un campement sur la rive opposée et regardâmes les dernières lueurs dorées du soleil s’éteindre sur ses créneaux brisés… »
Francis Davis Millet, « Melk and the pass below », The Danube from the Black Forest to the Black Sea, 1893

Johann Ziegler (1750-1812), graveur d’après un dessin de Lorenz Janscha (1749-1812), vers 1810 

Melk, le Danube et ses îles en 1866, auteur inconnu

« Melk, le plus beau sanctuaire danubien, où résidèrent ces Babenberg, premiers dynastes autrichiens de l’an mille avant les Habsbourg… Melk sur son roc, à l’entrée du défilé de la Wachau, avec sa terrasse insolente sur le fleuve, sa cour des Prélats, sa salle des Marbres, sa bibliothèque bénédictine, aussi belle que celle de la Hofburg. »
Paul Morand

Walter Prinzl (1891-1937), l’abbaye de Melk enneigée, 1922

« Et comment dire la beauté de Melk élevant sa façade ocrée au-dessus du Danube, le jeu subtil qui s’y joue entre la droite et la courbe, et comment les surfaces s’y animent en s’incurvant, à croire que c’est dans les eaux mêmes du fleuve que l’architecte est allé puiser ses formes ? »
Philippe Jaccottet

« Pour voir cette abbaye, il faut fermer les yeux et te laisser frissonner. Remonte jusqu’au lieu dans le temps où elle est semence dans l’esprit d’un seul, de quelques seuls…
C’est un lieu de vertige.
À force de traiter les oeuvres d’art comme de la matière et non comme des visions hissées jusqu’à la visibilité, on perd la trace de l’essentiel : le lieu où la vision a germé, a surgi, s’est déployée. C’est à ce lieu qu’il faut s’attarder. C’est celui de notre humanité co-créatrice, la grande pépinière de l’aujourd’hui. Pénétrer jusque dans le coeur de l’homme (des hommes) où germe l’idée créatrice sous la nécessaire poussée du Vivant. Assise, les yeux fermés, à vingt ans, dans l’abbaye de Melk, j’ai touché ce secret. »
Christiane Singer, N’oublie pas les chevaux écumants du passé, Albin Michel, Paris, 2005

Abbaye de Melk, coupole de la basilique, photo Danube-culture © droits réservés


Ici, sur ces hauteurs au pied desquelles le Danube régulé s’est en principe apaisé sauf lors d’inondations exceptionnelles qui ont encore récemment meurtri la jolie petite ville voisine de Melk, l’énergie et la foi du jeune abbé Berthold Ditmayr (1670-1739) conjuguées au génie et à l’inspiration des architectes Jakob Prandtauer (1660-1726) et Franz Muggenast (1680-1741), des peintres Paul Troger (1698-1762), Michael Rottmayer (1654-1730), Johann Josef Bergl (1719-1789), élève de Paul Troger et des artisans talentueux qui les entouraient, ont engendré un miracle d’élégance et de puissance architecturales.

L’abbé Berthold Ditmayr, (1670-1739), grand rénovateur de l’abbaye bénédictine de Melk

L’agencement, la forme et la couleur des bâtiments au sommet de la colline qui réalisent la métamorphose architecturale des éléments naturels environnants, la coupole octogonale et les deux clochers jumeaux de la collégiale saint-Pierre et Paul, la grande cour à l’atmosphère solennelle et les cours secondaires, les terrasses, les pavillons latéraux, le couloir impérial, les jardins, l’orangerie, le paysage et les reliefs ondoyants des alentours, le jeu des lumières aux différentes heures du jour et des saisons, tout concoure à une extraordinaire mise en scène qui n’a évidemment rien du hasard et dont la grandeur tout autant qu’une certaine retenue s’avèrent fascinantes et paraissent avoir été volontairement soumises à l’ordre et à la raison. Comme un écho à l’architecture extérieure, la fresque allégorique de Paul Troger, dans la salle de marbre au plafond en trompe-l’oeil, aux hautes et larges fenêtres séparées par des pilastres en stuc imitant le marbre, met en scène la raison guidant l’humanité vers la lumière de la civilisation et de la culture.

La fresque allégorique en trompe l’oeil parfait de Paul Troger dans la salle de marbre, photo Danube-culture, © droits réservés

   Le plafond à la thématique religieuse de l’extraordinaire et conséquente bibliothèque a été également réalisé par ce même peintre. Cette bibliothèque comprend 1800 manuscrits dont le plus ancien, de la main de Bède le vénérable, date du début du IXe siècle.

Fragment de la « Chanson des Nibelungen« , un des trésors conservés dans la bibliothèque de l’abbaye, photo droits réservés

D’importantes copies des commentaires de Saint-Jérôme, des commentaires de la Règle de Saint-Benoît, des copies de l’Écriture sainte, des collections de recueils de formules et des textes juridiques remontent à la première apogée de la vie monastique de l’abbaye (1140-1250). Une grande partie des anciens documents historiques ont toutefois été détruits au cours du grand incendie de 1297, un évènement auquel fait référence l’écrivain italien Umberto Eco dans son livre « Au nom de la Rose ».

La bibliothèque de l’abbaye, photo droits réservés

Les deux tiers des manuscrits datent de la période ultérieure de réforme des monastères au XVe siècle, période au cours de laquelle l’abbaye de Melk est considérée comme un modèle et attire des étudiants et des professeurs de l’université de Vienne. La majorité des textes rédigés et copiés à cette époque sont des livres de piété et des sermonnaires. Les lieux abritent encore 750 incunables, 1700 oeuvres du XVIe siècle, 4500 volumes du XVIIe et 18 000 livres du XVIIIe siècle. La collection de la bibliothèque de l’abbaye bénédictine de Melk se monte en totalité à plus de 100 000 livres.
La collection de la bibliothèque compte également de superbes globes terrestres illustrant l’inextinguible soif de connaissance et de curiosité universelle des bénédictins que les 29 moines de l’abbaye de Melk d’aujourd’hui comme ceux des autres abbayes bénédictines perpétuent.

