Albert Marquet (II) : Le Danube, voyage de printemps à Galatz, Sulina et Vulkov

Le Danube, Voyage de printemps 

   Le beau Danube bleu, ce ne fut pas pour le voir que nous embarquâmes au printemps 1933 et heureusement car nous aurions été déçus. Il n’est bleu que dans la chanson ou peut-être, nous n’y sommes pas allés voir, près de ses sources. De son delta à Vienne, les deux points limite de notre voyage, il roule des eaux limoneuses entre des rives le plus souvent plates et faites surtout des marais et des alluvions qu’il abandonne et renouvelle au gré des crues et des saisons.

 Les entrepôts (de Sulina)

   Marquet, entraîné par un amis que ses fonctions appelaient là et qui craignait, sans compagnon éprouvé, de s’y ennuyer, accepta sans hésiter de partir pour Galatz, simplement parce que cette sollicitation tombait au moment où il n’avait pas de projet et qu’un grand fleuve inconnu avec ses promesses de bateaux et de mouvement ne pouvait que le tenter.

 Matinée sur le Danube


   Ce fût d’abord une déception. L’hôtel qu’on nous offrit était dans une rue sans caractère et, dès qu’il fût dans la chambre, les fenêtres grandes ouvertes, Marquet, consterné, se trouva devant une façade grise, haut dressée à quelques mètres de lui. Il ne pouvait même pas apercevoir un coin de ciel. Il soupira :
 « Autant se fixer à Bécon-les-Bruyères, ça ne vaut pas le voyage », et sur-le-champs décidé :
 « Ne défais pas les valises. Je ne resterai pas quarante-huit heures ici. »
   Des amis roumains qui avaient été contents de le voir arriver dans leur pays ne l’entendirent pas ainsi :
   « Que vous manque-t-il ? Le port, vous avez pu vous en rendre compte, est grand. Les quais sont sillonnés de voitures, de camions, de charrettes, le fleuve de remorqueurs, de barques, de vapeurs, s’il vous faut une installation là, nous vous la trouverons. » Et deux heures plus tard nous étions sur un bateau amarré pour quelques semaines en l’un des points les plus vivants du fleuve. Marquet, à son affaire, se mit au travail.

 Flotille à Galatz

   Il ne resta pas à Galatz tout le temps de son séjour en Roumanie. Quand on vit sur l’eau, il est tentant de prendre un bateau qui navigue et, pour Marquet qui passait ses journées sur le pont, bien tentant de dessiner ce qui défilait sous ses yeux : des verdures, des petites villes groupées autour de leur église ou de leur minaret, des charrettes qu’on devinait grinçantes, des passants, paysans lents et pesants, des soldats fusil à l’épaule dont on imaginait mal qu’ils eussent quelque chose à garder, des nuages qui tout au long des heures dérivaient bas sur l’horizon.

La charrette sous l’orage

    Marquet avait comme à son habitude un carnet, un stylo, des crayons, des pinceaux, un gobelet d’eau, une petite boîte d’aquarelle dans ses poches. Il semblait vraiment faire partie du groupe formé par ses amis et moi, devisant et jouissant du soleil sur la plage arrière du bateau, mais à un moment imprévu, sans qu’aucun de nous ne l’eût pressenti, il s’éloignait d’un pas tranquille et décidé.

Maisons au bord du Danube

Il venait de découvrir un coin isolé, bien placé, nous n’existions plus pour lui, tout à coup et totalement absorbé par le problème auquel toute sa vie il chercha une solution : fixer les rapports éphémères de la lumière et de l’eau et, dans un point ou un trait immobile, emprisonner de la vie en lui laissant de sa palpitation.   Un ingénieur qui nous avait été présenté s’effarait. Pourquoi se mettre martel en tête afin de tenter une besogne impossible, saisir ce qui passe si vite que des yeux humains ne sauraient le retenir. Ne serait-il pas plus commode pour Monsieur Marquet de dessiner et de peindre  à son aise dans son atelier en s’aidant de photographies ?

Sur place, il n’a pas tracé une ligne que déjà ce qu’il voulait représenter a disparu. Chacun a ses méthodes et ses préférences, mais comment arriver à faire comprendre à un homme raisonnable que la fuite des choses aide à mieux les connaître, que l’immobilité est un mensonge dont Marquet se refusait à être le complice.

La remontée du Danube

   Avant de remonter le Danube, après une courte escale à Sulina, petit port bâti à l’une de ses embouchures, une visite à Vulkov nous fut conseillée, et dans cette bourgade fleurie en cette saison de tous ses cognassiers, coupée d’eau, plutôt faite de jardins que de maisons, notre passage insolite (il n’y avait pas d’hôtel et nous logions chez l’habitant), ameutait à nos trousses les enfants du pays.

Nous errions dans ce village dot nous n’arrivions pas à saisir la forme, sans cesse ramenés à notre point de départ par un canal, un ruisseau, un étang qui arrêtaient notre marche et nous obligeaient à revenir sur nos pas, quand nous fûmes hélés par un jeune homme depuis une heure à notre recherche, envoyé par la compagnie de navigation à laquelle il appartenait afin de nous guider et de nous avertir qu’une cabine était mise à notre disposition sur un de ses bateaux pour assurer notre retour à Galatz. Il nous invita à continuer notre promenade en barque, dans un silence que le chant des oiseaux aurait seul troublé, si notre cicerone n’avait décidé de mettre à profit notre compagnie pour parfaire sa connaissance du français. Comme il était honnête, il voulut partager les avantages de la situation et ne prononça pas un mot sans nous en donner la traduction, d’abord en roumain, sa langue, ensuite en russe, puisque nous étions en Bessarabie. Nous l’écoutions d’une oreille distraite. je crois que Marquet ne l’écoutais pas du tout, il était pris par ce qu’il voyait : des masses de verdure croulant dans les méandres de l’eau, des petits ponts en dos d’âne et dessus, des porteuses d’eau qui cheminaient avec précaution, leurs deux sceaux ruisselants attachés chacun à l’une des extrémités du long fléau en équilibre sur l’épaule. Les bruits soyeux des rames, le clapotement de l’eau, les fuites des insectes, les chants des oiseaux et l’intarissable bavardage du compagnon que nous allions perdre n’arrivaient pas à disperser le silence enveloppant les jardins que nous ne finissions pas de contourner.

Nuages de beau temps

    Nous avions l’impression d’errer dans un pays qui commençait d’être, sur des eaux lourdes, molles, limoneuses, visiblement nourricières, charriant en leur sein ce qui deviendrait terre, herbages, taillis, aliment et refuge d’animaux que nous avions entendu ramper, glisser, voleter tout au long du chemin qui nous avait amenés ici. Cet étrange chemin, le sable trempé des plages en fut la meilleure partie. Ailleurs ce n’était qu’une piste caillouteuse, souvent creusée d’ornières profondes qui avaient eu le temps de se solidifier depuis les dernières pluies, et coupées de ponts si haut perchés qu’il nous fallut à plusieurs reprises descendre de voiture afin de permettre à notre mince cheval de les franchir dans un élan où il employait toutes ses forces ramassées. Pendant ce voyage, qui dura quelques heures, nous aurions pu nous croire les seuls habitants du monde : des joncs, des plantes à ras de terre, de l’eau un peut partout, stagnante ou courante, et par-dessus, un ciel immense où paraissaient des nuages qui s’étiraient, se gonflaient, s’amassaient, se dispersaient, fuyaient, revenaient, promettaient, menaçaient, restant, avec la brise qui courait entre les joncs, la seule manifestation tangible de la vie. Une méchante carriole, pour cocher, et nous ne savions pas pourquoi, un soldat, nous deux, notre valise, et nous avancions dans un pays où la présence de l’homme n’était décelable qu’à l’existence d’une piste en mauvais état suivie ce jour-là par nous, que poussait, dans l’idée de notre soldat, une incompréhensible curiosité.
« Vulkov », vous verrez, c’est un pays comme il n’y en a
pas deux », et il fallait vraiment que nous n’ayons rien à faire pour qu’une si banale réflexion suffît à nous décider d’y partir.
Nous y étions un peu perdu et, comme au bout du monde. Le fleuve en nous emmenant demain nous en délivrerait. Jamais nulle part nous ne nous étions senti  tellement étrangers et, je ne sais pas pourquoi, sur le point d’être oubliés.

 Iles et collines

   Il nous semblait assister aux hésitations d’une ébauche, à moins que ce ne fussent les prémices d’une disparition. Trop d’eau, trop de ciel, et ce pêcheurs en loques, éventrant un esturgeon pour en extraire la masse d’un caviar qui serait, à des lieues d’ici, dégusté dans des restaurants rutilants de lumières, de musiques, de fleurs et de femmes luxueusement parées, manquait de réalité.
   Tout ce que nous avions sous les yeux nous apparaissait sans lien avec le reste du monde. Ces enfants rencontrés dans les chemins, ces enfants que nous avions effrayés, intrigués, que raconteraient-ils après notre départ ? Et toute leur vie, la passeraient-ils contre ce bras puissant du Danube qu’aucun pont ne traverse là et dont les eaux profondes et lourdes les maintenaient dans l’isolement ? Des jardins, de petites maisons, des fleurs, des fruits, des poissons, cela constituait un univers bien clos. Leur serait-il suffisant ? Nous le voyions au printemps, épanoui dans des verdures et des floraisons, mais l’hiver quand les vents froids balaient cette immensité à laquelle le rend le dépouillement de ses jardins, à quoi peut-on penser ou rêver dans les petites maisons blanchies à la chaux, ornées de fleurs artificielles et de napperons brodés, placées encore en cette année 1933 sous la protection d’ icônes qu’honoraient de tremblants lampions ?

Nous quittons le port

Le lendemain nous abandonnions Vulkof et alors commença notre remontée vers Vienne. Aux marais succédèrent des prairies, aux joncs, des peupliers et des bouleaux, quelques usines, de vraies villes, parfois un resserrement du fleuve entre des collines, mais partout le Danube restait le maître, apportant aux pays qu’il traverse leur mélancolie ou leur fertilité, leurs façons et leurs raisons de vivre.
Marcelle Marquet, juillet 1954

 L’entrée des Portes-de-Fer

 Les Portes-de-Fer

 Un village en Cracovie (Croatie)

La sortie du port

Les traditions francophones de la ville de Galaţi par Nicolae Taftă

Vers le milieu du XIXème siècle Saint-Marc Girardin (1801-1873), littérateur et homme politique français, professeur d’histoire puis de littérature à la Sorbonne, notait dans ses Souvenirs de voyages et études (Paris, Amiot, 1852-1853) que de tous les pays que traverse le Danube, la Valachie et la Moldavie sont les plus intéressées à la prospérité du fleuve. Sous le régime du monopole turc, c’est en vain que ces principautés étaient fécondes ; cette fécondité ne leur profitait pas, leurs céréales étant destinées à approvisionner Constantinople. La Porte fixait les prix, et les bateaux turcs venaient les charger à Ismaïl, à Galatz et à Brailof (sic). Or, la paix d’Adrianople1 en 1829 a accordé aux deux Principautés Roumaines la liberté du commerce, et cette liberté avait besoin de la navigation du Danube, car les Principautés étaient liées en haut avec l’Europe centrale et en bas avec la mer Noire et la Méditerranée.

