L’église saint-François d’Assise de Leopoldstadt (Vienne)

Photo Danube-culture, © droits réservés
Saint-François d’Assise est aujourd’hui la seule église de Vienne directement au bord du fleuve. Ce monument, dédié au jubilé du 50ème anniversaire du règne de l’empereur François-Joseph Ier (1830-1916), doit sa réalisation à un comité fondé en 1898 qui décida du lancement d’une souscription publique pour la construction d’une grande église sur la rive droite du Danube.
Le projet de construction de l’architecte Victor Lunz (1840-1903) s’est inspiré de la basilique romane St Martin Majeure de Cologne (XIIe siècle), sur la rive gauche du Rhin.

Saint-Martin Majeure de Cologne

   Après la mort de Victor Lunz, lui succède August Kirstein (1956-1939), architecte d’origine allemande à qui l’on doit également le Musée romain de Carnuntum. L’édifice en brique devait servir à l’origine de paroisse de garnison d’où sa taille impressionnante. Les trois tours massives, d’une hauteur de 73 m, recouvertes de tuiles rouges, se voient de très loin. Les toitures en bois des trois entrées principales prévues à l’origine pour les cérémonies d’inauguration sont toujours en place.

Saint-François d’Assise, Vienne, photo droits réservés

   L’empereur, entouré de plusieurs personnalités religieuses et politiques et d’une foule de plus de 100.000 personnes assiste à la pose de la première pierre en 1900 tout comme à son inauguration provisoire le 2 novembre 1913. Le monument sera achevé après la Première Guerre mondiale. Son apparence restera pratiquement inchangée jusqu’à aujourd’hui.

Mosaïques de la chapelle sainte-Élisabeth, photo, C.Stadler/Bwag 

La chapelle commémorative (1907), dédiée à l’impératrice Élisabeth d’Autriche (1854-1898) qui a été érigée sur le transept gauche de l’église dans un style néo-roman, est, avec son autel Sécession et un décor en mosaïques, l’un des monuments viennois Art nouveau les plus caractéristiques de ce courant artistique. Sa construction, initiée par l’archiduchesse Marie-Thérèse de Bragance (1855-1944) après l’assassinat de Sissi à Genève en septembre 1898, fut financée par des dons à la Croix-Rouge, dont l’impératrice avait été la première protectrice. Les murs de la chapelle, consacrée en 1908, sont recouverts de marbre. En face de l’entrée, au-dessus de laquelle se trouve, à l’intérieur de l’aigle bicéphale sur la porte grillagée, le blason de la Croix-Rouge, on découvre l’impressionnant tableau en mosaïque de sainte-Élisabeth de Thuringe du à l’artiste viennois Carl Ederer (1875-1951). Au-dessus de celui-ci, huit anges de style Art nouveau portant des couronnes de laurier entrainent le regard du visiteur vers le sommet de la coupole.

Chapelle sainte-Elisabeth, saint-François d’Assise, Vienne, photo droits réservés

Une inscription gravée sur une pierre de la place du Mexique indique un fait peu connu : le Mexique fut le seul pays en 1938, à l’exception de l’Union soviétique, à protester officiellement devant la Société des Nations contre l’annexion de l’Autriche par le Reich national-socialiste allemand.

Photo © Danube-culture, droits réservés

C’est en mémoire de cet événement que la ville de Vienne a donné à l’emplacement en 1956 le nom de « Place du Mexique ». Comme la place possède depuis longtemps plusieurs embarcadères sur le fleuve, ses environs ont toujours été réputés pour abriter du trafic de marché noir en tous genres.

Eric Baude, Danube-culture, © droits réservés, mis à jour janvier 2023

Saint-François d’Assise et le Danube pris par les glaces, hiver 1929

L’ abbaye bénédictine de Melk, « le plus beau sanctuaire danubien » !

Danube Donaustauf
   « Melk, le plus beau sanctuaire danubien, où résidèrent ces Babenberg, premiers dynastes autrichiens de l’an mille avant les Habsbourg… Melk sur son roc, à l’entrée du défilé de la Wachau, avec sa terrasse insolente sur le fleuve, sa cour des Prélats, sa salle des Marbres, sa bibliothèque bénédictine, aussi belle que celle de la Hofburg. »
Paul Morand

l’abbaye bénédictine de Melk et le Danube, gravure de Georg Matthias Vischer extraite de l’album « Topographia Archiducatus Austriae », 1672

   Ici, sur ces hauteurs au pied desquelles le Danube régulé s’est en principe apaisé sauf lors d’inondations exceptionnelles qui ont encore récemment meurtri la jolie petite ville voisine de Melk, l’énergie et la foi du jeune abbé Berthold Ditmayr (1670-1739) conjuguées au génie et à l’inspiration des architectes Jakob Prandtauer (1660-1726) et Franz Muggenast (1680-1741), des peintres Paul Troger (1698-1762), Michael Rottmayer (1654-1730), Johann Josef Bergl (1719-1789), élève de Paul Troger et des artisans talentueux qui les entouraient ont engendré un miracle à la fois d’élégance et de puissance architecturale.

L’abbé Berthold Ditmayr, (1670-1739), grand rénovateur de l’abbaye bénédictine de Melk

   L’agencement, la forme et la couleur des bâtiments au sommet de la colline qui réalisent la métamorphose architecturale des éléments naturels environnants, la coupole octogonale et les deux clochers jumeaux de l’abbatiale, la grande cour à l’atmosphère solennelle et les cours secondaires, les terrasses, les pavillons latéraux, le couloir impérial, les jardins, l’orangerie, le paysage et les reliefs ondoyants des alentours, le jeu des lumières aux différentes heures du jour et des saisons, tout concoure à une extraordinaire mise en scène qui n’a évidemment rien du hasard et dont la grandeur tout autant qu’une certaine retenue s’avèrent fascinantes et paraissent avoir été volontairement soumises à l’ordre et à la raison. Comme un écho à l’architecture extérieure, la fresque allégorique de Paul Troger, dans la salle de marbre au plafond en trompe-l’oeil, aux hautes et larges fenêtres séparées par des pilastres en stuc imitant le marbre, ne met-elle pas en scène la raison guidant l’humanité vers la lumière de la civilisation et de la culture ?

La fresque allégorique en trompe l’oeil parfait de Paul Troger dans la salle de marbre, photo droits réservés

   Le plafond à la thématique religieuse de l’extraordinaire et conséquente bibliothèque a été également réalisé par ce même peintre. Cette bibliothèque comprend 1800 manuscrits dont le plus ancien, de la main de Bède le vénérable, date du début du IXe siècle.

Fragment de la « Chanson des Nibelungen« , un des trésors conservés dans la bibliothèque de l’abbaye, photo droits réservés

D’importantes copies des commentaires de Saint-Jérôme, des commentaires de la Règle de Saint-Benoît, des copies de l’Écriture sainte, des collections de recueils de formules et des textes juridiques remontent à la première apogée de la vie monastique de l’abbaye (1140-1250). Une grande partie des anciens documents historiques ont toutefois été détruits au cours du grand incendie de 1297, un évènement auquel fait référence l’écrivain italien Umberto Eco dans son livre « Au nom de la Rose ».

La bibliothèque de l’abbaye, photo droits réservés

Les deux tiers des manuscrits datent de la période ultérieure de réforme des monastères au XVe siècle, période au cours de laquelle l’abbaye de Melk est considérée comme un modèle et attire des étudiants et des professeurs de l’université de Vienne. La majorité des textes rédigés et copiés à cette époque sont des livres de piété et des sermonnaires. Les lieux abritent encore 750 incunables, 1700 oeuvres du XVIe siècle, 4500 volumes du XVIIe et 18 000 livres du XVIIIe siècle. La collection de la bibliothèque de l’abbaye bénédictine de Melk se monte en totalité à plus de 100 000 livres.
La collection de la bibliothèque compte également de superbes globes terrestres illustrant l’inextinguible soif de connaissance et de curiosité universelle des bénédictins que les 29 moines de l’abbaye de Melk d’aujourd’hui comme ceux des autres abbayes bénédictines perpétuent.

L’escalier de la bibliothèque, photo droits réservés

La musique à l’abbaye de Melk
La vie musicale prend son essor à partir du XVIIe siècle. De nombreuses œuvres de musique sacrée sacrée et profane y compris des arrangements d’opéra, des quatuors à cordes… ont été interprétées dans le cadre de la liturgie (messes, oratorios…) ou à différentes occasions, concerts ou évènements de l’abbaye. La plupart des partitions de ces oeuvres ont été conservées sur place. Elles constituent le fond des archives musicales du monastère. Des moines s’adonnèrent à la composition et ont entretenu des contacts étroits avec la vie musicale viennoise de la période classique et de la période Biedermeier. Le père Robert Kimmerling (1737–1799) a été l’élève de Joseph Haydn, l’abbé, musicographe, compositeur et pianiste Maximilian Stadler (1748–1833), prieur à Melk entre 1784 et 1786, abbé du monastère de Lilienfeld puis de Kremsmünster, ami de Mozart dont il s’occupe de la succession, de Haydn, de Beethoven et de Schubert. Il fut encore  un invité de marque recherché dans divers cercles musicaux de la capitale autrichienne. La collection des archives musicales de l’abbaye bénédictine de Melk compte environ 10 000 partions, dont près 4 000 manuscrits et plus de 50 instruments.
Illustrant la place de la musique au sein de la vie de l’abbaye, les bâtiments n’abritent pas moins de cinq orgues : le grand orgue de l’église abbatiale, l’orgue de la sacristie d’été, l’orgue de la salle Koloman, l’orgue de la chapelle bénédictine et le petit orgue positif, datant de la première moitié du XVIIIe siècle, à l’origine destiné à la chapelle de Sainte-Marie de l’assomption et désormais installé dans l’église abbatiale où il est joué à l’occasion des Vêpres dominicales.

