Les sources du Danube

La source de la Breg au lieu-dit Martinskapelle, sur la commune de Furtwangen,, avec la statue de Flvius Danubius photo ©  Danube-culture droits réservés

Quelques dates :

En l’an 15 avant J.-C., selon Hérodote, le général romain et futur empereur Tibère (42 av. J.-C.-37 ap. J.-C.), chevauchant du lac de Constance vers le Nord aurait découvert le Danube.

368 après J.-C. : le poète Decimus Magnus Ausonius (vers 309/310 -vers 394-395 ap. J.-C.) mentionne dans l’un de ses poèmes d’amour la source du Danube.

1292 : Le nom du fleuve est joint au nom du village de Túnŏeschingen (Donaueschingen).

1488 : les princes de Fürstenberg achètent le village et le château de Donaueschingen.

1493 : l’humaniste Hartmann Schedel (1440-1514) mentionne la source du Danube dans ses Chroniques de Nuremberg.

1538 : le savant humaniste, professeur d’hébreu, mathématicien, astronome et cartographe Sébastien Münster (1489-1552), originaire de Bâle, réalise la première carte de la source du Danube et la mentionne  dans sa Cosmographia Universalis (1538).

La Brigach, Vilingen et Donaueschingen, détail d’une carte de la Cosmographie Universelle de Sébastien Münster (1538)

1723 : le prince Josef Wilhelm Ernst de Fürstenberg (1699-1762) fait de Donaueschingen sa résidence principale. Il construit un nouveau château de style Baroque.

FURTWANGEN en Forêt-Noire (Land de Bade-Wurtemberg)

Furtwangen en 1808

   « Profitant d’un carnaval à Donaueschingen, un bourgmestre de Furtwangen, déguisé en statue du Commandeur, n’y alla pas par quatre chemins pour dire son sentiment. À la tête d’une délégation de partisans résolus, il vida avec ostentation une bouteille d’eau de la Breg dans le bassin du château afin, déclara-t-il, que celui ne devienne pas à sec. »
Bernard Pierre, Le roman du Danube, « Une naissance princière », Éditions Plon, Paris, 1987

La petite chapelle saint-Martin (Martinskapelle) veille sur la la source de la Breg, photo © Danube-culture, droits réservés

   Furtwangen en Forêt-Noire est la première commune à se vouloir être le berceau du Danube. C’est sur le territoire de cette petite cité, également connue pour ses fabriques d’authentiques coucous, au lieu-dit Martinskapelle (Chapelle Saint-Martin), que la Breg (ou le Danube…) prend sa source, à 1078 mètres d’altitude.

« Ici jaillit la source principale du Danube, la Breg, à l’altitude de 1078 m au-dessus de la mer, à 2 888 km de l’embouchure du fleuve. À 100 m de la ligne de partage des eaux entre le Danube et le Rhin, entre la mer Noire et la mer du Nord. » Photo © Danube-culture, droits réservés

   Furtwangen prétend encore à une autre singularité. Son territoire se situe sur la ligne de partage des eaux de deux bassins versants de deux grands fleuves européens, ceux du Rhin et du Danube. Deux rivières, qui naissent à moins de deux cents mètres de distance l’une de l’autre, courent ainsi vers deux horizons opposés : la Breg, qui, de sa rencontre avec la Brigach et d’autres sources du sous-sol karstique à Donaueschingen, forme officiellement le Danube et l’Elz (121 km) qui, elle, tourne le dos au Danube et préfère se jeter dans le Rhin.

Toute proche de la source de la Breg, quelques mètres au-dessus, la ligne de partage des eaux entre le bassin du Rhin et celui du Danube, photo © Danube-culture, droits réservés

Cette petite ville de près de 10 000 habitants est aussi réputée pour son musée de l’horlogerie.

Source de la Breg. À peine sortie de terre et déjà bleue ! Photo © Danube-culture, droits réservés

« Ici naît le bras principal du Danube, dit la plaque apposée près de la source de la Breg. Malgré cette déclaration lapidaire, le débat pluriséculaire sur les sources du Danube est loin d’être clos, et se trouve même à l’origine d’une vive rivalité entre les villes allemandes de Donaueschingen et de Furtwangen. En outre, ce qui est venu récemment compliquer les choses, c’est l’hypothèse hasardeuse soutenue par Amédée, sédimentologue distingué et historiographe occulte des erreurs de programmation —hypothèse selon laquelle le Danube naît d’un robinet. Sans prétendre résumer l’énorme quantité de livres écrits au fil des âges sur le sujet depuis Hecatée de Millet, le précurseur d’Hérodote, jusqu’aux fascicules de la revue Merian, en vente dans tous les kiosques, il convient de se remettre en mémoire ces époques lointaines pour lesquelles le Danube était né de source inconnue — comme le Nil, dans les eaux duquel, du reste, il se reflète et se confond, sinon in re du moins in verbis, au gré des comparaisons et des parallèles entre les deux fleuves qui se succèdent depuis des siècles dans les commentaires savants.

