Dürnstein, perle de la Wachau

Les lieux sont colonisés par les hommes dès la période néolithique et l’âge du bronze ainsi que de nombreuses autres places favorables des rives du Danube. Le domaine de Dürnstein est donné par le duc de Bavière Henri IV, futur empereur du Saint- Empire romain germanique (1014-1024) sous le nom d’Henri II-le-Saint, au couvent bénédictin bavarois de Tergernsee au bord du lac du même nom.

Nichol Elliot, On the Danube (Dürnstein), Some memories of a Scottish Photographer, Mezzogravure, The Vandyck Printer, Bristol  and London, Ltd, 1919

How soft on tow’r and wall the summer glow,
Dear townlet smiling like a sunlit dream
“Twixt pyramid of crag and swirling stream,
Deep mirrored in the Danube’s lucid flow,
Such walled and sunny nook of “long ago”
As dwells in golden peace an artist’s theme,
Though earth with death and desolation teem
Beyond the crags, beyond the flood below.

Warm smile ye welcome home to halcyon days,
O sunshine places treasured of the heart,
Life’s integral, unlost, eternal part
And inmost realm, where, reached by shining ways,
Our golden joys, no wavering image fleet,
Dwell sunlight citadelled the soul to greet.
Alice Elliot

Robert Russ (1847-1922), motif de Dürnstein, (église sainte Cunégonde)

  Une première église paroissiale est édifiée au XIIIe siècle. Elle est consacrée à sainte-Cunégonde (vers 975-1033/1039), femme de Henri II. Cette église sera en grande partie démolie en 1803. Les éléments restant, la tour et un mur de la nef, forment avec le petit cimetière du XIVe siècle et les remparts, un ensemble de construction médiévale entièrement préservée.

L’église sainte-Cunégonde et son environnement médiéval aujourd’hui, photo © Danube-culture, droits réservés

   La forteresse, construite dans les années 1150 par Albero III von Kuenring (vers 1115-1182) aurait servi de prison à Richard Coeur-de-Lion. Celui-ci se serait fait surprendre, arrêter en automne 1192 près de Vienne puis enfermer à Dürnstein au retour de la troisième croisade en Palestine par le duc Léopold V d’Autriche dit « Le vertueux » (1157-1194 ) qu’il avait précédemment humilié lors du siège de Jérusalem.

La capture de Richard-Cœur-de-Lion, enluminure extraite du Liber ad honorem Augusti, 1197, sources Wikipedia

   La légende raconte que ce serait son fidèle trouvère Blondel qui aurait retrouvé son souverain après des mois de recherches.

 Quand Blondel retrouve Richard-coeur-de-Lion à Dürnstein, photo © Danube-culture, droits réservés

Elle est détruite en représailles par le duc d’Autriche et de Styrie, Frédéric II de Babenberg (1211-1246) vers 1730-1731, en conflit avec Hadmar III (vers 1185-1231) et son frère Heinrich (1185-1233), surnommés « les chiens de Kuenring » qui possèdent également les forteresses voisines de Spitz et d’Aggstein sur le Danube depuis laquelle ils commettent de nombreuses exactions et rançonnent les bateaux de commerce sur le Danube en entravant la navigation à l’aide d’une lourde chaine en fer. 

Les ruines de la forteresse de Dürnstein, photo © Danube-culture, droits réservés

   Albero V de Kuenring (vers 1215-1260), fils de Hamar III, reste malgré tout en possession de Dürnstein. Tentant de racheter le comportement de son père et de son oncle,  il y fonde une paroisse en 1240 et Leutold I (1243-1312), son fils aîné, fait don en 1289 à l’ordre des Clarisses d’un terrain au bord du fleuve pour la construction d’un couvent qui sera achevé en 1294. Celui-ci est fermé en 1575 au temps de la Réforme. Les bâtiments seront rénovés et transformés, à la demande de Hieronymus Übelbacher (1674-1740), abbé du monastère des chanoines augustins de Dürnstein, en grenier à grain par l’architecte Jakob Prandtauer (1660-1726) en 1715-17163. Le bâtiment est ensuite vendu en 1820 et deviendra la propriété de la famille Thierry qui l’aménage en hôtel de luxe (1884). Leurs descendants en sont toujours les propriétaires .