Galaţi, sa falaise et son port vers 1824 depuis la rive droite du fleuve, pendant la domination ottomane, , dessin de Jacob Alt (1789-1872) document Danube-culture

Deux villes importantes, notait l’auteur, Brǎila en Valachie et Galaţi en Moldavie « personnifient pour ainsi dire les intérêts et les espérances des Principautés à l’égard du Danube… Si le Danube devient la grande route entre l’Orient et l’Occident…, Bucarest, Brailof, Galatz, Iassy même deviendront, pour ainsi dire, les auberges de la civilisation dans sa nouvelle route vers l’Orient. Les marchandises, sur leur chemin, répandent la richesse, mais les voyageurs répandent les idées… Pour Galatz, pour Brailof, les ballots de marchandise qui viendront du Haut Danube sont la richesse, les voyageurs sont la civilisation, c’est plus encore, c’est l’attention de l’Europe ».

Le port de Galaţi dans les années 1900, document de la collection de la Bibliothèque départementale V. A. Urechia du Judets de Galaţi, droits réservés

Quant aux débuts de la francophonie en Roumanie, il faut remonter au XVIIIème siècle pour voir l’introduction du français comme discipline obligatoire pour les enfants de l’aristocratie et constater la présence de secrétaires français auprès des princes de Moldavie et de Valachie, ainsi que l’apparition des premières colonies françaises dans les deux capitales. Un premier consulat français fut établi à Bucarest en 1795. Cependant, c’est au XIXème siècle que les voyageurs roumains en France y ramènent les valeurs libérales de la révolution française et les lumières de la culture française en général.

L’ancien Hôtel administratif de la Commission Européenne du Danube à Galaţi, aujourd’hui le bâtiment abrite la Bibliothèque départementale V. A. Urechia, collection Bibliothèque départementale V. A. Urechia, droits réservés

À Galaţi, la création des premières écoles privées où l’on apprenait le français date dès les premières décennies du XIXème siècle. Le premier établissement, fondé en 1833, était celui de J. Sachetti qui accueillait 25 élèves pour leur enseigner le français, le roumain, le grec et l’allemand. Notons qu’il disposait aussi d’une bibliothèque de 500 livres.

Par la suite, l’intérêt pour l’apprentissage de cette langue prestigieuse cultivée dans la plupart des grands centres européens  allait s’accroître, ce dont témoigne le nombre bien important d’écoles destinées à son étude.

En 1842, une « école pour l’éducation des jeunes filles » avait deux « professeuresses » chargées d’enseigner aux élèves l’ouvrage manuel féminin et le « dialecte français ».

En 1845, le prince moldave Mihail Sturdza (1794-1884) visite la ville de Galaţi2 et décide la création d’une « école publique » où l’on étudiera aussi le français.

Une pension nommée « École pour nos enfants », où l’enseignement était donné en roumain, en français et en allemand, fut fondée en 1946 par trois « boyards » de la ville : Vasile Sârbinschi, Ion Cumbari et Sofia Cosma.

En 1849, Celestina Scotti a ouvert un « pensionnat français-allemand de demoiselles » qui accueillait 35 élèves et 6 professeurs, l’enseignement de 4 ans étant donné en français. Les disciplines d’étude étaient l’Histoire ancienne et moderne, la mythologie, la géographie, l’arithmétique, le roumain, l’anglais et le grec.

En 1850, le Suisse Al. Fedi, maître de français, ouvrait un autre pensionnat pour filles auxquelles il enseignait la langue et la culture françaises.

En 1860, Ana Ghica, présidente de la Société des Dames de Galati, fondait un orphelinat pour les jeunes filles pauvres et cherchait à y embaucher une institutrice « qui sache le français ».

Cependant, l’établissement le plus notoire où le français  fut vraiment la langue des études a été l’Institut Notre-Dame de Sion, créé en 1867 par l’ordre (ou la congrégation) catholique du même nom (Notre-Dame de Sion). Deux ans après son apparition s’y ajoutait une école confessionnelle et un orphelinat. En 1870 il n’y avait que 40 élèves, mais en sept ans seulement l’effectif passa à 200 élèves, l’enseignement étant assuré par 18 mères et soeurs. En 1890 l’établissement employait 31 professeurs et était l’une des plus importantes institutions de culture féminine de Roumanie.

Notre-Dame de Sion, photo © collection de la Bibliothèque départementale V. A. Urechia du Judets de Galaţi, droits réservés

Au début du XXème siècle le nombre des élèves s’élevait déjà à 600. Le consul français de Galaţi (notons que Galaţi regroupait à l’époque 19 consulats étrangers) observait que le succès de cette pension, admirablement organisée, contribuait largement au développent de l’influence française au sein de la haute société moldave.

La Galaţi de la Belle-Époque s’inspire de la mode et de l’élégance et de l’éducation à la française, photo © collection de la Bibliothèque départementale V. A. Urechia du Judets de Galaţi, droits réservés

Au cours des deux derniers siècles, de nombreux intellectuels de Galaţi, hommes de lettres, artistes, penseurs ou hommes politiques, se sont illustrés brillamment dans le domaine de la culture française, s’étant inscrits dans le flux continu des traditions francophones de cet important centre économique et culturel de la Roumanie. Parmi eux, la haute personnalité de l’historien et écrivain Vasile Alexandrescu Urechia (1834-1901) y occupe une place de premier ordre. Ayant fait ses études à Paris et s’étant pénétré de la culture et des hautes valeurs spirituelles de ce véritable foyer de lumières intellectuelles, le savant roumain allait contribuer par la suite à propager ces valeurs dans les deux capitales roumaines, ainsi que dans la ville de Galaţi où il fut député puis sénateur à partir de 1867. En tant que professeur, il a enseigné dans les universités de Iaşi et de Bucarest et compte aussi parmi les membres fondateurs de l’Académie Roumaine. Nommé ministre du Département des Cultes et de l’Instruction Publique en 1860, V. A. Urechia accordait des bourses à des jeunes qui allaient étudier en France, en Espagne ou au Portugal et cherchait à moderniser l’enseignement roumain selon les préceptes et les concepts de ces pays émancipés.

Vasile Alexandrescu Urechia (1834-1901), lithographie d’Eduard Sieger datant de 1891, collection de la Bibliothèque départementale V. A. Urechia du Judets de Galaţi, droits réservés
Particulièrement préoccupé par l’ethnographie, V. A. Urechia s’est distingué dans ce domaine pendant qu’il était étudiant à la Sorbonne, à l’occasion du Congrès international d’ethnographie de Paris (1858). Ses relations avec le savant français Léon de Rosny ont orienté les études de ce dernier vers la vie des Roumains et, après des voyages en Roumanie, Rosny allait publier un ouvrage intitulé « Les Populations danubiennes. La Patrie des Roumains d’Orient » (1882-1884),  livre dédié à son ami V. A. Urechia.

En 1883, V. A. Urechia recevait à Paris l’hommage de la Société française d’Ethnographie et à cette occasion Léon de Rosny (1837-1914) lui a adressé des louanges mémorables et bien méritées le présentant comme « un collègue qui a offert tant de preuves de zèle et de dévouement pour notre association internationale et confraternelle, surtout pendant le Premier Congrès International de Sciences Ethnographiques organisé à Paris en même temps que l’Exposition Universelle de 1878 ». « Vous nous avez présenté alors, poursuivait Rosny, cette jeune et brave nation qui, sur les bords du Danube, dans les Carpates, sur le littoral de la Mer Noire et jusqu’en Macédoine et en Épire, où elle a de nombreux frères, brandit vaillamment l’étendard de l’idée gallo-latine au milieu des populations slaves et non-aryennes de l’ancienne Turquie européenne ». 

 Un collaborateur de Rosny, Auguste Lasouef (1829-1906) allait proposer ensuite à la Société Française d’Ethnographie l’institution d’un prix international V. A. Urechia, avec trois médailles : d’or, d’argent et de bronze portant l’effigie du savant roumain. Le Musée d’histoire de Galaţi en conserve des exemplaires.

Un mémorable hommage adressé par les Français au savant V. A. Urechia figure  dans les pages de l’Encyclopédie contemporaine, revue hebdomadaire universelle des sciences, des arts et de l’industrie, n° 311 du 12 décembre 1895, sous le titre « CLXXVIIIème Congrès des Langues Romanes : M. Vasile A.  Urechia, de Bucarest », signé E. Romuald :

« Parmi les hautes personnalités européennes  ont tenu à prendre part au dernier Congrès des Langues Romanes de Bordeaux, nous avons remarqué M. le sénateur V. A. Urechia dont le nom fait aujourd’hui autorité dans les grandes questions politiques, scientifiques et littéraires qui passionnent notre « extrême soeur latine », la Roumanie… »

Non seulement nous avons voulu rendre hommage à l’érudition du savant, au talent de l’écrivain, mais encore nous avons tenu à constater la grande amitié que porte à notre pays un des plus dévoués et des plus vaillants champions du progrès intellectuel….

Il s’est signalé enfin à l’attention sympathique de tous en rendant de grands services à la fameuse Ligue Culturelle roumaine, cette société qui compte aujourd’hui plus de deux cent mille membres et qui est devenue sous sa présidence un facteur puissant de la politique des peuples latins en Orient ».

L’auteur note ensuite que V. A. Urechia, ministre de l’instruction publique en Roumanie, représentait au sein du sénat roumain la ville de Galaţi, un des principaux ports du Danube, et que cette ville doit à son sénateur une des plus belles bibliothèques du pays et un important musée d’histoire.

Par le même article nous apprenons que, lors de son séjour à Paris, V. A. Urechia a dirigé une feuille roumaine « Opiniunea » plaidant pour l’union des Principautés, puis que, rentré en Moldavie, il collabora à des périodiques français tels que les trois journaux de l’Empire: le Constitutionnel, la Patrie, Le pays, puis il écrivit sa correspondance pour les publications Le Siècle, La Presse, Le Temps…

Dr. Nicolae Taftă, Président de la Fondation Eugène Ionesco de Galaţi

Notes :

1 Andrinople, aujourd’hui Edirne en Turquie, ville située aux frontières avec la Grèce et la Bulgarie et traversée par la Maritsa.

C’est sous le règne de M. Sturdza que Galaţi avait obtenu le statut de port franc (1837)

La Bibliothèque française Eugène Ionesco de Galaţi, un des emblèmes de la francophonie roumaine, photo © Danube-culture, droits réservés

Danube-culture adresse ses remerciements à Laetiţia Buriana de la Bibliothèque départementale V.A. Urechia de Galaţi et à Victor Cilincă pour la mise à disposition des documents iconographiques.

En complément :

Nicolae Taftă, Jacques Hesse, Une aventure humaine : La bibliothèque française Eugène Ionesco de Galati (Roumanie)publiée par Les amis de la Bibliothèque française Eugène Ionesco de Galaţi, 2016

N. Cartojan, « Pensionatele franceze din Moldova în prima jumătate a veacului al XIX-lea », Omagiu lui Ramiro Ortiz (Bucharest: Tipografia Bucovina, 1929), 71–72.