Une source plus discrète, celle de la Brigach au lieu-dit Sankt-Georgen-Brigach à 925 m d’altitude, sur la commune de Sankt-Georgen im Schwarzwald, photo © Danube-culture, droits réservés

   Ces sources ont été très tôt l’objet de recherches, de notices, de conjonctures de la part d’Hérodote, de Strabon, de César, de Pline, de Ptolémée, du pseudo-Skymnos, de Sénèque, de Mela, d’Erastothène, elles y sont supposées ou signalées dans la forêt d’Hyrcanie, chez les Hyperboréens, dans les Pyrénées, dans les contrées des Celtes, ou des Scythes, sur le mont Abnoba, aux Hespérides, tandis que d’autres hypothèses font état de la bifurcation du fleuve, d’un bras qui se jetterait dans l’Adriatique, et donnent des descriptions contradictoires de son embouchure sur la mer Noire. Si, de l’histoire ou de la légende qui veut que les Argonautes soient descendus du Danube jusqu’à l’Adriatique, on passe aux temps préhistoriques, la vérification devient encore plus malaisée, on se heurte à l’énorme, au fracas d’une gigantesque mise en place, à une géographie de titans : l’Ur-Donau, le Danube primitif, prenait sa source dans l’Oberland bernois, là où se dressent aujourd’hui les pics de la Jungfrau et de l’Eiger, recevait les eaux de l’Ur-Rhin, de l’Ur-Neckar et de l’Ur-Main et, vers la moitié du Tertiaire, pendant l’Éocène, il y a vingt à soixante millions d’années avait son embouchure à peu près sur le site actuel de Vienne, dans un golfe de Thétis, mère originelle des océans, au bord de cette mère des Sarmates qui recouvrait alors toute l’Europe du sud-est. »
Claudio Magris, « Donaueschingen contre Furtwangen » in Danube, Éditions Gallimard, Paris, 1986

Collectivité locale de Furtwangen : www.furtwangen.de
Musée allemand de l’horlogerie : www.deutsches-uhrenmuseum.de

   Même Jules Verne semble s’interroger sur l’emplacement de la ou des sources du Danube…
« Toutefois, une difficulté pouvait se présenter. La situation de la source du grand fleuve était-elle déterminée avec précision? Les cartes l’indiquaient-elles avec exactitude? N’existait-il pas quelque incertitude sur ce point, et, quand on essaierait de rejoindre Ilia Brusch à tel endroit, ne serait-il pas à tel autre?
Certes, il n’est pas douteux que le Danube, l’Ister des Anciens, prenne naissance dans le grand-duché de Bade. Les géographes affirment même que c’est par six degrés dix minutes de longitude orientale et quarante-sept degrés quarante-huit minutes de latitude septentrionale. Mais enfin cette détermination, en admettant qu’elle soit juste, n’est poussée que jusqu’à la minute d’arc et non jusqu’à la seconde, ce qui peut donner lieu à une variation d’une certaine importance. Or, il s’agissait de jeter la ligne à l’endroit même où la première goutte d’eau danubienne commence à dévaler vers la mer Noire.
D’après une légende qui eut longtemps la valeur d’une donnée géographique, le Danube naîtrait au milieu d’un jardin, celui des princes de Furstenberg. Il aurait pour berceau un bassin en marbre, dans lequel nombre de touristes viennent remplir leur gobelet. Serait-ce donc au bord de cette vasque intarissable qu’il conviendrait d’attendre Ilia Brusch le matin du 10 août?
Non, là n’est point la véritable, l’authentique source du grand fleuve. On sait maintenant qu’il est formé par la réunion de deux ruisseaux, la Breg et la Brigach, lesquels se déversent d’une altitude de huit cent soixante-quinze mètres, à travers la forêt du Schwarzwald. Leurs eaux se mélangent à Donaueschingen, quelques lieues en amont de Sigmaringen, et se confondent alors sous l’appellation unique de Donau, d’où les Français ont fait Danube.Si l’un de ces ruisseaux méritait plus que l’autre d’être considéré comme le fleuve lui-même, ce serait la Breg, dont la longueur l’emporte de trente-sept kilomètres, et qui naît dans le Brisgau… »
Jules Verne, « Aux sources du Danube » in Le pilote du Danube   

Donaueschingen (Land de Bade-Wurtemberg) : les sources et plus… 

La source « officielle », aménagée et très fréquentée du Danube dans le parc du château de Donaueschingen, photo © Danube-culture, droits réservés

Le bassin de la source officielle, dans le parc du château, a été aménagé en 1875 à la demande du prince Charles Egon III de Furstenberg (1820-1892) par son architecte Adof Weinbrenner (1836-1921). La statue intitulée « Die Baar » qui symbolise le relief en forme de plateau où le fleuve prend ses sources1, montre à une jeune fille, le Danube (die Donau), le chemin vers le lointain. Réalisée initialement mais non achevée par Franz Xaver Reich en 1875 l’oeuvre a été relevée et intégrée dans un cadre en marbre par Adolf Heer.
Une tradition voulait autrefois que les hôtes du château prennent un bain dans le bassin quelqu’en soit la saison !

