Grein

Aux portes d’une vallée étroite aux flancs escarpées et couverts de forêts dans laquelle le fleuve s’engouffrait en créant force remous et tourbillons entre les îlots rocheux qui émergeaient de son lit, le savoir-faire de ses bateliers et de ses pilotes assermentés locaux, connus dans dans toute l’Autriche, ont très tôt établi la réputation de Grein comme étape et port incontournables de la navigation sur le Haut-Danube. Ces passages redoutés étaient alors considérés jusqu’aux travaux d’amélioration entrepris à la fin du XVIIIe et au XIXe siècle, comme les plus dangereux du cours autrichien du fleuve. De nombreuses embarcations sombrèrent avec leurs bateliers et passagers en face de Struden et de l’île de Wörth. Mieux valait avoir la sagesse de s’aventurer à traverser ces rapides (Strudel ou Wirbel en allemand) avec l’aide des pilotes locaux, contributeurs non seulement de la réputation de la ville mais aussi de sa fortune.

Vue de la ville de Grein et de son château, gravure de Georg Matthaus Vischer Georg Matthäus Vischer (1628-1696), Topographia Austriae superioris modernae, 1674

Chef-lieu de la Strudengau, elle commence à se développer pendant le règne des Babenberg, ducs d’Autriche et de Styrie grâce à la navigation sur le Danube et à ses bateliers et pilotes avisés. Les armoiries de Grein, attribuées à la ville en 1468 témoignent de l’importance de ce métier et de la confrérie des pilotes pour la petite cité danubienne : un bateau (une Zille) au milieu de rochers émergeant au- dessus de la surface de l’eau avec une construction en bois sur laquelle se tient un pilote les bras guidant deux bateliers.

Détail d’un vitrail de l’église paroissiale avec les armoiries de Grein, photo © Danube-culture, droits réservés

Étymologiquement le nom de la ville dériverait de « grin ou grine » – des cris – soit du bruit des tourbillons soit  encore des appels à l’aide des bateliers en difficulté dans les « Struden ». Il apparaît pour la première fois dans un document datant de 1147. Grein devient une place importante de marché dès 1215 et le siège de l’intendant des Babenberg et seigneur des lieux de 1220 à 1240, siège qui sera transféré en 1250 au château-fort de Werfenstein quelques kilomètres en aval sur la rive gauche du fleuve.

Ruines du château-fort de Werfenstein sur la rive septentrionale du Danube, gravure de

À la Pentecôte de l’année 1476, Bernhard von Scherffenberg (vers 1440-1513), un noble autrichien (l’Autriche est alors un duché) défend victorieusement avec ses troupes la ville menacée par les armées du Royaume de Hongrie et de Bohême (hussite) qui l’incendie en partie et détruise l’église. Bernhard von Scherffenberg sera récompensé et nommé « Feldhauptmann ob der Enns ». L’église est reconstruite tout en étant fortifiée. L’empereur du Saint-Empire romain germanique et auteur de la célèbre devise A. E. I. O. U. (« Austriae est imperare orbi universo ») Frédéric III (Frédéric V de Habsbourg, 1415-1493), installé ou plutôt réfugié avec sa cour à Linz après la prise de Vienne par le roi de Hongrie Matthias Corvin (1443-1490), confère à Grein peu de temps avant sa mort le statut de ville. Les bourgeois de Grein font alors réaliser un « Registre de foire » magnifiquement illustré (enluminé) contenant l’inventaire des maisons, des terrains privés appartenant à la ville. Ce registre est conservé aux Archives de Haute-Autriche à Linz.

Registre de foire de Grein, collection des Archives du Land de Haute-Autriche à Linz, photo droits réservés

La cité reste placée toutefois sous la domination de la famille noble des Prüschenk qui ont hérités de Grein depuis 1489 et dont les frères Heinrich’s et Simon Prüschenk font construire un château (Greinburg) entre 1491 et 1495 avec l’autorisation de l’empereur. Celui-ci est considéré comme l’une des premières construction de château dans les pays de langue allemande.

Le château de Grein et l’église Saint Gilles, peinture de Fritz Lach (1868-1933), 1916

Le deuxième propriétaire du château, Johann Leble (Löbl), dernier gouverneur de Haute-Autriche (1592-1602) et chevalier de Grein, s’illustrera tristement dans le mouvement de la contre réforme ce qui obligera les nombreux habitants de confession luthériennes à quitter la ville en 1599. Les révoltes paysannes du début du XVIIe siècle auront moins de conséquences dévastatrices que l’important incendie de 1642.
Le comte Leonhard Helfrich von Meggau (vers 1577-1644), troisième propriétaire dont la statue se trouve au-dessus de la fontaine de la place principale, entreprend des modifications architecturales qui donneront au château de Grein un visage tel qu’on peut le voir de nos jours.

