Conditions climatiques du bassin danubien

« On peut adopter comme critère du caractère continental croissant en direction de l’Est, l’amplification des variations des températures mensuelles moyennes de l’air entre le mois le plus chaud et le mois le plus froid. Cette différence augmente régulièrement depuis le bassin supérieur avec 20°-21° (Ulm, Vienne) jusqu’au bassin central encerclé de montagne avec 22°-24° (Budapest, Belgrade 23°) et enfin jusqu’à la basse plaine danubienne avec 26° (Bucarest). La basse plaine danubienne centrale a un climat continental avec un été chaud et un hiver relativement modéré. La basse plaine daubinene inférieure  (basse plaine roumano-bulgare ) se distingue par un été chaud et un hiver froid avec des précipitations relativement faibles. » 1

Le régime des précipitations varie selon l’exposition, pluvieux pour les contreforts des montagnes exposés à l’Ouest et au Nord et avec des précipitations réduites pour les versants tournés vers l’Est. La chaine de montagne entourant le bassin central du Danube reçoit des précipitations plus abondantes que la basse plaine hongroise continentale. Quant au Carpates avec leur position septentrionale connaissent des hivers bien plus rigoureux que les Monts Dinariques qui descendent vers le sud.

1 JOVANOVIČ , Slavobuj, STANČÍK, Andrej, Hydrology of the river Danube/Hydrologie du Danube, Publishing House Priroda, Bratislava, 1988, p. 65

Le Danube en amont de Ruse, Bulgarie, photo © Danube-culture, droits réservés

Températures de l’air et de l’eau

Température de l’air : le régime des températures dans le bassin du Danube dépend surtout du caractère de la circulation atmosphérique et des particularités du relief ; ainsi, l’influence de la latitude géographique devient un facteur secondaire.

La température de l’air augmentant tout au long du fleuve, la valeur de la température de l’eau du Danube augmente elle aussi ; toutefois, les variations de température de l’eau tout au long du fleuve sont moins importantes que les variations de température de l’air.

Température de l’eau : la température de l’eau du Danube varie de l’amont vers l’aval en fonction du temps et de l’espace et n’a de caractère constant dans aucune section mouillée. Ce fait est en premier lieu en rapport avec la température de l’air environnant, la radiation solaire et la température de l’eau des cours d’eau qui alimentent le Danube.

La variation de la température de l’eau suit la variation de la température de l’air, mais du fait de la capacité thermique de l’eau, dans la première moitié de la période libre de glaces la température de l’air est en général plus haute que la chaleur accumulée dans l’eau, tandis que dans la deuxième période elle est plus basse. Les températures moyennes annuelles des eaux du Danube sont toujours supérieures aux températures moyennes annuelles de l’air dans le bassin danubien, car en hiver la température de l’eau ne tombe pas sous zéro, tandis que la température de l’air atteint à la même époque des températures négatives.

La température maximum de l’eau du Danube est enregistrée en juillet et en août ; elle atteignait au début du XXIe siècle en moyenne 18-19°C sur les sections du Haut Danube et 24-26°C sur les sections du Bas-Danube mais le réchauffement climatique en cours engendre une augmentation des températures moyennes sur l’ensemble du cours du fleuve.

Régime des glaces

La particularité caractéristique du régime des glaces du Danube est l’extrême instabilité des phases des phénomènes de glaces et la diversité des dates de leur apparition. Il y a des années où le fleuve n’est pris à aucun endroit et où des phénomènes de glaces apparaissent à certains endroits et non à d’autres. La probabilité d’apparition de phénomènes de glaces varie de 70 à 90 %.

Les glaces peuvent apparaître sur le Haut-Danube et sur le Moyen-Danube entre début décembre et fin février. La disparition des glaces peut survenir à partir de fin décembre jusqu’à mi-mars sur le Haut Danube, et de début janvier jusque fin mars sur le Moyen Danube et le Bas Danube.