L’escalier de la bibliothèque, photo Danube-culture, droits réservés

La musique à l’abbaye de Melk

   La fondation de l’abbaye bénédictine de Melk en 1089 se situe dans le cadre du «groupe de réforme» des couvents bénédictins de Hirsau (Bade-Wurtemberg, Allemagne) et d’Admont (Styrie, Autriche). Il se concrétise par l’installation sur les lieux de moines venant de l’abbaye bénédictine de Lambach (Haute-Autriche). Des fragments de « Consuetudines monasticae » décrivant les activités quotidiennes des moines de Melk, datant du milieu du XIIe siècle, illustrent les nombreux efforts de réforme et à quel point ils furent également imités par certains autres couvents dans leur vie monastique.
Les premiers témoignages de la pratique musicale de l’abbaye sont, pour presque tout le Moyen-Age, en premier lieux ceux qui concernent la liturgie sacrée. La seule exception est une une ballade française à deux voix sans texte qui a été inscrite en 1415/30 sur le premier feuillet du fameux codex 391 des annales de Melk, en marge du chant marial de l’abbaye, et qui a donné lieu à de nombreuses hypothèses. Sont conservés de la première période, jusqu’à la fin du XIIe siècle un calendrier/nécrologique, la dite « Chanson de Marie de Melk » (Codex 391), un pontifical (recueil de cérémonie, Codex 591), un « Liber Ordinarius » appartenant aux « Consuetudines monasticae » (Codex 1977), un lectionnaire (livre liturgique, Codex 820) et un homiliaire (recueil d’homélies). On trouve également de nombreux autres fragments musicaux. Suivent chronologiquement un « Antiphonale Missarum » (Codex 709) et un Graduel (recueil de chants grégoriens, Codex 1792).
La tradition va s’améliorer avec les nouvelles pratiques introduites par la première réforme de Melk. À l’époque, les actes des visites mais aussi de nombreux traités, dénoncent des abus, ce qui nous permet d’en apprendre un peu plus sur la pratique musicale réelle. L’image positive de cette pratique musicale que nous transmettent les prescriptions consignées dans les « Consuetudines », en premier lieu les « Sublacenses/Mellicenses » puis, à partir des années 1460, les « Mellicenses » elles-mêmes, est cependant bien plus précise. Elle indique une forme de régression à certains égards notamment en ce qui concerne l’utilisation des instruments de musique et la place de la polyphonie dans la liturgie. Il est vrai que l’organisation musicale de l’office avait alors pour unique but de soutenir la force d’expression de la parole, l’attention ne se portant pas uniquement sur la psalmodie (psaumes) ou sur le respect des pauses centrales. Dans les règles concernant les visites, il est spécifié que les mélodies ne doivent pas être « more Italorum saltatice necnon modum choreizantium ». (On peut toutefois se demander s’il ne s’agit pas ici de préciser que celles-ci doivent être simplement d’un rythme paisible ; si tel est le cas, il ne faut pas alors attribuer au terme « chorea » le sens du latin antique).
Si le Moyen-Âge concerne en premier lieu des témoignages musicaux et liturgiques au sein du monastère, la situation évoluera au cours de l’époque suivante. Au XVIe siècle, le contexte de crise de Melk ressemble à l’atmosphère de nombreux autres monastères. Cette crise, dépassant le cadre de la vie spirituelle, naît de la montée du protestantisme. Elle pousse de nombreux moines à quitter le monastère, lcette croyance leur paraissant ouvrir de nouvelles perspectives. Il ne faut toutefois pas voir cet exode uniquement de manière unilatérale ou comme une opportunité intéressante de pouvoir se marier car de nombreux moines s’étaient intimement familiarisés avec les idées de Martin Luther. Malgré tous les efforts de réforme de la pratique liturgique catholique, les résultats resteront décevants dans la deuxième moitié de ce siècle. Les divers rapports, (procès-verbaux de visite, examens réalisés dans le cadre de la Contre Réforme), montrent tout d’abord une absence de progrès en ce qui concerne la qualité des chanteurs et la prestation musicale durant les offices. Même à l’époque où le monastère de Melk sera dirigé par l’abbé Ulrich Perntaz (1564-1587), il semblerait qu’il y ait eu lieu de se plaindre du niveau de la pratique de la musique. D’où la nécessité de réunir les fonctions de chantre et d’abbé dans les années 1570. L’amélioration de la situation générale du catholicisme liée au mouvement de la contre-réforme et du statut spirituel de l’abbaye de Melk, se répercuta également sur la qualité de la pratique musicale. Il devint au court du temps de plus en plus courant que les « pueri » (élèves et jeunes chanteurs) de Melk participent non seulement à la liturgie mais qu’ils soient également invités à participer aux fêtes, réceptions, cérémonies de la cour impériale de Vienne et d’autres personnalités et qu’ils se produisent à ces occasions accompagnés d’instruments, en général à la grande satisfaction de leurs auditeurs. Des « pueri » du couvent de Melk seront par la suite engagés dans la chapelle musicale impériale de la cour. À la fin du XVIe siècle et surtout au XVIIe siècle, la culture de la musique et des arts du spectacle, souvent intimement liées, fait l’objet de comptes-rendus détaillés, en particulier lorsque les représentations ont lieu devant l’empereur ou des membres de sa famille. Les lettres de remerciements adressées à l’abbé de Melk, illustrent la satisfaction  de la cour pour la prestations des « pueri » de l’abbaye.

Franz Sebastian Rosenstigl (1702-1785), L’abbaye de Melk, 1736. Cet architecte, peintre et dessinateur viennois  travaille, après avoir étudié à l’Académie pour l’abbaye de Melk dès 1728 et conçoit des arcs de triomphe, des échafaudages funéraires, le pavillon et les aménagements du jardin. Il peint des tableaux d’autel latéraux (1732) ainsi que des fresques (1743). En 1736, il peint quatre grandes vues aériennes de l’abbaye, dont l’une a été conservée et gravée sur cuivre par Franz Leopold Schmitner. Dans les années 1740, il réalise une série de vue des monastères servites en Autriche et, entre 1754 et 1756, un projet pour les flèches de l’église servite de Vienne. 

