Hans Christian Andersen (1805-1875) et le voyage sur le Danube…

Alphonse de Lamartine (1790-1869), Edgard Quinet (1803-1875)  et bien d’autres écrivains (Victor Hugo a publié ses Orientales en 1829 dans lesquelles le Danube est l’objet de deux poèmes mais l’écrivain n’est pas allé à la rencontre du fleuve) réalisent leur voyage en Orient ou vers celui-ci. Gérard de Nerval (1808-1855), dont l’intention première était de descendre le Danube pour aller en Orient reste à Vienne de novembre 1839 à mars 1840, sans doute à cause de la pianiste Marie Pleyel (1811-1875). Il  écrit dans son Journal : « Tu me demanderas pourquoi je ne  me suis pas rendu en Orient par le Danube, comme c’était d’abord mon intention. Je t’apprendrai que les aimables aventures qui m’ont arrêté à Vienne beaucoup plus longtemps que je ne voulais y rester, m’ont fait manquer le dernier bateau à vapeur qui descend vers Belgrade et Semlin, où d’ordinaire on prend la poste turque. Les glaces sont arrivées, il n’a plus été possible de naviguer. Dans ma pensée, je comptais finir l’hiver à Vienne et ne repartir qu’au printemps… peut-être même jamais. Les dieux en ont décidé autrement ! »1 L’écrivain rentrera effectivement en France au printemps et accomplira son voyage en Orient en 1843 par bateau depuis Marseille.  
   Par esprit d’aventure et de grande curiosité Andersen accomplit, au contraire des autres voyageurs, son voyage fluvial d’aval en amont en choisissant de rentrer de Constantinople à Vienne par bateau. C’est sur le Ferdinand Ier, un navire de la compagnie autrichienne royale et impériale de navigation à vapeur sur le Danube (D.D.S.G.), qu’il traverse au mois de mai le détroit du Bosphore, entre dans la mer Noire et débarque à Constanţa. De Constanţa il rejoint le Danube en traversant la Dobrodgée et atteint Cernavodă pour s’embarquer à nouveau et remonter le fleuve en plusieurs étapes avec une quarantaine à Orșova jusqu’à Vienne. Andersen ne manque évidemment pas l’occasion de décrire ses rencontres, ses compagnons d’aventure fluviale et les incertitudes de son périple. L’écrivain danois publiera ses souvenirs dans son livre « Le bazar d’un poète » après son retour au Danemark en 1842.

« Carte du cours du Danube depuis Ulm jusqu’à son embouchure dans la mer Noire ou Guide de voyage à Constantinople sur le Danube avec tout ce qui a rapport à la  Navigation des Pyroscaphes sur cette route. Vienne chez Artaria & Compagnie. 1837. » 

Notes :
Gérard de Nerval , Voyage en Orient, IX, « Introduction, suite du Journal » par M. Gérard de Nerval, à un ami, Vers l’Orient, Troisième édition, revue, corrigée et augmentée, Tome premier, Paris, Charpentier, Librairie-Éditeur, 1851

Le bazar d’un poète voyageur !

« Aux princes du piano, mes amis, l’Autrichien Thalberg et le Hongrois Liszt je présente et dédie ces pages : « Thème et variations sur le Danube et ses rives ».

Il n’y a pas encore dix ans que la D.D.S.G. a lancé sur le Danube son bateau à vapeur à roue et coque métallique, le François Ier. Celui-ci relie, à partir du 4 septembre 1830, Vienne à Budapest via Preßburg (Bratislava). La compagnie proposera peu après des liaisons avec changement de bateaux de Vienne vers les grandes villes du Bas-Danube puis ultérieurement jusqu’à Constantinople et retour. Avec la révolution qu’engendrait la récente invention de la navigation à vapeur le temps de voyage de la capitale ottomane jusqu’à la capitale autrichienne s’était, malgré la délicate remontée du fleuve, s’était considérablement raccourci. Dans les années 1830 il ne faut déjà plus compter que douze jours et demi, sans la quarantaine, pour aller de Vienne à Constantinople et dix-sept jours (toujours sans la quarantaine sanitaire obligatoire d’Orşova, épidémies et bureaucratie obligent, à la frontière austro-ottomane, pour le trajet inverse !) Hans Christian Andersen fait d’ailleurs le récit de cette quarantaine dans la relation de son voyage. Sur le Haut-Danube ,le Maria-Anna, un autre vapeur à la puissance équivalente (60 chevaux) de cette même D.D.S.G. ne met plus qu’un jour et demi pour emmener les passagers de Vienne à Linz (un jour au retour) à partir du 12 septembre 1837.

