Waluliso : souvenir d’un apôtre de la paix viennois

Sous le slogan « De l’eau, de l’air, de la lumière et du soleil » Waluliso, abréviation allemande de Wasser (eau), Luft (air), Licht (lumière) et Sonne (soleil), de son vrai nom Ludwig (Wickerl) Weinberger (1941-1996), un sympathique, pacifique et original personnage de l’espace public viennois des années 70-80, a soutenu l’idée d’une passerelle permettant d’accéder depuis l’Ile du Danube (Donauinsel) à l’Ile aux cerfs (Hirscheninsel), territoire connu sous le nom d’île de la Lobau, aujourd’hui inclus à la fois dans le quartier viennois de Donaustadt et dans le périmètre du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes, et à l’espace informel de détente et de pratique de la « FKK » (Freikörperkultur ou la culture de la liberté corporelle), une forme de naturisme. Son initiative récoltera le soutien de 10 000 signatures.
À partir des années 1980, on rencontre Waluliso dans le centre-ville de Vienne, plus particulièrement sur la place Eisenplatz, vêtu parfois à la romaine d’une toge, pieds nus, le front cerné d’une couronne de feuilles, s’adressant aux passants et prêchant en tant qu’apôtre autoproclamé de la paix.

La passerelle Waluliso sur le Nouveau Danube inaugurée en 1998 et très appréciée des Viennois (photo : Manfred Werner/Tsui – CC by-sa 4.0)

Exauçant peu de temps après sa mort en 1996 un des voeux de Waluliso, la municipalité de Vienne a inauguré en 1998, aux environs de la centrale hydroélectrique de Freudenau, une passerelle flottante démontable sur le Nouveau Danube accessible aux cyclistes et aux piétons de 160 m de long sur 3 m de large. Elle relie d’avril à fin octobre l’île du Danube au quartier de Donaustadt et à la Lobau. Elle porte le nom de « Passerelle Waluliso ».
Waluliso est enterré au cimetière central (Zentralfriedhof) de Vienne.

La tombe de Ludwig Wickerl Weinberger alias Waluliso au cimetière central de Vienne (photo Helene Huss-Trethan)

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, mis à jour mars 2022

Vienne ou l’art subtil de boire le café…

« Dans cette position critique qui se prolongea pendant soixante jours, les assiégés n’eurent que sept fois des nouvelles de l’armée impériale et l’espoir d’une prochaine délivrance. Les premières leur furent apportées le septième jour du siège par un marinier venu à la nage du camp du duc de Lorraine (21 juillet 1683). Le second messager qu’ils virent arriver fut Jacques Haider, domestique du résident impérial, M. de Khunitz, qui était retenu prisonnier au camp turc avec l’ambassadeur polonais Proski, tandis que l’internonce Caprara était envoyé sous bonne escorte à Tulln. Comme il voulait s’en retourner en qualité d’exprès, sa demande éveilla les soupçons et il fut mis en état d’arrestation ; cependant, il réussit plus tard à quitter le camp et à apporter pour la seconde fois des nouvelles aux assiégés. La même tâche fut entreprise avec succès par le lieutenant Grogorowitz (9 août 1683) et par le polonais François Koltschitzky de Szombor (13 août 1683), ancien interprète de la compagnie orientale de commerce, homme de ressources et de résolution, qui traversa le camp ottoman avec son domestique, en chantant des couplets en langue turque ; parvenu ainsi jusqu’à Nussdorf, où des bateliers le transportèrent au camp impérial, il revint trois jours après, non sans avoir couru les plus grands dangers. Son domestique accomplit encore deux fois cette périlleuse mission avec le même bonheur1. En récompense d’un tel service, l’interprète de la compagnie orientale obtint, après la délivrance de Vienne, l’autorisation d’ouvrir le premier café qui a été établi dans cette capitale, car la grande quantité de café qu’on trouva dans le camp ottoman en fit importer l’usage à Vienne et cette ville eut pour premier cafetier le Polonais Koltschitzky2 , surnommé le frère Coeur, parce qu’il avait coutume de saluer par cette dénomination familière les habitués de son établissement. Toutes les fois que les messagers servant d’intermédiaires entre le camp et les assiégés arrivaient heureusement au terme de leur voyage, on tirait un certain nombre de fusées du haut de la tour Saint-Étienne, et, lorsque l’armée impériale arriva enfin pour délivrer la place, un semblable signal répondit du haut des montagnes dites Hermann et Calenberg, au feu de joie allumé à cette occasion. »
Joseph de Hammer (1774-1856), Histoire de l’Empire ottoman, depuis son origine jusqu’à nos jours, traduit par J. J. Hellert, Bellizard, Paris 1836

   Déguisé à l’orientale, celui-ci traversa incognito les lignes ennemies et put solliciter le secours de troupes catholiques placées sous le commandement du roi de Pologne, Jean III Sobieski (1629-1696), qui mirent en déroute les assiégeants turcs. En récompense, Koltschitzky, outre l’obtention de la nationalité autrichienne et de deux cents ducats, reçut à sa demande, les cinq cents sacs de café abandonnés par les soldats turcs dans leur débandade. Ces précieux « grains à chameaux » avait été en grande partie transportés d’abord par des caravanes puis sur le Danube par bateaux jusqu’aux environs de Vienne depuis les lointains territoires moyen-orientaux. Koltschitzky aurait aussi été autorisé à ouvrir à la fin du XVIIe siècle le premier café de Vienne, établissement qui portait le nom d’ « À la bouteille bleue » !

« À la bouteille bleue », premier café de Vienne ? 

   Voilà pour l’histoire et la légende ! Une autre version, peut-être plus proche de la vérité prétend que ce serait un arménien du nom de Johannes Diodato qui serait à l’origine du premier café viennois dans la ville. C’est celle que raconte volontiers les Viennois quant à l’origine de leur passion pour ce breuvage qui fait évidemment partie, depuis cette époque, de leur identité. Koltschitzky a d’ailleurs sa statue et sa rue à Vienne.

Franz Georg Koltschitzky (1640-1694), gravure anonyme, 1720

   Les premiers établissements à servir ce breuvage exotique étaient de taille modeste et se reconnaissaient à leur enseigne qui représentait un Turc avec une cafetière à la main.

« À peine avait-on conclu la paix avec l’ennemi héréditaire que les Viennois commencèrent à établir leur bazar, à construire des poêles et à préparer une boisson asiatique en utilisant une eau noble et pure. On put ainsi voir surgir dans toutes les ruelles et à tous les coins de rue un « turc » moulu et un poêle à charbon. »
D’après un rapport de l’époque, cité par G.H. Oberzil.

La ronde savoureuse des cafés traditionnels viennois :
-Le « Schwartz », un café noir (ou moka), servi traditionnellement sur un petit plateau argenté avec un verre d’eau. la petite cuillère est posée en équilibre sur le haut du verre. Le « Schwartz » se boit soit « ganz kurz » (serré) ou « verlängerter » c’est-à dire allongé
-Le « Melange  » (prononcez « Mélanche ! »), moitié café et moitié lait.
-Le « Kapuziner » est un mélange auquel on rajoute une goutte de crème.
-Le « Dunklen » est un mélange auquel on rajoute deux gouttes de crème
-Le « Braunen » est un mélange auquel on rajoute trois gouttes de crème !
-Le « Schale Gold » est un mélange plus clair aux couleurs dorées.
-Le « Kaffee verkehrt » est un café renversé qui contient plus de lait que de café.
-L’ « Einspanner », l’équivalent du café viennois français, est un café noir servi dans un verre avec une dose copieuse de crème fouettée.
-Le « Franziskaner » est un mélange recouvert de crème fouettée.
-L’ « Eiskaffee » est un café noir froid sur deux boules de glace à la vanille, le tout recouvert de crème fouettée.
-Le « Kaiser Melange » est un café éclairci avec un jaune d’oeuf.
Le « Fiaker » est un café noir avec quelques gouttes de rhum. Une boisson appréciée des cochers pour se réchauffer l’hiver et patienter d’où son nom.
-Le « Türkischer » est un café traditionnel turc.

   Un musicien du prestigieux « Wiener Philharmoniker » (Orchestre philharmonique de Vienne) avait quant à lui pour habitude de demander un café « durch kaltes Obers », c’est-à-dire recouvert de crème fouettée glacée ce qui rendait la préparation extrêmement délicate. On peut satisfaire à Vienne toutes les envies de café, même les plus excentriques !  

« Dans le petit café de Hernals
Il suffit de deux Mokkas
Pour être heureux
Toute une journée… »
Chanson viennoise

« Tu as des soucis quels qu’ils soient ? Vas au café !
Pour raison quelconque, toute plausible qu’elle soit, elle ne peut venir chez toi ? Vas au café !
Tu as des bottes déchirées ? Vas au café !
Tu as quatre cents couronnes de salaire et en dépenses cinq cents ? Vas au café !
Tu es, comme il sied, économe et ne t’offres rien ? Vas au café !
Tu n’en trouves aucune qui te convienne ? Vas au café !
Tu es au fond de toi-même au bord du suicide ? Vas au café !
On ne te fait plus crédit nulle part ? Vas au café ! »
Peter Altenberg (1859-1919), Kaffeehaushymne

Le Café Central à sa grande époque, 1935, collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

   De nombreux intellectuels et artistes, Hugo von Hofmannsthal, Arthur Schnitzler, Karl Krauss, Joseph Roth, Elias Canetti, Alfred Polgar, Felix Salten, Richard Beer-Hofmann, Hermann Broch, Robert Musil, Franz Werfel, Leo Perutz, Hermann Bahr, Franz Kafka, Sigmund Freud, Gustav Klimt, Egon Schiele, Gustav Malher, l’architecte Adof Loos, auteur du Museum Kaffee, Léon Trotsky, Theodor Herzl…, fréquentèrent assidument les cafés de la capitale impériale durant de nombreuses années contribuant largement à leur réputation. Les femmes n’y étaient tout d’abord autorisées qu’accompagnées ! Des célébrités, des hommes politiques ou écrivains encore inconnus se retrouvaient aux cafés Griensteidl, Zentral, Herrenhof, Hawelka ou ailleurs. Il y avait bien évidemment aussi des cafés dans le parc du Prater.  On y faisait ou refaisait le monde, on y préparait des révolutions (dont peut-être celle de 1848) et peut-être aussi des contre-révolutions. Le mouvement Jung-Wien a eu son siège permanent au café Central. Chaque établissement avait sa palette de journaux et de revues, certains d’entre eux dépensant au quotidien une fortune pour satisfaire ses habitués. Le café Central, propriété des frères Pach, proposait 251 journaux et revues en 1913 ! On fumait (encore jusqu’à il y a peu), on jouait également aux échecs, au billard et on dansait dans certains établissements.
« Rien n’a peut-être autant contribué à la mobilité intellectuelle et à l’orientation internationale de l’Autrichien que cette facilité qu’il avait de se repérer aussi complètement, au café, dans les évènements mondiaux, tout en discutant dans un cercle d’amis. Chaque jour, nous y passions des heures et rien ne nous échappait. »

Stefan Zweig, Le Monde d’hier, Souvenirs d’un Européen, 1941, Belfond, Paris, 1982

À noter que la « Wiener Kaffeehauskultur » est désormais inscrite au patrimoine immatérielle de l’Unesco depuis 2011.

Eric Baude, Danube-culture © droits réservés, mis à jour mars 2022

Le Danube à travers les cartes : l’Atlas Maior de Joan Blaeu (1595-1673)

Cartouche de la carte du D A N V B I U S, FLUVIUS EUROPAE MAXIMUS, A FONTIBVS AD OSTIA, Cum omnibus Fluminibus, ab utroque latere, in illum defluentibus. Le Danube, le plus grand fleuve d’Europe, de la source à l’embouchure avec tous les fleuves qui s’y jettent des deux côtés.

