De Komárom à Esztergom sur la rive droite du Danube (Hongrie)

 « Ce paysage magyar, plein de force mais aussi d’indolence, ce serait donc là déjà l’Orient, souvenir encore frais des steppes de l’Asie, des Huns, des Petchénègues, ou du Croissant ; Cioran célèbre le bassin du Danube en ce qu’il amalgame des peuples bien vivants mais obscurs, ignorant de l’Histoire, c’est-à-dire de cette division en périodes définies en fonction d’une idéologie qui est une invention de l’historiographie occidentale, giron et sève de civilisation non encore dévitalisée, à ses yeux par le rationalisme ou le progrès.
Ce pathos viscéral, qui se proclame à l’abri de toute idéologie, n’est qu’un artifice idéologique. Un arrêt dans une pâtisserie ou une librairie à Budapest apporte un démenti à celui qui pense que, à l’est de l’Autriche, on pénètre déjà confusément dans le sein de l’Asie. Dès l’entrée dans la grande plaine de Hongrie, on pénètre, certes dans une Europe en partie différente, dans un creuset où se mêlent des éléments autres que ceux qui constituent la pâte de l’Occident. La poésie d’Endre Ady (1877-1919), le grand poète hongrois du XXe siècle, est marquée par la sombre angoisse de cette charge séculaire qui, comme on l’a dit, pèse sur les Magyars : celle du choix nécessaire et parfois impossible entre orient et occident… »

Claudio Magris, « Aux portes de l’Asie ? », Danube, L’Arpenteur, Éditions Gallimard, Paris, 1988

Komorn (Komárno, rive gauche) et  Komárom (Uj-Szöny, rive droite) et le confluent du Vah avec le Danube. Les deux villes d’aujourd’hui, Komárom (Hongrie) et Komárno (Slovaquie) ne faisaient qu’une seule ville hongroise jusqu’en 1920. La forteresse et son impressionnant réseaux de fortifications, édifiées par les armées impériales autrichiennes contre les envahisseurs ottomans était surnommée « La Gibraltar du Danube ». Sur ce plan de la fin du XIXe-début du XXe siècles.  un pont de bateaux traverse le fleuve. On voit aussi 9 bateaux-moulins à proximité de l’île sur le bras gauche ainsi qu’un autre pont de bateaux au-dessus de île sur le Vah en amont de sa confluence avec le Danube.  

Sur la rive droite, de la frontière hongroise à Esztergom 
À l’exception de Komárom (PK  1770), cité portuaire, industrielle et thermale hongroise que le Danube partageait déjà mais qui fut coupée en deux après la première guerre mondiale par le contreversé Traité de Trianon (1920), la partie située sur la rive gauche, bien que majoritairement peuplée d’habitants hongrois devenant tchécoslovaque sous le nom de Komárno puis slovaque lors de la partition récente de la Tchécoslovaquie en 1993, la rive droite demeurant en Hongrie, aucune ville ne se tient directement sur les bords du Danube jusqu’à Esztergom et ce, depuis le début de son parcours slovaco-hongrois, en aval de Bratislava.

La forteresse de Komorn au confluent du Vah avec le Danube dans l’ouvrage « Danubius Pannonico-Mysicus » de Ferdinando Luigi Marsigli, 1726

Les cités hongroises de Moson-Magyaróvár et de Győr se tiennent prudemment éloignées du bras principal du fleuve. La première est traversée par la Lajta (Leitha, 180 km), affluent du Danube qui se jette dans le Mosoni-Duna (Danube-Mosoni), un bras secondaire serpentant à travers la campagne depuis le petit village frontière et base sportive slovaque de Čunovo, porte du canal du même nom. Győr a été édifiée au confluent des rivières Rába et Rábca  avec le Mosoni-Duna. Moins connue que Passau ou Ratisbonne (Regensburg), toutes deux en Bavière, Győr est une ville pleine de charme et d’agrément. Le Mosoni-Duna rejoint, quant à lui, le bras principal du Danube au PK 1793, 90.