Notes :
1Le nom de Baar ou Baarhochmulde désigne un  plateau calcaire situé dans sa zone centrale à une altitude d’environ 670 à 750 mètres entre la Forêt-Noire et le Jura souabe dans le sud-ouest de l’Allemagne (Bade-Wurtemberg). Le nom provient de l’ancien landgraviat historique de Baar qui avait cependant une étendue un peu plus grande. La Baar couvre une superficie de 410 km².

La Baar montrant le chemin au jeune Danube au-dessus du bassin de la source officielle du fleuve  dans le parc du château de Donaueschingen, photo © Danube-culture, droits réservés

« On a fait l’honneur à une très belle source, enfermée aujourd’hui dans la cour du château de Donaueschingen, de la regarder comme l’origine du Danube, et le faible courant qui en sort porte le nom du fleuve, reçoit comme simples affluents deux rivières qui viennent s’y joindre et perdre leur nom. Ce privilège accordé à la faiblesse contre les droits de la force, si rarement contestés, remonte sans doute à une très haute antiquité ; il est probable que son origine fut mythologique ; la beauté de la source et des sites qui l’environnent put faire croire que le dieu du fleuve avait choisi ce lieu pour sa demeure. Un prince de Fürstenberg, propriétaire de ce charmant pays, eut l’ambition de se mettre à la place de ce dieu, de tenir à son tour l’urne inclinée dont les eaux vont se répandre jusque dans le Pont-Euxin ; il fit construire le château dont ce réservoir naturel et le ruisseau qu’il alimente, sont la plus intéressante décoration. »
DUCKETT, M.W. (dir.), Dictionnaire de la conversation et de la lecture. Tome XIX, [D-Délibéra]. Paris, Berlin-Mandar, 1835

Bassin de la source officielle du Danube dans le parc du château des Fürstenberg à Donaueschingen, photo © Danube-culture, droits réservés

Donaueschingen : « Hier entspringt die Donau »
« Hier entspringt die Donau », Ici naît le Danube, dit la plaque du parc des Fürstenberg, à Donaueschingen. Mais l’autre plaque, que le docteur Ludwig Ohrlein a fait apposer sur la source de la Breg, précise que c’est cette dernière, parmi toutes celles prétendent au titre de source de fleuve, qui est la plus éloignée de la mer Noire, à 2.888 kilomètres, soit à 48,5 km de plus que Donaueschingen. Ce docteur Ohrlein, propriétaire du terrain dans lequel jaillit la Breg, à quelques kilomètres de Furtwangen, a livré bataille contre Donaueschingen à coups de papier timbré et de certificats. On a là une intime et tardive séquelle de la Révolution française au sein de la persistante « misère allemande » : le bourgeois de profession libérale et petit propriétaire se dressant contre la noblesse féodale et ses blasons. Les bons bourgeois de Furtwangen se sont rassemblés en troupe compacte derrière le docteur Orhlein et tous ont en mémoire ce jour où leur maire, suivi d’un cortège de ses concitoyens, a versé non sans mépris, dans la source de Donaueschingen, une bouteille d’eau de la Breg. »
Claudio Magris, Danube, « Donaueschingen contre Furtwangen », Éditions Gallimard, Paris, 1986

« Brigach und Breg
bringen die Donau zu Weg.
Breg et Brigach
mettent le Danube en chemin. »
Dicton local

  Première ville en aval des deux sources du Danube, Donaueschingen, élégante et propette, se revendique haut et fort comme le lieu de la naissance du fleuve, plus précisément dans le parc du château des princes Fürstenberg. C’est par la confluence de la Breg et de la Brigach en aval à l’extrémité du parc, que ces deux petites rivières qui n’en demandaient pas tant du point de vue de la géographie ni de l’histoire, forment le point de départ du parcours du Danube.
Donaueschingen est jumelée avec la ville de Saverne (Alsace).

