Le chantier naval de Korneuburg
Baptême du Perseus en 1957, premier bateau de mer construit par le chantier naval de Korneuburg
La grande majorité des commandes adressées au chantier naval de Korneuburg concerna la navigation commerciale et en particulier les activités de la D.D.S.G. mais quelques unités militaires sont construites pendant la Première Guerre mondiale pour la marine impériale autrichienne.
Le Baron Ludwig Freiherrn von Forgatch, conseiller à la Cour Royale et Impériale d’Autriche, publie en 1849 son étude « Die Schiffbare Donau Von Ulm bis in Das Schwarze Meer » (Le Danube navigable d’Ulm jusqu’à la mer Noire) qui démontre l’importance du Danube en tant que route fluviale européenne et promeut les opportunités de l’espace viennois dans ce cadre : « Korneuburg pourrait se voir doter d’un excellent port sécurisé et d’hivernage pour les bateaux, port qui serait d’une grande complémentarité avec le chemin de fer qui va de Krems jusqu’à l’embouchure de la March (Morava). Seule cette partie des berges des prairies alluviales danubiennes situées sur la rive gauche, à la hauteur de Korneuburg, serait susceptible d’être aménagée sur une longueur de quelques centaines de toises (1 toise = 1949 m). »
Qu’à cela ne tienne ! Un bras latéral du Danube le long de la rive gauche, à la hauteur de la ville de Korneuburg, est choisi comme emplacement le mieux approprié pour la réalisation du projet d’implantation des chantiers navals. Le nom de Korneuburg apparaît pour la première fois en 1852 après que ce bras latéral ait été utilisé pour l’hivernage de bateaux de la D.D.S.G. dont le développement du réseau fluvial sur le Danube et quelques-uns de ses grands affluents pour le transport de passagers et de marchandises y compris du courrier, nécessite une augmentation de sa flotte auquel le chantier naval d’Obuda ne peut répondre à lui tout seul. Le projet de construction est mis en route. L’aire des chantiers navals va s’étendre initialement sur 12 000 m2 et les effectifs des équipes de construction, de réparation et d’entretien des navires se monte initialement à un total modeste de soixante personnes. C’est la construction de navires en bois qui constitue le point de départ de l’activité. Elle est suivi rapidement par la construction de navires avec des coques en acier. Le site va couvrir une superficie de 27 000 m2 à la fin des années 1890. Le port pour l’hivernage est agrandi, de nouveaux ateliers et entrepôts de stockage sont édifiés, une grue de quai de 18 t ainsi que des engins de levage sont installés. Plus de 300 ouvriers et contremaîtres travaillent désormais au chantier naval. De celui-ci sortent en 1896 plusieurs navires dont le steamer à aubes « Glanz » puis le « Vindebona » en 1898. Outre la construction de nouvelles unités fluviales, l’arsenal se spécialise dans le domaine de la réparation et de l’entretien de la flotte danubienne. La direction des chantiers navals est assurée au début du XXe siècle avec succès par Johan Pamer. Pour faire face à la pénurie de logements à Korneuburg et dans les environs, la D.D.S.G. construit en 1916 sa propre cité ouvrière à côté du chantier naval avec 48 appartements loués aux employés à des conditions avantageuses. La Première Guerre mondiale entraîne une pénurie de main d’oeuvre en raison de la mobilisation et de la conscription. La mauvaise situation financière du personnel culmine en 1918 avec la participation des ouvriers à la grève de janvier.
Après l’effondrement de la monarchie des Habsbourg, Korneuburg devient le principal chantier naval de la D.D.S.G. Il s’agissait pour elle de remplacer la flotte de bateaux qui avait été confisquée en tant dédommagement de guerre aux alliés (dont la France) et aux autres pays riverains du Danube (Roumanie, Serbie) à la fin du conflit.Le chantier naval remet également en état les bateaux patrouilleurs de l’armée fédérale autrichienne dès 1921.
Durant cette période, la situation de l’entreprise est précaire et les moyens financiers manquent pour moderniser la flotte et réaliser d’autres investissements importants. Le personnel est considérablement réduit et le chômage partiel est mis en place temporairement. Ce n’est qu’en 1935 qu’un important investisseur italien permet à la D.D.S.G. d’agrandir sa flotte et d’investir également dans le chantier naval de Korneuburg. L’annexion de l’Autriche par les nazis (1938) et l’intégration du chantier naval dans le « Reichwerk Hermann Göring », entraînent une augmentation importante des activités et un agrandissement des installations qui, au début de la guerre, sont utilisées en premier lieu pour la construction de bateaux et de certains équipements (poupe, tours de commandements…) des sous-marins de la marine de guerre allemande. Un groupe de résistance à l’occupant nazi se forme parmi le personnel du chantier naval. Onze ouvriers seront arrêtés et cinq d’entre eux exécutés en 1943.

Le monument aux ouvriers du chantier naval de Korneuburg assassinés par les nazis, photo © Danube-culture, droits réservés
L’Union soviétique prendra possession du chantier naval à la fin de la guerre qui travaille pour sa marine. Les installations redeviennent la propriété de la D.D.S.G. en 1955 après le départ des armées d’occupation du territoire autrichien. Quatre ans plus tard, le chantier naval de Korneuburg est nationalisé. Outre la construction de pousseurs, de barges et de bateaux croisière, le chantier naval construira également des navires de haute mer et les deux patrouilleurs militaires autrichiens « l’Oberst Brecht » et le « Niederösterreich ».

Le remorqueur Döbling frère du Strasbourg de la Compagnie Française de Navigation Danubienne après son baptême le 9 novembre 1960
Le chantier naval de Korneuburg fusionne tout d’abord en 1974 avec celui de Linz, intégrant le Consortium « Vereinigte Osterreichische Eisen und Stahlwerke » (VOEST). L’absence de subventions publiques, des approximations de gestion et une trop grande dépendance vis-à-vis des commandes de l’Union soviétique à cette période (les bateaux de croisière fluviaux « Wolga », « Dnjepr », « Ukraina », « Moldavija » y sont construits), la résession des années 1980, vont conduire peu à peu à son déclin, à des liecensiments et à sa privatisation en 1991. Les nouveaux propriétaires ne réussiront pas à trouver pas de nouvelles commandes jusqu’en 1993. Après que les derniers navires aient été achevés, le chantier naval de Korneuburg doit fermer ses portes le 31 décembre de cette année là.
Le site du chantier naval de Korneuburg, patrimoine industriel historique, comme dans de nombreux lieux des rives danubiennes autrichiennes et des environs de Vienne, est aujourd’hui en partie menacé par des projets immobiliers incongrus.
Eric Baude (traduction et adaptation en langue française) pour Danube-culture, © droits réservés, mis à jour mai 2025
Sources :
Stefan Wunderl: Die Geschichte der Schiffswerft Korneuburg. Diplomarbeit, Universität Wien, 2008
Jonathan Vaughan: Donau-Dampfschiffahrts-Gesellschaft – Habsburgs Wiener Flotte. ORF, 2020, 45 Min.





