Le confluent de la Rábca (à gauche) avec le Danube Mosoni à Győr, photo Danube-culture © droits réservés, 2023

   « Le Danube enfile les villes comme des perles. Győr, qui était en 1956 le centre des revendications les plus dures et imposait des ultimatums à Budapest, plus modérée, et même au gouvernement d’Imre Nagy, considéré comme trop favorable aux communistes, est belle et tranquille, avec ses vieilles rues qui mènent comme une promenade dominicale sur les rives du Danube, avec ses quais et l’eau verte de la Raba qui se jette dans un bras du Danube. Au n° 5 de la Dr Kovacs Utca, de nobles et fières moustaches magyares ornent sur un médaillon le visage de Petöfi1 ; dans l’église des Jésuites les feuillages verts, dorés par le soleil, encadrent les fenêtres et les visages qui un instant se dessinent contre la lumière, avec une beauté plus émouvante que celle des vitraux gothiques. Dans l’Alkotmany Utca, où a séjourné Napoléon, les balconnets ont une allure aristocratique empreinte de calme et de mesure, avec des cariatides et des lions brandissant des sabres…. »
Claudio Magris,  « Tristement Magyar », in Danube, L’Arpenteur, Éditions Gallimard, Paris, 1988

Notes :
1 Sándor Petőfi, né Sándor Petrovics le 1ᵉʳ janvier 1823 à Kiskőrös et mort le 31 juillet 1849 à Segesvár, est considéré comme le poète inspirateur du nationalisme hongrois.

Le Danube s’enrichit à hauteur de Komárno/Komárom d’un affluent conséquent sur sa rive gauche slovaque, le Váh ou Vág en hongrois (403 km), poursuit ensuite paisiblement son chemin d’ouest en est à travers la plaine hongroise, longe un peu plus loin sur la rive méridionale les petits vignobles d’Ászár-Neszmély qui donnent en particulier un excellent Olaszrizling puis, avant d’atteindre les versants Nord de ses premiers reliefs hongrois, les Monts Gerecse, se prélasse, formant de nombreuses îles jusqu’à Esztergom. En quittant Esztergom, il trouve plus difficilement son chemin entre les Monts Pilis (rive droite) et Börszöny (rive gauche) pour dessiner ensuite avec le « coude du Danube » (en hongrois Dunakanyar) et la citadelle de Visegrád, l’un des plus beaux paysages de son périple à travers le continent européen.

La forteresse royale de Visegrád, en aval d’Esztergom sur la rive droite, photo © Danube-culture, droits réservés

Même si les premiers villages riverains n’ont malheureusement pas, du côté hongrois beaucoup de charme, il vaut mieux rester sur cette rive pour rejoindre Esztergom plutôt que de prendre l’itinéraire par la Slovaquie et de retraverser le Danube à Štúrovo sur le nouveau pont Mária-Valéria plusieurs fois détruit et reconstruit selon les péripéties de l’histoire de l’humanité. L’itinéraire sur la rive slovaque passe par contre, à quelques kilomètres en aval de Komárno, à proximité du camp romain de Kelemantia (IIe-IVe siècles ap. J.-C.), puis des deux petits lacs d’eau thermale de Patince. 

Le pont Mária-Valéria (PK 1718,8), inauguré en 1895, fut détruit en 1919 et 1944. Rares sont les ponts qui enjambent aussi élégamment le fleuve. Pour des raisons politiques il ne sera reconstruit que 53 ans plus tard et remis en service le 11 octobre 2011. Il relie la rive gauche slovaque à la Hongrie (rive droite) et symbolise la réconciliation slovaco-hongroise, photo © Danube-culture, droits réservés

Comme pour Komárno et Komárom, la cité slovaque de Štúrovo (rive gauche) qui s’appelait jusqu’en 1948 Parkan (Párkáný en hongrois) et Esztergom, ne formaient de part et d’autre du fleuve autrefois qu’une seule ville.

Esztergom1, cité royale et archiépiscopale, la « Rome hongroise »    

« Esztergom apparut, silhouette étrange : un cube et une coupole portée sur beaucoup de colonnes. De loin, chacun devine une merveille. Cube où se meut un rythme admirable et que les monts naissants présentent comme une offrande sur cet autel qu’ils lui font… »
Le Corbusier, le voyage d’Orient, 1910-1911, Les Éditions Forces Vives, Paris, 1966