Roger Ravard, Le Danube maritime et le port de Galatz, Thèse pour le doctorat, Librairie moderne de droit et de jurisprudence Ernest Sagot et Cie , Paris, 1929

Albert Marquet, Quais de Galatz, 1933 ; ce peintre post-impressioniste et de marine français séjourne à Galaţi en 1933 puis retourne à Vienne par la voie fluviale.

Albert Marquet (1875-1947) : voyage à Galaţi et dans le delta du Danube en 1933

« Marquet a beaucoup voyagé. Qui le connaissait peu aurait pu s’en étonner. Discret et ne demandant qu’à passer inaperçu, il paraissait fait pour vivre une vie tranquille, volontiers contemplative, entièrement occupée à peindre et dessiner, isolé, un peu en retrait, derrière une fenêtre soigneusement choisie. Mais non, il était curieux des êtres. Il aimait la rue, son mouvement, tout ce qui décelait la vie. Il était aux aguets de ce qui lui permettait de prendre connaissance des gens que le hasard lui faisait rencontrer. Il se méfiait des paroles trop contrôlées, plus souvent dites pour masquer que pour confier et pensait que des attitudes, des mouvements, des tressaillements de visages moins surveillés livraient davantage de vérité. Quand il eut assez d’argent pour partir à l’étranger, peu lui importa de déambuler dans un pays dont il ignorait la langue. Il n’avait qu’à se promener au hasard des rues pour trouver compagnie, et une compagnie qui ne lui pèserait pas. Elle lui laisserait sa liberté intacte. Ne s’apercevant pas de sa discrète présence elle ne risquerait pas de le contraindre à supporter une curiosité qui se serait refermée sur lui et l’aurait emprisonné. »

Albert Marquet vers 1920

D’Athènes à Galatz

   « Nous devions avoir instinctivement besoin de nous retrouver dans de l’habituel et du connu car nous avions passé le printemps sur les bords du Danube. Un de nos amis diplomate y était envoyé pour quelques semaines et craignant de s’y ennuyer il nous avait incité à le suivre. Tenté par un voyage en Méditerranée, coupé d’escale dont il avait apprécié le charme au cours d’une précédente croisière, Marquet n’hésita pas. Il revit Athènes et le Parthénon, en goûta la mesure et l’équilibre, la couleur du marbre que l’action conjointe du temps et du soleil était arrivée à incorporer à la colline qui le portait. Il s’attarda longuement au musée où des sculptures archaïques offraient leurs jeunes sourires et leurs grâces. Aucun enseignement, aucune contrainte, seulement l’acceptation des conditions de la vie, dans ses limites et ses dimensions. Plus de perfection peut-être dans les oeuvres du grand musée de la ville mais l’émerveillement de l’enfance était passé ; passé ou dépassé ? L’appréciation dépendait de la qualité de son visiteur, de son humeur ou de son émotion. Marquet se sentit plus à l’aise à Athènes qu’en Égypte.

Albert Marquet, les quais de Galatz. Au premier plan deux bateaux portant pavillon de la C.E.D. Le premier aurait pu être celui mis à la disposition du peintre lors de son séjour en 1933.

À Galatz où nous savions devoir rester, nous fûmes logés dans le meilleur hôtel du pays mais quand le lendemain matin Marquet ouvrit sa fenêtre sur une rue étroite, sans caractère, il déclara tout net : « Autant nous installer à Bécon-les-Bruyères. Nous partirons demain. » La Commission du Danube tenait en ce moment séance sous la présidence d’un haut fonctionnaire roumain, et sa femme mise au courant par moi, de la subite décision de Marquet tenta d’arranger les choses. Elle fit tenir un mot à son mari pour l’instruire de l’affaire et lui suggérer un possible accommodement.  Il donna son accord. Alors elle nous informa que la Commission avait sur le Danube un bateau qu’elle mettait à notre disposition. Il ne nous offrait qu’une cabine étroite mais sur le pont, Marquet se trouverait en plein milieu du trafic fluvial. De quoi le séduire et le fixer pour un bout de temps. Le beau Danube bleu : une valse, une chanson. Sous nos yeux s’étalait un large fleuve, grossi par les eaux limoneuses du printemps et sur lesquelles pour la délectation de Marquet s’entrecroisaient des bateaux de tous tonnages et battant divers pavillons. L’animation gagnait les quais où de gros camions mêlés à de légères carrioles  apportaient diverses marchandises que des dockers entassaient dans des entrepôts ou dans des cales béantes. La coulée des eaux lourdes du Danube nous incita à nous laisser emporter par elle jusqu’à l’embouchure et sans quitter notre bateau nous arrivâmes à Sulina. Les mêmes eaux blondes et puissantes, une immense plaine marécageuse et couverte de joncs, livrée à toutes sortes d’oiseaux que le bruit de notre moteur effrayait. Ils s’envolaient avec des cris et un grand bruit d’ailes pour se reposer à nouveau confiants, quelques mètres plus loin. Comme nous exprimions notre surprise et notre ravissement il nous fut dit que si nous souhaitions en voir davantage une voiture serait mise à notre disposition avec un soldat comme guide. « Vous traverserez le delta et dans une heure ou deux vous serez à Vulkov, une Venise verte. Vous n’aurez qu’à louer un bateau pour y circuler. Vous en trouverez facilement, chaque famille a le sien. Pas d’hôtel. Vous logerez chez l’habitant. »

La voiture avait des ressorts grinçants. Elle avança sur une piste sablonneuse ou défoncée en côtoyant d’abord la mer puis traversant une terre à peine émergée des eaux où des oiseaux nageaient, se poursuivaient et criaient, nous aboutîmes à un large bras du fleuve3. Un bateau nous attendait et bientôt, après l’avoir traversé et marché quelque peu, entendu les paroles de bienvenue d’un maire souriant et barbu qui, sans doute, donna des directives à notre soldat, nous fûmes abandonnés, nous et nos valises, dans une pièce blanchie à la chaux. « Nous airons de la chance, dit Marquet, si nous arrivons demain à trouver le Danube. » Pourquoi pas ? J’étais optimiste. Nous étions arrivés à nous faire servir à dîner dans une chambre encombrée d’icônes, de broderies et de dentelles par une fillette loquace qui, en roumain, en russe et par gestes nous fit connaître toute sa famille4. Elle eut aussi recours à quelques photographies.

Valcov (Vylkove) dans les années trente, photo du photographe allemand Kurt Hielscher (1881-1948) 

Le Danube nous le retrouvâmes sans peine. La compagnie de navigation qui nous avait pris en charge envoya un de ses employés à notre recherche et il lui fut facile de nous rejoindre. Nous étions les seuls étrangers dans le pays et nous ne pouvions pas y faire un pas sans être suivis par une nuée d’enfants. Il nous fit prendre place dans sa barque et nous dit sa joie de parler français, sa fierté de constater qu’il pouvait comprendre et être compris dans une langue dont il ne s’était jamais servi depuis qu’il l’avait apprise à l’école. Dans son euphorie il entreprit de nous enseigner le russe et le roumain et comme nous avions plus envie de regarder que d’écouter il se donna beaucoup de mal pour rien.

Albert Marquet, Les quais de Galatz, 1933

Quand vint le moment de quitter Galatz nous n’eûmes pas d’hésitation. Nous regagnerions Vienne en remontant le Danube. Nous n’avions pas envie de nous en séparer brutalement. Nous entreprîmes un long voyage que Marquet illustra d’aquarelles faites vivement du bateau qui côtoyait des rives fuyantes. De petits villages, une église se détachant d’une verte colline, des prés, des paysans, une charrette traînée par un cheval maigre, des bateaux que le nôtre dépassait ou rencontrait, une gorge resserrée entre de vraies montagnes : le récit se poursuivait séduisant et varié. « Pourquoi, demanda un de nos compagnons, un ingénieur roumain, ne prenez-vous pas de photos, et tranquillement dans votre atelier vous feriez vos aquarelles. » Comment faire comprendre à cet homme raisonnable qu’il est plus tentant d’essayer d’appréhender ce qui vous échappe ? »

Marcelle Marquet, Marquet, Voyages, Série Rythmes et Couleurs, Éditions Librex S.A., Lausanne, 1968

Notes : 
1 Sulina,  port (autrefois port franc) et petite ville à l’extrémité du delta sur le bras du Danube du même nom, bras aménagé par la Commission Européenne du Danube pour la navigation maritime. La Commission Européenne du Danube effectua d’importants travaux de canalisation et installa ses services techniques à Sulina qui se développa dans la deuxième moitié du XIXe siècle et connut une économie prospère au début du XXe siècle.
2 Valçov, village de pécheurs lipovènes (Vieux-Croyants orthodoxes) situé sur le bras de Kilia. La petite ville d’aujourd’hui se trouve en Ukraine et porte le nom de Vylkove ou Vilkovo.
3 Le bras de Kilia ou Chilia, bras septentrional du delta du Danube. Une piste relie Sulina (rive gauche) au bras de Kilia (rive droite) qu’il faut franchir pour atteindre Vylkove (rive gauche).
4 A. Marquet et sa femme sont hébergés dans une famille lipovène.

Sources :
MARQUET, Marcelle, Marquet, Voyages, Série Rythmes et Couleurs, Éditions Librex S.A., Lausanne, 1968
MARQUET, Marcelle, Le Danube, voyage de printemps, Mermod, 1954 (32 pages)

Galaţi (Galatz) : le port, les tilleuls et la Commission Européenne du Danube

Le Danube et la Falaise de Galaţi sur laquelle se tient une grande partie de la ville

Là-bas dans le port de Galaţi

« Là-bas dans le port de Galaţi,
Les marchands croulent sous le poids
Des étoffes persanes,
Des fourrures lipovènes.
Rouleaux de soie
Douce comme laine,
Fils de soie brillante,
Drap légers comme un souffle ;
Marchandise féminine
Et toile de Turquie,
Pantoufles légères
Rapportées d’Inde,
Fourrure longue et molle
Bordée de Zibeline. »

Ancienne ballade populaire roumaine, citée dans Galatzi, Petit guide touristique, Éditions Méridiane, Bucarest, 1964

   « Galatz est une petite ville assez florissante, fréquentée principalement par des vaisseaux grecs qui viennent du Bosphore, et retournent chargés des différentes productions de la Moldavie. On construit ici des vaisseaux d’une grandeur considérable ; mais comme le bois qu’on emploie à leur construction est mis en oeuvre avant qu’il soit sec, il se retire ; les jointures s’ouvrent, et le vaisseau coule bas. C’est une des nombreuses causes auxquelles on doit attribuer la grande quantité de débris de vaisseaux qui couvrent continuellement les rives du Pont-Euxin1Du haut d’un rocher qui domine la ville, nous voyons le Danube se déployer devant nous ; plus loin nous découvrions le mont Hémus2, et nous allions même jusqu’à nous imaginer que nous apercevions les murailles blanches de Tomy3, où Ovide fut envoyé en exil, et dont le nom moderne est Baba-Dagh (la capitale des montagnes). Cette ville est située à environ quarante-cinq milles sud-est de Galatz, et fut prise en 1771 par un détachement de l’armée russe de Catherine II, commandée par Romanzoff4. » 

Adam Neale (1778-1832), physicien, chroniqueur et écrivain écossais,Voyage en Allemagne, en Pologne, en Moldavie et en Turquie, tome second, Paris, 1818

Notes :
1Ancien nom pour la mer Noire, du grec Pontos Euxeinos, la mer hospitalière
2 Nom donné dans l’Antiquité à un sommet ou à la chaine des Balkans bulgares
3 Tomis ou Tomes est l’ancien nom de Constanţa. Le poète Publius Ovidius Naso (43 av. J.-C.-17 ap. J.-C.), connu sous le nom d’Ovide fut envoyé en exil à Tomes par l’empereur Auguste (63 av. J.-C.-14 ap. J.-C.) pour une raison inconnue. Il mourut dans cette ville.
4Le général russe Pierre Alexandre Romanzoff (1730-1800) dit « le Transdanubien », fut la « bête noire » de la « Sublime porte ». C’est l’instigateur du Traité de Küçük Kaynarca (Koutchouk-Kaïnardji) du 21 juillet 1774 entre la Russie et l’Empire Ottoman qui met fin au conflit des années 1768-1774. Ce traité très avantageux à l’impératrice Catherine II de Russie permet notamment à son pays de prendre pied sur les rives du Dniestr et d’avancer vers le delta du Danube que la Russie atteindra quelques années plus tard.