Départ dans la liesse du voyage inaugural du Prater à Vienne vers Semlin du bateau à vapeur à aubes le François Ier le 19 avril 1831

Ce bateau connaîtra un singulier destin puisqu’il sera racheté par le gouvernement des insurgés hongrois de Lajos Kossuth (1802-1894) en 1848 et armé de canons1.

Le Maria Anna de la D. D. S. G. reliant Vienne à Linz 

Le conteur danois remonte le Danube dans les années de l’époque Biedermeier pendant que son aîné l’écrivain autrichien Franz Grillparzer (1791-1872) va le descendre de Vienne jusqu’à la mer Noire et Constantinople en 1843. D’autres personnages célèbres, politiques et littéraires comme l’écrivain Alphonse de Lamartine (1790-1869), au retour de son voyage de dix-huit mois en Turquie et au Moyen-orient, périple à l’occasion duquel il perd sa fille Julia ou le comte hongrois István Széchenyi (1791-1860), passionné par l’aménagement du fleuve et la navigation (il est un soutien enthousiaste et un actionnaire de la D. D. S. G.) les ont déjà précédé sur le Danube. Ida Pfeiffer (1797-1858), originaire d’une famille aisée de commerçants viennois et grande voyageuse est l’une des toutes premières femmes à descendre seule le Danube, en mars 1842, à bord du bateau à vapeur le Marie Anne de Vienne jusqu’à la mer Noire et Constantinople. Elle poursuivra quant à elle son voyage jusqu’en Palestine et au-delà.2

Le récit d’Andersen, haut en couleurs et particulièrement animé, donne l’impression au lecteur d’être sur le bateau aux côtés de l’écrivain conteur et de l’accompagner pendant cette remontée du fleuve de plusieurs semaines.

Notice en français pour les voyageurs figurant sur la Carte du cours du Danube depuis Ulm jusqu’à son embouchure dans la Mer noire ou Guide de voyage à Constantinople sur le Danube avec indication de tout ce qui a rapport à la Navigation des Pyroscaphes sur cette route, Vienne chez Artaria & Compagnie, 1837. Huit bateaux de la D. D. D. G. y figurent : Le Marie Anne (Maria Anna), le Nádor, l’Arpád, le Zrinyi, le François Ier, l’Argo, le Panonia et le Ferdinand Ier (vapeur maritime)

De Czerna-Woda à Rustzuk3
« Ma carte à moi, c’était la carte du Danube. J’ai étudié tout au long cette impérissable grand-route qui mène vers l’Orient lequel sera, d’années en années, toujours plus visité et, un jour, ses puissants courants porteront des poètes qui sauront dire les trésors de poésie que renferment ici le moindre bosquet et la moindre pierre… »

