La « Steiner Tor » de Krems (Basse-Autriche) et la catastrophe naturelle du 12 janvier 1573

   La Porte de Stein (Steiner Tor), est la seule porte préservée sur les quatre accès à la vieille ville qui entouraient et protégeaient Krems autrefois. La zone autour de cette porte était également sous la menace des crues du Danube. La démolition des remparts qui constituaient une sérieuse protection contre les envahisseurs mais aussi contre les inondations meurtrières n’a été possible que grâce aux travaux de régulation de la deuxième moitié du XIXe siècle et à l’édification d’un barrage au sud de la vieille ville, édification réalisée dans le cadre de la construction du chemin de fer de la Wachau, au début du XXe siècle et inaugurée en 1909 (Krems-Emmerdorf).

La Porte de Stein (Steinertor), photo droits réservés

   La tour principale, construite en 1480, puis « baroquisée » en 1754 porte sur sa façade extérieure plusieurs inscriptions. L’une d’elles, datant de l’époque de la construction, est dédiée à la mémoire de l’empereur du Saint Empire Romain Germanique Frédéric III (Frédéric V de Habsbourg, 1415-1493) avec son célèbre monogramme A.E.I.O.U., monogramme qu’il aimait à faire graver sur ses objets et édifices et qui sera repris par ses successeurs. La signification de ce monogramme (Frédéric III en aurait donné le sens avant de mourrir à Linz) pourrait être en latin «Austriae est imperare orbi universo» ou en français «Il appartient à l’Autriche de gouverner le monde».

Au dessus, l’inscription en allemand mentionne que « Le 6 août 1914, le quatre-vingt quatrième régiment d’Infanterie impérial et royal, après dix-neuf années de stationnement dans la ville, est parti à la Grande Guerre en franchissant cette porte. » Sous la devise « Conspicite fidelatis premia » (Voyez la récompense à la fidélité !) ), les trois armoiries de Frédéric III1, Marie-Thérèse d’Autriche2 et Ladislas Postumus, photo Danube-culture, © droits réservés. 

   Trois armoiries, datant de 1756 ornent également la façade de la porte de Stein sous la devise « CONSPICITE FIDELITATIS PREMIA » (« Voyez la récompense à la fidélité ! ») ; à gauche celles de Frédéric III, attribuées à Krems en 1463 (seules Vienne et Wiener-Neustadt avaient le privilège de pouvoir également les revendiquer) avec un aigle bicéphale couronné sur fond noir, au milieu celles de l’impératrice Marie Therese d’Autriche (1717-1780) et sur la droite les armoiries du duc d’Autriche, roi de Bohême, de Hongrie et de Croatie, Ladislas Postumus (1440-1457). Au pied des murs des façades extérieures et intérieures ont été apposées en 1995 par l’artiste né à Krems, Leo Zogmeyer, deux plaque en bronze rappelant la persécution des citoyens juifs de Krems à la fin des années trente.
Le Danube pris par les glaces
   Sur la façade arrière de la porte de Stein se trouve une petite stèle en pierre écrite en caractères gothiques qui se remarque à peine. Elle commémore pourtant une catastrophe naturelle ayant eu lieu le 12 janvier 1573 sur le Danube à la hauteur de Krems et en Wachau au début d’un petit âge glaciaire qui perdura jusqu’au XIXe siècle et dont l’activité de certains volcans, entraînant une diminution de l’ensoleillement, aurait été à l’origine. Ce refroidissement fut non seulement la cause de mauvaises récoltes, de famine mais provoqua également en partie les bouleversements sociaux que l’on sait.

   Cette année là, pendant l’hiver le fleuve gela entièrement. D’énormes blocs de glace s’agglutinèrent formant comme un mur de béton et empêchèrent l’eau de s’écouler. Les flots montèrent rapidement et passèrent par dessus les rives, inondant rues et les maisons, obligeant les habitants affolés à se réfugier dans les étages supérieurs et jusque sur les toits. La crue du siècle ne reflua qu’au bout seulement de deux longues semaines. Le Danube pris par les glaces n’était en soi pas un spectacle exceptionnel autrefois. À la hauteur de la commune haute-autrichienne d’Aggsbach Markt, en amont de Krems, les blocs de glace se seraient empilés le jour de Noël 1879 jusqu’à la hauteur d’un clocher et ne se seraient écroulés par la suite dans un vacarme épouvantable qu’après une nouvelle énorme accumulation de glace. Il est arrivé également que des blocs de glace ne fondent qu’au bout de quatre mois avec le dégel ! Ces situations dangereuses de grand froid donnaient pourtant parfois l’envie à certains habitants audacieux d’escalader  les blocs de glace…

    Il n’y avait pas seulement que sur cette partie du Haut-Danube que le fleuve gelait abondamment autrefois. Sur le Bas-Danube, alors dans l’Empire turc, le grand voyageur ottoman Evliyâ Celebi (1611-1682), auteur parmi d’autres écrits du « Livre des voyages » (Seyahatnâme)3 est également le témoin d’une telle période qui, si l’on se réfère aux réactions des habitants, n’était pas en soi un évènement exceptionnel.  » Faruk Bilici, dans son article Le Danube, les Ottomans et le Seyahatnâme d’Evliyâ Çelebi4 écrit que ce dernier, « très étonné et curieux, prend un grand plaisir à raconter cet épisode qui se déroula probablement dans l’hiver 16515. En effet selon l’auteur, l’hiver avancé, les glaces viennent de l’Allemagne « bî‑amân » (Allemagne hostile), dépassent les murailles de la forteresse haute de « 80 zira » (1 zira = 0; 75 m)  et causent des dégâts dans les maisons et le choc des glaces rappelle des tirs de canons. Evliyâ se plaint des mauvais aménagements des berges, alors que des milliers de buffles tirant des luges et venant de Valachie et de Moldavie peuvent transporter du bois, des mâts, des vivres et des boissons.

   Par ailleurs, il observe que lors du gel du Danube, des milliers de jeunes de Silistra dressent des tentes sur la glace avec leurs bien-aimés et font des acrobaties en compagnie de la musique. Ces jeunes glissent sur la glace, les uns en chaussures, d’autres en sabots, d’autres encore avec des luges et d’autres enfin marchant à toute vitesse comme l’éclair (berk-i hâtif) d’une ville à une autre, en s’appuyant sur leurs bâtons. Et si la période de gel tombe au moment des fêtes, les habitants de la ville dressent d’immenses portiques dans lesquelles les jeunes amoureux se balancent. Le voyageur croit savoir que la glace du Danube a une épaisseur de six à sept hampes (1 hampe = 22-24 centimètres) et que, lors des hivers rigoureux, elle peut aller jusqu’à dix hampes et il fut témoin du gel du Danube durant six mois au cours desquels les transports avaient été arrêtés. La glace est aussi dangereuse, puisque les luges peuvent « également couler et de nombreuses personnes se noient ».

En revanche, grâce à ce gel, les pêcheurs prennent de cinq à six cents ocques parmi les espèces de poissons qui peuplent le fleuve, la « morue » (morina) et l’esturgeon. Pour le voyageur, de nombreux gâzi (combattants ottomans) profitent également de ces gels pour aller enlever des jeunes filles et garçons valaques et moldaves pour les faire convertir à l’islam.

Evliyâ Çelebi décrit le type d’acrobaties que les jeunes font sur la glace : certains font des roulades puis se redressent sur leurs jambes comme de rien n’était ; d’autres se baissent pour ramasser une pièce, sans s’arrêter ; d’autres, tout en glissant « tels des derviches-tourneurs dansants » (mevlevî gibi eyle sem’ eder) et en pleine vitesse lèvent une jambe ; d’autres encore, un enfant sur le dos, sautent sur un homme couché sans broncher ; d’autres encore jouent un instrument de musique, tirent à la carabine ou fument tout en patinant et en bavardant par petits groupes de deux ou trois ; d’autres encore répandent de la terre sur la glace, puis font des méchouis de bœufs ou de moutons ; d’autres enfin fabriquent des skis avec des ossements de bœuf et font ainsi plusieurs étapes en une journée sur la glace. »

  Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, mis à jour Juin 2024

Notes :
1 « De l’Empire, sur le tout : d’Autriche« 

2 « écartelé, en 1 de gueules au château d’or, en 2 fascé de gueules et d’argent, en 3 parti d’or aux quatre pals et d’écartelé en sautoir d’or aux quatre pals et d’argent à l’aigle éployé de sable, en 4 parti de gueules à la fasce d’argent et de bandé d’or et d’azur en six pièces à la bordure de gueules ; sur le tout de gueules au lion d’argent à la queue fourchée passée en sautoir, couronné, armé et lampassé d’or »
3 E. Celebi aurait fait un rêve le jour de l’anniversaire de ses vingt ans au cours duquel le prophète Mahomet lui était apparu et lui avait assigné pour mission de voyager dans cette vie.
4 Faruk Bilici, « Le Gel du Danube » in Le Danube, les Ottomans et le Seyahatnâme d’Evliyâ Çelebi », Cahiers balkaniques [En ligne], 41 | 2013, mis en ligne le 19 mai 2013, consulté le 09 juin 2020. URL : http://journals.openedition.org/ceb/3933 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ceb.3933
5 Seyahatnâme, vol. 3, p. 318, fol°118b et suivants

Sources :
SUSINI, Eugène, Autriche, Arthaud, Paris, 1960

UHRMANN, Johanna et Erwinn, 111 Orte in der Wachau, die man gesehen haben muss, Emmons, Dortmund, 2019
BILICI, Faruk, « Le Danube, les Ottomans et le Seyahatnâme d’Evliyâ Çelebi », Cahiers balkaniques, 41 | -1, pp. 71-87
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Eric Baude © Danube-culture, droits réservés, mis à jour juin 2024

Le voyage danubien prénuptial de Sissi vers Vienne au printemps 1854

   Le départ de la princesse et de la délégation bavaroise de Munich à huit heures du matin eut lieu dans une grande confusion. La délégation arriva à Straubing au bord du Danube dans la soirée après avoir fait une étape à Landshut pour le déjeuner.