Le grand orgue de l’église abbatiale, photo Henry Kellner, droits réservés

   « Pour voir cette abbaye, il faut fermer les yeux et te laisser frissonner. Remonte jusqu’au lieu dans le temps où elle est semence dans l’esprit d’un seul, de quelques seuls…
C’est un lieu de vertige.
   À force de traiter les oeuvres d’art comme de la matière et non comme des visions hissées jusqu’à la visibilité, on perd la trace de l’essentiel : le lieu où la vision a germé, a surgi, s’est déployée. C’est à ce lieu qu’il faut s’attarder. C’est celui de notre humanité co-créatrice, la grande pépinière de l’aujourd’hui. Pénétrer jusque dans le coeur de l’homme (des hommes) où germe l’idée créatrice sous la nécessaire poussée du Vivant. Assise, les yeux fermés, à vingt ans, dans l’abbaye de Melk, j’ai touché ce secret. »
Christiane Singer, N’oublie pas les chevaux écumants du passé, Albin Michel, Paris, 2005
Eric Baude, Danube-culture, © droits réservés, mis à jour janvier 2023

Dans les ors et les reflets du musée de l’abbaye, photo © Danube-culture, droits réservés

Sources/ bibliographie :
Jaccottet, Philippe, « En descendant le Danube », in Autriche, L’Atlas des voyages, Éditions Rencontre, Lausanne, 1966
Morand, Paul,  » Le Danube », Entre Rhin et Danube, Transboréal, Paris, 2011
Schmeller-Kitt, Adelheid, Klöster in Österreich,  Wolfgang Weidlich Verlag, Frankfurt/Main, 1983
Singer, Christiane, N’oublie pas les chevaux écumants du passé, Albin Michel, Paris, 2005 
Die Wachau, Niederösterreichische Kulturwege, NÖ Landesarchiv und NÖ Institut für Landeskunde, Sankt Pölten
Stifte und Klöster, Niederösterreichische Kulturwege, NÖ Landesarchiv und NÖ Institut für Landeskunde, Sankt Pölten
www.stiftmelk.at

Le Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes, Vienne (Autriche)

Un parc au patrimoine et à la biodiversité exceptionnels
   Ce parc, constitué de prairies et de forêts alluviales, est unique en son genre sur le territoire autrichien. Il est à la fois un magnifique oasis de verdure entre Vienne et Bratislava, la plus grande plaine alluviale naturelle intacte en Europe centrale et un territoire fortement dépendant du Danube qui est, dans sa traversée de l’Autriche encore un fleuve de montagne. Ce parc est un ensemble exceptionnel d’écosystèmes comprenant avec une vaste diversité de biotopes, une flore et une faune remarquables, un refuge pour de nombreuses espèces animales et végétales menacées, un espace naturel pour les crues comme il n’en existe plus sur le parcours autrichien du fleuve, un réservoir d’eau potable de haute qualité et un important régulateur climatique pour la région de Basse-Autriche.

Ce parc forme un paysage d’une beauté impressionnante et offre également un lieu de repos et de détente aux portes de Vienne ainsi qu’un espace pour la protection et la préservation de ce paysage unique.
La surface totale du parc est aujourd’hui de 9 600 hectares : 65% de sa surface sont constitués de forêts alluviales, 15% de prairies et environ 20% d’eau.

Dans les bras morts du fleuve, photo © Danube-culture, droits réservés

Les 36 kilomètres fluviaux danubiens forment la partie intégrale du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes. La dynamique du fleuve y est encore très active. Le niveau d’eau variable, peut atteindre, suivant le régime du fleuve et les saisons, 7 mètres de différence. Il détermine considérablement la vie sur le territoire du parc. Les inondations régulières ont façonné ce paysage étonnant et fluctuant, y créant une grande diversité d’habitats en lien direct avec le fleuve : mares, bras en activité et bras morts, bancs formés de cailloutis, rives peu escarpées et espaces de transition de l’eau vers la terre, rives pentues, forêts alluviales (forêts à bois tendre et dur), forêts de relief, prairies et zones arides de plaine alluviale.
La richesse biologique de ces territoires est exceptionnelle. On y compte plus de 800 espèces de plantes à tige, plus de 30 espèces de mammifères, une centaine d’espèces d’oiseaux, 8 espèces de reptiles, 13 espèces d’amphibiens ainsi que plus de 60 espèces de poissons. Une grande diversité d’invertébrés évolue d’autre part en milieu terrestre et aquatique.

Discrète Emys orbicularis ! Photo © Danube-culture, droits réservés

L’histoire du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes et les conséquences de la présence de l’homme sur le fleuve et ses rives
Les interventions répétées de l’homme ont influencé et métamorphosé le fleuve et ses plaines alluviales en particulier depuis la deuxième moitié du XIXe siècle.
Les  grands travaux de régulation du Danube à la fin du XIXe siècle, ses rectifications, suppressions de méandres et endiguements ont entrainé une augmentation de la vitesse du fleuve ce qui a eu pour conséquence d’engendrer une baisse de la nappe phréatique, un enfoncement du lit et un assèchement de bras morts et de certains bras en activité du Danube qui se poursuivent de nos jours. La destruction des rivages naturels a certes été « contrebalancée » par une amélioration des conditions de la navigation mais à quel prix !
Des digues de protection ont été érigées afin de protéger la plaine alluviale et très fertile du Marchfeld (rive gauche en aval de Vienne) contre d’importantes et régulières inondations.

Basses eaux sur le Danube à la hauteur du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes, photo © Danube-culture, droits réservés

L’édification d’un barrage en amont, à la sortie de Vienne (Centrale hydroélectrique de Freudenau) est venu modifié le charriage des cailloux et autres alluvions par le fleuve, participant à un enfoncement préoccupant du lit du Danube dans le sous-sol.
L’industrie forestière intensive a d’autre part transformé de vastes parties de la forêt alluviale en zones d’exploitation du bois, entrainé la propagation d’espèces d’arbres étrangères et l’installation d’un réseau de petites routes.
La chasse a eu de son côté pour conséquence l’extermination d’animaux locaux comme le castor et la loutre, heureusement protégés désormais et de retour sur le fleuve.
Quant à la pêche, autrefois professionnelle et commerciale, du fait de la raréfaction des poissons, elle n’est plus qu’essentiellement sportive et de loisir. Il a aussi été constaté l’apparition d’espèces de poisson étrangères.

Un projet de barrage inopportun

L’écologiste et journaliste suisse Franz Weber fut appelé à la rescousse par les protecteurs de l’environnement autrichiens. (photo Fondation Franz Weber)

Le projet peu opportun, sur le plan écologique, de construire un barrage et une centrale hydroélectrique sur le Danube (le douzième du parcours autrichien) près de la petite ville frontalière avec la Slovaquie de Hainburg (rive droite) en 1984 a été heureusement abandonné sous la pression des écologistes et de la population locale. Cette construction aurait entrainé la destruction d’une centaine d’hectares de forêt alluviale, d’îles et îlots, la disparition irréversible de rivages naturels et la construction de digues. Le barrage réservoir aurait de plus empêché le Danube de s’écouler librement.

Affiche de Friedensreich (Regentag Dunkelbunt) Hundertwasser (1928-2000), 1985, collection Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

La plaine alluviale ne pouvant plus bénéficier des inondations, sa dynamique aurait été ainsi interrompue. La dynamique naturelle de l’eau souterraine aurait été également perturbée. L’occupation en 1984 de la plaine alluviale à Stopfenreuth par des manifestants luttant contre la construction du barrage et de la centrale électrique a été déterminante pour l’abandon du projet alors que celui-ci avait été déjà voté par le gouvernement socialiste autrichien de l’époque. Une trêve de Noël fût alors proclamée par les politiciens du pays et les écologistes. Le développement de nouvelles alternatives a pourtant continué à être envisagé dès 1985 à la fois pour l’éventuelle construction de nouvelles centrales hydroélectriques mais aussi en parallèle pour la préservation de l’écoulement naturel du Danube.

Pétition « Pourquoi le barrage de Hainburg ne doit pas être construit », 1984sources Bibliothèque Nationale Autrichienne de Vienne

La période suivante (1986 à 1989) permit l’élaboration des bases scientifiques pour la création du Parc National des Plaines Alluviales Danubiennes mais certains projets de centrales hydroélectriques sur le Danube étaient toujours d’actualité dans les hautes sphères économiques et politiques autrichiennes. En 1990 une convention est passée entre la République Fédérale d’Autriche, les responsables politiques de la ville de Vienne et ceux de Basse-Autriche autorisant la création du Parc National des Plaines Alluviales Danubiennes. De 1991 à 1995 sont élaborés les projets spécifiques du parc et le 27 octobre 1996, le traité international pour la création du Nationalpark Donau-Auen est signé par les représentants de ces mêmes institutions. Le Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes obtiendra sa reconnaissance par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature, catégorie II) dès 1997.

Selon les critères de l’UICN un parc national doit remplir les fonctions suivantes :
– préserver intact des écosystèmes pour les prochaines générations
– mettre fin à différentes activités économiques
– créer un programme de recherche scientifique et mettre en place un accueil spécifique pour les visiteurs.

Grèbe huppée, une habitante familière du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes, photo droits réservés

Activités
Le Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes propose un grand choix d’activités pédagogiques et d’initiation à la découverte de la faune et de la flore, sur l’eau comme à terre, permettant de vivre, dans ce paysage unique, des moments d’exception. Des guides professionnels accompagnent les visiteurs dans le dédale des prairies et des forêts en canot pneumatique ou en barque.
Le parc organise également des colloques et séminaires sur des sujets prioritaires tout comme des excursions pédagogiques pour les enfants et les associations. Des journées axées sur un thème spécifique sont régulièrement programmées.

Chemin faisant…
Le Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes accueille aussi les visiteurs individuels. Des cartes permettent de conseiller différents itinéraires balisés ou fléchés.
L’Office des forêts de la collectivité locale de Vienne, propriétaire des prairies et des forêts alluviales, collabore activement à la préservation des espaces du parc.
L’action du WWF « Natur freikaufen » (« Rachetons la nature ») a permis la protection d’une surface supplémentaire de 411 hectares de la plaine alluviale des prairies de Regelsbrunn.

Organisation du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes
L’administration du parc est gérée par une société d’état à but non lucratif dont les membres sont les Régions de Vienne et de Basse-Autriche. Le directeur du parc en assure la gérance et le bon fonctionnement. L’Office Fédéral des Forêts, l’Administration forestière de la Municipalité de Vienne et la Région du Marchfeld ont la responsabilité des sentiers de randonnée, des pistes cyclables et des points de vue et d’observation aménagés.
En cas de fortes d’inondations, il peut être nécessaire, pour des raisons de sécurité, d’interdire provisoirement l’utilisation de certains chemins.

« Das Tor zur Au » (La porte sur les prairies alluviales) – Centre d’accueil et d’information du parc, château d’Orth/Donau
Le Centre d’accueil et d’information du parc est hébergé au château d’Orth/Donau. On peut y trouver des informations sur le parc et son histoire, sur la commune d’Orth/Donau et sur l’ensemble de la région. On peut aussi s’inscrire pour des randonnées ou des activités dans le parc avec un guide.