Leonhard Helfrich von Meggau (vers 1577-1644

Il fait aussi construire en 1622 un monastère franciscain qui fut fermé par l’empereur Joseph II en 1784. Entretemps, les bourgeois et les commerçants de Grein font ériger en 1563 un nouvel Hôtel de ville sur les plans d’un architecte réputé du nord de l’Italie, Max Canavale. Le bâtiment est conçu, à leur demande, sur le modèle d’une maison commerciale traditionnelle. Sa façade donne sur la place centrale. À l’arrière, il intègre un important grenier à grain qui sera transformé à la demande des édiles municipaux en 1790/1791 en… théâtre Rococo, aujourd’hui considéré comme le plus ancien théâtre séculier de l’espace germanophone et le plus ancien monument historique de ce type en Autriche.
Les troupes du colonel autrichien Scheibler furent stationnées à Grein pendant les guerres napoléoniennes (1805-1809). C’est depuis la ville qu’elles effectuèrent de nombreux raids contre les armées françaises.

Place principale (de l’Hôtel de ville) avec sa fontaine

Le régime nazi installera dans la « Lettenthalkeller » en 1944 un des camps de concentration annexes de celui de Mauthausen en aval de Linz. Grein se retrouve ensuite tout d’abord en zone occupée américaine à la fin de la guerre puis en zone soviétique de 1945 à 1955.

Des femmes avec leurs coiffes d’or traditionnelles traversent le fleuve avec un passeur, collection de la Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

L’histoire de Grein illustre, à l’image de beaucoup d’autres cités, une histoire des rives du Haut-Danube tourmentée. Malgré tout, la petite ville resta longtemps un lieu de commerce réputé et put entretenir sa réputation grâce à ses bateliers et ses pilotes. L’invention de la navigation à vapeur puis les travaux d’aménagement du fleuve la firent « rétrograder » au statut de petite cité secondaire au passé prestigieux. La restauration de son joli patrimoine, l’ouverture de son château au public avec une partie des collections des Archives du Land de Haute-Autriche consacrées à la navigation sur le Danube, l’aménagement d’un port de plaisance, des quais en promenade et les diverses formes de tourisme le long du fleuve et sur celui-ci lui ont redonné quelque éclat.

Le joli bac (Fähre) saisonnier de Grein emmène promeneurs et cyclistes sur la gauche ou sur l’île de Wörth, photo © Danube-culture; droits réservés

À propos du théâtre municipal historique de Grein (1791)
Le commerce et le transport des céréales, du vin, du bois et d’autres matériaux ayant considérablement enrichi Grein pendant plus de deux siècles, les juges et les conseillers municipaux décident de faire construire en 1563 un nouvel hôtel de ville doté à l’arrière de celui-ci d’un vaste grenier à céréales ( » Troadkostn »). Mais le déclin de ce commerce dans la période qui suit fait que ce grenier aux dimensions conséquentes perd son utilité. Le relieur et conseiller municipal Franz Xaver Dörr, responsable d’une troupe de théâtre dilettante1 qui se produit dans les salles des auberges a alors en 1790 l’idée de transformer ce grenier à blé en salle de théâtre. Il obtient l’accord et le soutien de la ville le 30 novembre 1790 en contrepartie du remboursement des dépenses d’aménagement avec les recettes des représentations qui bénéficieront également à l’institution locale pour les pauvres.
Les travaux intérieurs sont réalisés exclusivement par des artisans locaux. On doit la décoration artistique de la salle de spectacle au peintre Andre Artner. Le bois qui sert à la construction de la scène et de la galerie provient vraisemblablement de l’ancien couvent franciscain de Grein, fermé en 1784 sur les ordres de l’empereur réformateur Joseph II de Habsbourg.

La salle et la scène du théâtre municipal de Grein, photo droits réservés

On accède à la salle de théâtre depuis le foyer par un escalier en pierre qui passe devant la porte d’un cachot (Kottertür) ! La porte métallique à droite permet de descendre quelques marches pour accéder à la salle. La salle est encore équipée de trois rangées de sièges d’époque à fermeture à clef. Ils constituent une particularité de ce théâtre municipal. L’assise peut être relevée et verrouillée avec le dossier à l’aide d’une clef qu’on pouvait acheter pour une période ou un nombre de représentations déterminé. Quelques-unes ces clefs ont pu être conservées.

