L’abbaye bénédictine de Göttweig

   « Les monastères de l’Autriche doivent, en général, leur origine à Charlemagne ; presque tous ils revendiquent l’honneur d’avoir été fondés par lui. Celui de Göttweig, néanmoins, où nous venons de nous arrêter, est attribué à Altmann, évêque de Passau qui mourut en 1091, vingt ans après l’avoir fondé. Ce couvent, quoiqu’il date de 750 ans, n’est pas encore achevé ; les travaux en ont été fréquemment interrompus ; il est à craindre, au reste, qu’il ne soit jamais terminé. Vingt-deux églises paroissiales, quatre villes, un nombre infini de villages et de hameaux étaient jadis soumis à la juridiction du monastère, et lui, ne reconnaissait que celle du pape, qui, seul, avait le droit de le visiter. Le Saint Père usa rarement de ce privilège. Les Turcs [et les Français, les troupes napoléoniennes], au grand déplaisir des bons Augustins [en réalité les Bénédictins], dont ils sont la propriété, s’en firent trop souvent ouvrir les caves et les trésors.

Photo © Danube-culture, droits réservés

 Au reste, ce monastère a perdu beaucoup de ses apanages, de ses revenus et de sa puissance. Les moins sont hospitaliers, bien appris, et les étrangers, comme les habitants des environs, y sont toujours reçus avec courtoisie. Dans la belle saison, le beau tableau que, de là, présente le Danube, et dont le pinceau le mieux inspiré ne peut rendre que faiblement les traits, attire au couvent de Göttweig une foule de pèlerins de tout sexe, de tout âge, de toutes conditions, qui y affluent des campagnes voisines à plus de dix lieues à la ronde. Nous nous en sommes éloignés pleins d’enthousiasme et d’admiration; comme le doivent être des voyageurs amoureux des nobles ouvrages de l’art, des sites où la nature déploie ses plus merveilleux atours ; pleins de reconnaissance pour l’accueil bienveillant et fraternel qu’on nous y a fait.
Un jour, il y a de cela quarante ans de cela, Napoléon trouvait dans le réfectoire des Göttweig un déjeuner confortable servi avec des soins, une prévenance dont il parut enchanté. Bien que sa présence en ce lieu, en compagnie de ses illustres généraux, ne plût que médiocrement aux timides cénobites, il fut traité avec non moins de magnificence que de respect ; toutefois, les grands sabres, les épées, les habits chamarrées d’or et de broderies, tout cela flamboyait trop aux yeux des pacifiques chanoines et leur causait d’importuns éblouissements… »
William Beattie (1793-1875) , Le Danube illustré, pour faire suite à Constantinople ancienne et moderne, au voyage en Syrie etc, Vues d’après nature dessinées par [William Henry] Bartlett [1809-1854], gravées, ,  par plusieurs artistes anglais, Édition française revue et corrigée par H-L. Séverac, H. Mandeville, Libraire-Éditeurs, 42 rue Vivienne, à Paris, [1849]

Photo Danube-culture © droits réservés

« Derrière Mautern sur une montagne couverte de bois, haute de 220 mètres se trouve le couvent des Bénédictins de Göttweih, que l’on aperçoit déjà du bateau derrière Dürrenstein (Dürnstein). Remarquables dans ce couvent sont : l’église avec son portail, le choeur, le superbe escalier à fresque, la chambre de l’empereur et la bibliothèque avec 40 000 volumes, des monnaies, des estampes et une collection d’histoire naturelle. Le couvent fut fondé en 1072 par l’évêque Altmann de Passau et donné aux Bénédictins en 1093 qui le possèdent encore aujourd’hui ; à cause de sa grande richesse l’abbaye reçut le surnom  : « À la monnaie sonnante » (Zum klingenden Pfennig). »
Alexandre François Heksch (1836-1885), Guide illustré sur le Danube de Ratisbonne à Souline et indicateur de Constantinople, avec 50 illustrations en taille de bois et 5 cartes, Vienne. Pest. Leipsic., A Hartleben, Éditeur, 1883

La silhouette de l’abbaye bénédictine de Göttweig depuis les rives du Danube à la hauteur de Krems, photo © Danube-culture, droits réservés

Transmis à l’ordre des Bénédictins en 10943, Göttweig voit également la fondation d’un monastère de nonnes (vers 1100) qui s’installent par la suite dans les  nouveaux couvents de Garsten (1107) et de Seitenstetten (1116). L’abbaye devient rapidement un centre religieux et scientifique. Un moine y rédige la « Vita Altmanni Episcopi Pataviensis » au XIIe siècle.