L’exposition permanente « DonAUräume » offre de nouvelles perspectives sur les prairies alluviales danubiennes. Des expositions thématiques complémentaires mettent en valeur certains des aspects singuliers du fleuve sur tout son parcours. On peut enfin y découvrir une installation acoustique « A Sound Map of the Danube » et trouver également des informations sur le site naturel protégé serbe de Gorne Podunavje.
« L’île du château » est un site extérieur à proximité du centre d’accueil et d’information présentant les habitats spécifiques et la faune des prairies alluviales comme le Spermophile, la Cistude d’Europe et des espèce locales de serpents. De nombreux insectes, grenouilles et crapauds habitent prairies et mares. Des plantes aquatiques diverses et variées, parfois rares comme certaines variétés d’orchidées, en enrichissent la flore.
Le centre de l’île est aménagé en station d’observation sous-marine. L’on peut y observer avec intérêt la flore et la faune aquatique des prairies alluviales, des espèces locales de poissons, coquillages et autres crustacés.
Du haut de la tour du château on jouit d’une vue magnifique sur les prairies alluviales danubiennes, de Vienne jusqu’à Hainburg, de même qu’on peut y observer une aire de cigognes. La cour du château est le lieu de rendez-vous et le point de départ des visites guidées. Son aménagement incite à s’y attarder.

Horaires d’ouverture du centre d’accueil et d’information du parc, château d’Orth/Donau
Du 21 mars au 30 septembre : tous les jours de 9h à 18h
du 1er octobre au 1er novembre : tous les jours de 9h à 17h

Visites guidées de l’exposition : tous les jours à 10h, 11h, 13h, 14h, 15h, 16h

Fermeture d’hiver du 2 novembre jusqu’au 20 mars
Pendant cette période renseignements et informations uniquement par téléphone, du lundi jusqu’au vendredi de 8h à 13h

Centre d’accueil et d’information :
Château d’ORTH Nationalpark-Zentrum
2304 Orth/Donau, Autriche
Tel. + 43 2212/3555
www.donauauen.at
schlossorth@donauauen.at

Le château d’Orth/Donau, photo © Bwag/Wikimedia

Nationalparkhaus wien-lobAU (Maison du Parc National Wien-LobAU)
Le Nationalparkhaus wien-lobAU est le centre d’information pour la partie viennoise du parc. Logé aux portes de la capitale, il est géré par l’Administration forestière de Vienne et fonctionne comme point de départ pour des randonnées dans les environs. Une exposition « tonAU » permet de découvrir l’univers sonore des forêts du parc et un spectacle multimédia informe sur l’évolution historique des prairies alluviales.
www.nph-lobau.wien.at

Maison du Parc National de Wien Lobau, photo droits réservés

On peut aussi rejoindre le parc par bateau depuis le centre de Vienne (canal du Danube à la hauteur de la Schwedenplatz) du 2 mai au 26 octobre et profiter d’une visite accompagnée d’un guide.
Tel. pour réservation (places limitées) : 0043/ 1 4000 49495
 www.donauen.at/besucherinfo/bootstouren

Le Skorpion, bateau du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes qui relie en saison le centre de Vienne à la Lobau (rive gauche) via le Canal du Danube. Photo © Danube-culture, droits réservés 

Centre d’information
Nationalparkhaus wien-lobAU
Dechantweg 8, 1220 Wien
Tel.: 01/4000-49495
www.nph-lobau.wien.at
nh@m49.magwien.gv.at

Autres centres d’information :
Nationalpark-Forstverwaltung Lobau
MA 49 – Forstamt und Landwirtschaftsbetrieb der Stadt Wien
2301 Groß-Enzersdorf, Dr. Anton Krabichler-Platz 3
Tel. 02249/2353
pe-don@m49.magwien.gv.at

Nationalpark-Forstverwaltung Eckartsau
Nationalparkbetrieb Donau-Auen der ÖBf AG
2305 Eckartsau, Schloss Eckartsau
Tel. 02214/2335-18
infostelle.donauauen@bundesforste.at

Une expérience originale : naviguer sur une réplique de tschaïque réalisé par Martin Zöberl, photo © Danube-culture, droits réservés

Bateau-moulin d’Orth sur le Danube
Promenades en « tschaike » sur le Danube (avril-fin octobre)
www.schiffmuehle.at

Restaurant et café « an der Fähre », Orth/Donau
Bac pour les piétons et vélo
www.faehre-orth.at

Restaurant Humers Uferhaus, Orth/Donau
Pour sa terrasse à proximité du Danube, ses spécialités de poissons (du Danube) et ses généreux desserts
Très fréquenté les weekends et les jours de fête
www.uferhaus.at

Croisières Hainburg-Devin-Bratislave-Hainburg
Event Schifffahrt Haider
www.event-schifffahrt.at

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, mis à jour novembre 2022

Le guide du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes, Falter Verlag. Wien, 2018

Vienne et le vin : un art de vivre !

Le Viennois est aussi fier de ses vignobles que de l’histoire de sa ville et de son patrimoine musical. Wien est d’ailleurs un anagramme du mot vin en allemand (Wein). Il attribue volontiers à la présence du vin son sens de l’art de vivre, sa sensibilité, sa forme d’humour et d’esprit spécifiques, voire quelquefois sa supériorité ! Vienne se rattache via le vin à la civilisation latine et son histoire se confond aussi avec celle de la vigne. C’est l’empereur romain Probus (232-282) qui autorisa les légionnaires du camp de Vindobona à planter des vignes à proximité du Danube. Il n’est toutefois pas impossible que la culture de la vin puisse remonter encore plus loin, c’est à dire à l’époque des Celtes (400 avant J.-C.). La colline du Leopoldsberg aujourd’hui en partie couverte de vignobles, pourrait avoir abriter un oppidum celte. Vienne s’appelait alors Vedunia (transformé en Vindobona par les Romains) ce qui signifie en celte « ruisseau de forêt » ce qui convenait parfaitement à la petite rivière Vienne qui prend sa source dans la Forêt-Viennoise (Wienerwald) et descend ensuite vers le Danube et son canal dans laquelle elle  conflue au centre de la capitale autrichienne.

Vignobles du côté de Grinzing au sortir de l’hiver avec en arrière-fond les  gratte-ciels de Donaustadt, photo © Danube-culture, droits réservés

Le vignoble viennois occupe une superficie d’environ 700 hectares (Vienne s’étend sur 414,6 km2) exposés vers le sud pour la plupart et se répartissent sur les coteaux des Kahlenberg et Leopoldsberg qui surplombent la rive droite du Danube, dans les quartiers de Nußdorf, Grinzing (joli village de vignerons attesté depuis le Xe siècle), Sievering, Heiligenstadt, Salmannsdorf, sur les pentes du Bisamberg au nord du Danube (rive gauche), à Stammersdorf, Strebersdorf et Jedlersdorf, favorables au cépages bourguignons. On trouve encore des vignobles au sud de la capitale, à Mauer, Kalksburg sur les pentes du Laaer Berg et au-delà.

Le plus petit vignoble de la capitale et d’Autriche se trouve place Schwarzenberg, photo © Danube-culture, droits réservés

Le plus petit vignoble viennois (100 m2), datant de 1924 et planté en Gemischter Satz (mélange de différents cépages), se cache en plein centre ville. Il faut pour le découvrir se rendre au numéro 2 de la place Schwarzenberg devant le palais de l’archiduc Louis Victor. Les quelques rangs de vigne sont dissimulés derrière une balustrade et presque invisibles à l’oeil des touristes. Le vignoble produit 50 à 60 kilos de raisin annuellement. La cinquantaine de bouteilles issues des vendanges est vendue lors d’une manifestation caritative à l’Hôtel de ville de Vienne au mois de décembre.
On dénombre plus de 600 vignerons et quelques 180 Heuriger (caveaux) sur le territoire de la commune pour une production totale avoisinant les 25 000 hectolitres dont 21 000 de vins blancs (2016).

La Poste autrichienne a elle aussi rendu hommage au Gemischter Satz viennois, photo droits réservés

Les cépages :
Le Gemischter Satz, représentant 30 % de la surface totale du vignoble. Cette tradition remonte à la Renaissance et bénéficie de l’appellation prestigieuse D.A.C. (Districtus Austriae Controllatus) depuis 2013. Elle consiste à cultiver des cépages différents de vins blancs sur une même vigne et à les vendanger en même temps. Il peut y avoir de deux minimum jusqu’à 20 cépages différents ! Le Gemischter Satz symbolise l’esprit du vin blanc viennois par excellence, léger ou complexe, toujours fruité et généreux en arômes. Sont cultivés également sur le vignoble viennois les Grüner Veltliner, Neuburger, Riesling, Weißburgunder, Ruländer (pinot gris) Morillon (Chardonnay), Sauvignon blanc, Traminer, (Gelber) Muskateller, pour les blancs, Zweigelt, Merlot, Pinot noir (Blauburgunder) et Cabernet Sauvignon (rare !) et des Cuvées (vins rouges d’assemblage) comme le Danubis Grand Select, un grand vin rouge viennois du vigneron Fritz Wieninger (Stammersdorf). Certains vignerons ont implanté ces dernières années de nouveaux cépages (Shiraz…) ou proposent, pour s’adapter à la mode des vins rosés, parfois pétillants (Weingut Walter, Strebersdorf) à la jolie robe issus généralement du cépage Blauer Zweigelt, des vins blancs champagnisés ou des vins liquoreux de vendange tardive (Beerenauslese).

Place Schwarzenberg, photo © Danube-culture, droits réservés 

Les Heuriger et Buschenschank :
Les vins blancs viennois secs se boivent pour la plupart jeunes (1-3 ans) et sont servis habituellement dans des verres en Achtel (un huitième de litre), Viertel (un quart), en carafe (d’un litre ou de deux litres) ou à la bouteille. Dans les dégustations, on sert également des Sechzehntel (1 seizième = 6,5 cl). Ces vins se dégustent traditionnellement entre amis ou en famille dans les fameux Heuriger, au sein de leur cour aménagée en guinguette, dans les jardins et tonnelles, assis à des grandes tables et bancs en bois au confort assez rudimentaire ou encore au milieu des vignes dans les Buschenschank, ouverts seulement quelques semaines par an. Dans ces guinguettes à l’atmosphère bon enfant et conviviale se côtoient, dans un joyeux brouhaha, toutes les classes sociales viennoises auxquels se joignent désormais des touristes du monde entier de plus en plus nombreux. Réglementés par un édit de l’empeureur Joseph II en 1784, les Heuriger se reconnaissent facilement de la rue à la perche couronnée d’un bouquet ou de branches de pin marquant leur entrée et le droit de servir du vin et du Sturm, vin de l’année et en cours de fermentation.

