Kahlenbergerdorf

   Le joli petit village viticole de Kahlenbergerdorf, entièrement rattaché à la capitale autrichienne en 1954 se tient en amont, sur la rive droite du Danube, à la hauteur du le défilé des Portes-de-Vienne. Son église paroissiale saint-Georges (XIIe siècle), alliant les styles roman tardif, gothique précoce et baroque fut détruite à trois reprises, lors des deux sièges de Vienne par les Ottomans en 1529 et 1663, dévastée en 1809 par les armées napoléoniennes puis reconstruite à chaque fois par l’abbaye voisine de Klosterneuburg.

L’église saint-Georges de Kahlenbergerdorf avec le Leopoldsberg en arrière-plan, gravure de 1818 d’après Schaffer extraite du recueil « Historische und topographische Darstellung der Pfarren, Stifte, Klöster, milden Stiftungen und Denkmähler im Erzherzogthume Oesterreich » de Vincenz Darnaut und andere, Wien , Doll, 1824

Le village, blotti entre le fleuve dont il subit à de nombreuses reprises les inondations par le passé, se trouve au pied des collines du Leopoldsberg (425 m) du Burgstall (295 m) et du Nussberg (342 m), haut-lieu de la viticulture viennoise. C’est l’aménagement du port de Kuchelau (aujourd’hui port de plaisance), autrefois avant-port de Vienne, port d’entrée pour le canal du Danube et port d’hiver, prévu dès les grands travaux de régularisation du Danube en 1901-1903, qui permit au village d’être mieux protégé contre les crues à répétition.
Un sentier pentu qui part du village permet de rejoindre le sommet du Leopoldsberg et la chapelle saint Léopold (1693) depuis la terrasse de laquelle la vue s’étend sur Vienne et la rive gauche du Danube. Le projet d’un temple profane à l’image de celui du Walhalla de Donaustauf, a été envisagé à plusieurs reprise sur le Leopoldsberg mais heureusement jamais réalisé.

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, mis à jour janvier 2024 

Kahlenbergerdorf vers 1905, avec le Danube régularisé et la ligne de chemin de fer « Franz-Joseph Bahn » ouverte en 1870. Photo collection du Wien Museum

Ybbs/Donau (Ybbs-sur-le-Danube)

Petite chronique d’Ybbs-sur-le-Danube

Matthäus Merian (1593-1650), Ybbs, Topographia Provinciarum Austriacarum, 1649

La ville d’Ybbs, importante cité commerciale par le passé, se trouve à la sortie de la région de la Strudengau, au nord-ouest du confluent de Ybbs avec le Danube. Cette cité était autrefois au croisement des routes du sel de Gmunden, du fer d’Erzberg, des routes impériale et postale, cette dernière successeure de l’ancienne route romaine frontalière du Limes, devenue aujourd’hui une importante artère routière autrichienne. La possibilité de traverser du Danube à cette hauteur permettait d’accéder en plus à la route commerciale vers la Bohême et Prague. Cette situation privilégiée est à l’origine du développement d’Ybbs, à la fois comme lieu de passage du fleuve, octroi et poste de douane et place commerciale et de transbordement des marchandises d’une rive à l’autre.

Carl Philipp Schallhas (1767-1797), Autriche, Ybbs an der Donau, gravure coloriée, Artaria Vienne, 1833

L’histoire de la ville remonte à l’époque celte et à l’époque romaine comme en témoignent des vestiges découverts sur une colline à proximité. Le village d’origine s’est d’abord développé autour d’un château-fort construit sur la rive droite du fleuve dont l’emplacement se trouvait devant l’église paroissiale saint-Laurent. D’après le règlement douanier de Raffelstett (903 – 906) dans lequel on trouve le nom d’ »Eperaespurch » (Ybbsburg ?), un poste de douane pourrait avoir déjà été actif à cette époque. La première mention certifiée du nom d’Ybbs, (Ibese), date de l’année 1058. En 1073, la forteresse et le village contigu sont appelés « Ybbsburg » puis, par la suite, « Yps ». Le domaine appartenait alors à la famille des comtes de Bavière de Sempt-Ebersberg jusqu’à leur disparition en 1045. Ybbs devient ensuite la propriété d’un négociant en sel. Elle est rattachée à la puissante principauté régnante des Babenberg au XIIe siècle. En 1274, la cité est pour la première fois mentionnée comme poste de péage de la principauté puis, en 1280 comme ville (civitas). Le roi Frédéric Ier de Habsbourg lui offre le statut de ville en 1317.

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Quartier historique d’Ybbs avant sa rénovation, sources Gemeinde Ybbs/Donau

Jusqu’à la fin du XIIIe siècle, Ybbs se développe selon un plan de trois quartiers urbains entre le Danube et la forteresse en forme de demi-cercle. La concession de privilèges, dès le début du XIVe siècle, comme celui des droits sur la traversée du Danube, des droits de péage pour le vin et des droits de libre circulation des objets en métaux ainsi que la possession d’une haute juridiction, confèrent à Ybbs un rôle important de place commerciale danubienne, gouvernée par un seigneur féodal. Dès 1637, la cité devient également un débarcadère pour la navigation fluviale entre Vienne et Ratisbonne (Regensburg). Elle ne peut toutefois retrouver, après la guerre de 30 ans, un essor identique à celui de la fin du Moyen-Âge. Au XVIIIe siècle, sa vigueur économique s’affaiblit du fait du relèvement des tarifs douaniers.L’importance croissante des chemins de fer et du contournement d’Ybbs de la Westbahn que celle-ci choisit de ne pas desservir, entraine le déclin économique de la ville au siècle suivant. Cette tendance s’inversera toutefois au XXe siècle avec l’implantation sur la commune du Centre de Thérapie de Vienne (1922) dans les locaux réaménagés d’une ancienne caserne et d’un cloître à l’origine cistercien puis franciscain, d’usines et de la construction du barrage d’Ybbs-Persenbeug (1954-1959), première des neufs usines hydroélectriques sur le Danube autrichien.

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Dans le centre historique d’Ybbs, sources Gemeinde Ybbs/Donau

Le centre historique d’Ybbs a été entièrement rénové pendant les années 1980 et 1990 et témoigne de la richesse de son histoire, de son passé de haut-lieu commercial et de la navigation sur le fleuve.

Promenade urbaine à travers Ybbs
   Une visite de la vieille ville s’impose. Elle peut commencer par la rue de Vienne (Wiener Strasse) sur les vestiges de l’ancien bâtiment des Babenberg (Babenbergerhof) qui fut malheureusement détruit en grande partie en 1835 et reconverti en auberge. Le deuxième quartier de la ville a été construit au XIIIe siècle sur la place du château fort, devenu la résidence du mandataire du seigneur féodal à laquelle la ville appartenait. La résidence fut offerte en 1494 à la ville par l’empereur Maximilien Ier d’Autriche. Le château, édifié au XVIIe siècle, abrite aujourd’hui l’école de soins du Centre de thérapie d’Ybbs. Joseph II de Habsbourg en fut l’hôte en 1779. La fontaine contemporaine d’Arlequin qui se dresse devant l’école a été érigée en référence aux « Ybbsiades », un des plus grands festivals de cabaret et de petites formes de l’espace germanophone, organisé chaque année depuis 1989.

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Vue ancienne des quais sur le Danube et de l’église saint-Laurent, sources Gemeinde Ybbs/Donau

La construction de l’église paroissiale saint-Laurent, à l’origine de style gothique tardif, date des années 1466-1485. Des incendies successifs, en 1716 et 1868 entrainent la modification de son aspect intérieur et extérieur, avec l’ajout d’éléments baroques et néogothiques se substituant au style d’origine. L’église se trouve sur l’emplacement de l’ancienne forteresse (Ybbsburg). La tour-porte de la forteresse a été utilisée pour la construction du chœur de l’église. Il reste sous cette église un passage qui conduit au Danube. Les orgues sur lesquelles Wolfgang Amadeus Mozart, lors de son deuxième voyage à Vienne en 1767, a vraisemblablement joué, compte parmi les trésors baroques de ce monument historique.

Mozart enfant jouant en 1767 sur l’orgue du couvent d’Ybbs lors d’un voyage vers Vienne

Il est recommandé de s’arrêter au musée de la bicyclette et de son histoire ainsi qu’au musée municipal situés dans la Herrengasse. C’est dans la partie reculée de la ruelle de l’église (Kirchengasse), où sont nés les frères Bernhard et Hieronymus Pez, bénédictins de l’abbaye voisine de Melk et historiens majeurs de l’époque baroque, que se trouvait à l’origine le troisième quartier urbain de la ville. Quelques vestiges demeurent au sein d’un bâtiment médiéval, la maison des péages du vin (Weinmauthaus). On peut encore reconnaître à l’angle nord-ouest de la ruelle, les restes d’un bastion et de ce que l’on appelait alors les « Schwallecks », à travers lesquels le Danube coulait pour inonder les fossés de la ville.
Depuis les quais, on jouit d’une vue magnifique sur les paysages de la rive nord du fleuve, le château de Persenbeug, le village de Gottsdorf, l’église de Säusenstein et la célèbre basilique de Maria-Taferl. Sur la façade de l’Office du sel (Salzamt), en activité jusqu’en 1827, sont indiqués les niveaux atteints par les crues des 500 dernières années. Il ne reste plus aujourd’hui de l’ancienne Ybbsburg que le remarquable château-fort (Burg-Palas) construit entre 1220-30.

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Vue partielle de la maison du maître batelier Matthias Feldmüller. À droite, la « Passauerkasten »,  le plus ancien monument d’Ybbs/Danube et derrière, le clocher de l’église saint-Laurent, sources Gemeinde Ybbs

La maison du célèbre maître-batelier (Schiffmeisterhaus) Matthias Feldmüller (1770-1850) ), rappelle une activité économique majeure d’Ybbs, la navigation sur le Danube. La construction des bateaux de la flotte de M. Feldmüller était réalisée sur la rive gauche dans ses chantiers de Persenbeug. Les emblèmes de la corporation des bateliers d’Ybbs, une des plus grosses corporations du Danube autrichien, sont visibles sur les façades du bâtiment.

Matthias Feldmüller, batelier emblématique du Danube

Cette maison a été acquise en 1840  par Matthias Feldmüller qui possédait, au cours de la première moitié du XIXe siècle, une flotte de plus de 1000 bateaux et autres embarcations naviguant entre Budapest et Ratisbonne et qui s’illustra dans la lutte contre les armées napoléoniennes. Au nord-ouest de la vieille ville, au bord du Danube se trouve le Centre de thérapie. Son installation dans un vaste espace, une ancienne caserne de cavalerie et un ancien cloître de franciscains, date de 1922.

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Le centre de thérapie, sources Gemeinde Ybbs/Donau

Quelques informations :

La ville d’Ybbs est une collectivité locale autrichienne située administrativement dans le Land de Basse-Autriche (Niederösterreich). Elle dépend de l’arrondissement de Melk et se tient sur la rive droite du Danube (PK 2058), à l’altitude de 220 m.
Cette commune a la particularité d’être la seule collectivité du Land de Basse-Autriche à être située directement au bord du Danube, sans en être séparée par un axe de circulation.
Historiquement Ybbs appartient à la région du Nibelungengau où se déroule une partie de la célèbre épopée allemande du Moyen-âge du même nom, La Chanson des Nibelungen.
La ville doit son nom, comme de nombreuses autres cité des bords du fleuve, y compris Vienne, à la rivière qui la traverse, l’Ybbs, petit affluent du Danube qui nait au pied du grand Zellerhut, près de Mariazell et de la frontière avec le Land de Styrie. Elle se jette, après un parcours de 123 km dans le fleuve à proximité de la commune d’Ybbs/Donau (PK 2057).