Le Bas-Danube pris par les glaces, photo droits réservés

La prise du fleuve n’a pas lieu chaque année. La plus petite probabilité est relevée sur le Haut Danube (de 5 à 30%). Dans cette région, il arrive fréquemment que le fleuve gèle à plusieurs reprises au cours du même hiver et que la rupture des glaces survienne en conséquence plusieurs fois. Sur le Danube Moyen la probabilité de gel du fleuve s’élève de 25 à 50%, et sur le Bas Danube de 40 à 75%. Dans ces régions, le gel du fleuve et la rupture des glaces répétées pendant un même hiver sont rares.

Les charriages de printemps et d’automne s’accompagnent d’entassements de glaces sur les rives, d’embâcles et de bouchons de glace qui provoquent souvent de brusques hausses du niveau d’eau, une inondation des régions riveraines et la destruction des digues et des ouvrages portuaires.

La durée de la période hors gel est en moyenne de 345 jours pour le Haut Danube et le Moyen Danube, et de 330 jours pour le Bas Danube. La durée minimum de période hors gel a été relevée en 1947 sur la majeure partie du Moyen Danube (275 jours).

Danube-culture, mis à jour 10 mars 2020

Sources :
Commission du Danube
La Commission du Danube et la navigation danubienne, collectif d’auteurs,  Commission du Danube, Budapest, 2004
JOVANOVIČ , Slavobuj, STANČÍK, Andrej, Hydrology of the river Danube/Hydrologie du Danube, Publishing House Priroda, Bratislava, 1988

Le bassin du Danube, un espace cohérent ? par Jacques Bethemont

« Les dysfonctionnements de l’espace danubien »

« La majeure partie du Danube a longtemps été unifiée dans le cadre de l’Empire austro-hongrois qui avait obtenu le principe de l’internationalisation du fleuve lors du traité de Vienne. Bien avant cette date, les autrichiens avaient entrepris d’améliorer la navigation sur le cours du fleuve dans les limites d’un espace impérial qui allait de l’aval de Passau à l’amont de Belgrade jusqu’en 1878. Par la suite, le recul de l’Empire ottoman et l’indépendance de fait de la Valachie et de la Bulgarie permirent d’étendre le système navigable sur le cours aval du Danube. Restait le problème de la Serbie dont il est inutile de préciser qu’il ne fut pas résolu du temps de l’Empire.

Le brassage des invasions et le reflux de la puissance turque avaient laissé dans un espace souvent uniforme, une mosaïque de peuples que séparaient leurs langues ou leurs religions avec, parfois, des frontières abolies mais encore sensibles comme celle qui séparait la Hongrie de la Valachie. Dans ce contexte social et politique délicat, le Danube apparaissait comme un facteur d’unité, d’autant que les problèmes frontaliers n’empêchaient pas l’acheminement vers les ports de la mer Noire du blé destiné à l’Europe du Nord et au Royaume-Uni. Cette activité amenait une incessant brassage de population et l’existence d’une culture danubienne paraissait évidente en dépit de la diversité des langues, jusqu’à ce que le sort des armes et l’exacerbation des nationalismes amènent le démembrement de l’Empire austro-hongrois.

Le Bassin du Danube n’est donc pas assimilable à un espace cohérent et il reste pour l’essentiel affecté par des tensions frontalières qui dégénèrent régulièrement en conflits armés dont le dernier en date ne paraît pas définitivement clos. Dans ce contexte difficile, la Commission du Danube joue un rôle de conciliation qui pour être officiel n’en est pas moins modeste. Témoignent de ces multiples contradictions, d’un côté l’échec de Gabčikovo entrepris dans le cadre de deux nations réunies dans  un un même ensemble économique, la CAEM (COMECOM), de l’autre la réalisation des deux barrages des Portes-de-Fer, mené à bien dans le cadre d’une coopération entre deux nations, la Roumanie et la Yougoslavie, appartenant à deux ensembles supposés antagonistes. »

Sources :
Bethemont Jacques, « Le fleuve et la structuration de l’espace » in Les grands fleuves, entre nature et société, « Le fleuve et la structuration de l’espace », Armand Colin/VUEF, Paris 2002, p. 228

Le Danube : frontière ou trait d’union entre les peuples d’Europe centrale et orientale ?