L’ancienne église du couvent des Clarisses qui fut transformée en grenier à grain par l’architecte Jakob Prandtauer au début du XVIIIe siècle, photo © Danube-culture, droits réservés

Avec la mort de Leutold III, sans descendant en 1355 s’éteint la dynastie des Kuenring de Dürnstein. Dürnstein devient successivement la propriété des Seigneurs de Maissau, du duc Albrecht IV d’Autriche (1377-1404), d’Ulrich von Eitzing (1395-1460) et revient aux seigneurs de Zelking en 1609. Dürnstein a été pillée à deux reprises par les Hussites (1428 et 1432), assiégée par les armées impériales en 1458, dévastée par les troupes hongroises de Matthias Corvin en 1477 et 1485, détruite par un incendie en 1551 et occupée en 1645 pendant la guerre de trente ans par les Suédois du général Torstenson (1603-1651) qui aménage la forteresse puis la fait sauter au moment de leur repli après avoir échoué à s’emparer de Vienne. C’est à Dürnstein que l’empereur Léopold Ier de Habsbourg apprend en 1683 la fin du siège de Vienne, la défaite des Ottomans et la libération de la ville.

Dürnstein, photo © Danube-culture, droits réservés

   Le clocher bleu et blanc surnommé « le doigt de Dieu » de l’église paroissiale sainte-Marie-de-l’Assomption, oeuvre des architectes Matthias Steinl (1644-1727) et Josef Mungennast (1680-1741) datant des années 1728-1733 tourné vers le Danube comme pour protéger et encourager les bateliers d’autrefois, les nombreux pèlerins ou autres voyageurs qui se risquaient à descendre le fleuve sur des embarcations parfois difficiles à manoeuvrer, est avec l’abbaye de Melk (rive droite) emblématique de la région de Wachau.

Le clocher de l’église paroissiale du couvent des Augustins surnommé « le doigt de Dieu », photo © Danube-culture, droits réservés

   L’église sainte-Marie fait partie du monastère des chanoines augustins construit en 1410 par Otto IV von Maissau (?-1440) sur l’emplacement d’une chapelle dédiée à la Sainte Vierge, à saint-Laurent et saint-André (1372). Les bâtiments sont rénovés en style baroque par Jakob Prandtauer assisté de son neveu Josef Mungennast et de Matthias Steinl entre 1715 et 1733.   

L’église sainte-Marie, photo Danube-culture, © droits réservés

  L’intérieur de l’église est d’une étonnante luminosité malgré un décor chargé et tout en relief. La voute a été réalisée par l’artiste de la cour Santino Bassi, l’autel par Carl Haringer, le tabernacle en forme de globe en bois, décoré de 44 scènes de la vie de Jésus est vraisemblablement l’oeuvre de Johann Schmidt père de même que les reliefs dorés de la chaire et la plupart des autres sculptures de l’abbaye et de son église. Son fils Martin Johann Schmidt, connu sous le nom de Kremser Schmidt (Schmidt de Krems, 1718-1801) a peint les retables de sainte-Monique et sainte-Catherine des deux chapelles latérales du milieu.D’importants travaux de restauration conduits de 1985 à 2019 ont permis d’établir que le clocher affichait uniquement les couleurs bleues et blanches, notamment grâce à l’utilisation d’un bleu de cobalt, ou smalt. Il en a été tenu compte lors de sa restauration et c’est ainsi que le clocher a retrouvé sa couleur originale.

Le peintre Martin Johann Schmidt dit Kremser-Schmidt (1718-1801), 1790

   La petite plaine avoisinante fut aussi le lieu en 1805 d’une sévère bataille pendant la campagne d’Autriche entre les troupes russes et une partie des troupes napoléoniennes en nombre largement inférieur. Il semblerait que ce soit le seul affrontement perdu par les armées françaises lors de cette campagne avec la bataille d’Aspern, dans les environs de Vienne sur la rive gauche du Danube.

Guilleminot Armand-Charles et Didier George, plan du champ de bataille de Dürnstein

   Le Maréchal Mortier (1768-1835), maréchal d’Empire, duc de Trévise, dont les troupes sont vaillantes mais débordées par les armées de la coalition alliée austro-russe (les troupes russes du Maréchal Kutusov) doit s’enfuir avec quelques-uns de ses soldats à bord d’embarcations jusqu’à Krems en aval.