Straubing en 1854, gravure d’après J. Alt (1789-1872)

   « Sissi » monta tout d’abord sur le vapeur « Stadt Regenburg » de la Compagnie Royale de Navigation Bavaroise jusqu’à Passau, ville frontière avec l’Autriche où eurent lieu une cérémonie et les adieux officiels de la Bavière avec sa duchesse et où l’accueillit une délégation autrichienne. Le « Stadt Regensburg » entra alors en Autriche et poursuivit sa navigation vers Linz en traversant les paysages impressionnants et sauvages de la Strudengau. Son fiancé l’attendait à l’embarcadère de la compagnie bavaroise, en amont du pont de la ville de Linz, entouré d’officiels et de nombreux habitants enthousiastes qui saluent et applaudissent la future impératrice. Le jeune couple impérial est convié le soir même à un diner officiel et à une soirée théâtrale.

François-Joseph accueille Sissi au débarcadère de Linz, sources Sisi Museum, Hofburg Wien

   Le lendemain matin Sissi embarque pour Vienne à huit heures devant une foule toujours aussi nombreuse et enthousiaste sur le « Franz-Josef », un vapeur autrichien entièrement décoré de roses et pavoisé pour les circonstances. L’Empereur s’est de son côté levé dès l’aube et est déjà parti vers la capitale de l’empire sur un autre bateau, « l’Österreich » afin d’arriver à Vienne avant sa fiancée et de pouvoir renouveler en plus grandiose la cérémonie de réception de Linz au débarcadère de Nußdorf. Une partie de l’importante délégation autrichienne est monté à bord du deuxième vapeur autrichien « l’Hermine » qui accompagne le Franz-Josef dans sa croisière vers la capitale impériale.

Le départ du Franz-Josef de Linz, sources Sisi Museum, Hofburg, Wien

   Le voyage entre Linz et Vienne ressemble à une véritable procession triomphale. Les cités des bord du fleuve sont pavoisées et regorgent de couleurs pour saluer le passage de la future impératrice. Les habitants en liesse se sont massés tout au long des rives et interpellent joyeusement le convoi. Sissi et les passagers qui se tiennent sur le pont grâce aux conditions météo favorables y répondent inlassablement. Enfin, vers quatre heures de l’après-midi, les deux vapeurs abordent à l’embarcadère de Nußdorf. Le mariage sera célébré dans l’église des Augustins le 24 avril. 

L’arrivée au débarcadère de Nußdorf

    101 ans plus tard, en 1955, eut lieu la répétition de ce même incroyable voyage danubien et quasiment du même spectacle lors du tournage de la première partie du film du réalisateur autrichien Ernst Marischka (1893-1963) « Sissi Trilogie » (1955-1957). Ce fut évidemment l’inoubliable Romy Schneider (1938-1982), alors à peine plus âgée que Sissi (17 ans), qui salua depuis le pont du « MS Hebe » de la prestigieuse D.D.S.G. la foule des riverains qui s’étaient réunis sur les bords du fleuve pour cette reconstitution historique du voyage de la duchesse Élisabeth vers son destin impérial autrichien.

Le vapeur MS Hebe devant l’immeuble de la .D.D.S.G. à Vienne

   Ce fut une nouvelle fois l’occasion d’une fête extraordinaire à laquelle participèrent comme par le passé toutes les cités riveraines autrichiennes entre Linz et Vienne avec leurs habitants qui avaient pour l’occasion revêtu leurs plus beaux costumes traditionnels. Villes et village autrichiens des bords du fleuve étaient plus que jamais pavoisés. C’est l’acteur l’acteur autrichien Karl-Heinz Böhm (1928-2014), fils du chef d’orchestre Karl Böhm (1894-1981), qui joue le rôle de François-Joseph dans le film d’Ernst Marischka.        

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, mis à jour mai 2024

L’église saint-Jean-Baptiste im Mauerthale (Wachau, Basse-Autriche)

   L’église est mentionnée pour la première fois en 1240 en relation avec un don de l’archevêque Eberhard von Salzbourg (1200-1246) au monastère Saint-Pierre de cette même ville. Avec les villages d’Hofarnsdorf, de Bacharnsdorf et de Mitterarnsdorf, la paroisse de Sankt Johann im Mauerthale forma le domaine d’Arnsdorf propriété de l’archidiocèse de Salzbourg de 860 à 1806. 

Sankt Johann im Mauerthale, pointe sèche coloriée de W. Mossman d’après William Henry Bartlett (1809-1854), en face, sur la rive gauche, le village de Schwallenbach

   Si un tout premier édifice religieux a été bâti dès le IXe siècle en partie sur les ruines d’une tour de guet romaine, l’église actuelle date en grande partie de la première moitié du XVe siècle.

Reste d’un mur d’une tour de guet romaine sur laquelle a été bâtie l’église saint-Jean-Baptiste, photo © Danube-culture, droits réservés

   La tour de l’église est à la base quadrangulaire avec un clocher octogonal  surmonté à son sommet d’un coq transpercé d’une flèche qui évoque une des légendes populaires du Mur du diable (Teufelsmauer) situé sur l’autre rive du Danube.

Le coq transpercé d’une flèche veille toujours sur l’église Sankt Johann im Mauerthale, photo © Danube-culture, droits réservés

   L’intérieur se compose d’une nef avec un toit plat avec sur les côtés de belles fresques murales du début du Gothique, datées d’entre le deuxième quart du XIIIe et le XVe siècle.

photo © Danube-culture, droits réservés

   La chaire en style baroque tardif est accessible de l’extérieur. Le maître-autel également baroque dans un  chœur de style gothique est d’une excellente facture.

Le maître-autel baroque et le choeur gothique, photo © Danube-culture, droits réservés

   Le tombeau présumé de Saint-Aubin (Sankt Albinus) se trouvait jusqu’en 1862 dans une niche murale dans le fonds gauche de l’église. Une statue le représente en pèlerin du début du XVIe siècle.

Saint Aubin dans sa niche au fonds de l’église, photo © Danube-culture, droits réservés

   La fresque sur le mur extérieur du côté du Danube montrant saint-Christophe, protecteur des voyageurs a pu être en partie conservée.

Saint-Christophe, photo © Danube-culture, droits réservés

   Juste derrière l’église se trouve un puits couvert de l’époque Baroque. Les lieux ont été, en particulier pour cette  raison et pour le culte de Saint-Albin dont l’église abritait autrefois la tombe présumée, une importante destination de pèlerinage de la fin du Moyen-Âge jusqu’au Baroque. Les innombrables et souvent superstitieux pèlerins venaient y boire l’eau bénite et prometteuse de guérison miraculeuse et les bateliers y pratiquaient aussi différentes offrandes avec des fers-à-cheval. Un autre lieu de pèlerinage, Maria Langegg, situé sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, entre l’abbaye de Göttweig et l’abbaye de Melk, voisine avec la modeste église de Sankt Johann im Mauerthale.  

Le puit couvert à l’arrière de l’église, photo © Danube-culture, droits réservés

L’église de Sankt Johann im Mauerthale se trouve désormais sur la commune de Rossatz-Arndorf.

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, mis à jour mai 2024

Sources :
Die Wachau, Niederösterreichische Kulturwege, NÖ Landesarchiv und NÖ Institut für Landeskunde, St. Pölten
Von Aggstein bis Göttweig, Dunkelsteinerwald, Niederösterreichische Kulturwege, NÖ Landesarchiv und NÖ Institut für Landeskunde, St. Pölten
www.kirchen-am-fluss.at

Austria-forum.at
www.gedaechtnisdeslandes.at

Le clocher octogonal caractéristique, de style gothique tardif, photo © Danube-culture, droits réservés

Kahlenbergerdorf

   Le joli petit village viticole de Kahlenbergerdorf, entièrement rattaché à la capitale autrichienne en 1954 se tient en amont, sur la rive droite du Danube, à la hauteur du le défilé des Portes-de-Vienne. Son église paroissiale saint-Georges (XIIe siècle), alliant les styles roman tardif, gothique précoce et baroque fut détruite à trois reprises, lors des deux sièges de Vienne par les Ottomans en 1529 et 1663, dévastée en 1809 par les armées napoléoniennes puis reconstruite à chaque fois par l’abbaye voisine de Klosterneuburg.

L’église saint-Georges de Kahlenbergerdorf avec le Leopoldsberg en arrière-plan, gravure de 1818 d’après Schaffer extraite du recueil « Historische und topographische Darstellung der Pfarren, Stifte, Klöster, milden Stiftungen und Denkmähler im Erzherzogthume Oesterreich » de Vincenz Darnaut und andere, Wien , Doll, 1824

Le village, blotti entre le fleuve dont il subit à de nombreuses reprises les inondations par le passé, se trouve au pied des collines du Leopoldsberg (425 m) du Burgstall (295 m) et du Nussberg (342 m), haut-lieu de la viticulture viennoise. C’est l’aménagement du port de Kuchelau (aujourd’hui port de plaisance), autrefois avant-port de Vienne, port d’entrée pour le canal du Danube et port d’hiver, prévu dès les grands travaux de régularisation du Danube en 1901-1903, qui permit au village d’être mieux protégé contre les crues à répétition.
Un sentier pentu qui part du village permet de rejoindre le sommet du Leopoldsberg et la chapelle saint Léopold (1693) depuis la terrasse de laquelle la vue s’étend sur Vienne et la rive gauche du Danube. Le projet d’un temple profane à l’image de celui du Walhalla de Donaustauf, a été envisagé à plusieurs reprise sur le Leopoldsberg mais heureusement jamais réalisé.

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, mis à jour janvier 2024 

Kahlenbergerdorf vers 1905, avec le Danube régularisé et la ligne de chemin de fer « Franz-Joseph Bahn » ouverte en 1870. Photo collection du Wien Museum

Ybbs/Donau (Ybbs-sur-le-Danube)

Petite chronique d’Ybbs-sur-le-Danube

Matthäus Merian (1593-1650), Ybbs, Topographia Provinciarum Austriacarum, 1649

La ville d’Ybbs, importante cité commerciale par le passé, se trouve à la sortie de la région de la Strudengau, au nord-ouest du confluent de Ybbs avec le Danube. Cette cité était autrefois au croisement des routes du sel de Gmunden, du fer d’Erzberg, des routes impériale et postale, cette dernière successeure de l’ancienne route romaine frontalière du Limes, devenue aujourd’hui une importante artère routière autrichienne. La possibilité de traverser du Danube à cette hauteur permettait d’accéder en plus à la route commerciale vers la Bohême et Prague. Cette situation privilégiée est à l’origine du développement d’Ybbs, à la fois comme lieu de passage du fleuve, octroi et poste de douane et place commerciale et de transbordement des marchandises d’une rive à l’autre.