Les colonnes en bois peintes soutiennent la galerie, photos droits réservés

Une loge se trouve près de la scène sur le côté ouest. Elle est séparée de la galerie par un simple panneau en bois peint. Depuis les campagnes des armées françaises en Autriche (1805-1809) elle est dénommée « loge Napoleon ». Une deuxième loge ajoutée en 1875 fut supprimée en 1947 lors d’une rénovation du théâtre.
   Le théâtre peut accueillir 160 spectateurs assis. La scène se trouve à 1,25 m au-dessus du sol de la salle de spectacle. Elle a une profondeur d’environ 6 m, une largeur de 10 m et dispose de trois travées de façade et d’un enfoncement. Le rideau de scène en de lin (1928) représente Grein vers 1769 et se relève en s’enroulant.

La scène du théâtre de Grein, photo droits réservés

La porte du cachot municipal avec un judas, à mi-hauteur de l’escalier sur le côté droit, décourageait de par sa structure en bois massif et son verrou en fer, toute évasion. Cette porte permet d’accéder au « Gemeindekotter » (cachot municipal), une pièce qui empiète en fait sur la salle de spectacle du théâtre. Sur le mur est du cachot avait été  percée à l’origine une fenêtre qui permettait aux occupants du cachot d’avoir une vue sur la scène. Selon la tradition, les spectateurs du théâtre offraient aux prisonniers de la nourriture et du tabac afin qu’ils ne perturbent pas la représentation. Ce cachot sert aujourd’hui de pièce de rangement pour les costumes de scène.
Sur le côté gauche de la salle de spectacle a été également construite une petite pièce en forme d’encorbellement contre le mur extérieur. Elle est dissimulée par un rideau rouge derrière lequel se cachent des toilettes d’où les spectateurs pouvaient continuer à voir la scène et participer au spectacle en passant leur tête à travers le rideau.
La troupe dilettante locale de Franz Xaver Dörr donne ses premières pièces dès 1791. Le plus ancien programme de théâtre conservé date de 1793 et mentionne que la manifestation a lieu « au profit des pauvres », ceci grâce à Joseph II qui avait accordé quelques années auparavant la liberté générale de représentation afin que les actions des institutions pour les pauvres puissent être soutenu avec les recettes des manifestations théâtrales.
Les manifestations données dans ce lieu furent de différents genres parmi lesquels des pièces de théâtre, des opérettes… Outre les activités des amateurs locaux, des troupes professionnelles et des artistes réputés se sont produits à Grein comme le Königliches Residenztheater de Dresde (1902), Paula Wessely (1907-2000) et Hans Jaray (1906-1990) en 1929… Les années de guerre paralysent provisoirement la vie culturelle de Grein et de son théâtre. Hilde Günther découvre le théâtre historique en 1964 avec un groupe d’acteurs viennois et fonde les « Sommerspiele Grein ». La Radio Télévision Autrichienne (ORF) investit ponctuellement la salle historique pour filmer et enregistrer des représentations d’acteurs célèbres et de personnalités artistiques de la scène autrichienne tels que Paul Höriger (1894-1981), Klaus Maria Brandauer (1943), Hans Thimig (1900-1991), Guido Wieland (1906-1993), Eberhard Wächter (1929-1992), Christine Ostermayer (1936), Dolores Schmidinger (1946), Otto Schenk ( 1930)…
Un groupe de passionnés s’établit à Grein et fonde une nouvelle compagnie de  théâtre amateur en 1991. Leurs représentations jouissent d’une grande popularité et animent vie culturelle de la « Perle de la Strudengau ».
La ville de Grein fait procéder en 1992-1993 à la rénovation générale du théâtre municipal qui se voit équiper d’un chauffage. Le caractère historique du bâtiment est toutefois préservé. Les anciennes caves voûtées à plusieurs étages, qui servaient autrefois pour entreposer du charbon, sont également  rénovées.
Les nouveaux travaux de réhabilitation qui ont débuté en 2020 sont à présent achevés. Le théâtre historique sera accessible aux visites à partir du 1er mai jusqu’au 30 septembre, du mardi au samedi (10h-12h, 15h-18h) le dimanche et les jours fériés de 14h à 16h.
www.stadttheater-grein.at
www.grein.info