« Il était trois heures de l’après-midi lorsque commença notre voyage sur le Danube. L’équipage, à bord, était italien. Le capitaine, Marco Dobroslavich, un Dalmatien, un vieux bonhomme, excellent, plein d’humour nous devint rapidement très cher à tous. Il rudoyait ses matelots qui pourtant, au fonds d’eux-mêmes, l’aimaient bien ; ils avaient l’air de s’amuser sincèrement lorsqu’il s’en prenait à eux car il avait toujours en même temps un trait d’esprit qui faisait avaler la volée de bois vert. Au cours des trois jours et des trois nuits que nous avons passés à bord avant d’atteindre la frontière militaire, nul ne se montra plus efficace et de meilleures humeurs que notre vieux capitaine. Au milieu de la nuit, lorsque la navigation était possible, on l’entendait crier de sa voix impérieuse, toujours sur le même ton, toujours prêt pour une bourrade et une bonne blague, et à table, au déjeuner, c’était un hôte jovial et débonnaire. Il était vraiment la perle des capitaines du Danube à qui nous avons eu affaire. Les autres, au contraire, se montrèrent de moins en moins aimables, et nous nous sentîmes de moins en moins à l’aise, ce qui eut pour effet naturel de resserrer les liens entre passagers de différentes nations. Cependant, au fur et à mesure qu’on se rapprochait de Pest et de Vienne, le nombre de gens à bord augmentait de façon telle que plus personne ne s’intéressait aux autres. Chez notre père Marco, en revanche, nous nous trouvions aussi bien que dans une pension de famille.

Tout notre parcours de l’après-midi, à partir de Czerna-Woda se fit entre des îles inondées où les cimes des saules et le toit d’une hutte de roseaux sortaient de l’eau. Nous n’avions jamais vu encore le Danube dans toute sa largeur. Nous avons passé une joyeuse soirée dans notre belle cabine bien éclairée. On sabla le champagne, le goût de pain de seigle de cet authentique Tokay me rappelait le pays du seigle, le lointain Danemark. Pourtant, la nuit ne fut pas conforme au soir ! Notre sang allait devoir couler au long de la côte bulgare ! Cette chaleur marécageuse donne naissance non seulement à des miasmes, mais à des millions de moustiques venimeux qui faisaient souffrir de la façon la plus atroce les habitants de ces rivages ainsi que les équipages des navires. D’innombrables hordes de moustiques avaient vu le jour au cours des dernières nuits et nous assaillaient par l’ouverture des écoutilles. Personne n’avait prévu leur existence, ils tournoyaient au-dessus de nous, nous piquaient et des gouttes de sang coulaient sur notre visage et sur nos mains.

De bonne heure, avant même le lever du soleil, nous étions tous sur le pont, chacun le visage bouffi par le sang. Vers minuit, nous avions passé la forteresse turque de Silistra4 et accueilli à bord plusieurs Turcs en tant que passagers du pont ; ils étaient couchés enveloppés dans de grands tapis et dormaient parmi les sacs de charbon.

À présent, le jour était levé ! Les îles du Danube étaient sous l’eau, elles ressemblaient à des forêts flottantes sur le point d’être englouties. Tout ce côté de la Valachie se présentait sous l’aspect d’une interminable surface verte, rompue seulement par un corps de garde en ruines, fait d’argile et de paille, ou une maison de quarantaine de forme allongée, blanchie à la chaux et au toit rouge. Nul jardin ici, pas le moindre arbre, l’édifice était là, solitaire comme le Vaisseau fantôme sur une mer calme et déserte. À l’inverse, sur la côte bulgare, se dressaient des taillis et des bouquets d’arbustes, la terre grasse paraissait particulièrement propice aux cultures. Pourtant de grands espaces étaient déserts. Des milliers de gens émigrent d’Europe vers l’Amérique qui trouveraient ici un bien meilleur foyer, un champs fertile, au bord du plus grand fleuve d’Europe, la grand-route qui mène vers l’Orient.

Du côté bulgare, nous fûmes salués par la première ville : Tuturcan5. Devant chaque maison, il y avait un jardinet ;  sur la berge  en pente, des petits garçons couraient, à moitié nus en riant : « urolah ! »6 . Tout ici signifiaient encore paix et absence de danger. Les troubles de l’intérieur du pays n’avaient pas encore atteint ces rivages. Pourtant, nous apprîmes de la bouche des Turcs que nous avions pris à bord, la nuit dernière, à Silistra, que plusieurs fugitifs avaient traversés le Danube afin de trouver refuge à Bucarest. Là-bas, de l’autre côté de la montagne, la révolte et la mort faisaient rage.

