Étymologie du nom « Danube »

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« Et je dis en passant que les noms des rivières, étant ordinairement venus de la plus grande antiquité connue, marquent le mieux le vieux langage et les anciens habitants, c’est pourquoi ils mériteraient une recherche particulière ».
G.W. Leibniz (1746-1716)

« À toi sont soumis le Nil mystérieux,

Le Danube immense et le Tigre célère… »
Horace (Quintus Horatius Flaccus, 54 av. J.-C.-8 av. J. C.) , Odes, IV/14, à Auguste

   On trouve des éléments de l’étymologie du nom de ce fleuve dès le IIIe siècle dans les commentaires du moine érudit et archevêque grec Eustathius de Thessalonique (vers 1115-1195) de l’ouvrage de Dionysius (Dionysus Periegestes ou Denys d’Alexandrie, IIIe siècle ap. J.-C.), Description de la terre habitée  :
« Ce fleuve, que nous appelons aujourd’hui Danube, porte le nom de Danuvius dans les Inscriptions et Médailles antiques : mais il y a longtemps que cette manière d’orthographier n’est plus en usage, & à l’heure qu’il est, tout le monde écrit Danubius. Les Allemands disent communément Tona ou Donau les Hongrois, Donava, & les Turcs, Duna, mots qui signifient tous le Danube, et que chacun de ces peuples prononce selon le différent génie de sa langue. Une remarque plus essentielle que nous croyons devoir faire sur ce sujet, c’est que ce Fleuve est nommé tantôt Danubius, tantôt Ister, selon les différents Païs qu’il arrose. Mela, Ptolémée, Pline & surtout Strabon dont j’adopte volontiers le sentiment, parlent de la différence de ces noms. Il est en effet d’autant plus raisonnable de distinguer le Danube de l’Ister, qu’il y naturellement une grande différence entre le mouvement, la largeur & le cours de l’un & de l’autre. Le mouvement du Danube est souvent violent et rapide : mais au dessous de ses cataractes, où il prend le nom d’Ister, il coule plus lentement dans un large canal qui a moins de pente. Ces circonstances doivent suffire pour établir la différence entre l’Ister et le Danube… »
Le philosophe grec Aristote (384 ou 385-322 av. J.-C.) appelle le « fleuve natal » du nom d’Ister, l’historien grec Diodore de Sicile (vers 90-30 av. J-C) Danubius ou Danuvius tout comme César (100 ou 101-44 av. J.-C.), Ovide (43-17 ou 18 ap. J.-C.), poète qui connut l’exil au bord du Bas-Danube à Tomis où il meurt, Strabon (63-env. 25 av. J.-C.) et Pline le Jeune (61-env. 114 apr. J.-C.). Sur la Tabula Peutingeriana1 figure le nom de Danubius. Cicéron (106-43 av. J.-C.) le nomme quant à lui Histerus.
Salluste (86-35 av. J-C), historien romain, contemporain de César et de Cicéron, semble avoir été le premier à donner au fleuve les deux noms d’Ister et de Danuvius (Histoires, troisième livre).
   Étienne (Stephane) de Byzance (VIe siècle ap. J.-C.) et Eustathius de Thessalonique parlent des Scythes qui appellent le Bas-Danube Mataos « Le fleuve du bonheur. »
   D’autres sources dont le Dictionnaire étymologique de la langue serbe ou croate émettent l’hypothèse que Danubius tirerait son origine de la langue des Scythes qui s’établirent sur la partie méridionale du delta du fleuve et de la forme Danav. 

Carte du monde selon Hérodote et reconstituée par Louis Figuier (1864), collection Danube-culture. Le Danube apparaît ici sous le nom d’Ister sur la totalité de son cours et prends sa source près de la ville de Pyrène. Hérodote fait de l’Ister un fleuve celte qui traverse toute l’Europe.