   « Officiellement, c’est bien connu, c’est à Donaueschingen que se trouve la source du Danube, et les habitants en garantissent l’originalité et l’authenticité, juridiquement parlant. Depuis l’époque de l’empereur Tibère, le petit filet d’eau jaillissant de la colline a été célébré comme source du Danube, et c’est aussi à Donaueschingen que se rencontrent les deux rivières, la Breg et la Brigach, dont la réunion (selon l’opinion commune, confirmée par les guides touristiques, les pouvoirs publics et les proverbes populaires) constitue le départ du Danube. L’incipit du fleuve qui engendre et enserre la Mittteleuropa fait partie intégrante de l’ancienne résidence princière des Fürstenberg, en même temps que le château, la bibliothèque de cour renfermant les manuscrits de la Chanson des Nibelungen et de Parsifal, la bière portant elle aussi le nom des seigneurs du lieu et les festivals de musique qui ont fait la réputation de Hindemith. »
Claudio Magris, « Donaueschingen contre Furtwangen » in Danube, Éditions Gallimard, Paris, 1986

Brochure de l’Office de tourisme de Donaueschingen :
Die Donauquelle (La source du Danube)
« L’eau qui jaillit entre l’église collégiale saint-Jean et le château de Donaueschingen et que l’on désigne comme la « source du Danube » provient d’une source souterraine de la Forêt-Noire alimentée par l’eau de pluie.

L’élégant temple néo-grec de la source du Danube dans le parc du château de Donaueschingen, photo © Danube-culture, droits réservés

   Depuis l’empereur romain Tibère, cette source, une des quinze sources de type karstique, est considérée comme la source du Danube, fleuve traversant l’Europe. Hérodote mentionne dans ses écrits que les Celtes avaient déjà bâti leurs habitations autour de ce lieu avant l’arrivée des Romains ce qui incite à penser que ceux-ci considéraient déjà cette source d’eau comme la source du Danube et la vénéraient en tant que telle. »

Le confluent de la Breg et de la Brigach à Donaueschingen ; c’est à partir de ce confluent que le fleuve prend officiellement le nom de Donau (Danube), photo © Danube-culture, droits réservés

À Donaueschingen…
   « Le Danube prend sa source sous la colline de l’église paroissiale saint-Jean à l’architecture baroque, juste à côté du château princier. À l’origine, cette source coulait librement devant celui-ci et rejoignait la Brigach et la Breg à environ deux kilomètres à l’est pour former le Danube. Au-delà de la Brigach se trouvaient autrefois des marais alimentés par de nombreuses sources et petits cours d’eau.
L’eau de la source du Danube coule désormais via un canal souterrain directement dans la Brigach. Les marais ont été transformés en un parc princier avec des étangs et des canaux.
La source du Danube est réputée depuis l’époque romaine. Le commandant militaire et futur empereur Tibère visite le site en l’an 15 avant Jésus-Christ et l’empereur Maximilien du Saint Empire Romain germanique (1459-1519) y tient une cour solennelle en 1499. Le dernier empereur allemand, Guillaume II de Hohenzollern (1859-1941), a également visité la source du Danube à plusieurs reprises entre 1900 et 1913.
Le prince Karl Egon III de Fürstenberg (1820-1892), né à Donaueschingen, fait construire en 1875 un élégant bassin circulaire entourant la source du Danube. La sculpture centrale représente la « Mère Baar » qui dirige le jeune Danube sur son parcours de 2840 kilomètres, de sa source à Donaueschingen à la mer Noire. »
https://haus-fuerstenberg.com/donaueschingen/?lang=en

Et combien de kilomètres ?
On attribue au cours du Danube différentes longueurs : il mesure 2840 km à partir de sa source jusqu’à la mer Noire, (certains citent le chiffre de 2845 km) et 2775 km à partir de la confluence de la Brigach et de la Breg. On cite également le chiffre de 2888 km (comme il est d’ailleurs indiqué sur la plaque de la source de la Breg à Furtwangen) mais celui-ci inclut en fait les 46 km du cours de la Breg qui prend sa source dans la Forêt-Noire et rejoint la Brigach à Donaueschingen.
En réalité, on ne mesure pas la longueur du Danube à partir de la source de la Breg dans la Forêt-Noire, pas plus qu’on ne la mesure à partir de la source située à Donaueschingen. Le Danube est un cas particulier et, contrairement aux autres fleuves, ses kilomètres sont comptabilisés depuis l’une de ses embouchures [l’embouchure du bras de Sulina]. Son point zéro officiel est matérialisé par le « vieux » phare de Sulina, petite ville et port du delta du Danube en Roumanie et son dernier kilomètre se trouve à la confluence de la Brigach et du Breg à Donaueschingen !