Quelques autres monuments historiques de Grein :

L’église paroissiale saint-Gilles de style Gothique tardif intègre des éléments du Gothique précurseur et de l’époque Baroque (autel principal peint par l’artiste italien Bartolomeo Altamonte. Les voutes, le choeur les autels latéraux, la chaire à la superbe décoration, les Pièta sur les sommets des colonnes, les fonds baptismaux, un bénitier en marbre et une scène de la crucifixion sous la galerie de l’orgue) et son clocher de 55 m de haut sur lequel figurent des blasons, une horloge Renaissance et un cadran solaire, fut en partie reconstruite après l’incendie qui détruisit une bonne partie de la ville en 1642 grâce au mécénat du comte Leonhard Helfrich von Meggau. À l’angle nord, sous des arcades et protégé par une grille, un groupe de statues de style Baroque représente une mise en scène du Mont des Oliviers.

La façade donnant sur le Danube de l’ancien monastère franciscain fermé en 1784 par l’emperuer Joseph II a été restaurée et sert aujourd’hui d’accueil et d’hébergement pour les pèlerins (Maison de Saint Antoine).

Le château de Grein (1491-1495) rénové par ses propriétaires successifs, avec sa cour élégante en arcade Renaissance, sa « sala terrena » et sa grotte décorées avec des galets du lit du Danube sa grande salle des Chevaliers, sa galerie de peinture avec des portraits aristocratiques parmi lesquels de nombreux Habsbourg, toutes trois de style Renaissance, l’étonnant plafond vouté en pointe de diamants (fin Moyen-Âge) d’une salle au rez-de-chaussée, sa chapelle, ses salles de banquets, fut réaménagé à l’époque Baroque par le comte Helfrich von Meggau et domine la ville et le Danube.

 

La cour Renaissance du château de Grein, photo © Danube-culture, droits réservés 

Détail de la décoration de la « Sala Terrana »réalisée avec des galets du Danube, photo Danube-culture, © droits réservés

Il est considéré comme le premier bâtiment de ce type au nord des Alpes. La famille des ducs Saxe-Coburg et Gotha l’achète en 1823 et en est toujours propriétaire. Le château abrite encore le Musée de la navigation de Grein.« 

Le château de Grein depuis la rive droite du Danube, photo © Danube-culture, droits réservés

www.schloss-greinburg.at

L’auberge Blumensträußl (Café Blumensträußl), une ancienne maison de batelier en partie du XVIe siècle avec des arcades donnant sur sa cour donnant sur la place principale son café historique à la grande salle (avec billards) décorée à la « Biedermeier » qui existe depuis le XVIIIe siècle.

Le café Blumensträußl  à la décoration typique de l’époque Biedermeier, photo droits réservés

 La chapelle, la galerie en granit du Mont du calvaire (Kalvarienberg) et la croix du berger
Bien que peu de visiteurs s’y rendent, le site du Mont du calvaire avec sa chapelle et sa galerie de granit en plein air et dans un environnement boisé, est une découverte culturelle parmi les plus intér,essantes que l’on puisse faire dans cette ville.
Les sculptures baroque en bois de Johann Worath (1640-1650) représentent le Christ sur la croix et les deux larrons crucifiés. À leur pieds se tiennent la Vierge Marie, Marie-Madeleine et l’apôtre Jean. Ces statues se trouvaient à l’origine dans l’enceinte du monastère franciscain de Grein qui fut supprimé et démoli. La ville de Grein en hérita. De 1893 jusque dans les années 1960, la chapelle du Calvaire était située près de la Jubiläumstrasse/Berggasse. Après avoir été involontairement endommagée lors du dynamitage du rocher du Schwalleck en 1958, elle fut reconstruite sur le Mont du Calvaire. Une procession mène chaque année à cette chapelle où est célébrée une messe à la veille de la fête de l’Ascension.

La chapelle du Mont du Calvaire, photo © Danube-culture droits réservés

Ce site dominant la ville et le Danube a été également investi par Miguel Horn (1948) un artiste visuel et sculpteur austro-chilien vivant désormais en Autriche pour y réaliser sur des blocs granitiques une série d’inscriptions inspirés des messages des pétroglyphes pré-chrétiens et illustrant dans un langage symbolique simple et facile à déchiffrer, des informations sur notre époque.