   Dès la fin du XVIIe siècle, et surtout à partir du XVIIIe siècle, de nouvelles impulsions se confirment non seulement dans le domaine spirituel, comme par exemple la surveillance plus stricte du respect des heures de prière du chœur par les moines, mais aussi dans le domaine musical. On en viendrait presque à douter qu’à cause des nombreux travaux de rénovation et de construction des nouveaux bâtiments devant entraîner une grande agitation à l’abbaye, que les éphémérides du prieur aient pu enregistrer malgré tout un « status vivendi » donnant, à de rares exceptions près, l’image d’une institution religieuse qui fonctionnait bien. Une fois de plus, c’est le prieur, et non l’abbé qui nous a légué ces éphémérides. De nombreuses recherches menées sur place, permettent également d’avoir accès à des documents d’une grande fiabilité dans ce domaine y compris dans celui de la pratique musicale.
Le 18 juillet 1701 marque l’entrée de l’abbaye bénédictine de Melk dans une nouvelle ère. À l’occasion de la consécration de Berthold Dietmayr (1670-1739) comme abbé de l’abbaye, Johann Joseph Fux (1660-1741), compose son opéra « Neo-Exoriens Phosphorous, id est neo-electus et infulatus praesul Mellicensis, », une  oeuvre entièrement dans le style du drame scolaire jésuite. La représentation n’est pas seulement dirigée par Johann Joseph Fux, qui avait été nommé maître de chapelle de la cour impériale de Vienne par Léopold Ier mais aussi interprétée par des musiciens et des chanteurs de la cour témoignant ainsi des liens étroits à cette époque entre les Habsbourg et l’abbaye de Melk et en particulier des relations intimes que l’abbé Berthold Dietmayr entretenait avec le milieu viennois. Cet évènement ne doit pas être considéré uniquement comme un signe du goût du faste qu’on attribuait volontiers à l’abbé Dietmayr mais également comme son souci de prendre soin de la liturgie et de la place de la musique au sein de celle-ci. Une préoccupation encore confirmée par le fait qu’il nomma un «Instructor in cantu chorali»  aux côtés du Regenschori de l’abbaye.

La « Biblioteca Mellicensis » du père bénédictin Martin Kropff

   Dans sa « Bibliotheca Mellicensis Sev Vitae, Et Scripta Inde A Sexcentis Et Eo Amplivs Annis Benedictinorvm Mellicensivm », datée de 1747, le père bénédictin et bibliothécaire de Melk, Martin Kropff, n’a pas seulement répertorié les principaux moines du monastère depuis sa fondation, mais aussi les musiciens qu’il connaissait. Si le « status vitae monasticae » était conforme aux règles de l’ordre bénédictin et fidèle aux diverses «Consuetudines», la pratique de la musique ne posait généralement pas de problème. La formation des musiciens et des chanteurs en premier lieu, était d’ailleurs considérée comme une préparation à la liturgie. Le fait que le monastère ait eu d’autres missions à accomplir dans ce domaine, en raison des visites impériales ou d’autres souverains, visites alors nombreuses, attira de grands musiciens et artistes à l’abbaye. Il était aussi courant que l’on consacre trop d’effort à l’exécution de ces missions.
À la fin du XVIIe, au XVIIIe et particulièrement au début du XIXe siècle, un grand nombre de musiciens furent actifs à Melk, non seulement en tant que moines mais aussi comme enseignants invités, soit parce qu’ils avaient été sollicités par l’abbaye, soit parce qu’ils désiraient faire de la musique avec des moines de Melk. Citons parmi les moines musiciens les pères A. Baumgartner, L. Thonhauser, P. Utz et C. Fröhlich. Le père Robert Kimmerling (1737-1799), élève de Joseph Haydn, enseigna à P. M. Paradeiser, P. R. Helm, A. Müller, G. Mayer, C. Andorfer et Maximilien Stadler.

Maximilian Stadler (1748-1833) vers 1830

   Parmi les musiciens invités, on rencontre Wolfgang Amadeus Mozart qui séjourna encore très jeune, deux fois à l’abbaye en 1767 et 1768, ainsi que Johann Georg Albrechtsberger (1736-1809) qui, en tant qu’organiste de l’abbaye avant d’être nommé organiste de la cathédrale saint-Étienne de Vienne, y joua des œuvres de Johann Joseph Fux, Antonio Caldara, Giovanni Baptiste Pergolesi, Carl Heinrich Graun et Georg Friedrich Händel. De nombreuses et fastueuses fêtes pour diverses circonstances comme les anniversaires des élections abbatiales, eurent lieu dans cette période. Pour toutes ces occasions, on faisait appel à la musique, un art qui connut son apogée à Melk au XVIIIe siècle, avant que les réformes drastiques de l’empereur Joseph II n’entraînent de profonds bouleversements dans la vie monastique. L’élève de J. G. Albrechtsberger, F. Schneider, composa toutefois dans ce contexte défavorable, une messe à l’occasion des fêtes du sept-centième anniversaire du monastère. L’établissement scolaire religieux fut ensuite transféré dans la ville voisine de Sankt Pölten et l’abbaye fermée. Seuls quelques « puer » demeurèrent sur place.
Le monastère rouvrit ses portes en 1811 sous la responsabilité de l’abbé Anton Reyberger (1810-18). Les pères F. Mainoli        († 1849), Robert Stipa (1781-1850), F. Schneider et P. A. Krieg, furent responsables de la musique. Le fonds du père Robert Stipa (1785-1850), qui a copié des cadences de manuscrits de Ludwig van Beethoven et dont la collection de plusieurs centaines de compositions et a été conservé presque intégralement, est un des trésors des archives musicales de l’abbaye.
À l’époque du Biedermeier, les « chambres impériales » furent réaménagées, mais les visites des souverains s’estompèrent. La musique  garda malgré tout son importance lors des cérémonies profanes et religieuses. Un grand nombre d’instruments du XVIIIe et du XIXe siècles qui ont pu être conservés, en témoignent comme par exemple une viole de gambe de G. Aman, un piano girafe du facteur viennois Heinrich Janssen datant de la première moitié du XIXe siècle ou un pianoforte d’un autre facteur viennois de l’époque Biedermeier, Conrad Graf (1782-1851).
Outre le souci prioritaire de rendre la liturgie particulièrement solennelle, les anniversaires, les fêtes patronymiques, les jubilés d’abbés, parfois de prieurs, comptaient bien sûr, comme à l’époque précédente, parmi les occasions pour lesquelles on composait spécialement de la musique. Citons par exemple une cantate interprétée par le lycée du couvent en hommage au 50e anniversaire de l’ordination de l’abbé Marian Zwinger (1819-37). Les programmes de ce que l’on appelait alors les « Abendmusiken » de l’abbaye sont tout aussi intéressants.
Le XXe siècle a vu s’épanouir une vie musicale correspondant aux évolutions historiques. A. Triftiger, le père Brandstetter et bien d’autres moines se sont efforcés de manière particulièrement active, d’ancrer encore plus profondément la musique dans la vie de l’établissement scolaire de l’abbaye, notamment depuis l’admission des filles au lycée et dans différentes chorales. Les multiples représentations et évènements musicaux qui ont lieu aujourd’hui témoignent du statut élevé que la musique conserve à Melk, en premier lieu pour le culte, mais aussi pour des représentations profanes.
La collection des archives musicales, dirigées par le père Ludwig Wenzl, est riche d’environ 12 000 cotes, dont près 4 000 manuscrits ainsi que des documents musicaux imprimés, de la littérature spécialisée, des écrits théoriques sur la musique et plus de 150 instruments de musique des époques Baroque, Classique, Romantique.
L’abbaye accueille depuis quelques années l’un des principaux festivals de musique baroque d’Autriche, les « Internationale Barocktage Stift Melk » et les « Sommerorgel Konzert ».