Esztergom en 1911, sources Fortepan

 « Esztergom. C’est ici que Geza, prince des Hongrois venus un siècle plus tôt des steppes russes sous la conduite d’Arpad, établit sa résidence et sa cour en 973 et que naquit son fils, Étienne le Saint, premier roi de Hongrie. Avec ce premier roi chrétien qui christianisera la Hongrie et vainquit les Petchénègues païens, s’acheva le règne des chamans et des divinités errantes des steppes ; à présent la ville est la résidence officielle du Primat de Hongrie. L’énorme cathédrale néoclassique qui trône au-dessus du Danube a la froide et morte monumentalité d’un cénotaphe, et manifeste la glaciale présence d’un pouvoir temporel orgueilleux. À Esztergom, on s’est beaucoup battu : invasions mongoles, sièges et conquêtes des Turcs. C’est ici, en 1594, qu’est tombé Bálint Balassi, un des premiers poètes de la littérature hongroise… »
Claudio Magris, « Un buste impérial dans un dessous d’escalier », in Danube, L’Arpenteur, Éditions Gallimard, Paris, 1988

Esztergom avec ses minarets en 1664. La ville est alors sous domination turque. Important point de traversée du fleuve par bac dès l’Antiquité, le passage est doté d’un pont de bateaux (1762-1842) puis d’un pont-volant comme il en exista un à Presbourg (Bratislava) et de nouveau d’un pont de bateaux démontable. Détruit en 1848, reconstruit en 1862, il est remplacé par le premier pont Maria Valeria en 1895.  

Ce sont d’abord des tributs celtes qui s’installèrent à cet endroit suivies des romains, très présents un peu partout sur les rives de ce fleuve stratégique pour les frontières de l’empire. Le camp et la colonie romaine de Solva Mansio accueillit l’empereur Marc-Aurèle qui y aurait écrit, en grec, pendant la campagne du Danube (172-173), vers la fin de sa vie, quelques-une de ses célèbres Pensées.

Marc-Aurèle (121-180 après J.-C.), empereur romain et philosophe, photo © Danube-culture, droits réservés

La ville devient au Xe siècle la résidence du Grand-Prince de Hongrie Geza Árpád (vers 945-997) et capitale du royaume pendant son règne (972-997). Son fils, Vajk, se fait baptiser sous le nom d’István Ier (Étienne, vers 975-1038) puis, soutenu par le pape Sylvestre, couronner roi en l’an mille ou mille et un. Il règne jusqu’en 1038 et fait de son royaume l’un des piliers de la civilisation et de la chrétienté occidentales. Esztergom est alors à son apogée. Elle reçoit, sous le règne de Bela III (vers 1148-1196) de nombreux visiteurs prestigieux mais pas toujours bien intentionnés sur le chemin des croisades. À la suite du départ du roi Béla IV (1206-1270) et de sa cour d’Esztergom en raison des premières invasions mongoles du XIIIe siècle. Ils trouvent refuge d’abord en Autriche puis en Damaltie. l’archevêque prend possession du palais royal et maintient le pouvoir ecclésiastique dans la ville avec un haut niveau de  culture. Esztergom n’échappera pas toutefois pas aux invasions mongoles puis devra subir, comme une grande partie de la Hongrie, l’occupation turque pendant de longues années.

Esztergom, miniature ottomane, 1543

Esztergom se tient sur deux collines et au pied de celles-ci : la colline du château (Vár-hegy) et la colline de saint-Thomas (Szent Tamás-hegy). Une île verdoyante, Primás-sziget (île du Primat), formée par le kis Duna (petit Danube) et ses promenades ombragées (quartier de Viziváros, la ville d’eau) jouxte le centre historique, la magnifique place Széchenyi, l’hôtel de ville, de nombreux bâtiments d’époques successives à l’architecture remarquable et les nouveaux et anciens établissements thermaux.

La place Széchenyi, la fontaine baroque et l’Hôtel de ville d’Esztergom, photo © Danube-culture, droits réservés

Au pied de l’imposante basilique saint-Adalbert et du palais royal, construits sur Vár-hegy, se tient, tout proche du fleuve, le palais archiépiscopal (Prímasí palota) abritant un magnifique musée de peinture (Keresztény Múzeum) fondé par le cardinal archevêque János Simor (1813-1891) et enrichi de donations successives.