Dument autorisé par l’empereur Joseph II, photo © Danube-culture, droits réservés

Les Viennois savourent souvent ainsi le plaisir partagé de bipperln (boire en dialecte viennois) quelques Achtel ou de partager a Lita (carafe d’un litre) ou même si on est assez nombreux de commander a Doppla (deux litres) de Gemischter Satz ou de Grüner Veltliner, Riesling, Sauvignon blanc, Chardonnay, de Cuvée (rouge), de déguster en plein air éventuellement quelques plats typiques présentés sous forme d’un Buffet (ici c’est plutôt la cuisine qui accompagne le vin !) et de goûter aux charmes des dernières douces soirées de l’automne ou des beaux jours revenus du printemps.

Frontispice de la valse de Johann Strauss « Wein, Weib und Gesang (« Aimer, boire et chanter »), pour choeur d’hommes et orchestre, opus 333, 1869, Wien Verlag C.A. Spina, collection de la Bibliothèque de la ville de Vienne

« Pour connaître vraiment l’âme viennoise, mieux vaut chercher entre Grinzing et Nußdorf un Heuriger non frelaté — ils sont, Dieu merci, encore nombreux—, ou bien pousser plus loin jusqu’à Sievering, un peu plus en dehors des sentiers battus. Partout on trouvera la même gaité sans vulgarité ni tapage, la même retenue aussi jusque dans l’épanchement, avec l’art d’éluder l’émotion par un sourire ; la sociabilité viennoise reste toujours de bonne compagnie, ne verse jamais dans la crapule ou dans le mélodrame. C’est qu’on ne soûle pas dans un Heuriger ; tout au plus s’y grise-t-on, juste assez pour atteindre cet état vibratoire où la sensibilité oscille incessamment entre euphorie et mélancolie. Au reste, les Viennois ont un instinct très sûr du moment où il convient de dire Servus, formule d’adieu familière du dialecte local qui équivaut à notre ancien « Serviteur ». Si la qualité d’une société se mesure à sa façon de s’amuser, il faut convenir que le Heuriger, qui conjugue des qualités que l’on pourrait croire incompatibles —simplicité paysanne, expressivité en demi-teintes, urbanité—, témoigne d’un raffinement et d’une originalité aujourd’hui presque uniques dans une Europe qui s’abrutit et perd toute saveur. »
X. Y. Lander, Vienne, « Plaisirs de table », Points Planète Seuil, Paris, 1989
Les Heuriger sont aussi des lieux où l’on peut entendre, interprétée par des chanteurs et d’excellents interprètes en formation de trois, quatre voire cinq musiciens composée d’un ou deux violons, d’une contre-guitare (un instrument typiquement viennois !) d’un accordéon, d’une petite clarinette en sol (au son inimitable surnommée dans leur dialecte par les Viennois « Picksüaßen Hölzls » qu’on pourrait traduire en français par quelque chose comme « une délicieuse friandise boisée »…), de la « Schrammelmusik« , un style de musique viennoise extrêmement populaire à la fin du XIXe/début du XXe dans les auberges de Nußdorf, un village de la banlieue de la capitale, qu’affectionnait, parmi bien d’autres célébrités, Johann Strauss fils et ses frères et sans lequel Vienne ne serait pas tout à fait Vienne. Cette musique doit son nom à Johann Schrammel (1850-1893) à son frère Josef (1852-1895) qui lui donnèrent ses lettres de noblesse. Quelle Viennoise ou Viennois n’a pas entendu dans ces lieux conviviaux au moins une fois dans sa vie la chanson « Wien bleibt Wien! », (Vienne sera toujours Vienne !), la « Kronprinz Rudolph-Marsch » (la Marche du Prince héritier Rodolphe) ou encore « Weana Gmüath« . Le vin et Vienne sont deux des thèmes les plus prédominant de ce répertoire de Schrammelmusik.

Le Schrammel quartett (1890)  

Eric Baude, Danube-culture, mis à jour novembre 2022, droits réservés

Le Vocabulaire indispensable à connaître lors d’une visite d’un « Heuriger » viennois ou autrichien

Aus’gsteckt (is) = buisson, une couronne ou enseigne qui se trouve au-dessus au-dessus de l’entrée d’un Heuriger et qui signifie que la soif sera bientôt étanchée !
Beusch(e)l = poumon
Blunze/Blunzn = boudin noir
Brauner (kleiner/gross Brauner) = un grand ou petit café avec du lait, le café viennois par excellence !
Brösel = mie de pain, chapelure
Bucht(e)l = pâtisserie, beignets à la vapeur
Burenhäutel = Burenwurst, spécialité de saucisse, classique dans les stands de rue spécialisés
Doppler (« Doppelliter ») = 2 litres de vin
Eierschwammerl = chanterelle ou girolle
Eierspeise = œufs brouillés
Erdäpfel = pomme de terre (Kartoffeln en allemand)
Essigwurst = saucisse aigre, généralement saucisse supplémentaire dans une marinade au vinaigre/huile
Faschiertes = viande hachée

Heuriger « Zum Berger », photo droits réservés

Faschierte Laibchen = boulettes de viande
Fleckerln = pâtes autrichiennes
Fleischlaberl = fricadelle, boulette
Frankfurter = on entend par là à Vienne saucisses viennoises !
Frittaten = garniture de soupe, crêpes coupées en petites bandes étroites qui garnissent les bouillons
Geselchtes = viande fumée
Gespritzter ou G’spritzter = Schorle (50% d’eau pétillante, 50% de vin blanc ou rouge).
Signifie en argot une personne « singulière ». Si l’on utilise de l’eau minérale, on parle alors d’un « mélange ».
Sommerg’spritzter = G’spritzter avec plus de soda que de vin (2/1 ou 3/1)
Kaiserg’spritzer = G’spritzter avec un peu de sirop de sureau
Obi g’spritzt = jus de pomme avec une eau pétillante
Golatsche = pâtisserie autrichienne de forme carrée avec une pâte proche de la pâte feuilletée, fourrée de « topfen » (fromage blanc) ou de powidl (purée de pruneaux) ou de fruits divers.
Grammeln = lardons
Grieskoch = bouillie de semoule
Gug(e)lhupf = gâteau de forme et de goût assez proche du Kougelhopf alsacien
Haaße = saucisse chaude cuite dans l’eau
Häupt(e)lsalat = salade verte
Hendl = poulet
Heurige Erdäpfel = (pommes de terre) de la récolte de l’année
Heuriger = caveau de vigneron proposant du vin issu de la récolte de raisin de l’année (en autrichien « heuer ») et d’autres boissons alcoolisées ou non. Se rencontre un peu partout en Autriche ou l’on produit du vin.
Käsekrainer = saucisse viennoise au fromage
Kartoffelpuffer = galette de pommes de terre
Kipferln = croissants
Kletzen = poires séchées
Knacker, Knackwurst = saucisse autrichienne de grosse taile
Knödel = boulette de pain (Semmelknödel)
Kohl = chou frisé
Kohlsprossen = choux de Bruxelles
Kracherl = limonade
Kren = raifort
Ein Krügerl = 1/2 litre de bière
Leberkäse = fromage de viande
Liptauer = pâte à tartiner à base de fromage blanc et d’épices
Melange = « café viennois » (avec de la mousse lait chaud)
Most = jus de raisin non fermenté (moût de raisin) ou jus fermenté de pommes et de poires (cidre)
Nockerln = Spätzle
Ober = serveur (dans les cafés) ; à ne pas confondre avec
Obers = crème, crème fraîche ou Obi = jus de pomme
Palatschinke = crêpe épaisse au chocolat ou autres ingrédients sucrés
Paradeiser = tomate
Powidltaschkerl = petite poche, spécialité à base de pâte de pommes de terre, roulé dans de la chapelure et servi avec du sucre.
Purée = bouillie
Ribisel = groseille
Rindsuppe= bouillon de viande
Roten Rüben = betterave rouge
Rotkraut = chou rouge
Saft = jus ou saucez aussi sauce pour des plats salés
Sauerrahm = crème aigre
Schlag, Schlagobers = crème fouettée
Scherz(e)l = 1. entame ou dernier morceau d’une miche de pain 2. morceau déterminé de viande de bœuf
Schopfbraten = rôti d’échine de porc
Schöberl = biscuit salé pour garnir une soupe
Schwammerl = champignon
Seite(r)l = 1/3 de litre
Stamperl = verre à eau-de-vie, 2 cl
Staubzucker = sucre en poudre
Stelze = jarret de porc (à Vienne, généralement rôti croustillant)
Surfleisch = viande salée, alternative à l’escalope viennoise classique en tant que « Surschnitzel ».
Sturm = stade de fermentation du jus de raisin en vin. Le terme vient peut-être du fait que la consommation excessive de ce dernier peut entraîner des tempêtes intérieures…
Tafelspitz = viande de bœuf maigre cuite, spécialité viennoise, accompagnement classique : Apfelkren (pommes avec du raifort) ou Erdäpfelgröst’l (rôti de pommes de terre)
Topfen = fromage blanc dont on fourre par exemple les Strudel
Zwetschkenröster = compote de pruneaux

Bibliographie sélective (en langue allemande) :
LANDSTEINER, Erich : « Wien – eine Weinbaustadt? » In: Peter Csendes, Ferdinand Opll (Hg.): Wien. Geschichte einer Stadt. Bd. 2: « Die frühneuzeitliche Residenz (16. bis 18. Jahrhundert) », hrsgg. v. Karl Vocelka, Anita Traninger, Wien-Köln-Weimar: Böhlau 2003, S. 141-146.
BAUER Martin: Weinbau und Urbanisierung im Niederösterreich des Spätmittelalters und der frühen Neuzeit (ungedr. Dipl.Arb.), Wien 2002
PERGER, Richard, « Weinbau und Weinhandel in Wien im Mittelalter und in der frühen Neuzeit ». In: « Stadt und Wein ». In: Beiträge zur Geschichte der Städte Mitteleuropas (Hg. Ferdinand Opll) 14 (Linz 1996), S. 207 ff.
ARNOLD, Arnold: Wiener Weinwanderwege, Wien: Deuticke 1996
TSCHULK, Herbert: « Weinverfälschung in alter Zeit », in: Wiener Geschichtsblätter 40 (1985), S. 119 ff.
TSCHULK, Herbert: Wein und Weinhandel im Wiener Raum im Hoch- und Spätmittelalter (Prüfungsarbeit IföG, 1983)
Herbert Tschulk: « Weinbau im alten Wien ». In: Wiener Geschichtsblätter 37 (1982), Beiheft 7
Elisabeth Lichtenberger, Die Wiener Altstadt. Wien: Deuticke 1977
Hans Pemmer: Schriften zur Heimatkunde Wiens. Festgabe zum 80. Geburtstag. Hg. von Hubert Kaut. Wien [u.a.]: Jugend & Volk 1969 (Wiener Schriften, 29), S. 103 f. (Weinverfälschung)Paul Harrer-Lucienfeld: Wien, seine Häuser, Geschichte und Kultur. Band 2, 2. Teil. Wien, 1952 (Manuskript im WStLA), S. 307 f.
Leopold Schmidt: Wiener Volkskunde. 1940, S. 56 f. (Weinlese)
Statistisches Handbuch für den Bundesstaat Österreich 17 (1937), Wien: Österreichische Staatsdruckerei 1937
Albert Elmar: « Ottakring und der Wein ». In: Geschichte der Stadt Wien 4, S. 104 ff.
Geschichte der Stadt Wien. Hg. vom Altertumsverein zu Wien. Wien: Holzhausen 1897-1918, Bände 2/2 und 4

