Le Boudjak (Bessarabie), territoire danubien d’affrontements aux confins des empires russes et ottomans

Carte de la Bessarabie de Franz Johann Joseph Reilly (1766-1820), vers 1790   

   Délimité par les villes de Bender (Bendery en russe, Tighina en roumain et moldave) cité moldave sur les bords du Dniestr appartenant depuis 1992 à la petite république sécessionniste sous emprise russe de Transnitrie), Izmaïl, important port danubien ukrainien et Bilhorod-Dnistrovskyi (Ukraine), le Boudjak fut longtemps le territoire de multiples affrontements et reconquêtes entre l’Empire russe et l’Empire ottoman. Celui-ci y importa notamment, lors de sa longue occupation, la culture du safran. La maîtrise du Boudjak permettait avant tout de s’assurer un accès stratégique sur le delta du Danube et à son bras septentrional de Kylia.

Prise d’Izmaïl par les armées russes du général Alexandre Souvorov (1729-1800) en décembre 1790, peinture de Samuil Schiflyar (1786-1840) 

   Le Boudjak est avec la Bessarabie un territoire valaque puis moldave au XVe siècle et passe sous contrôle ottoman jusqu’en 1812. Entre le début du XIXe siècle à la fin du XXe siècle le Boudjak change seize fois de nationalité, appartenant six fois à la Russie-Union soviétique, quatre fois à l’Empire ottoman, quatre fois à la principauté de Moldavie-Roumanie et une fois à l’Empire autrichien. Cette région est désormais ukrainienne depuis 1991.

   Le Boudjak servit aussi de refuge incertain à des diasporas d’origine européennes ou asiatiques persécutées ou en fuite comme celles des Lipovènes (Vieux-croyants russes en conflit avec leur hiérachie et les réformes du tsar) qui s’y abritent dès le XIIIe siècle, des Gagaouzes (turcophones et chrétiens orthodoxes), des Nogaïs (Tatars turcophones d’origine nomade), des Tatars, des Juifs ou, au XIXe siècle, de nouvelles terres à cultiver pour des colons slaves, lorrains, allemands d’origine prussienne et du Würtemberg1, vaudois (qui y importèrent la culture de la vigne), voisinant avec d’autres ethnies d’origine turque, cosaque, moldave qui s’étaient installées auparavant dans cette région.

Le Boudjak, région multiethnique, document du gouvernement ukrainien (2017)

Notes :
1
Ce sont ces mêmes Allemands du Boudjak qui,  avec ceux de Bucovine, furent rapatriés de force en 1940 par bateaux et durent remonter le Danube vers le pays de leurs ancêtres
à cause du pacte germano-soviétique.

Mise à jour février 2021, © Danube-culture, droits réservés

Le canal ou bras de Prorva (Danube ukrainien)

Le delta du Danube avec les canaux de Prorva et de Bystroe

Le delta du Danube avec les canaux de Prorva et de Bystroe sur le territoire ukrainien

Ce canal se situe dans la région du delta du Danube appartenant à l’Ukraine. Une partie de celui-ci est un bras naturel du delta du fleuve (bras de Prorva), l’autre partie a été construite par l’URSS en 1957 dans l’espoir de pouvoir détourner, pour des raisons économiques mais peut-être pas seulement, le trafic fluvial du delta roumain vers la partie ukrainienne du territoire soviétique.

Après la dissolution de l’URSS, le canal de Prorva ne continua pas à être entretenu par les nouvelles autorités ukrainiennes. Aussi les bateaux cessèrent-ils peu à peu de l’emprunter. Le trafic s’arrêta définitivement dans les années 1996-1997.

Le projet de la (re)construction du canal de Bystroe suite à la désaffection du canal de Prorva souleva une vague de protestation de la Roumanie et des  scientifiques soucieux de la préservation de l’équilibre environnementale du delta du Danube. Le projet fut mené à son terme malgré tout.

Voir également sur ce site à canal de Bystroe.

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