La basilique saint Adalbert du Danube, photo droits réservés

 « Très loin là-bas, sur l’autre rive, j’apercevais ma destination ; elle n’avait cessé de grandir à ma vue depuis le premier regard du matin. Une falaise se détachait au-dessus d’un long coude du fleuve, couronnée par une temple blanc qui ressemblait à Saint-Pierre de Rome. Un cercle de piliers aériens soulevait un dôme scintillant dans le ciel. C’était dramatique, mystérieux, aussi inattendu qu’un mirage et un point de repère sans équivalent dans ce désert liquide et solide. La basilique d’Esztergom, je le savais, était la cathédrale métropolite de toute la Hongrie, le plus grand édifice religieux du royaume et le siège de l’archevêché du cardinal-prince-archevêque : en d’autres termes, l’équivalent hongrois de Reims, Canterbury, Tolède, Armagh et la vieille Cracovie. Cette basilique, si spectaculaire et splendide qu’elle soit, n’est pas ancienne : rare sont les endroits de cette région qui n’aient pas subi les ravages des Tartares et des Turcs ; après la reconquête, tout fut à recommencer. Mais la ville — la Strigonium latine ou la Gran allemande — est l’une des plus ancienne du pays. Depuis la naissance et le couronnement du premier roi apostolique de la Hongrie chrétienne — le descendant des conquérants Arpád, saint Étienne lui-même — à Esztergom, l’histoire n’avait cessé de s’y accumuler et de s’y entrelacer au mythe. La basilique était la seule bâtisse visible depuis mon sentier. Les monastères, les églises, les palais et les bibliothèques qui sertissent la petite ville escarpée gisaient dans un repli de terrain. La grande masse, avec ses deux clochers symétriques à coupoles, son cercle de piliers et son vaste dôme nacré, planait au-dessus de l’eau, des bois et des fougères comme soutenue, telle la cité céleste dans un tableau, par un battement d’ailes infatigables. »

Patrick Leigh Fermor, Dans la nuit et le vent, à pied de Londres à Constantinople, « Le temps des offrandes, Les marches de Hongrie », traduction de Guillaume Villeneuve, Éditions Nevicata, Bruxelles, 2016

   Il ne subsiste de la toute première basilique construite par le roi Étienne Ier et détruite pendant les guerres contre l’empire ottoman que la chapelle Renaissance en marbre rouge (Bakócz-kápolna) édifiée à la demande du cardinal Thomas Bakóz (1442-1521) et décorée par des sculpteurs toscans. Celle-ci fut démontée pierre par pierre au début du XIXe siècle puis réinsérée dans le nouveau bâtiment. La basilique néo-classique dont l’édification commença en 1822, peu de temps après le rétablissement d’Estzergom comme archevêché, dura cinquante ans. Elle impose désormais sa présence depuis le haut de sa colline à la ville et aux environs. Elle semble même vouloir défier le Danube qui coule à ses pieds. Beethoven proposa en 1823 d’y donner sa propre Missa Solemnis pour sa consécration mais celle-ci n’eut lieu qu’en 1856 et c’est Franz Liszt qui dirigera sa Graner Messe (Messe de Gran) lors de cette cérémonie.
La crypte abrite les tombeaux des cardinaux hongrois depuis le cardinal archiduc Ambrus Károly (1785-1809). Le trésor constitue la plus riche collection d’objets religieux de toute la Hongrie. Il comprend une croix de cristal du IXe siècle provenant de Metz, le calice baroque de l’impératrice Marie-Thérèse et la croix du calvaire du roi Mathias en or incrusté d’émail datant du XVe siècle ainsi que de nombreuses autres pièces hongroises, byzantines et italiennes.

Le palais royal, photo © Danube-culture, droits réservés

Voisin de la basilique sur la même colline, le palais royal médiéval date du règne de Bela III (fin XIIe siècle). Recouvert de terre par les turcs, ce n’est qu’à partir des année trente que le site fut redécouvert par des fouilles archéologiques et en partie restauré. La salle des (quatre) Vertus (XVe siècle) est décorée de fresques attribuées à un artiste florentin et sa voûte ornée des signes du zodiaque. La chapelle royale, plus ancienne remonte au XIe-XIIe siècles et serait l’oeuvre de maîtres et d’artistes normands et bourguignons.

Bálint Balassi (1554-1594) militaire et l’un des premiers poètes hongrois

Bálint Balassi (1554-1594) militaire et l’un des premiers poètes hongrois

Esztergom est la ville d’adoption de Bálint Balassi (1554-1594), poète hongrois de langues hongroise, slovaque et turque, considéré comme étant à l’origine de la poésie lyrique hongroise moderne. Elle est également la ville natale du peintre et sculpteur Béla Vörös (1899-1983), disciple de Rodin dont la devise était « La base de mon art est l’expression plastique du sentiment de l’humain ». Bela Vörös qui s’installa à Paris après avoir étudié à Budapest a exposé tout au long de sa vie aux côtés de peintres tels que Léger, Matisse, Picasso. Ses œuvres se trouvent au Musée Bálint Balassi d’Esztergom, au Musée des Beaux-Arts de Budapest, à la Galerie Nationale de Budapest, au Musée de Pécs et au Musée Poulain à Vernon.