Le Mont du calvaire et la croix du berger, photo © Danube-culture, droits réservés

C’est en l’an 2000, dans la carrière de granit Fürholzer de Grein que le sculpteur répondant à une commande de l’Association Culturelle de Grein et grâce au soutien de la ville, commence à travailler à son projet artistique intitulé « Zeitzeichen » (« Signes du temps« ). La galerie de  rochers gravés sera installé en 2004  à son emplacement actuel.
Miguel Horn, né à Passau (Bavière), a tout d’abord vécu 20 ans au Chili puis il travaillé plusieurs années en Italie, en France et aux États-Unis. Il s’est installé ans à Neuhofen an der Ybbs (Basse-Autriche).Ses oeuvres sont le reflet de sa réflexion sur les effets négatifs de notre prospérité : perte de l’individualité, refoulement des peuples indigènes, destruction des dernières réserves naturelles, pour n’en citer que quelques-uns. Selon l’artiste nous devrions tous être conscients des conséquences de notre comportement envers la nature et nous-mêmes et se souvenir qu’elles devront être supportées par les prochaines générations.
 www.miguelhorn.at

Musée de la navigation de Grein (Schifffahrtsmuseum Grein)

Musée de la navigation au château de Grein, emblème d’une maison de batelier collection des archives de Haute-Autriche, photo Danube-culture © droits réservés


https://ooekultur.at/location-detail/oö-schifffahrtsmuseum-grein

Le Musée de la navigation de Grein fait partie des Archives du Land de Linz. Si les documents et les objets exposés revêtent un grand intérêt, ce musée, installé dans le château de Grein, mériterait une rénovation ou une réactualisation de son parcours muséal ainsi que de la  présentation des pièces exposées. Aussi pour ces raisons, notre préférence va au Musée de la navigation de Spitz-sur-le-Danube (Schifffahrtsmuseum Spitz) en Basse-Autriche.
www.schifffahrtsmuseum.spitz

La colline du Gobel et sa tour d’observation, le Branstetterkogel et la Viktoria Adelheidhütte
   Vues sur Grein (Haute-Autriche) et la Strudengau depuis la tour d’observation (Gobelwarte) construite au sommet du mont Gobel (484 m) qui s’élève au dessus du Danube sur sa rive gauche en amont de la petite cité et fait partie du vieux Massif de Bohême que le fleuve franchit avec difficulté en dessinant de nombreux méandres parmi lesquels la boucle de Schlögen est sans doute l’un des plus spectaculaires (PK 2187, 50-2182, 20). La nouvelle plateforme panoramique (2018), haute de 20 m, construite en remplacement d’une première structure métallique inaugurée en 1894 offre également par beau temps un point de vue exceptionnel sur les massifs du Schneeberg (2075 m ), du  Göller, (1776 m) de l’Ötscher (1893 m) et du Dachstein (2995 m ). Au nord la vue s’étend sur les collines de la région du Mühlviertel, au sud sur les Alpes orientales, à l’ouest sur la plaine autrefois souvent inondée du Marchland avec la vallée du Danube, à l’est sur Grein et la Strudengau.

Vue sur Grein et le Danube depuis le Gobelsberg, photos droits réservés

Face au mont Gobel, sur la rive droite du Danube, se dresse le Brandstetterkogel (569 m). L’adorable petit chalet (boissons et repas simples) Viktoria Adelheid ou Brandstetterkogelhütte (532 m) érigé en 1936 à proximité de son sommet et baptisé du nom de l’épouse du propriétaire du terrain et mécène du chalet, le duc Charles Edouard de Saxe-Cobourg et Gotha (1884-1954), permet depuis sa terrasse de profiter d’un autre panorama tout aussi magnifique sur Grein et la Strudengau danubienne.

