Hérodote, l’Ister et les fleuves de Scythie

Né vers 484 av. J.-C. à Halicarnasse en Carie, à l’emplacement de la ville actuelle de Bodrum en Turquie, mort aux alentours de 420 av. J.-C. à Thourioi, colonie grec de l’Italie du Sud, Hérodote (en grec ancien Ἡρόδοτος / Hêródotos, « donné par Héra ») est un extraordinaire et fascinant conteur qui parfois s’amuse à inventer des histoires et des anecdotes plus ou moins exactes mais un conteur « ça ne s’interrompt pas » comme l’écrit Jacques Lacarrière dans l’introduction de son livre En cheminant avec Hérodote.

Herodotus_Massimo_Inv124478

Hérodote (vers 484-vers 420)

Considéré comme le premier historien de l’humanité, Hérodote a été surnommé le « Père de l’histoire » par Cicéron.
Au temps d’Hérodote, la mer Noire s’appelait le Pont-Euxin, le Danube l’Ister et le Pô l’Eridan.

Les fleuves de Scythie

 

J. Vincent, la Scythie et le Pont-Euxin d’après Hérodote, 1828

MELPOMÈNE, LIVRE IV.
XLIX. Le Maris coule du pays des Agathyrses, et se jette dans l’Ister. Des sommets du mont Hémus [Balkan] sortent trois autres grandes rivières, l’Atlas, l’Auras et le Tibisis ; elles prennent leur cours vers le nord, et se perdent dans le même fleuve. Il en vient aussi trois autres par la Thrace et le pays des Thraces-Crobyziens, qui se rendent dans l’Ister. Ces fleuves sont l’Athrys, le Noès et l’Artanès. Le Cios vient de la Pæonie et du mont Rhodope ; il sépare par le milieu le mont Hémus, et se décharge dans le même fleuve. L’Angrus coule de l’Illyrie vers le nord, traverse la plaine Triballique, se jette dans le Brongus, et celui-ci dans l’Ister ; de sorte que l’Ister reçoit tout à la fois les eaux de deux grandes rivières. Le Carpis et l’Alpis sortent du pays au-dessus des Ombriques, coulent vers le nord, et se perdent dans le même fleuve. On ne doit pas au reste s’étonner que l’Ister reçoive tant de rivières, puisqu’il traverse toute l’Europe. Il prend sa source dans le pays des Celtes (ce sont les derniers peuples de l’Europe du côté de l’occident, si l’on excepte les Cynètes), et, après avoir traversé l’Europe entière, il entre dans la Scythie par une de ses extrémités…
Hérodote – Histoire, trad. Larcher, tome 1, 1850.djvu/336

   « Le Pont-Euxin vers lequel Darius se dirigeait avec son armée, contient les peuples les plus ignorants. Qu’on les prenne en groupe ou séparément, l’intelligence n’est pas leur fort, exception faite pour les Scythes et pour un homme du nom d’Anacharsis. Pour assurer leur sécurité, les Scythes ont inventé un astucieux stratagème, le seul qu’on puisse mettre à leur crédit, et ils ont admirablement résolu cette question primordiale puisque, en fait, aucun envahisseur ne peut leur échapper ni, à l’inverse, leur mettre la main dessus. Un peuple errant qui vit sans murailles et sans villes, un peuple de cavaliers et d’archers qui transportent avec eux leurs maisons, en somme un peuple nomade vivant uniquement de ses troupeaux et habitant sur des charriots n’est-il pas pratiquement insaisissable et invincible ? Il faut dire que le pays se prête à ce genre de vie et que les fleuves sont leurs meilleurs alliés. La Scythie est une vaste plaine où sources et herbages abondent, sillonnée de fleuves aussi nombreux que les canaux d’Égypte. Ces fleuves, les voici, les principaux du moins, c’est-dire ceux qui sont navigables à partir de leur embouchure : ce sont l’Ister (Danube), le Tyras (Dniestr), L’Hypanis (Boug), le Borysthène (Dniepr), le Panticapé (Psel ?), l’Hypakyris (?), le Gerros et le Tanaïs (Don).
L’Ister, le plus grand fleuve connu, a un débit égal, été comme hiver. C’est le plus occidental des fleuves de Scythie, et le plus important si l’on en juge par le nombre de ses affluents. Ces affluents sont : le Porata (que les Grecs appellent Pyréta), le Tarante (?), l’Arare (?), le Naparis (?) et l’Ordesse (?), tous coulant à travers la Scythie. Le Porata est le plus important des cinq et le plus à l’est.
Hérodote carte du monde (Figuier 1884)

La carte du monde vue par Hérodote (Louis Figuier, 1884). Elle s’appuie sur les travaux de Anaximandre et Hécatée, qui ont introduit les premiers schémas circulaires du monde. Hérodote, en tant que premier historien, a consolidé ces représentations, et la carte dessinée par L. Figuier les rend visuellement accessibles aux lecteurs modernes

L’Ister prend naissance chez les Celtes, qui sont, avec les Cynètes2, les derniers habitants de l’Europe, vers l’ouest, et traverse toute l’Europe avant d’obliquer vers la Scythie. Ce sont ses nombreux affluents, plus que son débit propre, qui font de l’Ister un fleuve si important. Réduit à son seul débit, il est largement supplanté par le Nil qui ne reçoit aucun affluent. Si l’Ister a un débit aussi égal, été comme hiver, je crois que la raison en est la suivante : son débit normal, à peu de choses près, est son débit d’hiver, car il neige beaucoup dans ces pays et il pleut très peu. L’été, toute cette neige se met à fondre et à grossir le fleuve ; à quoi s’ajoutent les pluies torrentielles et continuelles, l’été étant là-bas la saison des pluies. En somme les pertes d’eau dues à l’évaporation sont compensées par la fonte des neiges et l’apport des pluies, si bien que l’équilibre est rétabli et que l’Ister conserve un débit très régulier… »
Jacques Lacarrière, En cheminant avec Hérodote, voyage aux extrémités de la terre, Les fleuves de Scythie, Paris, Seghers, 1981

Mis à jour février 2026

Notes :
1 Les Scythes sont un peuple de la Russie du sud, appartenant à la branche indo-iranienne du groupe indo-européen. Leur civilisation, nomade ou semi-sédentaire, se caractérise par l’usage du fer et du cheval, et par une division sociale tripartite (agricole, guerrière, religieuse).
2 Les Cynètes sont un peu peuple pré-romain non celte présent dans la péninsule ibérique sur les territoires actuels de l’Algarve et de l’Alentejo. Hérodote pensait que le Danube prenait sa source chez les Celtes près de la ville de « Pyrène ».

Retour en haut de page