Les orgues et les cloches de l’abbaye

   L’abbaye de Melk ne possède pas moins de cinq orgues dans ses murs : le grand orgue de la collégiale saint-Pierre et Paul, l’orgue de la sacristie d’été, l’orgue de la salle Koloman, l’orgue de la chapelle bénédictine et le petit orgue positif, datant de la première moitié du XVIIIe siècle, à l’origine destiné à la chapelle de sainte-Marie de l’Assomption et désormais installé dans la collégiale où il est joué à l’occasion des vêpres dominicales.
Du grand orgue d’origine de la collégiale, réalisé par le facteur viennois Gottfried Sonnholz (1695-1781) qui a également construit des orgues pour les couvents de Klosterneuburg, Mariazell, à la Karlskirche de Vienne et pour de nombreux autres édifices religieux, il ne reste plus que la façade datant de 1731/32, l’instrument et son mécanisme ayant été transformés radicalement en 1929. En 1970, Gregor Hradetzky de Krems a installé un nouvel instrument à sommiers coulissants possédant 3.553 tuyaux répartis sur 45 registres et trois claviers et pédale. Cet instrument a été révisé en 2005 par Alexander Schuke et Bernhard Althaus. L’ensemble de la tuyauterie a été réharmonisé. L’orgue a été également doté d’un dispositif de composition électronique. Les quatre autres instruments sont dus aux facteurs d’orgues Reil, Hradetzky, Riedl et Ullmann.

Grandes orgues de la collégiale de Melk, photo Danube-culture, © droits réservés

Après l’incendie de l’abbaye en 1738, l’abbé Berthold Dietmayr conclut un contrat avec le fondeur de cloches viennois Andreas Klein pour l’acquisition de nouvelles cloches. En 1739, les deux tours de la collégiale furent terminées et les nouvelles cloches coulées. Ces cloches qui en avaient vu d’autres, ont faillirent être fondues pendant la Seconde Guerre mondiale pour être utilisées comme matériel de guerre.
La grande cloche du carillon est également la plus grosse de Basse-Autriche (7.840 kg, Ø 236 cm, tonalité : fa – 2). Il s’agit de la cloche « saint-Pierre-et-Paul »,  surnommée « Vesperin ». Elle est installée dans la tour nord et est sonnée lors des grandes fêtes de l’abbaye. Dans la tour sud se trouve la cloche de la Trinité ou « Angstglocke » (4.300 kg, Ø 178 cm, tonalité si + – 0). Une deuxième cloche, la cloche des sept douleurs, dite « cloche Ave Maria » (2.450 kg, Ø 152 cm, tonalité ré/1-3) est également située dans la tour sud. Cette cloche sonne tous les jours à 7 heures, à 12 heures et à 19 heures. La troisième cloche de la tour sud est la cloche Koloman (1.235 kg, Ø 118 cm, tonalité fa/1+3).

Photo droits réservés

La cloche de saint-Benoît (575 kg, Ø 96 cm, tonalité la/1+3) se trouve également dans la tour sud. Toutes les cloches sont sonnées lors des vêpres la veille et le soir d’une grande fête et avant une messe pontificale lors des grandes fêtes. Le dimanche, la cloche des sept-Douleurs, la cloche de saint-Coloman et la cloche de saint-Benoît sont utilisées pour l’appel à la messe. Une petite cloche de chœur (170 kg, Ø 65 cm, tonalité ré dièse/2+2) est suspendue dans une tourelle sur le toit de l’église, au-dessus du maître-autel. Elle est sonnée tous les matins pour la messe conventuelle (cinq minutes avant sept heures car la messe quotidienne commence à sept heures).

   La partie de l’article consacré à la musique à l’abbaye de Melk a été traduite, adaptée et complétée en français à partir de l’article de Meta Niederkorn : « Melk », in : Oesterreichisches Musiklexikon online, begr. von Rudolf Flotzinger, hg. von Barbara Boisits par Eric Baude pour Danube-culture.
https://dx.doi.org/10.1553/0x0001d956
https://www.stiftmelk.at

Autres sources musicologiques :
« Bericht über den Musikzustand des löbl. Stiftes Mölk » in alter und neuer Zeit in MusAu 3 (1982); [Kat.] 900 Jahre Benediktiner in M. Jubiläumsausstellung, 1989
J. F. Angerer (Hg.), Breviarium caeremoniarum Monasterii Mellicensis, 1987
J. F. Angerer, Lat. und dt. Gesänge aus der Zeit der M.er Reform, 1979
K. Hallinger
in [Fs.] H. de Boor, 1971
K. Hallinger in Untersuchungen zu Kloster und Stift, 1980
E. Höchtl, Die adiastematisch notierten Fragmente aus den Hss. der Stiftsbibliothek M., Diss. Wien, 1991
M. Ch. Nequette, Music in the manuscripts at the Stiftsbibliothek of abbey M., 1983
M. Niederkorn-Bruck, Die M.er Reform im Spiegel der Visitationen, 1994
Ch. Glaßner, Inventar der Hss. des Benediktinerstiftes M., 1990
Ch. Glaßner/A. Haidinger, Die Anfänge der M.er Bibliothek, 1996
I. F. Keiblinger, « Gesch. des Benedictinerstiftes M. » in Niederösterreich, seiner Besitzungen und Umgebungen. Bd. 1: Gesch. des Stiftes 21868
F. W. Riedel in Unsere Heimat 36 (1965); MGG 6 (1997)
R. Flotzinger in G. Fornari (Hg.), [Fs.] A. Dunning 2002; Chorbll. 6/1 (1950), 20