Cette carte du Danube (III/19) avec sa cartouche est singulière à plus d’un point. Alors que la plupart du temps les toponymes sont entourés de figures conventionnelles de divinités et de symboles d’abondance, celui-ci est encadré de personnages réalistes et met en scène le conflit qui opposa l’empereur du Saint Empire Romain Germanique, Charles Quint (1500-1558) à Soliman le Magnifique (1495 ?-1566), sultan de la Grande Porte ou selon d’autres sources, Ferdinand III de Habsbourg (1608-1657) à Mourâd IV (1612-1640). À gauche, l’Empire des Habsbourg est symbolisé par un aigle noir à deux têtes sur un bouclier de couleur jaune et un crucifix tenus par un personnage en retrait de l’empereur. L’empereur chrétien, plutôt dans une attitude défensive, tient l’épée impériale de la main droite et l’orbe impériale dans la main gauche, tous deux symboles du Saint Empire Germanique avec le crucifix. À droite, l’Empire Ottoman est représenté par le sultan Soliman le magnifique, coiffé d’un turban rehaussé de trois plumes colorées qui tient un bouclier de la main gauche et brandit un cimeterre de la main droite. L’attitude est celle d’un conquérant à l’image de Soliman le Magnifique. Non seulement le sultan brandit un cimeterre en direction de Charles Quint mais le personnage qui se tient à ses côtés, apparaissant sous les traits d’une jeune femme tenant une lampe à huile, foule un crucifix sous son pied droit. Au pied de Soliman on voit une salamandre, allusion au fait que le sultan avait trouvé un allié dans le roi de France François Ier ( 1494-1547) dont l’emblème familial était la salamandre.On remarquera également que l’empereur chrétien et le sultan ottoman portent tous les deux la barbe, alors à la mode mais aussi symbole de virilité et de maturité.

Les 6  Bouches du Danube sur la carte du Danube de l’Atlas Maior de Johann Blaeu, 1662

   L’illustration ci-dessus est un détail de la carte du cours du Danube de L’Altas Maior (Danubius, Fluvius Europa Maximus, III 19) centré sur les 6 « embouchures du Danube » dont les noms sont indiqués en latin (Pulchrum ostium, Sacrum ostium…).
Les deux illustrations ci-dessous concernent des détails d’une carte de l’archiduché d’Autriche traversé par le Danube (Austria Archiducatus, III/2) dont l’auteur est… le médecin cartographe et historien autrichien Wolfgang Lazius (1514-1565). Cette carte incorporée à la publication de Johann Blaeu est donc déjà vieille de près d’un siècle lorsque paraît l’Atlas Maior !

Le Danube, Viennne et l’Archiduché d’Autriche, détail, Atlas Maior de Johann Blaeu, 1662

On y voit tout Vienne fortifiée, qui sera encore sous la menace de l’Empire ottoman au XVII siècle (jusqu’en 1683), sur la rive droite du fleuve, un pont en trois partie à la hauteur de la ville qui le traverse et s’appuie sur deux îles. Deux autres ponts permanents (et à péage…) franchissaient le Danube sur le territoire de l’archiduché d’Autriche qui appartenait au Saint Empire Romain Germanique et dont l’empereur était à l’époque de la publication de l’Atlas maior, Léopold Ier de Habsbourg (1640-1705), celui de Mautern, en amont de Vienne et le troisième à la hauteur de Mauthausen, en aval de Linz. Ces deux toponymes proviennent d’ailleurs de la même racine, « Maut », signifiant péage en allemand.

Le Danube et l’Archiduché d’Autriche, détail du cours du fleuve en Haute-Autriche, Atlas Maior de Johann Blaeu, 1662

 Un deuxième détail de cette même carte se situe cette fois à l’ouest de l’Archiduché d’Autriche, à l’endroit où le Danube quitte le duché de Bavière. Sur la droite du fleuve le nom d’une cité, Pariz (!) pourrait indiquer qu’il s’agit de Passau tout en n’étant pas placé correctement c’est-à-dire au confluent de l’Inn avec le Danube. L’échelle graphique est en milles germaniques (1 mille = 7, 4 km). Selon un texte accompagnant cette carte « Les hommes et les femmes de condition se plaisaient, avant et depuis ces dernières guerres, à se vêtir à la française, et même ceux qui se croyaient au rang des honnêtes hommes, s’habillaient le plus qu’ils le pouvaient à la mode de France, mais ceux qui suivent la cour de l’empereur, à cause de l’affection qu’il porte à l’Espagne, se sont ordinairement presque tous vêtus à l’espagnol ».

   Seule la première partie du projet d’édition de l’Atlas Maior initial (9 à douze volumes selon les éditions latines, françaises, néerlandaises, espagnoles et « allemandes ») fut publiée. La deuxième partie qui contenait des cartes des mers et la troisième avec des cartes du ciel ne verront jamais le jour.

« Le Danube, épanchant ses eaux sur les douces pentes et les calmes hauteurs du Mont Abnoba, rend visite à de nombreux peuples, puis se précipite dans le mer Pontique par six bouches : un septième bras se perd dans les marais. »

Publius Cornelius Tacitus (56,-120 ? après J.C.)
Eric Baude, Danube-culture © mars 2022, droits réservés

L’ abbaye bénédictine de Melk, « le plus beau sanctuaire danubien » !

Danube Donaustauf
   « Melk, le plus beau sanctuaire danubien, où résidèrent ces Babenberg, premiers dynastes autrichiens de l’an mille avant les Habsbourg… Melk sur son roc, à l’entrée du défilé de la Wachau, avec sa terrasse insolente sur le fleuve, sa cour des Prélats, sa salle des Marbres, sa bibliothèque bénédictine, aussi belle que celle de la Hofburg. »
Paul Morand

l’abbaye bénédictine de Melk, gravure Georg Matthias Vischer extraite de l’album « Topographia Archiducatus Austriae » , 1672

   Ici, sur ces hauteurs au pied desquelles le Danube régulé s’est en principe apaisé sauf lors d’inondations exceptionnelles qui ont encore récemment meurtri la jolie petite ville voisine de Melk, l’énergie et la foi du jeune abbé Berthold Ditmayr (1670-1739) conjuguées au génie et à l’inspiration des architectes Jakob Prandtauer (1660-1726) et Franz Muggenast (1680-1741), des peintres Paul Troger (1698-1762), Michael Rottmayer (1654-1730), Johann Josef Bergl (1719-1789), élève de Paul Troger et des artisans talentueux qui les entouraient ont engendré un miracle à la fois d’élégance et de puissance architecturale.

L’abbé Berthold Ditmayr, (1670-1739), grand rénovateur de l’abbaye bénédictine de Melk

   L’agencement, la forme et la couleur des bâtiments au sommet de la colline qui réalisent la métamorphose architecturale des éléments naturels environnants, la coupole octogonale et les deux clochers jumeaux de l’abbatiale, la grande cour à l’atmosphère solennelle et les cours secondaires, les terrasses, les pavillons latéraux, le couloir impérial, les jardins, l’orangerie, le paysage et les reliefs ondoyants des alentours, le jeu des lumières aux différentes heures du jour et des saisons, tout concoure à une extraordinaire mise en scène qui n’a évidemment rien du hasard et dont la grandeur tout autant qu’une certaine retenue s’avèrent fascinantes et paraissent avoir été volontairement soumises à l’ordre et à la raison. Comme un écho à l’architecture extérieure, la fresque allégorique de Paul Troger, dans la salle de marbre au plafond en trompe-l’oeil, aux hautes et larges fenêtres séparées par des pilastres en stuc imitant le marbre, ne met-elle pas en scène la Raison guidant l’humanité vers la lumière de la civilisation et de la culture ?

La fresque allégorique en trompe l’oeil parfait de Paul Troger dans la salle de marbre, photo droits réservés

   Le plafond à la thématique religieuse de l’extraordinaire et conséquente bibliothèque a été également réalisé par ce même peintre. Cette bibliothèque comprend 1800 manuscrits dont le plus ancien, de la main de Bède le vénérable, date du début du IXe siècle.

Fragment de la « Chanson des Nibelungen » conservé dans la bibliothèque de l’abbaye, photo droits réservés

D’importantes copies des commentaires de Saint-Jérôme, des commentaires de la Règle de Saint-Benoît, des copies de l’Écriture sainte, des collections de recueils de formules et des textes juridiques remontent à la première apogée de la vie monastique de l’abbaye (1140-1250). Une grande partie des anciens documents historiques ont toutefois été détruits au cours du grand incendie de 1297, un évènement auquel fait référence l’écrivain italien Umberto Eco dans son livre « Au nom de la Rose ».

La bibliothèque de l’abbaye, photo droits réservés

Les deux tiers des manuscrits datent de la période ultérieure de réforme des monastères au XVe siècle, période au cours de laquelle l’abbaye de Melk est considérée comme un modèle et attire des étudiants et des professeurs de l’université de Vienne. La majorité des textes rédigés et copiés à cette époque sont des livres de piété et des sermonnaires. Les lieux abritent encore 750 incunables, 1700 oeuvres du XVIe siècle, 4500 volumes du XVIIe et 18 000 livres du XVIIIe siècle. La collection de la bibliothèque de l’abbaye bénédictine de Melk se monte en totalité à plus de 100 000 livres.
La collection de la bibliothèque compte également de superbes globes terrestres illustrant l’inextinguible soif de connaissance et de curiosité universelle des bénédictins que les 29 moines de l’abbaye de Melk d’aujourd’hui comme ceux des autres abbayes bénédictines perpétuent.

L’escalier de la bibliothèque, photo droits réservés

La musique à l’abbaye de Melk
La vie musicale prend son essor à partir du XVIIe siècle. De nombreuses œuvres de musique sacrée sacrée et profane y compris des arrangements d’opéra, des quatuors à cordes… ont été interprétées dans le cadre de la liturgie (messes, oratorios…) ou à différentes occasions, concerts ou évènements de l’abbaye. La plupart des partitions de ces oeuvres ont été conservées sur place. Elles constituent le fond des archives musicales du monastère. Des moines s’adonnèrent à la composition et ont entretenu des contacts étroits avec la vie musicale viennoise de la période classique et de la période Biedermeier. Le père Robert Kimmerling (1737–1799) a été l’élève de Joseph Haydn, l’abbé, musicographe, compositeur et pianiste Maximilian Stadler (1748–1833), prieur à Melk entre 1784 et 1786, abbé du monastère de Lilienfeld puis de Kremsmünster, ami de Mozart dont il s’occupe de la succession, de Haydn, de Beethoven et de Schubert. Il fut encore  un invité de marque recherché dans divers cercles musicaux de la capitale autrichienne. La collection des archives musicales de l’abbaye bénédictine de Melk compte environ 10 000 partions, dont près 4 000 manuscrits et plus de 50 instruments.
Illustrant la place de la musique au sein de la vie de l’abbaye, les bâtiments n’abritent pas moins de cinq orgues : le grand orgue de l’église abbatiale, l’orgue de la sacristie d’été, l’orgue de la salle Koloman, l’orgue de la chapelle bénédictine et le petit orgue positif, datant de la première moitié du XVIIIe siècle, à l’origine destiné à la chapelle de Sainte-Marie de l’assomption et désormais installé dans l’église abbatiale où il est joué à l’occasion des Vêpres dominicales.