Pas de miracle pour la Grande Armée : les Français, commandés par le maréchal Mortier, sont encerclés de trois côtés à la bataille de Dürnstein et cherchent finalement leur salut dans une retraite sur le Danube.

 Un monument, dû à l’architecte autrichien Friedrich Schachner (1841-1907), érigé pour le centenaire de la bataille sur le lieu même où elle se déroula, et inauguré le 27 juin 1905, commémore les évènements.

Le monument commémoratif du à Friedrich Schachtner, en arrière-plan la forteresse de Dürnstein et les vignobles, photo © Danube-culture, droits réservés

Inscription en français :

ADOLPHE ÉDOUARD MORTIER / MARÉCHAL DE FRANCE / 1768-1835.

En allemand, en russe et en français :

À LEURS VAILLANTS GUERRIERS, LA FRANCE, L’AUTRICHE ET LA RUSSIE 11 NOVEMBRE 1805.

Au centre du monument on distingue l’effigie équestre du maréchal Mortier , des bas-reliefs représentent les combats, le général Koutouzov, le général Schmitt ou Schmidt et le chasseur Bayer qui menait la colonne russe. À la base, une chapelle et un ossuaire renfermant les restes des sol­dats morts pendant la bataille et retrouvés autour de Unter et Oberloiben.1
De manière générale le Danube (souvent en crue) n’a pas été l’allié de Napoléon durant ses campagnes de 1805 et 1809 mais les équipages des ponts de son armée ont toutefois fait preuve d’un savoir-faire exceptionnel et ont largement contribué aux succès des armées françaises.
Notes : 
1
napoleon-histoire.comla-vallee-du-danube-de-passau-a-vienne-autriche

 

La vue sur le Danube depuis la terrasse de l’église paroissiale sainte-Marie. Des angelots veillent sur l’embarcadère, photo © Danube-culture, droits réservés

La Wachau bénéficie d’un microclimat particulièrement favorable et généreux pour certaines cultures ce que ne manque pas de signaler immanquablement tous les guides et les brochures touristiques autrichiennes et étrangères ce qui a pour effet d’attirer une foule de visiteurs de plus en plus nombreux. Les vergers d’abricotiers (Marillen) s’épanouissent particulièrement sur les rives du Danube. Quand aux vignobles vertigineusement pentus mais prodigues en grands crus, les hommes les ont fait grimper les coteaux sur la rive gauche favorablement orientée jusqu’aux lisières de la forêt.

La vue depuis la forteresse de Dürnstein, photo © danube-culture, droits réservés

Le « vaisseau de Troie » du Danube
   En 1231, les Kuenringer mènent une révolte ministérielle contre le duc de Babenberg, Frédéric II, dit « le belliqueux », parce que celui-ci exempte les monastères et les villes d’impôts, mais en contrepartie, il impose des charges plus lourdes aux nobles. Frédéric II réprime la révolte et détruit les châteaux de Weitra, Aggstein et Dürnstein. Dürnstein, la forteresse la plus puissante du duché, ne peut être conquise que par une ruse de guerre : Comme Hadmar de Kueringe III bloquait régulièrement le Danube avec une lourde chaîne pour arrêter et rançonner les bateaux de commerce, Frédéric le Belliqueux arme en secret à Ratisbonne un bateau de commerce avec de nombreux chevaliers, ce qui permet de capturer Hadmar, qui doit ainsi livrer le château et la ville de Dürnstein au duc de Babenberg. Le donjon, c’est-à-dire la tour de défense la plus haute et la plus solide, est détruit par les troupes du duc.

Dürnstein et le Danube, gravure sur linoleum d’Hugo Hanneberg imprimée par K. Nickmann, 1923   

  La suprématie des Kuenringer dans le duché fut dès lors anéantie. Par la suite, ils furent également appelés « chevaliers pillards », bien que leur révolte fut politique. Leur position de pouvoir était depuis longtemps une épine dans le pied des Babenberg. Avec leurs forteresses modernes et puissantes d’Aggstein et de Dürnstein, ils dominaient le cours du Danube en Wachau et pouvaient contrôler le trafic fluvial. Depuis leur château de Weitra, ils exerçaient en outre leur influence politique dans tout le Waldviertel et jusque loin en Bohême. 