Collectivité locale d’Esztergom : www.esztergom.hu
Basilique saint Adalbert : www.bazilika-esztergom.hu
Palais royal (Varmuzeum) : www.varmuzeum.ini.hu
Musée chrétien ou palais épiscopal (Keresztény Múzeum) : www.keresztenymuzeum.hu
Musée Bálint Balassi : www.balassimuzeum.hu
Musée du Danube : www.dunamuzeum.hu
   Un espace didactique, interactif et accueillant dans un bâtiment de caractère qui mérite une visite attentive d’autant que ce musée a ouvert une nouvelle salle au public présentant de remarquables documents illustrant la relation des hommes avec le fleuve et plus généralement l’eau (cartes, gravures maquettes, outils, ustensiles variés de pêcheurs, de chercheurs d’or…).
Avec le Danube mais peut-être plus encore avec la Tisza et son bassin, principal cours d’eau de l’Alföld qui prend sa source dans les Carpates orientales, traverse le pays du nord-est au sud et forme de nombreux méandres en raison du peu de relief avant de se jeter dans le Danube en Serbie aux environs de Belgrade, les Hongrois ont du faire face à la menace permanente de redoutables inondations. Leurs ingénieurs ont su développé au cours des siècles un savoir-faire dans le domaine de l’hydrologie, de la prévention et de la gestion des risques que ce musée illustre par des maquettes et une remarquable documentation iconographique complémentaire. Où l’on découvre aussi que les loisirs aquatiques sont l’une des plus anciennes traditions hongroises. Esztergom est ainsi doublement une ville d’eau grâce à ses sources d’eau chaude, ses établissements thermaux et au Danube.

Notes :
« Il existe plusieurs hypothèses sur l’étymologie d’Esztergom, dont la première occurrence remonte à 1079. Une première piste renvoie au mot «Isztergam» comme association de deux toponymes : Iszter ou Ister, Danube chez les anciens grecs) et Gam, la rivière Garam). D’autres rattachent le gom (gomb, gömb, gumó : « courbe ») au site d’Esztergom, sur le Coude diu Danube (Dunakanyar en hongrois). Une deuxième piste renvoie au mot « Iszterograd », qui renverrait également à la confluence avec la rivière Garam (üsztürü signifiant ici « rameau », « confluent »). Une troisième hypothèse tire les origines du toponyme de deux mots turco-bulgares : estrogin kupe (« armure en cuir ») et strgun (« tanneur »), ce qui s’expliquerait par la présence d’une corporation de tanneurs durant le Moyen-Âge. Il existe enfin une hypothèse slave : sztregomj (« ce sur quoi l’on fait attention »), sources Wikipedia, https://fr.wikipedia.org › wiki › Esztergom  

Hébergement :
Szent Kristóf Panzió : www.szentkristofpanzio.com
Agréable, bien tenue proche de la basilique mais un peu en dehors du centre ville et à proximité de la route principale qui peut être bruyante.
Chalet Vaskapu (Porte-de-Fer) : www.vaskapuesztergom.hu
Gastronomie :
Szalma Csárda : www.szalmacsarda.hu
Auberge traditionnelle proche du Danube, joli cadre, bonne gastronomie

Eric Baude, Danube-culture, © droits réservés, mise à jour octobre 2023

Újváry Ferenc (1898-1971), peintre amoureux de l’île de Szentendre

Pique-nique dans le coude du Danube, huile sur toile

Ujváry Ignác (1860-1927), père de Ujváry Ferenc et peintre de grande réputation, a séjourné et peint à Kisoroszi de 1896 jusqu’à sa mort. 

Pêcheur sur le Danube, huile sur toile

Zebegény (Hongrie)

   Des sources historiques permettent d’établir qu’il existait déjà un couvent bénédictin à Zebegény en 1251. Un document juridique du 26 septembre 1295 désigne ce monastère comme le « Monasterium de Zebegény ». Il est abandonné en 1453. Le tout premier site catholique était probablement la grotte au pied du mont du Calvaire, où la tradition veut qu’un ermite ait vécu et créé le relief de l’Assomption de Marie sur la paroi intérieure de la grotte.