Vue de Galaţi depuis la rive droite, vers 1824, dessin de Jacob Alt (1789-1872)

« Heureusement qu’à côté du vieux Galatz des Turcs, il commence à se bâtir une ville nouvelle, qui datera, comme Braïlof [Brǎila], de la régénération des Principautés. C’est sur la colline qui domine le Danube que s’élèvent déjà quelques maisons qui sentent l’Europe et qui témoignent de ce que pourra devenir Galatz. Cette colline a une belle vue sur la dernière branche des Balkans, qui sépare le Danube de la mer Noire et qui le rejette au Nord ; elle a, à sa gauche, le lac Bratiz [Brateş] et le Pruth, qui sépare la Moldavie de la Bessarabie ; à droite la ligne du Danube et la plaine de Valachie ; à ses pieds le port, et elle ressemble, en petit, à la côte d’Ingouville au Havre. Je souhaite à Galatz d’avoir avec le Havre d’autres ressemblances. »

Saint-Marc Girardin (1801-1873)
Écrivain, homme politique et historien, professeur d’histoire puis de littérature à la Sorbonne, membre de l’Académie française à partir de 1844

La rue Domneascǎ et le centre ville autrefois

« Galatz est la seconde ville de la Roumanie. Elle renferme, nous a-t-on assuré, 180 000 habitants. Bucharest, capitale de la principauté, n’en compterait pas moins de 250 000. Les ouvrages spéciaux, et notamment Bouillet [Marie-Nicolas Bouillet,1798-1864], n’assignent à Galatz qu’une population de 10 000 âmes. La seule explication qui se puisse donner de cette contradiction, c’est que ces ouvrages ont été écrit avant que ne ce soient réalisés les rapides développements que Galatz doit à sa situation géographique moins encore qu’aux travaux accomplis depuis 1856 par la Commission européenne instituée par le traité de Paris pour l’amélioration des passes du Danube.

   On sait que ce fleuve verse ses eaux dans la mer Noire par trois bouches principales : Kilia, Saint Georges et Soulina.

   Assise au sommet de ce triangle qui constitue le delta du Danube, la ville de Galatz se trouve être le point de jonction entre la navigation exclusivement fluviale et la navigation maritime. Elle est ainsi l’entrepôt forcé de tous les produits qui empruntent la voie du Danube pour s’échanger entre les provinces les plus reculées de l’Allemagne, depuis le grand-duché de Bade, et le marché asiatique, en arrière de Constantinople.

   On a bien essayé de faire échec à ce monopole par l’établissement de deux chemins de fer : l’un qui, partant de Tchernavoda [Cernavoda], sur le Danube, aboutit à Kustendjié, sur la mer Noire ; le second, qui part de Routschouk et se termine au port de Varna. L’une et l’autre de ces voies ont pour but de racheter la courbe accentuée que décrit le Danube en remontant vers Galatz et la Bessarabie, avant de jeter ses eaux dans le Pont-Euxin ; mais cette tentative ne paraît pas devoir réussir. Même dans l’hypothèse, dont la réalisation doit être considérée comme prochaine où ces deux tronçons se trouveront rattachés au réseau général des voies ferrées européennes, les embarras, les retards, les frais de transbordement et la différence du prix du fret entre la voie de fer et la voie d’eau compenseront et au-delà l’avantage qu’on peut se promettre d’une abréviation de parcours relativement insignifiante si l’on considère la distance immense qu’ont à parcourir l’un point extrême à l’autre les marchandises échangées.

Galaţi et le delta du Danube en 1867, carte d’Heinrich Kipert (1818-1899)

Le port de Galatz a, par suite de cette situation privilégiée, presque exclusivement profité de l’accroissement considérable survenu depuis la guerre de 1856 dans les échanges entre l’Orient et l’Occident. Ce progrès a été singulièrement favorisé, comme je le disais tout à l’heure, par les travaux accomplis depuis la même époque pour l’approfondissement des passes du Danube.

   En effet, avant 1856, la branche la plus accessible du fleuve pouvait à peine recevoir des petits navires ayant moins de quatre mètres de tirant d’eau ; elle peut être aujourd’hui fréquentée par d’énormes bâtiments de six mètres. Alors que jadis les marchandises provenant du cours supérieur du Danube devaient être chargées sur des chalands pour être ultérieurement transbordées sur les navires de mer, on voit aujourd’hui, ancrés devant les quais de Galatz, des vapeurs de commerce du tonnage le plus élevé, battant en général pavillon anglais qui recueillent sans intermédiaire le fret à Galatz même, pour le transporter non plus seulement à Constantinople, mais directement et sans rompre charge dans les ports de la Méditerranée, voire même jusqu’en Angleterre.

Départ du courrier à Galatz en 1933 par le peintre Albert Marquet (1874-1947)

Cette modification survenue dans les habitudes du commerce est tout à l’avantage du port de Galatz, dont l’activité ne pourra que se développer à l’avenir sous l’influence des travaux entrepris par la Russie en Bessarabie, le long de la branche de Kilia.

   La ville de Galatz occupe d’ailleurs une situation magnifique, que contribuent à embellir les grandes perspectives offertes à cet endroit par le cours majestueux du Danube. Elle ne manque ni de constructions privées assez élégantes, ni de promenades, ni d’églises ou de mosquées relativement riches. L’ensemble toutefois en est sauvage et l’aspect pour ainsi dire inculte. Si la civilisation s’y révèle dans quelques détails, c’est une civilisation à son début et à peine ébauchée. Pas plus que dans une autre ville de l’Orient, il n’y a ici ni édilité ni police organisée, par conséquent ni éclairage ni propreté. Si quelques-unes des rues principales sont empierrées, elles le sont de façon à rendre la marche à pied pénible et la circulation en voiture sinon impraticable, tout au moins très fatigante.

   C’est à Galatz que nous avons dû abandonner la navigation exclusivement fluviale, pénétrés de gratitude pour les attentions dont nous avions été l’objet pendant notre séjour prolongé à bord des magnifiques steamers de la Compagnie impériale et royale1Pour poursuivre jusqu’à Constantinople, nous transbordâmes sur l’Aunis2, appartenant à la Compagnie des Messageries maritimes3. À bord de ce joli paquebot, dont la seule infériorité consiste dans l’insuffisance de son échantillon pour répondre aux exigences d’un trafic toujours croissant, je me trouvais chez moi et pour ainsi dire en pleine famille. Il va de soi que nous n’avons manqué, sur l’Aunis, d’aucun des conforts qu’il soit possible d’obtenir dans le cours d’une traversée maritime.

   La descente de Galatz à la mer par la branche de Sulina n’exige pas moins de huit heures. Dans le cours de ce trajet , que nous avons accompli en compagnie de l’excellent agent des Messageries maritimes M. Malavassi, nous avons passé en revue plusieurs escales d’importance inégale, mais toutes intéressantes, notamment Toulscha et Soulina.

   Cette dernière, l’un des bourgs les plus peuplés de la Dobroutscha, est assise à l’issue même de la branche du Danube à laquelle elle donne son nom. L’aspect en est agréable ; son port, quoique étroit et incommode, n’est pas dénué d’animation. Soulina est, de plus, le siège de l’administration instituée par la Commission internationale pour l’amélioration des passes du Danube, et son principal dépôt.

   Pendant la durée des opérations nécessitées par le débarquement et la mise à bord des marchandises, nous avons pu mettre pied à terre et examiner en détail, sous la conduite d’un médecin français attaché à la Commission [Européenne] du Danube, les formidables travaux de défense élevés par les Russes pour protéger l’entrée de la passe.

   Jusqu’ici nous n’avions vu les Russes qu’à distance ; à partir de Galatz, le contact avec eux est devenu plus direct. Non seulement ils occupent militairement tout le pays qui s’étend sur l’une ou l’autre rive du Danube, en aval de Galatz, mais ils en ont complètement assumé l’administration. Leur police s’exerçait jusque sur notre bord. Il faut dire, pour être juste, que les procédés des agents moscovites, depuis les gouverneurs investis de la plénitude des pouvoirs publics jusqu’au employés d’un ordre inférieur, ne se ressentaient pas trop, nous fut-il assuré, des habitudes, de l’esprit et de l’omnipotence militaires. Si, en Roumanie, simple lieu de passage pour leurs troupes, les Russes gardent l’attitude et la mobilité d’une armée en campagne, en Bulgarie, au contraire, où ils se considèrent comme chez eux, leur prise de possession est complète. Ils s’y conduisent toutefois en gouvernants et en administrateurs plutôt qu’en vainqueurs et en conquérants. L’occupation russe présente d’ailleurs tous les caractères de la permanence. Il n’y avait pas jusqu’aux femmes qu’on apercevait aux bras d’officiers de tous grades, assistant sur le quai à l’arrivée du paquebot, dont les toilettes élégantes et printanières ne témoignassent qu’en quittant les bords glacés de la Néva pour rejoindre leurs maris ou leurs frères sous le ciel de l’Orient, ces dames n’avaient pas conservé l’esprit de retour. En Bulgarie, on se sent aujourd’hui en pleine Russie. Or ce n’est pas la moindre des attractions du voyage que de voir le courant moscovite traverser, sans s’y mêler, le courant ottoman, comme les eaux limoneuses du Rhône traversent, sans se confondre avec eux, les flots azurés du lac de Genève.