Carl Philipp Schallhas (1767-1797), Autriche, Ybbs an der Donau, gravure coloriée, Artaria Vienne, 1833

L’histoire de la ville remonte à l’époque celte et à l’époque romaine comme en témoignent des vestiges découverts sur une colline à proximité. Le village d’origine s’est d’abord développé autour d’un château-fort construit sur la rive droite du fleuve dont l’emplacement se trouvait devant l’église paroissiale saint-Laurent. D’après le règlement douanier de Raffelstett (903 – 906) dans lequel on trouve le nom d’ »Eperaespurch » (Ybbsburg ?), un poste de douane pourrait avoir déjà été actif à cette époque. La première mention certifiée du nom d’Ybbs, (Ibese), date de l’année 1058. En 1073, la forteresse et le village contigu sont appelés « Ybbsburg » puis, par la suite, « Yps ». Le domaine appartenait alors à la famille des comtes de Bavière de Sempt-Ebersberg jusqu’à leur disparition en 1045. Ybbs devient ensuite la propriété d’un négociant en sel. Elle est rattachée à la puissante principauté régnante des Babenberg au XIIe siècle. En 1274, la cité est pour la première fois mentionnée comme poste de péage de la principauté puis, en 1280 comme ville (civitas). Le roi Frédéric Ier de Habsbourg lui offre le statut de ville en 1317.

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Quartier historique d’Ybbs avant sa rénovation, sources Gemeinde Ybbs/Donau

Jusqu’à la fin du XIIIe siècle, Ybbs se développe selon un plan de trois quartiers urbains entre le Danube et la forteresse en forme de demi-cercle. La concession de privilèges, dès le début du XIVe siècle, comme celui des droits sur la traversée du Danube, des droits de péage pour le vin et des droits de libre circulation des objets en métaux ainsi que la possession d’une haute juridiction, confèrent à Ybbs un rôle important de place commerciale danubienne, gouvernée par un seigneur féodal. Dès 1637, la cité devient également un débarcadère pour la navigation fluviale entre Vienne et Ratisbonne (Regensburg). Elle ne peut toutefois retrouver, après la guerre de 30 ans, un essor identique à celui de la fin du Moyen-Âge. Au XVIIIe siècle, sa vigueur économique s’affaiblit du fait du relèvement des tarifs douaniers.L’importance croissante des chemins de fer et du contournement d’Ybbs de la Westbahn que celle-ci choisit de ne pas desservir, entraine le déclin économique de la ville au siècle suivant. Cette tendance s’inversera toutefois au XXe siècle avec l’implantation sur la commune du Centre de Thérapie de Vienne (1922) dans les locaux réaménagés d’une ancienne caserne et d’un cloître à l’origine cistercien puis franciscain, d’usines et de la construction du barrage d’Ybbs-Persenbeug (1954-1959), première des neufs usines hydroélectriques sur le Danube autrichien.

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Dans le centre historique d’Ybbs, sources Gemeinde Ybbs/Donau

Le centre historique d’Ybbs a été entièrement rénové pendant les années 1980 et 1990 et témoigne de la richesse de son histoire, de son passé de haut-lieu commercial et de la navigation sur le fleuve.

Promenade urbaine à travers Ybbs
   Une visite de la vieille ville s’impose. Elle peut commencer par la rue de Vienne (Wiener Strasse) sur les vestiges de l’ancien bâtiment des Babenberg (Babenbergerhof) qui fut malheureusement détruit en grande partie en 1835 et reconverti en auberge. Le deuxième quartier de la ville a été construit au XIIIe siècle sur la place du château fort, devenu la résidence du mandataire du seigneur féodal à laquelle la ville appartenait. La résidence fut offerte en 1494 à la ville par l’empereur Maximilien Ier d’Autriche. Le château, édifié au XVIIe siècle, abrite aujourd’hui l’école de soins du Centre de thérapie d’Ybbs. Joseph II de Habsbourg en fut l’hôte en 1779. La fontaine contemporaine d’Arlequin qui se dresse devant l’école a été érigée en référence aux « Ybbsiades », un des plus grands festivals de cabaret et de petites formes de l’espace germanophone, organisé chaque année depuis 1989.

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Vue ancienne des quais sur le Danube et de l’église saint-Laurent, sources Gemeinde Ybbs/Donau

La construction de l’église paroissiale saint-Laurent, à l’origine de style gothique tardif, date des années 1466-1485. Des incendies successifs, en 1716 et 1868 entrainent la modification de son aspect intérieur et extérieur, avec l’ajout d’éléments baroques et néogothiques se substituant au style d’origine. L’église se trouve sur l’emplacement de l’ancienne forteresse (Ybbsburg). La tour-porte de la forteresse a été utilisée pour la construction du chœur de l’église. Il reste sous cette église un passage qui conduit au Danube. Les orgues sur lesquelles Wolfgang Amadeus Mozart, lors de son deuxième voyage à Vienne en 1767, a vraisemblablement joué, compte parmi les trésors baroques de ce monument historique.

Mozart enfant jouant en 1767 sur l’orgue du couvent d’Ybbs lors d’un voyage vers Vienne

Il est recommandé de s’arrêter au musée de la bicyclette et de son histoire ainsi qu’au musée municipal situés dans la Herrengasse. C’est dans la partie reculée de la ruelle de l’église (Kirchengasse), où sont nés les frères Bernhard et Hieronymus Pez, bénédictins de l’abbaye voisine de Melk et historiens majeurs de l’époque baroque, que se trouvait à l’origine le troisième quartier urbain de la ville. Quelques vestiges demeurent au sein d’un bâtiment médiéval, la maison des péages du vin (Weinmauthaus). On peut encore reconnaître à l’angle nord-ouest de la ruelle, les restes d’un bastion et de ce que l’on appelait alors les « Schwallecks », à travers lesquels le Danube coulait pour inonder les fossés de la ville.
Depuis les quais, on jouit d’une vue magnifique sur les paysages de la rive nord du fleuve, le château de Persenbeug, le village de Gottsdorf, l’église de Säusenstein et la célèbre basilique de Maria-Taferl. Sur la façade de l’Office du sel (Salzamt), en activité jusqu’en 1827, sont indiqués les niveaux atteints par les crues des 500 dernières années. Il ne reste plus aujourd’hui de l’ancienne Ybbsburg que le remarquable château-fort (Burg-Palas) construit entre 1220-30.

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Vue partielle de la maison du maître batelier Matthias Feldmüller. À droite, la « Passauerkasten »,  le plus ancien monument d’Ybbs/Danube et derrière, le clocher de l’église saint-Laurent, sources Gemeinde Ybbs

La maison du célèbre maître-batelier (Schiffmeisterhaus) Matthias Feldmüller (1770-1850) ), rappelle une activité économique majeure d’Ybbs, la navigation sur le Danube. La construction des bateaux de la flotte de M. Feldmüller était réalisée sur la rive gauche dans ses chantiers de Persenbeug. Les emblèmes de la corporation des bateliers d’Ybbs, une des plus grosses corporations du Danube autrichien, sont visibles sur les façades du bâtiment.

Matthias Feldmüller, batelier emblématique du Danube

Cette maison a été acquise en 1840  par Matthias Feldmüller qui possédait, au cours de la première moitié du XIXe siècle, une flotte de plus de 1000 bateaux et autres embarcations naviguant entre Budapest et Ratisbonne et qui s’illustra dans la lutte contre les armées napoléoniennes. Au nord-ouest de la vieille ville, au bord du Danube se trouve le Centre de thérapie. Son installation dans un vaste espace, une ancienne caserne de cavalerie et un ancien cloître de franciscains, date de 1922.

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Le centre de thérapie, sources Gemeinde Ybbs/Donau

Quelques informations :

La ville d’Ybbs est une collectivité locale autrichienne située administrativement dans le Land de Basse-Autriche (Niederösterreich). Elle dépend de l’arrondissement de Melk et se tient sur la rive droite du Danube (PK 2058), à l’altitude de 220 m.
Cette commune a la particularité d’être la seule collectivité du Land de Basse-Autriche à être située directement au bord du Danube, sans en être séparée par un axe de circulation.
Historiquement Ybbs appartient à la région du Nibelungengau où se déroule une partie de la célèbre épopée allemande du Moyen-âge du même nom, La Chanson des Nibelungen.
La ville doit son nom, comme de nombreuses autres cité des bords du fleuve, y compris Vienne, à la rivière qui la traverse, l’Ybbs, petit affluent du Danube qui nait au pied du grand Zellerhut, près de Mariazell et de la frontière avec le Land de Styrie. Elle se jette, après un parcours de 123 km dans le fleuve à proximité de la commune d’Ybbs/Donau (PK 2057).

Confluent de l’Ybbs avec le Danube, photo droits réservés

Ybbs est jumelée avec la jolie ville italienne de Bobbio en Italie du Nord-Ouest dans la province de Plaisance et la Région d’Émilie-Romagne.
En 2017 Ybbs a célébré en 2017, le 700e anniversaire de l’acquisition de son statut de ville libre, statut accordé par Frédéric le Beau (Friedrich der Schöne) de Habsbourg (1286-1330).
Au recensement de l’année 2023, Ybbs comptait 5 653 habitants et son territoire communal s’étend sur une surface de 23,78 km2.

www.ybbs.gv.at › ybbs-die-stadt › tourismuskultur (en allemand)

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, mis à jour janvier 2024

La centrale hydroélectrique d’Ybbs-Persenbeug, photo droits réservés

Contes et légendes du Machland et de la Strudengau (Autriche danubienne)

Le poisson qui parlait (Machland)
Le Danube s’écoule entre Mauthausen (rive droite) et le village d’Ardagger (rive gauche) aux portes de la Strudengau à travers la plaine autrefois inondable du Machland au temps où le Danube autrichien était encore un fleuve sauvage. Les forêts alluviales ancestrales, les bras morts, une multitude de marais et d’étangs formaient des paysages semi-aquatiques qui abritaient autrefois selon la croyance populaire de nombreux esprits des eaux réalisant parfois des miracles ou provoquant au contraire toutes sortes de catastrophes. Ondins, sirènes, fées et les sorcières pouvaient aussi se jalouser et rivalisaient d’imagination pour ensorceler les habitants. Mieux valait les laisser tranquille ! Il arrivait parfois que des habitants entendent des animaux parler le langage des humains comme cette histoire en témoigne.