Confluent de l’Ybbs avec le Danube, photo droits réservés

Ybbs est jumelée avec la jolie ville italienne de Bobbio en Italie du Nord-Ouest dans la province de Plaisance et la Région d’Émilie-Romagne.
En 2017 Ybbs a célébré en 2017, le 700e anniversaire de l’acquisition de son statut de ville libre, statut accordé par Frédéric le Beau (Friedrich der Schöne) de Habsbourg (1286-1330).
Au recensement de l’année 2023, Ybbs comptait 5 653 habitants et son territoire communal s’étend sur une surface de 23,78 km2.

www.ybbs.gv.at › ybbs-die-stadt › tourismuskultur (en allemand)

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, mis à jour janvier 2024

La centrale hydroélectrique d’Ybbs-Persenbeug, photo droits réservés

Contes et légendes du Machland et de la Strudengau (Autriche danubienne)

Le poisson qui parlait (Machland)
Le Danube s’écoule entre Mauthausen (rive droite) et le village d’Ardagger (rive gauche) aux portes de la Strudengau à travers la plaine autrefois inondable du Machland au temps où le Danube autrichien était encore un fleuve sauvage. Les forêts alluviales ancestrales, les bras morts, une multitude de marais et d’étangs formaient des paysages semi-aquatiques qui abritaient autrefois selon la croyance populaire de nombreux esprits des eaux réalisant parfois des miracles ou provoquant au contraire toutes sortes de catastrophes. Ondins, sirènes, fées et les sorcières pouvaient aussi se jalouser et rivalisaient d’imagination pour ensorceler les habitants. Mieux valait les laisser tranquille ! Il arrivait parfois que des habitants entendent des animaux parler le langage des humains comme cette histoire en témoigne.

Le Danube, Mauthausen, l’église paroissiale Saint-Nicolas et le château de Pragstein vue de la rive droite

Marie, la fille d’un paysan qui venait d’Heinrichdorf, un hameau des environs de Mauthausen, était allée laver du linge au bord d’un étang à proximité du fleuve. Elle frottait les chemises avec beaucoup d’énergie mais à force de se pencher, son dos  commença à la faire souffrir. Au moment où elle voulut se reposer un instant, il lui sembla entendre une voix monter des profondeurs de l’étang. Elle se figea, tendit l’oreille et entendit clairement celle-ci lui dire : « Sors-moi ! Sors-moi de là ! »
L’instant d’après, la tête d’un énorme poisson apparut devant elle. Il était noir comme du charbon, sa gueule était grande ouverte et il regardait la jeune fille avec des yeux énormes. Effrayée par l’apparition de ce monstre la jeune fille laissa d’abord tomber dans l’eau la chemise qu’elle tenait dans ses mains puis elle s’enfuie à toutes jambes vers la ferme où elle chercha son père et lui dit avec une voix encore pleine d’émotion : Il y a un énorme poisson noir comme du charbon dans l’étang qui parle le langage des hommes. Il m’a demandé de le sortir de l’eau, arriva-t-elle à balbutier avec peine.
Le paysan se mit à rire et lui répondit : « Un poisson géant qui parle ? Ma pauvre fille, tu as dû encore une fois rêvasser au lieu de faire ta lessive. Il n’y a pas et il n’y a jamais eu de poisson qui parle. File donc te remettre au travail. »
Marie avait beau insister et affirmer qu’elle avait vraiment vu et entendu parler un poisson géant, son père ne croyait pas un seul mot de ce qu’elle racontait et il finit même à la fin par se fâcher. « Je ne veux plus entendre parler de ces bêtises. Un poisson ça vit dans l’eau. Si on le ramène sur la terre ferme, il meure ! »
La jeune fille n’osa pas retourner à l’étang ce jour-là ni le jour suivant. Ce n’est que le surlendemain, sur l’insistance de son père, qu’elle prit son courage à deux mains et qu’elle y revint pour finir de laver son linge. C’était un jour merveilleux de l’été, l l’étang immobile réfléchissait le ciel. Pas un souffle de vent ne venait le troubler. Tout était calme, seules les libellules virevoltaient dans l’air avant de se poser sur un brin de roseau. C’était si tranquille que Marie elle-même crût avoir rêvé. Mais lorsqu’elle plongea le linge dans l’eau, il lui sembla entendre à nouveau la voix qui prononça distinctement : « Pourquoi ne m’as-tu pas sorti de là ? Maintenant, je dois rester ensorcelé et attendre de nouveau sept ans avant de pouvoir demander à un être humain de me délivrer. » Puis tout redevint silencieux et muet comme avant.
Marie fit sa lessive et rentra chez elle en courant. Elle ne parla plus jamais à personne de sa rencontre avec le poisson qui parlait même lorsque les gens racontaient qu’ils avaient vu un énorme poisson noir dans l’étang. Il paraît que c’était un poisson aussi muet que les autres !

La Légende de l’ermite de l’île de Wörth (Strudengau), une des légendes les plus connues de la Strudengau
   L’histoire se déroule en 1540 : un noble tyrolien souhaitait faire un agréable voyage vers la ville de Vienne avec son épouse. Ils embarquèrent sur un bateau (Zille) avec de nombreux passagers pour descendre l’Inn puis le Danube et s’approchèrent des redoutables tourbillons de la Strudengau. Dès la ville de Grein, on avait prévenu le capitaine de l’embarcation qu’il fallait un pilote local expérimenté pour traverser la succession de tourbillons sans encombre mais l’orgueilleux batelier refusa la proposition, prétextant que c’était inutile et qu’il avait déjà franchi bien des endroits difficiles. Le mugissement de l’eau agitée commença à se faire entendre. De l’écume blanchâtre recouvrit peu à peu le pont mais le batelier regardait l’eau avec dédain. Il ne pouvait pas voir les différents récifs qui se cachaient insidieusement sous la surface. Soudain, suite à un choc et à un craquement brutal, de l’eau pénétra à travers les planches disloquées. Le navire se mit à à tourner sur lui-même, la proue se pencha et, en quelques minutes, comme attirée par des forces souterraines mystérieuses, entraîna les passagers effrayées au fond de l’eau. Juste après, on vit un homme sortir la tête du tumulte des flots et, à grand-peine, parvenir à secourir un passager inconscient en le ramenant sur la plage de l’île de Wörth toute proche. Ce passager sauvé de la noyade était l’aristocrate tyrolien et le sauveteur son serviteur. Lorsque le comte reprit connaissance et qu’il ne vit ni son épouse, ni le bateau, ni l’équipage ni les autres passagers, il comprit qu’il s’était noyé. Abasourdi par l’immense douleur d’avoir perdu sa chère et tendre épouse, il décida de rester sur l’île pour y finir sa vie et mourir en ermite. Le comte vécut pendant 12 années avec son fidèle serviteur sur l’île. Ce dernier apporta son aide à un paysan qui y était installé. Le noble tyrolien avait élu domicile dans les ruines du château-fort et, lorsqu’un bateau descendait le Danube en provenance de Grein, il montait sur la tour et, par des gestes et des appels éloquents, avertissait l’équipage de la présence des dangers du courant et des rochers, leur indiquant précisément par où passer en toute sécurité. C’est ainsi que « l’ermite de l’île de Wörth » devint une célébrité connue de tous les bateliers qui n’hésitaient pas à remercier de ses services le pauvre homme en lui offrant au passage de nombreuses provisions.

île de Wörth avec sa croix datant de 1552, refuge d’un noble tyrolien naufragé et l’un des passages des tourbillons avec de nombreux récifs.

   Sa femme que le comte pensait morte pendant le naufrage, était en fait restée en vie grâce au merveilleux effet de la providence. Évanouie sur le bord ses poumons avaient été vidés de leur eau à Sarmingstein par des gens bienveillants qui avaient pris soin de son corps inanimé. En la regardant de plus près, ils remarquèrent toutefois que la comtesse respirait encore et ils parvinrent par miracle à la réanimer. Elle fut amenée à l’hôpital de Saint-Nicolas où elle reprit des forces  de sorte qu’elle put continuer son voyage. Mais elle ne se rendit pas chez son frère à Vienne. Après avoir remercié et largement récompensé ses sauveurs, elle rentra au Tyrol où elle vécut retirée dans le deuil de son mari.
   La nouvelle qu’un ermite s’était installé sur l’île de Wörth à proximité des redoutables tourbillons de la Strudengau, si dangereux pour la navigation, ermite qui avait failli lui-même mourir à cet endroit de nombreuses années auparavant, était parvenue par l’intermédiaire des bateliers qui naviguaient sur l’Inn jusqu’aux oreilles de la comtesse. Elle se demanda alors si cet ermite n’aurait pas par hasard des informations sur ce terrible naufrage d’il y avait 12 années. Elle lui envoya à tout hasard son valet qui, longtemps après, revint avec l’étrange message selon lequel l’ermite serait bien le comte qui avait été porté noyé depuis longtemps ! La comtesse se rendit alors rapidement sur l’île de Wörth. Le comte et son épouse tombèrent en larmes dans les bras l’un de l’autre et retournèrent dans leur propriété du Tyrol. En souvenir du sauvetage de ce naufrage, ils firent ériger  cette belle croix en pierre que l’on peut encore voir de nos jours.

La chasse sauvage (Strudengau) 
Il était une fois un paysan qui arrivait du pays voisin d’Achleiten et prit du bon temps dans une auberge d’Aumühle (Grein). Le temps passa très vite en joyeuse compagnie et le paysan fut surpris par la tombée de la nuit. Il se munit d’une lanterne pour retourner chez lui. Tandis que son chemin le menait à travers une forêt très sombre, il entendit soudain un cliquetis de chaîne parmi des hurlements de loups, des sifflement de serpents, des aboiement de chiens et des cris perçants de chouettes. Ces voix s’élevaient et se mélangeaient en un horrible tumulte. Un immense effroi traversa tout le corps de l’homme : il ne pouvait s’agir que de la fameuse et redoutable chasse sauvage. Il se jeta aussitôt au sol, cacha sa tête dans ses mains et commença à murmurer des prières.
Le paysan ne se souvint pas combien de temps il était resté couché sur le sol. Lorsqu’il se redressa avec hésitation, il remarqua que le cauchemar nocturne avait disparu et qu’il n’y avait désormais plus aucun bruit.
Quand il rentra chez lui et raconta son aventure, personne ne voulut croire à cette histoire étrange et qu’il avait pu échapper à la chasse sauvage. Mais le brave homme ne cessa, durant tout le reste de sa vie, d’évoquer cette épouvantable aventure.