   Le 6 juillet (1878 ?), par un temps exceptionnellement splendide, l’Aunis quittait Soulina pour entrer en pleine mer. »

De Paris à Constantinople par le Danube, Esquisses et souvenirs de voyage, Imprimerie D. Jouaust, Paris, 1878

 Notes :
1 Il s’agit de la D.D.S.G., Première Compagnie Impériale et Royale autrichienne  de Navigation à Vapeur sur le Danube, fondée à Vienne en 1829. L’auteur du récit est à bord du vapeur « Tegethoff ».
2 Paquebot en service de 1861 à 1882
Compagnie de navigation française fondée en 1851

« Galatz, grande ville portuaire en plein développement
Hôtels-restaurants : Hôtel de Paris, service français, Hôtel Müller, Hôtel du Nord, service allemand, à l’Hôtel du nord, baignoire, bain vapeur et douches. Galatz est le siège de la Commission Européenne du Danube et une préfecture roumaine. La population de cette ville est composée d’un grand mélange de nationalités diverses parmi lesquelles beaucoup de Grecs et 2000 citoyens de l’Empire austro-hongrois. La ville est construite au-dessus du quartier périphérique de Mehala, appelé également quartier du port, lequel se tient sur la rive inférieure et dont les quais commencent à s’étendre. Les sites les plus intéressants de Galatz font partie des activités du port dans lequel, outre la D.D.S.G., la Compagnie de Navigation Austro-Hongroise Loyd, Les Messageries Maritimes et la Compagnie de Navigation Russe ont également des bureaux.
Le lac Brates, d’une surface de plusieurs km2 et très poissonneux est situé au nord de la ville. »

Alexander Franz Heksch, Illustrierter Führer auf der Donau, von Regensburg bis Sulina, Handbuch für Touristen und Geschäfts-Reisende, A. Hartlepen’s Verlag, Wien, Pest, Leipzig, 1880

« Chapeau bas, habitants de Galaţi ! Vous avez été les premiers à célébrer le grand génie national de la poésie, Mihai Eminescu ! »
Alexandru Dimitrie Xenopol  (1909) 

La statue de Mihai Eminescu (1850-1889) dans le Parc municipal réalisée par l’artiste Frédéric Stork (1872-1942) et solennellement inaugurée en 1911, photo droits réservés

« Galatz compte 96 000 habitants, dont de nombreux Allemands et Hongrois, ainsi que des membres de tous les pays naviguant sur le fleuve.

   Celui qui arrive en bateau à Galatz distingue d’abord la ville portuaire (Mahala), qui s’étend avec ses quais le long du Danube. La ville proprement dite  se trouve derrière Mahala, une trentaine de 30 m au dessus. Galatz possède un magnifique théâtre (Papadopol), un grand palais administratif nouvellement construit, le palais du Métropolite [siège de l’évêché orthodoxe de Galatz], un lycée, un grand nombre d’hôpitaux civils et militaires et des hospices. C’est également le siège de la Commission européenne du Danube, de l’Inspection générale roumaine de la marine marchande et des ports, d’un commando de marine et d’une cour d’appel. La ville possède des consulats généraux et des consulats de toutes les nations commerçantes dans la région.

Vue du port en 1909

Des centaines de grands cargos maritimes apportent des produits industriels d’outre-mer vers le Danube et descendent le fleuve emmenant des céréales roumaines et bulgares.

Chargement de céréales (Archives de la Bibliothèque départementale V.A. Urechia de Galaţi, droits réservés)

Le Danube jusqu’à la Mer noire, [guide de voyage], ERSTE K. K. PRIV. DONAU-DAMPFSCHIFFFAHRTGESELLSCHAFT, Wien, 1913 

Deux horaires de liaisons maritimes à partir de et vers Galaţi, par la Lloyd autrichienne (Galaţi-Constantinople) et par la Compagnie de Navigation à Vapeur Russe (Galaţi-Odessa-Nicolaeff) au début du XXe siècle avant la première guerre mondiale (guide de voyage de la D.D.S.G., 1913). La compagnie française Fraissinet assurait de son côté un servie régulier entre Marseille et Brǎila via Gênes, Constantinople, Bourgas, Varna, Constanţa, Sulina et Galaţi.  

« Cette ville est plus que le second port marchand  de la Roumanie, plus qu’un vaste grenier à blé, plus que l’ancienne capitales des Galates, paraît-il, (ainsi Jacques, sous le sol foulé par nous reposent nos pères aventuriers), plus qu’un ensemble heureux de brasseries, de beuglants, de bains occidentaux ou turcs, de cinémas et de maisons closes. C’est, dit-on, un des boulevards de l’Europe. Vivons donc, sans plus de souci qu’ailleurs, aux parapets de ce bastion. »

Pierre Dominique, Les Danubiennes, « Galatz », Éditions Grasset, Paris, 1926

« Galatz, ville de 73 000 habitants, est située sur la rive gauche du Danube, entre les embouchures du Sireth et du Pruth, à l’endroit où son cours faisant un coude, prend la direction Ouest-Est. La ville, à l’ouest du port, s’étage sur les hauteurs qui longent le fleuve, et s’étend jusqu’au Jardin Public, tout près de la ville et à L’Est se trouve le lac Brates.
À une distance de 150 kilomètres de Soulina, Galatz a une importance particulière au point de vue commercial car c’est là que s’opère la jonction entre la navigation fluviale et la navigation maritime. C’est à Galatz que les céréales descendues du Danube par chalands sont transbordées sur des vapeurs maritimes. »

Roger Ravard, Le Danube maritime et le port de Galatz,  « Le port de Galatz », thèse pour le doctorat, Librairie moderne de droit et de jurisprudence Ernest Sagot et Cie, Paris 1929

« Pour reprendre contact avec la vie civilisée, après sa villégiature dans la Balta, il passa deux jours à Galatz, ville plutôt grecque et turque que roumaine.
Il s’étonnait, à chaque rue, de voir ces enseignes qu’on eût pu croire arrachées des magasins d’Athènes et de Constantinople. Les confiseries notamment, étalaient ces gâteaux roses, vernissés, qui font les délices de Péra.
   Des souvenirs aussi de Russie, aussi. Il retrouvait les calèches d’un bleu noir qui ont l’air de carrosses de gala ; leurs grands chevaux, de la race de ces trotteurs qui filaient, jadis, à une allure de course, sur la perspective Newski.

   Ici, grâce orientale, leurs cochers ventrus, sanglés dans de longues redingotes de velours à ceinture frangée de glands d’or, avaient décoré le harnachement en cuir blanc de leurs bêtes de rubans roses et de fleurs. »

Louis-Charles Royer, Domnica, fille du Danube, « Sur le Danube » Les Éditions de Paris, Paris, 1937     

   « Braïla — et sa voisine Galaţi, dont l’Antiquaire flétrissait la débauche et la foule de prostituées à chaque coin de rue — sont deux lieux qui conviennent à ses intrigues de bazar. Aujourd’hui les deux villes, et surtout la seconde, sorte de Hambourg du Danube, n’offrent plus à la vue des tapis, mais des chantiers, des grues, un enfer de ferraille — ou du moins ce qui semble tel à ceux qui ont la mémoire courte et oublient les tourments que l’homme devait endurer dans le monde bigarre d’hier. Les deux villes, et surtout Galaţi, sont bien plutôt le symbole de l’ambition d’indépendance de la Roumanie par rapport à l’U.R.S.S., grâce entre autres aux investissements industriels — et le symbole aussi, de la crise économique où l’on a précipité ces ambitieux projets.

Claudio Magris, Danube, « À la frontière », Éditions Gallimard, Paris, 1986 

Brève histoire de Galați

L’ancien palais de la navigation de Galaţi de style néo-roumain, construit en 1912-1915 sur les plans de l’architecte Petre Antonescu (1873-1965), photo © Danube-culture droits réservés

 Galați, aujourd’hui 7e ville de Roumanie, important port fluvial et maritime et grand centre industriel, est une ville de la Moldavie roumaine. Elle se trouve à 250 km au nord-est de Bucarest, sur la rive gauche du Danube, un peu en aval de sa soeur et rivale valaque Brǎila (rive droite), ville natale de l’écrivain Panaït Istrati (1884-1935).
La ville s’étend sur 246, 4 km2
 .

Préfecture du Judets du même nom, elle compte environ 290 000 habitantsdénommés Galatéens (en roumain Gălățeni). 

   La ville actuelle a été construite sur une colline formée de deux terrasses de type hercynien (quaternaire) contournées par le bas-Danube et  par un grand affluent de sa rive gauche, le Siret (624 km) qui se jette dans le fleuve juste en amont de Galați. Elle est délimitée à l’ouest par le lac Cǎtuşa et le lac Brateş1 au nord. Quant au Prut (828 km) deuxième affluent du Danube par la longueur après la Tisza et dernière rivière importante avant le delta, il dessine un peu plus à l’est la frontière avec la Moldavie.

   Cette grande confluence d’eaux douces a créé une zone alluvionnaire ponctuellement inondable, zone sur laquelle on a pourtant édifié la partie basse de la ville après l’avoir plus ou moins bien drainé.

   La fondation de Galaţi remonte à la fin du Néolithique comme des fouilles archéologiques ont pu le confirmer. Au nord-ouest de la ville, sur les rives marécageuse du lac Mǎlina, des fragments de céramique de type Stoicani-Aldeni, des silex et divers outils ont été découverts. La région, habitée durant le Chalcolithique se retrouve aux confins de l’imposant espace scythique (Petite Scythie) puis dans le périmètre oriental européen de l’expansion celte (IIIe siècle avant J.-C.), expansion qui s’étendra jusqu’en Asie mineure. Entretemps, des peuplades géto-daces conquièrent et s’installent durablement sur ces territoires comme sur l’emplacement de la ville (VI-Ve siècles av. J.-C.). Ces peuplades développent une civilisation agricole et ingénieuse, pêchent, pratiquent le commerce de l’or, de l’argent, du sel, du miel, de la laine et établissent la capitale de leur royaume à Sarmizegetuse jusqu’à ce que l’empereur romain Trajan, lassé des attaques et des incursions régulières de ces redoutables guerriers, y mette fin en faisant construire un pont sur le Danube pour aller conquérir le Sud-Ouest de la Dacie (101-106 ap. J.-C.) sur le territoire de laquelle se trouve l’emplacement fondateur de la future ville, auparavant déjà influencée par la civilisation romaine toute proche. Les trésors des tributs daces soumises passent alors aux mains des Romains qui s’empressent également d’exploiter leurs mines d’or et d’argent.