Le Danube, Mauthausen, l’église paroissiale Saint-Nicolas et le château de Pragstein vue de la rive droite

Marie, la fille d’un paysan qui venait d’Heinrichdorf, un hameau des environs de Mauthausen, était allée laver du linge au bord d’un étang à proximité du fleuve. Elle frottait les chemises avec beaucoup d’énergie mais à force de se pencher, son dos  commença à la faire souffrir. Au moment où elle voulut se reposer un instant, il lui sembla entendre une voix monter des profondeurs de l’étang. Elle se figea, tendit l’oreille et entendit clairement celle-ci lui dire : « Sors-moi ! Sors-moi de là ! »
L’instant d’après, la tête d’un énorme poisson apparut devant elle. Il était noir comme du charbon, sa gueule était grande ouverte et il regardait la jeune fille avec des yeux énormes. Effrayée par l’apparition de ce monstre la jeune fille laissa d’abord tomber dans l’eau la chemise qu’elle tenait dans ses mains puis elle s’enfuie à toutes jambes vers la ferme où elle chercha son père et lui dit avec une voix encore pleine d’émotion : Il y a un énorme poisson noir comme du charbon dans l’étang qui parle le langage des hommes. Il m’a demandé de le sortir de l’eau, arriva-t-elle à balbutier avec peine.
Le paysan se mit à rire et lui répondit : « Un poisson géant qui parle ? Ma pauvre fille, tu as dû encore une fois rêvasser au lieu de faire ta lessive. Il n’y a pas et il n’y a jamais eu de poisson qui parle. File donc te remettre au travail. »
Marie avait beau insister et affirmer qu’elle avait vraiment vu et entendu parler un poisson géant, son père ne croyait pas un seul mot de ce qu’elle racontait et il finit même à la fin par se fâcher. « Je ne veux plus entendre parler de ces bêtises. Un poisson ça vit dans l’eau. Si on le ramène sur la terre ferme, il meure ! »
La jeune fille n’osa pas retourner à l’étang ce jour-là ni le jour suivant. Ce n’est que le surlendemain, sur l’insistance de son père, qu’elle prit son courage à deux mains et qu’elle y revint pour finir de laver son linge. C’était un jour merveilleux de l’été, l l’étang immobile réfléchissait le ciel. Pas un souffle de vent ne venait le troubler. Tout était calme, seules les libellules virevoltaient dans l’air avant de se poser sur un brin de roseau. C’était si tranquille que Marie elle-même crût avoir rêvé. Mais lorsqu’elle plongea le linge dans l’eau, il lui sembla entendre à nouveau la voix qui prononça distinctement : « Pourquoi ne m’as-tu pas sorti de là ? Maintenant, je dois rester ensorcelé et attendre de nouveau sept ans avant de pouvoir demander à un être humain de me délivrer. » Puis tout redevint silencieux et muet comme avant.
Marie fit sa lessive et rentra chez elle en courant. Elle ne parla plus jamais à personne de sa rencontre avec le poisson qui parlait même lorsque les gens racontaient qu’ils avaient vu un énorme poisson noir dans l’étang. Il paraît que c’était un poisson aussi muet que les autres !

La Légende de l’ermite de l’île de Wörth (Strudengau), une des légendes les plus connues de la Strudengau
   L’histoire se déroule en 1540 : un noble tyrolien souhaitait faire un agréable voyage vers la ville de Vienne avec son épouse. Ils embarquèrent sur un bateau (Zille) avec de nombreux passagers pour descendre l’Inn puis le Danube et s’approchèrent des redoutables tourbillons de la Strudengau. Dès la ville de Grein, on avait prévenu le capitaine de l’embarcation qu’il fallait un pilote local expérimenté pour traverser la succession de tourbillons sans encombre mais l’orgueilleux batelier refusa la proposition, prétextant que c’était inutile et qu’il avait déjà franchi bien des endroits difficiles. Le mugissement de l’eau agitée commença à se faire entendre. De l’écume blanchâtre recouvrit peu à peu le pont mais le batelier regardait l’eau avec dédain. Il ne pouvait pas voir les différents récifs qui se cachaient insidieusement sous la surface. Soudain, suite à un choc et à un craquement brutal, de l’eau pénétra à travers les planches disloquées. Le navire se mit à à tourner sur lui-même, la proue se pencha et, en quelques minutes, comme attirée par des forces souterraines mystérieuses, entraîna les passagers effrayées au fond de l’eau. Juste après, on vit un homme sortir la tête du tumulte des flots et, à grand-peine, parvenir à secourir un passager inconscient en le ramenant sur la plage de l’île de Wörth toute proche. Ce passager sauvé de la noyade était l’aristocrate tyrolien et le sauveteur son serviteur. Lorsque le comte reprit connaissance et qu’il ne vit ni son épouse, ni le bateau, ni l’équipage ni les autres passagers, il comprit qu’il s’était noyé. Abasourdi par l’immense douleur d’avoir perdu sa chère et tendre épouse, il décida de rester sur l’île pour y finir sa vie et mourir en ermite. Le comte vécut pendant 12 années avec son fidèle serviteur sur l’île. Ce dernier apporta son aide à un paysan qui y était installé. Le noble tyrolien avait élu domicile dans les ruines du château-fort et, lorsqu’un bateau descendait le Danube en provenance de Grein, il montait sur la tour et, par des gestes et des appels éloquents, avertissait l’équipage de la présence des dangers du courant et des rochers, leur indiquant précisément par où passer en toute sécurité. C’est ainsi que « l’ermite de l’île de Wörth » devint une célébrité connue de tous les bateliers qui n’hésitaient pas à remercier de ses services le pauvre homme en lui offrant au passage de nombreuses provisions.

île de Wörth avec sa croix datant de 1552, refuge d’un noble tyrolien naufragé et l’un des passages des tourbillons avec de nombreux récifs.

   Sa femme que le comte pensait morte pendant le naufrage, était en fait restée en vie grâce au merveilleux effet de la providence. Évanouie sur le bord ses poumons avaient été vidés de leur eau à Sarmingstein par des gens bienveillants qui avaient pris soin de son corps inanimé. En la regardant de plus près, ils remarquèrent toutefois que la comtesse respirait encore et ils parvinrent par miracle à la réanimer. Elle fut amenée à l’hôpital de Saint-Nicolas où elle reprit des forces  de sorte qu’elle put continuer son voyage. Mais elle ne se rendit pas chez son frère à Vienne. Après avoir remercié et largement récompensé ses sauveurs, elle rentra au Tyrol où elle vécut retirée dans le deuil de son mari.
   La nouvelle qu’un ermite s’était installé sur l’île de Wörth à proximité des redoutables tourbillons de la Strudengau, si dangereux pour la navigation, ermite qui avait failli lui-même mourir à cet endroit de nombreuses années auparavant, était parvenue par l’intermédiaire des bateliers qui naviguaient sur l’Inn jusqu’aux oreilles de la comtesse. Elle se demanda alors si cet ermite n’aurait pas par hasard des informations sur ce terrible naufrage d’il y avait 12 années. Elle lui envoya à tout hasard son valet qui, longtemps après, revint avec l’étrange message selon lequel l’ermite serait bien le comte qui avait été porté noyé depuis longtemps ! La comtesse se rendit alors rapidement sur l’île de Wörth. Le comte et son épouse tombèrent en larmes dans les bras l’un de l’autre et retournèrent dans leur propriété du Tyrol. En souvenir du sauvetage de ce naufrage, ils firent ériger  cette belle croix en pierre que l’on peut encore voir de nos jours.

La chasse sauvage (Strudengau) 
Il était une fois un paysan qui arrivait du pays voisin d’Achleiten et prit du bon temps dans une auberge d’Aumühle (Grein). Le temps passa très vite en joyeuse compagnie et le paysan fut surpris par la tombée de la nuit. Il se munit d’une lanterne pour retourner chez lui. Tandis que son chemin le menait à travers une forêt très sombre, il entendit soudain un cliquetis de chaîne parmi des hurlements de loups, des sifflement de serpents, des aboiement de chiens et des cris perçants de chouettes. Ces voix s’élevaient et se mélangeaient en un horrible tumulte. Un immense effroi traversa tout le corps de l’homme : il ne pouvait s’agir que de la fameuse et redoutable chasse sauvage. Il se jeta aussitôt au sol, cacha sa tête dans ses mains et commença à murmurer des prières.
Le paysan ne se souvint pas combien de temps il était resté couché sur le sol. Lorsqu’il se redressa avec hésitation, il remarqua que le cauchemar nocturne avait disparu et qu’il n’y avait désormais plus aucun bruit.
Quand il rentra chez lui et raconta son aventure, personne ne voulut croire à cette histoire étrange et qu’il avait pu échapper à la chasse sauvage. Mais le brave homme ne cessa, durant tout le reste de sa vie, d’évoquer cette épouvantable aventure.

La nymphe du Danube
   La « Donauweibl » ou « Donauweibchen » ou l’ondine du Danube est au fleuve ce que représente « La Lorelei » pour le Rhin. Elle apparaît souvent comme une aimable et belle jeune fille avec de longs et magnifiques cheveux, la tête et les vêtements ornés de fleurs. Elle est tantôt bonne, tantôt perfide. Parfois, elle prévient et protège les bateliers et les pêcheurs lors de tempête et de gros temps sur le fleuve. En cas de crue, elle indique aux navires le bon chemin vers l’aval. Elle se dresse parfois sur le « Gransel » (Kranzel) ou à la proue du navire et a le pouvoir de dissiper le brouillard sur le fleuve. Son chant merveilleux mais dont personne ne comprend le sens saisit d’admiration les bateliers qui en oublient parfois leur gouvernail, font naufrage sur les rochers et se noient.