Le grand orgue de l’église abbatiale, photo Henry Kellner, droits réservés

   « Pour voir cette abbaye, il faut fermer les yeux et te laisser frissonner. Remonte jusqu’au lieu dans le temps où elle est semence dans l’esprit d’un seul, de quelques seuls…
C’est un lieu de vertige.
   À force de traiter les oeuvres d’art comme de la matière et non comme des visions hissées jusqu’à la visibilité, on perd la trace de l’essentiel : le lieu où la vision a germé, a surgi, s’est déployée. C’est à ce lieu qu’il faut s’attarder. C’est celui de notre humanité co-créatrice, la grande pépinière de l’aujourd’hui. Pénétrer jusque dans le coeur de l’homme (des hommes) où germe l’idée créatrice sous la nécessaire poussée du Vivant. Assise, les yeux fermés, à vingt ans, dans l’abbaye de Melk, j’ai touché ce secret. »
Christiane Singer, N’oublie pas les chevaux écumants du passé, Albin Michel, Paris, 2005
Eric Baude, Danube-culture, © droits réservés, février 2021 

Dans les ors et les reflets du musée de l’abbaye, photo © Danube-culture, droits réservés

Sources/ bibliographie :
Jaccottet, Philippe, « En descendant le Danube », in Autriche, L’Atlas des voyages, Éditions Rencontre, Lausanne, 1966
Morand, Paul,  » Le Danube », Entre Rhin et Danube, Transboréal, Paris, 2011
Schmeller-Kitt, Adelheid, Klöster in Österreich,  Wolfgang Weidlich Verlag, Frankfurt/Main, 1983
Singer, Christiane, N’oublie pas les chevaux écumants du passé, Albin Michel, Paris, 2005 
Die Wachau, Niederösterreichische Kulturwege, NÖ Landesarchiv und NÖ Institut für Landeskunde, Sankt Pölten
Stifte und Klöster, Niederösterreichische Kulturwege, NÖ Landesarchiv und NÖ Institut für Landeskunde, Sankt Pölten
www.stiftmelk.at

Le Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes, Vienne (Autriche)

Un parc au patrimoine et à la biodiversité exceptionnels
Ce parc, constitué de prairies alluviales et de forêts, est unique en son genre sur le territoire autrichien. Il est à la fois un véritable oasis vert entre Vienne et Bratislava, la plus grande plaine alluviale naturelle intacte en Europe centrale et un territoire fortement dépendant du Danube qui est, dans sa traversée de l’Autriche encore un fleuve de montagne. Ce parc est un ensemble exceptionnel d’écosystèmes comprenant avec une vaste diversité de biotopes, une flore et une faune remarquables, un refuge pour de nombreuses espèces animales et végétales menacées, un espace naturel pour les crues, un réservoir d’eau potable de haute qualité et un important régulateur climatique pour la région de Basse-Autriche.

Ce parc forme un paysage d’une beauté impressionnante et offre également un lieu de repos et de détente aux portes de Vienne ainsi qu’un espace pour la protection et la préservation de ce paysage unique.
La surface totale du parc est aujourd’hui de 9 600 hectares : 65% de sa surface sont constitués de forêts alluviales, 15% de prairies et environ 20% d’eau.

Photo © Danube-culture, droits réservés

Les 36 kilomètres fluviaux danubiens forment la partie intégrale du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes. La dynamique du fleuve y est encore très puissante. Le niveau d’eau variable, peut atteindre, suivant le régime du fleuve et les saisons, 7 mètres de différence. Il détermine considérablement la vie sur le territoire du parc. Les inondations régulières ont façonné ce paysage étonnant et fluctuant, y créant une grande diversité d’habitats en lien direct avec le fleuve : mares, bras en activité et bras morts, bancs formés de cailloutis, rives peu escarpées et espaces de transition de l’eau vers la terre, rives escarpées, forêts alluviales (forêts à bois tendre et dur), forêts de relief, prairies et zones arides de plaine alluviale.
La richesse biologique de ces paysages est exceptionnelle. On y compte plus de 800 espèces de plantes à tige, plus de 30 espèces de mammifères, une centaine d’espèces d’oiseaux, 8 espèces de reptiles, 13 espèces d’amphibiens ainsi que plus de 60 espèces de poissons. Une grande diversité d’invertébrés évolue d’autre part en milieu terrestre et aquatique.

Discrète Emys orbicularis ! Photo © Danube-culture, droits réservés

L’histoire du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes et les conséquences de la présence de l’homme sur le fleuve et ses rives
Les interventions répétées de l’homme ont influencé et métamorphosé le fleuve et ses plaines alluviales.
Les  grands travaux de régulation du Danube à la fin du XIXe siècle, ses rectifications, suppressions de méandres et endiguements ont entrainé une augmentation de la vitesse du fleuve ce qui a eu pour conséquence d’engendrer une baisse de la nappe phréatique, un enfoncement du lit et un assèchement de bras morts et de certains bras en activité du Danube qui se poursuivent de nos jours. La destruction des rivages naturels a été contrebalancée par une amélioration des conditions de la navigation.
Des digues de protection ont été érigées afin de protéger la plaine alluviale et très fertile du Marchfeld (rive gauche en aval de Vienne) contre d’importantes et régulières inondations.

Basses eaux sur le Danube à la hauteur du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes, photo © Danube-culture, droits réservés

L’édification d’un barrage en amont, à la sortie de Vienne (Centrale hydroélectrique de Freudenau) est venu modifié le charriage des cailloux et autres alluvions par le fleuve, provoquant un enfoncement préoccupant du lit du Danube dans le sous-sol.
L’exploitation forestière intensive a d’autre part transformé de vastes parties de la forêt alluviale en zones d’exploitation du bois, entrainé la propagation d’espèces d’arbres étrangères et l’installation d’un réseau de petites routes.
La chasse a eu de son côté pour conséquence l’extermination d’animaux locaux comme le castor et la loutre.
Quant à la pêche, autrefois professionnelle et commerciale, elle n’est plus qu’essentiellement sportive et de loisir. Il a aussi été constaté l’apparition d’espèces de poisson étrangères.

Un projet de barrage inopportun

L’écologiste et journaliste suisse Franz Weber fut appelé à la rescousse par les protecteurs de l’environnement autrichiens. (photo Fondation Franz Weber)

Le projet peu opportun, sur le plan écologique, de construire un barrage et une centrale hydroélectrique sur le Danube (le douzième du parcours autrichien) près de la petite ville frontalière avec la Slovaquie de Hainburg (rive droite) en 1984 a été heureusement abandonné sous la pression des écologistes et de la population locale. Cette construction aurait entrainé la desteuction d’une centaine d’hectares de forêt alluviale, d’îles et îlots, la disparition irréversible de rivages naturels et la construction de digues. Le barrage réservoir aurait de plus empêché le Danube de s’écouler librement.

Affiche de Friedensreich (Regentag Dunkelbunt) Hundertwasser (1928-2000), 1985, collection Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

La plaine alluviale ne pouvant plus bénéficier des inondations, sa dynamique aurait été ainsi interrompue. La dynamique naturelle de l’eau souterraine aurait été également perturbée. L’occupation en 1984 de la plaine alluviale à Stopfenreuth par des manifestants luttant contre la construction du barrage et de la centrale électrique a été déterminante pour l’abandon du projet alors que celui-ci avait été déjà voté par le gouvernement socialiste autrichien de l’époque. Une trêve de Noël fût alors proclamée par les politiciens du pays et les écologistes. Le développement de nouvelles alternatives a pourtant continué à être envisagé dès 1985 à la fois pour l’éventuelle construction de nouvelles centrales hydroélectriques mais aussi en parallèle pour la préservation de l’écoulement naturel du Danube.

Pétition « Pourquoi le barrage de Hainburg ne doit pas être construit », 1984sources Bibliothèque Nationale Autrichienne de Vienne

La période suivante (1986 à 1989) permit l’élaboration des bases scientifiques pour la création du Parc National des Plaines Alluviales Danubiennes mais certains projets de centrales hydroélectriques sur le Danube étaient toujours d’actualité dans les hautes sphères économiques et politiques autrichiennes. En 1990 une convention est passée entre la République Fédérale d’Autriche, les responsables politiques de la ville de Vienne et ceux de Basse-Autriche autorisant la création du Parc National des Plaines Alluviales Danubiennes. De 1991 à 1995 sont élaborés les projets spécifiques du parc et le 27 octobre 1996, le traité international pour la création du Nationalpark Donau-Auen est signé par les représentants de ces mêmes institutions. Le Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes obtiendra sa reconnaissance par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature, catégorie II) dès 1997.

Selon les critères de l’UICN un parc national doit remplir les fonctions suivantes :
– préserver intact des écosystèmes pour les prochaines générations
– mettre fin à différentes activités économiques
– créer un programme de recherche scientifique et mettre en place un accueil spécifique pour les visiteurs.

Grèbe huppée, une habitante familière du Parc National des Prairies Aluviales Danubiennes, photo droits réservés

Activités
Le Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes propose un grand choix d’activités pédagogiques et d’initiation à la découverte de la faune et de la flore, sur l’eau comme à terre, permettant de vivre, dans ce paysage unique, des moments d’exception. Des guides professionnels accompagnent les visiteurs dans le dédale des prairies et des forêts en canot pneumatique ou en barque.
Le parc organise également des colloques et séminaires sur des sujets prioritaires tout comme des excursions pédagogiques pour les enfants et les associations. Des journées axées sur un thème spécifique sont régulièrement programmées.

Chemin faisant…
Le Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes accueille aussi les visiteurs individuels. Des cartes permettent de conseiller différents itinéraires balisés ou fléchés.
L’Office des forêts de la collectivité locale de Vienne, propriétaire des prairies et des forêts alluviales, collabore activement à la préservation des espaces du parc.
L’action du WWF « Natur freikaufen » (« Rachetons la nature ») a permis la protection d’une surface supplémentaire de 411 hectares de la plaine alluviale des prairies de Regelsbrunn.

Organisation du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes
L’administration du parc est gérée par une société d’état à but non lucratif dont les membres sont les Régions de Vienne et de Basse-Autriche. Le directeur du parc en assure la gérance et le bon fonctionnement. L’Office Fédéral des Forêts, l’Administration forestière de la Municipalité de Vienne et la Région du Marchfeld ont la responsabilité des sentiers de randonnée, des pistes cyclables et des points de vue et d’observation aménagés.
En cas de fortes d’inondations, il peut être nécessaire, pour des raisons de sécurité, d’interdire provisoirement l’utilisation de certains chemins.

« Das Tor zur Au » (La porte sur les prairies alluviales) – Centre d’accueil et d’information du parc, château d’Orth/Donau
Le Centre d’accueil et d’information du parc est hébergé au château d’Orth/Donau. On peut y trouver des informations sur le parc et son histoire, sur la commune d’Orth/Donau et sur l’ensemble de la région. On peut aussi s’inscrire pour des randonnées ou des activités dans le parc avec un guide.

L’exposition permanente « DonAUräume » offre de nouvelles perspectives sur les prairies alluviales danubiennes. Des expositions thématiques complémentaires mettent en valeur certains des aspects singuliers du fleuve sur tout son parcours. On peut enfin y découvrir une installation acoustique « A Sound Map of the Danube » et trouver également des informations sur le site naturel protégé serbe de Gorne Podunavje.
« L’île du château » est un site extérieur à proximité du centre d’accueil et d’information présentant les habitats spécifiques et la faune des prairies alluviales comme le Spermophile, la Cistude d’Europe et des espèce locales de serpents. De nombreux insectes, grenouilles et crapauds habitent prairies et mares. Des plantes aquatiques diverses et variées, parfois rares comme certaines variétés d’orchidées, en enrichissent la flore.
Le centre de l’île est aménagé en station d’observation sous-marine. L’on peut y observer avec intérêt la flore et la faune aquatique des prairies alluviales, des espèces locales de poissons, coquillages et autres crustacés.
Du haut de la tour du château on jouit d’une vue magnifique sur les prairies alluviales danubiennes, de Vienne jusqu’à Hainburg, de même qu’on peut y observer une aire de cigognes. La cour du château est le lieu de rendez-vous et le point de départ des visites guidées. Son aménagement incite à s’y attarder.

