La forteresse d’Aggstein en Wachau : un haut-lieu des légendes danubiennes

Construite, dans sa partie la plus ancienne, à la fin du XIe et au début du XIIe siècle par Manegold III von Acchispach, elle tombe ensuite dans les mains de la dynastie des Kuenring von Aggsbach-Gansbach jusqu’à leur extinction au XIVe siècle.

   Une légende raconte qu’Hadmar III von Kuenring contrôlait et entravait selon son bon vouloir la navigation sur le fleuve à l’aide d’une solide chaîne de fer qu’il faisait tendre en travers du fleuve à l’arrivée des bateaux. Exaspéré par ses pratiques, le duc Friedrich II von Babenberg, duc d’Autriche (1211-1246) décida de s’emparer sans succès de la forteresse. C’est par la ruse qu’il réussit à mettre fin aux exactions d’Hadmar III von Kuenring. Un marchand de Vienne avec un bateau lourdement chargé de marchandises qui cachaient une troupe des soldats puissamment armés dans ses cales, fut arrêté par la chaine dressée en travers du fleuve. Le maître des lieux monta sur l’embarcation et les soldats s’en emparèrent. Ils rentrèrent à Wiener Neustadt avec leur précieux prisonnier. La vengeance du duc Friedrich II von Babenberg fut toutefois clémente puisque Hadmar III von Kuenring recouvra la liberté en échange de la restitution des biens dont il s’était emparé. Repentant, il serait mort en pèlerinage quelques années plus tard non loin de Passau.

Une des chaines qui servaient autrefois à entraver la navigation sur le Danube (collection du Musée de l’armée de Vienne), photo © Danube-culture, droits réservés

En 1429, la forteresse devient la propriété du conseiller ducal Jörg Scheck vom Wald (littéralement « La terreur de la forêt ») qui l’avait reçu des mains du duc Albrecht V de Habsbourg dit « le Sage » (1298-1358), ultérieurement duc d’Autriche sous le nom d’ Albrecht II. Délabrée, la forteresse est reconstruite à la demande de celui-ci. Une période sombre pour la forteresse car son propriétaire, surnommé « le mangeur de fer » (der Einsenfresser) ou le vengeur sanguinaire » (der Blutracher) s’illustre par son comportement particulièrement sanguinaire et malhonnête. Chargé, à partir de 1438, de contrôler la navigation des bateaux sur le Danube d’amont en aval et d’entretenir le chemin de halage pour les embarcations montantes, il ne peut s’empêcher d’abuser de ses fonctions et se met à rançonner tous ceux qui naviguent sur le fleuve et passent devant son château-fort. Georg von Stain (?-1497) s’empare la forteresse d’assaut en 1463. Aussi peu scrupuleux que son prédécesseur, il en est expulsé par Ulrich Freiherr von Graveneck en 1476. Le duc Leopold III de Habsbourg (1351-1386) reprend lui même Aggstein l’année suivante et y installe des locataires afin que les pillages et les pratiques de rançons cessent.

Ruines d’Aggsbach depuis le Danube (1820-1826) par Adolph Friedrich Kunike (1777-1838), collection privée

Aggstein va subir encore les assauts des troupes ottomanes au XVIe siècle qui l’incendient (1529). À nouveau rénovée en 1606 par Anna von Polheim-Parz, veuve du dernier locataire, elle est laissée ensuite à l’abandon jusqu’au XIXe siècle.

Ses ruines alimentent alors de nombreuses légendes. Elle devient ensuite un lieu de promenade et commencera a être restaurée à partir de 1930 par son nouveau propriétaire, la famille Seilern-Aspang.