Nymphe du Danube

La nymphe du Danube

Le chevalier pillard du château-fort de Säbnich (Strudengau) 
Au moment où régnait encore la loi du plus fort sur nos provinces vivait au château de Säbnich en Strudengau un chevalier pillard redouté. Avec l’aide de ses valets, il verrouillait le Danube au moyen de grosses chaînes et pillait sans scrupule les navires marchands qui remontaient le fleuve, prenant en otage de riches commerçants et demandant une forte rançon en échange. Lassé de ces agressions et alors qu’il venait de nouveau de piller des bateaux de pèlerins, un noble seigneur des environs rassembla une armée imposante et assiégea sa forteresse. Les vivres ne tardèrent pas à manquer et la faim s’installa derrière les remparts.Le château-fort fut pris d’assaut. Peu avant d’être fait prisonnier, le chevalier pillard banda les yeux de son cheval et s’élança avec lui dans le précipice. Son château fut incendié. La vallée de la Strudengau et le Danube redevinrent sûrs pour la navigation.
Au cours de la guerre de Trente ans (1618-1648), le château fut détruit par les Suédois. Il est depuis en ruine et il ne reste plus aujourd’hui de la forteresse de Säbnich  que quelques décombres et ce conte…

Le passage des Strudel (tourbillons) en aval de Grein, l’île de Wörth avec sa croix et la forteresse de Werfenstein

L’église Notre-Dame de Struden (Strudengau)
   Une légende rapporte que l’empereur du Saint-Empire romain germanique Maximilien Ier de Habsbourg (1459-1519) dormit une nuit dans son château de Werfenstein en 1502 et que le plafond d’une pièce s’effondra mystérieusement pendant son séjour. L’empereur put échapper à une mort certaine grâce à un petit homme habillé en gris qui l’avait averti à temps. Maximilien fit ériger l’église Notre-Dame de Struden pour le remercier d’avoir eu la vie sauve.
   Un document de l’ancien tribunal libre de Struden du 16 novembre 1790 atteste que l’empereur Maximilien est effectivement le fondateur de l’ancienne église. Il entendait aussi offrir aux bateliers et aux transporteurs de sel qui remontaient et descendaient le fleuve dans ce passage difficile la possibilité d’écouter une messe les dimanches et les jours fériés. Il a d’ailleurs lui-même fait dire une messe en 1502, laquelle devait être répétée tous les ans le jour de son sauvetage, financée par le percepteur impérial et royal des péages et comptabilisée dans les dépenses. Le maître-autel de cette chapelle a été offert par les charpentiers de marine de Struden et d’autres bienfaiteurs. La conduite de l’office religieux fut confié à un prêtre de Saint-Nicolas ou, en cas d’empêchement, à un moine franciscain du couvent de Grein. Pendant 52 années, à chaque automne, une messe a été célébrée dans cette église conformément à la demande de l’Empereur.

Maximilien Ier de Habsbourg (1459-1519) par le peintre Bernhard Strigel (1460–1528), vers 1500

   Beaucoup plus tard, en 1784, sur ordre de l’empereur Joseph II, l’église a été fermée au culte. Le nouveau propriétaire l’a transformée en logements, son actuelle fonction. Le maître-autel avec le tabernacle a rejoint l’église paroissiale de Saint-Nicolas tout comme la statue de la Vierge Marie, les vêtements liturgiques, le ciboire, les chandeliers et le linge d’église. Le petit orgue a été transporté à l’église voisine de Klam. Les deux cloches ont été emmenées au village de Kreuzen. Cette ancienne église gothique se reconnaît aujourd’hui encore par son extrémité polygonale sous forme de tourelles et ses fenêtres maçonnées en ogive.

L’ancienne église Sainte-Marie de Struden, photo collection particulière

Sources :
Josef Petschan, Contes et curiosités de la Strudengau, 1929
Nora Kircher, Die Donau, in Mythen, Märchen und Erzählungen, Knaur, München, 1988
Hertha Kratzer, Donausagen, Vom Ursprung bis zur Mündung, Ueberreuter, Wien, 2003
Traduction en français et adaptation des contes pour Danube-culture, Eric Baude © droits réservés, mis à jour décembre 2023

La tarte de Linz !

« Les jours devinrent des semaines, puis aux semaines succédèrent les mois et soudain le printemps était là. La douce lumière du soleil réchauffant l’air nous incitèrent à redevenir des promeneurs heureux de retrouver des sensations presque oubliées. Et quand vous avez la joie de vous assoir sur un banc dans un parc ou tout simplement sur une couverture posée sur l’herbe au bord du Danube avec des amis, ou votre famille réunie ou un être cher, quel qu’il soit, vient l’instant de partager une délicieuse « Linzer Torte ».

La tarte de Linz a-t-elle été inventée à Linz sur les bords du Danube ?

Difficile à dire car la plus ancienne recette de « Linzer Torte » ne se trouve pas à Linz au bord du Danube mais dans une prestigieuse abbaye de Styrie ! Les archives de l’extraordinaire bibliothèque de l’abbaye bénédictine d’Admont1, fondée en 1074 et située sur les bords de l’Enns, un important affluent de la rive droite du Danube haut-autrichien abritent de merveilleux trésors, curiosités et autres objets exceptionnels.

L’abbaye bénédictine d’Admont, berceau de la « tarte de Linz » (?) dans l’ouvrage Topographia ducatus stiria de Georg Matthäus Vischer, 1681

Elles ont aussi l’immense privilège de posséder, trésor parmi les trésors de leur collection de livres de cuisine, la plus ancienne recette connue de « Linzer Torte« . Ce n’est d’ailleurs pas une mais quatre recettes de « Linzer Torte » parmi 490 recettes diverses consignées en 1653 par Anna Margarita Sagramosa, née comtesse Paradeiser, une aristocrate originaire de la région autrichienne de la Carniole (Krain, aujourd’hui en Slovénie, province faisant frontière avec l’Italie) et installée après son mariage à Vérone, dans le Codex 35/31 qui figurent dans cet ouvrage intitulé en langue allemande « Buech von allerley Eingemachten Sachen, also Zuggerwerck, Gewürtz, Khüt- ten und sonsten allerhandt Obst wie auch andere guett und nützlich Ding ». (« Le livre de diverses sortes de réalisations culinaires tout comme des sucreries, des épices, des coings et toutes variétés de fruits et aliments gouteux et utiles »).
La question de la présence de cet ouvrage culinaire dans le fonds de la bibliothèque de l’abbaye bénédictine d’Admont n’a pas encore trouvé de réponse. Mais les moines bénédictins se sont toujours intéressés aux domaines scientifiques les plus variés et aux arts y compris culinaires. Les quatre recettes n’ont été redécouvertes qu’en 2005 par la directrice de la bibliothèque du musée de Haute-Autriche de Linz. La plus ancienne recette connue auparavant et datant de 1696 appartient à la collection du Musée de la ville Vienne.
Un certain Johann Konrad Vogel (1796-1833), originaire de Bavière, se marie en 1822 avec Katherina Kreß, veuve d’un pâtissier de Linz, reprend le commerce et se lance dans la fabrication à grande échelle d’une tarte à base de la fameuse et délicieuse « pâte de Linz », connue, sous une forme similaire, déjà dans l’Égypte ancienne. Cette pâtisserie devient l’emblème culinaire (l’ambassadrice sucrée) de la capitale de la Haute-Autriche et fait ensuite le tour du monde. La recette rapidement imitée a continuellement été renouvelée, réinventées au fil du temps, de l’imagination et de l’inspiration des pâtissiers. Bref on s’est souvent largement éloigné de la ou des recettes recettes d’origine. C’est pourquoi il est passionnant de se pencher sur quelques-unes des plus anciennes et « authentiques » recettes de « Linzer Torte » pour connaître quelle pâtisserie/salon de thé ou Konditorei autrichienne peut à juste titre prétendre vendre la véritable « Linzer Torte » selon les critères définis dans la capitale de la Haute-Autriche.
La « Linzer Torte » est une pâtisserie à base de pâte brisée (pâte de Linz) confectionnée avec une proportion importante de noix. À l’origine, seules des amandes étaient ajoutées à la pâte. Aujourd’hui un mélange d’amandes et de noisettes râpées est généralement utilisé. La « Linzer Torte » authentique ne doit contenir qu’une simple garniture de confiture de groseille. Elle est traditionnellement recouverte avec un treillis de pâte.
Les premières recettes nous montrent une tarte qui n’a pas grand-chose à voir avec celle que nous connaissons aujourd’hui. Les divers ingrédients caractéristiques désormais utilisés tels que par exemple la cannelle, les clous de girofle et les noisettes manquent de même que le treillis caractéristique et souvent aussi la garniture avec de la confiture. Dans les premiers années de sa fabrication on utilisait  des amandes râpées, des citrons ou même du saindoux qui faisaient l’originalité de la véritable « Linzer Torte ». Malgré tout, une caractéristique relie toutes les différentes recettes de « Linzer Torte » au cours de l’histoire, l’incontournable pâte brisée qui fait la saveur inégalable de ce dessert bien évidemment à condition de veiller à ce que celle-ci ne soit pas trop sèche.
Si la plus ancienne recette connue de « Linzer Torte » ne se trouve pas à Linz, la bibliothèque du Musée de Haute-Autriche (Oberösterreichische Landesmuseum) possède toutefois une collection importante de livres de cuisine manuscrits datant d’entre 1700 et 1858 et dans lesquels on trouve pas moins de 95 recettes de « Linzer Torte » ! Parmi celles-ci ces recettes une variante avec du chocolat (Livre de cuisine de Babette Kindler, vers 1850).