Horaires d’ouverture du centre d’accueil et d’information du parc, château d’Orth/Donau
Du 21 mars au 30 septembre : tous les jours de 9h à 18h
du 1er octobre au 1er novembre : tous les jours de 9h à 17h

Visites guidées de l’exposition : tous les jours à 10h, 11h, 13h, 14h, 15h, 16h

Fermeture d’hiver du 2 novembre jusqu’au 20 mars
Pendant cette période renseignements et informations uniquement par téléphone, du lundi jusqu’au vendredi de 8h à 13h

Centre d’accueil et d’information :
Château d’ORTH Nationalpark-Zentrum
2304 Orth/Donau, Autriche
Tel. + 43 2212/3555
www.donauauen.at
schlossorth@donauauen.at

Le château d’Orth/Donau, photo © Bwag/Wikimedia

Nationalparkhaus wien-lobAU (Maison du Parc National Wien-LobAU)
Le Nationalparkhaus wien-lobAU est le centre d’information pour la partie viennoise du parc. Logé aux portes de la capitale, il est géré par l’Administration forestière de Vienne et fonctionne comme point de départ pour des randonnées dans les environs. Une exposition « tonAU » permet de découvrir l’univers sonore des forêts du parc et un spectacle multimédia informe sur l’évolution historique des prairies alluviales.
www.nph-lobau.wien.at

Maison du Parc National de Wien Lobau, photo droits réservés

On peut aussi rejoindre le parc par bateau depuis le centre de Vienne (canal du Danube à la hauteur de la Schwedenplatz) du 2 mai au 26 octobre et profiter d’une visite accompagnée d’un guide.
Tel. pour réservation (places limitées) : 0043/ 1 4000 49495
 www.donauen.at/besucherinfo/bootstouren

Le Skorpion, bateau du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes qui relie le centre de Vienne à la Lobau (rive gauche) via le Canal du Danube. Photo © Danube-culture, droits réservés 

Centre d’information
Nationalparkhaus wien-lobAU
Dechantweg 8, 1220 Wien
Tel.: 01/4000-49495
www.nph-lobau.wien.at
nh@m49.magwien.gv.at

Autres centres d’information :
Nationalpark-Forstverwaltung Lobau
MA 49 – Forstamt und Landwirtschaftsbetrieb der Stadt Wien
2301 Groß-Enzersdorf, Dr. Anton Krabichler-Platz 3
Tel. 02249/2353
pe-don@m49.magwien.gv.at

Nationalpark-Forstverwaltung Eckartsau
Nationalparkbetrieb Donau-Auen der ÖBf AG
2305 Eckartsau, Schloss Eckartsau
Tel. 02214/2335-18
infostelle.donauauen@bundesforste.at

Une expérience oroginale : naviguer sur une réplique de tschaïque réalisé par Martin Zöberl, photo © Danube-culture, droits réservés

Bateau-moulin d’Orth sur le Danube
Promenades en « tschaike » sur le Danube (avril-fin octobre)
www.schiffmuehle.at

Restaurant et café « an der Fähre », Orth/Donau
Bac pour les piétons et vélo
www.faehre-orth.at

Restaurant Humers Uferhaus, Orth/Donau
Pour sa terrasse à proximité du Danube, ses spécialités de poissons (du Danube) et ses généreux desserts
Très fréquenté les weekends et les jours de fête
www.uferhaus.at

Croisières Hainburg-Devin-Bratislave-Hainburg
Event Schifffahrt Haider
www.event-schifffahrt.at

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, mis à jour janvier 2022

Le guide du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes (2018)

Napoléon et l’île de la Lobau (campagne d’Autriche de 1809) I

La Grande Armée traverse le Danube avant la bataille de Wagram ( juillet 1809)

« Le Danube n’existe plus pour l’ennemi. Le général Bertrand [1773-1844] a, par dessus le fleuve le plus difficile du monde, et sur une longueur de 2400 pieds1, jeté, en 14 jours, un pont. Un travail que l’on aurait crût nécessiter plusieurs années, et qui a pourtant été achevé en 15 à 20 jours… ». (24ème Bulletin)
Note :
1 Un pied équivaut à 30, 48 cm, en l’occurence le pont devait mesurer près de 800 mètres de long ! 

Oeuvres de Napoléon Bonaparte
Guerre d’Autriche
Cinquième tome

Ebersdorf, 23 mai 1809, une heure du matin.

Il est de la plus grande importance, Monsieur l’Intendant général, qu’aussitôt la réception de cette lettre vous nous fassiez charger sur des bateaux 100,000 rations (le pain ou de biscuit, si vous pouvez les fournir, et autant de rations d’eau-de-vie ; que vous leur fassiez descendre le Danube pour se rendre à la grande île, où est notre pont de bateaux , c’est-à-dire au deuxième bras à gauche. Une grande partie de l’armée se trouvera cette nuit dans cette île et y aura besoin de vivres. Envoyez un employé qui descendra avec les bateaux , et, arrivé à la tête du pont, il fera prévenir le duc de Rivoli, qui se trouvera dans la grande île vis-à-vis Ebersdorf, afin qu’il ordonne la distribution de ces vivres , dont il a le plus grand besoin.
Dans la situation des choses, rien n’est plus pressant que l’arrivée de ces vivres.
Le prince de Neuchâtel, major général [le maréchal Louis-Alexandre Berthier, prince de Neuchâtel (1753-1815)].

À Fouché. – Ebersdorf le 25 mai 1809

Je reçois votre lettre du 19. Vous avez vu par le bulletin ce qui s’est passé ici. La crue du Danube m’a privé de mes deux pont pendant plusieurs jours. Je suis parvenu enfin à les rétablir ce matin.

Las Cases [Emmanuel de las Cases, comte d’Empire (1766-1842] :

« Les premiers ordres sont donnés à l’instant même du désastre, et les préparatifs sont si rapides, que deux ou trois jours après la bataille, on voit déjà plusieurs sonnettes battre des pilotis au travers des deux grands bras du Danube (..) Le même jour, Napoléon détermine sur les lieux, et trace, de sa cravache sur le sable, le plan des ouvrages qui doivent former la tête des grands ponts et le réduit de Lobau ».

Tout ce qui flotte, ou y ressemble, est amené à hauteur de Kaiser-Ebersdorf. Pour relier l’île à la rive droite, un deuxième pont est construit, sur pilotis celui là, environ 40 m en amont de celui existant déjà. Il permet le passage de front de 3 voitures attelées, de l’artillerie et de la cavalerie.

Ludovico Visconti (1785-?), Napoléon ordonne de jeter un pont sur le Danube le 19 mai 1809.  La scène se passe sur la rive droite du Danube. Huile sur toile, ?, collection du château de Versailles, domaine public

Vingt-quatrième bulletin de la grande armée.
Vienne, 3 juillet 1809.
« Le duc d’Auerstaedt [Le maréchal,Louis Nicolas Davout (1770-1823), duc d’Auerstaedt et prince d’Eckmühl] a fait attaquer le 30, une des îles du Danube, peu éloignée de la rive droite, vis-à-vis Presbourg, où l’ennemi avait quelques troupes.
Le général Gudin [1768-1812] a dirigé cette opération avec habileté : elle a été exécutée par le colonel Decouz [1775-1814] et par le vingt-unième régiment d’infanterie de ligne, que commande cet officier. À deux heures du matin, ce régiment, partie à la nage, partie dans des nacelles, a passé le très petit bras du Danube, s’est emparé de l’île, a culbuté les quinze cents hommes qui s’y trouvaient, a fait deux cent cinquante prisonniers, parmi lesquels le colonel du régiment de Saint-Julien et plusieurs officiers, et a pris trois pièces de canon que l’ennemi avait débarquées pour la défense de l’île.

Général_César_Charles_Etienne_Gudin

Le général César Charles Étienne Gudin

Enfin, il n’existe plus de Danube pour l’armée française : le général comte Bertrand a fait exécuter des travaux qui excitent l’étonnement et inspirent l’admiration.
Sur une largeur de quatre cents toises1, et sur un fleuve le plus rapide du monde, il a, en quinze jours, construit un pont formé de soixante arches, où trois voitures peuvent passer de front ; un second pont de pilotis a été construit, mais pour l’infanterie seulement, et de la largeur de huit pieds. Après ces deux ponts, vient un pont de bateaux. Nous pouvons donc passer le Danube en trois colonnes. Ces trois ponts sont assurés contre toute insulte, même contre l’effet des brûlots et machines incendiaires, par des estacades sur pilotis, construites entre les îles, dans différentes directions, et dont les plus éloignées sont à deux cent cinquante toises des ponts.
Quand on voit ces immenses travaux, on croit qu’on a employé plusieurs années a les exécuter ; ils sont cependant l’ouvrage de quinze  à vingt jours : ces beaux travaux sont défendus par des têtes de pont ayant chacune seize cents toises de développement, formées de redoutes palissadées, fraisées et entourées de fossés pleins d’eau. L’île de Lobau est une place forte : il y a des manutentions de vivres, cent pièces de gros calibre et vingt mortiers ou obusiers de siège en batterie. Vis-à-vis Esling, sur le dernier bras du Danube, est un pont que le duc de Rivoli a fait jeter hier. Il est couvert par une tête de pont qui avait été construite lors du premier passage.
Le général Legrand [1762-1815], avec sa division, occupe les bois en avant de la tête du pont.
L’armée ennemie est en bataille, couverte par des redoutes, la gauche  à Enzendorf, la droite à Gros-Aspern : quelques légères fusillades d’avant-postes ont eu lieu.
À présent que le passage du Danube est assuré, que nos ponts sont à l’abri de toute tentative, le sort de la monarchie autrichienne sera décidé dans une seule affaire.
Les eaux du Danube étaient le premier juillet de quatre pieds au-dessus des plus basses et de treize pieds au-dessous des plus hautes.
La rapidité de ce fleuve dans cette partie est, lors des grandes eaux, de sept à douze pieds, et lors de la hauteur moyenne, de quatre pieds six pouces par seconde, et plus forte que sur aucun autre point. En Hongrie, elle diminue beaucoup, et à l’endroit où Trajan fit jeter un pont, elle est presque insensible. Le Danube est là d’une largeur de quatre cent cinquante toises ; ici il n’est que de quatre cents. Le pont de Trajan était un pont de pierres fait en plusieurs années. Le pont de César, sur le Rhin, fut jeté, il est vrai, en huit jours, mais aucune voiture chargée n’y pouvait passer. Les ouvrages sur le Danube sont les plus beaux ouvrages de campagne qui aient jamais été construits… »
Note :
1 Une toise mesure 1, 949 mètre, quatre cent toises équivalent à  779, 6 mètres soit sensiblement la même longueur que précédemment