Heuriger Weinbau Maria Grötzer, Nußdorf, photo droits réservés

 quelques (bonnes) adresses de vignerons viennois :
www.zumberger.wien

bioweingutlenikus.at

www.wienwein.at

www.weinstrauch.at

www.wieninger.at

www.weinbauobermann.at

Peintres du Danube : Emil Jakob Schindler (1842-1892), peintre de la lumière et de ses reflets

Emil Jakob Schindler, blanchisseuse sur la rive du Danube, huile sur bois, 1868

   E. J. Schindler fait la connaissance lors d’un séjour à Milan du peintre paysagiste allemand Albert Zimmermann (1808-1888), professeur à l’Académie de Milan puis à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne où son disciple le suit en 1859. Zimmermann ne tarde pas à discerner son talent. Il l’emmène avec lui dans les montagnes de Bavière, à Ramsau dans le massif du Dachstein… C’est dans ces paysages alpins que s’éveille la profonde sensibilité de Schindler pour la forêt et les éléments de la nature. Après la démission de Zimmermann, le jeune artiste se perfectionne en étudiant la peinture paysagiste néerlandaise du XVIIe siècle, la peinture de l’École de Barbizon et tombe sous le charme de Charles-François Daubigny (1817-1878), qui expose à Vienne au début des années 70. Le peintre qui fait face à des difficultés financières se rend avec l’aide de son mécène en Dalmatie en 1874 puis  aux Pays-Bas en 1875 en compagnie de la peintre viennoise Tina Blau-Lang (1845-1916) avec laquelle il partage un atelier pour les mois d’été dans l’un des bâtiments du Prater de l’Exposition universelle (1873). Malade, sa situation financière ne s’améliorera qu’à partir de 1881 grâce à l’obtention du Reichel-Preis décerné par l’Académie des Beaux-Arts.

E. J. Schindler, scène du Prater, 1872, collection privée

Schindler visite à Munich la première exposition internationale d’art y découvrant des peintures de Gustave Courbet, Camille Corot (1791-1975)  et s’installe dans le parc du Prater en 1869 où l’atmosphère matinale des prairies et forêts alluviales sous la brume est pour lui une puissante source d’inspiration, à l’image de ce que Ville-d’Avray a représenté pour Camille Corot à la fin de sa vie. Il participe à l’Exposition de Vienne en 1873. Il passe ensuite les mois d’été de 1881 à 1884 en compagnie de sa famille et de son élève Karl Moll (1861-1945) à Bad Goisern (Haute-Autriche) puis, à partir de 1885, s’installe comme locataire au château de Plankenberg, une propriété d’une des branches de la famille Liechstenstein située près de Neulengbach (Basse-Autriche).

E. J. Schindler, Lune montante sur les prairies alluviales du Prater, huile sur toile, 1877, collection de la galerie du Belvédère de Vienne

Une petite colonie d’artistes se forme autour de lui avec ses élèves Carl Moll qui épousera trois années après la mort du peintre la veuve d’E. J. Schindler, la cantatrice d’origine allemande et mère d’Alma Mahler ( ), Anna Sofie Bergen (1857–1938), Olga Wisinger-Florian (1844-1926), Marie Egner (1850-1940), Eduard Zetsche (1844-1927) et Theodor Hörmann von Hörbach (1840-1895). Les lieux semblent avoir fait une forte impression sur sa fille Alma alors enfant : « Le château était pour moi plein d’horreur, de légendes et de beauté. On disait qu’un fantôme rôdait, nous, les enfants, en avions peur des nuits entières. Au milieu du grand escalier, un autel trônait dans une petite chapelle, et mon père y trouva une madone en bois et des chandeliers baroques dorés. L’autel était entouré de fleurs et n’était bien sûr jamais utilisé ; il n’était là que pour la beauté ».

E. J. Schindler, Chasse au canard dans le Prater, huile sur toile, 1884, collection de la galerie du Belvédère de Vienne

   En 1887/88, il retourne en Dalmatie, visite Corfou et participe avec quatre de ses tableaux (achevés en 1889) à l’aménagement du nouveau Musée d’Histoire Naturelle de la capital impériale. Nommé membre d’honneur de l’Académie des Beaux-Arts de Vienne en 1888 (le peintre n’obtiendra curieusement jamais de poste de professeur dans cette même Académie des Beaux-Arts !), il reçoit deux ans plus tard la médaille d’or de l’État impérial austro-hongrois. Une exposition au Künstlerhaus de Vienne présente pour la première fois un grand nombre de ses peintures.

E. J. Schindler portrait

Portrait d’E. J. Schindler

   Ses premières études de la nature font référence au réalisme de Ferdinand Georg Waldmüller (1793-1865). Sa peinture qualifiée d’impressionnisme d’ambiance se situe délibérément à l’opposé de la peinture alpine académique «officielle» héroïsée, romantisée, grandiloquente et figée de l’époque. Sa volonté est d’abord de fixer l’essence des choses et non pas de se contenter de refléter leur apparence réelle et vide de sens. Il parvient à rendre et à transmettre dans ses oeuvres une impression globale du motif, de l’instant de la journée, de l’atmosphère, de la lumière et des conditions météorologiques qui sont presque comme exacerbé dans l’environnement du fleuve. Son influence sur la peinture viennoise de paysages s’est prolongée jusqu’au XXe siècle.

E. J. Schindler, huile sur carton, 1892, collection privée

Dans ses oeuvres de peintre paysagiste, E.J. Schindler transmet une manière très personnelle de vivre et de ressentir la présence de la nature, sans imposer sa technique picturale à ses élèves. Ses motifs préférés ont été les plaines alluviales du Danube, le parc du Prater avec ses arbres immenses et ses pièces d’eau, la Forêt viennoise, la région de la Wachau…
Le peintre décède en 1892 à l’âge de cinquante ans lors d’un séjour de convalescence en Allemagne sur l’île de Sylt (Frises du nord) et est inhumé au Zentralfriedhof (cimetière central) de Vienne comme tant d’autres personnalités artistiques autrichiennes.

E. J. Schindler par Edmund Hellmer (1895), Stadtpark  (parc municipal) de Vienne, photo droits réservés

À l’initiative de Carl Moll, un monument en marbre dédié au peintre est réalisé en 1895 par un de ses proches, Edmund Hellmer (1850-1935) et installé dans le parc municipal de Vienne. C’est à ce même sculpteur autrichien, auteur également du tombeau d’E. J. Schindler au cimetière central de Vienne que l’on doit encore le monument dédié à Johann Strauss dans le même parc municipal de la ville et qui attire tant d’admirateurs du compositeur.

Galerie autrichienne du Belvédère
www.belvedere.at/en/museum

Eric Baude pour Danube-culture, octobre 2022, © droits réservés

Emil Jakob Schindler, débarcadère des bateaux à vapeur sur le Danube près de Kaisermühlen, galerie du Belvédère, Vienne, vers 1872

Maria am Gestade, (Notre-Dame-du-Rivage), église des bateliers et des pêcheurs du Danube

 Les grands travaux de régulation et d’aménagement du fleuve, la construction du Donaukanal (Canal du Danube) et les importantes rénovations urbaines au XIXe siècle ont bousculé la physionomie du premier arrondissement de la capitale autrichienne. L’emplacement originel de l’église dominait le bras du Danube qui traverse la ville. Son clocher a ainsi longtemps servi de point de repère pour les bateliers qui en firent aussi, avec les pêcheurs, jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle, un de leurs lieux de pèlerinage favoris. L’église garde encore dans son nom l’écho de son lien privilégié avec le fleuve et la navigation.

C. Pekarek, Maria am Gestade, 1928

Un sanctuaire à l’histoire mouvementée

   Il n’est pas impossible que la première chapelle chrétienne ait été construite à cet emplacement sur le site d’un sanctuaire romain. Des fouilles archéologiques ont permis de retrouver sur les lieux des vestiges de l’antiquité romaine.
   Certaines sources font remonter la fondation du sanctuaire à l’an 880. Madalvin, alors évêque de Passau, aurait confié à un moine du nom d’Alfied le soin d’ériger un petit édifice religieux. Celui-ci devient ensuite la propriété de moines écossais et irlandais peu après la fondation par ces derniers de la Schottenstift (Abbaye écossaise) en 1160. C’est à cette époque qu’il est fait mention pour la première fois d’une chapelle sur le site de l’église actuelle.
   Un important incendie ravage Vienne en 1262. L’édifice n’est pas épargné. Il sera reconstruit une dizaine d’années plus tard. La chapelle entre en possession de la famille von Greif (vers 1330) qui fait reconstruire intégralement le choeur en style gothique flamboyant, peut-être l’intention d’en faire un caveau familial.

Le choeur, l’autel et les vitraux, photo © Danube-culture, droits réservés

   Si le chœur est achevé en 1367, la construction du clocher n’en est qu’à ses commencements. L’église change encore une fois de propriétaire en 1391. Son nouveau maître, le Freiherr (baron) Hans von Liechtenstein-Nikolsburg (vers 1340-1398), souhaite donner à ce sanctuaire une importance qu’il n’avait pas encore. Il choisit un architecte renommé : Michael Knab, dit Maître Michael (vers 1340/1350-ap. 1399).

L’autel, photo © Danube-culture, droits réservés

   Maître Michael Knab, originaire de Wiener Neustadt, est l’architecte attitré du duc Albrecht d’Autriche III (1349-1395) pour lequel il a dessiné les plan du château de Laxenbourg. Il a aussi réalisé la tour sud de la cathédrale Saint-Étienne. C’est un architecte déjà expérimenté que le Freiherr von Liechtenstein-Nikolsburg a sollicité pour dessiner les plans de la nouvelle nef de Maria am Gestade en remplacement de l’ancien bâtiment de 1276 et poursuivre l’édification du clocher.