Recette manuscripte de « Linzer Torte », collection du Musée du Land de Haute-Autriche de Linz

Note :
1 la plus importante bibliothèque de monastère au monde

La « Linzer Torte » en quelques dates
1653
La comtesse Anna Margarita Sagramosa originaire de Krain (Carniole), domiciliée à Vérone après son mariage, recopie quatre recettes de « Linzer Torte » dans son livre de cuisine manuscrit. Redécouvert à la bibliothèque de l’abbaye d’Admont en 2005, c’est actuellement le plus ancien témoignage connu d’une recette de « Linzer Torte ».
1718
La première recette imprimée du « Guten und Suessen Lintzer-Taiges » est publiée dans le « New Saltzburg Cookery Book » de Conrad Hagger.
1700-1850
Période de gloire de la « Linzer Torte ». Inventions de nombreuses variations tant en termes de goût que d’apparence. Des recettes de « Linzer Torte » sont publiées dans presque tous les premiers livres de cuisine imprimés en Europe.
1842
La « Linzer Torte » est mentionnée pour la première fois dans un récit de voyage (Johann Georg Kohl « Reise von Linz nach Wien », publié à Dresde en 1842).
1855
Franz Hölzlhuber (1826 -1898), peintre, chanteur, poète, bibliothécaire, professeur de dessin, confiseur, né à Steyr (Haute-Autriche) et émigré aux USA fait découvrir la « Linzer Torte » aux américains de Milwaukee (Wisconsin) pendant son séjour (1855-1860). Il compose à Milwaukee son unique opéra (singspiel) qu’il intitule « Das neue Donaureich » (vers 1856).
Le magazine American Heritage de juin 1965 attribue l’introduction de la Linzer Torte en Amérique à Franz Holzlhuber : « En 1856, Hölzlhuber, un jeune Autrichien entreprenant des environs de Linz, s’est embarqué pour l’Amérique. Il n’avait que très peu d’argent mais était équipé d’une cithare, d’un carnet de croquis, d’une formation en droit et en dessin, et de la promesse d’un emploi à Milwaukee en tant que chef d’orchestre. Quelque part entre New York et le Wisconsin, il perd ses bagages et la lettre confirmant son emploi, qui s’avère ne plus être disponible. Nullement découragé, il se mit à travailler comme boulanger, introduisant (selon ses dires) la Linzer Torte en Amérique… »

Franz Hölzlhuber (1826-1898), ambassadeur de la « Linzer Torte » aux États-Unis

1900
L’écrivain prussien Ernst von  Wildenbruch (1845 -1909) immortalise la pâtisserie dans son ode à la  « Linzer Torte ». Il conclue celle-ci sur le vers : « Was sind aller Dichter Worte gegen eine Linzer Torte! » (« Que peuvent faire les vers de tous les poètes en face d’une tarte de Linz ! »)
1927
L’écrivain, journaliste et humoriste viennois Alfred Polgar (1873-1955) sème volontairement et non sans humour la confusion en prétendant que la recette de la « Linzer Torte » a été inventée par un boulanger viennois du nom de « Linzer ». Cette hypothèse est réfutée.
1944
L’opérette « Linzer Torte » du compositeur Ludwig Schmidseder1 (1904-1971 ), né à Passau et mort à Münich sur un livret d’Ignaz Brantner (1886-1960), Johann-Gustav) Kernmayr (1900-1977) et Aldo von Pinelli (1912-1967) est représentée pour la première fois au Théâtre de Haute-Autriche de Linz. Ludwig Schmidseder est aussi l’auteur de l’opérette « Mädel aus der Wachau » créé à Linz en 1951.
2009
Première édition des Journées de la « Linzer Torte »
Cet évènement a lieu à la fin de l’automne : concours de pâtisserie, démonstration de cuissons diverses, présences d’illustres amateurs de la « Linzer Torte » et autres spécialités culinaires locales.
Notes :
1
Ce compositeur de musique légère tendance jazz à été membre du parti nazi dès 1933. Il se fera naturalisé autrichien en 1948.

Parmi les nombreuses personnalités autrichiennes et étrangères qui appréciaient ce met sucré on compte l’archiduc Franz Karl de Habsbourg (1802-1878), père de l’empereur François-Joseph et beau-père de Sissi qui avait pris l’habitude en se rendant dans son élégant palais d’été de Bad Ischl (Salzkammergut) de passer la nuit dans la capitale de la Haute-Autriche et d’emporter avec lui une « Linzer Torte » pour la suite de son voyage. Autant dire que la « Linzer Torte » appartient à l’histoire de l’Autriche.

Deux bonnes adresse à Linz
L’incontournable Konditorei Jindrak confectionne depuis bientôt 100 ans (1929) la « véritable Linzer Torte » à raison d’environ 100 000 exemplaires chaque année ! La maison mère se trouve Herrenstraße 22-24 avec de nombreuses filiales dans la ville.
www.jindrak.at/original-linzer-torte 
La confiserie Isabella/Marc Chocolatier, s’est basée sur l’une des quatre recettes de la bibliothèque de l’abbaye d’Admont pour recréer une « Linzer Torte » parmi les plus savoureuses d’Autriche. On la trouve non seulement dans l’établissement d’une des grandes rues commerçantes de la capitale de Basse-Autriche (Landstrasse) mais aussi sur place à l’abbaye d’Admont.
www.marc-chocolatier.at

Une recette contemporaine 
Ingrédients :
250 grammes de beurre
250 grammes de farine,
125 gramme de sucre glace
150 grammes de noisettes (ou éventuellement amandes) en poudre
2 cuillerées à soupe de chapelure,
1 oeuf, 1 jaune d’oeuf et 1 oeuf pour enduire
Cannelle en poudre, 1 pincée de clou de girofle moulu
1 pincée de sel
zeste citron ou jus de citron
confiture de groseille, amandes effilées.
Préparation :
Disposer la farine en tas sur le plan de travail. Couper le beurre en petits morceaux et les mélanger à la farine en émiettant du bout des doigts. Ajouter le sucre glace, les noisettes et la chapelure, puis l’œuf et le jaune d’œuf. Saupoudrer généreusement de cannelle, d’une pincée de clou de girofle, d’un peu de sel et du zeste ou du jus d’un citron. Travailler l’ensemble rapidement pour obtenir une pâte brisée lisse en formant une boule. La couvrir et la laisser reposer au frais une demi-heure environ.
Préchauffer le four à 180°C et beurrer un moule à manqué pas trop grand.
En appuyant avec le dos des doigts, repartir un peu plus de la moitié de la pâte au fond du moule. Avec le reste, former plusieurs petits boudins (pour les croisillons) ainsi qu’un boudin plus gros pour le bord de la tarte. Couvrir le fond  de la tarte de confiture en laissant un espace libre d’environ 1 cm tout autour pour réaliser le bord. Disposer le gros boudin en rond autour du moule et l’écraser légèrement. Disposer ensuite en treillis les boudins plus fins sur le dessus de la tarte. On peut éventuellement saupoudrer le tout d’amandes effilées.
Recouvrir la pâte avec l’œuf battu puis faire cuire au four pendant 50 à 60 minutes. Sortir du four et laisser refroidir. Recouvrir et laisser reposer une journée.

Selon d’autres recettes la « Linzer Torte » est préparée avec une pâte plus molle. Les croisillons sont alors réalisés à l’aide d’une poche à douille.
Vous pouvez la mettre en valeur en l’accompagnant avec un vin pétillant brut autrichien de la vallée du Danube !

Une recette vegan
Ingrédients :
300 grammes de farine complète ou semi-complète fine
100 grammes de sucre
150  grammes de noisettes en poudre
200 grammes de Margarine végétale
1 cuillère à thé de cannelle
200 grammes de confiture de groseille qui peut être éventuellement remplacée par de la confiture de cerises amères ou de cassis
Crème fraîche végétale
Préparation :
Tamisez la farine sur une plaque à pâtisserie et faites un puits au milieu. Ajouter le sucre, la cannelle et les noisettes. Étaler la margarine en morceaux sur le bord de la farine et pétrir le tout rapidement avec les mains pour former une pâte lisse. Formez une boule, l’enveloppez dans du papier d’aluminium et laissez reposer au réfrigérateur pendant 1 à 2 heures.
Sur un plan de travail fariné, étalez ensuite les trois quarts de la pâte sur une épaisseur d’environ 2 cm et garnissez le fond d’un moule à cake ou à charnière (diamètres de 24 cm) avec celle-ci. Piquez le fond du gâteau plusieurs fois avec une fourchette à petits intervalles et répartir la confiture de groseille uniformément sur le dessus. Façonner le reste de pâte en petits boudins,  disposez-les sur la tarte en les croisant  et recouvrez-les d’une crème chantilly végétale. Faites cuire au four préchauffé à 200°C pendant environ 45-55 minutes.
Au lieu de la confiture de groseille, vous pouvez également utiliser à la place de la confiture de groseille une compote de pommes. la tarte sera alors particulièrement moelleuse.

Et pendant que vous êtes à Linz et séduit par cette ville où passé, présent et futur s’harmonisent ne font pas que s’harmoniser architecturalement, ou peut-être déjà devant la vitrine alléchante d’une Konditorei, partez à la découverte des « Linzer Augen » (« Yeux de Linz »). Une autre spécialité sucrée de la ville, particulièrement appréciée pendant le temps des fêtes de fin d’année avec d’autres biscuits, certes moins connue à l’étranger mais toute aussi délicieuse ! On les achète un peu partout en Autriche.

Linzer Augen, yeux de Linz, autre spécialité fort appréciée des gourmands ! Photo droits réservés

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, mis à jour novembre 2023

Sources :
Linzer Torte, Bundesministerium Landwirtschaft, Region und Tourismus,
www.bmlrt.gv.at
www.stiftadmont.at
www.linztourismus.at/fr
www.steyerpioniere.wordpress.com
Josef Hasitschka, Admonter Klosterkochbuch, Barocke Rezepte und Geschichten aus den Stift Admont, Benediktiner Stift Admont, Admont, 1998
Waltraud Faißner, Wie man die Linzer Dortten macht ! (Comment prépare-t-on la tarte de Linz !), 2004
Recettes historiques de la « Linzer Torte » issues de la collection culinaire de la bibliothèque du Musée régional haut-autrichien de Linz.
40 recettes de 1700 à 1848 avec parfois des ingrédients inhabituels comme de l’eau de rose, des morceaux d’orange confite ou des pistaches pour la décoration qui démontrent que la « Linzer Torte » était initialement une pâtisserie à la mode baroque. Les recettes sont accompagnées d’illustrations du XVIIIe et du XIXe siècles.

Le bac à fil (Rollfähre) Klosterneuburg-Korneuburg

    Ici, entre Klosterneuburg (rive droite) et Korneuburg (rive gauche) le «voyage» d’un bord à l’autre du beau Danube vert est bref : trois à cinq minutes selon le niveau d’eau qui détermine la vitesse du fleuve et par conséquence la durée de la traversée. Le capitaine peut rater de temps en temps par inadvertance ou parce qu’il dans un mauvais jour, sa manœuvre d’accostage à la surprise teintée d’une éphémère inquiétude de quelques passagers. Le bac revient alors en arrière, glisse dans le lit du fleuve puis se rapproche à nouveau lentement de la berge. Cette fois, l’amarrage est réussi. Piétons, cyclistes et automobilistes ont bénéficié de deux minutes de répit ou de grâce supplémentaires de traversée.