Napoléon sur l’île de la Lobau

Vingt-cinquième bulletin de la grande-armée.
Wolkersdorf, 8 juillet 1809

Passage du bras du Danube à l’île de la Lobau

« Le 4, à dix heures du soir, le général Oudinot [1767-1847] fit embarquer, sur le grand bras du Danube, quinze cents voltigeurs, commandés par le général Conroux [1770-1813]. Le colonel Baste [1768-1814], avec dix chaloupes canonnières, les convoya et les débarqua au-delà du petit bras de l’île Lobau dans le Danube. Les batteries de l’ennemi furent bientôt écrasées, et il fut chassé des bois jusqu’au village de Muhllenten.
À onze heures du soir les batteries dirigées contre Enzersdorf reçurent l’ordre de commencer leur feu. Les obus brûlèrent cette infortunée petite ville, et en moins d’une demi-heure les batteries ennemies furent éteintes.
Le chef de bataillon Dessales [1776-1864], directeur des équipages des ponts, et un ingénieur de marine avaient préparé, dans le bras de l’île Alexandre, un pont de quatre-vingts toises d’une seule pièce et cinq gros bacs.
Le colonel Sainte-Croix [1782-1810], aide-de-camp du duc de Rivoli [le maréchal Masséna, duc de Rivoli, prince d’Essling (1758-1817] se jeta dans des barques avec deux mille cinq cents hommes et débarqua sur la rive gauche.
Le pont d’une seule pièce, le premier de cette espèce qui, jusqu’à ce jour, ait été construit, fut placé en moins de cinq minutes, et l’infanterie y passa au pas accéléré.
Le capitaine Buzelle jeta un pont de bateaux en une heure et demie.
Le capitaine Payerimoffe jeta un pont de radeaux en deux heures. Ainsi, à deux heures après minuit, l’armée avait quatre ponts, et avait débouché, la gauche à quinze cents toises au dessous d’Enzersdorf, protégée par les batteries , et la droite sur Vittau. Le corps du duc de Rivoli forma la gauche ; celui du comte Oudinot le centre, et celui du duc d’Auerstaedt la droite. Les corps du prince de Ponte-Corvo [le maréchal Jean-Baptiste Bernadotte (1763-1844)], du vice-roi [Eugène de Beauharnais, fils adoptif de Napoléon et vice-roi d’Italie (1781-1824)], et du duc de Raguse [le maréchal Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont (1774-1852], la garde et les cuirassiers formaient la seconde ligne et les réserves. Une profonde obscurité, un violent orage et une pluie qui tombait par torrents, rendait cette nuit aussi affreuse qu’elle était propice à l’armée française et qu’elle devait lui être glorieuse… »

Richard Caton Woodville (1856-1927), Napoléon franchissant le pont pour l’île de la Lobau, 1912, collection Tate Gallery, domaine public

« Le Danube n’existe plus pour l’ennemi. Le général Bertrand a, par dessus le fleuve le plus difficile du monde, et sur une longueur de 2400 pieds, jeté, en 14 jours, un pont. Un travail que l’on aurait crût nécessiter plusieurs années, et qui a pourtant été achevé en 15 à 20 jours… » . (24ème Bulletin)

Après la retraite de mai, Napoléon a laissé dans la Lobau les 20 000 hommes du corps d’armée de Masséna, et installé le reste de son armée autour de Schönbrunn et de Vienne. Puis il fait entreprendre de très importants travaux pour rendre plus fiables ses moyens de passage du fleuve, à l’origine de sa déconfiture lors de la précédente bataille.
Au comte Daru, Intendant général de l’armée d’Allemagne à Vienne. [Pierre Daru (1767-1829) fut également brièvement en 1809, administrateur des provinces autrichiennes]

Les ponts en juillet 1809

Plan de la lobau en 1809 (auteur inconnu) pendant la présence des armées napoléoniennes avec les ouvrages sur les bras du Danube à la hauteur de Kaiserebersdorf (rive droite). On voit sur ce plan combien le cours du Danube viennois a été modifié depuis ! Collection Wien Museum

« Le premier pont, qui sera réservé à l’infanterie, est protégé par plusieurs rangées de pilotis, la tête de pont par des redoutes, et par des batteries installées à hauteur de Kaisers Ebersdorf et de la petite île (Schneidergund) sur laquelle les deux ponts s’appuient, au milieu du fleuve. Un moment on pense même tendre, d’une rive à l’autre, une énorme chaîne trouvée à l’arsenal, et qui datait du temps du siège turc, en 1683 ! En amont, d’autres ponts, plus petits, doivent aussi permettre de se protéger de ce que l’ennemi pourrait mettre à l’eau, comme il l’a fait si habilement en juin.
Puis il fait transformer l’île en un véritable camp retranché, y faisant installer tout ce qu’une armée a besoin à la veille d’une grande opération: un hôpital, une boulangerie, un chantier naval (Napoléon a fait venir des marins de la flotte. Ils sont également employés à la surveillance de l’île, dans des chaloupes, équipées de canons, qui sillonnent les canaux), des ateliers, réserves de nourriture, magasin à poudre, alimenté par les arsenaux de Vienne.
Des milliers d’ouvriers s’affairent. Mais aussi les soldats, qui n’apprécient guère ces travaux, en dépit du supplément de paye qui leur est versé. Entre les latrines et les travaux, beaucoup rêvent à leur vraie vie de soldat… »
Jean Lucas-Dubreton, historien et biographe (1883-1972)

Girault :

« J’allais faire une tournée dans l’île. J’y trouvais bien du changement. On travaillait à élever des batteries de tous cotés, et on construisait de nouveaux ponts sur pilotis (..) Toute l’île était devenue une véritable place forte »

Coignet [1776-1865 ] :

« Cent mille hommes (étaient) à l’œuvre dans l’île. On éleva des redoutes, on creusa des canaux, on traça des chemins, on prépara des ponts et des moyens de passage de toutes sortes ».

La situation des troupes avait été difficile juste après la retraite, comme en témoignent de nombreux protagonistes.

Journal de route d’un régiment hessois :

« Les troupes, épuisées par les deux jours de bataille (Essling), affaiblies par la faim et la soif, ne trouvèrent rien dans l’île de la Lobau, si ce n’est boire l’eau sale de la rivière et une place dans la boue pour bivouaquer. Le manque de vivres devint rapidement évident. La viande de cheval et des orties aromatisées de poudre de canon devenaient un plat délicat. Ce n’est que lorsque les ponts furent rétablis, le 25, que les vivres arrivèrent. »

Coignet :

« Nous fûmes ainsi bloqués dans l’île et nous restâmes trois jours sans pain, obligés, pour vivre, de manger tous les chevaux qui étaient avec nous. Pendant ce temps, M. Larrey faisait des amputations à deux pas de nous. Les cris de souffrance et d’agonie se mêlaient à nos cris de détresse. »

Pils :

« Les communications pour aller d’une rive à l’autre étaient si difficiles, que les hommes n’avaient rien à manger et que les chevaux n’avaient d’autre fourrage que les feuilles des broussailles de saules, seul produit de l’île. On se trouva dans la nécessité absolue de tuer des chevaux pour la subsistance des troupes et, comme les soldats excédés de fatigue par une bataille de dix-huit heures avaient abandonné bidons et marmites, on fut réduit à faire cuire la viande dans des cuirasses et dans des casques.
Nous n’étions pas mieux partagés pour la boisson, n’ayant d’autre eau que celle du fleuve qui charriait les cadavres des hommes et des chevaux tués pendant les deux dernières journées de combats. »

Larrey :

« Malgré la promptitude et l’efficacité de tous les moyens que nous avions employés, les blessés étaient dans une situation pénible, tous étendus sur la terre, rassemblés par groupes sur les rivages du fleuve, ou dispersés dans l’intérieur de l’île, dont le sol était alors sec et aride. Les chaleurs du jour étaient alors très fortes, et les nuits humides et glaciales. Les vents, qui sont fréquents sans ces contrées, couvraient à tout instant ces blessés de nuages de poussière: quelques branches d’arbres, ou des feuilles de roseau, ne les garantissaient qu’imparfaitement des rayons du soleil.
La rupture des ponts et la pénurie des barques pour le transport des denrées ajoutèrent à ces vicissitudes, et nous mirent dans une privation extrême de bons aliments et de boissons réconfortantes, dont nos malades avaient un pressant besoin. Je fus forcer de leur faire préparer du bouillon avec de la viande de cheval, qu’on assaisonna, à défaut de sel, avec de la poudre à canon. Le bouillon n’en fut pas moins bon ; et ceux qui avaient pu conserver du biscuit firent d’excellentes soupes (qu’on ne se figure pas que ce bouillon avait conservé la couleur noire de la poudre: la cuisson l’avait clarifiée). »

Boulart :

« L’armée resta dans l’île pendant quelques jours, à peu près dépourvue de vivres, car il ne pouvait en être apporté que par quelques barques. À défaut de viande, les soldats firent la guerre aux chevaux; dès la première nuit, il y en eut un bon nombre de saignés et dépecés: les chevaux d’officiers y passaient comme les autres ; chacun fut obligé de faire bonne veille pour échapper à ce coûteux tribut. »

La situation va donc s’améliorer lorsque les ponts vont être rétablis.

Larrey :

« Le troisième jour, nous eûmes heureusement toutes sortes de provisions, et nous pûmes faire des distributions régulières. Le quatrième jour, les ponts étant rétablis, les blessés furent tous transportés aux hôpitaux (..) Je fis transporter ceux qui appartenaient à la garde dans la superbe caserne de Reneveck (Rennweg), consacrée autrefois à l’usage de l’école impériale d’artillerie. »

La situation sanitaire n’est par pour autant satisfaisante, et la dysenterie s’installe, se répand, décimant les rangs.

Pour éviter que les Autrichiens puissent être tenus au courant de ce qui se prépare, les allées et venues dans l’île sont strictement surveillées.

Marmont :

« Davoust avait la police de l’île de la Lobau ; son caractère se montra, dans cette circonstance, avec toute sa sévérité sauvage. Il avait défendu aux habitants du pays, sous peine d’être pendus, de pénétrer dans nos camps, et souvent cet ordre a été exécuté à la rigueur » (selon Marbot un espion sera même intercepté et fusillé). »

L’île est traversée par une route qui mène des ponts de la rive droite à la tête de pont vers Essling

Las Cases :

« Le soin fût poussé à un tel point, qu’on éclaira (les ponts) par des lanternes de dix en dix toises, continués tout au travers de l’île de Lobau, le long des chaussées qu’on y avait pratiquées sur une largeur de quarante pieds. Au moyen de ces lanternes, le chemin demeurait aussi praticable de nuit que de jour. »

Des ponts sont jetés sur les nombreux bras qui sillonnent l’île, pour l’instant asséchés, mais pouvant se remplir rapidement, en cas de crue.

Du Kothau jusqu’à hauteur d’Aspern, la rive droite du petit bras est aussi équipée de redoutes et de fortes batteries. Ce bras, qui a la direction nord-sud, et est long d’environ quatre kilomètres, possède également de petites îles, qui sont autant de points de défense.

La première est l’île Alexandre (la Lobau elle-même est appelée île Napoléon.) On l’équipe de redoutes, de 4 mortiers, 10 canons de 12 et 16 de 16. Il s’agit de protéger la tête de pont, et de se garder de l’ennemi, en face d’Oberhausen et Wittau.

Un peu plus en aval, face à Groß-Enzersdorf, une autre île, beaucoup plus petite, l’île Montebello (ou encore île Lannes). Les batteries qui l’arment (10 mortiers, 20 canons de 18) sont dirigés sur ce village.

Continuons en amont du bras du Danube. L’île des Moulins, pareillement équipée, a pour mission de couvrir l’espace qui va de Groß-Enzersdorf à Essling.

Enfin, la dernière île, l’île d’Espagne, a ses 4 mortiers et 6 pièces de 12 directement dirigées sur Essling (toutes les pièces de gros calibre proviennent de l’arsenal de Vienne, dont les ouvriers ont également construit les affûts).

Bien entendu, ces îles sont reliées par des ponts à la Lobau. Il y en aura quatre, plus un ingénieux pont articulé, destiné à être mis en place grâce au courant de la rivière, tous construits à l’abri des regards de l’ennemi, en profitant du réseau de canaux de la Lobau. Toutes les réserves sont prêtes également pour parer à toute rupture de l’un ou l’autre de ces ponts, voire en construire d’autres, si nécessaire.

