Le château de Hartheim bei Alkoven, centre d’euthanasie

« L’eau efface les traces que la mémoire préserve. »
Franz Rieger (1923-2005)
   Le château, un bâtiment édifié sur l’emplacement d’une forteresse du Moyen-âge, a vraisemblablement été construit en style Renaissance à la fin du XVIe-début du XVIIe siècle pour la famille Aspan de Haag, propriétaire des lieux à laquelle succèdent en 1639 les comtes de  Kuefstein puis ceux de Thürheim en 1749.

Le château de Hartheim, gravure de Georg Matthias Vischer (1628-1696), vers 1674

   Hartheim entre ensuite en possession des princes Starhemberg en 1799. En 1898, Camillo Starhemberg donne le château à une oeuvre caritative soutenue par le Land de Haute-Autriche afin qu’elle installe un centre de soin pour des handicapés mentaux. L’association est expulsée du château en 1938 après l’Anschluss plébiscité par le peuple autrichien. Les bâtiments sont confisqués puis réaménagés en mars 1940 dans le cadre du programme « Aktion T4 » par les SS de Heinrich Himmler afin de devenir un centre d’euthanasie. 30 000 personnes, malades, handicapés, inaptes au travail, détenu/es y furent assassinés, gazés, incinérés entre 1940 et 1944. Leurs cendres ont été jetées dans le Danube à l’endroit où se trouve une pierre commémorative.

La pierre commémorative sur la rive droite du Danube, photo © Danube-culture, droits réservés

   « Soixante-dix personnes furent chargées, à Hartheim, de la maintenance, de l’organisation et de la mise en œuvre bureaucratique de l’entreprise de mise à mort : concierges, employés de bureau, ouvriers des crématoires, chauffeurs de bus, photographes, cuisiniers, soignants (infirmiers et infirmières professionnels…), etc. Une bonne partie de ce personnel avait été recruté dans la région ! De nombreux détenu/es en provenance des camps de concentration de Mauthausen, Dachau, Buchenwald, Ravensbrück, Gusen… furent assassinés au château de Hartheim. Les activités du centre furent à plusieurs reprises interrompues pour diverses raisons administratives puis reprirent jusqu’en novembre 1944. « Le 11 décembre 1944, un groupe de vingt détenus du camp voisin de Mauthausen fut détaché pour l’élimination des traces architecturales du centre. Des documents témoignant des sinistres activités du château furent détruits. Les autorités locales tentèrent de dissimuler les faits en créant un foyer pour enfants au début de 1945. Le château servit ensuite pour des réfugiés allemands expulsés des territoires tchèques (Sudètes) et polonais.

Photo Wald1siedel, droits réservés

Un premier monument commémoratif en pierre fut érigé en 1950 à l’extérieur devant la façade nord du château à l’initiative d’une association français d’anciens détenus de Mauthausen et de leurs proches mais rien ne changea à l’intérieur et le le château accueillit en plus des réfugiés allemands, des sinistrés de la crue du Danube de 1954, les anciennes chambres à gaz leur servant comme débarras ! Il fallut de nouvelles interventions et protestations d’associations étrangères de parents de victimes du régime nazi, de Simon Wiesenthal et de médias européens pour faire évoluer la situation qui perdura toutefois jusqu’en 1969. « Pour mettre un terme à l’utilisation, longtemps critiquée, du château de Hartheim comme résidence, on créa pour les locataires, en 1999, un bâtiment de remplacement. En dépit de conditions tout aussi favorables dans les logements de remplacement, certains ne quittèrent le château que de très mauvaise grâce ». En 2003 une exposition permanente intitulée « Wert des Lebens » (« La valeur de la vie ») a été inaugurée dans le château réaménagé.

L’exemple de Hartheim est symptomatique de l’incapacité et de la lenteur dont firent preuve, des décennies durant, la société autrichienne et ses responsables politiques à donner d’eux-mêmes naissance à une culture mémorielle des crimes de la période nazie.

« Dans aucun institut de mise à mort, sans doute, le meurtre de masse n’a été aussi étroitement imbriqué dans la vie quotidienne du personnel qu’à Hartheim. Ne fût-ce qu’en raison des données topographiques, s’esquiver ou ne pas voir ce qui se passait était impossible. » (B. Kepplinger)

Eric Baude, © Danube-culture, mars 2021, droits réservés

Sources :
Schwanninger Florian, « Le château de Hartheim et le « Traitement spécial 14f13 « , Revue d’Histoire de la Shoah, 2013/2 (N° 199), p. 313-350. DOI : 10.3917/rhsho.199.0313. URL : https://www.cairn.info/revue-revue-d-histoire-de-la-shoah…
www.schloss-hartheim.at
www.ooemuseumsverband.at
www.institut-hartheim.at

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