Après Tuturcan, nous avons passé par un défilé extrêmement pittoresque, des haies luxuriantes se détachaient sur e fonds brun-rouge des grandes pentes ; un joli groupe de chevaux avait été conduit au bord du fleuve et devait le traverser ; l’un d’entre eux attirait l’attention, à la fois par la vivacité de ses mouvements et par sa longue crinière d’un noir de charbon qui voltigeait ; il sautait sur la pente et la terre jaillissait de sous ses sabots.

Dieudonné Lancelot (1822-1894), rive valaque, Le Tour du monde, 1860

« Ô toi, cheval sauvage, peut-être un jour porteras-tu sur ton dos, pour ses noces, la jeune princesse de Valachie, peut-être ses mains délicates flatteront-elles ta nuque et tes flancs blancs et luisants seront-ils ornés de carapaçons7 multicolores ! Danses-tu parce que tu aperçois, aujourd’hui, de l’autre côté du fleuve, ta nouvelle patrie ? Ou bien, deviendras-tu en Valachie, l’ancêtre fondateur d’une descendance cent fois supérieure au troupeau qui aujourd’hui t’entoure ? Ton nom figurera-t-il fièrement tout en haut de l’arbre généalogique ? Le cri des enfants, vaut aussi pour toi bel et fougueux animal : « urolah ! urolah ! »

La bourgade suivant du côté bulgare, Havai, aurait pu offrir un cadre charmant à une nouvelle turque ; sous le chaud soleil, des roses sauvages s’épanouissaient ; groupés autour du minaret blanc, les haies, les arbres et les maisons formaient un joli tableau tout à fait typique ; oui, vraiment, un romancier aurait pris plaisir à situer ici le cadre de son histoire et il se peut bien que cela se produise un jour, car en effet Havai a de quoi fournir la matière d’une nouvelle, et celle-ci est historique. Le défunt sultan Mahmud, le père de Abdul-Meschid, fit un jour un voyage sur le Danube. Survint un orage épouvantable, le bateau était sur le point de sombrer ; près de Havai, le Maître des croyants descendit à terre, chaque buisson de rose agitait devant lui sa coupe odorante. Le sultan passa là une nuit… a-t-il bien dormi et fit-il des rêves agréables, je ne saurais le dire, mais pour les habitants, cette nuit-là est resté comme un beau rêve évanescent.

Non loin d’ici, nous avons vu apparaître les premiers moulins à vent, ils sont installés sur des bateaux solidement amarrés ; l’hiver venu, on les tire à terre, à l’abri des bosquets ; la famille s’installe alors à l’intérieur du moulin silencieux, le petit tambour à main crépite, la flûte joue sa partie, monotone, comme si elle l’avait apprise du grillon. La famille s’ennuie à terre, elle attend avec impatience le retour du printemps, quand le moulin oscillera à nouveau dans le murmure du courant, que les roues cliquèteront, qu’il y aura de la vie et du mouvement et qu’eux-mêmes, debout sur le seuil, seront en train de pêcher tandis que passent les bateaux à vapeur.

Le soleil était torride ; notre toit de toile nous faisait de l’ombre, mais il faisait chaud comme dans un four et cette chaleur augmentait sans cesse, rien pour rafraîchir le corps, rien pour l’esprit ; tout autour, partout, la même verdure, une pastoral infinie ! Imperturbablement nous naviguions comme entre des plants d’asperges et de persil. La chaleur se faisait de plus en plus oppressante, on se sentait dans un bain de vapeurs sèches mais sans la moindre douche rafraîchissante ensuite, pas un nuage dans le ciel ! Non, pareille température, jamais, dans ma fraîche patrie, mon imagination n’avait pu en concevoir l’idée.