Sulina (bras de Sulina, rive gauche) le point kilométrique zéro à partir duquel la longueur du fleuve est mesurée, se situe aujourd’hui bien en amont du confluent de ce bras avec le mer Noire, photo © Danube-culture, droits réservés

Collectivité de  Donaueschingen :
www.donaueschingen.de (page en langue française)
Office du Tourisme :
www.donaueschingen.de

Le château des princes de Fürstenberg ne se visite que sur réservation (voir à l’Office du Tourisme).
Musée Biedermann :
www.museum-art-plus.com
Musée d’art contemporain en bordure du parc du château

Festival de musique contemporaine de Donaueschingen (Donaueschinger Musiktage) :
www.swr.de/donaueschingen
Le plus ancien festival de musique contemporaine au monde, créé en 1921 et l’un des plus prestigieux. Une programmation transversale ouvrant sur d’autres pratiques artistiques contemporaines. Un grand évènement culturel. Certaines des oeuvres créées dans le cadre de cette manifestation ont été dédiées au Danube.

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, mis à  jour avril 2024

Photo © Danube-culture droits réservés

Un canal entre le Danube et le lac de Constance

Gare du port de Friedrichshafen, vers 1900

   Le gouvernement du royaume du Wurtemberg fait réaliser en 1839 une première étude comparant la rentabilité d’un canal et du chemin de fer entre Ulm et Friedrichshafen sur le lac de Constance, étude qu’il présente en 1839 au parlement mais celui-ci lui préfère la construction d’une voie ferrée. Un peu plus d’un d’un siècle plus tard, en 1942, une autre étude démontra qu’un canal de Haute-Souabe, région située au sud de la région du Moyen Neckar et qui s’étend jusqu’aux rives du lac de Constance, accessible à des bateaux de 1200 tonnes, pourrait devenir un maillon important du réseau européen de voies navigables mais uniquement sous certaines conditions, c’est-à-dire que, sur la base du traité d’État de 1921 concernant la voie navigable Main-Danube, le parcours du Haut-Danube entre Ulm et Kelheim soit équipé d’écluses, qu’un canal complémentaire Neckar-Danube soit réalisé, que les ouvrages sur le Haut-Rhin, entre le lac de Constance (Stein am Rhein) et Bâle, soient construits conformément au traité d’État de 1929 et que la liaison par voie navigable entre le Haut-Rhin, l’Aar, le lac Léman et le Rhône soit également réalisée ultérieurement.
Ce projet prévoyait la construction d’un canal de navigation de 106 km qui partait du Danube en aval d’Ulm à une altitude de 464 m, passait à Laupheim et Biberach après avoir croisé la ligne de chemin de fer Ulm – Munich, s’élevait de 87 m jusqu’à une hauteur de crête de 550 m ainsi que la construction d’un tunnel accessible à un seul bateau à la fois d’un kilomètre de long près d’Aulendorf (Bade-Wurtemberg). De là, la descente s’effectuait sur un tracé à l’ouest de Ravensburg et Friedrichshafen jusqu’au lac de Constance par l’intermédiaire de trois écluses d’une hauteur de 10 m, de quatre ascenseurs (hauteurs de 22 – 32 m) et d’un élévateur avec un plan incliné (hauteur = 104 m), dispositif complété de trois centrales électriques. Le projet resta en suspens jusqu’à la fin 1969. Le Ministère fédéral allemand des transports prit alors la décision de l’abandonner estimant que celui-ci n’était plus réalisable du fait de son impact sur les zones habitées traversées par le futur canal.

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, août 2023

Ulm (Bade-Wurtemberg)

Ulm, ville libre impériale et aujourd’hui capitale du Land de Bade-Wurtemberg

« Le Fischerviertel » ou Quartier des pêcheurs, est un site enchanteur, avec ses ruelles intimes et accueillantes, ses auberges prodigues en truites et en asperges, ses brasseries en plein air, sa promenade sur le Danube, ses vieilles maisons avec des glycines se reflétant dans la Blau, le ruisseau du lieu, lequel se jette discrètement dans le grand fleuve… ».
C. Magris, Danube, Éditions Gallimard, Paris, 1988

Ulm et le Danube vers 1540, vue depuis le côté sud. Aquarelle signée « delin et pinx. St. Flock Ulm » (Stefan Flock 1870-1928), réalisée en 1910 d’après un dessin à l’encre coloré de 1580. On y voit, du côté actuel de Neu-Ulm la rive droite du fleuve à la hauteur de l’île du Danube. En haut de l’image, de gauche à droite sur la rive septentrionale, la porte « Herdbrucker », la cour « Reichenau » (Ehinger), la cour Verte, la tour « Diebsturm », en biais devant, encastrée dans le mur de la ville, la tour Verte, à côté les ruines de l’église Prediger (reconstruite en 1616 sous le nom d’église de la Trinité), la tour « Spitalturm » et à droite de l’image la tour « Gänsturm ». Depuis la porte « Herdbrucker », le pont « Herdbrücke » mène d’Ulm à l’île du Danube, en partie entourée de remparts (nouvelles fortification réalisées en 1564). Sur la partie est de l’île qui n’est pas fortifiée, se trouvent des ateliers (de cordiers ?). Sur la rive actuelle de Neu-Ulm on voit au premier plan la salle de tir à l’arbalète inférieure, une maison à colombage détruite en 1552, reconstruite en 1557 et à nouveau démolie en 1632. Sur la droite, une cabane de tir avec une cible sur la façade. Sources : Stadtarchiv Ulm