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La forteresse médiéval d’Aggstein dominant le Danube, photo Danube-culture, droits réservés

La forteresse avec sa salle des chevaliers sa chapelle, sa taverne, ses tours et ses vastes murailles est accessible par une petite route escarpée depuis le hameau d’Aggstein en contrebas. Elle se visite et fait aujourd’hui l’objet de nombreuses manifestations culturelles et historiques. La vue sur la vallée du Danube en Wachau depuis la forteresse est exceptionnelle.

info@ruineaggstein.at
www.ruineaggstein.at

La légende du  jardinet des roses d’Aggstein

« Château en ruines, perché au sommet d’un rocher conique qui domine Aggsbach. Ce château, une des plus belles ruines féodales du Danube, était au XIIIe siècle, la terreur des voyageurs et des bateliers. Il avait alors pour propriétaire un seigneur-voleur nommé Schreckenwald, qui précipitait ses prisonniers par une trappe de fer dans un gouffre qu’il appelait Rosengartlein, son « petit jardin de roses ». Ce bandit périt sur l’échafaud. Mais il eut pour héritier, ou plutôt pour successeur Hadmar de Khuenringer, qui possédait aussi Dürrenstein [la forteresse de Dürnstein] avec dix autres châteaux-forts et qui fit regretter Schreckenwald. Son frère Leutold le secondait si bien dans tous ses crimes et ils inspiraient une telle terreur, qu’on les avait surnommés les limiers. »

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, mise à jour 1er septembre 2020

Nikopol (Bulgarie), ou le souvenir d’un désastre chrétien

Prise de la forteresse de Nikopol par les troupes russes en 1877

   Cette petite cité bulgare est connue pour la victoire de l’empereur romain Trajan sur les Daces. En l’honneur de celle-ci la ville est appelée « Nicopolis ad Istrum, la ville de la Victoire sur le Danube inférieur ». En 629 une forteresse est érigée par les armées romaines d’Orient sur l’ordre de l’empereur byzantin Héraclius Ier (vers 575-641). La ville se tient à la frontière nord de cette empire. Après la conquête ottomane de l’empire bulgare le dernier tsar bulgare se réfugie dans la forteresse de Nikopol qui tombe aux mains des assaillants en même temps que la ville en 1395. C’est aux abords de Nikopol que l’armée des Chrétiens subit trois ans auparavant une de ses défaites les plus retentissantes.

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Église Saint-Pierre et Saint-Paul de Nikopol (photo droits réservés)

Pendant la présence ottomane, la forteresse sera consolidée et la cité connaît un développement économique et culturel pendant plusieurs siècles. La ville est prise par les troupes russes en 1877.

« Nikopol. C’est au bord de cette ville du Danube, qui n’est plus aujourd’hui qu’un village, que le Sultan Bajazet — dit La Foudre — a anéanti en 1392 l’armée des Chrétiens, conduite par le roi Sigismond de Hongrie ; les chroniqueurs de l’époque et le témoignage du grand voyageur Schiltberger, le Marco Polo bavarois, mettent surtout l’accent sur l’élégance méprisante avec laquelle la cavalerie française, sans se préoccuper d’aucun plan stratégique, se jeta, tête baissée et en rangs serrés dans la défaite. Dix siècles auparavant, dans la province de Nikopol, s’était installé un groupe de Goths, parmi lesquels l’évêque Wulfila, dont la traduction de la bible en gotique marque le début des littératures germaniques. D’une certaine façon c’est de ces rives, où ne subsite plus aucune présence allemande, qu’est parti le germanisme, se déplaçant vers l’Ouest, puis bien des siècles plus tard revenant à nouveau vers l’Est, comme un fleuve qui inverse son cours, pour se retirer enfin à l’Ouest, repoussé par d’autres migrations, préludant à des ères nouvelles. »
Claudio Magris, Danube, « La bible des Goths »

La forteresse médiévale de Devín (Theben), au confluent de la Morava (March) avec le Danube

« Toute la matinée, bien avant que d’atteindre Pressburg, nous voyons à l’horizon monter une épaisse et lourde fumée, c’était un incendie ; la moitié de Theben a brûlé ce jour-là ; c’est vers le coucher du soleil que nous atteignîmes ce lieu, l’un des plus pittoresque de tout le trajet. Au sommet de la montagne, se trouve une ruine, certainement la plus belle de toutes celles du Danube. Rouge, le soleil couchant brillait sur les routes humides des moulins, qui, en raison de leur mouvement, semblaient faites d’or repoussé. Tout ici n’était que verdure et parfums ! Quelle beauté, quelle grandeur dans toute la nature ! La Theben hongroise est un petit îlot tombé du ciel, or voici que toute cette beauté n’était plus que détresse et lamentations, la moitié de la ville était plongée dans l’horreur et les cendres. »
H. C. Andersen, « Sur le Danube », in Le bazar d’un poète, Domaine romantique, José Corti, Paris, 2013, p. 356