L’évêque Altmann de Passau, photo droits réservés

Les annales de Göttweig dans lesquelles on trouve des informations sur les  immenses possessions dispersées du monastère sont parmi les plus documentées d’Autriche. L’abbaye connaît une période sombre au XVIe siècle lors des guerres et des destructions liées aux invasions ottomanes qui la mène au bord des ruines. Elle retrouve sa prospérité et ses activités religieuses et scientifiques à partir du XVIIe siècle et est reconnue comme l’un des principaux centres de la Contre-réforme. Un incendie détruit une grande partie des bâtiments en 1718. Aussi l’abbé Gottfried von Bessel (1714-1749) décide t-il de la rebâtir et en confie la reconstruction à l’un des plus prestigieux architectes du Baroque et ingénieur militaire, Johann Lukas von Hildebrant (1668-1745), auteur du palais Schwarzenberg (1697) et des deux palais du Belvédère (1714-1722) du prince Eugène de Savoie à Vienne. L’architecte imagine un projet grandiose qui ne sera que partiellement achevé. La décoration intérieure est confiée aux peintres réputés Martin Johann Schmidt (1718-1801), né dans le petit village de Grafenwörh près de Krems et Paul Troger (1698-1782) dont on retrouve aussi les peintures inspirées dans les abbayes de Melk, d’Altenburg, de Zwettl et de Seitenstetten. Göttweig possède une impressionnante collection d’oeuvres d’art (peintures, tapisseries des Gobelins, parures, objets liturgiques, manuscrits armes à feu…) ainsi qu’un remarquable cabinet d’estampes.

Photo © Danube-culture, droits réservés

L’église abbatiale de Sainte-Marie de l’Assomption occupe une position centrale privilégiée. Sa nef de style baroque primitif (1635-1642), son chœur gothique (1402-1431) et sa façade baroque à deux tours (1722-1765) forment un ensemble exceptionnel. Le grand escalier surplombé une par une fresque de Paul Troger (1739) ainsi que les chambres impériales, en particulier la salle Altmanni, ses peintures baroques et ses vedutas de J.S. Hötzendorfer, illustrent le soin et le goût avec lesquels l’abbaye a été décorée.

L’escalier impérial et la fresque de Paul Troger, photo wikipedia, Uoaei1

Tout faillit pourtant disparaître au XXe siècle pendant la triste période du national-socialisme. Les exploitations agricoles et forestières du monastère furent confisquées, les moines expulsés, les trésors culturels dispersés et les bâtiments dévastés. Les moines ne revinrent à l’abbaye qu’en 1945 et la restaurèrent au prix d’un travail considérable.
31 paroisses dépendent aujourd’hui encore de l’abbaye de Göttweig.

Le premier tome du catalogue de la bibliothèque musicale de Göttweig, rédigé en 1830 par le père bénédictin Heinrich Wondratsch (1793-1881) illustre les anciennes et nombreuses activités musicales de cette abbaye, photo © Danube-culture, droits réservés 

La légende des apôtres en or protecteurs de Göttweig !
   Les moines bénédictins de l’abbaye de Göttweig ont toujours eu la vie belle ! Ils ne souffrirent d’aucune maladie, d’aucune peur ni d’aucun malheur, enfin presque…  Sous la terre, dans une grotte secrète de leur colline, se trouvent des statues des apôtres recouvertes d’or et dont la barbe étrangement ne cesse de pousser. parmi les moines seuls les trois dignitaires supérieurs du monastère, l’abbé, le prieur et l’intendant, connaissent l’endroit précis où se cache cette grotte. Ils y descendent en secret une fois par an pour raser les barbes dorées. Les douze statues dorées des apôtres étaient au complet à l’origine mais aujourd’hui il n’en reste plus que onze car un jour qu’ils étaient dans une misère absolue, les moines de Göttweig furent obligés, bien évidemment malgré eux, de vendre une des statues. La légende ne dit pas laquelle !
Thomas Hoffmann, Clemens Hoffmann, Wachau, Wunderbares, Sagenhaftes, Unbekanntes, Kral Verlag, Berndorf, 2013, p. 126

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, mis à jour février 2026
stiftgoettweig.at

Notes :
1L’une des figures les plus remarquables de l’épiscopat allemand de son époque et l’un des évêques les plus importants de Passau. Il est est enterré à Göttweig dans la crypte de l’abbatiale. Un moine de ce monastère écrivit sa Vita vers 1140 ; elle fut remaniée en 1192-94 par un abbé de passage, Rupert.
des Bénédictins et non pas des Augustins comme l’écrit William Beatie
3 Le premier abbé, Hartmann, provient du monastère de Sankt Blasien en Forêt-Noire.