Luigi Kasimir (1881-1962), Le quai des Nibelungen à Melk, l’abbaye bénédictine et le Danube, eau-forte colorée, vers 1920

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, mis à jour février 2026

Sources générales/ bibliographie :

Jaccottet, Philippe, « En descendant le Danube », in Autriche, L’Atlas des voyages, Éditions Rencontre, Lausanne, 1966
Morand, Paul, « Le Danube », Entre Rhin et Danube, Transboréal, Paris, 2011
Schmeller-Kitt, Adelheid, Klöster in Österreich,  Wolfgang Weidlich Verlag, Frankfurt/Main, 1983
Singer, Christiane, N’oublie pas les chevaux écumants du passé, Albin Michel, Paris, 2005 
Die Wachau, Niederösterreichische Kulturwege, NÖ Landesarchiv und NÖ Institut für Landeskunde, Sankt Pölten
Stifte und Klöster, Niederösterreichische Kulturwege, NÖ Landesarchiv und NÖ Institut für Landeskunde, Sankt Pölten
https://de.wikipedia.org › wiki › Stift_Melk
www.stiftmelk.at

Amand Helm (1831-1893), L’abbaye de Melk, Donau Album, 1868

Marie Egner (1850-1940), Printemps sur le Danube et Melk, huile sur toile, 1904/1906. « Ce tableau d’un paysage printanier en fleurs a probablement été peint vers 1906, lorsque Marie Egner séjournait à Weitenegg pour pratiquer son art. Un an auparavant, l’artiste traversait une grave crise, provoquée par des échecs et des problèmes financiers. Le 2 juillet, elle écrivait dans son journal : « Soudain, le sentiment de vieillesse m’envahit, le sentiment de la futilité de mes actions. Mais aussi autre chose. La peinture stupide et inutile, à laquelle je ne crois plus depuis longtemps, et cette formation d’élèves, à laquelle je crois encore moins… »
   Le motif et les couleurs du tableau sont l’expression de sa joie créative retrouvée. Elle a choisi un endroit charmant au bord de la route, avec des arbres fruitiers en fleurs, des prairies fleuries et une vue sur le Danube en direction de l’abbaye de Melk, qui brille sous le soleil, mais qui n’est ici qu’un thème « secondaire ». Les peintres de l’impressionnisme d’atmosphère s’intéressaient avant tout à la transposition artistique d’une certaine impression de la nature, à la capture des conditions atmosphériques et lumineuses à différents moments de la journée et de l’année. Le thème est ici la poésie d’une douce journée de printemps ensoleillée et le réveil de la nature.
Source : W. Krug, Wachau, Wachau, Bilder aus dem Land der Romantik, 2003, p. 206

L’abbaye bénédictine de Göttweig

   « Les monastères de l’Autriche doivent, en général, leur origine à Charlemagne ; presque tous ils revendiquent l’honneur d’avoir été fondés par lui. Celui de Göttweig, néanmoins, où nous venons de nous arrêter, est attribué à Altmann, évêque de Passau qui mourut en 1091, vingt ans après l’avoir fondé. Ce couvent, quoiqu’il date de 750 ans, n’est pas encore achevé ; les travaux en ont été fréquemment interrompus ; il est à craindre, au reste, qu’il ne soit jamais terminé. Vingt-deux églises paroissiales, quatre villes, un nombre infini de villages et de hameaux étaient jadis soumis à la juridiction du monastère, et lui, ne reconnaissait que celle du pape, qui, seul, avait le droit de le visiter. Le Saint Père usa rarement de ce privilège. Les Turcs [et les Français, les troupes napoléoniennes], au grand déplaisir des bons Augustins [en réalité les Bénédictins], dont ils sont la propriété, s’en firent trop souvent ouvrir les caves et les trésors.

Photo © Danube-culture, droits réservés

 Au reste, ce monastère a perdu beaucoup de ses apanages, de ses revenus et de sa puissance. Les moins sont hospitaliers, bien appris, et les étrangers, comme les habitants des environs, y sont toujours reçus avec courtoisie. Dans la belle saison, le beau tableau que, de là, présente le Danube, et dont le pinceau le mieux inspiré ne peut rendre que faiblement les traits, attire au couvent de Göttweig une foule de pèlerins de tout sexe, de tout âge, de toutes conditions, qui y affluent des campagnes voisines à plus de dix lieues à la ronde. Nous nous en sommes éloignés pleins d’enthousiasme et d’admiration; comme le doivent être des voyageurs amoureux des nobles ouvrages de l’art, des sites où la nature déploie ses plus merveilleux atours ; pleins de reconnaissance pour l’accueil bienveillant et fraternel qu’on nous y a fait.
Un jour, il y a de cela quarante ans de cela, Napoléon trouvait dans le réfectoire des Göttweig un déjeuner confortable servi avec des soins, une prévenance dont il parut enchanté. Bien que sa présence en ce lieu, en compagnie de ses illustres généraux, ne plût que médiocrement aux timides cénobites, il fut traité avec non moins de magnificence que de respect ; toutefois, les grands sabres, les épées, les habits chamarrées d’or et de broderies, tout cela flamboyait trop aux yeux des pacifiques chanoines et leur causait d’importuns éblouissements… »
William Beattie (1793-1875) , Le Danube illustré, pour faire suite à Constantinople ancienne et moderne, au voyage en Syrie etc, Vues d’après nature dessinées par [William Henry] Bartlett [1809-1854], gravées, ,  par plusieurs artistes anglais, Édition française revue et corrigée par H-L. Séverac, H. Mandeville, Libraire-Éditeurs, 42 rue Vivienne, à Paris, [1849]