 Dépendante initialement du castrum de Bǎrboşi (forteresse de Tirighina), construite à l’époque de l’empereur Trajan sur un promontoire au-dessus du Siret (rive gauche) d’où les soldats romains avec leur flotte militaire peuvent surveiller les frontière de l’Empire, la nouvelle cité, qui sera habitée en permanence jusqu’au VIe siècle, s’implante, à partir du IIIe siècle, sur la rive gauche du Danube, au sud de l’emplacement actuel de l’église fortifiée Sfanta Precista (Sainte Vierge). Un ensemble de 12 monnaies en argent, éditées entre 613 et 685, découvert dans une tombe byzantine atteste de la présence humaine à cet emplacement. D’autres pièces de monnaie, datant de l’époque ultérieure de l’empereur Michel IV le Paplagonien (1034-1041), y ont été également retrouvées. Dans l’empire byzantin jusqu’au XIVe puis moldave la ville devient un comptoir génois et porte le nom de Caladda. Le Codex Latinus Parisinus de 1395 mentionne Caladda, escale génoise où l’on pouvait mettre les navires en cale sèche. Le quartier de Galați à Constantinople, autre ancienne escale génoise, partage la même origine. Le monde universitaire roumain adhère en majorité à cette origine italienne remontant au XIVe siècle : caladda, mot génois, signifie « cale de mise à l’eau ». Les anciens, Génois, navigateurs et commerçants dans l’âme avaient à l’époque un grand nombre de comptoirs tout autour de la mer Noire et sur le cours du bas-Danube dont, en Roumanie actuelle, San Giorgio (Giurgiu) et Licostomo, ancien port céréalier de l’Empire byzantin, près de Chilia-Vecche, sur la rive sud du bras du même nom.

   Un document signé par le voïvode Etienne II (Ștefan II) de Moldavie datant des années 1445 mentionne Galați comme l’un des ports de la Moldavie avec Reni, Chilia et Cetatea Albǎ (Bilhorod-Dnistrovsky) située sur l’estuaire du Dniestr. En 1484, Reni, Chilia et Cetatea Albǎ tombent aux mains des Ottomans. Galați demeurera provisoirement le seul port de la Moldavie, non seulement pour les échanges internes entre les principautés danubiennes mais aussi pour les nombreux échanges commerciaux avec la Turquie et la Pologne. De nombreux bateaux partent à destination de Constantinople chargés de blé, de bois, de moutons et chevaux, de denrées alimentaires diverses mais aussi de graisses et de cire pour l’éclairage du palais du sultan. Du poisson du Danube ou des lacs avoisinants est expédié vers la Pologne pendant que le pays importe via le port de Galaţi, des tissus et des étoffes en provenance de Venise. Une communauté juive s’implante à Galaţi  à la fin du XVIsiècle et en 1590, un cimetière juif est construit au nord de la ville.
La ville se développe, prospère mais attire les convoitises de peuples voisins, notamment des Tatars, établis dans la région voisine du Boudjak ottoman (Bessarabie).

Galaţi depuis la rive droite, vers 1824, dessin de Jacob Alt

En 1710 les Tatars pillent Galați après la bataille de Stǎnileşti. L’église Saint-Georges sera saccagée lors de leurs nombreux raids. La Russie qui affronte à cinq reprises l’Empire ottoman y ouvre un consulat dès 1784 ce qui n’empêchera pas la ville d’être incendiée en 1789, pendant la quatrième guerre russo-turque, par les armées du général Mikhaïl Fedotovitch Kamenski (1738-1809). D’autres consulats ouvriront ultérieurement, en 1798 (Empire autrichien), en 1830 (France et Angleterre), en 1833 (Italie) et en 1838 (Royaume de Prusse). 

Plaque en hommage aux 15 héros de la révolution grecque tués lors d’un affrontement avec les troupes turques de la ville de Galaţi le 21 février 1821, photo © Danube-culture, droits réservés

Galați devient dans les premières années du XIXe l’une des bases de la Filiki Eteria ou Hétairie des amis, une société hellénistique secrète fondée en Russie à Odessa en 1814 et inspirée des idées des révolutions américaine et française tout en luttant contre le joug ottoman. C’est à Galaţi que se rejoignent en 1821 les révolutionnaires grecs d’Alexandre Ypsilanti (1792-1828) et les pandoures moldaves et valaques de Preda Drugănescu. Vassilios Karavias, chef de l’Hétairie du port et ses partisans repoussent dans le Danube la petite garnison locale ottomane et pillent les biens de riches marchands turcs, arméniens, juifs séfarades, romaniotes, phanariotes, avdétis sous divers prétextes. Les Ottomans reprennent la ville quelques semaines plus tard et la saccagent à leur tour en représailles tout en massacrant une partie de la population. 

Le poète et révolutionnaire bulgare Christo Botev (1848-1876) a  séjourné à Galaţi en 1871-1872 dans cette petite maison de la rue Nicolae Bălcescu (n° 33) autrefois dénommée rue du General Berthelot. En arrière-plan l’église bulgare, photo © Danube-culture, droits réservés

Galaţi, sensible aux idées du « Printemps des peuples » et des révolutionnaires connaît une nouvelle période d’agitation et de revendications dans les années 1848-1856. Les premiers travaux de modernisation la ville, aux ruelles « étroites sales et boueuses », aux maisons basses, insalubres, entassées dans le désordre sur de petits lots de terrain », au bas quartiers souvent inondés, ont enfin commencé. Le développement des activités du port (céréales, bois), du négoce, des importations connaissent un essor considérable grâce notamment au statut avantageux de « Port franc » de Galaţi, (1837- décembre 1882). Son abrogation est vivement contestée par la population locale, soutenue dans sa revendication par Mihaï Kogǎlniceanu. La construction des docks, la naissance d’un tissu industriel (chantiers navals, ateliers de chemin de fer, laminoir, minoterie…) attirent une population et une main d’oeuvre bon marché des environs et font doubler le nombre d’habitants entre 1847 (entre  8000 et 9000) et 1873 (entre 60 000 et 70 000). 

La Commission Européenne du Danube     

 La Commission européenne du Danube, organisme intergouvernemental  institué par les articles 15 et 16 du Traité de Paris du 30 mars 1856, traité donnant au fleuve un statut international pour la navigation, a installé entretemps son siège et ses services comptables à Galaţi, ses services techniques à Sulina et les bureaux de l’Inspection de la Navigation à Tulcea.
La Commission possède en outre à Galaţi 2 magasins à bois et à charbon, une maison d’habitation pour deux membres du personnel subalterne et une usine pour la lumière électrique avec l’outillage nécessaire à son fonctionnement.

« Personne morale du droit international », elle comprend initialement des délégués d’Autriche-Hongrie, de Prusse, de France, de Grande-Bretagne, de Russie, d’Italie et de Turquie auxquels viendront se joindre en 1878 des représentants roumains, exerce à titre de mandataire, une véritable souveraineté sans avoir à en référer à l’autorité territoriale des Principautés danubiennes puis de la Roumanie (1877), souveraineté qui ne sembla pas acceptable à ce pays et qui engendrera un conflit de compétence entre celui-ci et la C.E.D., celle-ci s’étant vu attribuer en supplément, suite au Traité de Londres (1883), la gestion du secteur du Bas-Danube situé entre Galaţi et Brǎila. Une partie des missions de C.E.D. seront ainsi rétrocédées au cours du temps à la Roumanie puis cet organisme international cessera définitivement ses activités en 1939.

L’Hôtel d’administration de la Commission Européenne du Danube, qui comprenait les bureaux du Secrétariat général et de la Caisse succursale, ainsi que les locaux nécessaires aux réunions de la Commission. (photo collection Bibliothèque Départementale V.A. Aurechia de Galaţi)

Son siège est bombardé durant la première guerre mondiale par l’armée allemande au mépris du statut de neutralité des ouvrages et bâtiments de ladite commission !

Médaille de la Commission Européenne du Danube (collection du Musée d’Histoire de Galaţi, photo © Danube-culture, droits réservés

Galaţi au XXe siècle

   En 1908, l’ingénieur roumain Anghel Saligny (1854-1925), auteur du premier pont ferroviaire sur le Danube roumain situé à Cernavodǎ, reliant la Dobroudja à la Munténie  est chargé de dessiner les plans d’un nouveau port et de ses aménagements qui s’achèveront en 1914.

Notre-Dame de Sion, une institution éducative religieuse de haut niveau tenue par des soeurs françaises fait intimement partie de l’histoire de Galaţi. Le bâtiment a été malheureusement détruit (collection Bibliothèque Départementale V.A. Aurechia de Galaţi). 

L’année précédente, à la suite d’une sécheresse prolongée, de mauvaises récoltes et à cause d’un système agricole dépassé qui sera aboli en 1921, avait éclaté une révolte de paysans roumains. Les insurgés pénétrèrent dans Galați pour y piller les entrepôts de céréales, mais l’armée s’interpose et tire provoquant des centaines de morts. Ce sombreépisode est interprété différemment selon les historiens : pour les nationalistes, c’est une révolte roumaine contre l’oppression étrangère (le port et les grands domaines étaient administrés par des gestionnaires et des marchands en majorité grecs, arméniens et juifs). Pour d’autres, il s’agit d’une révolte prolétarienne contre les classes dominantes. Pour les Juifs il s’agit évidemment d’un pogrom.

   Entre les deux guerres mondiales, pendant la période de démocratie parlementaire, Galați demeure le siège de la Commission Européenne du Danube dont certaines des activités se sont déjà ralenties pour différentes raisons. Les membres y siègent lors de séances plénières deux fois par an. « Dans l’intervalle de celles-ci, ils sont remplacés par des délégués suppléants chargés de l’administration de la Commission et qui réunissent à cet effet en Comité exécutif deux fois par semaine. Ce comité s’assurent en particulier de l’application des tarifs de péages et de l’avancée des travaux d’amélioration fluviale du [Danube maritime.] »1

Galaţi à la Belle Epoque : les élégantes n’avaient rien à envier à leurs semblables des grandes capitales européennes (Collection Costel Giorgiu)

La ville s’embellit et connait à nouveau un développement rapide. Puis elle est malheureusement soumise de 1938 à 1989, comme le reste de laRoumanie, à 3 régimes dictatoriaux successifs : carliste, fasciste et communiste. Durant la seconde guerre mondiale, elle est occupée et pillée par les troupes allemandes (fin 1940) puis russes (1945-1958). Elle sera également bombardée par l’aviation anglo-américaine en  juin 1944 et, en août de la même année, par les avions allemands. 

   Après les désastres des bombardements Galaţi se reconstruit et subit dans les années 70 un nouveau traumatisme. Une grande partie du centre-ville historique, avec ses superbes monuments, est démolie pour permettre d’édifier, sous la direction de l’architecte Cezar Lazarescu (1923-1986), auteur entres autres réalisations de l’aéroport Otopeni et de la Bibliothèque Nationale à Bucarest, une nouvelle cité avec de grandes barres d’immeubles où seront logés les 50 000 ouvriers de l’un des plus grands complexes industriels et sidérurgiques de Roumanie, implanté à l’ouest de la ville.

Un immense chantier de démolition puis de reconstruction métamorphose Galaţi dans les années 70 pour le meilleur comme pour le pire avec la destruction d’une partie du patrimoine historique.

La construction inachevée et bâclée engendre de gros problèmes techniques d’isolation, de chauffage, d’adduction d’eau et de gaz, de fonctionnement des ascenseurs. La mauvaise gestion des aciéries et des chantiers navals, difficilement rentables, entraine au cours des années l’accumulation de déficits financiers abyssaux. Leurs dirigeants laissent péricliter ces sites industriels après la révolution de 1990 pour finir par les brader en 2001.