La chapelle Erentrude (XIIIe siècle), photo © Danube-culture, droits réservés

Le retable de Nicolas de Verdun de l’abbaye de Klosterneuburg

  S’il est une oeuvre d’art religieuse à ne pas manquer en Autriche danubienne, c’est bien le retable de Nicolas de Verdun (Nicolaus Verdunensis) de l’abbaye de Klosterneuburg. Cet extraordinaire ambon, réalisé sur place, est sans doute le joyaux sacré le plus précieux de cette magnifique abbaye de Klosterneuburg, fondée en 1114 par le margrave Léopold III d’Autriche (Léopold le Pieux sera canonisé et deviendra le saint patron de l’Autriche) et l’une des plus belles œuvres d’art religieuses romanes du Moyen-âge et de toute le cours du Danube. Il doit son nom à son créateur, Nicolas de Verdun (1130-1205) un orfèvre né à Tournai (certaines sources lui donnent pour origine la Lorraine), grand représentant de l’art rhéno-mosan.
La réalisation ce chef d’oeuvre qui se trouve désormais dans la chapelle de saint Léopold, demanda une dizaine d’années. Achevé en 1181, l’autel sert à l’origine d’oeuvre décorative de la balustrade de la chaire de l’église abbatiale.
Après l’incendie de 1330 (?) qui ravage l’église et provoque l’écoulement de la tour-lanterne éclairant la croisée du transept, l’œuvre, sauvée in-extremis par les moines qui l’aspergent, faute d’eau disponible, avec du vin blanc de leur propre vignoble (!), est restaurée en 1329 et transformée en un retable à volets tel qu’on peut le voir aujourd’hui.Tout d’abord exposé dans le maître autel de la nouvelle église baroquisée, le retable qui n’est plus au goût esthétique du jour, est relégué en 1714 dans une resserre de l’abbaye ce qui lui permettra d’échapper miraculeusement aux déprédations des troupes napoléoniennes en 1805 et 1809.

Retable de Nicolas de Verdun (Nicolaus Verdunensis), photo domaine public

Le retable comprend un total de 51 panneaux émaillés, disposés sur trois niveaux horizontaux illustrant les épisodes de l’Histoire sainte et la concordance de l’Ancien et du Nouveau Testament. D’un point de vue technique, l’œuvre est également un chef-d’œuvre exceptionnel. L’émail sur cuivre champlevé, extraordinairement résistant en raison de son point de fusion élevé, a survécu intact pendant plus de huit siècles et brille encore d’un éclat inaltéré.

Détail de l’autel de Verdun, photo droits réservés

L’importance artistique de l’autel est encore plus grande. Il s’agit de la première œuvre du haut Moyen-âge qui s’inspire délibérément du style antique classique pour atteindre une nouvelle proximité avec la nature. Nicolas de Verdun, dont ce retable est l’œuvre la plus ancienne qui nous soit parvenue, fait ainsi figure de précurseur du style gothique.

Autel de Verdun, scène de l’ascension, photo droits réservés

Nicolas de Verdun est également l’auteur de la châsse de Notre-Dame de Tournai (1205), et probablement de la châsse des Rois Mages de Cologne.

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, mis à jour janvier 2026

Friedrich Loos (1829-1904), Vue sur l’abbaye de Klosterneuburg par delà le Danube, huile sur toile, ?

Le Pont couvert de Beuron (Bade Wurtemberg)

« L' »Obere Donau » [le Haut Danube] est pour Neweklowsky un Danube universel, c’est le monde en même temps que sa représentation, c’est le tout qui se contient lui-même. »
Claudio Magris, Danube, Éditions Gallimard, L’Arpenteur, Paris, 1988 

Entré en service en 1801, d’une longue de 73 mètres, il reste ouvert à la circulation jusqu’en 1975, année où un nouveau pont construit en aval le remplace. Entièrement restauré l’année suivante, restauration qui lui permet de retrouver son état d’origine, il est une nouvelle fois rénové en 2005 et devient accessible uniquement aux randonneurs et aux cyclistes.

Carte de 1787 avec le pont couvert sur le Danube, sources Landesarchiv Baden-Württemberg/Staatsarchiv Sigmaringen, Sign. Ho 156 T 2 Nr. 7.

Une carte de 1787 en annexe d’un document officiel montre qu’il existait déjà un pont couvert en bois au XVIIIe siècle à cet endroit. C’est par une belle journée estivale, au retour d’une randonnée dans ce paysage magnifique du Jura souabe, que l’on peut apprécier toute la douceur ombragée de ce pont couvert en symbiose parfaite avec son environnement.

Sources :
www.landesarchiv-bw.de
www.landesmuseum-stuttgart.de
www.kloester-bw.de
www.erzabtei-beuron.de

L’intérieur du pont dans son état actuel, photo © Danube-culture, droits réservés

Anciens tarifs du passage du pont pour les piétons et toutes sortes de transport de passagers et de marchandises, photo © Danube-culture

Retour en haut de page