   Fondée en 854, la cité d’Ulm a été érigée en ville libre impériale par l’empereur Frédéric Barberousse en 1274. Elle est annexée quelques années à la Bavière au tout début du XIXe siècle puis restituée en partie au duché de Wurtemberg dès 1810. La ville fut détruite par un bombardement allié en 1944 à plus de 80 %.

J. B. Homann (1664-1724), géographe et cartographe allemand,  à partir de 1715, cartographe et géographe de l’empereur du Daint Empire romain germanique, membre de l’Académie Royale de Prusse : Nova et accurata Territorium Ulmensis… », Nuremberg, 1720

   La ville possède encore un monastère bénédictin baroque avec une splendide bibliothèque, de jolies fontaines, une horloge astronomique du XVIe siècle, un quartier historique des pêcheurs au bord de la Blau devenu un haut-lieu touristique de la ville, plusieurs musées dont un intéressant Musée du pain, un remarquable Musée d’art du XXIe siècle (Musée Weishaupt), un Musée des Souabes du Danube (die Donauschwaben) qui relate l’histoire passionnante mais tragique des migrations volontaires ou imposées de ce peuple vers l’aval du fleuve. Au XVIIIe siècle près de 150.000 immigrants de langue allemande ont été incités à s’installer sur les terres hongroises reconquises sur les turcs par la couronne impériale autrichienne. La majorité venait  et de Souabe et des provinces autrichiennes dont la Lorraine. Il y eut 3 vagues principales de migration :
-de 1723 à 1726
-de 1764 à 1771
-de 1784 à 1786

À la fin de la deuxième guerre mondiale, quelques 13 à 15 millions de cette population d’ethnie allemande ont été expulsés de leur terre d’adoption par les régimes communistes de Hongrie et de Roumanie. Ce fut l’une des plus grandes campagne de nettoyage ethnique jamais réalisée dans l’histoire de l’humanité.

Plaque commémorative dédiée aux Souabes du Danube : « Aux morts de la patrie, de la guerre et des expulsions », photo © Danube-culture, droits réservés

« Sur la grand-place d’Ulm s’élève la cathédrale, dont le clocher est le plus haut du monde, et dont la construction — hétérogène — s’est étendue sur plusieurs siècles, puisqu’elle a commencé en 1377 et s’est terminée (si l’on ne tient pas compte de restaurations postérieures ) en 1890. Cette cathédrale a quelque chose de déplacé, cette pointe de mauvaise grâce qui apparaît presque toujours dans les exploits, dans les records… »
Claudio Magris, « L’archiviste des vilénies », in Danube, Éditions Gallimard, Paris, 1988

  La « cathédrale » d’Ulm (1377-1890), en fait une église luthérienne gothique mais au dimension d’une cathédrale, revendique la flèche la plus haute du monde.

Le marché aux cochons
« La ville est aimable, les 548 brasseries recensées en 1875 semblent réconcilier idéalement Christian Friedrich Daniel Schubart, le poète révolté et Albrecht Ludwig Berblinger le célèbre tailleur qui voulait voler et retomba comme une pierre dans le Danube, le nouveau cinéma allemand, né en grande partie à Ulm, et la célèbre école supérieure de design. C’est de cet aimable genius loci que faisait preuve aussi le plus illustre des fils d’Ulm, Einstein, en écrivant dans un joli quatrain en vers, que les étoiles ― qui se moquent de la théorie de la relativité ― continuent éternellement leur chemin selon les lois de Newton.
Sur la façade de l’hôtel de ville, une plaque rappelle qu’à Ulm Kepler a publié ses Tables Rodolphines et inventé un poids-étalon adopté par la ville ; sur la place du marché aux bestiaux une autre plaque, qui célèbre avec arrogance les victoires allemandes de 1870 et la fondation du Reich de l’empereur Guillaume, ajoute sur un autre ton :
« Auch auf dem Markt der Säue,
Wohnt echte deutsche Treue ! »
« Même au marché aux cochons, bat un coeur allemand loyal. »