À la lisière de Galaţi, les industries sidérurgiques ont dévasté et pollué durablement le paysage, photo © Danube-culture, droits réservés

Le complexe sidérurgique est alors racheté parle géant indien Mittal Steel. Le nombre d’ouvriers a diminué de manière drastique mais cette aciérie reste encore de nos jours le plus gros site sidérurgique de Roumanie et génère une importante pollution.Elle est souvent appelée par son ancien nom, la Sidex.

Les chantiers navals en 1978, photo Wikipedia

Les chantiers navals de Galați, liés aux activités portuaires et qui faisaient autrefois la réputation et la fierté de la ville ont décliné puis ont été rachetés en 1999 par le Consortium hollandais Damen Shipyards, un des plus grands constructeurs navals au monde.
https://youtu.be/EDo3ZsVve6s

Des barges, des chalutiers de haute mer sont toujours amarrés au milieu du fleuve et des milliers de wagons et de locomotives, construits sur ces sites ont été abandonnés, rouillant tristement sur les voies de garage des anciennes gares de triage. Galați connait encore un chômage important mais de nouvelles activités économiques ont vu le jour et contribuent à redynamiser la ville.

Notes
1sur les rives duquel on cultivait au XVIIIe siècle de la vigne pour élaborer un vin champagnisé fort apprécié !
2 Roger Ravard, Le Danube Maritime et le port de Galaţi, « La Commission Européenne du Danube », Thèse pour le doctorat, Librairie Moderne de Droit et de Jurisprudence, Ernest Sagot et Cie, Paris, 1929

À propos du nom de Galaţi

 Les adeptes du protochronisme, courant pseudohistorique très influent en Roumanie (et ailleurs dans le monde sous d’autres régimes totalitaires…) pendant le régime dictatorial de N. Ceauçescu, ont associé le nom de Galați, même s’il n’apparaît pas avant le XIVe siècle, à la racine celtique et indo-européenne [gall-] « étranger » et en ont fait une dérivation de Galates (Gaulois en grec), peuple celte argumentant que cette région habitée dans l’Antiquité par des Thraces septentrionaux, les Daces, a aussi été colonisée par des tribus celtes au début du IIIesiècle av. J.C. Les partisans de cette hypothèse font même remonter le toponyme de Galați à environ 2300 av. J.C. Selon eux, c’est en cheminant d’Anatolie vers les Alpes que des Proto-Celtes auraient alors émigré et développé en Europe la civilisation dite « de Hallstatt ». Ils associent aussi le nom de Galați à la Table de Peutinger (1265), carte sur laquelle, outre la Galatie au centre de l’Anatolie, figure aussi une Tanasie-Galatie au nord de la Mer Noire. Ils affirment enfin que les Celtes de Galatie seraient le peuple évoqué dans la Bible dans l’Épitres aux Galates. Selon eux des études de généalogie avec des outils modernes de génétique moléculaire viendraient confirmer leur hypothèse.

   D’autres recherches font référence à des étymologies slaves ou coumanes (polovstiennes). Selon l’une d’entre elles, des habitants de la Galicie, des  ukrainiens originaires des Carpates, auraient laissé leur nom à la ville au XIIIe siècle, lorsque la Principauté de Galicie-Volhynie étendit à la Moldavie sa zone d’influence commerciale et politique. C’est une thèse qui a la faveur des milieux historiques russes et ukrainiens. Selon cette hypothèse, le nom de la ville dériverait du mot de la langue coumane galat, racine qui apparaît, également dès le XIIIe siècle, dans d’autres toponymes des environs comme  Gălățui, lac dont le suffixe est d’origine coumane, le suffixe ui signifiant dans cette langue « eau ». Quant aux Serbes, ils revendiquent galac comme origine du nom de la ville.

Un patrimoine architectural (en partie) miraculeusement indemne 

L’Hôtel de ville, photo © Danube-culture, droits réservés

Le patrimoine architectural de Galaţi qui a pu traverser miraculeusement indemne les conflits mondiaux et les « aménagements » de la dictature communiste, présente un intérêt exceptionnel comme en témoignent la belle cathédrale orthodoxe du XVIIe siècle, dédiée à Saint Georges, l’église grecque et la magnifique église fortifiée et Sfânta Precista, érigée sur la « Falaise », toute proche du Danube.

Sfânta Precista, église fortifiée, photo © Danube-culture, droits réservés

Édifiée sous le règne d’Étienne le Grand (1457-1704) puis détruite lors des invasions ottomanes, elle est reconstruite sous le règne du prince de Moldavie Vasile Lupu (Basile le Loup, 1634-1653). Une légende raconte qu’un tunnel y aurait été creusé sous le fleuve à partir de l’église pour rejoindre l’autre rive. 

Icône de l’église fortifiée Sfânta Precista, photo © Danube-culture, droits réservés

On trouve en ville une remarquable bibliothèque Départementale, la bibliothèque V. A. Urechia, hébergée dans l’ancien « Palais de la Commission Européenne du Danube ».

La Bibliothèque Départementale V.A. Urechia, photo © Danube-culture droits réservés

« Dans ce bâtiment a fonctionné entre 1895 et 1948 la Commission Européenne du Danube », photo © Danube-culture, droits réservés

Le joli jardin japonais dans le parc du Musée des Sciences naturelles, photo © Danube-culture, droits réservés

Galaţi possède un complexe muséal dédié aux sciences naturelles entouré d’un parc au sein duquel se cache un joli petit jardin japonais très apprécié, plusieurs institutions comme le Musée d’histoire de Galaţi « Paul Pǎltǎnea », ouvert en janvier 1939 dans le cadre du 80e anniversaire de l’Union des Principautés roumaines, doté en particulier d’un fonds archéologique antique remarquable, d’une collection ethnographique, d’une bibliothèque, d’objets ayant appartenu à la Commission Européenne du Danube, la Maison Cuza Vodǎ où a habité Alexandru Ioan Cuza, prince souverain progressiste de Moldavie et de Valachie (1859-1862) puis de Roumanie (1862-1866), le Musée des Arts Visuels témoignant de la vitalité et de l’originalité de la peinture roumaine. 

La coupole de la cathédrale orthodoxe, cathédrale archiépiscopale du Bas-Danube depuis 1957 dont la construction commença en 1905 sur les plans des architectes Petre Antonescu (1873-1965) et Štefan Burcuş (1870-1928). Elle fut consacrée le 6 août 1917, photo © Danube-culture, droits réservés 

De nombreuses anciennes villas de la fin du XIXeet du premier tiers du XXe siècle sont également à découvrir lors de promenades dans la cité.

Dans les rues arborées du centre ville, ©photo Danube-culture,  droits réservés

Parfois (souvent) en mauvais état, mal restaurées ou mutilées de diverses façons, témoignages émouvants de la grande époque galatéenne, elles sont malgré tout la plupart du temps classées « Monuments historiques » et concourent à donner à certaines rues arborées de tilleuls un charme nostalgique. Sans doute la ville gagnerait-elle beaucoup à entreprendre elle-même ou à inciter leurs propriétaires actuels à les restaurer. C’est bien de trésors architecturaux qu’il s’agit de préserver car elles témoignent comme d’autres monuments d’une époque « fastueuse » révolue. 

Le charme des villas d’autrefois, photo © Danube-culture, droits réservés

Une salle de musique récente (le Théâtre L. Nae) accueille des manifestions culturelles, des concerts et des représentations d’opéras très fréquentés et d’un excellent.

   La bibliothèque française Eugène Ionesco séduit un public francophone et francophile de plus en plus nombreux grâce à un fonds de documents et à des évènements culturels, des rencontres et conférences organisés tout au long de l’année.

La tour de télévision de Galaţi à l’extrémité de la « Falaise » domine le Danube et offre une vue exceptionnelle sur la ville et le fleuve, photo © Danube-culture, droits réservés

Des parcs municipaux bien entretenus et agrémentés de  statues, comme le parc Mihai Eminescu, le jardin public, jalonnent la ville.

Promenade de la Falaise, photo © Danube-culture, droits réservés

Une longue et agréable promenade le long du fleuve avec une collection de sculptures contemporaines imposantes permet aux habitants de flâner, de se restaurer, et aux visiteurs de découvrir « La Falaise ». Une haute tour de télévision datant de l’époque communiste la domine offre une vue imprenable sur la ville et le fleuve. Son restaurant est accessible au public.

   La superbe avenue Domneascǎ avec ses villas élégantes est la plus longue rue bordée de tilleuls d’Europe ce qui donne à la ville, au moment de la floraison, un parfum méridional et une ombre salutaire l’été. Ici ces arbres font intégralement partie du patrimoine galatéens. Les habitants de Galaţi comme ailleurs en Roumanie, vénèrent les tilleuls, considérés comme un arbre sacré pour les orthodoxes pratiquants. Son bois sert à la fabrication des icônes et ses fleurs ornent souvent les autels des églises. 

   Dans le cimetière principal, le carré militaire de soldats français voisine avec des combattants d’autres nationalités témoignant des affrontements meurtriers dans cette partie de l’Europe.

Le carré militaire français de Galaţi  dans l’impressionnant et multiconfessionnel Cimetière de l’Éternité, près du  Mausolée des héros de la nation (première guerre mondiale) et du monument à la mémoire des héros tombés pendant la révolution de 1989, rappelle l’implication de la France par le passé dans cette partie de l’Europe. Des tombes de soldats, civils roumains et étrangers, prisonniers politiques, représentants de diverses minorités de la ville et du pays, reposent dans une atmosphère qui prête à la réconciliation, photo © Danube-culture, droits réservés

L’Université du Bas-Danube, fondée en 1948, obtient le rang d’université en 1974. Galati possède aussi son École Normale ainsi que d’autres institutions éducatives et culturelles, parmi lesquelles les Collèges nationaux Vasile Alecsandri (1821-1890), Costache Negri (1812-1876) et un Lycée de musique Dimitri Cuclin (1885-1978), compositeur, philosophe et poète réputé né à Galaţi.

   Un potentiel de développement touristique au delà des frontières de la Roumanie existe et peut être mis en valeur s’il est accompagné d’une offre d’hébergement et de restauration adaptée ainsi que d’un accueil touristique digne de ce nom. Peut-être serait-il judicieux d’ouvrir enfin un office de tourisme…

En attendant une association de passionnés permet de découvrir d’une façon originale la ville, son patrimoine connu et méconnu, la diversité de ses paysages, les sites du bord du Danube et bien d’autres lieux intéressants des environs.
www.facebook.com/ciprianvciocan 

Avec mes grands et chaleureux remerciements à toutes celles et ceux qui m’ont aidé à découvrir et à apprécier Galaţi, qui ont pris de leur précieux temps pour m’aider à m’orienter et à me documenter sur l’histoire de la ville et de ses habitants, que ce soit L. Buriana et ses collègues de la Bibliothèque départementale V.A. Urechia, Dorina Moisa, directrice de la Bibliothèque française E. Ionesco, Adina Susnea, professeur de piano du Lycée de musique, Victor Cilincǎ, écrivain dramaturge et journaliste érudit qui me fait l’honneur de son amitié. 