Finalement, nous avons vu une ville du côté de la Valachie, c’était Giurgevo8, dont les fortifications ont été détruites par les Russes. Une partie des habitants s’étaient rassemblée sur les vestiges de ces remparts. Les gens criaient et s’interrogeaient à propos de l’état sanitaire de Constantinople9 et des troubles à l’intérieur du pays. Le soleil était juste en train de se coucher ; le clocher de l’église de la ville qui venait d’être recouvert de plaques lisses et brillantes, rayonnait comme s’il était en argent, au point de faire mal aux yeux. Une tonalité estivale enveloppait la prairie plate et verdoyante, les oiseaux des marécages s’envolaient des roseaux. Du côté bulgare s’élevaient des collines jaunes, sur lesquelles nous mîmes le cap et alors que notre regard s’attardait sur le clocher brillant de Giurgevo, déjà nous étions devant les maisons et les jardins qui forment les faubourgs d’une importante ville bulgare : Ruztuk.

Une foule de minarets, serrés les uns contre les autres, suggérait que nous étions là dans une ville d’authentiques croyants. Tout le quai et la passerelle était plein de gens parmi lesquels régnait une étrange agitation. Nous étions tout près du débarcadère lorsque deux personnages, tous deux en costume franc, mais qui portaient le fez, sautèrent dans l’eau, de part et d’autre de l’étroite passerelle, accompagnés d’une horrible clameur ; ils gagnèrent la terre à la nage ; on aida l’un d’eux mais l’autre fut repoussé et on lui jetait même des pierres ; il se retourna vers notre bateau et nous cria en français : « Au secours ! Ils vont m’assassiner ! » Quelques-uns de nos matelots sautèrent dans un canot et le firent monter à bord ; notre bateau s’éloigna de nouveau du rivage tandis que tout l’équipage et tous les passagers s’agglutinaient sur le bastingage. Étaient-ce là les premiers désagréments d’un voyage dans un pays en rébellion ? Que se passait-il donc à Ruztuk ? Il s’ensuivit quelques instants d’incertitude et d’anxiété. Quelques signes nous furent donnés qui étaient aussi des réponses ! On voyait des soldats sur le pont. Un bateau à rames se dirigea vers nous avec à son bord Hephys, le petit pacha de la ville10. Quelques-uns de ses officiers l’accompagnèrent à bord. La manière dont cela se passa nous parut très singulière. L’un le prit par les poignets, un autre par les coudes et un troisième par les épaules ; ils s’avancèrent ainsi jusqu’à la cabine du capitaine à l’intérieur de laquelle ils furent accueillis avec des confitures et des liqueurs. Il visita ensuite les différentes cabines, toujours accompagné de la même façon que lors de son arrivée, à cette seule différence près que deux jeunes Turcs portaient des bougies allumées devant lui.

En ce qui concerne le désordre qui avait eu lieu, on voulut n’y voir qu’une affaire tout à fait privée ; les deux personnes qui avaient crié étaient le directeur de la maison de quarantaine, un Turc, et le médecin, un Français, qui étaient en conflit sur plusieurs points ; quand ils se disputèrent à nouveau sur la passerelle du bateau, ils se bousculèrent et les Turcs prirent le parti du Turc.

Une fois  à bord, le docteur fut immédiatement rhabillé et sous la protection du pacha, il quitta le navire qui se trouvait maintenant le long du quai d’où les soldats avaient chassé la foule. Il se mit à faire froid à l’intérieur, le soir était ténébreux, une seule lanterne était allumée dans le gréement du navire. Tout était calme dans Ruztuk ; une fois, un chien sans maître hurla, le Muezzin criait les heures depuis le minaret ; dans les rues sombres et solitaires, seule une lanterne bougeait.