Photo Danube-culture © droits réservés

« Derrière Mautern sur une montagne couverte de bois, haute de 220 mètres se trouve le couvent des Bénédictins de Göttweih, que l’on aperçoit déjà du bateau derrière Dürrenstein (Dürnstein). Remarquables dans ce couvent sont : l’église avec son portail, le choeur, le superbe escalier à fresque, la chambre de l’empereur et la bibliothèque avec 40 000 volumes, des monnaies, des estampes et une collection d’histoire naturelle. Le couvent fut fondé en 1072 par l’évêque Altmann de Passau et donné aux Bénédictins en 1093 qui le possèdent encore aujourd’hui ; à cause de sa grande richesse l’abbaye reçut le surnom  : « À la monnaie sonnante » (Zum klingenden Pfennig). »
Alexandre François Heksch (1836-1885), Guide illustré sur le Danube de Ratisbonne à Souline et indicateur de Constantinople, avec 50 illustrations en taille de bois et 5 cartes, Vienne. Pest. Leipsic., A Hartleben, Éditeur, 1883

La silhouette de l’abbaye bénédictine de Göttweig depuis les rives du Danube à la hauteur de Krems, photo © Danube-culture, droits réservés

Transmis à l’ordre des Bénédictins en 10943, Göttweig voit également la fondation d’un monastère de nonnes (vers 1100) qui s’installent par la suite dans les  nouveaux couvents de Garsten (1107) et de Seitenstetten (1116). L’abbaye devient rapidement un centre religieux et scientifique. Un moine y rédige la « Vita Altmanni Episcopi Pataviensis » au XIIe siècle.

L’évêque Altmann de Passau, photo droits réservés

Les annales de Göttweig dans lesquelles on trouve des informations sur les  immenses possessions dispersées du monastère sont parmi les plus documentées d’Autriche. L’abbaye connaît une période sombre au XVIe siècle lors des guerres et des destructions liées aux invasions ottomanes qui la mène au bord des ruines. Elle retrouve sa prospérité et ses activités religieuses et scientifiques à partir du XVIIe siècle et est reconnue comme l’un des principaux centres de la Contre-réforme. Un incendie détruit une grande partie des bâtiments en 1718. Aussi l’abbé Gottfried von Bessel (1714-1749) décide t-il de la rebâtir et en confie la reconstruction à l’un des plus prestigieux architectes du Baroque et ingénieur militaire, Johann Lukas von Hildebrant (1668-1745), auteur du palais Schwarzenberg (1697) et des deux palais du Belvédère (1714-1722) du prince Eugène de Savoie à Vienne. L’architecte imagine un projet grandiose qui ne sera que partiellement achevé. La décoration intérieure est confiée aux peintres réputés Martin Johann Schmidt (1718-1801), né dans le petit village de Grafenwörh près de Krems et Paul Troger (1698-1782) dont on retrouve aussi les peintures inspirées dans les abbayes de Melk, d’Altenburg, de Zwettl et de Seitenstetten. Göttweig possède une impressionnante collection d’oeuvres d’art (peintures, tapisseries des Gobelins, parures, objets liturgiques, manuscrits armes à feu…) ainsi qu’un remarquable cabinet d’estampes.

Photo © Danube-culture, droits réservés

L’église abbatiale de Sainte-Marie de l’Assomption occupe une position centrale privilégiée. Sa nef de style baroque primitif (1635-1642), son chœur gothique (1402-1431) et sa façade baroque à deux tours (1722-1765) forment un ensemble exceptionnel. Le grand escalier surplombé une par une fresque de Paul Troger (1739) ainsi que les chambres impériales, en particulier la salle Altmanni, ses peintures baroques et ses vedutas de J.S. Hötzendorfer, illustrent le soin et le goût avec lesquels l’abbaye a été décorée.

L’escalier impérial et la fresque de Paul Troger, photo wikipedia, Uoaei1

Tout faillit pourtant disparaître au XXe siècle pendant la triste période du national-socialisme. Les exploitations agricoles et forestières du monastère furent confisquées, les moines expulsés, les trésors culturels dispersés et les bâtiments dévastés. Les moines ne revinrent à l’abbaye qu’en 1945 et la restaurèrent au prix d’un travail considérable.
31 paroisses dépendent aujourd’hui encore de l’abbaye de Göttweig.

Le premier tome du catalogue de la bibliothèque musicale de Göttweig, rédigé en 1830 par le père bénédictin Heinrich Wondratsch (1793-1881) illustre les anciennes et nombreuses activités musicales de cette abbaye, photo © Danube-culture, droits réservés 

La légende des apôtres en or protecteurs de Göttweig !
   Les moines bénédictins de l’abbaye de Göttweig ont toujours eu la vie belle ! Ils ne souffrirent d’aucune maladie, d’aucune peur ni d’aucun malheur, enfin presque…  Sous la terre, dans une grotte secrète de leur colline, se trouvent des statues des apôtres recouvertes d’or et dont la barbe étrangement ne cesse de pousser. parmi les moines seuls les trois dignitaires supérieurs du monastère, l’abbé, le prieur et l’intendant, connaissent l’endroit précis où se cache cette grotte. Ils y descendent en secret une fois par an pour raser les barbes dorées. Les douze statues dorées des apôtres étaient au complet à l’origine mais aujourd’hui il n’en reste plus que onze car un jour qu’ils étaient dans une misère absolue, les moines de Göttweig furent obligés, bien évidemment malgré eux, de vendre une des statues. La légende ne dit pas laquelle !
Thomas Hoffmann, Clemens Hoffmann, Wachau, Wunderbares, Sagenhaftes, Unbekanntes, Kral Verlag, Berndorf, 2013, p. 126

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, mis à jour février 2026
stiftgoettweig.at

Notes :
1L’une des figures les plus remarquables de l’épiscopat allemand de son époque et l’un des évêques les plus importants de Passau. Il est est enterré à Göttweig dans la crypte de l’abbatiale. Un moine de ce monastère écrivit sa Vita vers 1140 ; elle fut remaniée en 1192-94 par un abbé de passage, Rupert.
des Bénédictins et non pas des Augustins comme l’écrit William Beatie
3 Le premier abbé, Hartmann, provient du monastère de Sankt Blasien en Forêt-Noire.

La chapelle Erentrude (XIIIe siècle), photo © Danube-culture, droits réservés

Saint-Jean-Baptiste im Mauerthale (Wachau, Basse-Autriche)

   L’église est mentionnée pour la première fois en 1240 en relation avec un don de l’archevêque Eberhard von Salzbourg (1200-1246) au monastère Saint-Pierre de cette même ville. Avec les villages d’Hofarnsdorf, de Bacharnsdorf et de Mitterarnsdorf, la paroisse de Sankt Johann im Mauerthale forma le domaine d’Arnsdorf propriété de l’archidiocèse de Salzbourg de 860 à 1806. 