Photo Danube-culture, droits réservés

Cette rime entre Säue (truie) et Treue (fidélité) est déjà, involontairement, une caricature malicieuse de ce qui, en peu d’années, allait devenir la vulgarité du riche et puissant Troisième Reich. C’est avec une tout autre délicatesse, par contre, qu’on a peint en 1717 sur la belle Maison des Pêcheurs, qui se trouve sur la petite place du même nom, l’image d’une ville, Weissenburg, autrement dit Belgrade. Le peintre, Johannes Matthäus Scheiffele, maître de sa corporation, a voulu immortaliser les convois militaires qui partaient d’Ulm et descendaient le Danube pour aller combattre les Turcs ; Belgrade, reprise puis perdue, étant un des noeuds stratégiques de cette guerre. C’est d’Ulm également, sur de grosses barques connues sous le nom de « pontons d’Ulm » [Ulmer Schachtel] que partaient les colons allemands qui s’en allaient peupler le Banat, les « Donaueschwaben », les Souabes du Danube, qui, durant deux siècles, de Marie-Thérèse à la seconde guerre mondiale, allaient marquer radicalement de leur empreinte cette civilisation danubienne aujourd’hui effacée… »
Claudio Magris, « Le marché aux cochons » in Danube, Éditions Gallimard, Paris, 1988

Sur le Danube supérieur…
« Il est indubitable qu’Ulm se trouve sur le Danube supérieur. Mais jusqu’où précisément arrive ce dernier, où se trouvent son début et sa fin, quelle est son aire, son identité, sa notion même ? L’ingénieur Neweklowsky a passé sa vie à tracer les limites de l’ « Obere Donau », du Danube supérieur, et ― une fois circonscrit ce territoire ― à le passer au crible, à le classifier et à le le cataloguer mètre par mètre dans l’espace et dans le temps, en ce qui concerne la couleur des eaux et les tarifs douaniers, le paysage qu’il offre à la perception immédiate et les siècles qui l’on construit. Comme Flaubert ou Proust, Neweklowsky a consacré toute son existence à son oeuvre, à l’écriture, au Livre ; le résultat, c’est un volume en trois tomes de 2 164 pages en tout, y compris les illustrations, qui pèse cinq kilos neuf cents et qui, comme le dit son titre, a, pour sujet non pas le Danube, mais plus modestement La navigation et le flottage sur le Danube supérieur (1952-1964). »
Claudio Magris, « Deux mille cent soixante-quatre pages et cinq kilos neuf cents de Danube supérieur », in Danube, Éditions Gallimard, Paris, 1988

Guerre et paix sur les bords du Danube
« Près de l’abbaye d’Elchingen, à quelques kilomètres de la ville, se trouve l’endroit où fut signée, le 19 octobre 1805, la Capitulation d’Ulm, reddition du général autrichien Mack — le « malheureux Mack » dont parle Tolstoï dans Guerre et Paix — à Napoléon. Une stèle rappelle le souvenir des morts napoléoniens — soldats français ou venus des divers États allemands alliés à l’époque avec l’Empereur :

À LA MÉMOIRE DES SOLDATS
DE LA GRANDE ARMÉE DE 1805
BAVAROIS, WURTEMBERGEOIS, BADOIS
ET FRANÇAIS

Le paysage, avec ses bois brumeux le long du fleuve, fait penser à une gravure représentant une bataille. Une brèche montre l’endroit où le maréchal Ney fondit sur les défenses autrichiennes.
Cette section du Danube a été le théâtre de grandes batailles, comme celle d’Höchstadt (ou de Blenheim), au cours de laquelle le prince Eugène et Lord Marlborough, pendant la guerre de succession d’Espagne, infligèrent en 1704 une défaite à l’armée française du Roi-Soleil. Mais ces batailles aux abords du Danube sont des batailles de la vieille Europe prérévolutionnaire et prémoderne, qui prolongent — au gré des victoires et des défaites des différentes grandes puissances — l’équilibre entre les monarchies absolues jusqu’en 1789. L’empire danubien incarne par excellence ce monde de la tradition et Napoléon, qui après avoir vaincu les Autrichiens à Ulm entre dans Vienne, incarne, lui, la modernité qui talonne et serre de près le vieil ordre habsburgo-danubien, dans une poursuite qui n’aboutira qu’en 1918. »
Claudio Magris, « Grillparzer et Napoléon », in Danube, Éditions Gallimard, Paris, 1988

Site internet des villes d’Ulm et de Neu-Ulm : www.ulm.de
Office de tourisme : www.tourismus.ulm.de

Culture :
Musée de la culture du pain (Museum der Brotkultur) : www.museum-brotkultur.de
Musée centrale des Souabes du Danube (Donauschwäbische Zentralmuseum) : www.dzm-museum.de
Kunsthalle (Galerie) Weishaupt : www.kunsthallenweishaupt.de

La Nabada d’Ulm : une grande fête nautique danubienne !