La forteresse d’Aggstein sur la rive droite

   Dès la fondation du royaume des Babenberg, la stratégie des nouveaux seigneurs du Saint Empire romain germanique avait été de réduire la noblesse locale à l’impuissance et de modifier les structures ecclésiastiques en faisant appel à de nouveaux ordres religieux. Les petites familles de la noblesse, comme les seigneurs de Lengenbach, furent tout d’abord victimes de cette politique, tandis qu’il leur fallut d’abord s’accommoder des Kuenringer en raison de leur puissance, car les princes du pays, comme Léopold V, participèrent aux croisades, ce qui affaiblit tout d’abord leur position politique intérieure. La révolte de la noblesse menée par les Kuenringer fut donc une occasion bienvenue pour les Babenberg de stabiliser son territoire en réprimant la révolte. Comme les Kuenringer étaient en outre des partisans d’Ottokar II de Bohême, ils perdirent leur influence politique dès le début du règne des Habsbourg en Autriche.

Dürnstein L. Kasimir

Luigi Kasimir (1881-1962), Dürnstein dans le Brouillard, vers 1920

    Après l’extinction de la lignée de Dürnstein en 1355, le fief revient au duc Albrecht II. À l’époque de la Réforme, la lignée de Weitra se convertit au protestantisme et s’éteignit en 1598. Le château, détruit par les Suédois en 1645, est depuis la propriété de la famille Starhemberg. Les domaines de l’abbaye sont devenus la propriété de la famille Starhemberg tandis que et les bâtiments appartiennent aux chanoines de l’abbaye augustinienne de Herzogenburg.

Dürnstein en 1870, photographie de Amand Helm (1831-1893)

Dürnstein en 1966, source Fortepan

www.duernstein.at

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, mis à jour février 2026

Dürnstein, vue de la rive droite, photo droits réservés

Napoléon et l’île de la Lobau (campagne d’Autriche de 1809) II

Plan de l’île de la Lobau avec les retranchements des armées françaises, sources Wien Museum

Entre le 10 mai et le 6 juillet 1809 à l’occasion de la deuxième campagne d’Autriche, eurent lieu à Aspern, Essling, Groß-Enzersdorf et dans les environs, sur l’île de la Lobau, au milieu des méandres danubiens et bien avant que les grands travaux de canalisation du Danube de la deuxième moitié du XIXe siècle ne bouleversent et ne fassent disparaître l’extraordinaire complexité de ce paysage fluvial, de nombreux affrontements entre les troupes napoléoniennes et autrichiennes. Le 22 mai se déroule la bataille dite d’Aspern-Eßling, considérée comme une victoire par les Autrichiens dont les troupes, bien supérieures en nombre, étaient alors commandées par le prince Charles de Habsbourg (1771-1847), fils de l’empereur Léopold II (1747-1792). Le maréchal Jean Lannes (1769-1809), gravement blessé à cette occasion, mourra quelques jours plus tard.

Albert-Paul Bourgeois (?-1812), le maréchal Jean Lannes blessé à la bataille d’Essling, huile sur toile, 1809-1812, collection du château de Versailles, domaine public

6 stèles (obélisques) napoléoniennes et une route Napoléon (Alte Napoleon Straße et Napoleon Straße) commémorent le passage de la Grande Armée dans la Lobau où elle s’est quelque peu fourvoyée.
   La première des stèle, « La tête de pont des Français » (Brückenkopf der Franzosen) se trouve désormais sur la Lobgrundstraße (rue Lobgrund) à l’entrée des installations et du port pétroliers de Vienne. Les premiers éléments des armées napoléoniennes (la division du général Molitor) débarquèrent sur l’île de la Lobau à cette hauteur après avoir traversé sur des embarcations le Danube en venant de Kaiserebersdorf (quartier de Vienne sur la rive droite). Ils s’appliquèrent à construire tout d’abord deux ponts puis un troisième sur lesquels ne purent toutefois traverser qu’une partie des troupes avant que les Autrichiens ne les détruisent en laissant dériver depuis l’amont du fleuve des brûlots, bateaux-moulins en feu et des barques chargées de pierre que leur avaient fourni des bateliers du Danube expérimentés.
   La deuxième stèle, toute proche (traverser la voie ferrée et se diriger vers le « Panozalacke » et le « Fasangarten Arm », un ancien bras du fleuve) indique l’emplacement du quartier général de Napoléon (Napoleon Hauptquartier) en mai 1809.