Inauguration du bac à fil Klosterneuburg-Korneuburg le 12 septembre 1935, photo d’archives

Il y a aussi des riverains qui prennent goût à traverser le Danube avec le bac. C’est  presque comme une drogue. Ceux-là ont envie d’osciller quotidiennement d’une rive à l’autre depuis l’aube jusqu’au dernier passage en soirée. La pause de fin d’automne et d’hiver (le bac ne circule pas également pendant les périodes de hautes eaux et d’épais brouillard1) qui dure de début novembre jusqu’en mars leur semble une éternité insupportable. Pas d’autre choix que d’emprunter un pont puisqu’il n’existe plus d’autre bac à la hauteur de Vienne. Il faut même aller loin, très loin en aval jusqu’au canal de Gabčikovo pour retrouver un bac. Mais la traversée d’un canal n’a rien de commun avec celle d’un fleuve, surtout le Danube. Et en amont on doit remonter désormais jusqu’aux bacs à fil de Weissenkirchen en Wachau et de Spitz/Danube qui ont été sans doute préservés grâce en partie aux touristes et aux cyclistes qui l’empruntent tout au long de la saison. Construire un pont tout comme un barrage (programmé dans les années glorieuses) en Wachau eût été aussi un geste architectural absurde au sein ce paysage préservé. Certains doivent encore en rêver. La Wachau et Dürnstein ont évité le pire sauf à Melk. Et puis que dire des murs anti-inondations qui défigurent les rives aux alentours des villages !

Le bac sur la rive droite, photo © Danube-culture, droits réservés

Avec les travaux de régularisation du Danube à la fin du XIXe siècle, les gués qui permettaient aux périodes de basses-eaux de traverser le fleuve à pied disparaissent définitivement. La géographie du fleuve est bouleversée, redessinée par des mains humaines conquérantes. La merveilleuse abbaye de Klosterneuburg se voit privée de « son » Danube qui  doit reculer plus au nord. Le bras du fleuve principal sépare désormais les deux villes de Klosterneuburg et de Korneuburg. Une liaison fluviale est établie en 1884 d’abord sous la forme d’une embarcation branlante composée de deux coques de bateaux surmontés d’une plateforme sur laquelle se tiennent les passagers, les charriots et les charrettes. Le pont volant, ainsi dénommé, est attaché à la rive avec un câble qui se tend dangereusement sous l’eau en travers du fleuve. Un projet de tunnel sous le fleuve est envisagé dans les années 1899/1900.  L’embâcle du rigoureux hiver de 1928/1929 fige le Danube de la Hongrie jusqu’à la Wachau, détruisant le fragile pont volant. Ne voulant pas se priver d’un lien essentiel avec l’autre rive, les municipalités de Klosterneuburg et de Korneuburg sont à l’origine de la mise en service du nouveau bac à fil à cette hauteur. Son inauguration officielle a lieu le 12 septembre 1935. L’abbaye de Klosterneuburg participa au coût de construction à la hauteur d’un tiers des dépenses. Le câble en travers du fleuve mesure 380 m de long, pèse 6 500 kilos et son diamètre est de 47, 5 mm.

Le bac à l’occasion du jubilé de ses 85 ans d’existence en septembre 2020, photo droits réservés

Le bac de Klosterneuburg-Korneuburg (PK 1941, 7)
   Il s’agit d’un bac à câble n’utilisant que le courant du Danube pour se déplacer de la  manière la plus écologique possible. Les deux moteurs hors-bord sont là uniquement que pour des raisons de sécurité et afin de pouvoir manœuvrer indépendamment du courant en cas d’urgence.
Pour qu’un bac à câble soit propulsé à travers un fleuve ou une rivière, deux forces distinctes doivent être combinées :
-la première force est exercée par la tension du câble en acier auquel le bac est suspendu de manière mobile. Le câble empêche le bac d’être emporté par le courant.
-le courant du fleuve est l’autre force qui agit sur le déplacement du bac. Pour que les deux forces puissent mettre le en mouvement, celui -ci doit être incliné par rapport au courant à l’aide  d’un gouvernail. La pression du courant pousse alors le bac à travers le fleuve grâce à la force qui en résulte.
La vitesse du bac à fil dépend ainsi de la force du courant et peut être influencée par l’angle avec lequel le capitaine place son bac par rapport au courant. La vitesse du courant du fleuve ne doit pas être inférieure à une certaine vitesse minimale comme c’est le cas par exemple dans la zone des lacs de retenue en amont des centrales électriques et également sur le Bas-Danube où la vitesse du fleuve ne permet pas à un bac à fil de fonctionner. Il n’existe pas d’autre bac de ce type en aval de celui reliant Klosteneuburg à Korneuburg. Les bacs de Weissenkirchen et de Spitz/Danube en Wachau sont du même type.
Le bac qui a été privatisé en 1994, peut transporter outre piétons, cyclistes et motos 4 voitures et accepte les véhicules jusqu’à une longueur maximale de 10,50 m. Le poids total ne doit pas dépasser 25 tonnes et le nombre de passagers 40 personnes.

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, novembre 2023

Notes : 
1 Le brouillard qui parfois efface la réalité du fleuve a joué un mauvais tour au bac qui est entré en collision le matin du 17 octobre 2017 avec un convoi qui descendait le Danube. Les autorités compétentes ont attribué l’origine de l’accident à une erreur d’appréciation du capitaine du bac.

Photo Danube-culture © droits réservés

Le Regentag (Jour de pluie) : bateau-maison-atelier nomade du peintre Friedenreich Hundertwasser

   « Je voudrais peut-être qu’on me considère comme un mage de la végétation, ou quelque chose de semblable, disons magique, que je remplisse un tableau jusqu’à ce qu’il soit plein de magie, comme on remplit un verre avec de l’eau. »
Friedenreich Hundertwasser

Le navire, un vieux mais solide cotre méditerranéen en bois, à voile et à moteur porte le nom de San Giuseppe T et de petit « freighter » (cargo) pour le transport de marchandises quand le peintre l’achète en Sicile, à Palerme, en 1967. Il le rebaptise du nom Regentag (Rainy Day ou Jour de pluie).

Le peintre Friedenreich Hundertwasser sur le Regentag, photo droits réservés 

Après l’avoir fait convoyer de Palerme à Venise par le capitaine Mimmo, Hundertwasser navigue en compagnie du capitaine Antonio pendant sept années consécutives (1968-1974), cabotant de ports en ports méditerranéens (Palerme, Pellestrina, Portegrandi, Malcontenta, Portoferraio, La Goulette, Malte…). Puis le peintre décide ensuite de l’agrandir, faisant passer sa longueur de douze à quinze mètres. Il fait avec celui-ci ses premiers expériences d’architecture, en redessine la proue, modifie la coque, installe un deuxième mat, donnant à son bateau une silhouette et une ligne originales et asymétriques. Pendant dix ans le Regentag servira de maison et d’atelier nomade au peintre.
La bonne adaptation du « nouveau » Regentag à la haute mer est d’abord éprouvée lors de croisières qui le mènent en Dalmatie, en Sicile, en Corse, à Malte, à Tunis, en Crète, à Rhodes, à Chypre et en Israël puis Hundertwasser et son capitaine Horst Wächter partent pour une grande traversée de 18 mois (1975/1976), de Venise jusqu’en Nouvelle-Zélande en passant par Malte, Gibraltar, les Antilles, Panama, l’archipel des Galapagos et Tahiti.

Regentag IV

Le Regentag immobile ou presque au port de plaisance de Tulln, photo Danube-culture © droits réservés

Hundertwasser fut souvent à la barre du Regentag en Méditerranée, dans la mer des Caraïbes, au large de Tahiti, de Rarotonga, des îles Kermadec, d’Auckland et de la Baie des îles (Nouvelle-Zélande).Le bateau fait naufrage en 1995. Aussi est-il ramené à Opua, dans la Baie des îles et y reste en 1999/2000. Le chantier naval Ashby’s Boat Yard installe, à la demande du peintre, un nouveau poste de pilotage, pose un revêtement en béton armé et réalise une fresque en céramique dessinée par Hundertwasser au dessus de la la ligne de flottaison. Ces réaménagements, nécessaires à la suite du naufrage, répondaient également à un souhait de longue date de l’artiste.
Le Regentag continuera à naviguer sur l’Atlantique. Après la mort subite du peintre sur le Queen Elisabeth II, le 19 février 2000, il sera rapatrié en 2004 vers l’Europe par cargo et convoyé en Autriche par le Danube jusqu’au port de Tulln (Basse-Autriche), son port d’attache actuel. Ce bateau que le peintre a emmené au bout du du monde n’a navigué depuis sur le fleuve que pour de courtes escapades et son entretien semble avoir été négligé pendant plusieurs années ce qui est incompréhensible car il s’agit d’un patrimoine exceptionnel !

Le Regentag au printemps 2022, photo © Danube-culture, droits réservés

Le bateau, qui a été de plus endommagé par un autre navire dans le port de plaisance de Tulln en 2015, a été sorti de l’eau pour des travaux de réparation et de rénovation puis remis à flot. Fin des travaux de restauration au printemps 2023.

Le peintre au nom prédestiné qui entretint un rapport intime avec l’eau sous toutes ses formes et ses couleurs durant son existence, ne pouvait être que fasciné par les bateaux. Ses dessins d’enfant comme les Bateaux à vapeur chantant avec leurs cheminées, les Bateaux bouche en témoignent. Des proues de navires, des hublots ou autre allusion à l’univers maritime apparaissent également régulièrement dans ses autres oeuvres.

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Friedensreich Hundertwasser en 1998, photo source Wikipedia

Le peintre qui s’appelait à l’origine Friedrich Stowasser a pris comme troisième prénom Regentag, celui-ci venant s’ajouter à Friedensreich et Dunkelbunt soit un nom complet d’artiste de Friedensreich Dunkelbunt Regentag LiebeFrau Hundertwasser.
Rappelons encore que l’artiste, aux très fortes convictions écologistes, a également participé activement, aux côtés d’autres artistes et scientifiques renommés comme Konrad Lorenz, à la préservation des prairies alluviales danubiennes menacées de destruction par la construction du barrage de Hainburg (1984), projet heureusement abandonné par la suite.