Sankt Johann im Mauerthale, pointe sèche coloriée de W. Mossman d’après William Henry Bartlett (1809-1854), en face, sur la rive gauche, le village de Schwallenbach

   Si un tout premier édifice religieux a été bâti dès le IXe siècle en partie sur les ruines d’une tour de guet romaine, l’église actuelle date en grande partie de la première moitié du XVe siècle.

Reste d’un mur d’une tour de guet romaine sur laquelle a été bâtie l’église saint-Jean-Baptiste, photo © Danube-culture, droits réservés

   La tour de l’église est à la base quadrangulaire avec un clocher octogonal  surmonté à son sommet d’un coq transpercé d’une flèche qui évoque une des légendes populaires du Mur du diable (Teufelsmauer) situé sur l’autre rive du Danube.

Le coq transpercé d’une flèche veille toujours sur l’église Sankt Johann im Mauerthal, photo © Danube-culture, droits réservés

   L’intérieur se compose d’une nef avec un toit plat avec sur les côtés de belles fresques murales du début du Gothique, datées d’entre le deuxième quart du XIIIe et le XVe siècle.

photo © Danube-culture, droits réservés

   La chaire en style baroque tardif est accessible de l’extérieur. Le maître-autel également baroque dans un  chœur de style gothique est d’une excellente facture.

Le maître-autel baroque et le choeur gothique, photo © Danube-culture, droits réservés

   Le tombeau présumé de Saint-Aubin (Sankt Albinus) se trouvait jusqu’en 1862 dans une niche murale dans le fonds gauche de l’église. Une statue le représente en pèlerin du début du XVIe siècle.

Saint Aubin dans sa niche au fonds de l’église, photo © Danube-culture, droits réservés

   La fresque sur le mur extérieur du côté du Danube montrant saint-Christophe, protecteur des voyageurs a pu être en partie conservée.

Saint-Christophe, photo © Danube-culture, droits réservés

   Juste derrière l’église se trouve un puits couvert de l’époque Baroque. Les lieux ont été, en particulier pour cette  raison et pour le culte de Saint-Albin dont l’église abritait autrefois la tombe présumée, une importante destination de pèlerinage de la fin du Moyen-Âge jusqu’au Baroque. Les innombrables et souvent superstitieux pèlerins venaient y boire l’eau bénite et prometteuse de guérison miraculeuse et les bateliers y pratiquaient aussi différentes offrandes avec des fers-à-cheval. Un autre lieu de pèlerinage, Maria Langegg, situé sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, entre l’abbaye de Göttweig et l’abbaye de Melk, voisine avec la modeste église de Sankt Johann im Mauerthale.  

Le puit couvert à l’arrière de l’église, photo © Danube-culture, droits réservés

L’église de Sankt Johann im Mauerthale se trouve désormais sur la commune de Rossatz-Arndorf.

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, mis à jour avril 2025

Sources :
Die Wachau, Niederösterreichische Kulturwege, NÖ Landesarchiv und NÖ Institut für Landeskunde, St. Pölten
Von Aggstein bis Göttweig, Dunkelsteinerwald, Niederösterreichische Kulturwege, NÖ Landesarchiv und NÖ Institut für Landeskunde, St. Pölten
www.kirchen-am-fluss.at

Austria-forum.at
www.gedaechtnisdeslandes.at

Le clocher octogonal caractéristique, de style gothique tardif, photo © Danube-culture, droits réservés

L’abbaye de Klosterneuburg

Sur l’emplacement même de l’abbaye se trouvait à l’époque romaine, une forteresse, construite au Ier siècle après J.-C. forteresse qui s’intégrait au système de défense de la frontière de l’empire (limes).
Une communauté de chanoines séculiers s’était installée aux environs de 1113 au sein de la nouvelle forteresse et résidence des Babenberg construite par le margrave Léopold III dit le Pieux (1073-1136) au sommet de la colline viennoise du Leopoldsberg, un lieu déjà habité depuis l’Antiquité et sur lequel les Romains avaient également vraisemblablement édifié un de leurs nombreux forts de surveillance de la frontière.

Sources archives de l’abbaye de Klosterneuburg

Il semblerait que le début de la construction de l’abbaye de Neuburg date de 1114 mais il est possible, si l’on en croit certains documents, que celle-ci soit plus ancienne. Léopold III qui avait du renoncer entretemps pour des raisons politiques et religieuses à son projet d’établir un siège épiscopal, dote alors généreusement le nouveau couvent initialement occupé par les chanoines séculiers du Léopoldsberg et qui se transformera en 1133 en une abbaye augustinienne. Le bienheureux Hartmann (1090-1164), connu pour ses réformes, futur évêque de Brixen, en devient premier prévôt. Après que le margrave Léopold eut remis le monastère au siège apostolique, le pape Innocent II le prend sous sa protection pontificale en 1137. Le prévôt Hartmann fonde à côté de l’abbaye, un couvent pour les chanoinesses augustines dont l’église est dédiée à sainte-Marie-Madeleine. Le financement de la fondation du couvent aurait été assuré financièrement  par la femme de Léopold III, Agnès,  qui peut être considérée comme la fondatrice du couvent.

Anton Hlavaček, Klosterneuburg

L’abbaye de Klosterneuburg est alors étroitement liée au cercle réformateur de Salzbourg et devient un soutien pour la réforme de l’Église passant sous l’influence de l’éminent théologien Gerhoch von Reichersberg (1092?-1169?), défenseur d’une théologie orientée vers la Bible et les Pères de l’Église et qui se montre critique envers la scolastique naissante. Cette théologie biblique apparait dans la décoration de la chaire de Nicolas de Verdun (vers 1130-vers 1205), transformée par la suite en autel de Verdun.
L’un des trésors de l’abbaye est un chandelier à sept branches provenant de Vérone qui fut acheté par Léopold III pour la collégiale.