La nymphe du Danube
   La « Donauweibl » ou « Donauweibchen » ou l’ondine du Danube est au fleuve ce que représente « La Lorelei » pour le Rhin. Elle apparaît souvent comme une aimable et belle jeune fille avec de longs et magnifiques cheveux, la tête et les vêtements ornés de fleurs. Elle est tantôt bonne, tantôt perfide. Parfois, elle prévient et protège les bateliers et les pêcheurs lors de tempête et de gros temps sur le fleuve. En cas de crue, elle indique aux navires le bon chemin vers l’aval. Elle se dresse parfois sur le « Gransel » (Kranzel) ou à la proue du navire et a le pouvoir de dissiper le brouillard sur le fleuve. Son chant merveilleux mais dont personne ne comprend le sens saisit d’admiration les bateliers qui en oublient parfois leur gouvernail, font naufrage sur les rochers et se noient.

Nymphe du Danube

La nymphe du Danube

Le chevalier pillard du château-fort de Säbnich (Strudengau) 
Au moment où régnait encore la loi du plus fort sur nos provinces vivait au château de Säbnich en Strudengau un chevalier pillard redouté. Avec l’aide de ses valets, il verrouillait le Danube au moyen de grosses chaînes et pillait sans scrupule les navires marchands qui remontaient le fleuve, prenant en otage de riches commerçants et demandant une forte rançon en échange. Lassé de ces agressions et alors qu’il venait de nouveau de piller des bateaux de pèlerins, un noble seigneur des environs rassembla une armée imposante et assiégea sa forteresse. Les vivres ne tardèrent pas à manquer et la faim s’installa derrière les remparts.Le château-fort fut pris d’assaut. Peu avant d’être fait prisonnier, le chevalier pillard banda les yeux de son cheval et s’élança avec lui dans le précipice. Son château fut incendié. La vallée de la Strudengau et le Danube redevinrent sûrs pour la navigation.
Au cours de la guerre de Trente ans (1618-1648), le château fut détruit par les Suédois. Il est depuis en ruine et il ne reste plus aujourd’hui de la forteresse de Säbnich  que quelques décombres et ce conte…

Le passage des Strudel (tourbillons) en aval de Grein, l’île de Wörth avec sa croix et la forteresse de Werfenstein

L’église Notre-Dame de Struden (Strudengau)
   Une légende rapporte que l’empereur du Saint-Empire romain germanique Maximilien Ier de Habsbourg (1459-1519) dormit une nuit dans son château de Werfenstein en 1502 et que le plafond d’une pièce s’effondra mystérieusement pendant son séjour. L’empereur put échapper à une mort certaine grâce à un petit homme habillé en gris qui l’avait averti à temps. Maximilien fit ériger l’église Notre-Dame de Struden pour le remercier d’avoir eu la vie sauve.
   Un document de l’ancien tribunal libre de Struden du 16 novembre 1790 atteste que l’empereur Maximilien est effectivement le fondateur de l’ancienne église. Il entendait aussi offrir aux bateliers et aux transporteurs de sel qui remontaient et descendaient le fleuve dans ce passage difficile la possibilité d’écouter une messe les dimanches et les jours fériés. Il a d’ailleurs lui-même fait dire une messe en 1502, laquelle devait être répétée tous les ans le jour de son sauvetage, financée par le percepteur impérial et royal des péages et comptabilisée dans les dépenses. Le maître-autel de cette chapelle a été offert par les charpentiers de marine de Struden et d’autres bienfaiteurs. La conduite de l’office religieux fut confié à un prêtre de Saint-Nicolas ou, en cas d’empêchement, à un moine franciscain du couvent de Grein. Pendant 52 années, à chaque automne, une messe a été célébrée dans cette église conformément à la demande de l’Empereur.

Maximilien Ier de Habsbourg (1459-1519) par le peintre Bernhard Strigel (1460–1528), vers 1500

   Beaucoup plus tard, en 1784, sur ordre de l’empereur Joseph II, l’église a été fermée au culte. Le nouveau propriétaire l’a transformée en logements, son actuelle fonction. Le maître-autel avec le tabernacle a rejoint l’église paroissiale de Saint-Nicolas tout comme la statue de la Vierge Marie, les vêtements liturgiques, le ciboire, les chandeliers et le linge d’église. Le petit orgue a été transporté à l’église voisine de Klam. Les deux cloches ont été emmenées au village de Kreuzen. Cette ancienne église gothique se reconnaît aujourd’hui encore par son extrémité polygonale sous forme de tourelles et ses fenêtres maçonnées en ogive.

L’ancienne église Sainte-Marie de Struden, photo collection particulière

Sources :
Josef Petschan, Contes et curiosités de la Strudengau, 1929
Nora Kircher, Die Donau, in Mythen, Märchen und Erzählungen, Knaur, München, 1988
Hertha Kratzer, Donausagen, Vom Ursprung bis zur Mündung, Ueberreuter, Wien, 2003
Traduction en français et adaptation des contes pour Danube-culture, Eric Baude © droits réservés, mis à jour décembre 2023

La tarte de Linz !

« Les jours devinrent des semaines, puis aux semaines succédèrent les mois et soudain le printemps était là. La douce lumière du soleil réchauffant l’air nous incitèrent à redevenir des promeneurs heureux de retrouver des sensations presque oubliées. Et quand vous avez la joie de vous assoir sur un banc dans un parc ou tout simplement sur une couverture posée sur l’herbe au bord du Danube avec des amis, ou votre famille réunie ou un être cher, quel qu’il soit, vient l’instant de partager une délicieuse « Linzer Torte ».

La tarte de Linz a-t-elle été inventée à Linz sur les bords du Danube ?

Difficile à dire car la plus ancienne recette de « Linzer Torte » ne se trouve pas à Linz au bord du Danube mais dans une prestigieuse abbaye de Styrie ! Les archives de l’extraordinaire bibliothèque de l’abbaye bénédictine d’Admont1, fondée en 1074 et située sur les bords de l’Enns, un important affluent de la rive droite du Danube haut-autrichien abritent de merveilleux trésors, curiosités et autres objets exceptionnels.

L’abbaye bénédictine d’Admont, berceau de la « tarte de Linz » (?) dans l’ouvrage Topographia ducatus stiria de Georg Matthäus Vischer, 1681

Elles ont aussi l’immense privilège de posséder, trésor parmi les trésors de leur collection de livres de cuisine, la plus ancienne recette connue de « Linzer Torte« . Ce n’est d’ailleurs pas une mais quatre recettes de « Linzer Torte » parmi 490 recettes diverses consignées en 1653 par Anna Margarita Sagramosa, née comtesse Paradeiser, une aristocrate originaire de la région autrichienne de la Carniole (Krain, aujourd’hui en Slovénie, province faisant frontière avec l’Italie) et installée après son mariage à Vérone, dans le Codex 35/31 qui figurent dans cet ouvrage intitulé en langue allemande « Buech von allerley Eingemachten Sachen, also Zuggerwerck, Gewürtz, Khüt- ten und sonsten allerhandt Obst wie auch andere guett und nützlich Ding ». (« Le livre de diverses sortes de réalisations culinaires tout comme des sucreries, des épices, des coings et toutes variétés de fruits et aliments gouteux et utiles »).
La question de la présence de cet ouvrage culinaire dans le fonds de la bibliothèque de l’abbaye bénédictine d’Admont n’a pas encore trouvé de réponse. Mais les moines bénédictins se sont toujours intéressés aux domaines scientifiques les plus variés et aux arts y compris culinaires. Les quatre recettes n’ont été redécouvertes qu’en 2005 par la directrice de la bibliothèque du musée de Haute-Autriche de Linz. La plus ancienne recette connue auparavant et datant de 1696 appartient à la collection du Musée de la ville Vienne.
Un certain Johann Konrad Vogel (1796-1833), originaire de Bavière, se marie en 1822 avec Katherina Kreß, veuve d’un pâtissier de Linz, reprend le commerce et se lance dans la fabrication à grande échelle d’une tarte à base de la fameuse et délicieuse « pâte de Linz », connue, sous une forme similaire, déjà dans l’Égypte ancienne. Cette pâtisserie devient l’emblème culinaire (l’ambassadrice sucrée) de la capitale de la Haute-Autriche et fait ensuite le tour du monde. La recette rapidement imitée a continuellement été renouvelée, réinventées au fil du temps, de l’imagination et de l’inspiration des pâtissiers. Bref on s’est souvent largement éloigné de la ou des recettes recettes d’origine. C’est pourquoi il est passionnant de se pencher sur quelques-unes des plus anciennes et « authentiques » recettes de « Linzer Torte » pour connaître quelle pâtisserie/salon de thé ou Konditorei autrichienne peut à juste titre prétendre vendre la véritable « Linzer Torte » selon les critères définis dans la capitale de la Haute-Autriche.
La « Linzer Torte » est une pâtisserie à base de pâte brisée (pâte de Linz) confectionnée avec une proportion importante de noix. À l’origine, seules des amandes étaient ajoutées à la pâte. Aujourd’hui un mélange d’amandes et de noisettes râpées est généralement utilisé. La « Linzer Torte » authentique ne doit contenir qu’une simple garniture de confiture de groseille. Elle est traditionnellement recouverte avec un treillis de pâte.
Les premières recettes nous montrent une tarte qui n’a pas grand-chose à voir avec celle que nous connaissons aujourd’hui. Les divers ingrédients caractéristiques désormais utilisés tels que par exemple la cannelle, les clous de girofle et les noisettes manquent de même que le treillis caractéristique et souvent aussi la garniture avec de la confiture. Dans les premiers années de sa fabrication on utilisait  des amandes râpées, des citrons ou même du saindoux qui faisaient l’originalité de la véritable « Linzer Torte ». Malgré tout, une caractéristique relie toutes les différentes recettes de « Linzer Torte » au cours de l’histoire, l’incontournable pâte brisée qui fait la saveur inégalable de ce dessert bien évidemment à condition de veiller à ce que celle-ci ne soit pas trop sèche.
Si la plus ancienne recette connue de « Linzer Torte » ne se trouve pas à Linz, la bibliothèque du Musée de Haute-Autriche (Oberösterreichische Landesmuseum) possède toutefois une collection importante de livres de cuisine manuscrits datant d’entre 1700 et 1858 et dans lesquels on trouve pas moins de 95 recettes de « Linzer Torte » ! Parmi celles-ci ces recettes une variante avec du chocolat (Livre de cuisine de Babette Kindler, vers 1850).