La grotte du mont du Calvaire, photo droits réservés

   La population du petit village qui avait commencé à se développer au Moyen-âge, est presque entièrement décimée lors des conquêtes ottomanes de la première moitié du XVIe siècle. « Des années 1520 et surtout 1540 jusqu’aux décennies 1680 et 1690,  les provinces hongroises sont les territoires les plus occidentaux occupés par les Ottomans en Europe »1Zebegény et ses environs ne seront libérés du joug turc que vers 1685 après leur siège désastreux de Vienne. Des colons Allemands, hongrois et slaves (slovaques) ne tardent pas à repeupler les lieux dans la première moitié des années 1700. Ces colons allemands sont pour la plupart catholiques et originaires de la région de Mayence (Rhénanie-Palatinat). Ils s’installent dans les années 1735 et auraient donné au village le nom de Sebegin. Selon l’étymologie populaire, ils se seraient exprimés en découvrant le large cours et les méandres du fleuve à cette hauteur « Die See beginnt ! » (La mer commence !) qui se déformera en Zebegény. Des documents du XIXe siècle font d’ailleurs référence à Zebegény en tant que colonie germano-slovaco-hongroise.
Les travaux de la ligne de chemin de fer Budapest-Pozsony (Bratislava) débutent dès 1846. Le tronçon entre Vác (Waitzen) et Párkány (Šturovo, aujourd’hui en Slovaquie) est ouvert au trafic en 1851. La ligne ferroviaire Budapest-Vác est ensuite prolongée jusqu’à Bratislava. Le viaduc ferroviaire à sept arches, le deuxième plus grand viaduc de ce type en Hongrie, est construit à cette période tout comme la gare dans le style architectural de la monarchie austro-hongroise.

Viaduc de Zebegenyi

Viaduc ferroviaire de Zebegény, photo B. Kekesi, droits réservés

Le cimetière du village, situé à l’origine à proximité de la gare a été transféré; en raison de la construction de la ligne de chemin de fer, au pied de la colline du Calvaire. Sa situation, sa topographie et sa disposition originales en font l’un des plus beaux cimetières de Hongrie. Une chapelle de style à la fois oriental et néoclassique est érigée en 1853 sur la même colline. Neuf stations avec sur chacune d’entre elles une petite niche contenant une image de Jésus sur le chemin de croix ,viennent s’y ajouter. Une autre chapelle dédiée à Saint-Jean Népomucène plus ancienne (début du XIXe siècle) a auparavant été édifiée sur le côté nord-ouest du mont du calvaire.
La « ferme des enfants Ferencz József » fait partie des monuments patrimoniaux les plus remarquables de Zebegény. Cette « ferme à tabac » était l’une des attractions  populaires de la grandiose l’exposition du millénaire de la nation hongroise à Budapest en 1896.
Le village est presque entièrement détruit en 1899 suite à de fortes précipitations et d’une accumulation de l’eau dans un fossé.

Église Sainte-Marie-des-Neige de Zebegény, photo Danube-culture © droits réservés

L’église Notre-Dame-des-Neiges de Zebegény  a été construite entre 1906 et 1910, d’après les plans des jeunes architectes hongrois, Károly Kós (1883-1977), Dénes Györgyi (1886-1961) et Béla Jánszky (1884-1945). Le style architectural Art Nouveau hongrois du bâtiment, caractéristique du début du XXe siècle se remarque non seulement à l’extérieur, mais aussi dans la décoration intérieure achevée en 1914. Les fresques ont été conçues par Aladár Körösfői-Kriesch (1863-1920), élève de Bertalan Székely (1835-1910) et fondateur l’école de peinture de Gödöllő. Elles ont été réalisées par ses élèves avec l’aide de György Leszkovszky (1891-1968).

Intérieur de Notre-Dame-des-Neiges de Zebegény, photo droits réservés

La statue de Sainte-Élisabeth de la Maison d’Árpád, à côté de l’église, est l’œuvre de Géza Maróti (1875-1941), sculpteur, architecte et comte héréditaire de Zebegény qui fut une figure originale assez méconnue mais importante parmi les artistes de l’Art nouveau hongrois. Elle se trouvait auparavant dans le jardin de la villa Maróti. Lorsque la villa Maróti fut confisquée par le régime communiste au milieu du XXe siècle, la statue fut sauvée de la destruction par la paroisse de Zebegény et installée à son emplacement actuel.