Détail de l’autel, photo © Danube-culture, droits réservés

 De nombreuses contraintes s’imposent. Le côté sud de la rue de Passau est déjà construit et l’escarpement au Nord et à l’Ouest limite l’espace constructible. Non seulement la nef ne pourra pas être plus longue que le chœur (l’une et l’autre parties de l’édifice sont de taille égale) mais elle devra même être plus étroite. À cela s’ajoute le caractère accidenté du terrain où il faut également tenir compte des ruines du rempart de l’époque romaine ainsi que de la nécessité d’opérer un coude pour agrandir l’église. L’architecte compensera en hauteur ce qui manque en largeur. En témoigne le caractère surprenant des proportions du bâtiment, encore accentué par sa situation en surplomb ; la nef s’élève à 33 mètres de haut pour une largeur de seulement 9, 7 mètres.

La flèche en pierre ajourée du clocher heptagonal, photo © Danube-culture, droits réservés

   La construction de la nef dure de 1394 à 1414. L’érection du clocher heptagonal se poursuivra jusqu’en 1417. Il est surmonté d’une extraordinaire flèche en pierre ajourée, chef d’œuvre du gothique flamboyant autrichien. Le chiffre sept correspond aux sept douleurs de la Vierge Marie.

Le couronnement de Marie, 1460, photo Danube-culture, droits réservés

 

L’annonciation faite à Marie, 1460, photo Danube-culture, droits réservés   

Les deux panneaux peints du choeur, oeuvres anonymes datant de 1460, représentent le couronnement de Marie à droite et l’autel de l’Annonciation à gauche. Sur la face arrière du premier panneau se trouve une représentation de la Cruxifixion et sur le second le Mont des Oliviers. L’influence du style flamand, en particulier dans la représentation des étoffes et la richesse des coloris, est bien visible. On remarquera la nuée d’anges qui entoure la vierge, chacun avec sa personnalité propre, tous d’une grâce remarquable. Certains jouent d’un instrument de musique quand d’autres portent simplement la robe de Marie ou en rectifient un pli.

 Les vitraux ouvrent l’édifice à la lumière. Les quatre superbes vitraux de l’abside de Maria am Gestade ont été reconstitués à partir d’éléments originaux des XIVe et XVe siècles.
   Dans le chœur et la nef, adossées aux piliers dans la partie droite de la nef, près de la chapelle Saint-Clément, se tiennent la statue de l’archange Gabriel et une statue de Marie (vers 1350). Les reliefs du portail d’entrée dans le chœur représentent la Vierge protectrice et son couronnement. Le tympan du portail Ouest, au-dessus du grand escalier, représente les deux apôtres Jean. Au-dessus on remarque un baldaquin de pierre dont la pointe renvoie à celle qui surmonte la dentelle de pierre du clocher, contribuant ainsi à l’unité architecturale de l’église.

Le choeur et la nef centrale, photo © Danube-culture, droits réservés

   La paroisse restera prospère pendant la Renaissance. En témoigne la présence, exceptionnelle à Vienne, d’éléments de style Renaissance dans l’église, le superbe buffet d’orgue (1515) et, dans une chapelle attenante, un précieux petit autel de pierre (1520), avec le nom de son commanditaire, Johann Perger.
   En 1683, les bombardements des armées ottomanes lors du siège de Vienne, n’épargnent pas l’église dont le clocher, détruit, sera reconstruit cinq ans plus tard.
   Maria am Gestade, qui est rattachée à l’évêché de Passau en 1409, reste la propriété des princes-évêques de Passau jusqu’en 1784. Avec la sécularisation de l’ancienne principauté ecclésiastique de Passau par l’empereur Joseph II, elle devient la propriété de l’État autrichien. Délabrée, servant d’entrepôt, l’église tombe en ruine. Joseph II envisage même sa destruction mais seul le coût d’une telle opération l’en dissuade. François Ier de Habsbourg (1768-1835) rouvrira l’église au culte et la confie à l‘ordre du Très Saint Rédempteur en 1820.
   L’église fera alors l’objet d’importants travaux qui se poursuivront jusqu’au premier tiers du XXe siècle. Le chœur est doté d’un maître-autel néo-gothique intégrant quelques éléments d’inspiration baroque. Les mosaïques et les statues qui surplombent le portail ouest datent de cette même époque.
   Le bras du Danube est aménagé en canal lors de la régulation du fleuve dans les années 1870. Des immeubles sont édifiés sur ses rives, enserrant peu à peu Maria am Gestade comme dans un étau. La construction d’un grand escalier devant l’église allège la pesanteur de l’environnement architectural.
   Du fait de la présence des reliques de saintClément Marie Hofbauer, d’origine morave, Maria am Gestade est l’église de la communauté tchèque de Vienne tout comme celle de la communauté française. 

Sources :
Wolfgang J. Bandion, Steinerne Zeugen des Glaubens. Die Heiligen Stätten der Stadt Wien, Wien,Herold, 1989

Felix Czeike, Wien, Kunst und Kultur-Lexikon, Stadtführer und Handbuch, München, Süddeutscher Verlag, 1976
Felix Czeike, Wien, Innere Stadt, Kunst-und Kulturführer, Jugend und Volk, Ed. Wien, Dachs-Verlag, Wien, 1993
Carl Dilgskron, Geschichte der Kirche unserer lieben Frau am Gestade zu Wien, 1882, Dom-und Diözesanmuseum (Katalog 1987)
Franz Eppel, Die Kirche Maria am Gestade in Wien, Salzburg, 1960
Rudolf Geyer, Handbuch der Wiener Matriken, Ein Hilfswerk für Matriken-Führer und Familienforscher,Verlag d. Österr. Inst. für Genealogie, Familienrecht und Wappenkunde, Wien, 1929
Gustav Gugitz, Bibliographie zur Geschichte und Stadtkunde von Wien, Hg. vom Verein für Landeskunde von Niederösterreich und Wien, Band 3 : « Allgemeine und besondere Topographie von Wien », Jugend & Volk, Wien 1956
P. Josef Löw, Maria am Gestade, Ein Führer, Wien, 1931
Alfred Missong, Heiliges Wien, Ein Führer durch Wiens Kirchen und Kapellen, Wiener Dom-Verlag, Wien, 1970
Richard Perger, Walther Brauneis, « Die mittelalterlichen Kirchen und Klöster Wiens »Zsolnay (Wiener Geschichtsbücher, 19/20), Wien, 1977
Richard Perger, « Ein Marienaltärchen von 1494 aus der Kirche Maria am Gestade in Wien », In Österreichische Zeitschrift für Kunst und Denkmalpflege, Hg. vom Österreichischen Bundesdenkmalamt, Horn-Wien, Berger / Wien-München, Schroll, 1970
Alfred Schnerich, Wiens Kirchen und Kapellen in kunst- und kulturgeschichtlicher Darstellung, Zürich -Wien, Amalthea 1921
Communauté catholique française de Vienne
www.ccfv.at
Site de la cathédrale saint-Étienne de Vienne
www.stephanskirche.at

Danube-culture © droits réservés, mis à jour août 2022

Matthias Feldmüller (1770-1850), « l’amiral du Danube », maître batelier autrichien

Matthias Feldmüller, portrait de Ferdinand Georg Waldmüller (1793-1865)

Matthias Feldmüller nait dans la petite ville d’Ybbs sur le Danube (rive gauche) en 1770. Son père, issu de la bourgeoisie locale, meurt quand l’enfant est encore jeune. Sa mère se remarie avec un batelier du nom de Rosenauer. Celui-ci reconnait les capacités du jeune homme et lui donne rapidement l’occasion de faire ses preuves en tant que batelier en participant à des convoyages difficiles. Le jeune Matthias, à peine âgé de quinze ans, fait preuve d’une redoutable habileté et manoeuvre seul des barges sur le Danube, un fleuve encore sauvage à cette époque et bien plus dangereux qu’aujourd’hui en raison de la présence de nombreux rapides, de tourbillons et de remous comme ceux de Grein.
Il épouse Éleonore Freytag, fille d’un maître batelier de Linz, avec laquelle il vit en Strudengau à Freyenstein (Freienstein) sur la rive droite (aujourd’hui sur la commune de Neustadl an der Donau). Il fonde sa propre société de transport fluvial. Les bateliers étaient des entrepreneurs en logistique et se chargeaient du transport commercial et aussi parfois de passagers sur le Danube avec leur flotte de bateaux (différentes Zille). Ils possédaient un personnel chargés de transporter les marchandises ainsi que des équipages de chevaux pour haler (à certaines périodes de l’année) les bateaux vers l’amont ce qui représentait une tâche considérable et fastidieuse comportant une part de risques considérables pour les hommes comme pour les animaux.
En 1790, Matthias Feldmüller fait preuve d’un engagement particulièrement important pour la maison impériale en tant que transporteur lors de la dernière guerre avec l’empire ottoman pendant laquelle l’Autriche est l’alliée de la Russie1. Il convoie par bateaux des provisions et de la poudre jusqu’à Belgrade. L’empereur Léopold II de Habsbourg (1747-1792) le remercie et le décore pour l’accomplissement de ces missions périlleuses.
Il réussit ensuite avec le soutien d’une de ses parente, également maitresse-batelière (Rosenauer), à fonder en 1801 une nouvelle entreprise de transport fluvial à Persenbeug, la développe, y joint un chantier naval d’où sortent plus de quarante bateaux par an et assure avec sa flotte le transport de marchandises de l’Allemagne (Regensburg) jusqu’au fin fond de la Hongrie.

Le château de Persenbeug et le Danube en 1826, gravure d’après une peinture de Jacob Alt (1789-1872)

Le village de Persenbeug (étymologie) et le Danube sont dominés depuis le Moyen-âge par un château, une des propriétés qui a déjà appartenu à la famille des Habsbourg jusqu’à la fin du XVIe siècle. Il est racheté par l’empereur François II de Habsbourg en décembre 1800.  Le souverain y passe plusieurs étés et entre en contact avec M. Feldmüller, qui se montrera envers lui d’une grande loyauté et d’une aide précieuse lors des deux campagnes d’Autriche de Napoléon.
En 1805, alors que les troupes impériales autrichiennes sont battues à Ulm et font retraite sur Vienne, une armée russe alliée commandée par le général Mikhaïl Illarionovitch Koutouzov (1745-1813) entreprend d’arrêter les troupes napoléoniennes en chemin pour la capitale impériale à la hauteur de la Wachau. Toutes les embarcations des bateliers et maîtres de bateaux  de la région ont été réquisitionnées par les troupes françaises pour leur permettre de traverser le Danube en toute sécurité. Matthias Feldmüller est lui aussi contraint d’accepter mais il ordonne à ses bateliers de naviguer le plus lentement possible afin de retarder l’avancée des armées napoléoniennes et de donner du temps à son adversaire autrichien. Selon les journaux de l’époque, c’est M. Feldmüller en personne qui aurait demandé à un chasseur local d’indiquer aux soldats de Koutouzov, un sentier pour prendre les troupes napoléoniennes à revers avant la bataille d’Unter et Oberloiben près de Dürnstein (rive gauche) remportée par les armées russes.
Selon le Kremser Zeitung (Journal de Krems) de 1893, M. Feldmüller arrive à Vienne en 1809 avant l’arrivée des armées françaises et transporte avec ses bateaux les réserves de poudre stockées dans les douves de la ville vers l’armée de l’archiduc Charles d’Autriche (1787-1847) stationnée dans la région proche du Marchfeld (rive gauche), faisant passer ses barges sous le Franzbrücke (pont François) déjà en feu, en direction des prairies alluviales du Danube et mettant sa propre vie en danger.