Recette manuscripte de « Linzer Torte », collection du Musée du Land de Haute-Autriche de Linz

Note :
1 la plus importante bibliothèque de monastère au monde

La « Linzer Torte » en quelques dates
1653
La comtesse Anna Margarita Sagramosa originaire de Krain (Carniole), domiciliée à Vérone après son mariage, recopie quatre recettes de « Linzer Torte » dans son livre de cuisine manuscrit. Redécouvert à la bibliothèque de l’abbaye d’Admont en 2005, c’est actuellement le plus ancien témoignage connu d’une recette de « Linzer Torte ».
1718
La première recette imprimée du « Guten und Suessen Lintzer-Taiges » est publiée dans le « New Saltzburg Cookery Book » de Conrad Hagger.
1700-1850
Période de gloire de la « Linzer Torte ». Inventions de nombreuses variations tant en termes de goût que d’apparence. Des recettes de « Linzer Torte » sont publiées dans presque tous les premiers livres de cuisine imprimés en Europe.
1842
La « Linzer Torte » est mentionnée pour la première fois dans un récit de voyage (Johann Georg Kohl « Reise von Linz nach Wien », publié à Dresde en 1842).
1855
Franz Hölzlhuber (1826 -1898), peintre, chanteur, poète, bibliothécaire, professeur de dessin, confiseur, né à Steyr (Haute-Autriche) et émigré aux USA fait découvrir la « Linzer Torte » aux américains de Milwaukee (Wisconsin) pendant son séjour (1855-1860). Il compose à Milwaukee son unique opéra (singspiel) qu’il intitule « Das neue Donaureich » (vers 1856).
Le magazine American Heritage de juin 1965 attribue l’introduction de la Linzer Torte en Amérique à Franz Holzlhuber : « En 1856, Hölzlhuber, un jeune Autrichien entreprenant des environs de Linz, s’est embarqué pour l’Amérique. Il n’avait que très peu d’argent mais était équipé d’une cithare, d’un carnet de croquis, d’une formation en droit et en dessin, et de la promesse d’un emploi à Milwaukee en tant que chef d’orchestre. Quelque part entre New York et le Wisconsin, il perd ses bagages et la lettre confirmant son emploi, qui s’avère ne plus être disponible. Nullement découragé, il se mit à travailler comme boulanger, introduisant (selon ses dires) la Linzer Torte en Amérique… »

Franz Hölzlhuber (1826-1898), ambassadeur de la « Linzer Torte » aux États-Unis

1900
L’écrivain prussien Ernst von  Wildenbruch (1845 -1909) immortalise la pâtisserie dans son ode à la  « Linzer Torte ». Il conclue celle-ci sur le vers : « Was sind aller Dichter Worte gegen eine Linzer Torte! » (« Que peuvent faire les vers de tous les poètes en face d’une tarte de Linz ! »)
1927
L’écrivain, journaliste et humoriste viennois Alfred Polgar (1873-1955) sème volontairement et non sans humour la confusion en prétendant que la recette de la « Linzer Torte » a été inventée par un boulanger viennois du nom de « Linzer ». Cette hypothèse est réfutée.
1944
L’opérette « Linzer Torte » du compositeur Ludwig Schmidseder1 (1904-1971 ), né à Passau et mort à Münich sur un livret d’Ignaz Brantner (1886-1960), Johann-Gustav) Kernmayr (1900-1977) et Aldo von Pinelli (1912-1967) est représentée pour la première fois au Théâtre de Haute-Autriche de Linz. Ludwig Schmidseder est aussi l’auteur de l’opérette « Mädel aus der Wachau » créé à Linz en 1951.
2009
Première édition des Journées de la « Linzer Torte »
Cet évènement a lieu à la fin de l’automne : concours de pâtisserie, démonstration de cuissons diverses, présences d’illustres amateurs de la « Linzer Torte » et autres spécialités culinaires locales.
Notes :
1
Ce compositeur de musique légère tendance jazz à été membre du parti nazi dès 1933. Il se fera naturalisé autrichien en 1948.

Parmi les nombreuses personnalités autrichiennes et étrangères qui appréciaient ce met sucré on compte l’archiduc Franz Karl de Habsbourg (1802-1878), père de l’empereur François-Joseph et beau-père de Sissi qui avait pris l’habitude en se rendant dans son élégant palais d’été de Bad Ischl (Salzkammergut) de passer la nuit dans la capitale de la Haute-Autriche et d’emporter avec lui une « Linzer Torte » pour la suite de son voyage. Autant dire que la « Linzer Torte » appartient à l’histoire de l’Autriche.

Deux bonnes adresse à Linz
L’incontournable Konditorei Jindrak confectionne depuis bientôt 100 ans (1929) la « véritable Linzer Torte » à raison d’environ 100 000 exemplaires chaque année ! La maison mère se trouve Herrenstraße 22-24 avec de nombreuses filiales dans la ville.
www.jindrak.at/original-linzer-torte 
La confiserie Isabella/Marc Chocolatier, s’est basée sur l’une des quatre recettes de la bibliothèque de l’abbaye d’Admont pour recréer une « Linzer Torte » parmi les plus savoureuses d’Autriche. On la trouve non seulement dans l’établissement d’une des grandes rues commerçantes de la capitale de Basse-Autriche (Landstrasse) mais aussi sur place à l’abbaye d’Admont.
www.marc-chocolatier.at

Une recette contemporaine 
Ingrédients :
250 grammes de beurre
250 grammes de farine,
125 gramme de sucre glace
150 grammes de noisettes (ou éventuellement amandes) en poudre
2 cuillerées à soupe de chapelure,
1 oeuf, 1 jaune d’oeuf et 1 oeuf pour enduire
Cannelle en poudre, 1 pincée de clou de girofle moulu
1 pincée de sel
zeste citron ou jus de citron
confiture de groseille, amandes effilées.
Préparation :
Disposer la farine en tas sur le plan de travail. Couper le beurre en petits morceaux et les mélanger à la farine en émiettant du bout des doigts. Ajouter le sucre glace, les noisettes et la chapelure, puis l’œuf et le jaune d’œuf. Saupoudrer généreusement de cannelle, d’une pincée de clou de girofle, d’un peu de sel et du zeste ou du jus d’un citron. Travailler l’ensemble rapidement pour obtenir une pâte brisée lisse en formant une boule. La couvrir et la laisser reposer au frais une demi-heure environ.
Préchauffer le four à 180°C et beurrer un moule à manqué pas trop grand.
En appuyant avec le dos des doigts, repartir un peu plus de la moitié de la pâte au fond du moule. Avec le reste, former plusieurs petits boudins (pour les croisillons) ainsi qu’un boudin plus gros pour le bord de la tarte. Couvrir le fond  de la tarte de confiture en laissant un espace libre d’environ 1 cm tout autour pour réaliser le bord. Disposer le gros boudin en rond autour du moule et l’écraser légèrement. Disposer ensuite en treillis les boudins plus fins sur le dessus de la tarte. On peut éventuellement saupoudrer le tout d’amandes effilées.
Recouvrir la pâte avec l’œuf battu puis faire cuire au four pendant 50 à 60 minutes. Sortir du four et laisser refroidir. Recouvrir et laisser reposer une journée.

Selon d’autres recettes la « Linzer Torte » est préparée avec une pâte plus molle. Les croisillons sont alors réalisés à l’aide d’une poche à douille.
Vous pouvez la mettre en valeur en l’accompagnant avec un vin pétillant brut autrichien de la vallée du Danube !

Une recette vegan
Ingrédients :
300 grammes de farine complète ou semi-complète fine
100 grammes de sucre
150  grammes de noisettes en poudre
200 grammes de Margarine végétale
1 cuillère à thé de cannelle
200 grammes de confiture de groseille qui peut être éventuellement remplacée par de la confiture de cerises amères ou de cassis
Crème fraîche végétale
Préparation :
Tamisez la farine sur une plaque à pâtisserie et faites un puits au milieu. Ajouter le sucre, la cannelle et les noisettes. Étaler la margarine en morceaux sur le bord de la farine et pétrir le tout rapidement avec les mains pour former une pâte lisse. Formez une boule, l’enveloppez dans du papier d’aluminium et laissez reposer au réfrigérateur pendant 1 à 2 heures.
Sur un plan de travail fariné, étalez ensuite les trois quarts de la pâte sur une épaisseur d’environ 2 cm et garnissez le fond d’un moule à cake ou à charnière (diamètres de 24 cm) avec celle-ci. Piquez le fond du gâteau plusieurs fois avec une fourchette à petits intervalles et répartir la confiture de groseille uniformément sur le dessus. Façonner le reste de pâte en petits boudins,  disposez-les sur la tarte en les croisant  et recouvrez-les d’une crème chantilly végétale. Faites cuire au four préchauffé à 200°C pendant environ 45-55 minutes.
Au lieu de la confiture de groseille, vous pouvez également utiliser à la place de la confiture de groseille une compote de pommes. la tarte sera alors particulièrement moelleuse.

Et pendant que vous êtes à Linz et séduit par cette ville où passé, présent et futur s’harmonisent ne font pas que s’harmoniser architecturalement, ou peut-être déjà devant la vitrine alléchante d’une Konditorei, partez à la découverte des « Linzer Augen » (« Yeux de Linz »). Une autre spécialité sucrée de la ville, particulièrement appréciée pendant le temps des fêtes de fin d’année avec d’autres biscuits, certes moins connue à l’étranger mais toute aussi délicieuse ! On les achète un peu partout en Autriche.

Linzer Augen, yeux de Linz, autre spécialité fort appréciée des gourmands ! Photo droits réservés

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, mis à jour novembre 2023

Sources :
Linzer Torte, Bundesministerium Landwirtschaft, Region und Tourismus,
www.bmlrt.gv.at
www.stiftadmont.at
www.linztourismus.at/fr
www.steyerpioniere.wordpress.com
Josef Hasitschka, Admonter Klosterkochbuch, Barocke Rezepte und Geschichten aus den Stift Admont, Benediktiner Stift Admont, Admont, 1998
Waltraud Faißner, Wie man die Linzer Dortten macht ! (Comment prépare-t-on la tarte de Linz !), 2004
Recettes historiques de la « Linzer Torte » issues de la collection culinaire de la bibliothèque du Musée régional haut-autrichien de Linz.
40 recettes de 1700 à 1848 avec parfois des ingrédients inhabituels comme de l’eau de rose, des morceaux d’orange confite ou des pistaches pour la décoration qui démontrent que la « Linzer Torte » était initialement une pâtisserie à la mode baroque. Les recettes sont accompagnées d’illustrations du XVIIIe et du XIXe siècles.

Le bac à fil (Rollfähre) Klosterneuburg-Korneuburg

    Ici, entre Klosterneuburg (rive droite) et Korneuburg (rive gauche) le «voyage» d’un bord à l’autre du beau Danube vert est bref : trois à cinq minutes selon le niveau d’eau qui détermine la vitesse du fleuve et par conséquence la durée de la traversée. Le capitaine peut rater de temps en temps par inadvertance ou parce qu’il dans un mauvais jour, sa manœuvre d’accostage à la surprise teintée d’une éphémère inquiétude de quelques passagers. Le bac revient alors en arrière, glisse dans le lit du fleuve puis se rapproche à nouveau lentement de la berge. Cette fois, l’amarrage est réussi. Piétons, cyclistes et automobilistes ont bénéficié de deux minutes de répit ou de grâce supplémentaires de traversée.

Inauguration du bac à fil Klosterneuburg-Korneuburg le 12 septembre 1935, photo d’archives

Il y a aussi des riverains qui prennent goût à traverser le Danube avec le bac. C’est  presque comme une drogue. Ceux-là ont envie d’osciller quotidiennement d’une rive à l’autre depuis l’aube jusqu’au dernier passage en soirée. La pause de fin d’automne et d’hiver (le bac ne circule pas également pendant les périodes de hautes eaux et d’épais brouillard1) qui dure de début novembre jusqu’en mars leur semble une éternité insupportable. Pas d’autre choix que d’emprunter un pont puisqu’il n’existe plus d’autre bac à la hauteur de Vienne. Il faut même aller loin, très loin en aval jusqu’au canal de Gabčikovo pour retrouver un bac. Mais la traversée d’un canal n’a rien de commun avec celle d’un fleuve, surtout le Danube. Et en amont on doit remonter désormais jusqu’aux bacs à fil de Weissenkirchen en Wachau et de Spitz/Danube qui ont été sans doute préservés grâce en partie aux touristes et aux cyclistes qui l’empruntent tout au long de la saison. Construire un pont tout comme un barrage (programmé dans les années glorieuses) en Wachau eût été aussi un geste architectural absurde au sein ce paysage préservé. Certains doivent encore en rêver. La Wachau et Dürnstein ont évité le pire sauf à Melk. Et puis que dire des murs anti-inondations qui défigurent les rives aux alentours des villages !