Le chalet Viktoria Adelheid ou Brandstetterkogelhütte, photos droits réservés

Notes :
1 La troupe d’amateur sera active jusqu’en 1956 !
2
L
e mot pétroglyphe (du grec : petros, « pierre » et gluphê, « gravure ») est plutôt réservé aux figures rupestres les plus rudimentaires. et  se rencontrent sur toutes sortes de surfaces rocheuses. La nature minéralogique des supports est également variée, mais certains matériaux comme le grès, le schiste, le granite, les diabases se prêtent mieux à l’exécution des gravures et à leur conservation. Les techniques les plus répandues pour l’exécution de ces figures sont le piquetage, qui consiste à appliquer sur la surface une série de percussions ponctuelles et jointives, l’incision fine avec la pointe ou le tranchant d’un outil, l’incision profonde obtenue par abrasion et aboutissant fréquemment au polissage. De nombreux pétroglyphes appartiennent à la Préhistoire mais on peut en attribuer un certain nombre à toutes les périodes historiques jusqu’aux temps actuels. Il n’est guère de région au monde où, pour peu qu’il existe des surfaces rocheuses favorables, de telles gravures n’aient été signalées. On les rencontre généralement par groupes, les mêmes ensembles comprenant souvent des figures d’époques différentes. Leur tracé peut être réduit à un simple contour, mais la silhouette est quelquefois entièrement piquetée ou polie, remplie de hachures ou quadrillée, complétée par des détails accessoires. Les thèmes les plus constants sont les personnages, les animaux, les armes, les véhicules (embarcations, chars, traîneaux) et surtout les signes et symboles. Le traitement des sujets va du géométrique pur à la figuration presque réaliste. Ils sont fréquemment juxtaposés, voire superposés, sans organisation apparente, mais peuvent également participer à des compositions : troupeaux, scènes de chasse ou de combat, tableaux de la vie quotidienne.
Les groupes de pétroglyphes les plus connus sont, en France, ceux du massif de Fontainebleau et du mont Bego (Alpes-Maritimes). En Italie, le grand ensemble du val Camonica, près de Capo di Ponte, est justement célèbre. Les gravures sur les mégalithes européens se rencontrent du Portugal jusqu’en Scandinavie, en Bretagne, Irlande et Écosse. La Suède, la Norvège et le Danemark possèdent de nombreuses roches gravées correspondant à deux grandes phases réunies sous la dénomination d’art arctique. En Russie, les figures des rives du lac Onéga et de la mer Blanche ont été les premières signalées. On a recensé pour l’ensemble de l’ex-U.R.S.S. plus de deux cent cinquante zones à pétroglyphes qui s’étendent d’Ukraine en Transbaïkalie avec une particulière densité dans les bassins de l’Angara et de la Lena. Au Proche-Orient, les groupes les mieux étudiés sont ceux du Neguev et de Transjordanie. L’Afrique recèle d’innombrables pétroglyphes  (Sahara, haute vallée du Nil, bassin supérieur de l’Orange). En Amérique, les pétroglyphes sont présents du Canada jusqu’en Patagonie australe. Les îles du Pacifique, l’Australie, le Sud-Est asiatique et l’Inde en ont également livré des milliers. (Sources Encyclopedia Universalis).

Vue sur Grein et léglise saint Gilles depuis le château, photo © Danube-culture, droits réservés

Entre Ybbs et Pöchlarn ; en Nibelungengau (II)

Ce coude brutal que le fleuve a été contraint de dessiner en raison de la présence sur la rive septentrionale des contreforts du massif de la Forêt de Bohême (Šumava) et sur la rive méridionale de la « Neustadtler Platte » et des avant reliefs alpins de la Basse-Autriche était appelé par les bateliers danubiens « Böse Beuge » (le coude maléfique).

Passage du « Böse Beuge » au lever du soleil, photo Danube-culture, © droits réservés

Une veine rocheuse dont la couche supérieure, recouverte de graviers affleurait dans le lit au milieu du fleuve rendait le passage particulièrement délicat. Ces écueils, tout d’abord partiellement dynamités dans les années 1770-1780 lors des travaux d’amélioration pour la navigation, ne furent en fait définitivement éliminés que lors de la construction de la centrale hydroélectrique d’Ybbs-Persenbeug, km 2060, 42 (1954-1959). Le « Böse Beuge » a laissé son nom à la commune de Persenbeug, célèbre pour son château où est né le dernier empereur d’Autriche, Charles Ier de Habsbourg (1887-1922).

L’ancien bac qui reliant Ybbs à Persenbeug et Gottsdorf avant la construction de la centrale hydroélectrique, en arrière-plan le château de Persenbeug, photo collection ÖNB, Vienne

Quant à la place de foire et petite cité de de Krummnußbaum, située sur la rive droite du Danube et dans la région du Mostviertel, son toponyme s’explique par la présence de noyers aux troncs courbés près des cabanes des pêcheurs. Krummnußbaum doit sa réputation à sa liaison par bac avec Marbach (rive gauche), liaison qui permettait de faire traverser des pèlerins, des cargaisons de sel, de céréales et de bois principalement dans l’axe nord-sud. L’ancienne route de pèlerinage très fréquentée qui franchit le Danube à cet endroit mène à la somptueuse et populaire basilique de Maria Taferl.