Eric Baude pour Danube-culture.org, août 2018, révisé décembre 2019, tous droits réservés 

  Personnalités nées ou liées à Galati

Eugen Bogdan Aburel (1899-1975), médecin, obstétricien et chirurgien
Max Auschnitt (1888-1959), industriel
Remus Azoitei, violoniste, professeur de violon à la Royal Academy of Music de Londres. Remus Azoitei a enregistré avec Eduard Stan pour le label Hänssler l’oeuvre complète pour violon et piano du compositeur roumain George Enescu.
Jean Bart (1874-1933), commandant de marine, écrivain
Hristo Botev, poète révolutionnaire bulgare, habita Galaţi en 1871-1872
Hortensia Papadat Bengescu (1876 – 1955), romancière
Ioan Brezeanu (1916-2010), écrivain, philologue, folkloriste, académicien roumain
Paul Bujor (1852-1952), scientifique, chercheur en physiologie animale
Tudor Caranfil (1931), critique de film, réalisateur et historien du cinéma
Alexandru Cernat (1828-1893), militaire, général de l’armée roumaine mort à Nice
Iordan Chimet (1924-2006), écrivain
Victor Cilincǎ (1958), écrivain, historien, journaliste, dramaturge
Costel Constantin (1942), acteur
Ileana Cotrubaș (1939), cantatrice qui fit carrière dans le monde. Elle était particulièrement appréciée pour sa musicalité et sa sensibilité.
Dimitru Cuclin (1885-1978), compositeur, violoniste, musicologue, pédagogue, écrivain, traducteur et philosophe (métaphysique) est une personnalité singulière du monde de la musique roumaine. Il fut l’élève de Vincent d’Indy à la Schola Cantorum de Paris mais faute d’obtenir une bourse d’études, il doit rentrer précocement en Roumanie. Il enseignera au Conservatoire de Bucarest (premier titulaire de la Chaire d’esthétique et brièvement directeur), est invité aux États-Unis. Considéré comme réactionnaire et idéaliste il est condamné par le régime communiste à deux années de travail forcé dans un camp de prisonniers sur le chantier du Canal de la mer Noire (1950-1952) mais il a la chance d’en réchapper.
Alexandru Ioan Cuza (1920-1973), homme politique, réformateur, diplomate, francophone, gouverneur de Galaţi, colonel de l’armée moldave, souverain des Principautés Unies de Moldavie et de Valachie de 1859 à 1866. Un des pères de la Roumanie moderne.
Laurențiu Darie (1977), musicien
Ion Dongorozzi, écrivain
Nicolae Dunareanu (1881-1973), écrivain, romancier, traducteur
Ludovic Feldman (1893-1987), compositeur
Georges Georgescu (1887-1964), violoncelliste, chef d’orchestre, né à Sulina. Un des plus grands chefs d’orchestre de l’histoire de la musique
Ştefan Gheorghiu (1926 – 2010), violoniste et pédagogue. G. Enescu le recommande avec son frère Valentin avec qui il joue en duo pour obtenir une bourse d’étude pour le Conservatoire de Paris où il suit les classes de violon et de contrepoint. Il termine ensuite ses études à Moscou auprès de David Oïstrak. Violon solo de la Philharmonie d’État de Bucarest à partir de 1946. En 1958, il est lauréat avec son frère du premier concours Georg Enesco et enseigne au Conservatoire de Bucarest (1960).
Valentin Gheorghiu (1928), pianiste, compositeur, frère de Ştefan Gheorghiu
Theodor Grigoriu (1926 – 2014), un des plus grands compositeurs européens du XXe siècle. Compositeur de musique de films (Codin, Valurile Dunării…)
Grigore Hagiu (1933-1985), écrivain
Dan Hulubei (1899-1964), mathématicien
Iosif Ivanovici (1845-1902), chef de l’harmonie militaire de Galaţi, auteur de la célèbre valse « Les vagues du Danube » et de nombreuses marches
Alexandru Jula (1934-2018), chanteur pop,  nommé citoyen d’honneur de la ville de Galaţi en 2002. Il fut aussi le chanteur préféré de l’ancien dictateur Nicolae Ceucescu.
Leonard Nae (1886-1928), ténor, surnommé « Le prince de l’opérette roumaine ». Le théâtre musical de Galati porte son nom.
Constantin Levaditi (1874-1954), savant biologiste
Radu Lupu (1945), pianiste-concertiste roumain d’exception, ancien élève du Conservatoire Tchaïkovsky de Moscou.
Virgil Madgearu (1887-1940), économiste, sociologue, homme politique, ancien ministre des finances
Nicolae Mantu (1871-1957), peintre, reporter de guerre
Mihai Mihail (1977), acteur
Angela Baciu Moise (1970), poète, publiciste, journaliste
Costache Negri (1812-1876), écrivain, politicien et révolutionnaire d’origine moldave
Ioan Nenițescu (1854-1901), poète, académicien roumain
Paul Păltânea (1924-2008), historien, membre de l’Académie Internationale de Généalogie
Tudor Pamfile (1883-1921), folkloriste
Paul et Ecaterina Paşa, premiers fondateurs d’une collection muséale à Galaţi
Samuel Pineles (1843-1928), philanthrope de la communauté juive
Temistocle Popa (1921), compositeur
Ana Porgras (1993), gymnaste
Camil Ressu (1880-1962), peintre
Anghel Saligny (1854-1925), ingénieur en construction, pédagogue, ministre, académicien
Eugen Sârbu (1950), violoniste
Nicolae Spirescu (1921-2009), peintre
Fani Tardini (1823-1908), actrice, le théâtre de Galaţi porte son nom.
Eugen Trancu-Iași (1912-1988), homme politique, avocat, musicologue, collaborateur de Sergiu Celibidache
Vasile Alexandrescu Urechia (1834-1901), historien, homme politique, ministre, écrivain membre fondateur de l’Académie roumaine. La Bibliothèque départementale, ancien siège de la Commission Européenne du Danube, porte son nom.
Victor Vâlcovici, mathématicien
Ion și Alexandru Vladicescu, acteurs

En savoir plus sur Galati…

Viaţa Libera
Pour des informations fiables et une actualité complète dans tous les domaines. Un excellent journal animé par des journalistes érudits et passionnés…
https://www.viata-libera.ro

Théâtre Fani Tardini
www.fanitardini.ro

Théâtre Fani Tardini, photo © Danube-culture, droits réservés

Théâtre musical Léonard Nae
Saison de concerts et d’opéras

Théâtre de marionnettes Gulliver
www.teatrul-gulliver.ro

Centre culturel du Bas-Danube (Centrul cultural Dunǎrea de Jos)
www.ccdj.ro

Université du Bas-Danube
www.en.ugal.ro

L’Université du Bas-Danube, fondée en 1974, autrefois palais de justice et siège du Comité régional du Parti Ouvrier Roumain, photo © Danube-culture, droits réservés

Bibliothèque V.A. Urechia

Buste de V. A. Urechia (1834-1901), historien, homme politique, ministre, écrivain membre fondateur de l’Académie roumaine, photo © Danube-culture, droits réservés

 Remarquable bibliothèque, fondée dès 1889 avec un remarquable fonds de livres, d’incunables, de manuscrits anciens et d’iconographie, une politique d’acquisition avisée, une riche documentation sur l’histoire de la ville. Salles de lecture dans un bâtiment historique, ancien siège de la Commission du Danube.
www.bvau.ro

Le hall élégant de la Bibliothèque départementale V.A. Urechia, photo © Danube-culture droits réservés

Bibliothèque française E. Ionesco
   
Cette structure associative tient une place active et unique dans le paysage culturel de la ville et possède un des plus beaux fonds de livres et de documents en langue française (et aussi dans d’autres langues étrangères !) de Roumanie (+ de 16 000 documents, un fonds en augmentation permanente). Les lieux sont fréquentés par de nombreux étudiants de diverses facultés, lycéens et publics variés qui trouvent dans le fonds de la bibliothèque des sources indispensables à leurs recherches. Sa directrice se dévoue inlassablement et efficacement pour la faire connaître au-delà des cercles francophones et francophiles, élargir et renouveler les fréquentations (manifestations pour les enfants), diversifier les activités et organise inlassablement de nombreux évènements culturels (expositions, concerts…) tout au long de l’année.
www.bfei.ro 

La Bibliothèque française E. Ionesco, photo © Danube-culture, droits réservés

Musée d’histoire de Galaţi
Musée « Cuzǎ Voda », Maison des collections, Mémorial « Costache Negri », Mémorial « Hortensia Papadat Bengescu », Mémorial de la commune d’Iveşti, Maison rurale « Ion Avram Dunǎreanu »
www.migl.ro

Le Musée d’Histoire, photo © Danube-culture, droits réservés

Le Musée « Cuza Vodǎ » (Musée d’Histoire) ancienne maison des parents d’Alexandru Ion Cuza (1820-1873), souverain des Principautés danubiennes Moldavo-Valaques de 1859 à 1866, photo © Danube-culture, droits réservés

Musée des Arts Visuels
www.mavgl.ro

Musée des Sciences Naturelles
planétarium, jardin botanique, jardin zoologique
www.cmsngl.ro

Site de la ville de Galaţi
www.primariagalati.ro

Bibliographie (sélection)

COMŞA, Pompiliu,  ZANFIR, Ilie, GALAŢI, Travel Guide, Axis Livri, Galaţi, 2012
PĂLTĂNEA, Paul, Galaţi, Oraşul teilor, Galatz, City of Linden trees, PAPERPRINTS S.R.L., Galatz, 2004
XENOPOL, Alexandru Dimitrie, Histoire des Roumains de la Dacie trajane : depuis les origines jusqu’à l’union des Principautés, Ernest Leroux, Paris, 1896
NOUZILLE, Jean, La Moldavie, Histoire tragique d’une région européenne, Ed. Bieler, Huningue, 2004
BREZEANU, Ioan, Galaţi, Biografie spiritualǎ, Personalitǎţi ale culturii, ştiinţei şi artei, Editura Centrului Cultural, « Dunǎrea de Jos », Galaţi, 2008
NEDELCU, Oprea et collectif, Cultura, ştiinţa, şi arta în judeţul Galaţi, Dicţionar bibliografic, Galaţi, 1973
NICA, George, IULAN, Panait, Galatz in vechi carti postal ilustrate, 2018
RAVARD, Roger, Le Danube maritime et le port de Galatz, thèse de doctorat, Librairie moderne de droit et de jurisprudence, Ernest Sagot & Cie, Paris, 1929
STANCIU, Ştefan, STROIA Marian, Oraşu Galaţi, în relatǎrile cǎlǎtorilor strǎini, Editura Biblioteca Bucureştilor, Galaţi, 2004
STOICA, Corneliu, Monumente de for public din Municipiul Galaţi, Axis Libri, Galaţi, 2015

Pour rejoindre l’autre rive (rive droite) et Tulcea
Bac Galati-I.C. Brǎţianu  (Navrom), bus depuis le bac pour Tulcea via Issacea.
www.navrom.ro

La « Falaise » depuis le Danube et le bac pour I.C. Braţianu et la rive droite, photo © Danube-culture, droits réservés

 Jardin public, photo © Danube-culture, droits réservés

Vue sur les chantiers navals, photo © Danube-culture, droits réservés

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