Pendant ce temps, Napoléon a fait construire des bacs, pouvant transporter 300 hommes, munis « pour mettre les hommes à l’abri de la mousqueterie, d’un mantelet mobile qui en s’abattant servait à descendre à terre ». Chacun des corps d’armée, qui doivent passer en des endroits différents, en est pourvu de 5, leur avant garde se composant donc, au moment du débarquement, de 1500 hommes.

Le 30 juin, toutes les fortifications sont prêtes, toutes les batteries sont en état de tirer. Napoléon a personnellement surveillé tous les travaux :

Marbot (1782-1859) :

« Chaque matin, il voulait avoir des nouvelles de Masséna, et Sainte-Croix [Charles d’Escorches de Sainte-Croix, fils du marquis de Sainte-Croix, autrefois ambassadeur de Louis XVI au près de la Porte ; il sera tué par un boulet à Lisbonne] avait pour ordre de rendre compte chaque jour, dès le lever du jour, dans sa chambre. Sainte-Croix passait sa nuit à inspecter l’île, inspectant nos postes et ceux de l’ennemi, puis il galopait jusqu’à Schönbrunn, où les aides de camp avaient l’ordre de l’amener sans tarder jusqu’à l’Empereur. Pendant que celui-ci s’habillait, Sainte-Croix faisait son rapport…Puis ils parcouraient à cheval l’île, pour inspecter les travaux de la journée, ou observant l’ennemi du haut d’une ingénieuse double échelle que Sainte-Croix avait fait installée en guise d’observatoire… Le soir, Sainte-Croix escortait l’Empereur jusqu’à Schönbrunn…. Cela dura 44 jours, par les chaleurs les plus extrêmes… »

Au cours d’une de ces inspections Masséna fait une chute de cheval, où il se blesse sérieusement, ce qui l’amènera à conduire ses troupes, les 5 et 6 juillet, dans une calèche, le chirurgien Brisset changeant les pansements régulièrement, sous la mitraille !

La même mésaventure arrive à Rapp [le général Jean Rapp (1771-1821)] :

« La bataille de Wagram eut lieu: je n’y assistai pas. Trois jours auparavant j’accompagnai Napoléon dans l’île Lobau: j’étais dans une de ses voitures avec le général Lauriston [le général Jacques Alexandre Bernard Law de Lauriston (1768-1828] ; nous versâmes : j’eus une épaule démise et trois côtes fracassées. »

Girault :

« Toute l’île était devenue une véritable place forte, défendue par plus de cent pièces de grosse artillerie. Tous les travaux s’exécutaient avec une activité extraordinaire, sous les yeux de l’Empereur, qui tous les jours venait s’assurer par lui-même de l’exécution de ses ordres, et surveiller les travaux des Autrichiens, qui eux aussi élevaient sur la rive gauche des retranchements formidables. On avait établi au milieu des arbres une grande échelle du haut de laquelle on pouvait découvrir toute la plaine. L’Empereur y montait souvent pour étudier les travaux de défense des Autrichiens. »

Coignet :

« L’Empereur arrivait tous les jours de Schönbrunn visiter les travaux, puis il montait dans son sapin pour examiner l’ennemi… »

Las Cases :

« Napoléon faisait souvent lui-même la tournée des postes de l’ennemi, et en approcha, dans l’île du Moulin, jusqu’à 25 toises. Un officier autrichien le reconnaissant un jour sur les bords d’un canal large de cinquante toises, lui cria : »Retirez-vous, Sire, ce n’est pas là votre place ».

Le 1er juillet au soir, celles installées dans la Mülhau, déclenchent un violent tir, qui a pour but de disperser les avant-postes autrichiens, et de couvrir le passage de troupes françaises en quatre endroits. A minuit, ces dernières sont installées, le calme retombe sur la Mühlau.

Marbot :

« Pour continuer de faire croire à l’archiduc Charles qu’il avait bien l’intention de passer le fleuve une nouvelle fois entre Aspern et Essling, Napoléon, après la nuit du 1er juillet, avait fait reconstruire le pont par lequel nous avions retraité, et fait passer deux divisions, dont les tirailleurs devaient détourner l’attention de l’ennemi de nos intentions sur Enzersdorf. Il est difficile de comprendre pourquoi l’Archiduc ait pu croire un instant que Napoléon pouvait attaquer sur ce point, face aux imposantes défenses qu’il avait élevé entre Aspern et Essling ; c’eut été prendre le taureau par les cornes. »

Et pourtant la feinte réussi: l’archiduc Charles met son armée en alarme, et la fait avancer à mi-chemin entre le Rußbach et le Danube. Réalisant son erreur, et la force de l’artillerie de la Lobau, il lui fait bientôt rebrousser chemin.

Le lendemain 2 juillet, 500 Français passent, à partir de l’île du Prater, dans le Schierlingsgrund. Le Biberhaufen est déjà occupé. À 8 h du matin, 9 batteries françaises ouvrent le feu sur Groß-Enzersdorf, pilonnant, autour du village et dans le village même, les emplacements occupés par les autrichiens, qui perdent plus de 300 hommes. Les Français en profitent pour occuper et fortifier la Mühleninsel, étant hors de portée des autrichiens.

Napoléon avait transféré son quartier général dans la Lobau.

Boulart :

« Le 3 juillet, départ général de la Garde pour l’île de Lobau, où l’Empereur s’établit. Trois ponts sur le Danube, l’un pour l’infanterie, le second pour la cavalerie, le troisième pour l’artillerie et les équipages rendent le passage du fleuve facile et prompt. »

Savary :

« Dans la journée du 2 juillet, L’Empereur transféra son quartier-général de Schönbrunn à Ebersdorf, et m’ordonna d’enlever tous les bagages du grand quartier, et de n’accepter qu’aucun français ne resta dans Schönbrunn ».

Girault :

« Le 1er juillet, Napoléon vint s’installer dans l’île avec tout le quartier général. Il fallut déguerpir. »

Il ne lui reste plus qu’à donner les ordres pour le passage sur la rive gauche et l’entrée dans la plaine du Marchfeld. Les troupes doivent commencer de se réunir dans l’île le 3 juillet, y être toutes concentrées le 4, avant de passer dans le Marchfeld.

Savary :

« Dès l’après-midi du 2, les troupes avaient commencées d’arriver de toutes les directions, un mouvement qui devait continuer toute la nuit, puis le 3, et encore le 4…150 000 fantassins, 750 pièces de canons, 300 escadrons de cavalerie formaient l’armée de l’Empereur. Les différents corps étaient rangés dans l’île en fonction de l’ordre dans lequel ils passeraient les ponts, de manière à éviter la confusion qui arrive en pareille occasion….. L’île de Lobau était devenue une seconde vallée de Jehosaphat : des hommes qui avaient été séparés l’un de l’autre durant six ans, se retrouvaient sur les bords du Danube. Les troupes du général Marmont, qui arrivait de Dalmatie, étaient composées d’éléments que nous n’avions pas vus depuis le camp de Boulogne. »

Bertrand :

« Le 4 juillet, traversée de Vienne, l’Empereur nous passe en revue sur le bord du Danube, rive droite. Immédiatement après, nous gagnons l’île de Lobau, où ma division est placée en première ligne sur la rive gauche d’un autre bras du Danube. »

Girault :

« Tous les jours de nouvelles troupes arrivaient dans l’île. Il y en avait de toutes les couleurs, des Bavarois, des Wurtembergeois, des Hessois, des Saxons… »

Macdonald :

« Nous ne fûmes pas les derniers à arriver, et nous étions au point de passage choisi pour surprendre l’ennemi. Nous avions parcouru soixante lieues en trois jours, et malgré la fatigue excessive et les chaleurs de cette saison, nous eûmes peu de traînards, tant les soldats de l’armée d’Italie avaient d’ardeur pour prendre part aux grands événements qui allaient se passer et combattre en présence de leurs frères d’armes de la Grande Armée, sous les yeux de l’Empereur. »

Marmont :

« Vous devez, monsieur le général Marmont, être le 5 au matin dans l’île Napoléon. » (Major Général Berthier).

« La leçon que Napoléon avait reçue lui avait profité. Des moyens de passage assurés, à l’abri de toute entreprise et de tout accident avaient été préparés. Le général Bertrand, commandant le génie de l’armée, avait conduit tous ces travaux avec habileté. Le véritable Danube était passé, et cette vaste île de Lobau rassemblait la plus grande population militaire que l’on eut jamais vue réunie sur un même point. »

Tascher :

« Le 3, toute l’armée de Hongrie vient de passer au pont d’Ebersdorf. Nos forces se concentrent, les grands coups vont se porter. Le 4, à 11 heures du matin…nous nous dirigeons sur Ebersdorf ; nous nous mettons en bataille dans la plaine en avant de Schwechat et nous y sommes accueillis comme l’autre fois par un orage affreux; je crois que la nuit sera rude.

L’armée entière se rassemble : l’armée d’Italie, celle de Dalmatie, les Saxons, les Bavarois, en un mot, tout ce qui combat pour Napoléon…À 9 heures du soir, notre tour arrive..Nous voilà donc dans cette fameuse île de Lobau, retraite de l’armée française après la funeste bataille d’Essling… C’est demain qu’il faudra vaincre ou mourir ! Quatre-cent mille hommes, qui ne se haïssent point, qui peut-être s’aimeraient s’ils se connaissaient, sont resserrés dans l’espace étroit de trois lieues carrées et n’attendent que le signal pour s’entr’égorger. Combien est intéressante la scène qui va s’ouvrir ! Nous sommes couchés dans la boue et plongés dans une profonde obscurité ; la pluie tombe par torrents. »

Ces Bavarois du général Wrede, dont parle Tascher, arrivent au dernier moment, n’ayant reçu que le 30 juin l’ordre de se rendre à Vienne.

Ils quittent Linz le 1er Juillet, à deux heures et demi du matin, et vont marcher 13 heures par jour, à la moyenne de 40 kilomètres ! Ils sont à Saint-Pölten le 3 Juillet. Là, ils reçoivent un nouveau message de Berthier :

« Mon Cher Général, si vous souhaitez participer à l’affaire qui se présente devant nous, vous devez arriver dans l’île de la Lobau, près d’Ebersdorf, avant 5h du matin, le 5 juillet. »

Wrede remet ses troupes sur pieds, et les amène le 4 à Purkersdorf. Ce n’est pourtant pas fini ; elles doivent encore faire 10 kilomètres pour aller bivouaquer à Schönbrunn. Au total, les Bavarois auront parcouru près de 225 kilomètres en un peu plus de quatre jours !

Czernin :

« Quand les canons de Wagram se firent entendre, nous vîmes arriver les Bavarois de Wrede. Ils avaient dû venir de Linz à marches forcées et, couverts de poussière et de boue, étaient si épuisés, qu’ils s’effondraient aux coins des rues. Leur aspect misérable éveillait la pitié. Mais eux aussi durent aller à cet abattoir, qu’on nomme le champ d’honneur. »

Un autre témoin raconte :

« Les Bavarois étaient si épuisés qu’ils s’effondraient au coin des rues et leur aspect inspirait la pitié. »

Le capitaine Berchen est tellement épuisé que, par deux fois, il s’endort et tombe de son cheval !

Et pourtant Wrede prendra part à la deuxième journée de Wagram. La marche de ses soldats est considérée par certains comme l’une des plus rapides de l’histoire militaire de ce temps.

Les Saxons de Bernadotte, eux, ont leur bivouac non loin des tentes de Napoléon. Celui-ci leur rend visite et s’adresse à eux, le général von Gutschmidt servant d’interprète :

« Demain, nous livrerons bataille – Je compte sur vous ! Dans quatre semaines vous regagnerez votre patrie. Le colonel Thielman a chassé les ennemis hors de la Saxe. »

Les cris de « Vive l’Empereur » l’accompagnent quand il s’éloigne.