Le bac sur la rive droite, photo © Danube-culture, droits réservés

Avec les travaux de régularisation du Danube à la fin du XIXe siècle, les gués qui permettaient aux périodes de basses-eaux de traverser le fleuve à pied disparaissent définitivement. La géographie du fleuve est bouleversée, redessinée par des mains humaines conquérantes. La merveilleuse abbaye de Klosterneuburg se voit privée de « son » Danube qui  doit reculer plus au nord. Le bras du fleuve principal sépare désormais les deux villes de Klosterneuburg et de Korneuburg. Une liaison fluviale est établie en 1884 d’abord sous la forme d’une embarcation branlante composée de deux coques de bateaux surmontés d’une plateforme sur laquelle se tiennent les passagers, les charriots et les charrettes. Le pont volant, ainsi dénommé, est attaché à la rive avec un câble qui se tend dangereusement sous l’eau en travers du fleuve. Un projet de tunnel sous le fleuve est envisagé dans les années 1899/1900.  L’embâcle du rigoureux hiver de 1928/1929 fige le Danube de la Hongrie jusqu’à la Wachau, détruisant le fragile pont volant. Ne voulant pas se priver d’un lien essentiel avec l’autre rive, les municipalités de Klosterneuburg et de Korneuburg sont à l’origine de la mise en service du nouveau bac à fil à cette hauteur. Son inauguration officielle a lieu le 12 septembre 1935. L’abbaye de Klosterneuburg participa au coût de construction à la hauteur d’un tiers des dépenses. Le câble en travers du fleuve mesure 380 m de long, pèse 6 500 kilos et son diamètre est de 47, 5 mm.

Le bac à l’occasion du jubilé de ses 85 ans d’existence en septembre 2020, photo droits réservés

Le bac de Klosterneuburg-Korneuburg (PK 1941, 7)
   Il s’agit d’un bac à câble n’utilisant que le courant du Danube pour se déplacer de la  manière la plus écologique possible. Les deux moteurs hors-bord sont là uniquement que pour des raisons de sécurité et afin de pouvoir manœuvrer indépendamment du courant en cas d’urgence.
Pour qu’un bac à câble soit propulsé à travers un fleuve ou une rivière, deux forces distinctes doivent être combinées :
-la première force est exercée par la tension du câble en acier auquel le bac est suspendu de manière mobile. Le câble empêche le bac d’être emporté par le courant.
-le courant du fleuve est l’autre force qui agit sur le déplacement du bac. Pour que les deux forces puissent mettre le en mouvement, celui -ci doit être incliné par rapport au courant à l’aide  d’un gouvernail. La pression du courant pousse alors le bac à travers le fleuve grâce à la force qui en résulte.
La vitesse du bac à fil dépend ainsi de la force du courant et peut être influencée par l’angle avec lequel le capitaine place son bac par rapport au courant. La vitesse du courant du fleuve ne doit pas être inférieure à une certaine vitesse minimale comme c’est le cas par exemple dans la zone des lacs de retenue en amont des centrales électriques et également sur le Bas-Danube où la vitesse du fleuve ne permet pas à un bac à fil de fonctionner. Il n’existe pas d’autre bac de ce type en aval de celui reliant Klosteneuburg à Korneuburg. Les bacs de Weissenkirchen et de Spitz/Danube en Wachau sont du même type.
Le bac qui a été privatisé en 1994, peut transporter outre piétons, cyclistes et motos 4 voitures et accepte les véhicules jusqu’à une longueur maximale de 10,50 m. Le poids total ne doit pas dépasser 25 tonnes et le nombre de passagers 40 personnes.

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, novembre 2023

Notes : 
1 Le brouillard qui parfois efface la réalité du fleuve a joué un mauvais tour au bac qui est entré en collision le matin du 17 octobre 2017 avec un convoi qui descendait le Danube. Les autorités compétentes ont attribué l’origine de l’accident à une erreur d’appréciation du capitaine du bac.

Photo Danube-culture © droits réservés

Le Regentag (Jour de pluie) : bateau-maison-atelier nomade du peintre Friedenreich Hundertwasser

   « Je voudrais peut-être qu’on me considère comme un mage de la végétation, ou quelque chose de semblable, disons magique, que je remplisse un tableau jusqu’à ce qu’il soit plein de magie, comme on remplit un verre avec de l’eau. »
Friedenreich Hundertwasser

Le navire, un vieux mais solide cotre méditerranéen en bois, à voile et à moteur porte le nom de San Giuseppe T et de petit « freighter » (cargo) pour le transport de marchandises quand le peintre l’achète en Sicile, à Palerme, en 1967. Il le rebaptise du nom Regentag (Rainy Day ou Jour de pluie).

Le peintre Friedenreich Hundertwasser sur le Regentag, photo droits réservés 

Après l’avoir fait convoyer de Palerme à Venise par le capitaine Mimmo, Hundertwasser navigue en compagnie du capitaine Antonio pendant sept années consécutives (1968-1974), cabotant de ports en ports méditerranéens (Palerme, Pellestrina, Portegrandi, Malcontenta, Portoferraio, La Goulette, Malte…). Puis le peintre décide ensuite de l’agrandir, faisant passer sa longueur de douze à quinze mètres. Il fait avec celui-ci ses premiers expériences d’architecture, en redessine la proue, modifie la coque, installe un deuxième mat, donnant à son bateau une silhouette et une ligne originales et asymétriques. Pendant dix ans le Regentag servira de maison et d’atelier nomade au peintre.
La bonne adaptation du « nouveau » Regentag à la haute mer est d’abord éprouvée lors de croisières qui le mènent en Dalmatie, en Sicile, en Corse, à Malte, à Tunis, en Crète, à Rhodes, à Chypre et en Israël puis Hundertwasser et son capitaine Horst Wächter partent pour une grande traversée de 18 mois (1975/1976), de Venise jusqu’en Nouvelle-Zélande en passant par Malte, Gibraltar, les Antilles, Panama, l’archipel des Galapagos et Tahiti.

Regentag IV

Le Regentag immobile ou presque au port de plaisance de Tulln, photo Danube-culture © droits réservés

Hundertwasser fut souvent à la barre du Regentag en Méditerranée, dans la mer des Caraïbes, au large de Tahiti, de Rarotonga, des îles Kermadec, d’Auckland et de la Baie des îles (Nouvelle-Zélande).Le bateau fait naufrage en 1995. Aussi est-il ramené à Opua, dans la Baie des îles et y reste en 1999/2000. Le chantier naval Ashby’s Boat Yard installe, à la demande du peintre, un nouveau poste de pilotage, pose un revêtement en béton armé et réalise une fresque en céramique dessinée par Hundertwasser au dessus de la la ligne de flottaison. Ces réaménagements, nécessaires à la suite du naufrage, répondaient également à un souhait de longue date de l’artiste.
Le Regentag continuera à naviguer sur l’Atlantique. Après la mort subite du peintre sur le Queen Elisabeth II, le 19 février 2000, il sera rapatrié en 2004 vers l’Europe par cargo et convoyé en Autriche par le Danube jusqu’au port de Tulln (Basse-Autriche), son port d’attache actuel. Ce bateau que le peintre a emmené au bout du du monde n’a navigué depuis sur le fleuve que pour de courtes escapades et son entretien semble avoir été négligé pendant plusieurs années ce qui est incompréhensible car il s’agit d’un patrimoine exceptionnel !

Le Regentag au printemps 2022, photo © Danube-culture, droits réservés

Le bateau, qui a été de plus endommagé par un autre navire dans le port de plaisance de Tulln en 2015, a été sorti de l’eau pour des travaux de réparation et de rénovation puis remis à flot. Fin des travaux de restauration au printemps 2023.

Le peintre au nom prédestiné qui entretint un rapport intime avec l’eau sous toutes ses formes et ses couleurs durant son existence, ne pouvait être que fasciné par les bateaux. Ses dessins d’enfant comme les Bateaux à vapeur chantant avec leurs cheminées, les Bateaux bouche en témoignent. Des proues de navires, des hublots ou autre allusion à l’univers maritime apparaissent également régulièrement dans ses autres oeuvres.

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Friedensreich Hundertwasser en 1998, photo source Wikipedia

Le peintre qui s’appelait à l’origine Friedrich Stowasser a pris comme troisième prénom Regentag, celui-ci venant s’ajouter à Friedensreich et Dunkelbunt soit un nom complet d’artiste de Friedensreich Dunkelbunt Regentag LiebeFrau Hundertwasser.
Rappelons encore que l’artiste, aux très fortes convictions écologistes, a également participé activement, aux côtés d’autres artistes et scientifiques renommés comme Konrad Lorenz, à la préservation des prairies alluviales danubiennes menacées de destruction par la construction du barrage de Hainburg (1984), projet heureusement abandonné par la suite.

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, mis à jour novembre 2023

www.hundertwasser.at
https://www.kunsthauswien.com/en/museum

 Photo © Danube-culture, droits réservés

De Linz à Vienne par le Danube en 1860 avec le guide Joanne

Beda Weinmann (1818-1888), panorama de Linz, vers 1860

25 milles (40, 234 km !)
Bateaux à vapeur tous les jours ; départ à 7 heures du matin ; voyage en 9 à 10 h. pour 8 fl. et 5 fl. 20 kr. — De Vienne à Linz remontée en 24 ou 30 heures pour 6 .fl et 4 fl.

Kaspar (Kasparus) Karsten (1810-1896), vue de Linz avec le Danube, huile sur toile

   En aval de Linz, le Danube se divise en un grand nombres de bras formant des îles verdoyantes. On voit sur la rive g. le château ruiné de Steyreregg, pris en 1626 par les paysans ; le village possède une belle église dans l’ancien style allemand. — En face sur la rive droite, la Traun se jette dans le Danube, près de San Peter in der Au et Zizelau.
   Gauche, Pulgarn, village de 200 habitants, situé sur le Reichenbach et dominé par un vieux château.
   Droite, Asten. À une heure au Sud, se trouve le monastère de Saint Florian. Le château de Spielberg s’élève sur une île près de la rive droite.
   Gauche, San Georgen, sur la Gusen, à 30 mn du fleuve ; Frankenberg et Gusen ; puis Mauttausen, bourg de 1160 habitants, presque en face de l’embouchure de l’Enns. On y remarque le château de Pragstein, l’église de Saint-Nicolas ; Niedersebing, village au-dessous duquel l’Augst ou Aigst se jette dans le Danube. Naarn, avec une chapelle byzantine, un château et une église de vieux style allemand. 
  
