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Le Danube à travers les cartes
Cartouche de la carte du D A N V B I U S, FLUVIUS EUROPAE MAXIMUS, A FONTIBVS AD OSTIA, Cum omnibus Fluminibus, ab utroque latere, in illum defluentibus. Le Danube, le plus grand fleuve d’Europe, de la source à l’embouchure avec tous les fleuves qui s’y jettent des deux côtés.
Chorographia Ungariae
Détail (le Danube/Danubius fluvius/Danaw, ses principaux affluents, le Neusiedlersee, différentes villes entre Vienne et Budapest avec la grande île de Schütt) de la « Tabula Hungariae » ou carte de Lázár, le plus ancien document iconographique imprimé représentant la Hongrie qui a pu être conservé. La carte aurait été réalisée par le Hongrois Lázár Deák (XVIe siècle) avant 1528.

Tabula Hungariae, vers 1528
D’une taille d’environ 65 × 85 cm, elle est orientée dans le sens sud-ouest/nord-est. Elle mentionne également outre les cours d’eau, le relief, les forêts, les noms, l’emplacement des localités et les points de repère du royaume de Hongrie au début du XVIe siècle. Les zones méridionales occupées par l’Empire ottoman ont été indiquées par des couleurs différentes. Les seules parties représentées en dehors de la frontière se trouvant au sud, la carte pourrait avoir été réalisée dans l’intention de préparer la guerre contre les Ottomans.
L’impression du document, financée par le diplomate, scientifique et historien Johannes Cuspinianus (1473-1529), a été réalisée dans l’atelier de Petrus Apianus (1495-1552) à Ingolstadt en partenariat avec le mathématicien, astronome et cartographe Georg Tannstetter (1482-1535).
Copiée et adaptée dans de nombreuses cartes ultérieures comme celles dessinées par Augustin Hirschvogel (1552) et Wolfgang Lazius (1556) ou celle que Vavasore a publiée anonymement à Venise.
Le seul exemplaire conservé de ce document se trouve à la Bibliothèque Nationale Széchényi à Budapest.
Détails d’une carte concernant le Danube tirées de l’Atlas Maior ou selon son titre complet « Atlas maior sive cosmographia Blaviana qua solum, salum, caelum, accuratissime, describuntur » de Joan Blaeu, publié pour la première fois en 11 volumes à Amsterdam en latin l’année 1662. L’édition en langue française en 12 volumes verra le jour en 1664. Elle contient 597 cartes qui sont parfois des copies d’ouvrages plus anciens.
Cette carte du Danube (III/19) avec sa cartouche est singulière à plus d’un point. Alors que la plupart du temps les toponymes sont entourés de figures conventionnelles de divinités et de symboles d’abondance, celui-ci est encadré de personnages réalistes et met en scène le conflit qui opposa l’empereur du Saint Empire Romain Germanique, Charles Quint (1500-1558) à Soliman le Magnifique (1495 ?-1566), sultan de la Grande Porte ou selon d’autres sources, Ferdinand III de Habsbourg (1608-1657) à Mourâd IV (1612-1640). À gauche, l’Empire des Habsbourg est symbolisé par un aigle noir à deux têtes sur un bouclier de couleur jaune et un crucifix tenus par un personnage en retrait de l’empereur. L’empereur chrétien, plutôt dans une attitude défensive, tient l’épée impériale de la main droite et l’orbe impériale dans la main gauche, tous deux symboles du Saint Empire Germanique avec le crucifix. À droite, l’Empire Ottoman est représenté par le sultan Soliman le magnifique, coiffé d’un turban rehaussé de trois plumes colorées qui tient un bouclier de la main gauche et brandit un cimeterre de la main droite. L’attitude est celle d’un conquérant à l’image de Soliman le Magnifique. Non seulement le sultan brandit un cimeterre en direction de Charles Quint mais le personnage qui se tient à ses côtés, apparaissant sous les traits d’une jeune femme tenant une lampe à huile, foule un crucifix sous son pied droit. Au pied de Soliman on voit une salamandre, allusion au fait que le sultan avait trouvé un allié dans le roi de France François Ier ( 1494-1547) dont l’emblème familial était la salamandre.On remarquera également que l’empereur chrétien et le sultan ottoman portent tous les deux la barbe, alors à la mode mais aussi symbole de virilité et de maturité.