Finalement, le passage a lieu dans la nuit du 4 au 5 juillet.

Sources : 
www.napoléon-histoire.com

Voltigeurs_of_a_French_Line_regiment_crossing_the_Danube_before_the_battle_of_Wagram

Voltigeurs de la grande armée traversant sur une embarcation le Danube

Heimito von Doderer (1896-1966) : « Les Démons » (1956)

 Franz Carl Heimito Ritter von Doderer nait le 5 septembre 1896 à Hadersdorf/ Weidlingau près de Vienne dans une famille aristocratique à la double confession, catholique par son père et protestante par sa mère. Ayant obtenu son baccalauréat en 1914, il commence des études de droits mais, mobilisé comme sous-officier, doit les interrompre pour aller combattre avec les armées austro-hongroises sur le front de l’Est. Capturé par l’armée russe et emprisonné en Sibérie il ne rentre à Vienne qu’en 1920.

Heimito von Doderer (1896-1966), photo droits réservés

Il suit des cours de psychologie et d’histoire, commence à écrire, publie un premier roman (Die Bresche, La brèche, 1924) après un livre de poésie (Gassen und Landschaft, Ruelles et paysages, 1923), obtient son doctorat d’histoire (1925) et écrit de nombreux articles pour la presse viennoise. Adhérent du parti nazi dès 1933, Heimito von Doderer va toutefois s’en éloigner quelques années plus tard pour se rapprocher de plus en plus du catholicisme auquel il se convertit en 1940. Il est à nouveau mobilisé pour la seconde guerre mondiale, combat en France puis sur le front oriental, en Norvège où il est fait prisonnier et interné.

Les escaliers Strudlhof de Vienne, photo Wikipedia

Rentré à Vienne en mai 1946, son passé de nazi lui ferme provisoirement les portes de l’édition de ses ouvrages jusqu’en 1951, année où son roman Die Strudlhofstiege oder Melzer und die Tiefe der Jahre (Les escaliers Strudelhof ou Melzer et la profondeur des années) est autorisé à paraître. Suivent jusqu’à sa mort le 23 décembre 1966, de nombreux autres livres (romans, chroniques, journal, poésie) et articles parmi lesquels Les Démons, d’après la chronique du Chef de division Geyrenhoff (1956) fresque romanesque qu’il a repris après l’avoir abandonné auparavant. On lui décerne le le Grand prix d’État autrichien en 1958. Heimito von Doderer meurt à Vienne le 23 décembre 1966.

La tombe de Heimito von Doderer au cimetière viennois de Grinzing (photo droits réservés)

Les Démons
Heimito von Doderer met en scène par l’intermédiaire distant du récit de Geyrenhoff dans son livre un nombre impressionnant de personnages viennois, tous liés aux évènements des sombres années et des périodes d’affrontements 20-30 qui engendreront l’austrofascisme.
Un des protagonistes, Léonard, ancien marin du fleuve et désormais ouvrier, habite une modeste chambre chez une veuve d’un magasinier de la D.D.S.G. près du canal du Danube. Léonard, au passé qui revient sous les traits d’un Danube pollué et nauséabond est porteur de changement, d’émancipation et d’espoir dans l’humanité. Son évolution à travers sa rencontre avec la fille du libraire Fiedl, la découverte de l’amour, l’éveil de ses sens, ouvre à cet ouvrier inculte mais intact et en capacité de s’adapter au changement, des perspectives insoupçonnées et semblent bien symboliser pour H. von Doderer un champs de possible rédemption du  lourd passé de l’humanité et l’avènement d’un nouvel humanisme. 

 « Cette partie de la ville [de Vienne] est par endroit proche du fleuve, mais ce n’est pas vrai de toutes ses rues et ruelles ; il semble pourtant que de quelque façon tout se rapporte plus ou moins à lui, dont la nature est d’ouvrir les terres, d’autant plus efficacement ici qu’il y coule déjà entre des rives plates : le Kahlenberg et le Bisamberg1 étaient en amont de la ville les dernières hauteurs à sembler doucement venir serrer son cours, l’un avançant près de l’eau, mais l’autre comme fuyant déjà de sa courbe arrondie vers le fond du ciel. Et c’est à partir de là que commence l’Orient plat. Les cheminées des vapeurs à roues progressent lentement, on les voit de très loin, on entend aussi leur bruit sourd de meule quand ils remontent. Quand le vent soulève les jupes des saules, la face inférieure argentée des feuilles devient visible. À l’horizon, des nuages lourds de vapeur : là-bas de l’autre côté, le Marchfeld2 ; non loin, la Hongrie.

   Le quartier est bâti sur une grande île qui a en gros la forme d’un navire, d’un gigantesque navire qui a autrefois remonté le fleuve encore gigantesque pour venir mouiller ici. Il y a longtemps maintenant qu’il ne plus repartir, les eaux ayant baissé. Sur la plage avant s’est étalée la Brigittenau3, au milieu se trouve Leopoldstadt4, rejointe par le Prater, et tout à fait à l’arrière on fait des courses de chevaux dans la Freudenau5.

   Léonard sentait le fleuve. Il le sentait, le soir, quand il était couché sur le dos sur le divan de cuir lisse de sa chambre.

   Le fleuve sentait. Le fleuve était pollué. C’était ce qui formait au plus profond, au plus intime, le vif de cette âme ou corps, de cette broche par laquelle son passé sur l’eau rejoignait le présent de Léonard et l’habitait. Non que l’eau du fleuve ait senti, elle coulait trop vite, dans le lit principal tout au moins. Mais la vie sur les remorqueurs, en remontant de Budapest, en passant sous le haut promontoire montagneux de Gran6, en franchissant Komorn7, cette vie lente sur les péniches était toujours accompagnée d’odeurs que ces larges vaisseaux trainaient en quelque sorte par la plaine verte qu’elles offensaient et polluaient  : cuisine et chambre à coucher, femmes et enfants qui se trouvaient souvent sur les navires de ce genre, sur ces bateaux qui du dehors avaient l’air superbes et propres, grands comme des navires de haute mer, passés au goudron noir. Ce n’était pas le goudron qui gênait le nez de Léonard : il l’aimait bien. La fumée des cheminées du remorqueur de tête, s’il arrivait que le vent la rabatte sur le train de péniches, incommodait moins Léonard aussi, encore que l’on se mit alors volontiers à jurer à bord. Mais l’épais remugle de moisi et de malpropre qui remontait le fleuve lui causait un trouble profond. »

Heimito von Doderer (1896-1966) , « La grande nébuleuse ou passage devant Friederike Ruthmayr » , Les Démons (1956), D’après la chronique du Chef de division Geyrenhoff, traduit de l’allemand par Robert Rovini, L’ÉTRANGÈRE, Gallimard, Paris, 1965

Notes :
1 Le Kahlenberg dans le quartier de Döbling est une colline de 484 m qui domine Vienne et le Danube. L’église baroque de Saint Joseph qui se trouve juste en dessous de son sommet est un but de pèlerinage. Un observatoire (Stephaniewarte) a été construit au sommet de la colline en 1887. Lieu d’excursions des Viennois ses coteaux sont partiellement couverts de vigne. Le Bisamberg  est une colline de 192 m de haut située sur la rive gauche du Danube sur le territoire de Korneuburg également propice à la viticulture.
2 Plaine fertile au Nord-Est de Vienne, sur la rive gauche du Danube
3 Quartier de Vienne situé entre le Danube et le canal du Danube, au nord du centre de la ville.
4 Anciennement territoire de forêts alluviales et inondables, le deuxième arrondissement de Vienne se situe également entre le Danube et le canal du Danube. Le parc du Prater avec ses attractions appartient au quartier de Leopoldstadt.
5 Hippodrome de Vienne au bout du parc du Prater, non loin du Danube.
6 Nom allemand pour la ville hongroise d’Esztergom
7 Port slovaque (rive gauche) et hongrois (rive droite) sur le Danube. Ancienne forteresse autrichienne surnommée « Le Gibraltar du Danube ».

Bibliographie en langue française (sélection) :

Sursis, traduit par Blaise Briod, Paris, Plon, 1943 ; réédition, Paris, Union Générale d’Éditions, coll. « 10/18. Domaine étranger » n° 1837, 1987
Un meurtre que tout le monde commet, traduit par Pierre Deshusses, Paris, Rivages, coll. « Littérature étrangère », 1986, réédition, Paris, Rivages, coll. « Bibliothèque étrangère Rivages » n° 14, 1990

Les Chutes de Slunj, traduit par Albert Kohn et Pierre Deshusses, Paris, Rivages, coll. « Littérature étrangère », 1987
Les Fenêtres éclairées ou L’Humanisation de l’inspecteur Julius Zihal, traduit par Pierre Deshusses, Paris, Rivages, coll. « Littérature étrangère », 1990
La Dernière Aventure, traduit par par Annie Brignone, Toulouse, Éditions Ombres, coll. « Petite bibliothèque Ombres » n° 46, 1995
Divertimenti, traduit par Pierre Deshusses, Paris, Rivages, coll. « Littérature étrangère », 1996
Histoires brèves et ultra-brèves, traduit par Raymond Voyat, Paris, Éditions du Rocher, coll. « Motifs » n° 310, 2008
Mort d’une dame en été, traduit par François Grosso, Paris, Éditions Sillage, 2010

Fondements et fonction du roman, traduit par Robert Rovini, dans la revue Les Temps modernes 21/234, 1965, p. 908-921

Le Pont/passerelle de la liberté sur la Morava/March entre l’Autriche et la Slovaquie en amont de son confluent avec le Danube

Un bel ouvrage pour les cyclistes et les randonneurs, photo © Danube-culture, droits réservés   
   Un premier pont avec des piles en bois avait été édifié à cet endroit en 1771, à l’époque du règne de l’impératrice Marie-Thérèse. Emporté par la débâcle des glaces en 1809 le pont est reconstruit avec l’aide du comte hongrois Ferdinand Pálffy en 1813 puis détruit en 1866 pendant la guerre austro-prussienne afin de retarder l’avancée des troupes prussiennes qui menaçaient Vienne. Reconstruit une nouvelle fois à la fin des hostilités, il est encore emporté par une débâcle de glaces en 1880. Un bac le remplace. La rivière devient la frontière entre l’Autriche et la République tchécoslovaque à la fin de la première guerre mondiale puis en 1945, une ligne difficilement franchissable du Rideau de fer entre L’Ouest et l’Est de l’Europe. Nombreux furent celles et ceux qui, malgré les dangers, tentèrent malgré tout de rejoindre l’Autriche depuis la rive slovaque militarisée et y laissèrent leur vie. Une période sombre qui prit fin en 1989.
Pont-passerelle de la liberté sur la March (Morava)

Une rivière de frontière apaisée : la March/Morava depuis le pont-passerelle, photo © Danube-culture, droits réservés

   La partie autrichienne (région de Basse-Autriche) souhaitait initialement baptiser la passerelle du nom de « Pont Marie-Thérèse » ce qui n’a pas été accepté par les autorités slovaques (Marie-Thérèse fut pourtant couronnée « Roi de Hongrie et de Bohême » en 1740 à Bratislava). Ces mêmes autorités slovaques s’opposèrent ensuite au résultat d’un referendum qui proposa le nom de « Pont Chuck Norris », apparemment très populaire en Slovaquie. L’ouvrage qui a été ouvert aux cyclistes et au piétons en septembre 2012, a finalement été baptisé d’un commun accord « Pont de la liberté » (« Brücke der Freiheit » en allemand, « Slobodý cyklomost » en slovaque) en hommage aux victimes qui tentèrent de franchir la rivière et le Rideau de fer à cet endroit pendant la dictature communiste.
   Ce pont-passerelle, dessiné par l’architecte slovaque Milan Beláček, d’un coût total de 4,6 millions d’Euros, financé par l’UE à 80% et pour le reste à parts égales entre la Slovaquie et l’Autriche, mesure 550 m de long, 21,3 m de hauteur et 4,6 m de largeur.
Un Chuck-Norris-Buffet accueille avec humour promeneurs et cyclistes à proximité du pont sur la rive slovaque…

Le château de Hof en Marchfeld, © photo Danube-culture, droits réservés

La forteresse d’Aggstein en Wachau : un haut-lieu des légendes danubiennes

Construite, dans sa partie la plus ancienne, à la fin du XIe et au début du XIIe siècle par Manegold III von Acchispach, elle tombe ensuite dans les mains de la dynastie des Kuenring von Aggsbach-Gansbach jusqu’à leur extinction au XIVe siècle.