Droite, Erla, ancien couvent devenu propriété particulière ; Niederwallsee, un des plus beaux châteaux du Danube, bâti sur un rocher escarpé et entouré d’un beau jardin ; on y jouit d’une belle vue sur le fleuve et sur la chaîne des Alpes ; Ardacker, village de 400 habitants au-dessous duquel le Danube entre dans un étroit défilé.
   Gauche, Clam, village de 200 habitants, dont le château fût vainement assiégé en 1626 par les Hussites, en 1487 par Matthias Corvin ; il renferme une collection de vieilles armures ;  — Grein, qu’on voit sur la rive gauche, après un détour vers le Nord, est une des plus pauvres villes de l’Autriche. Son château de Greinburg, bâti en 1493, appartient actuellement au duc de Saxe-Coburg.
    Le lit du fleuve se rétrécit, et on franchit le premier rapide, nommé Greiner Schwall ; on passe le Strudel ou tourbillon, jadis redoutable aux bateaux, avant qu’on eut fait sauter les rochers qui traversaient le fleuve d’une rive à l’autre. On remarque la vielle tour de Woerthschloss, sur l’île de Woerth, et sur la rive gauche les ruines du château de Werfenstein, dont les seigneurs exerçaient la profession de voleurs de grand chemin. On voit se dresser au milieu du fleuve le Haustein, bloc de rochers couronné d’une vieille tour et près duquel se trouvait jadis le Wirbel, autre tourbillon redouté des bateliers du Danube.
   Gauche, Sarblingstein ou Sarminstein, village bâti en amphithéâtre et dominé par une tour circulaire. Près de là, le Sarming (Sarmingbach, ) descend d’un ravin par de nombreuses cascades et se jette dans le Danube. On voit ensuite l’embouchure de l’Imper qui sert de limite aux provinces de la Haute et de la Basse-Autriche. — Donaudorf, village et petit château de la rive droite.
   Gauche, Boesenbeug (mauvais coude) ou Persenbeug, est un château qui date de plus de huit siècles et qui couronne un rocher de granit. Le bâtiment actuel, qui date de 1617, fut souvent habité par l’empereur François, qui l’acheta en 1800. Le village situé à sa base, possède un vaste chantier pour la construction des bateaux du Danube.
   Droite, Ips, pons Isidis ou Gessodunum, est une ville ancienne de 1000 habitants, près de l’embouchure de l’Ips ou Isis. — Sausenstein a gardé les ruines d’une abbaye de l’ordre de Cîteaux, fondée en 1336, et incendiée en 1809 par les Français. — Sur la rive gauche, Marbach, village de 200 habitants, au pied du Taferlberg, que couronne l’église de Maria Taferl (Marie de la petite table), bâtie en 1661 et visitée par des pèlerins dont le nombre annuel est de 50 000 à 120 000. — Plus loin L’Erlaf se jette dans le Danube ; en face de Klein Pechlarn, rive gauche, Gross Pechlarn, l’Arelape des Romains.
Moelk ou Melk ; (hôtels Lamm, Ochs), bourg de 1200 habitants, sur la rive droite du Danube, près de l’embouchure du Moelk, possède une église paroissiale de 1481, et une abbaye de Bénédictins, située sur un rocher haut de 60 mètres, fondée en 984, rebâtie en 1707 ; c’est l’une des plus belles et des plus riches de l’Autriche. — L’église à l’intérieur est décorée de statues colossales , à l’extérieur de fresques de Rottmayr. Les caveaux renferment les tombeaux des princes de la famille de Babenberg et ceux de saint Coloman et saint Gotthalm. — On remarque dans l’abbaye : la maison de l’abbé et sa chapelle particulière : l’appartement de l’empereur ; la bibliothèque de 30 000 vol. et 2000 incunables ou manusc. ; les collections de médailles et d’histoire naturelle, la galerie ; enfin les caves assez vastes pour qu’on puisse y circuler en voiture. — On aperçoit ensuite (riv. gauche) Emmersdorf , village de 400 hab., dominé par un château en ruines et situé en face de l’embouchure de la Bielach (Pielach) : Schoenhubel (Schoenbuhel) (rive dr.), château du comte Beroldingen, puis Aggstein (rive dr.), château en ruines, perché sur un rocher conique qui domine Klein Aggsbach et qui fut habité par un seigneur chef de brigands, Schreckenwald, la terreur des bateliers au XIIIe siècle. Pour visiter ce château, il faut prendre un guide et se munir de la clef à l’auberge située au-dessous.
G[auche]. Au-delà de Schwallenbach on remarque la Teufelsmauer, muraille du diable, arrête rocheuse semblable à un mur en ruine et qui renvoie un très bel écho. — Spitz, bourg de  1000 habitants : — San Michäel, village dont la vieille église fut un jour enfouie dans la neige jusque’à la toiture ; — Weissenkirchen, bourg de 1000 habitants près duquel furent les premières vignes des rives du Danube ; — Dürrenstein ou Tyrnstein, village de 450 habitants qui n’a d’intéressant que le beau tabernacle de son église, et les ruines d’un couvent. Le château, démantelé en 1645 par les Suédois, probablement celui où Richard-Coeur-de-Lion fut retenu prisonnier pendant 15 mois, de 1192 à 1193, est un des plus anciens de l’Autriche. — Stein (hot. Elephant), ville de 2000 habitants située sur la rive g., a été réunie en 1463 par un pont  de bois à Mautern, ville de 700 hab., sur la rive dr. On remarque à Stein la vieille église paroissiale, l’hôtel de ville orné de fresques ainsi que certaines maisons particulières, les ruines du château détruit en 1486 par Mathias Corvin, et les vestiges d’une ancienne forteresse : un monument y a été élevé à la mémoire du feld-maréchal lieutenant Schmidt. — Mautern, (le Mutinum des Romains, la Mutara des Nibelungen), où Mathias Corvin défit en 1484 l’empereur Frédéric III, est également dominé par un château. Une promenade de 15 à 20 mn relie Stein à
Krems (hôt. Rose, Goldene Hirsch), ville de 7000 hab., une des plus anciennes de la Basse-Autriche, situé à l’embouchure de la Krems.

Krems en 1860, gravure d’après un dessin de  J. Alt

   Elle produit une moutarde renommée, de la poudre excellente, et fait le commerce des vins. L’église paroissiale de Saint-Vit et celle de l’Hôpital mérite une visite. — La vallée de Krems renferme la  belle et riche abbaye de Bénédictins de Goettweih (Göttweig), à 230 mèt. d’altitude. On y voit de belles collections d’antiques, de gravures, d’objets d’histoire naturelle et une bibliothèque de 40 000 vol., de 1200 incunables et de 700 man. À partir de Krems, les bords du Danube sont presque plats et insignifiants.
Dr[oite]. Tulln, Comagena, jadis station d’une des trois flottilles romaines, ville de 1850 hab., possède une chapelle romane des Trois-Rois, aujourd’hui’hui transformée en magasin à sel : c’est dans la plaine voisine que se réunit l’armée polonaise (commandée par Jean Sobieski), qui alla délivrer Vienne de l’invasion turque. En face de Zeiselmauer, patrie de Saint-Florian, on aperçoit les Tours de Stockerau. — Greifenstein, ancien château, appartient actuellement au prince Liechtenstein. — Klosterneuburg, ville de 3700 hab., possède une riche abbaye de bénédictins. Le bâtiment actuel date de 1730. À g. on laisse Kornneuburg, station du chemin de Stockerau.
   Nussdorf, petit v. situé à 1h de Vienne. On y débarque ordinairement et on y donne son passe-port pour le recevoir seulement au bureau de la compagnie des bateaux à vapeur de Vienne (la compagnie  transporte gratuitement à Vienne les bagages que le voyageur ne prend pas avec lui.) Des omnibus, des stellwagen et des fiacres attendent au débarcadère. On fait son prix d’avance pour les fiacres ;  on paie de fl. 6 kr. à 2 fl. 30 kr.
96 à 100 h de Donauwoerth, Vienne.

Notes :
1 les concurrents les plus redoutables pour les Guides-Joanne furent ceux de l’Allemand Karl Baedeker (1801-1859) qui aura pour politique de publier la plupart de ses guides en trois langues : allemand, français (dès 1846) et anglais (à partir de 1861). La bibliographie d’Alex Hinrichsen ne recense, pour la période 1832-1944, pas moins de 477 éditions en allemand, 226 éditions en français, et 266 éditions en anglais.

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, août 2023

Le voyage danubien prénuptial de Sissi vers Vienne au printemps 1854

   Le départ de la princesse et de la délégation bavaroise de Munich à huit heures du matin a lieu dans une grande confusion. La délégation arrive à Straubing au bord du Danube dans la soirée après avoir fait une étape à Landshut pour le déjeuner.

Straubing en 1854, gravure d’après J. Alt (1789-1872)

   « Sissi » monte tout d’abord sur le vapeur « Stadt Regenburg » de la Compagnie Royale de Navigation Bavaroise jusqu’à Passau, ville frontière avec l’Autriche où ont lieu une cérémonie et les adieux officiels de la Bavière avec sa duchesse et où l’accueille une délégation autrichienne. Le « Stadt Regensburg » entre alors en Autriche et poursuit sa navigation vers Linz en traversant les paysages impressionnants et sauvages de la Strudengau. Son fiancé l’attend à l’embarcadère de la compagnie bavaroise, en amont du pont de la ville de Linz, entouré d’officiels et de nombreux habitants enthousiastes qui saluent et applaudissent la future impératrice. Le jeune couple impérial est convié le soir même à un diner officiel et à une soirée théâtrale.

François-Joseph accueille Sissi au débarcadère de Linz, sources Sisi Museum, Hofburg Wien

   Le lendemain matin Sissi embarque pour Vienne à huit heures devant une foule toujours aussi nombreuse et enthousiaste sur le « Franz-Josef », un vapeur autrichien entièrement décoré de roses et pavoisé pour les circonstances. L’Empereur s’est de son côté levé dès l’aube et est déjà parti vers la capitale de l’empire sur un autre bateau, « l’Österreich » afin d’arriver à Vienne avant sa fiancée et de pouvoir renouveler en plus grandiose la cérémonie de réception de Linz au débarcadère de Nußdorf. Une partie de l’importante délégation autrichienne est monté à bord du deuxième vapeur autrichien « l’Hermine » qui accompagne le Franz-Josef dans sa croisière vers la capitale impériale.

Le départ du Franz-Josef de Linz, sources Sisi Museum, Hofburg, Wien

   Le voyage entre Linz ressemble à une véritable procession triomphale. Les cités des bord du fleuve sont pavoisées et regorgent de couleurs pour saluer le passage de la future impératrice. Les habitants en liesse se sont massés tout au long des rives et interpellent joyeusement le convoi. Sissi et les passagers qui se tiennent sur le pont grâce aux conditions météo favorables y répondent inlassablement. Enfin, vers quatre heures de l’après-midi, les deux vapeurs abordent à l’embarcadère de Nußdorf. Le mariage sera célébré dans l’église des Augustins le 24 avril. 

L’arrivée au débarcadère de Nußdorf

    101 ans plus tard, en 1955, eut lieu la répétition de ce même incroyable voyage danubien et quasiment du même spectacle lors du tournage de la première partie du film du réalisateur autrichien Ernst Marischka (1893-1963) « Sissi Trilogie » (1955-1957). Ce fut évidemment l’inoubliable Romy Schneider (1938-1982), alors à peine plus âgée que Sissi (17 ans), qui salua depuis le pont du « MS Hebe » de la prestigieuse D.D.S.G. la foule des riverains qui s’étaient réunis sur les bords du fleuve pour cette reconstitution historique du voyage de la duchesse Élisabeth vers son destin impérial autrichien.