Le fleuve portait également dans l’antiquité le nom d’Istros ou Histros qui pourrait être la forme grécisée du nom thrace du fleuve, déjà utilisée dès l’Âge de Bronze.
Dans une note (page 108) du chapitre « Le Danube jusqu’à la mer Noire, la source du Danube, son cours et sa vocation » de ses Souvenirs de voyages et d’études publiés en 1836, l’universitaire et écrivain français Marc Girardin dit Saint-Marc Girardin (1801-1873) cite un certain Vielmeyr (?) auteur d’un Donaureise qui « prétend que Donau en celtique veut dire « Deux fleuves », et que c’est de là que vient le nom de Danube ».
Velimir Vukmanović reprend de son côté dans son livre The Danube’s through the ages, l’hypothèse vraisemblable que ce nom proviendrait de la langue celte et du mot Danuv. Permutant les deux voyelles a et u, les Slaves adoptèrent la forme Dunav.
Avant les Celtes…
Le nom de Danube aurait pour origine, en transitant par l’appellation latine Danubius, un monde plus ancien encore, d’une racine indo-européenne (du sanskrit dhánvati ?) de laquelle pourraient également dériver d’autres noms de grands fleuves comme le Don ou le Dniepr. C’est cette racine ou ses dérivés que l’on retrouve un peu partout dans le monde dans de nombreux toponymes.
Serbes, Croates et Bulgares continuent de l’appeler ainsi soit Дунав /Dunav quand les Russes, les Ukrainiens, les Tchèques, les Slovaques et les Slovènes parlent de leur côté du Dunaj (on trouve parfois par erreur le nom au féminin) ou Дунай en alphabet cyrillique, les Hongrois de la Duna, Roumains et Moldaves de la Dunărea ou de la Dunare, les Italiens du Danubio, les Autrichiens et les Allemands de die (la) Donau (die Doana en dialecte autrichien), les Français et les Anglais, du Danube et les Turcs, autrefois familiers du fleuve et de ses rives, de (la ou le) Tuna.
   On trouve dans l’ouvrage de William Beattie, publié initialement en anglais sous le titre « The Danube, its history, scenery, and topography, illustrated from sketches by W.H. Bartlett ; engraved by J. Cousen, J.C. Bentley, R. Brandard », revu et adapté en français par H-L. Sazerac et publié  à Paris en 1849 par H. Mandeville, quelques propos plus ou moins fantaisistes sur l’étymologie du mot Donau  : « Les linguistes ne sont pas moins divisés sur la question de l’étymologie du nom de Danube, que les géographes sur celle de l’endroit où est son berceau. Ils ont été demander l’origine de ce nom à cinq ou six idiomes différents. Don ou Ton, dit l’un, est une racine commune aux Goths, Germains, Latins, et autres peuples : voilà pourquoi je la préfère. Daan (prononcez Dohn), réplique un autre, signifie en suédois, un bruit long et fort, et je m’y tiens. Un troisième s’écrie : Dœnning, en danois, s’applique au bruit et au mouvement des vagues. Le quatrième, qui fait d’un D un T, parce qu’il est né dans l’Helvétie ou sur les bords du Rhin, déclare que : donner, en allemand, exprime le tonnerre. Au, j’en conviens, ajoute un cinquième, dit à présent prairie ; mais anciennement, il doit, comme l’aa des Danois et des Suédois, avoir signifié une rivière ; d’où je conclue, continue notre savant, que Donau, le nom, le seul vrai nom du Danube, peut dire  : le fleuve bruyant, ou, si l’on veut, celui qui tonne à travers les prairies. »

James Robinson Planché (1796-1880), dramaturge, antiquaire et généalogiste britannique, dans son livre relatant son voyage de Ratisbonne à Vienne pendant l’automne 1827, tente de son côté de donner à ses lecteurs quelques explications sur l’étymologie du mot Danube :
« Les étymologistes se sont querellés autant sur le nom du Danube que les géographes sur sa source, dont certains prétendent qu’elle se trouve près du village de saint-Georges, et d’autres dans la cour du palais du prince de Fürstenberg, à Donaueschingen. Cette puissante rivière, la plus grande d’Europe, et la troisième en conséquence dans l’Ancien Monde, était connue des Romains sous le double nom de Danube et de Ister : « Ortus hie in Germanise jugis montes abnobae ex adverso Raurici Gallise oppidi multis ultra alpes millibus, ac per innumeras lapsus gentes Danubii nomine, immenso aquarum auctu et unde primum Illyricum alluit Ister appellatus, sexaginta amnibus receptis, medio ferme numero eorum navigabili, in Pontum vastis sex fluminibus evolvitur. »
Pline, Histoire Naturelle, livre 24.