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, mis à jour novembre 2023

www.hundertwasser.at
https://www.kunsthauswien.com/en/museum

 Photo © Danube-culture, droits réservés

De Linz à Vienne par le Danube en 1860 avec le guide Joanne

Beda Weinmann (1818-1888), panorama de Linz, vers 1860

25 milles (40, 234 km !)
Bateaux à vapeur tous les jours ; départ à 7 heures du matin ; voyage en 9 à 10 h. pour 8 fl. et 5 fl. 20 kr. — De Vienne à Linz remontée en 24 ou 30 heures pour 6 .fl et 4 fl.

Kaspar (Kasparus) Karsten (1810-1896), vue de Linz avec le Danube, huile sur toile

   En aval de Linz, le Danube se divise en un grand nombres de bras formant des îles verdoyantes. On voit sur la rive g. le château ruiné de Steyreregg, pris en 1626 par les paysans ; le village possède une belle église dans l’ancien style allemand. — En face sur la rive droite, la Traun se jette dans le Danube, près de San Peter in der Au et Zizelau.
   Gauche, Pulgarn, village de 200 habitants, situé sur le Reichenbach et dominé par un vieux château.
   Droite, Asten. À une heure au Sud, se trouve le monastère de Saint Florian. Le château de Spielberg s’élève sur une île près de la rive droite.
   Gauche, San Georgen, sur la Gusen, à 30 mn du fleuve ; Frankenberg et Gusen ; puis Mauttausen, bourg de 1160 habitants, presque en face de l’embouchure de l’Enns. On y remarque le château de Pragstein, l’église de Saint-Nicolas ; Niedersebing, village au-dessous duquel l’Augst ou Aigst se jette dans le Danube. Naarn, avec une chapelle byzantine, un château et une église de vieux style allemand. 
  
Droite, Erla, ancien couvent devenu propriété particulière ; Niederwallsee, un des plus beaux châteaux du Danube, bâti sur un rocher escarpé et entouré d’un beau jardin ; on y jouit d’une belle vue sur le fleuve et sur la chaîne des Alpes ; Ardacker, village de 400 habitants au-dessous duquel le Danube entre dans un étroit défilé.
   Gauche, Clam, village de 200 habitants, dont le château fût vainement assiégé en 1626 par les Hussites, en 1487 par Matthias Corvin ; il renferme une collection de vieilles armures ;  — Grein, qu’on voit sur la rive gauche, après un détour vers le Nord, est une des plus pauvres villes de l’Autriche. Son château de Greinburg, bâti en 1493, appartient actuellement au duc de Saxe-Coburg.
    Le lit du fleuve se rétrécit, et on franchit le premier rapide, nommé Greiner Schwall ; on passe le Strudel ou tourbillon, jadis redoutable aux bateaux, avant qu’on eut fait sauter les rochers qui traversaient le fleuve d’une rive à l’autre. On remarque la vielle tour de Woerthschloss, sur l’île de Woerth, et sur la rive gauche les ruines du château de Werfenstein, dont les seigneurs exerçaient la profession de voleurs de grand chemin. On voit se dresser au milieu du fleuve le Haustein, bloc de rochers couronné d’une vieille tour et près duquel se trouvait jadis le Wirbel, autre tourbillon redouté des bateliers du Danube.
   Gauche, Sarblingstein ou Sarminstein, village bâti en amphithéâtre et dominé par une tour circulaire. Près de là, le Sarming (Sarmingbach, ) descend d’un ravin par de nombreuses cascades et se jette dans le Danube. On voit ensuite l’embouchure de l’Imper qui sert de limite aux provinces de la Haute et de la Basse-Autriche. — Donaudorf, village et petit château de la rive droite.
   Gauche, Boesenbeug (mauvais coude) ou Persenbeug, est un château qui date de plus de huit siècles et qui couronne un rocher de granit. Le bâtiment actuel, qui date de 1617, fut souvent habité par l’empereur François, qui l’acheta en 1800. Le village situé à sa base, possède un vaste chantier pour la construction des bateaux du Danube.
   Droite, Ips, pons Isidis ou Gessodunum, est une ville ancienne de 1000 habitants, près de l’embouchure de l’Ips ou Isis. — Sausenstein a gardé les ruines d’une abbaye de l’ordre de Cîteaux, fondée en 1336, et incendiée en 1809 par les Français. — Sur la rive gauche, Marbach, village de 200 habitants, au pied du Taferlberg, que couronne l’église de Maria Taferl (Marie de la petite table), bâtie en 1661 et visitée par des pèlerins dont le nombre annuel est de 50 000 à 120 000. — Plus loin L’Erlaf se jette dans le Danube ; en face de Klein Pechlarn, rive gauche, Gross Pechlarn, l’Arelape des Romains.
Moelk ou Melk ; (hôtels Lamm, Ochs), bourg de 1200 habitants, sur la rive droite du Danube, près de l’embouchure du Moelk, possède une église paroissiale de 1481, et une abbaye de Bénédictins, située sur un rocher haut de 60 mètres, fondée en 984, rebâtie en 1707 ; c’est l’une des plus belles et des plus riches de l’Autriche. — L’église à l’intérieur est décorée de statues colossales , à l’extérieur de fresques de Rottmayr. Les caveaux renferment les tombeaux des princes de la famille de Babenberg et ceux de saint Coloman et saint Gotthalm. — On remarque dans l’abbaye : la maison de l’abbé et sa chapelle particulière : l’appartement de l’empereur ; la bibliothèque de 30 000 vol. et 2000 incunables ou manusc. ; les collections de médailles et d’histoire naturelle, la galerie ; enfin les caves assez vastes pour qu’on puisse y circuler en voiture. — On aperçoit ensuite (riv. gauche) Emmersdorf , village de 400 hab., dominé par un château en ruines et situé en face de l’embouchure de la Bielach (Pielach) : Schoenhubel (Schoenbuhel) (rive dr.), château du comte Beroldingen, puis Aggstein (rive dr.), château en ruines, perché sur un rocher conique qui domine Klein Aggsbach et qui fut habité par un seigneur chef de brigands, Schreckenwald, la terreur des bateliers au XIIIe siècle. Pour visiter ce château, il faut prendre un guide et se munir de la clef à l’auberge située au-dessous.
G[auche]. Au-delà de Schwallenbach on remarque la Teufelsmauer, muraille du diable, arrête rocheuse semblable à un mur en ruine et qui renvoie un très bel écho. — Spitz, bourg de  1000 habitants : — San Michäel, village dont la vieille église fut un jour enfouie dans la neige jusque’à la toiture ; — Weissenkirchen, bourg de 1000 habitants près duquel furent les premières vignes des rives du Danube ; — Dürrenstein ou Tyrnstein, village de 450 habitants qui n’a d’intéressant que le beau tabernacle de son église, et les ruines d’un couvent. Le château, démantelé en 1645 par les Suédois, probablement celui où Richard-Coeur-de-Lion fut retenu prisonnier pendant 15 mois, de 1192 à 1193, est un des plus anciens de l’Autriche. — Stein (hot. Elephant), ville de 2000 habitants située sur la rive g., a été réunie en 1463 par un pont  de bois à Mautern, ville de 700 hab., sur la rive dr. On remarque à Stein la vieille église paroissiale, l’hôtel de ville orné de fresques ainsi que certaines maisons particulières, les ruines du château détruit en 1486 par Mathias Corvin, et les vestiges d’une ancienne forteresse : un monument y a été élevé à la mémoire du feld-maréchal lieutenant Schmidt. — Mautern, (le Mutinum des Romains, la Mutara des Nibelungen), où Mathias Corvin défit en 1484 l’empereur Frédéric III, est également dominé par un château. Une promenade de 15 à 20 mn relie Stein à
Krems (hôt. Rose, Goldene Hirsch), ville de 7000 hab., une des plus anciennes de la Basse-Autriche, situé à l’embouchure de la Krems.

Krems en 1860, gravure d’après un dessin de  J. Alt

   Elle produit une moutarde renommée, de la poudre excellente, et fait le commerce des vins. L’église paroissiale de Saint-Vit et celle de l’Hôpital mérite une visite. — La vallée de Krems renferme la  belle et riche abbaye de Bénédictins de Goettweih (Göttweig), à 230 mèt. d’altitude. On y voit de belles collections d’antiques, de gravures, d’objets d’histoire naturelle et une bibliothèque de 40 000 vol., de 1200 incunables et de 700 man. À partir de Krems, les bords du Danube sont presque plats et insignifiants.
Dr[oite]. Tulln, Comagena, jadis station d’une des trois flottilles romaines, ville de 1850 hab., possède une chapelle romane des Trois-Rois, aujourd’hui’hui transformée en magasin à sel : c’est dans la plaine voisine que se réunit l’armée polonaise (commandée par Jean Sobieski), qui alla délivrer Vienne de l’invasion turque. En face de Zeiselmauer, patrie de Saint-Florian, on aperçoit les Tours de Stockerau. — Greifenstein, ancien château, appartient actuellement au prince Liechtenstein. — Klosterneuburg, ville de 3700 hab., possède une riche abbaye de bénédictins. Le bâtiment actuel date de 1730. À g. on laisse Kornneuburg, station du chemin de Stockerau.
   Nussdorf, petit v. situé à 1h de Vienne. On y débarque ordinairement et on y donne son passe-port pour le recevoir seulement au bureau de la compagnie des bateaux à vapeur de Vienne (la compagnie  transporte gratuitement à Vienne les bagages que le voyageur ne prend pas avec lui.) Des omnibus, des stellwagen et des fiacres attendent au débarcadère. On fait son prix d’avance pour les fiacres ;  on paie de fl. 6 kr. à 2 fl. 30 kr.
96 à 100 h de Donauwoerth, Vienne.

Notes :
1 les concurrents les plus redoutables pour les Guides-Joanne furent ceux de l’Allemand Karl Baedeker (1801-1859) qui aura pour politique de publier la plupart de ses guides en trois langues : allemand, français (dès 1846) et anglais (à partir de 1861). La bibliographie d’Alex Hinrichsen ne recense, pour la période 1832-1944, pas moins de 477 éditions en allemand, 226 éditions en français, et 266 éditions en anglais.

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, août 2023

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