Hans Kossik (1907-1973), l’abbaye de Klosteneuburg en hiver, aquarelle, vers 1920

Les éléments de l’abbaye de Klosterneuburg qui remontent à l’époque de Léopold III de Babenberg se retrouvent dans l’a basilique st-Martin baroquisée ultérieurement, dans le palais dans la cour Léopold (Leopoldihof) lui aussi baroquisé par l’architecte italien Donation Felice d’Allio (1671-1760) ainsi que des parties du cloître médiéval. Les reliques de Léopold III, dans la chapelle qui lui est consacrée, sont présentées chaque année lors de la fête de saint-Léopold. Afin de familiariser la population environnante avec l’histoire de la famille du margrave après sa canonisation (1485), l’abbaye de Klosterneuburg commanda au peintre originaire d’Ulm, Hans Part (1480/88-1526/29), le tableau généalogique de la dynastie des Babenberg. Ce tableau, peint entre 1489 et 1492, est conservé dans le magnifique musée de l’abbaye.

 Henri II, Jasomirgott, détail de l’arbre généalogique des Babenberg peint par Hans Part ; la scène se passe sur le Danube, photo domaine public

   L’importance exceptionnelle de cette abbaye est confirmée par sa prodigieuse métamorphose architecturale au XVIIIe siècle. Conformément au modèle espagnol de l’Escorial, l’empereur Charles VI de Habsbourg (1711-1740), soucieux d’en faire l’équivalent mais qui décède avant que les travaux d’un coût colossal supportés par l’abbaye ne s’achèvent, avait le projet grandiose de réaliser une somptueuse résidence seigneuriale monastique. Bien que les travaux aient été initialement confiés à Donato Felice d’Allio, c’est l’architecte de la cour Johann Fischer von Erlach (1656-1723) qui est à l’origine de la surélévation du bâtiment existant du monastère, de la nouvelle architecture des façades et de la présence des coupoles monumentales ornées des couronnes de la maison des Habsbourg. L’architecture de la collégiale subit lors de sa restauration au XIXe, de nouvelles transformations néogothiques selon le credo de l’époque.

Détail d’un décor de la basilique st-Martin, photo © Danube-culture, droits réservés

L’abbaye augustinienne de Klosterneuburg qui traversa depuis sa fondation sans trop de dommages les aléas de l’histoire à l’exception des guerres napoléoniennes pendant laquelle elle est occupée à deux reprises et en partie pillée (y compris sa cave !) et dont une partie des objets en or et en argent furent fondus pour soutenir les finances en ruine de l’Autriche à l’issue des conflits, est demeurée, tout comme les grandes abbayes danubiennes de Saint-Florian, de Melk et de Göttweig, un lieu culturel dynamique et un centre spirituel influent. Elle possède un magnifique vignoble surplombant le Danube et produit d’excellents vins qu’on trouve sur place.

La basilique st-Martin de l’abbaye de Klosterneuburg, photo © Danube-culture, droits réservés

Le choeur et l’autel de la basilique, photo © Danube-culture, droits réservés

Anton Bruckner à Klosterneuburg 
Le prévôt Josef Kluger (1865-1937) qui fut membre des chanoines augustins de Klosterneuburg tout comme du directoire de la Wiener Konzerthaus et qui participa activement à la vie musicale de la Vienne, fut un ami proche jusqu’à la mort du compositeur Anton Bruckner (1824-1896). Celui-ci a été accueilli à l’abbaye à de nombreuses reprises lors des fêtes religieuses de 1869 à 1894 et aimait à y jouer sur les orgues qui lui rappelaient peut-être celles de saint-Florian. Il y compose vers 1886 son Ave Regina coelorum (WAB 8).

Le grand orgue de l’ abbaye de Klosterneuburg, photo droits réservés

La légende de la fondation de l’abbaye
   Cette légende apparaît pour la première fois au XIVe siècle. Le margrave Léopold se tenait avec sa jeune épouse Agnès huit jours après la cérémonie de leur mariage en 1124, sur la terrasse du château que le souverain avait fait construire au sommet de la colline viennoise qui porte aujourd’hui son nom (Leopoldsberg) et où il avait fait transférer sa résidence de Melk.

Miniature de Léopold III d’Autriche, dit le Pieux, détail de l’arbre généalogique des Babenberg peint par Hans Part (1480 – 1526/1529), photo domaine public, collection de l’abbaye de Klosterneuburg

Les deux jeunes fiancés devisait familièrement quand soudain un coup de vent violent arracha le voile de la tête de la jeune margravine et l’emporta au loin dans les airs. Agnès qui tenait à ce voile comme à la prunelle de ses yeux se désola de sa disparition. Aussi Léopold en personne et de nombreux serviteurs partirent immédiatement à sa recherche mais il leur fut impossible de le retrouver. Huit ans s’écoulèrent et la perte du voile fut oublié. Un jour que Léopold chassait dans une forêt des bords du Danube en amont de Vienne, ses chiens se mirent en arrêt devant un épais fourré. Lorsque celui-ci fut percé, on trouva une petite clairière près de laquelle poussait un sureau. Le précieux voile perdu par Agnès était accroché à l’une des ses branches, encore intact. Léopold, profondément pieux, vit dans ce miracle un message du divin. Se souvenant du voeux qu’il avait fait auparavant de fonder une abbaye, il choisit comme emplacement pour sa construction l’endroit où le voile avait été retrouvé, à proximité du Danube et au pied de la colline du Leopoldsberg.
www.stift-klosteurneuburg.at

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, mis à jour janvier 2026

Friedrich Loss (1797-1890), Vue par delà le Danube [au coucher du jour] sur l’abbaye augustinienne de Klosterneuburg, huile sur toile, collection de l’abbaye de Klosterneuburg. Peintre paysagiste, graveur et lithographe du « Biedermeier ». Au premier plan un pêcheur regardant vers l’amont, diverses embarcations dont deux sont ici halées par un équipage à cheval la première, munie d’un gouvernail surélevé, transportent du bois de chauffage et de construction. Un fleuve et un paysage « Bierdermeier » F. Loos, fin coloriste et observateur, est coutumier de ces scènes pastorales à l’atmosphère paisible dans lesquelles la lumière, les couleurs et les reflets s’harmonisent, créant avec l’aide des détails un profond sentiment d’intimité sereine et de temps suspendu.

L’abbaye de Klosterneuburg dans son état d’avant 1884, gravure sur bois d’après Eduard Zetsche (1844)1927), 1894

Amand Helm (1838-1893), Klosterneuburg, Donau-Album, 1868

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