La basilique de Maria Taferl, haut-lieu de pèlerinage, photo © Danube-culture, droits réservés

Elle passe par Krummnußbaum et le hameau de Holzern dans lequel se trouve, sur une modeste hauteur,  la petite église gothique dédiée à Saint Nicolas (Nikolokirche), le saint protecteur des bateliers.

L’église Saint Nicolas (Rosskircherl) du hameau de Hollzern, familière des bateliers du Danube, photo droits réservés

Son édification date de la première moitié du XVe et sa tour octogonale vraisemblablement du XVIIe. Elle est connue des habitants depuis longtemps sous le nom  « Rosskircherl » (la petite église des chevaux) sans doute parce que les maîtres des équipages de haleurs et de chevaux qui permettaient aux bateaux de remonter le fleuve, y faisaient baptiser leurs bêtes. Les bateliers venaient aussi remercier Saint Nicolas d’avoir pu franchir indemnes les tourbillons de la Strudengau et les écueils du « Böse Beuge ». Cette petite église possède dans son choeur de remarquables vitraux également du XVe siècle.

2glise saint Nicolas de Krummnussbaum

Le choeur et les vitraux du XVe de l’église Saint Nicolas, photo droits réservés

L’église paroissial, la maison de maître du XVIe siècle et les paysages des environs de Marbach avec la splendide basilique de Maria-Taferl dans sa position dominante qu’on peut admirer depuis le fleuve, ont inspiré des peintres comme Jakob Alt (1789-1872) et Thomas Ender 1793-1875).

Le château de Marbach, photo © Danube-culture, droits réservés

Le Yacht royal « Libertatea » (« Nahlin »)

Le « Libertatea » à quai à Galaţi dans les années 1970, hôtel-restaurant sur le Danube !

   Ce magnifique bateau a été construit en 1930 selon les plans de G.L. Watson & Co. (Glasgow) par les chantiers navals écossais John Brown & Co. pour la femme la plus riche de Grande-Bretagne de l’époque, Lady Annie Henriette Yule, héritière de sir David Yule. Baptisé du nom de « Nahlin », bénéficiant d’équipements techniques novateurs et performants et d’une décoration intérieure des plus raffinées, il fut considéré comme le plus beau yacht de son époque. Le bateau qui va naviguer sur les océans et les mers du monde entier héberge des membres de la famille royale britannique à partir de 1934 parmi lesquels le roi Édouard  VIII qui invite à bord sa maitresse sulfureuse Wallis Simpson, une relation qui l’aurait obliger à renoncer au trône d’Angleterre pour l’épouser.
Le « Nahlin » est ensuite racheté en 1937 par le gouvernement roumain rebaptisé « Luceafărul », (« Lumière du soir ») et offert au roi Carol II. Le navire remonte le Danube et vient mouiller régulièrement à Galaţi. Le roi et sa famille y accueille de nombreuses personnalités à bord et le bateau sert aussi pour différentes négociations politiques. Après l’abdication du roi , le bateau devient la propriété du Ministère de la culture roumain. Le « Nahlin » tombe ensuite aux mains du régime communiste après la Seconde Guerre mondiale. Commence une sombre période. Rebaptisé « East » et plus tard « Freedom » il reste malgré tout un des navires les plus prestigieux de la flotte roumaine jusque dans les années cinquante. Il est ensuite transformé en musée et hôtel-restaurant puis uniquement en restaurant restant amarré aux quais de Galaţi et laissé dans un état de plus en plus déplorable. Difficile de reconnaître l’ancien yacht royal même si les habitants de Galaţi le considèrent comme l’un des symboles les prestigieux de la ville. La société SC Regal SA Galaţi acquiert le yacht pour une somme dérisoire et dans des conditions mystérieuses après la révolution de 1989 et le changement de régime. Du fait de cette acquisitions plus ou moins légale la propriété du « Libertatea » fait l’objet de plusieurs litiges entre le Ministère de la Culture roumain et la SC Regal SA Galaţi. En 1998 la Commission Nationale des Musées et des Collections de Roumanie intègre le yacht dans la catégorie « Patrimoine et trésors culturels nationaux ». La SC Regal SA Galaţi conteste cette classification devant les tribunaux. Elle perd son procès. Entretemps elle réussit malgré tout à vendre le navire aux enchères en 1999 pour la somme ridicule de 265 000 $. L’acquéreur, trop heureux de son achat, est  un courtier britannique renommé, Nicholas Edmiston. La vente fait scandale en Roumanie. La directrice de la société SC Regal Galaţi, Elena Trandafir, s’excuse et déclare tardivement que, bien que le navire ait déjà été vendu, le nouveau propriétaire doit se conformer à la législation roumaine concernant les biens patrimoniaux. Le ministère de la Culture fait lui-même l’objet d’une enquête publique. Sa plainte pénale contre SC Regal Galaţi est rejetée par le bureau du procureur. Nous sommes dans une période post-communiste et en plein feuilleton romanesque ! En septembre 1999, ce même ministère de la Culture délivre curieusement un permis « d’exportation temporaire »au nouveau propriétaire du navire sous le prétexte que le bateau ne peut être correctement restauré qu’en Grande-Bretagne. Le départ du navire du pays est l’occasion de débats houleux y compris au parlement roumain. La tempête médiatique se calme peu à peu après que le ministère de la Culture assure que le navire conservera son pavillon roumain et rentrera en Roumanie en août 2000. Le bateau n’est depuis jamais revenu naviguer dans les eaux roumaine ni sur le Danube maritime…
Après son départ de Galaţi et son transfert par cargo en Angleterre le yacht est immédiatement rebaptisé de son nom de baptême « Nahlin » et hisse les couleurs britanniques. Il commence à être restauré selon ses plans d’origine à Devonport, Plymouth et Liverpool puis par les chantiers navals allemands de Rendburg et plus tard à Hambourg. Le bateau rénové avec un soin extrême retourne à la navigation en 2010 avec Glasgow comme port d’attache. Diverses sources affirment que la restauration aurait coûté la modeste somme d’environ 35 millions de dollars. Le « Nahlin » est estimé quant à lui à 45 millions de dollars. Il appartient aujourd’hui à l’industriel britannique Sir James Dyson, qui l’a lui-même acheté à Sir Anthony Bamford, président de JCB. Il fait partie des trois derniers grands yachts à vapeur construit en Grande-Bretagne.