Le nom de Devín proviendrait de Dowina ou Deva. Il apparaît pour la première fois dans les Annales de Fulda, chroniques de l’époque carolingienne qui couvrent la période 715-901

Des recherches archéologiques ont permis de découvrir que les lieux avaient été colonisés par les hommes dès l’ère néolithique, aux âges du bronze et du fer. Un camp celtique s’installe sur le promontoire par la suite et s’y développe. Un premier poste militaire romain (Divinium), tête de pont de l’importante ville-garnison de Carnuntum (rive droite), est consolidé et s’intègre dans le dispositif de défense du Limes romain contre les agressions des peuples barbares. La forteresse est érigée au VIIème siècle et appartient au puissant royaume de Grande Moravie (833-907), premier état slave européen. Ce royaume recouvrait en partie l’actuelle région de Moravie (République tchèque), l’ouest de la Slovaquie, une partie de la Hongrie ainsi que des territoires adjacents. De nouvelles parties complètent les fortifications initiales entre le XIIIème et le XVIème siècle. Après être tombée aux mains des Pállfy, une famille de la noblesse de Haute-Hongrie en 1635 et occupée quelques temps, la forteresse est peu à peu délaissée. Les troupes armées napoléoniennes la détruisirent lors de la campagne de 1809. La forteresse est vendue par ses propriétaires à l’État tchécoslovaque en 1935.

Le site impressionnant de Devín, photo droits réservés

Après 1968 et l’invasion des troupes du Pacte de Varsovie (armée roumaine exceptée) de la Tchécoslovaquie, quelques Slovaques courageux tentèrent de gagner la rive autrichienne et la liberté en plongeant dans le fleuve depuis les hauteurs de la colline.

La forteresse, monument historique national, appartient désormais au Musée municipal de Bratislava. Aménagée avec ses caves en musée elle sert également de lieu d’exposition et pour diverses reconstitutions.

La forteresse médiévale de Devín, qu’on surnomme parfois la « Troie slovaque », inscrite au patrimoine architectural national depuis 1961, demeure un symbole des débuts de l’histoire slovaque.

Devin_carte ancienneCe cliché photochrome provient de « Vues de l’Empire austro-hongrois », une collection de photographies de la fin du XIXème siècle des sites touristiques en Europe centrale et orientale ( sources Detroit Publishing Company).



Pratique
www.muzeum.bratislava.sk

La forteresse est ouverte au public sur la période d’avril à novembre tous les jours à l’exception des lundis de 10h00 à 17h00 et les samedis et dimanches de 10h00 à 19h00 (en avril, octobre et novembre de 10h00 à 17h00).

La Morava, le Danube et Devin_Slovaquie-Autriche

Le confluent de la Morava (March) avec le Danube (rive gauche) à la frontière austro-slovaque et la forteresse de Devín. Au second plan les petites Carpates. La rive droite du Danube appartient à l’Autriche, photo wikipedia



Comment s’y rendre ?
On peut accéder au site depuis Bratislava en voiture (direction Karlova Ves et Devín), en transport en commun (bus N° 29 depuis l’arrêt de bus situé sous le Nouveau Pont (Nový most), en bateau, à vélo ou à pied.

Le départ des excursions en bateau à lieu deux fois par jour depuis un embarcadère proche du centre ville, Fajnorovo nabřezie, (2 quai Fajnorovo).

Du 25 avril au 21 Mai et du 29 août au 17 septembre le bateau part exceptionnellement du port de Bratislava à 11h 00 et 14h 30. Les vélos sont acceptés à bord des bateaux.
LOD, compagnie de navigation slovaque : www.lod.sk
Cette compagnie assure également des liaisons avec Vienne (sous réserve)

Les amateurs de promenades peuvent revenir à Bratislava par un agréable itinéraire de deux heures à travers la campagne environnante de Devín. Cet itinéraire traverse également la réserve naturelle de Devínska Kobyla à la biodiversité remarquable. Il débute au niveau de Devín et s’achève à Sandberg colline fossilifère, dans le quartier Dubravka de Bratislava. De superbes points de vue sur Devín, le Danube, Bratislava et l’Autriche jalonnent cette belle promenade.

 

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