Sainte-Élisabeth de la Maison d’Árpád, photo droits réservés

Le village de vacances de Völgy utca (rue de la vallée), construit dans les années 1930, a été doté en 1944 d’une petite chapelle à l’architecture dépouillée, adaptée à son environnement tout en reflétant à la fois la tradition et les caractéristiques de l’époque. L’auvent été ajouté en 1994 par l’architecte hongrois Ferenc Salamin (1958) et construit par les habitants dans le cadre d’un projet social. Zebegény lui doit également le nouvel aménagement de la place de l’église (1993-2006).

La chapelle Sainte-Marguerite de Völgy utca à Zebegény, photo Danube-culture © droits réservés

István Szőnyi (1898-1968)
Le peintre, dessinateur et graveur post-impressionniste István Szőnyi s’établit à Zebegény en 1924 dans une ancienne ferme appartenant initialement à sa belle famille et y demeurera jusqu’à sa mort en 1960. Son oeuvre prolifique rendant hommage aux superbes paysages du « coude Danube » illustrant le profond attachement du peintre à son environnement, sa dévotion envers la nature, à ses atmosphère poétiques, à ses perspectives, à la palette infinie de ses ombres et de ses lumières tout comme le furent d’autres artistes hongrois et les impressionnistes avec la Seine aux environs de Paris.

I. Szőnyi, Lumières sur le Danube après une tempête, après 1920

Une autre figure marquante de la peinture hongroise du XXe siècle, Róbert Berény (1887-1953), ancien élève de l’Académie Julian à Paris, influencé par Cézanne et le fauvisme, pionnier du cubisme et de l’expressionisme hongrois s’installe à Zebegény dix ans plus tard (1934).

Róbert Berény, Hiver à Zebegény, huile sur toile, vers 1940

   C’est également dans la première moitié des années 1930 que les habitants décident d’ériger un mémorial aux accords de Trianon et à la gloire du drapeau hongrois, accords qui amputèrent la Hongrie, du côté des vaincus de la Première Guerre mondiale d’une grande partie de son territoire. Confié à l’architecte, peintre et sculpteur Géza Maróti (1875-1941) qui possédait une maison à Zebegény, ce monument et son parc sont dédiés non seulement au drapeau hongrois mais aussi aux héros locaux morts pendant la Première Guerre mondiale. Quatre piliers de pierre entourent le mât du drapeau sur une terrasse ceint d’un mur octogonal. Le projet initial prévoyait de placer une double croix gigantesque au sommet des quatre piliers. Ces derniers n’ont toutefois pas été achevés.

Le mémorial contreversé des accords de Trianon, monument au drapeau hongrois au sommet du mont du Calvaire, photo droits réservés

En décembre 1944, trois monitors (bateaux de guerre fluviaux) jettent l’ancre à proximité du village qu’il bombarde avec les  environs. Zebegény sera libéré par des troupes soviétiques.

Station de bateaux de Zegenény, sources photo Fortepan.hu

Zebegény abrite, outre un certain nombres de monuments historiques, de villas de style Art Nouveau, de maisons anciennes, de caveaux de vignerons, une académie d’été des Beaux-Arts et un environnement naturel agréable et reposant avec sa plage, le belvédère Kós Károly et ses villas cossues en plus ou moins bon état, une plage avec des loisirs nautiques, de nombreux autres sites d’intérêt culturels et touristiques :

Le château de Dőry
L’église catholique romaine dédiée à la Vierge Marie-des-Neiges
Les chapelles et les stations du mont du Calvaire
Le sanctuaire et la grotte au pied du mont du Calvaire
La chapelle Sainte-Marguerite de Völgy utca
Le Musée du peintre post-impressionniste István Szőnyi

Musée du peintre István Szőnyi à Zebegény

La villa Maróti au-dessus du Danube (villa privée)
Un musée très hétéroclite de l’histoire de la navigation avec les objets et les documents du capitaine Vince Farkas (musée privé).
Le parc du drapeau national et le mémorial des héros au sommet du mont du Calvaire
Le parc du Millenium
Le belvédère Kós Károly
Il existe de nombreuses possibilités d’hébergement dans le village.

Notes :
1 Chaline Olivier, Vajda Marie-Françoise, « La Hongrie ottomane XVIe-XVIIe siècles. Introduction », Histoire, économie & société, 2015/3 (34e année), p. 5-18. DOI : 10.3917/hes.153.0005. URL : https://www.cairn.info/revue-histoire-economie-et-societe-2015-3-page-5.htm

 

Un tunnel pédestre sous le Danube hongrois !