Plan de Vienne (partie) 1809

Partie d’un plan historique de Vienne avec le Prater et l’ancien bras du Danube, aujourd’hui le canal du Danube, 1809. Le « Franzbrücke » (Pont François) est le premier pont à gauche sur le bras du Danube. Il relie le Prater à Vienne. « Grundriß der Haupt- und Residenzstadt Wien », Wien: J.V.Degen 1809 – Historischer Stadtplan von Wien nach der zweiten Häuserzählung 1795″.

Son entreprise compte parmi les plus grandes de la monarchie des Habsbourg. Le « Journal du Danube » de 1860 écrit qu’au plus fort de son activité, 1000 bateaux de sa compagnie naviguent vers l’aval et 500 remontent vers l’amont chaque année. Plus de 1000 employés et chevaux sont placés sous sa direction. M. Feldmüller qui s’est fait construire une maison de maître batelier à Persenbeug possède aussi une habitation/magasin dans le quartier viennois de Leopoldstadt, au numéro 560. L’ancienne adresse « An der Holzlagergestätten » se situerait aujourd’hui « Untere Donaustrasse 37 », au coin de la rue Fruchtgasse.
L’empereur François Ier, avec lequel il nouera d’excellentes relations qu’il accompagnera parfois lors de ses promenades et sauvera son fils l’archiduc Ferdinand (1793-1875) de la noyade distingue le batelier pour ses mérites. Le célèbre peintre de l’époque Biedermeier, Ferdinand Georg Waldmüller (1793-1865) réalise son portrait. Cet artiste est régulièrement l’hôte de l’empereur dans son château de Persenbeug et celui-ci lui demande de peindre « l’amiral du Danube » en compagnie de son épouse. Un des portraits de M. Feldmüller peint par Waldmüller appartient à la collection des princes Lichtenstein. Le batelier y porte un frac et un chapeau rouges, ressemblant à un uniforme, à la manière d’un amiral. M. Feldmüller refusera par contre d’être anobli  : « Je crois que je peux très bien représenter un maître de bateau compétent, mais très mal un gentilhomme ».
M. Feldmüller qui fit de Persenbeug le grand centre de la logistique fluviale danubienne était encore un bienfaiteur et un mécène. Lorsque le 12 juin 1837, le premier bateau à aubes « Maria Anna » passe devant Persenbeug en remontant le fleuve vers Linz, le maître batelier, âgé de soixante-sept ans, debout sur la rive, aurait marmonner en secouant la tête : « Cela ne pourra pas durer ! »

Le Maria-Anna en 1837, Maria Anna, premier bateau à vapeur de la compagnie D.D.S.G. à assurer la liaison entre Vienne et Linz.

Matthias Feldmüller meurt à Persenbeug le 28 mars 1850. Une rue de la petite ville porte son nom. Père de dix enfants, il laisse sa maison de Vienne à son fils prénommé Matthias, marchand de bois qui sera aussi gérant du canal de Wiener Neustadt. Selon Ferdinand Kisch, la famille Feldmüller possédait également en 1831 la maison au n° 6 de la Kettenbrückengasse, maison où Franz Schubert était décédé en 1828.

Eric Baude pour Danube-culture, droits réservés, août 2022

Notes :
1 L’Autriche entre en guerre contre l’Empire ottoman en février 1788. Ses armées assiègent et prennent Belgrade en 1789. Le Traité de paix de Sistova (aujourd’hui en Bulgarie, sur la rive droite du Danube) est conclu entre l’Empire ottoman le 4 août 1791 et l’Autriche. L’Autriche renonce à garder Belgrade mais obtient Orşova (rive gauche), point frontière avec une quarantaine dans les Portes-de-Fer. 

Waluliso : souvenir d’un apôtre de la paix viennois

Sous le slogan « De l’eau, de l’air, de la lumière et du soleil » Waluliso, abréviation allemande de Wasser (eau), Luft (air), Licht (lumière) et Sonne (soleil), de son vrai nom Ludwig (Wickerl) Weinberger (1941-1996), un sympathique, pacifique et original personnage de l’espace public viennois des années 70-80, a soutenu l’idée d’une passerelle permettant d’accéder depuis l’Ile du Danube (Donauinsel) à l’Ile aux cerfs (Hirscheninsel), territoire connu sous le nom d’île de la Lobau, aujourd’hui inclus à la fois dans le quartier viennois de Donaustadt et dans le périmètre du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes, et à l’espace informel de détente et de pratique de la « FKK » (Freikörperkultur ou la culture de la liberté corporelle), une forme de naturisme. Son initiative récoltera le soutien de 10 000 signatures.
À partir des années 1980, on rencontre Waluliso dans le centre-ville de Vienne, plus particulièrement sur la place Eisenplatz, vêtu parfois à la romaine d’une toge, pieds nus, le front cerné d’une couronne de feuilles, s’adressant aux passants et prêchant en tant qu’apôtre autoproclamé de la paix.

La passerelle Waluliso sur le Nouveau Danube inaugurée en 1998 et très appréciée des Viennois (photo : Manfred Werner/Tsui – CC by-sa 4.0)

Exauçant peu de temps après sa mort en 1996 un des voeux de Waluliso, la municipalité de Vienne a inauguré en 1998, aux environs de la centrale hydroélectrique de Freudenau, une passerelle flottante démontable sur le Nouveau Danube accessible aux cyclistes et aux piétons de 160 m de long sur 3 m de large. Elle relie d’avril à fin octobre l’île du Danube au quartier de Donaustadt et à la Lobau. Elle porte le nom de « Passerelle Waluliso ».
Waluliso est enterré au cimetière central (Zentralfriedhof) de Vienne.

La tombe de Ludwig Wickerl Weinberger alias Waluliso au cimetière central de Vienne (photo Helene Huss-Trethan)

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, mis à jour mars 2022

Vienne ou l’art subtil de boire le café…

« Dans cette position critique qui se prolongea pendant soixante jours, les assiégés n’eurent que sept fois des nouvelles de l’armée impériale et l’espoir d’une prochaine délivrance. Les premières leur furent apportées le septième jour du siège par un marinier venu à la nage du camp du duc de Lorraine (21 juillet 1683). Le second messager qu’ils virent arriver fut Jacques Haider, domestique du résident impérial, M. de Khunitz, qui était retenu prisonnier au camp turc avec l’ambassadeur polonais Proski, tandis que l’internonce Caprara était envoyé sous bonne escorte à Tulln. Comme il voulait s’en retourner en qualité d’exprès, sa demande éveilla les soupçons et il fut mis en état d’arrestation ; cependant, il réussit plus tard à quitter le camp et à apporter pour la seconde fois des nouvelles aux assiégés. La même tâche fut entreprise avec succès par le lieutenant Grogorowitz (9 août 1683) et par le polonais François Koltschitzky de Szombor (13 août 1683), ancien interprète de la compagnie orientale de commerce, homme de ressources et de résolution, qui traversa le camp ottoman avec son domestique, en chantant des couplets en langue turque ; parvenu ainsi jusqu’à Nussdorf, où des bateliers le transportèrent au camp impérial, il revint trois jours après, non sans avoir couru les plus grands dangers. Son domestique accomplit encore deux fois cette périlleuse mission avec le même bonheur1. En récompense d’un tel service, l’interprète de la compagnie orientale obtint, après la délivrance de Vienne, l’autorisation d’ouvrir le premier café qui a été établi dans cette capitale, car la grande quantité de café qu’on trouva dans le camp ottoman en fit importer l’usage à Vienne et cette ville eut pour premier cafetier le Polonais Koltschitzky2 , surnommé le frère Coeur, parce qu’il avait coutume de saluer par cette dénomination familière les habitués de son établissement. Toutes les fois que les messagers servant d’intermédiaires entre le camp et les assiégés arrivaient heureusement au terme de leur voyage, on tirait un certain nombre de fusées du haut de la tour Saint-Étienne, et, lorsque l’armée impériale arriva enfin pour délivrer la place, un semblable signal répondit du haut des montagnes dites Hermann et Calenberg, au feu de joie allumé à cette occasion. »
Joseph de Hammer (1774-1856), Histoire de l’Empire ottoman, depuis son origine jusqu’à nos jours, traduit par J. J. Hellert, Bellizard, Paris 1836

   Déguisé à l’orientale, celui-ci traversa incognito les lignes ennemies et put solliciter le secours de troupes catholiques placées sous le commandement du roi de Pologne, Jean III Sobieski (1629-1696), qui mirent en déroute les assiégeants turcs. En récompense, Koltschitzky, outre l’obtention de la nationalité autrichienne et de deux cents ducats, reçut à sa demande, les cinq cents sacs de café abandonnés par les soldats turcs dans leur débandade. Ces précieux « grains à chameaux » avait été en grande partie transportés d’abord par des caravanes puis sur le Danube par bateaux jusqu’aux environs de Vienne depuis les lointains territoires moyen-orientaux. Koltschitzky aurait aussi été autorisé à ouvrir à la fin du XVIIe siècle le premier café de Vienne, établissement qui portait le nom d’ « À la bouteille bleue » !

« À la bouteille bleue », premier café de Vienne ? 

   Voilà pour l’histoire et la légende ! Une autre version, peut-être plus proche de la vérité prétend que ce serait un arménien du nom de Johannes Diodato qui serait à l’origine du premier café viennois dans la ville. C’est celle que raconte volontiers les Viennois quant à l’origine de leur passion pour ce breuvage qui fait évidemment partie, depuis cette époque, de leur identité. Koltschitzky a d’ailleurs sa statue et sa rue à Vienne.

Franz Georg Koltschitzky (1640-1694), gravure anonyme, 1720

   Les premiers établissements à servir ce breuvage exotique étaient de taille modeste et se reconnaissaient à leur enseigne qui représentait un Turc avec une cafetière à la main.