    Selon la tradition, le maire d’Ulm prête également ce jour-là devant les habitants de la ville le serment d’être un édile honnête et impartial dans la gestion de la cité, tant pour les pauvres que pour les riches. La Nabada commence l’après-midi à 16h.

L’édition 2023 de la Nabada d’Ulm, une des fêtes danubiennes les plus populaires du cours du fleuve, photo droits réservés

Nabada est un mot du dialecte souabe pour « hinunter » (vers le bas, vers l’aval). Et l’on vient aussi de très loin pour admirer ce carnaval aquatique qui met en scène toutes sortes de drôles embarcations animées à thème ou non, musicales… qui descendent alors le Danube sur un parcours de 7 km.

Le Danube fait partie intimement de l’histoire fluviale de la ville avec  ces deux petits affluents, l’Iller (147 km) et la Blau (22, 3 km) dont le nom ne provient pas comme on pourrait le croire de la couleur bleue (blau en allemand) mais vraisemblable du mot celte Blava, deux  rivières qui se jettent dans le fleuve à cet endroit, cette dernière traversant joyeusement le bastion des pêcheurs (Fischerbastei). 

Le bastion des pêcheurs d’Ulm sur la rive gauche du Danube, photo Danube-culture © droits réservés

    Ulm et le Danube c’est d’abord ce bastion historique des pêcheurs, aujourd’hui haut-lieu touristique sur la rive gauche du Danube, en contrebas de la cathédrale miraculeusement épargnée par les bombardements pendant la deuxième guerre mondiale et dont la flèche est la plus haute du monde (161,53 m).

La nef centrale de la cathédrale d’Ulm, photo © Danube-culture, droits réservés

   Le Danube souabe ce sont aussi les fameux « Ulmer Schachtel » dénommés en français « boites d’Ulm », ces coches d’eau construits sur le modèle des « Zille » viennoises dont on trouve une représentation sur la façade sud de l’Hôtel de ville, embarcations de transport en bois à fond plat, et destinées en principe à ne servir que pour un voyage aller (le bois pouvait être alors revendu sur le lieu d’arrivée ou servir de matériel pour la construction de maisons et autres bâtiments).

Un « Ulmer Schachtel » (boîte d’Ulm), fresque peinte sur la façade sud de l’Hôtel de ville, photo Danube-culture © droits réservés

De nombreux colons souabes, les Donauschwaben, descendirent le fleuve sur ces embarcations à la rencontre de leur destin pour s’installer au XVIIIe et XIXe, en plusieurs vagues successives (3 importantes vagues au XVIIIe soit environ 150 000 colons sur des territoires danubiens souvent marécageux des confins de l’Europe centrale et de l’Europe orientale, territoires reconquis au détriment de l’Empire ottoman soit par l’Empire autrichien (Banat, Batchka, Syrmie…), soit par l’Empire russe (Bessarabie, Dobroudja). Dans un tragique retournement dont l’histoire des hommes a le secret, un grand nombre de leurs descendants, fuyant les armées soviétiques, referont au XXe siècle, à la fin de la seconde guerre mondiale, le trajet en sens inverse jusqu’en Souabe pour les plus chanceux d’entre eux. Une visite au passionnant Musée central des Souabes du Danube d’Ulm permet de mieux comprendre leur épopée. 

Enseigne dans le bastion des pêcheurs, photo © Danube-culture, droits réservés

La ville d’Ulm fête encore le Danube avec de célèbres joutes nautiques, le Fischerstechen, une manifestation dont l’origine remonte au XVe siècle voire au Moyen-âge. Elle se déroule sur le fleuve tous les quatre ans, les deux dimanches précédent le lundi du serment. 16 équipages déguisés avec des costumes historiques défilent dans la ville puis s’affrontent à l’aide de lances en bois sur des « Zille » sous le regard amusé des spectateurs. Baignade dans le Danube pour les participants garantie sauf pour le vainqueur !  La dernière édition a eu lieu en 2017 et la prochaine édition du Fischerstechen se déroulera le 18 juillet 2021. On s’y retrouve ?

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, mis à jour août 2023

Le Fischerstechen d’Ulm en 2017, photo droits réservés

Pour séjourner et visiter Ulm :
Office du Tourisme d’Ulm (très courtois et efficace) :
https://tourismus.ulm.de
tourismus-region-ulm.de
www.ulmer-schifferverein.de
schwoermontag.com
(en allemand)

Musée central des Souabes du Danube (Donauschwäbisches Zentralmuseum Ulm) :
www.dzm-museum.de

Bastion des pêcheurs, photo Danube-culture © droits réservés

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