Le film « Sissi » (1955) d’Ernst Marischka avec Romy Schneider ou le triomphe du mélo kitsch

   Ce fut une nouvelle fois l’occasion d’une fête extraordinaire à laquelle participèrent comme par le passé toutes les cités riveraines autrichiennes entre Linz et Vienne avec leurs habitants qui avaient pour l’occasion revêtu leurs plus beaux costumes traditionnels. Villes et village autrichiens des bords du fleuve étaient plus que jamais pavoisés. C’est l’acteur l’acteur autrichien Karl-Heinz Böhm (1928-2014), fils du chef d’orchestre Karl Böhm (1894-1981), qui joue le rôle de François-Joseph dans le film d’Ernst Marischka.        

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, mis à jour août 2023

La forteresse millénaire de Greifenstein, entre Danube et Forêt-Viennoise

   « Des croisées du château, on a une des plus belles vues d’Allemagne. Elle attire en été, une foule d’étrangers et d’oisifs citadins de Vienne. Les soins du prince de Liechtenstein ont arraché cet antique édifice à la main dévastatrice du temps. Propriétaire éclairé, archéologue instruit, homme de goût, seigneur magnifique, il n’a rien épargné pour garder à Griffenstein [sic], dont la position est d’ailleurs tout à fait romantique, son caractère original. La chronique veut qu’un griffon ait jadis établi son séjour en ce lieu, et de là le nom de Griffenstein qu’il porte aujourd’hui.1 Nous aimons trop les vieilles traditions populaires pour essayer de contester celle-ci. Nous sommes d’autant plus disposés à l’accueillir avec confiance, qu’on montre à ceux qui, comme nous, ont une foi peu ferme, les empreintes des serres du dragon formidable sur le rocher granitique dont il avait fait son trône. La discussion est impossible devant de si éloquents témoignages. »
William Beattie, Le Danube illustré, édition française revue (et traduite ?) par H-L Sazerac, H. Mandeville Libraire-Éditeur, Paris, 1849

Notes :
1Créature légendaire à tête de faucon et munie de griffes et présente dans plusieurs cultures de l’Antiquité et qui se rencontre encore au Moyen-âge et à la Renaissance. Le nom de Greifenstein viendrait non pas de la présence d’un griffon dans ces lieux mais d’un certain M. Griffo ou Greif qui pourrait avoir été à l’origine ou avoir surveillé la construction de la forteresse initiée probablement à la demande des puissants évêques de Passau qui était alors en possession de nombreux territoires dans les parties allemandes et autrichiennes du Saint Empire Romain Germanique. Une autre version de cette même légende populaire donne pour origine du nom de Greifenstein le verbe « greifen », saisir, en lien avec le dernier geste de Reinhard sire de Greifenstein qui fut précisément de saisir l’énorme pierre qui bloquait l’entrée du cachot où il avait enfermé son chapelain. Voir légende ci-dessous.    

La forteresse de Greifenstein se trouve au point le plus septentrional des Alpes. Il n’est pas impossible que les Romains aient déjà édifié une tour de guet sur ce promontoire idéalement placé au-dessus du Danube qui faisait alors office de frontière (Limes) de l’Empire.
Greifenstein a vraisemblablement été construit soit à la fin du Xe (985/991) ou au début du XIe siècle à la demande des évêques de Passau qui avaient reçu ce domaine du duc de Bavière en 955 et étaient en possession d’autres domaines sur le territoire autrichien. Cette construction initiale marquait sans doute également la frontière orientale du domaine auquel appartenait également le village de Greifenstein. Elle s’inscrivait aussi, avec la forteresse de Kreuzenstein (rive gauche), les postes de garde des collines du Leopoldsberg, du Bisamberg et du Kahlenberg avec lesquels elle pouvait communiquer en cas de nécessité par l’intermédiaire de feux, dans l’important réseau de surveillance et de défense de la « Porte de Vienne »(« Wiener Pforte »).

La « Porte de Vienne » (« Wiener Pforte ») avec les collines du Leopoldsberg, du Kalenberg (rive droite) et du Bisemberg (rive gauche) que le fleuve franchit avant de rejoindre la capitale autrichienne, gravure de 1679, auteur ?

La présence de la forteresse est mentionnée pour la première fois dans un document officiel en 1135. Dietrich von Greifenstein était probablement un noble au service des évêques de Passau. Rüdiger von Bergheim (vers 1175-1258), évêque de Passau (1233 à 1250), la fait agrandir en 1247. Une chapelle est construite au XIVe siècle. Une troupe de citoyens de Klosterneuburg assiègent Greifenstein en 1365 pour des raisons inconnues. Le burgrave doit remettre les clefs de la place-forte au chef des assaillants, un certain Herr von Wehingen. Konrad Vetterl, vicaire de l’église paroissiale de Passau y est emprisonné en 1388 et torturé jusqu’à sa mort. Conquise en 1477 par les armées de Matthias Corvin (1443-1490) Greifenstein tombe brièvement dans la sphère d’influence hongroise. Les armées ottomanes de Soliman le Magnifique (1494-1566) venus assiéger Vienne s’en emparent en 1529 sans rencontrer de véritable résistance et la détruise partiellement. La forteresse est reconstruite à la suite de leur repli mais elle ne jouera désormais plus aucun rôle militaire ou stratégique. Elle fait à nouveau office de prison de la cour ecclésiastique à partir du XVIIe siècle. Le clergé et les laïcs devant purger des peines de prison sont enfermés dans le donjon de la tour. Encore habitée dans les années 1770, Greifenstein est ensuite, du fait des réformes fiscales mises en place sous l’impulsion de l’empereur Joseph II de Habsbourg (1741-1790), délaissée et n’est plus entretenue. Elle reste toutefois encore en possession des évêques de Passau jusqu’en 1803 où elle est mise aux enchères publiques.

La forteresse et le village de Greifenstein, gravure de Johann Mansfeld, vers 1800, collection privée. Cette gravure du début du XIXe siècle montre le fleuve en amont de Vienne avant sa canalisation avec ses îles inondables et ses berges non aménagées.

Le Prince Johann Ier Joseph von Liechtenstein (1760-1836) l’acquiert en 1807 et la fera restaurer et agrandir en 1818, améliorant son confort et y rajoutant éléments architecturaux de style romantique tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des bâtiments. Son fils, le prince Alois II Joseph von Lichtenstein (1796-1858) en hérite en 1829 et y transfère des œuvres d’art et des armes des collections familiales.

Greifenstein à l’époque Biedermeier, gravure colorée de Johann Adam Klein (1792-1875), vers 1812, extraite du cycle « Merkwündige Ansichten der verschiedenen Provinzen der Österreich. Monarchie und der benachbaren Länder », Artaria, Wien, 1812

La forteresse est laissée à l’abandon à la fin du XIXe siècle. Vendue en 1918 à l’industriel Hugo Kostenitz, Greifenstein change à nouveau de propriétaire en 1931 devenant la possession du banquier Maximilian Mautner qui la rénove. Réquisitionnée quelques temps par l’armée russe à la fin de la deuxième guerre mondiale elle revendue par les descendants de M. Mautner en 1960 à une société hôtelière, propriété du Dr. Johannes Hübner. Celui-ci la lègue à sa fille Ingeborg en 2003 non sans l’avoir restauré dans son caractère romantique historique. Greifenstein et sa forêt environnantes de 16 hectares sont acquises en 2017 par un homme d’affaires viennois, Ernst C. Strobl qui poursuit les travaux de rénovation et souhaite ouvrir les lieux pour un public restreint à l’occasion d’activités culturelles et autres manifestations.

Salle des chevaliers, photo droits réservés

   La pierre mystérieuse qui se trouve au milieu de la cour intérieure s’appelle « La pierre du serment » (« Schwurstein« ). Une des nombreuses légendes touchant à sa présence à cet endroit raconte que chaque visiteur devait (et doit encore de nos jours…) la toucher. C’est de là vient son nom de « pierre de préhension ». Dans les temps sombres du XVe siècle, quand de nombreux voleurs et brigands semaient la terreur sur la région, tous ceux qui pénétraient dans la forteresse devaient poser la main droite dans le creux de la pierre et prononcer le serment suivant : « Autant je saisis la pierre, autant j’honorerai l’hospitalité de ces lieux. » Celui qui l’ignorait était considéré comme un ennemi et immédiatement enfermé dans le donjon.

La « pierre du serment » de Greifenstein, photo droits réservés

Voici une autre légende parmi les plus populaires au sujet de la forteresse de Greifenstein :
Rheinhard, sire de Greifenstein, était au XIe siècle le propriétaire de la forteresse. C’était un seigneur au caractère ombrageux, dur pour ses proches, les paysans des environs et cruel envers les étrangers qu’ils détestaient. Sa jeune épouse, comme il arrivait si souvent à cette époque, mourut en accouchant d’une petite fille qui fut prénommée Ételina (Eveline). La petite fille grandit en passant ses jours entre une vieille nourrisse et le chapelain de Greifenstein. Elle ne voyait guère son père, tout occupé par la chasse et les guerres ce qui l’amenait à s’absenter souvent du château. Ételina était d’une grande beauté et dès son adolescence de nombreux prétendants se manifestèrent pour l’épouser. Elle tomba amoureuse du plus pauvre d’entre eux, un chevalier du nom de Rodolphe. Mais son père, contrarié par son choix, refusa de la laisser se marier avec ce chevalier. Au même moment le sire de Greifenstein dut se rendre auprès de l’empereur qui le réclamait. Il confia Ételina au chapelain et partit. Peu de temps après, le bruit de sa mort parvint jusqu’à la forteresse. Aussi la jeune fille décida de se marier avec Rodolphe avec le consentement du chapelain. Mais la nouvelle de la mort de son père était fausse. Rheinhart n’avait été que blessé. Il annonça au bout de huit mois son retour et prévint sa fille qu’un époux digne d’elle et de lui l’accompagnait. Sa fille, prise d’une grande angoisse, alla se jeter dans les bras du chapelain car elle redoutait comme la mort le retour et la colère de son père à l’annonce de son mariage. Le prêtre décida de la cacher et la fit descendre ainsi que Rodolphe dans un des souterrains du château-fort. Les jeunes époux devaient y attendre que la colère de Rheinhart s’apaise. On déposa près d’eux des provisions, un panier rempli de pain, du vin et une cruche d’huile pour entretenir une lampe. Leurs provisions devaient être renouvelées tous les trois jours.Le sire de Greifenstein arriva avec le prétendant qu’il destinait à sa fille et demanda à la voir. On lui répondit qu’elle était souffrante et si faible qu’il fallait la laisser se reposer. Le lendemain, il courut jusqu’à sa chambre et, ne la trouvant, il entra dans une violente colère. Le chapelain lui raconta ce qui était arrivé et chercha vainement à l’adoucir. Rheinhart jura de tuer Rodolphe s’il le retrouvait et comme le chapelain refusait de lui dire où il s’était caché avec sa fille, il le fit descendre par une corde dans une prison souterraine de la forteresse et sceller une pierre sur sa tête. Le chapelain ne recevait de l’air et ne voyait la lumière que par une étroite ouverture qui permettait également de lui descendre régulièrement un peu de nourriture. Chaque jour Rheinhart venait lui renouveler sa demande avec d’horribles imprécations mais son prisonnier refusait de lui donner le lieu où Ételina et Rodolphe se cachaient.
Une année passa, la colère du sire de Greifenstein ne faiblissait pas tout comme la détermination du chapelain à se taire. La forteresse était devenue déserte. Rheinhart, quand il n’était pas à la chasse, errait dans les cours toujours en fureur. Un jour d’hiver, se trouvant dans une forêt au bord du Danube, une tempête de neige le surprit. les chemins recouverts étaient devenus méconnaissables. Croyant revenir vers le château, il s’égara au milieu du site le plus sauvage de la contrée. La nuit descendit. Il appela à l’aide à plusieurs reprises sans succès, recommença à marcher à tâtons et brusquement aperçut une petite lueur à travers les branches recouvertes. Guidé par elle, Rheinhart arriva près d’une caverne creusée dans le roc. Un grand feu y brûlait sur le seuil. L’éclat de la flamme lui permit d’apercevoir deux êtres humains endormis sur un épais tapis de feuilles sèches, couverts de peau de bêtes. Entre eux se tenait un petit enfant que sa mère pressait doucement contre son sein. Le sire de Greifenstein les réveilla et un grand cri s’échappa des lèvres de la jeune femme à la vue de son père. C’était Ételina. Elle était parvenue à s’échapper du souterrain avec Rodolphe et tous deux avaient survécu dans cette horrible solitude, se nourrissant de la chair d’animaux que Rodolphe attrapait et leurs peaux avaient remplacé leurs habits tombés peu à peu en lambeaux.
Rheinhart, ému aux larmes et pris de pitié, revint avec eux à la forteresse. Il courut aussitôt délivrer le chapelain dans sa prison souterraine. Mais au moment où il se saisit de la pierre qui recouvrait le cachot et se penchait, il glissa et tomba, se brisant le crâne contre un rocher. Ce caveau où il avait enfermé le chapelain, lui servit de sépulture. Son âme, dit la légende, y demeure toujours enfermée et sa captivité durera jusqu’à ce que la pierre qui le recouvre soit usée par le temps.