Le « Nahlin », photo © Stekruerbe, droits réservés

Le « Nahlin » mesure 91,4 m de long, 10,98 m de largeur au fort. Son tirant d’eau est de 4,42 m. Le bateau est équipé d’un système de propulsion de 4 moteurs de 2 200 CV, chacun fournissant 1 619 kilowatts ; la puissance totale du bateau est donc de 8 800 ch ou 6 475 kW. sa vitesse maximale de 17 noeuds. L’intérieur d’origine était divisé en six cabines avec salle de bains privative pour les invités, un gymnase, un salon pour  les femmes avec vue sur la mer sur trois côtés et une bibliothèque.

On ne peut que regretter avec les habitants de Galaţi et des villes roumaines du Danube que ce magnifique yacht ait quitté définitivement les eaux danubiennes et celles de la mer Noire mais il faut reconnaître que c’est grâce à la ténacité et au savoir-faire britannique et des chantiers navals allemands que le navire a été sauvé d’une démolition probable.Tant de magnifiques navires d’autrefois qui croisaient sur le Danube en y transportant des passagers prestigieux ou anonyme d’un pays ou d’un empire à l’autre ont eu ce tragique destin. Que sont également devenus les navires et les embarcations de la Commission Européenne du Danube comme par exemple le yacht « Prince Ferdinand de Roumanie », le canot automobile en bois de pin « Principele Mihai », les bateaux-pilotes l' »Hirondelle«  et »E. Magnussen« , stationnés à Sulina, les chaloupes à vapeur « Flora », « Mouette », « Angelus », ou encore ses bateaux de sauvetage en bois d’acajou construits en Angleterre ? Le Danube est un grand cimetière de bateaux.

Le « Nahlin » (« Libertatea ») reviendra-t-il un jour s’amarrer aux quais de la Falaise ou du port de Galaţi ?

Sources :
Ovidiu Amălinei, Viaţa Libera, Galaţi
Reginald Crabtree, Royal yachts of Europe : from the seventeenth to twentieth century, David & Charles publisher, London, 1975

Eric Baude, © Danube-culture, mai 2021

Le yacht « Libertatea » à quai sur la « Faleza » de Galaţi en 1980 devant l’église fortifiée de Sfânta Precista, sources Bibliothèque V.A. Urrechia, Galaţi

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