Les anciens Allemands l’appelaient Done et Tona ; les Slovènes, Donava. Les Hongrois l’appellent Tanara, ou Donara, et les Turcs, Duna. Son appellation allemande la plus récente est Donau. Certains auteurs anciens font dériver ce nom de Deus Abnobius, ou Diana Abonbia, ou Abnopa, à qui un temple était dédié près de la source du fleuve. D’autres le déduisent de Thon, l’argile, et soutiennent qu’il devrait être écrit Thonau. D’autres encore trouveraient son origine dans les mots Ton, son, ou Donner, tonnerre ; et Reichard, en effet, donne ce dernier comme dérivation reçue. Breuninger, cependant, propose Tanne (sapin), et de façon assez spécieuse, la rivière qui prend sa source dans le Schwarzwald, dont c’est le caractère distinctif, et dont les rives sont couvertes de forêts du même arbre, tout au long de la quasi-totalité de la région. Le Danube est un fleuve qui prend sa source dans le Schwarzwald (Forêt-Noire), dont le sapin est le caractère distinctif, et dont les rives sont couvertes de forêts du même arbre sur presque tout son cours ; tandis que Nikolaï voudrait que nous le cherchions dans les mots celtiques Do, Na, qui signifient deux rivières, et qui peuvent s’appliquer soit à son double nom, « Binominem Istrum », soit aux deux sources qui se disputent la gloire de sa naissance. »
James Robinson Planché, « Ratisbon », in Descent of the Danube from Ratisbon to Vienna during the automn of 1827 with Anecdotes and Recollections, London, 1828, p. 3

Un peu plus tard, l’Anglais John Mac Grégor (1825-1892), un aventurier et sportif explore, dans les années 1860 les lacs et des cours d’eau européens  avec son canoë « Rob Roy ». Il traverse en provenance du Rhin la Forêt-Noire vers Donaueschingen et les sources du Danube, fleuve qu’il va alors descendre jusqu’à Ulm suscitant un étonnement enthousiaste de la part des riverains. John Mac Gregor cherche lui aussi à son tour à s’informer sur l’étymologie des noms Danube, Brigach et Breg : « Hilbert [?] dit que le nom « Danube » vient de Don et Düna (un fleuve). En celte, « Dune » signifie rivière et « don » « brun », tandis que « au » signifie en allemand « île »(comme en anglais « eyot »). Il semble que ces cours d’eau aient conservé des traces de leurs noms romains. Telle la Brigach, le ruisseau qui vient du nord, où se trouve Alt-Breisach, le « Mons Brisiacus » romain, un lieu toujours cité dans les annales des guerres, alors que Breg pourrait peut-être venir de « Brigantii », les gens du « Brigantus Lacus », l’actuel lac de Constance, où Bregenz est l’ancien « Brigantius ». Le Neckar s’appelait autrefois « Nicer », et la Forêt Noire,  « Hercynia Silva »…
John Mac Grégor conclue avec humour : « Maintenant que le lecteur a été suffisamment embrouillé en ce qui concerne la source du Danube ainsi que son nom, laissons le latin de côté et sautons gaiement dans notre canoë… »
John Mac Gregor (1825-1892), A thousand miles in the « Rob Roy » canoe on rivers and lakes of Europa, S. Low and Marston, London 1866

Qu’en dit de son côté l’écrivain Jules Verne, dans son roman humoristique et d’aventures Kéraban-le-têtu (1883), lui que le Danube intriguait et fascinait tant ?
« Il va sans dire que l’origine du nom du Danube, qui a donné lieu à nombre de contestations scientifiques, amena une discussion purement géographique entre le seigneur Kéraban et Van Mitten. Que les Grecs, au temps d’Hésiode, l’aient connu sous le nom d’Istor ou Histor ; que le nom de Danuvius ait été importé par les armées romaines, et que César, le premier, l’ait fait connaître sous ce nom ; que dans la langue des Thraces, il signifie « nuageux » ; qu’il vienne du celtique, du sanscrit, du zend ou du grec ; que le professeur Bupp ait raison, ou que le professeur Windishmann n’ait pas tort, lorsqu’ils disputent sur cette origine, ce fut le seigneur Kéraban qui, comme toujours, réduisit finalement son adversaire au silence, en faisant venir le mot Danube, du mot zend « asdanu », qui signifie : la rivière rapide. »
Jules Verne, Kéraban-le têtu, Éditions Pierre-Jules, Hetzel, Paris 1883