Notre lit fut entouré de plantes vertes pour que nous puissions nous libérer des essaims de moustiques ; mes compagnons se mirent aussitôt à jouer aux cartes mais je ne connais aucun jeu ; ma carte à moi, c’était la carte du Danube. J’ai étudié tout au long cette impérissable grand-route qui mène vers l’Orient lequel sera, d’années en années, toujours plus visité et, un jour, ses puissants courants porteront des poètes qui sauront dire les trésors de poésie que renferment ici le moindre bosquet et la moindre pierre… »
Hans Christian Andersen, Le bazar d’un poète, « De Czerna-Woda à Rustzuk », traduction de Michel Forget, Domaine romantique, Éditions Corti, Paris, 2013

Le vapeur Sophia de la D.D.S.G. heurte une Zille transportant du sel et pavoisée à la hauteur des Portes-de-Fer en 1839, ex-voto, 1841, sources Verlag Atlantis

Notes :
1 « Sur le Danube, Aux princes du piano, mes amis l’Autrichien Thalberg et le Hongrois Liszt je présente et dédie ces pages : « Thème et variations sur le Danube et ses rives » in Le bazar d’un poète, traduit du danois par Michel Forget, préface de Régis Boyer, Domaine romantique, José Corti, Paris 2013, p. 311
2 Introduction de la vapeur dans la navigation sur le Danube, in Noël BUFFE, Les marines du Danube, 1526-1918, « La flottille au XVIIIe siècle et jusqu’à l’apparition de la propulsion à vapeur »,  Éditions Lavauzelle, Panazol, 2011, p. 216
3 Ida Pfeifer, Reise einer Wienerin in das Heilige Lanţd, Verl. vonJakob Dirnböck, Wien, 1846
4 Cernavodă, port roumain de la rive gauche du Danube, situé dans la province de Dobrogea. 

Rustzuk, (en turc petite ruse), nom porté par la ville pendant l’occupation ottomane jusqu’en 1878, en bulgare Русе, Roussé ou Ruse, grande ville bulgare sur la rive droite du Danube. Ruse est aujourd’hui la cinquième ville de Bulgarie et fait face à la ville Roumaine de Giurgiu à laquelle elle est reliée par le pont de l’amitié. Les écrivains Elias Canetti (1905-1994), prix Nobel de littérature et Michael Arlen (1895-1956) sont nés à Ruse.  
5 Silistra, aujourd’hui port bulgare sur la rive droite.
 6 Tuturcan (Tutrakan), petite ville bulgare à la longue tradition et principale activité de pêche et port sur la rive droite du Danube, en face d’Olteniţa sur la rive roumaine.
« Bon voyage ! »
8 Le caparaçon est un mode de harnachement qui couvre le corps du cheval. Bien que généralement on le sens de ce mot à l’armure de cheval, il y avait des caparaçons de gala, de fête. Le caparaçon comprend le caparaçon proprement dit, le cervical ou la cervicale qui couvre le cou du cheval, la têtière et le chanfrein.
9 Giurgevo (Giurgiu) distante de six heures seulement de Bucarest, la capitale de la Valachie. Note de l’auteur.
10 Pour l’instant, il n’y avait pas trace de peste ; mais  à Alexandrie et au Caire elle faisait rage ; j’ai appris par une lettre reçue à la fin de mon séjour à Péra que, dans ces deux dernières villes, les gens mouraient chaque jour par centaines. Note de l’auteur.
11À Ruztuk, il n’y a pas moins de trois pachas, celui qui occupe la première place s’appelle Mers Said, le suivant, Mohamed et le troisième Hephys. Note de l’auteur.

Sources :
ANDERSEN, Hans Christian, Le bazar d’un poète, traduction de Michel Forget, Domaine romantique, Éditions Corti, Paris, 2013
GRLLPARZER, Franz (1791-1872), Tagebücher und Reiseberichte, Berlin, 1980

KINAUER, Rudolf, Donaufahrt in Biedermeier, nach Originalgouachen von Jacob Alt, 24 Blätter, erläutet und eingeleitet von Rudolf Kinauer, Verlag Anton Schroll & Co, Wien, 1964
PFEIFFER, Ida, Reise in das heilige Land, ?, Wien 1995

QIAN, Kefei, Die Donau von 1740 bis 1875, Eine kulturwissenschaftliche Untersuchung, Logos Verlag, Berlin, 2014

Shvistov (Sistova, Bulgarie), gravure de 1824, collection Magyar Földrajzi Múzeum

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