La stèle du quartier général de Napoléon, photo © Danube-culture, droits réservés

   La troisième stèle (Napoleonstraße) se tient au carrefour de la Napoleonstraße et de la Vorwerkstraße (la route Napoléon qu’il faut suivre vers le nord en revenant sur ses pas et en tournant à gauche). Au-delà du bras mort d' »Oberleitner Wasser », en direction d’Eßling, on peut apercevoir le bastion de Napoléon (Napoleonschanze).

La stèle de la route Napoléon, photo © Danube-culture, droits réservés

Puis on suivra la « Vorwerkstraße » dans la direction de Groß-Enzersdorf en passant devant ou en visitant l’intréssant Musée de l’histoire de la Lobau (Lobaumuseum) pour atteindre deux autres stèles, celle du « Cimetière des Français » (Franzosenfriedhof) et celle du « Magasin à poudre » (Napoleons Pulvermagazin). La dernière stèle commémorative, dite du « passage des Français », située un peu plus loin dans la direction de l »Uferhaus Staudigl », une auberge populaire très fréquentée à la belle saison (Lobaustraße 85, 2301, Groß Enzersdorf) marque l’endroit où les armées napoléoniennes franchirent depuis l’île de la Lobau, dans la nuit du 5 au 6 juillet 1809 et par un temps exécrable, un dernier bras du fleuve pour atteindre la région du Marchfeld et rejoindre ensuite Wagram.

Charles Meynier (1768-1832), « Le retour de Napoléon sur l’île de la Lobau après la bataille d’Essling, 23 mai 1809 », détail, huile sur toile, 1812, collection du château de Versailles

   Deux peintures historiques aux tonalités contrastées traitent de ces tragiques affrontements : celle du peintre français Charles Meynier (1768-1832) « Le retour de Napoléon sur l’île de la Lobau après la bataille d’Essling, 23 mai 1809 » et celle postérieure du peintre, graveur et écrivain autrichien Anton, Ritter von Perger (1809-1876), « La traversée de Napoléon depuis l’île de la Lobau après la bataille perdue d’Aspern. » huile sur toile, 1845

Anton, Ritter von Perger (1809-1876), « La traversée de Napoléon sur une zille depuis l’île de la Lobau après la bataille perdue d’Aspern » , huile sur toile, 1845

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Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, mis à jour février 2026

Napoléon et l’abbaye bénédictine de Göttweig, campagne d’Autriche de 1809

L’abbaye bénédictine de Göttweig depuis les rives du Danube, photo © Danube-culture, droits réservés

   Il n’est pas sûr que Napoléon, lors de sa deuxième campagne d’Autriche ait passé la nuit du 7 au 8 septembre 1809 à l’abbaye bénédictine de Göttweig1 que son armée avait transformée momentanément, tout comme l’abbaye de Melk, en une caserne et un hôpital de campagne pour y soigner ses malades et blessés. De par son emplacement en hauteur dominant à la fois la vallée du Danube et la plaine de Tulln, elle lui parût aussi un emplacement idéal pour y faire installer des canons…
S’il ne dormit vraisemblablement pas ni dans le lit ni dans la chambre qu’on lui avait préparé, il s’arrêta le 8 septembre à l’abbaye pour réconforter les blessés et déjeuner avant de traverser le Danube à Mautern et se rendre au camp de Krems ainsi que le maréchal Marmont (1774-1852), duc de Raguse, le raconte dans ses mémoires pour y inspecter ses troupes :
« Schoenbrunn, le 6 septembre 1809
Je vous préviens, Monsieur le Maréchal, que l’Empereur partira d’ici le 8 à quatre heures du matin et se rendra par la rive droite du Danube, à l’abbaye de Gottweig, où sa Majesté déjeunera. Sa Majesté passera ensuite le Danube sur le pont de Mautern, et se rendra au camp de Krems, où elle verra toutes les troupes qui sont sous ses ordres, infanterie, cavalerie, artillerie, tant la cavalerie légère que la grosse cavalerie… »