Jean Bart, dans son étude « La question du Danube et sa solution », publiée à Galaţi en 1920, mentionne le nom de « Fison » :
 »   Sur ce cours d’eau, nommé successivement Fison, Istros, Danubius, Dunarea et sur ses affluents, ont navigué avec leurs bâtiments de différentes formes les Phéniciens, Ioniens, Romains, Vénitiens et Génois… »

L’écrivain italien Claudio Magris, plus proche de nous, se penche aussi dans son livre Danube sur les nombreux noms du fleuve à travers les âges :
« Le fleuve a plusieurs noms. Chez divers peuples, Danube et Ister désignaient respectivement le cours supérieur et le cours inférieur, mais quelquefois aussi l’ensemble : Pline, Strabon et Ptolémée se demandaient où se terminait l’un et où commençait l’autre, peut-être en Illyrie ou bien aux Portes-de-Fer. Ce fleuve « bisnominis », comme le qualifiait Ovide, entraine la civilisation germanique, avec son rêve d’une odyssée de l’esprit qui rentre chez lui, vers l’orient, et la mène à d’autres civilisations, par un grand nombre de métissages au gré desquels son histoire connaît son apogée puis sa décadence. »
Enfin, dans le paragraphe consacré à l’étymologie du nom Danube dans l’article en anglais consacré au Danube de Wikipedia  « le Danube est un nom de fleuve de l’ancienne Europe dérivé du celtique « danu » ou « don » (deux dieux celtiques), lui-même dérivé du proto-indo-européen *deh₂nu. Parmi les autres noms de rivières européennes issus de la même racine, citons Dunaj, Dzvina/Daugava, Don, Donets, Dniepr, Dniestr, Dysna et Tana/Deatnu. En sanskrit rigvédique, dānu (दनु) signifie « fluide, goutte de rosée » et dānuja (दनु-ज) signifie « né de dānu » ou « né de gouttes de rosée ». En avestan, le même mot signifie « rivière ». Le mot finnois pour Danube est Tonava, qui est probablement dérivé du nom du fleuve en allemand, Donau. Son nom sami, Deatnu, signifie « Grande rivière ». Il est possible que dānu, en scythe comme en avestan, soit un mot générique pour « rivière » : Dniepr et Dniestr, de Danapris et Danastius, sont supposés continuer le scythe *dānu apara « fleuve lointain » et *dānu nazdya- « fleuve proche », respectivement.
En latin, le Danube était connu sous les noms de Danubius, Danuvius, Ister ou Hister. Le nom latin est masculin, comme tous les noms slaves, à l’exception du slovène (le nom du Rhin est également masculin en latin, dans la plupart des langues slaves, ainsi qu’en allemand). Le nom allemand Donau (allemand anciennement moderne Donaw, Tonaw, moyen haut allemand Tuonowe) est féminin, car il a été réinterprété comme contenant le suffixe -ouwe  » zone humide « .
Le roumain diffère des autres langues environnantes en désignant la rivière par un terme féminin, Dunărea. Cette forme n’a pas été héritée du latin, bien que le roumain soit une langue romane. Pour expliquer la perte du nom latin, les chercheurs qui supposent que le roumain s’est développé près de la grande rivière proposent que le nom roumain descende d’un hypothétique *Donaris thrace. La racine proto-indo-européenne de ce nom présumé est liée au mot iranien « don-« / »dan-« , tandis que le suffixe supposé -aris se retrouve dans l’ancien nom de la rivière Ialomița, Naparis, et dans la rivière Miliare non identifiée mentionnée par Jordanes dans sa Getica[10]. [Gábor Vékony estime que cette hypothèse n’est pas plausible, car les Grecs ont emprunté la forme Istros aux Thraces. Il propose que le nom roumain soit un emprunt à une langue turque (Cumane ou Petchenénègue).