   Le tunnel de service traverse le fleuve juste à l’endroit où la construction du barrage de la centrale électrique de Nagymaros avait été prévue. Son entrée se situe au PK 1696 Ce tunnel utilitaire, construit par Mélyépterv Zrt, a été creusé en 1995. Des câbles électriques et des conduites d’eau ont été installés dans le tunnel ainsi qu’un système de tuyaux de drainage dans le gravier qui permettrait d’obtenir quotidiennement plus de 3000 mètres cubes d’eau douce. Imaginez un tuyau qui fuit sous le lit du Danube et au-dessus du tunnel et par lequel les graviers filtrent toute la boue de l’eau douce. Cela ne fonctionne certes toujours pas mais c’est déjà en place.
Après l’entrée du tunnel on descend quelques marches pour arriver dans une salle où l’on voit une petite exposition entre les vannes, les conduits et les tableaux électriques. Cette exposition présente deux thématiques ; d’une part elle nous donne des informations sur la nature, la flore et la faune locales, d’autre part, elle aborde le sujet de la construction abandonnée du barrage contesté de Nagymaros. Celui qui n’a pas la patience (et le temps) de lire toutes les informations peut contempler les illustrations sur les paysages du « Dunakanyar » (Coude du Danube) défiguré par l’ouvrage hydroélectrique

L’entrée du tunnel, photo dunaiszigetek.blogspot.com

   Le voyage sous le fleuve commence après une présentation de l’accompagnateur.Des câbles et des tuyaux entourent le visiteur non seulement des deux côtés, mais aussi au-dessus de sa tête. Il y a toutes sortes de câbles, électriques, internet et pour le système de contrôle automatique. Dans le conduit du côté droit coule un un égout, dans ceux de gauche deux tuyaux d’eau douce, dont un seul seulement fonctionne. Le tunnel, construit en anneaux de béton, possède un diamètre de 3 mètres et passe à 17 mètres sous la surface du fleuve. Son tracé a été élaboré dans le sous-sol volcanique du lit du Danube à l’aide d’explosifs. Le tunnel est recouvert de 4 mètres de gravier fluvial.

Photo dunaiszigetek.blogspot.com

   À certains endroits, en raison de la pression, l’eau s’infiltre et forme de petites pierres d’égouttement en béton ressemblant à des stalactites. Pour éviter que ce phénomène ne se propage, il est nécessaire d’injecter de la graisse. Malgré celle-ci, de petites gouttes d’eau scintillent aux extrémités des stalactites. Après qu’elles soient tombées par terre, elles forment des stalagmites sur le sol du tunnel. Il s’agit d’une infiltration d’eau tout à fait insignifiante et le tunnel a été bien évidemment été construit pour parer à des dysfonctionnements plus importants. Le tunnel d’une longueur 550 mètres de long est divisé en sections séparées par des portes verrouillées ce qui permet, en cas d’incendie ou d’accident, de protéger le système général et de limiter les dégâts. Ces portes ne pourraient toutefois pas résister à une importante intrusion d’eau. C’est pourquoi l’entrée du tunnel a été construite au-dessus de la ligne des hautes eaux. On peut franchir ce tunnel même avec un vélo et de cette façon, s’il était ouvert au public toute l’année, économiser le coût d’une traversée en bac !

Ce petit voyage insolite sous le Danube hongrois en amont de Budapest ne dure qu’à peine 5 minutes mais il n’est pas inintéressant d’écouter les propos de l’accompagnateur qui partage de nombreuses informations sur l’ouvrage et sur la construction abandonnée du barrage et de la centrale hydroélectrique de Nagymaros ainsi que sur le fonctionnement  des services publics qui traversent le fleuve grâce au tunnel. L’accueil des visiteurs par les employés de la Compagnie régionale des eaux est de plus très chaleureux. Pour conclure la visite la signature du livre d’or est bien sûr indispensable !
Pour les curieux, il leur faudra patienter jusqu’à l’année prochaine car le tunnel a été accessible au public les 25 et 26 mars 2023.

Sources :
dunaiszigetek.blogspot.com
Un grand merci à Dániel Szávoszt-Vass pour les informations publiées sur le site à propos de ce tunnel.
Informations sur la page (en hongrois) de la Compagnie régionale des eaux  :
dmrvzrt.hu

Eric Baude pour Danube-culture, mai 2023

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