Histoire des cartes du fleuve : Le Danube et le « Theatrum Orbis Terrarum » de Johan Blaeu (1571-1638)

Cet atlas de toutes les parties du monde connu, modèle de cartographie pendant plus d’un siècle, contient 600 cartes toutes coloriées à la main après impression. Traduit en plusieurs langues, il a été gravé en français à Amsterdam sous le titre « Le Théâtre du monde » (1643-1645).

D A N V B I U S, FLUVIUS EUROPAE MAXIMUS, A FONTIBVS AD OSTIA, Cum omnibus Fluminibus, ab utroque latere, in illum defluentibus. Le Danube, le plus grand fleuve d’Europe, de la source à l’embouchure avec tous les fleuves qui s’y jettent des deux côtés.

Cette carte du Danube (III/19) avec sa cartouche est singulière à plus d’un point. Alors que la plupart du temps les toponymes sont entourés de figures conventionnelles de divinités et de symboles d’abondance, celui-ci est encadré de personnages réalistes et met en scène le conflit qui opposa l’empereur du Saint Empire Romain Germanique, Charles Quint (1500-1558) à Soliman le Magnifique (1495 ?-1566), sultan de la Grande Porte ou selon d’autres sources, Ferdinand III de Habsbourg (1608-1657) à Mourâd IV (1612-1640).

À gauche, l’Empire des Habsbourg est symbolisé par un aigle noir à deux têtes sur un bouclier de couleur jaune et un crucifix tenus par un personnage en retrait de l’empereur. L’empereur chrétien, plutôt dans une attitude défensive, tient l’épée impériale de la main droite et l’orbe impériale dans la main gauche, tous deux symboles du Saint Empire Germanique avec le crucifix.

À droite, l’Empire Ottoman est représenté par le sultan Soliman le magnifique, coiffé d’un turban rehaussé de trois plumes colorées qui tient un bouclier de la main gauche et brandit un cimeterre de la main droite. L’attitude est celle d’un conquérant à l’image de Soliman le Magnifique. Non seulement le sultan brandit un cimeterre en direction de Charles Quint mais le personnage qui se tient à ses côtés, apparaissant sous les traits d’une jeune femme tenant une lampe à huile, foule un crucifix sous son pied droit. Au pied de Soliman on voit une salamandre, allusion au fait que le sultan avait trouvé un allié dans le roi de France François Ier ( 1494-1547) dont l’emblème familial était la salamandre.

La salamandre, détail de la cartouche

On remarquera également que l’empereur chrétien et le sultan ottoman portent tous les deux la barbe, alors à la mode mais aussi symbole de virilité et de maturité.

En bas de la carte, dans le coin gauche une représentation allégorique du fleuve sous les traits du dieu « Danuvius » accompagné de ses principaux affluents.

Allégorie du Danube et de ses affluents

Cette carte représente les pays traversés par le Danube de ses sources jusqu’à son delta. Le Danube nait en Forêt-Noire dans le Saint Empire Romain Germanique, traverse de nombreux régions de cet empire, franchit la frontière qui le sépare d’avec La Grande Porte, coule en territoire ottoman et se jette par l’intermédiaire d’un immense delta dans la mer Noire, delta partagé entre la Moldavie et la Bulgarie alors sous domination (Moldavie) ou occupation (Bulgarie) ottomane. Le fleuve fait donc l’objet d’un enjeu géopolitique et religieux. La domination turque qui va jusqu’au coeur de l’Europe est présentée ici comme une menace concrète pour la chrétienté à l’image de la situation politique en Europe à cette période.

Eric Baude, © Danube-culture, mai 2020

Joan Blaeu, portrait de J. van Rossum (1639-1678)

Sámuel Mikoviny (entre 1686/1700 ?-1750), savant universel des Lumières

Il s’initie tout d’abord et pratique avec talent l’art de la gravure à Nuremberg, étudie les mathématiques aux universités d’Altdorf et d’Iena ainsi que l’astronomie à Vienne avant de travailler à Bratislava comme ingénieur, consacrant alors son travail à la construction et à l’aménagement d’ouvrages de protection contre les inondations du Danube et de la rivière Váh (Vág en hongrois, Waag en allemand, affluent slovaque du Danube) régularisant leurs cours et améliorant les conditions de leur navigation. Il s’intéresse également à l’astronomie et installe chez lui à Bratislava son propre observatoire. Ses observations astronomiques l’aident pour son travail de cartographe. Dans ce domaine, sa contribution à l’élaboration d’une nouvelle carte du royaume de Hongrie dont la méthode se base sur quatre principes, astronomique, géométrique, magnétique et hydrographique, fut prépondérante.

Carte de la Basse Hongrie  et du district cisdanubien (1739) avec les cités de Strigonium (Esztergom), Visegrád et Pesth

Sámuel Mikoviny collabore avec son contemporain le philosophe et encyclopédiste Matthias Bel (1684-1749), autre savant renommé du royaume de Hongrie, en gravant cartes et illustrations de villes et de châteaux, notamment pour son encyclopédie Nototiae Hungariae Novae Historico-Geographica.

Samuel Mikoviny avec un des collaborateurs, carte de la Basse Hongrie et du district cisdanubien, détail, 1739

Il réalise les premières cartes topographiques des comtés du royaume de Hongrie, supervise la construction d’un système élaboré de réservoirs à eau pour des mines inondées tout en permettant d’approvisionner l’industrie locale en énergie et enseigne, à partir de 1735, à l’école des mines de Banská Štiavnica qui deviendra plus tard la première université technique européenne.

Mappa Danubii cursum situmque, 1742, sources Archives nationales de Hongrie

Sámuel Mikoviny fut membre de l’Académie des Sciences de Prusse à Berlin. Pendant la guerre austro-prussienne de Silésie, l’impératrice Marie-Thérèse fait appel à lui pour fortifier la frontière moravo-silésienne. Il achève en 1748 des travaux de régulation du Danube dans la région de Komárom, élabore les plans d’un futur palais royal à Buda puis se consacre à l’archéologie, publiant une carte de la ville et forteresse romaine de Brigetio (Komárom) sur le Danube. Il meurt pendant la construction d’ouvrages contre les inondations de la Váh au début du printemps 1750.

Bibliothèque royale d’Altdorf (1723)

Danube-culture, novembre 2019, droits réservés

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