Pour résumer…

Daibi, Nikola Vlah, archevêque d’Esztergóm
Danane, cité par l’Encyclopedia Britannica
Danav (Scythes)
Danaus, cité par l’Encyclopedia Britannica
Danby (Mandeville’s Travels, XIVe siècle)
Danister, Danuvius (De bello Gallico, Jules César)
Danoubius fluvius (Ptolémée)
Danouvios (Hérodote)
Danovius (Krieger, 791)2
Dānowyos, langue proto-celtique, fin du IIe millénaire avant J. C.
Danu (ou Dana). Dans la mythologie celtique la déesse Danu, également connue sous le nom de Dana, est l’ancienne mère de tous les dieux et du peuple celte. On pensait qu’elle était à la fois la déesse et le dieu originel, une divinité globale qui a donné naissance à tout et à tous. Elle est souvent associée aux eaux, à la terre, aux vents, à la fertilité et à la sagesse.
Il existe également dans la mythologie brâhmanique une divinité nommée « Danu » qui a engendré une race de géants, les « Danavas » et dans la mythologie hindoue, Danú est aussi une déesse dont le nom signifie « les eaux du ciel » ou jet d’eau ».
Danu désigne également une sous-ethnie birmane, probablement en lien avec la ville de Danubyu sur le fleuve Irrawaddy.
Danuaan, Égypte, vers 1194 av. J.-C., règne du Pharaon Ramses III,  (I. and And Skoljes, The Danubes’ names through ages, p 97)
Dānūb (دانوب, arabe, perse et Ourdou, langue de culture des Musulmans de l’Inde et langue aujourd’hui officielle du Pakistan
Danuba (דנובה, hébreu)
Danube (français, anglais)
Danubio ou Danubo (italien)
Danubis, Danubius (Sénèque)
Danubius (Tabula Peuntingeriana), Danubis, Danuvius, Danovius (Constantin le Grand, César)
Danubius flumen
Dânus (rivière en iranien)
Danuv, Danuvius (celte)
Danuvi (Petar Petrović)
Davovius, Danuviu, Danister (latin, cité par Strabon, Jules César, Tacite…)
Doana, dialecte de Basse-Autriche (Wachau)
Donava, pour les Hongrois selon Marsigli
Donau, Danaus (allemand)
Dônavis, Dunavi (Goths)
Donnaï (Tatares)
Donou fluvius (Krieger, 954)
Dounavis (langue grecque moderne)
Duna (hongrois)
Dunaj (tchèque, slovaque, slovène)
Дунай, (russe, ukrainien tchèque, slovène)
Duner  (דונער) ou Tin’e, ? (טינע, yiddish)
Dunābī, transcription selon J. C. Ducène du slave Dunav (J.C. Ducène, L’Europe et les géographes arabes du Moyen Age (IXe-XVe siècle), « La grande terre » et ses peuples, Conceptualisation d’un espace ethnique et politique, Paris, CNRS, 2018, p. 64)
Dunaies, le « porteur de nuages »
Dunărea, Dunare (roumain) : « Danube (pour les Romains : Danubius, Danuvius, pour les Grecs : Danuvis (Δάνουβις), Dunavis (Δούναβις)1, en v. sl. Dunavŭ, en gothique *Donawi, *Dunawi) a une longueur totale de 2860 km, dont sur le territoire de la Roumanie 1075 km. Les formes mentionnées, quelle que soit la langue, renvoient à un radical dan-/don- signifiant « eau », « rivière », également présent dans le nom du Don, l’ancien nom du Nipro (Danapris) et du Nistru (Danastris) ainsi que dans le nom de la rivière de l’Océan Indien et de nombreux autres noms de la région du Caucase du Nord : Ghizeldon, Urs-Don, Hobi-Don, Ar-Don (Eremia, 1986 : 249 ; Frățilă, 2011 : 39-40). Dans les langues modernes, qui ont un contact avec la rivière, les formes ont été héritées : Dunav en bulgare, Dunaj en serbo-croate, Duna en hongrois, Donau en allemand. Le nom roumain, Danube, est différent de ceux-ci, parce qu’il est basé sur un hydronyme thrace *Donaris, du même thème, dan-, don- (Ivănescu, 1958 : 132), et le suffixe d’origine thrace -aris, existant, comme démontré par E. Petrovici, aussi dans les noms de deux autres fleuves en Dacie : Naparis et Miliare (Frățilă, 2011 : 40).
Oliviu & Nicolas Felecan « Straturi etimologice reflectate în hidronimia românească », Quaderns de Filologia: Estudis Lingüístics, XX: 251-269. 2015, pp. 254-255,  doi: 10.7203/qfilologia.20.7521
Notes : 
1 Le nom thrace du Danube, dans la partie inférieure Istros (Hister), d’un rad. *istr- « coulant rapidement », le même que dans le nom du Dniester (dans la République de Moldavie ; gr. Tiras (cf. Iran. turos « rapide », « rapide », de i-e *isro-, *sreu- « couler »). Le Dniestr était appelé en lat. Danaster, v. sl. Dŭněstru, Dněstru, Russian. Dnestr, et a une longueur de 1352 km. Étymologie : rad. Scytho-Sarmatique dan- (v. Iran. dana « rivière ») et le composant thrace *is(t)r- « fort courant d’eau ». Les Italiens, qui le connaissaient lorsqu’il se jetait dans la mer Noire, l’appelaient Tyrlo, et les Arabes et les peuples turcs, Tyrla, nom également transmis à la population de Bessarabie, comme le prouve l’expression « descendre la Turla » (Eremia, 1986 : 63).