L’abbaye bénédictine de Göttweig aux environs de 1800, gravure de L Janscha (1749-1812)

   Napoléon est accueilli par l’Abbé prieur Leonhard Grindberger (supérieur de l’abbaye de 1803 à 1812). Celui-ci aurait ordonné qu’on utilise à cette occasion son propre service en porcelaine, service exposé désormais dans la chambre initialement destinée à l’empereur. L’Abbé interrogea Napoléon quant à l’éminence d’un accord de paix entre l’Autriche et la France, question à laquelle Napoléon répondit : « Je l’espère fort ! »
Lorsque les armées françaises investirent l’abbaye bénédictine de Göttweig, celle-ci traversait depuis plusieurs années une période difficile et il n’est pas étonnant dans ces circonstances que les moines aient demandé à Napoléon de soulager leurs contraintes, ce que celui-ci, selon la tradition, prit en considération. On raconte qu’au moment où Napoléon quitta Göttweig, il gratifia le personnel de cuisine d’un pourboire royal !
Le prieur Leonard Grindberger écrivit quelques temps plus tard que la visite l’empereur dans cette période difficile fut plus un réconfort qu’une charge.
Le lendemain de son inspection à Krems où il a passé la nuit, Napoléon écrit au prince Cambacérès avant de rentrer à Schönbrunn :
Krems, 9 septembre 1809
Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, j’ai passé hier, ici, la revue du corps du duc de Raguse. Je vais partir dans une heure pour retourner à Vienne. Les négociations continuent. On a répandu à Paris le bruit que j’étais mal ; je ne sais pourquoi. Je ne me suis jamais mieux porté.
Napoléon

L’abbaye de Göttweig sur la rive droite du Danube qu’elle domine, photo © Danube-culture, droits réservés

   La paix entre l’Autriche et la France que l’Abbé et les moines de l’abbaye espéraient tant, fut conclue le 14 octobre 1809 (Traité de Schönbrunn). Mais son prix était exorbitant pour la monarchie autrichienne vaincue et toutes les réserves d’or et d’argent de ce monastère et d’autres abbayes de l’Empire autrichien y furent englouties.
L’abbaye bénédictine de Göttweig sur la rive droite, à l’entrée aval de la Wachau, fondée en 1083 par l’évêque Altmann de Passau, est classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

Eric Baude, © Danube-culture, mis à jour février 2026
Notes :
1 Divers documents parmi lesquels le journal de Napoléon et les mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse, infirment l’hypothèse que l’empereur aurait dormi à Göttweig. Par contre Napoléon a logé en 1805 et 1809 à l’abbaye bénédictine de Melk.  

Sources :
 Correspondance inédite de Napoléon Premier conservée aux Archives de la Guerre, publiée par Ernest Picard et Louis Tuetey, Tomme III. — 1800-1810, Henri-Charles Lavauzelle, Éditeur militaire, Paris, 1913
Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse de 1792 à 1841, imprimés sur le manuscrit original de l’auteur avec le portrait du duc de Reichstadt : celui du duc de Raguse et quatre fac-similés de Charles X, du duc dd’Angoulême, de l’Empereur Nicolas, et du duc de Raguse, tome neuvième, Paris, Perrotin, libraire-éditeur, 41 rue Fontaine-Molière. L’éditeur se réserve tous droits de traduction et de, reproduction, 1857
UHRMANN, Erwin, UHRMANN, Johann, 111 Orte in der Wachau die man gesehen haben muss, Emons Verlag, Dortmund, 2019
Göttweig fronton et devise

 » À la mère du Dleu tout puissant ce bâtiment ressuscité des flammes…, photo © Danube-culture, droits réservés

MAGNAE
DEI MATRI
AEDIFICII HUIUS
IN AMPLIOREM DIGNIOREMQUE FORMAM
AB INCENDIO RESURGENTIS
UNICAE POST DEUM AUCTORI
SE SUOS ET QUIC QUID HIC CONDITUM VIDES
PUBLICAE GRATITUDINIS ERGO
SUPPLEX COMMENDAT ATQUE TUENDUM TRADIT
GODEFRIDUS ABB GOTWI
ANNO MDCCXXX
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