« À peine avait-on conclu la paix avec l’ennemi héréditaire que les Viennois commencèrent à établir leur bazar, à construire des poêles et à préparer une boisson asiatique en utilisant une eau noble et pure. On put ainsi voir surgir dans toutes les ruelles et à tous les coins de rue un « turc » moulu et un poêle à charbon. »
D’après un rapport de l’époque, cité par G.H. Oberzil.

La ronde savoureuse des cafés traditionnels viennois :
-Le « Schwartz », un café noir (ou moka), servi traditionnellement sur un petit plateau argenté avec un verre d’eau. la petite cuillère est posée en équilibre sur le haut du verre. Le « Schwartz » se boit soit « ganz kurz » (serré) ou « verlängerter » c’est-à dire allongé
-Le « Melange  » (prononcez « Mélanche ! »), moitié café et moitié lait.
-Le « Kapuziner » est un mélange auquel on rajoute une goutte de crème.
-Le « Dunklen » est un mélange auquel on rajoute deux gouttes de crème
-Le « Braunen » est un mélange auquel on rajoute trois gouttes de crème !
-Le « Schale Gold » est un mélange plus clair aux couleurs dorées.
-Le « Kaffee verkehrt » est un café renversé qui contient plus de lait que de café.
-L’ « Einspanner », l’équivalent du café viennois français, est un café noir servi dans un verre avec une dose copieuse de crème fouettée.
-Le « Franziskaner » est un mélange recouvert de crème fouettée.
-L’ « Eiskaffee » est un café noir froid sur deux boules de glace à la vanille, le tout recouvert de crème fouettée.
-Le « Kaiser Melange » est un café éclairci avec un jaune d’oeuf.
Le « Fiaker » est un café noir avec quelques gouttes de rhum. Une boisson appréciée des cochers pour se réchauffer l’hiver et patienter d’où son nom.
-Le « Türkischer » est un café traditionnel turc.

   Un musicien du prestigieux « Wiener Philharmoniker » (Orchestre philharmonique de Vienne) avait quant à lui pour habitude de demander un café « durch kaltes Obers », c’est-à-dire recouvert de crème fouettée glacée ce qui rendait la préparation extrêmement délicate. On peut satisfaire à Vienne toutes les envies de café, même les plus excentriques !  

« Dans le petit café de Hernals
Il suffit de deux Mokkas
Pour être heureux
Toute une journée… »
Chanson viennoise

« Tu as des soucis quels qu’ils soient ? Vas au café !
Pour raison quelconque, toute plausible qu’elle soit, elle ne peut venir chez toi ? Vas au café !
Tu as des bottes déchirées ? Vas au café !
Tu as quatre cents couronnes de salaire et en dépenses cinq cents ? Vas au café !
Tu es, comme il sied, économe et ne t’offres rien ? Vas au café !
Tu n’en trouves aucune qui te convienne ? Vas au café !
Tu es au fond de toi-même au bord du suicide ? Vas au café !
On ne te fait plus crédit nulle part ? Vas au café ! »
Peter Altenberg (1859-1919), Kaffeehaushymne

Le Café Central à sa grande époque, 1935, collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

   De nombreux intellectuels et artistes, Hugo von Hofmannsthal, Arthur Schnitzler, Karl Krauss, Joseph Roth, Elias Canetti, Alfred Polgar, Felix Salten, Richard Beer-Hofmann, Hermann Broch, Robert Musil, Franz Werfel, Leo Perutz, Hermann Bahr, Franz Kafka, Sigmund Freud, Gustav Klimt, Egon Schiele, Gustav Malher, l’architecte Adof Loos, auteur du Museum Kaffee, Léon Trotsky, Theodor Herzl…, fréquentèrent assidument les cafés de la capitale impériale durant de nombreuses années contribuant largement à leur réputation. Les femmes n’y étaient tout d’abord autorisées qu’accompagnées ! Des célébrités, des hommes politiques ou écrivains encore inconnus se retrouvaient aux cafés Griensteidl, Zentral, Herrenhof, Hawelka ou ailleurs. Il y avait bien évidemment aussi des cafés dans le parc du Prater.  On y faisait ou refaisait le monde, on y préparait des révolutions (dont peut-être celle de 1848) et peut-être aussi des contre-révolutions. Le mouvement Jung-Wien a eu son siège permanent au café Central. Chaque établissement avait sa palette de journaux et de revues, certains d’entre eux dépensant au quotidien une fortune pour satisfaire ses habitués. Le café Central, propriété des frères Pach, proposait 251 journaux et revues en 1913 ! On fumait (encore jusqu’à il y a peu), on jouait également aux échecs, au billard et on dansait dans certains établissements.
« Rien n’a peut-être autant contribué à la mobilité intellectuelle et à l’orientation internationale de l’Autrichien que cette facilité qu’il avait de se repérer aussi complètement, au café, dans les évènements mondiaux, tout en discutant dans un cercle d’amis. Chaque jour, nous y passions des heures et rien ne nous échappait. »

Stefan Zweig, Le Monde d’hier, Souvenirs d’un Européen, 1941, Belfond, Paris, 1982

À noter que la « Wiener Kaffeehauskultur » est désormais inscrite au patrimoine immatérielle de l’Unesco depuis 2011.

Eric Baude, Danube-culture © droits réservés, mis à jour mars 2022

Le Danube à travers les cartes : l’Atlas Maior de Joan Blaeu (1595-1673)

Cartouche de la carte du D A N V B I U S, FLUVIUS EUROPAE MAXIMUS, A FONTIBVS AD OSTIA, Cum omnibus Fluminibus, ab utroque latere, in illum defluentibus. Le Danube, le plus grand fleuve d’Europe, de la source à l’embouchure avec tous les fleuves qui s’y jettent des deux côtés.

Cette carte du Danube (III/19) avec sa cartouche est singulière à plus d’un point. Alors que la plupart du temps les toponymes sont entourés de figures conventionnelles de divinités et de symboles d’abondance, celui-ci est encadré de personnages réalistes et met en scène le conflit qui opposa l’empereur du Saint Empire Romain Germanique, Charles Quint (1500-1558) à Soliman le Magnifique (1495 ?-1566), sultan de la Grande Porte ou selon d’autres sources, Ferdinand III de Habsbourg (1608-1657) à Mourâd IV (1612-1640). À gauche, l’Empire des Habsbourg est symbolisé par un aigle noir à deux têtes sur un bouclier de couleur jaune et un crucifix tenus par un personnage en retrait de l’empereur. L’empereur chrétien, plutôt dans une attitude défensive, tient l’épée impériale de la main droite et l’orbe impériale dans la main gauche, tous deux symboles du Saint Empire Germanique avec le crucifix. À droite, l’Empire Ottoman est représenté par le sultan Soliman le magnifique, coiffé d’un turban rehaussé de trois plumes colorées qui tient un bouclier de la main gauche et brandit un cimeterre de la main droite. L’attitude est celle d’un conquérant à l’image de Soliman le Magnifique. Non seulement le sultan brandit un cimeterre en direction de Charles Quint mais le personnage qui se tient à ses côtés, apparaissant sous les traits d’une jeune femme tenant une lampe à huile, foule un crucifix sous son pied droit. Au pied de Soliman on voit une salamandre, allusion au fait que le sultan avait trouvé un allié dans le roi de France François Ier ( 1494-1547) dont l’emblème familial était la salamandre.On remarquera également que l’empereur chrétien et le sultan ottoman portent tous les deux la barbe, alors à la mode mais aussi symbole de virilité et de maturité.

Les 6  Bouches du Danube sur la carte du Danube de l’Atlas Maior de Johann Blaeu, 1662

   L’illustration ci-dessus est un détail de la carte du cours du Danube de L’Altas Maior (Danubius, Fluvius Europa Maximus, III 19) centré sur les 6 « embouchures du Danube » dont les noms sont indiqués en latin (Pulchrum ostium, Sacrum ostium…).
Les deux illustrations ci-dessous concernent des détails d’une carte de l’archiduché d’Autriche traversé par le Danube (Austria Archiducatus, III/2) dont l’auteur est… le médecin cartographe et historien autrichien Wolfgang Lazius (1514-1565). Cette carte incorporée à la publication de Johann Blaeu est donc déjà vieille de près d’un siècle lorsque paraît l’Atlas Maior !

Le Danube, Viennne et l’Archiduché d’Autriche, détail, Atlas Maior de Johann Blaeu, 1662

On y voit tout Vienne fortifiée, qui sera encore sous la menace de l’Empire ottoman au XVII siècle (jusqu’en 1683), sur la rive droite du fleuve, un pont en trois partie à la hauteur de la ville qui le traverse et s’appuie sur deux îles. Deux autres ponts permanents (et à péage…) franchissaient le Danube sur le territoire de l’archiduché d’Autriche qui appartenait au Saint Empire Romain Germanique et dont l’empereur était à l’époque de la publication de l’Atlas maior, Léopold Ier de Habsbourg (1640-1705), celui de Mautern, en amont de Vienne et le troisième à la hauteur de Mauthausen, en aval de Linz. Ces deux toponymes proviennent d’ailleurs de la même racine, « Maut », signifiant péage en allemand.

Le Danube et l’Archiduché d’Autriche, détail du cours du fleuve en Haute-Autriche, Atlas Maior de Johann Blaeu, 1662

 Un deuxième détail de cette même carte se situe cette fois à l’ouest de l’Archiduché d’Autriche, à l’endroit où le Danube quitte le duché de Bavière. Sur la droite du fleuve le nom d’une cité, Pariz (!) pourrait indiquer qu’il s’agit de Passau tout en n’étant pas placé correctement c’est-à-dire au confluent de l’Inn avec le Danube. L’échelle graphique est en milles germaniques (1 mille = 7, 4 km). Selon un texte accompagnant cette carte « Les hommes et les femmes de condition se plaisaient, avant et depuis ces dernières guerres, à se vêtir à la française, et même ceux qui se croyaient au rang des honnêtes hommes, s’habillaient le plus qu’ils le pouvaient à la mode de France, mais ceux qui suivent la cour de l’empereur, à cause de l’affection qu’il porte à l’Espagne, se sont ordinairement presque tous vêtus à l’espagnol ».

   Seule la première partie du projet d’édition de l’Atlas Maior initial (9 à douze volumes selon les éditions latines, françaises, néerlandaises, espagnoles et « allemandes ») fut publiée. La deuxième partie qui contenait des cartes des mers et la troisième avec des cartes du ciel ne verront jamais le jour.

« Le Danube, épanchant ses eaux sur les douces pentes et les calmes hauteurs du Mont Abnoba, rend visite à de nombreux peuples, puis se précipite dans le mer Pontique par six bouches : un septième bras se perd dans les marais. »

Publius Cornelius Tacitus (56,-120 ? après J.C.)
Eric Baude, Danube-culture © mars 2022, droits réservés
Retour en haut de page