Дунав, Dunav, Dunaw (serbo-croate, bulgare)
Dunaue, Le livre de la description des pays de Gilles le Bouvier, dit Berry, premier roi d’armes de Charles VII, roi de France, publié pour la première fois avec une introduction et des notes et suivi de l’Itinéraire brugeois, de la Table de Velletri et de plusieurs autres documents géographiques inédits ou mal connus du XVe siècle, recueillis et commentés par le Dr E.-T. Hamy, Éditions Ernest Leroux, Paris, 1908
« Puis y est le païs de Honguerie, qui est très grant royaulme tout plain se non du costé de Poulaine [Pologne] qui sont montaignes et vont les gens par les chemins par ce plain païs en charios. En ce royaulme a XVI cités dont la maistresse cité se nomme Bude où se tient le roy, et passe joignant de ceste cité la rivière de la Dunaue qui part des haultes montaignes d’Alc-
maigne de près d’une cité qu’on appelle Paso [Passau]. En ce royaulme a bon païs de toutes choses et bon marché.
Ces gens portent tous grandes barbes et sont ordes gens et vont souvent en pèlerinage à Rome en grant multitude plus que gens de nul païs du monde et en alent vendent moult de chevaulx par le païs des Venisiens, de Boulongne et de Tuscane. Leur païs fait souvent grant guerre aux Sarazins et ont petis arcs de corne et de nerfz et cranequins [arbalètes] de quoy ilz tirent et
ont bons chevaulx, et sont petitement armés et legièrement, et ne descendent point volontiers à pié pour combatre. Cellui qui est de present roy [J’ai déjà dit que ce personnage est Ladislas V le Posthume, fils posthume d’Albert V, né en 1439, mort en 1487, au moment où il allait épouser une fille de Charles VII, Marie de France] est roy de Honguerie, de Boemme [Bohême], de Crossie [Croatie] ,de Dalmacie, et duc d’Autriche, et marquis de Morave, et se tient en la cité de Vienne sur la Dunaue, qui est la plus grant cité des Alemaignes… »
Dunoe (Bertrandon de la Broquière, in « Voyage d’outre-mer et retour de Jérusalem en France par la voie de terre, pendant le cours des années 1432 et 1433« )
Fison (Jean Bart, « La question du Danube et sa solution », Galaţi, Stab. Grafic « Moldova », 1920)
Histerus (Ciceron, 106-43 av. J.-C.)
Histróm ou Histrium, cité par Ammianus Marcellinus, vers 330-vers 395, soldat et historien romain de l’Antiquité tardive dans ses Res Gestae, volume XX, p. 29)
Illyricis danuvil (latin, cité par Ausonius ou Ausone, poète romain du IVe siècle après J.-C.)
Istar, Istros (Thraces ?)
Ister, Hister (égyptien ?, grec, latin)
Istros (Ίστρος), Histros, Histri (grec, latin)
Mataos, cité par Dionysius Periegetes ou Denis le Périégète et Stéphane de Byzance à propos des Scythes
Okeanos, Okeanos Potamos (Argonautiques, Appolonios de Rhode, Hésiode, Théogonie)
Pishon (Phéniciens ?, New English Bible, Oxford, 1870, John Keats)
Soula (Proto-Bulgares ?)
Thonauwe (Krieger, 1410)
Thonaw ou Thonawstram, Chronique de Nuremberg d’Hartmann Schedel (1440-1593), feuillet CCLXXXVI, Nuremberg 1493
Thonow (Krieger, 1497)
Thonów (Krieger, 1456)
Thunaw (Krieger, 1472)
Thúnow (Krieger, 1496)
Thůnowe (Krieger, 1438)
Tuonowe (Moyen haut-allemand)
Tona, pour les Allemands selon Marsigli (1658-1730)
Tonava (finnois)
Tonaw (Sebastian Franck, Weltbuch: spiegel und bildtnis des gantzen Erdtbodens, 1542)
Tonays fluvius
Tonow (Krieger, 1472)
Tonów (Krieger, 1447)
Tonowe (Krieger, 1467)
To(u)now (Krieger, 1433)
Triton, nom possible donné en référence au Nil par les Égyptiens qui après les Phéniciens auraient navigué dans le delta du Danube et peut-être au-delà.
Tuenaw
Tuna, langue turco-ottomane, cité au XVIIe siècle par le géographe Katib Çelebi dans les manuscrits de sa Cosmographie (Kitāb-i-Ğihānnümā)
Tunaw (Krieger, 1460)
Tůnów (Krieger, 1489)
Tůno(u)w (Krieger, 1388)