Anton Fikulka (1888-1957), Greifenstein et le Danube au printemps, huile sur canevas, 1942

Eric Baude, Danube-culture © droits réservés, mis à jour novembre 2022

Sources :
www.burggreifenstein.at
BEATTIE,William, Le Danube illustré, édition française revue (et traduite ?) par H-L Sazerac, H. Mandeville Libraire-Éditeur, Paris, 1849
BÜTTNER, Richard, Burgen und Schlösser zwischen Greifenstein und St. Pölten, 1969
BÜTTNER, Richard, Burgen und Schlösser an der Donau, 1964
CLAM MARTINIC, Georg, Österreichisches Burgenlexikon, 1992
DURAND, Hippolyte, Le Danube allemand, et l’Allemagne du sud, Voyage dans la Forêt-Noire, la Bavière, l’Autriche, la Bohême, La Hongrie, L’Istrie, La Vénétie et le Tyrol, Tours, Mame et Cie, Imprimeurs-Libraires, 1863
FEUCHTMÜLLER, Rupert, Dr, Greifenstein und seine Schausammlungen, ein Führer, Verlag Hubmann, Wien, ?
GERSTINGER, Heinz, Ausflugsziele Burgen, 1998
HALMER, Felix, Niederösterreichs Burgen, 1956
KRAHE, Friedrich Wilhelm, Burgen des deutschen Mittelalters – Grundrisslexikon, Frankfurt/Main 1994
KRATZER, Hertha, Donausagen, Vom Ursprung bis zur Mündung, Ueberrreuter, Wien, 2003

PERGER, Richard, « Beiträge zur Geschichte der Burg Greifenstein »,  in Jahrbuch für Landeskunde von NÖ, 1996/I
SCHICHT, Patrick, Buckelquader in Österreich – Mittelalterliches Mauerwerk als Bedeutungsträger,  Petersberg, 2011
STENZEL, Gerhard, Österreichs Burgen, 1989
STENZEL, Gerhard, Von Burg zu Burg in Österreich, 1973

La forteresse de Greifenstein depuis le Danube, photo © Danube-culture, droits réservés 

La basilique de Maria Taferl (Basse-Autriche)

Photo © Danube-culture, droits réservés

Un emplacement idéal !
Le sommet de la colline avait été déjà choisi, comme si souvent au long des rives danubiennes, par des tributs celtes pour en faire un lieu de culte. On trouve d’ailleurs encore devant la basilique une pierre posé sur un socle et entouré d’une rampe qui pourrait avoir vraisemblablement servi comme autel pour des sacrifices.

L’autel de sacrifice celte, photo Danube-culture © droits réservés

Le culte et les superstitions du paganisme celtique sur les hauteurs de Marbach ont perduré suffisamment longtemps pour que les populations aient considéré ces lieux comme inhospitaliers. Pour effacer ces souvenirs païens, on aurait par la suite suspendu une petite croix de bois dans le chêne situé devant le dolmen. Cette croix était fixée à un tableau protégé par un petit auvent sur les côtés duquel était accroché les images de la Vierge Marie et de Saint Jean. C’est depuis cette époque que cet endroit s’appelle « Beim Taferl », en français « Près du petit tableau » d’où provient le nom de Maria Taferl.

Maria Taferl, photo © Bwag/Commons

Les origines du pèlerinage de Maria Taferl remonte au XVIIe siècle. Une légende raconte que le 14 janvier 1633, un berger du nom de Thomas Pachmann, décida d’abattre le vieux chêne, presque déjà mort. Mais sa hache glissa et retomba sur ses deux jambes. C’est à ce moment là qu’il aperçut la croix sur l’arbre. Pensant avoir involontairement commis un sacrilège, il s’agenouilla et demanda pardon à Dieu. Selon le berger, le sang qui coulait de ses blessures aux jambes, s’arrêta aussitôt. Il pût retourner seul chez lui et guérir rapidement. En 1641 ou 1642, un juge du village de Kleinkrummnußbaum atteint d’une grave dépression, fit remplacer la petite croix en bois qui s’abimait par une statuette de la Vierge des Douleurs. Il en fût guéri. La première apparition miraculeuse d’une lumière à cet endroit eut lieu un peu plus tard, en 1658. Elle fut suivie de nombreuses autres apparitions, sur la terre ou dans le ciel, une trentaine en tout, entre 1659 et 1661. De mystérieux pèlerins vêtus de blanc, seuls en petit groupe ou au sein d’une procession surgissaient lors de ses miracles. Au même moment où se produisaient ces apparitions se réalisaient des guérisons et des épisodes miraculeux. Les évêques de Passau et de Ratisbonne menèrent à la fin de 1659 une enquête minutieuse qui confirma, après l’audition de nombreux témoignages, la véracité des faits. Il fut alors décidé, dès 1660, qu’une église serait bâtie à cet endroit.

Jacob Prandtauer (1660-1726), maître maçon et architecte tyrolien, collection de l’Abbaye bénédictine de Melk 

La première pierre de la basilique est solennellement posée par un représentant des autorités ecclésiastiques de Passau le 25 avril 1660. Le terrain en relief oblige toutefois à abandonner la direction habituelle est-ouest et à lui préférer une orientation nord-sud. Le maître-autel est de cette façon orienté au nord, le portail principal au sud et la façade avec ses deux tours fait face au Danube. Le vieux chêne et sa Vierge miraculeuse sont volontairement inclus dans l’édifice. La construction de la basilique dure plus de soixante ans. Trois architectes se succèdent ; le viennois Georg Gerstenbrand (1667 ou 1668), architecte de la cour impériale, le lombard Carlo Lurago (1615-1684) de 1671 à 1673 et enfin le plus connu d’entre eux, le tyrolien et maître maçon Jakob Prandtauer (1660-1726), à qui l’on doit également en grande partie les merveilleuses abbayes de Melk, Dürnstein et Saint-Florian et qui acheva l’impressionnante coupole de Maria Taferl.

Martin Johann Schmidt (1718-1801) dit « Le Schmidt de Krems », éminent représentant de l’École dite « du Danube »,  sources Rudolf Lehr , Landeschronik Oberösterreich, Verlag Christian Brandstätter, Wien

La construction de Maria Taferl mobilise de nombreux artistes parmi les plus réputés. Aux trois architectes se joignent les italiens Carlo Consellino (stucs de la sacristie), Antonio Beduzzi (1675-1735) pour les fresques, connu également comme l’auteur du magnifique maître-autel de l’abbaye de Melk, Joseph Matthias Götz (1696-1760) pour le maître-autel, achevé en 1738, Peter Widering (vers 1684-1760) pour les sculptures de la chaire, J. A. Amorth, la Sainte Trinité sur le pilier du transept, J. G. Dorfmeister (1736-1786), auteur des sculptures des grands autels latéraux, le peintre viennois Johann Georg Schmidt (1685-1748) pour les petits autels latéraux ou encore le peintre autrichien Martin Johann Schmidt dit « Kremser Schmidt » (« Le Schmidt de Krems ») (1718-1801) qui réalise les tableaux des grands autels latéraux et enfin l’ébéniste Mattäus Tempe de Sankt-Pölten.

La fresque de la coupole représentant la vie et l’ascension de la Vierge Marie peinte par Antonio Beduzzi, photo Abubiju

L’édifice, consacré comme basilique mineure en 1947, est en forme de croix et mesure, si l’on inclue la sacristie attenante, une longueur totale de 70 m. Ses dimensions intérieurs sont de 53 m de long. La nef centrale atteint 13 m de large et le transept 31, 30 m sur 13.

Le maître-autel (détail), réalisé par Joseph Matthias Götz, photo © Danube-culture, droits réservés

Maria Taferl fit l’objet de nombreuses restaurations. La place devant la basilique fut aménagée en 1960.
Les extraordinaires orgues de l’époque Rococo, réalisées par le facteur viennois Johann Hencke (1698-1766) n’ont malheureusement pas été conservées à l’exception du buffet. Elles ont été transformées en 1910 par Franz Capek, facteur d’orgues de Krems, en un orgue romantique tardif avec 40 registres et 3 manuels. Aujourd’hui les orgues sont équipées de 47 registres, 4 manuels et comptent en tout 2915 tuyaux.

Les orgues de Maria Taferl, photo © Danube-culture, droits réservés

Les nouvelles cloches, d’un poids total de 7 200 kilos qui sonnent le Te Deum (si, ré, mi, sol, la) contribuent également à la grande réputation du lieu de pèlerinage.
On ne manquera pas de visiter l’extraordinaire chambre du trésor et si l’on visite les lieux par temps clair de jouir de la splendide vue sur le Danube et les massifs alpins autrichiens.
Une légende populaire raconte que l’eau de la source de Maria Taferl guérit miraculeusement les maladies des yeux.

Photo © Danube-culture, droits réservés

Eric Baude, révision juillet 2022, droits réservés

Sources :
WEICHSELBAUM, Josef, Maria Taferl, Verlag Schnell und Steiner GMBH CO., 3ème édition française, Munich et Zurich, 1987
www.basilika.at
www.nibelungengau.at

Dans les environs de Maria Taferl se trouve le château d’Artstetten. Une exposition permanente est consacrée à la vie et au destin tragique de l’archiduc François-Ferdinand de Habsbourg (1863-1914), assassiné à Sarajevo, la capitale de la Bosnie-Herzégovine le 28 juin 1914.
www.schloss-artstetten.at 

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