Les 6 Bouches du Danube sur la carte du Danube de l’Atlas Maior de Johann Blaeu, 1662, « Le Danube, épanchant ses eaux sur les douces pentes et les calmes hauteurs du Mont Abnoba, rend visite à de nombreux peuples, puis se précipite dans le mer Pontique par six bouches : un septième bras se perd dans les marais. »
Publius Cornelius Tacitus (56,-120 ? après J.C.)
L’illustration ci-dessus est un détail de la carte du cours du Danube de L’Altas Maior (Danubius, Fluvius Europa Maximus, III 19) centré sur les 6 « embouchures du Danube » dont les noms sont indiqués en latin (Pulchrum ostium, Sacrum ostium…).
Les deux illustrations qui suivent concernent des détails d’une carte de l’archiduché d’Autriche traversé par le Danube (Austria Archiducatus, III/2) dont l’auteur est… le médecin cartographe et historien autrichien Wolfgang Lazius (1514-1565). Cette carte incorporée à la publication de Johann Blaeu est donc déjà vieille de près d’un siècle lorsque paraît l’Atlas Maior !

Le Danube, Viennne et l’Archiduché d’Autriche, détail, Atlas Maior de Johann Blaeu, 1662
On y voit tout Vienne fortifiée, qui sera encore sous la menace de l’Empire ottoman au XVII siècle (jusqu’en 1683), sur la rive droite du fleuve, un pont en trois partie à la hauteur de la ville qui le traverse et s’appuie sur deux îles. Deux autres ponts permanents (et à péage…) franchissaient le Danube sur le territoire de l’archiduché d’Autriche qui appartenait au Saint Empire Romain Germanique et dont l’empereur était à l’époque de la publication de l’Atlas maior, Léopold Ier de Habsbourg (1640-1705), celui de Mautern, en amont de Vienne et le troisième à la hauteur de Mauthausen, en aval de Linz. Ces deux toponymes proviennent d’ailleurs de la même racine, « Maut », signifiant péage en allemand.

Le Danube et l’Archiduché d’Autriche, détail du cours du fleuve en Haute-Autriche, Atlas Maior de Johann Blaeu, 1662
Un deuxième détail de cette même carte se situe cette fois à l’ouest de l’Archiduché d’Autriche, à l’endroit où le Danube quitte le duché de Bavière. Sur la droite du fleuve le nom d’une cité, Pariz (!) pourrait indiquer qu’il s’agit de Passau tout en n’étant pas placé correctement c’est-à-dire au confluent de l’Inn avec le Danube. L’échelle graphique est en milles germaniques (1 mille = 7, 4 km). Selon un texte accompagnant cette carte « Les hommes et les femmes de condition se plaisaient, avant et depuis ces dernières guerres, à se vêtir à la française, et même ceux qui se croyaient au rang des honnêtes hommes, s’habillaient le plus qu’ils le pouvaient à la mode de France, mais ceux qui suivent la cour de l’empereur, à cause de l’affection qu’il porte à l’Espagne, se sont ordinairement presque tous vêtus à l’espagnol ».
Seule la première partie du projet d’édition de l’Atlas Maior initial (9 à douze volumes selon les éditions latines, françaises, néerlandaises, espagnoles et « allemandes ») fut publiée. La deuxième partie qui contenait des cartes des mers et la troisième avec des cartes du ciel ne verront jamais le jour.
Eric Baude pour Danube-culture © mis à jour novembre 2025, droits réservés