De nombreux toponympes de petites villes, villages, lieux-dits, quartiers de villes du bassin danubien, la plupart du temps pour des raisons de proximité géographique avec le fleuve voire bien au-delà jusqu’au Nigéria, en Nouvelle-Guinée et sur le continent asiatique, ont également intégré la racine indo-européenne Duna/Danu. En voici quelques exemples : Donaualtheim,  Donaueschingen, Donaurieden, Donaustauf, Donaustetten, Donauwetzdorf,  Donauwörth (Allemagne) Donaudorf, (Tůnawdorf, Tuenawdorf, Thunawdorf, Donadorf, commune d’Ybbs/Donau, Basse-Autriche, rive droite), Donaudorf (Daunadorf, Thonawdorff, Thaunedorf, commune de Gedersdorf, autrefois rattaché au village de Theiss, Basse-Autriche, rive gauche), Herrschaft Donaudorf (ancienne seigneurie de Donaudorf, Archiduché d’Autriche en dessous de l’Enns, aujourd’hui la Basse-Autriche, rive droite), Dunabogdány, Dunacséb, Dunafüred, Dunaharaszti Rév, Dunairév, Dunakesz, Dunakisvarsány, Dunakomlod, Dunaorbágy (Ieselniţa, Roumanie), Dunapartdulo, Dunapataj, Duna-Pentele, Dunaradvány, Dunaszekcső, Dunaszentilona (Sfînta Elena, Roumanie), Dunaszentmiklós Dunaújfalu, Dunaújváros, Dunavecse (Hongrie), Dunabökény (Mladenovo), Dunadombó (Dubovac) Dunagálos (Gložan), Dunagárdony (Gardonovci), Dunavac (Serbie), Dunacsún (Čunovo), Dunahidas (Moc na Ostrově), Dunajánosháza (Janovce), Dunájó (Dunajov),  Dunajská Lužna, Dunajská Moč, Dunajská Nová Ves, Dunajská Středa, Dunajské Radvaň, Dunajský Klatov, Dunakiliti, Dunakišfalud (Ořechová Potoň), Dunajov, Dunamelleki Majer, Dunamoč (Dunamocs, Moča), Dunasáp (Nová Dědinka), Dunaszerdahely, Duna-Szerdahely, Dunatorony (Tuřeň), Dunatőkéš (Jahodná), Dunatölgyes (Dubova, Roumanie), Dunaújfalu (Nová Dědinka), Duna-Újfalu, Duna-Vajka, Dunawitz (Slovaquie), Dunajki (Pologne), Dunavaţu de jos, Dunacesti (Roumanie), Dunavstvi (Bulgarie), Dunayev, Dunayevka, Dunaryanka (Ukraine), Dunave Krajnje (Croatie), Dunacev Kom (Bosnie et Herzégovine), Dunay (Biélorussie), Dunayevshchina, Dunayskiy (Russie), Dunas de Mira (Portugal), Dunans (Écosse), Dunali (Turquie), Dunaybah (Syrie), Dunayqilah (Soudan), Dunawa (Nigeria), Dunami (Nouvelle-Guinée), Dunach (Australie), Dunajski Lake (Canada), Duna-ye Bala (Dūnā-ye Bālā, Iran), Dunamplaya (Bolivie), Duna Jiwanwala, Dunna Mame Wala (Pakistan), Dunadahgak (Afghanistan), Danubyu, ville de Birmanie sur le fleuve Irrawaddy (2170 km), Dunancun, Dunao (Chine)…

Danubyu, bataille anglo-birmane de 1853 sur le fleuve Irrawady et ses rives

Il existe aussi un village ukrainien de la région de Lvív qui porte le nom de Дунаїв (Dunajów). Un village polonais de la Voïvodie de Mazovie, à environ une centaine de kilomètres  au nord-ouest de Varsovie, s’appelle, quant à lui, tout simplement Dunaj.
Le Dunajec est un cours d’eau polonais et un affluent de la Vistule d’une longueur de 247 km qui prend sa source dans les Tatra polonaises. Il dessine la frontière entre la Pologne et la Slovaquie sur une petite partie de son cours (27 km).