Le Danube c’est évidemment bien plus qu’une frontière ou plutôt qu’une superpositions de frontières presque invisibles, parfois fluctuantes mais toujours palpables. Ce fût (mais n’est pas encore ?) le symbole d’affrontements, de confrontations douloureuses, d’enjeux entre un monde sédentaire à l’ouest et un univers longtemps nomade et de migration à l’est, entre des empires, entre des peuples, entre des régimes politiques opposés ? C’est en même temps une voie de vie, de civilisation et d’échanges. Ont été édifiées dès l’antiquité au long de ses rives des routes de marchandises, sont passés et passent sur celles-ci dans les deux sens des chemins d’invasions, de conquêtes, de pillards, de croisés, de migrants, de pèlerins, d’aventuriers de toutes sortes mais aussi et sur ces mêmes chemins des voies de diffusion de nouvelles cultures. Les abords du fleuve en sont toujours les mémoires vivantes, témoignent.

Le Danube : une impressionnante succession de paysages et d’horizons

Ruines de la forteresse d’Aggstein en Wachau

Le bassin danubien raconte aussi plusieurs histoires extraordinaires, celle de la formation du continent européen, celle de la nature d’abord puis celle d’une relation tumultueuse entre l’homme prométhéen et une divinité de la nature à la force, à la ténacité opiniâtre, au caractère ombrageux, indocile, colérique. Rien ne fut et ne sera jamais gagné définitivement par l’homme sur le fleuve impérial. Celui-ci, encore aujourd’hui, et malgré de nombreux et pharaoniques aménagements des deux derniers siècles avec ces cathédrales fluviales que sont les gigantesques barrages d’Autriche et des Portes de fer, sort régulièrement de son lit, provoquant des inondations sur des espaces considérables, rappelant à l’homme que lui seul décide. Comment vivre le mieux possible en composant avec ces incertitudes fut sans doute la question permanente des hommes depuis leur installation au long de ses rives.

Le Danube se tient bien au-delà de l’histoire humaine mais il la façonne continuellement. Le Danube est ainsi au sein de cette histoire tout à la fois le fleuve des émotions, des passions, de la démesure et du simple quotidien, des dangers de la nature, des légendes, des fêtes, du vivre ensemble ou parfois aussi… du ne plus vivre ensemble.

Chacun a « son » Danube ou le voit selon sa place, ses rêves, ses besoins, ses projets, sa propre histoire. Mille et un métiers, mille et une manières d’être et de faire déclinent l’incroyable attractivité du fleuve, mille et un regards se posent sur le Danube et le questionnent. Le fleuve génère sans le vouloir un incessant tourbillon de vies entremêlées.

C’est dans cet esprit que ce site francophone souhaite s’organiser et raconter le fleuve.

La France et le Danube : une histoire ancienne

Ce site francophone veut aussi se faire l’écho de la présence française au bord du fleuve et de son dialogue avec les pays riverains et leurs cultures. La France a eu le souci permanent, depuis la révolution, de permettre au Danube d’acquérir un statut de fleuve international justement partagé entre tous, statut illustré en particulier par des règles de navigation et protégé par une Commission du Danube ad hoc qui siège aujourd’hui à Budapest et dont l’une des quatre langues officielles est toujours le français.

Vive la France II
Ce site regroupera également des sources et des informations en langue française liés à l’histoire du fleuve, à sa vie, à ses habitants, à ses cultures et à celles de son bassin.

 

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