   Une légende raconte qu’Hadmar III von Kuenring contrôlait et entravait selon son bon vouloir la navigation sur le fleuve à l’aide d’une solide chaîne de fer qu’il faisait tendre en travers du fleuve à l’arrivée des bateaux. Exaspéré par ses pratiques, le duc Friedrich II von Babenberg, duc d’Autriche (1211-1246) décida de s’emparer sans succès de la forteresse. C’est par la ruse qu’il réussit à mettre fin aux exactions d’Hadmar III von Kuenring. Un marchand de Vienne avec un bateau lourdement chargé de marchandises qui cachaient une troupe des soldats puissamment armés dans ses cales, fut arrêté par la chaine dressée en travers du fleuve. Le maître des lieux monta sur l’embarcation et les soldats s’en emparèrent. Ils rentrèrent à Wiener Neustadt avec leur précieux prisonnier. La vengeance du duc Friedrich II von Babenberg fut toutefois clémente puisque Hadmar III von Kuenring recouvra la liberté en échange de la restitution des biens dont il s’était emparé. Repentant, il serait mort en pèlerinage quelques années plus tard non loin de Passau.

Une des chaines qui servaient autrefois à entraver la navigation sur le Danube (collection du Musée de l’armée de Vienne), photo © Danube-culture, droits réservés

En 1429, la forteresse devient la propriété du conseiller ducal Jörg Scheck vom Wald (littéralement « La terreur de la forêt ») qui l’avait reçu des mains du duc Albrecht V de Habsbourg dit « le Sage » (1298-1358), ultérieurement duc d’Autriche sous le nom d’ Albrecht II. Délabrée, la forteresse est reconstruite à la demande de celui-ci. Une période sombre pour la forteresse car son propriétaire, surnommé « le mangeur de fer » (der Einsenfresser) ou le vengeur sanguinaire » (der Blutracher) s’illustre par son comportement particulièrement sanguinaire et malhonnête. Chargé, à partir de 1438, de contrôler la navigation des bateaux sur le Danube d’amont en aval et d’entretenir le chemin de halage pour les embarcations montantes, il ne peut s’empêcher d’abuser de ses fonctions et se met à rançonner tous ceux qui naviguent sur le fleuve et passent devant son château-fort. Georg von Stain (?-1497) s’empare la forteresse d’assaut en 1463. Aussi peu scrupuleux que son prédécesseur, il en est expulsé par Ulrich Freiherr von Graveneck en 1476. Le duc Leopold III de Habsbourg (1351-1386) reprend lui même Aggstein l’année suivante et y installe des locataires afin que les pillages et les pratiques de rançons cessent.

Ruines d’Aggsbach depuis le Danube (1820-1826) par Adolph Friedrich Kunike (1777-1838), collection privée

Aggstein va subir encore les assauts des troupes ottomanes au XVIe siècle qui l’incendient (1529). À nouveau rénovée en 1606 par Anna von Polheim-Parz, veuve du dernier locataire, elle est laissée ensuite à l’abandon jusqu’au XIXe siècle.

Ses ruines alimentent alors de nombreuses légendes. Elle devient ensuite un lieu de promenade et commencera a être restaurée à partir de 1930 par son nouveau propriétaire, la famille Seilern-Aspang.

Burgruine_Aggstein_Wachau

La forteresse médiéval d’Aggstein dominant le Danube, photo Danube-culture, droits réservés

La forteresse avec sa salle des chevaliers sa chapelle, sa taverne, ses tours et ses vastes murailles est accessible par une petite route escarpée depuis le hameau d’Aggstein en contrebas. Elle se visite et fait aujourd’hui l’objet de nombreuses manifestations culturelles et historiques. La vue sur la vallée du Danube en Wachau depuis la forteresse est exceptionnelle.

info@ruineaggstein.at
www.ruineaggstein.at

La légende du  jardinet des roses d’Aggstein

« Château en ruines, perché au sommet d’un rocher conique qui domine Aggsbach. Ce château, une des plus belles ruines féodales du Danube, était au XIIIe siècle, la terreur des voyageurs et des bateliers. Il avait alors pour propriétaire un seigneur-voleur nommé Schreckenwald, qui précipitait ses prisonniers par une trappe de fer dans un gouffre qu’il appelait Rosengartlein, son « petit jardin de roses ». Ce bandit périt sur l’échafaud. Mais il eut pour héritier, ou plutôt pour successeur Hadmar de Khuenringer, qui possédait aussi Dürrenstein [la forteresse de Dürnstein] avec dix autres châteaux-forts et qui fit regretter Schreckenwald. Son frère Leutold le secondait si bien dans tous ses crimes et ils inspiraient une telle terreur, qu’on les avait surnommés les limiers. »

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, mise à jour 1er septembre 2020

Adalbert Stifter (1805-1868) : écrivain, peintre et pédagogue haut-danubien

Adalbert Stifter, lever de lune (vers 1855)

   Écrivain, pédagogue, poète réaliste et peintre haut-autrichien né en 1805 à Oberplan (Horní Planá, Bohême méridionale) petit village au bord de la Vltava non loin de Český Krumlov (Krumau), à la frontière avec l’Autriche (Haute-Autriche) et mort à Linz, grand admirateur de Goethe, Adalbert Stifter est une des personnalités culturelles autrichiennes incontournables de l’époque post-napoléonienne du Biedermeier (1815-1848). Mais le peintre écrivain ou l’écrivain peintre autrichien, fervent admirateur et observateur de la nature et adepte de la lenteur et du voyage intérieur, ne symbolise en aucune façon cette époque superficielle qui représente le grand triomphe du goût bourgeois et du conservatisme dans les pays de la confédération germanique et en Autriche.

Oberplan (Horní Planá)  en Šumava (Forêt de Bohême), village natal d’Adalbert Stifter, peinture d’A. Stifter, vers 1823

A. Stifter perd à l’âge d’à peine douze ans son père qui se tue accidentellement (1817). Traumatisé, son fils tente d’abord de se laisser mourir de faim puis il entreprend l’année suivante, des études à l’abbaye bénédictine de Kremsmünster.

L’abbaye de Kremsmünster, peinture d’A. Stifter

Il est admis en 1826, à la Faculté de droit  l’Université de Vienne et s’éprend de Fanny Greipl, fille d’un commerçant de la bourgeoisie viennoise. Dans ses lettres à Fanny, l’étudiant se dévalorise lui-même comme amant. Son refus de participer à un concours pour obtenir une chaire de physique à l’Université de Prague déconcerte ses futurs beaux-parents, qui le perçoivent alors comme un homme instable, sans ambition ni avenir. En 1832 a lieu la rencontre avec Amalia Mohaupt, une ancienne prostituée, qui devient sa femme en 1837. Sans descendance, le couple adopte plus tard les enfants d’un frère d’Amalia. Une fille se suicidera en se jetant dans le Danube. Après cet accident tragique, l’écrivain s’enfonce dans une grave dépression.

A. Stifter en 1868, portrait de Bertalan Széchely (1835-1910)

A. Stifter n’arrive pas à choisir entre les vocations de peintre et d’écrivain. Il se décide en 1840, après de longues hésitations, à devenir écrivain et c’est à travers la littérature et les nouvelles qu’il exprimera son talent d’observateur de la nature et sa passion pour celle-ci.
La parution de sa première nouvelle Der Kondor (1840) à Vienne reçoit un accueil très enthousiaste et le rend célèbre. Pendant huit ans, il arrive à subvenir à ses besoins grâce à la vente de ses livres et des leçons particulières. Stifter est nommé Inspecteur des écoles primaires de Haute-Autriche en 1850, prend sa retraite en 1865 et, gravement malade, met brutalement fin à son existence en se tranchant la gorge le 28 juin 1868.

Le mur du diable, près de Hohenfurt, peinture d'A. Stifter

Le mur du diable, près de Hohenfurt, peinture d’A. Stifter, photo droits réservés

« Si l’on excepte les écrits de Goethe et en particulier les Conversations de Goethe avec Eckermann, le meilleur livre allemand qui existe : que reste-t-il de la littérature en prose allemande qui mérite d’être relu et relu encore ? Les Aphorismes de Lichtenberg, le premier tome de l’Autobiographie de Jung-Stilling, L’été de la Saint-Martin d’Adalbert Stifter et Les Gens de Selwyla de Gottfried Keller, c’est tout pour l’instant. »

Friedrich Nietzsche, « Le Voyageur et son Ombre » in Humain, trop humain. Un livre dédié aux âmes libres., 1879

La maison d’Adalbert Stifter à Linz, à proximité du Danube et du centre ville (rive droite), aujourd’hui siège de l’Institut Adalbert Stifter et d’un musée littéraire (dans l’appartement occupé par A. Stifter au deuxième étage) consacré à l’écrivain-peintre et à son oeuvre. 

http://www.adalbertstifter.at
http://www.stifterhaus.at

Gerald Stieg, « Stifter (Adalbert) », Dictionnaire du monde germanique, dir. Élisabeth Décultot, Michel Espagne et Jacques Le Rider, Éditions Bayard Paris, 2007

Bibliographie sélective en langue française :
Le Sentier dans la montagne, Éditions Sillage, Paris, 2017
Le cristal de roche, Paris, Éditions Sillage, Paris, 2016
Dans la forêt de Bavière, Premières pierres, Saint-Maurice, 2010
Fleurs des champs, Éditions Circé, Belval, 2008
Les deux soeurs, Éditions Circé, Belval, 2004
L’arrière-saison, récit, Éditions Gallimard, Paris, 2000
Brigitta, Éditions Farrago, Tours, 2000
Descendances : nouvelle, préface de J. Le Rider, Éditions J. Chambon, Nîmes, 1996
Pierres multicolores. 1, Cristal de roche, nouvelles, Éditions J. Chambon, Nîmes, 1995
L’homme sans postérité, Éditions du Seuil, Paris, 1995
Le condor, Éditions Séquences, Rezé, 1994
Le village de la lande, nouvelle, Éditions J. Chambon, Nîmes, 1994
Tourmaline : pierres multicolores II, nouvelles, Éditions J. Chambon, Nîmes, 1990
Les cartons de mon arrière-grand-père, Éditions J. Chambon, Nîmes, 1989
Le château des fous, Éditions Aubier (édition bilingue), Paris, 1979

« Gorgé des rumeurs et des flots de sève montante de leur jeune vie à peine commencée, les jeunes gens escaladaient la pente entre les arbres, parmi les chants des rossignols. Tout autour d’eux se déployait un paysage resplendissant où couraient les nuages. Dans la plaine, en contrebas, on pouvait apercevoir les tours et la masse des demeures d’une grande ville. »
Adalbert Stifter, L’homme sans postérité, traduction de Georges-Arthur Goldschmidt, Éditions du Seuil, Paris, [1995 ?], c. 1978

Eric Baude, © Danube-culture, mai 2020, révisé septembre 2021

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