Quelques dérivés composés :

Donaudampfschifffahrtgesellschaft : Compagnie de transport par bateaux à vapeur sur le Danube, fondée à Vienne en 1829
Donauschule ou Donaustyl (École du Danube) : néologisme inventé à la fin du XIXe siècle pour définir une école de peinture de la Renaissance allemande de l’espace haut-danubien  dont les plus célèbres représentants sont Albrecht Altdorfer, Wolf Huber et Lucas Cranach l’ancien dans sa première période.
Donauraum : espace danubien
Donaumonarchie : monarchie danubienne, autrement dit la monarchie austro-hongroise (1867-1918
Danubius : revue culturelle viennoise sur la thématique danubienne publiée en 1885
Sodalitas Litteraria Danubiana : Société savante littéraire du Danube fondée au début du XVIe siècle en Hongrie puis active à Vienne par le poète et humaniste allemand Conrad Celtes (1459-1508).
La racine Duna se retrouve également dans plusieurs noms de rivières en Pologne et Ukraine comme le Dunajec (Dunajetz), une rivière de 247 km qui prend sa source dans les Tatras polonaises à la frontière avec la Slovaquie et qui conflue avec la Vistule (Wisła) en aval de Cracovie sur la rive droite, ou le Czarny Dunajec (48 km) qui appartient également au bassin de la Vistule.
Pour la petite histoire le mot le plus long jamais composé en allemand (80 lettres) :
« Donaudampfschifffahrtselektrizitätenhauptbetriebswerkbauunterbeamtengesellschaft »

Vue de l’île Ada-Kaleh et du « Tuna » (en langue turco-ottomane), publiée par Adolph Kunike. peintre d’histoire et propriétaire d’un institut de lithographie à Vienne. Accompagné d’une description topographique, historique, ethnographique et pittoresque par le Dr Georg Carl Borromäus Rumy, professeur émérite de littérature classique, de philosophie et de sciences historiques. Vienne, aux frais de l’éditeur, imprimé chez Leopold Grund, 1826

Notes :
1 La « Tabula Peutingeriana » ou « Peutingeriana Tabula Itineraria », connue aussi sous le nom de « Carte des étapes de Castorius » ou de « Table Théodosienne », est une copie réalisée vers 1265 par des moines de Colmar, d’une carte romaine réalisée vers 350, elle-même probablement la copie remise à jour d’une grande carte du monde peinte sur le portique d’Agrippa à Rome vers 12 de notre ère, où figurent les routes et les villes principales de l’Empire romain. Sur les douze parchemins qui composaient la « Tabula Peutingeriana », onze ont pu. être conservés.  Pas moins de 555 villes et 3500 autres particularités géographiques sont indiquées, comme les phares et les sanctuaires importants, souvent illustrées d’une vignette.
2 Krieger, Albert: Topographisches Wörterbuch des Grossherzogtums Baden — Band 1, A – K, Nachdruck 2006 d. Ausg. Heidelberg 1904. Hrsg. von der Badischen Historischen Kommission. 2. durchgesehene und stark vermehrte Auflage. XXII, 645 S

Sources :
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http://limbaromana.md/index.php?go=articole&n=2370
FELECAN, Oliviu & FELECAN, Nicolae. « Straturi etimologice reflectate în hidronimia românească », Quaderns de Filologia: Estudis Lingüístics, XX: 251-269, 2015
doi: 10.7203/qfilologia.20.7521
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KRIEGER, Albert, Topographisches Wörterbuch des Grossherzogtums Baden — Band 1, A – K, Nachdruck 2006 d. Ausg. Heidelberg 1904. Hrsg. von der Badischen Historischen Kommission. 2. durchgesehene und stark vermehrte Auflage. XXII, 645 S., p. 417
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Varia :
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https://en.wikipedia.org › wiki › Danube
ro.wikipedia.org/wiki/hidronimia_romaniei
ro.wikipedia.org/wiki/lista_raurilor_din_romania

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, mis à jour mai 2024

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