Le Danube et les Vénus de la Préhistoire

La belle Vénus de Willendorf, retrouvée au bord du Danube en Wachau (Basse-Autriche)

La plus ancienne Vénus danubienne retrouvée à l’heure actuelle, la « Vénus de Hohle Fels », sculptée dans de l’ivoire de mammouth et datée d’env. 31 000-40 000 ans av. J.-C., a été découverte à la fin de l’automne 2008, en 6 morceaux, sous trois mètres de sédiments, dans une grotte du Jura souabe, à proximité de Schelklingen (Bade-Würtemberg, Allemagne), dans la vallée de l’Ach, un petit affluent de la rive gauche du Danube. C’est l’équipe de l’archéologue allemand Nicholas Conard, professeur à l’Institut de Préhistoire de Tübingen qui est à l’origine de cette découverte. Ayant été reconstituée, il ne manque à la statuette que son bras et son épaule gauche. Sa modeste taille de 6 cm et un anneau légèrement usagé à la place de la tête semblent indiquer que la statuette a été portée en amulette. Sa réalisation met clairement en valeur ses attributs sexuels.
Avec la découverte de cette représentation féminine tridimentionnelle, notre approche sur les premiers pas artistiques de la période paléolithique a été bouleversée. La Vénus de Hohle-Fels, qui  fait partie des plus anciens exemples au monde connus de l’art figuratif humain, met aussi en relief l’importance de la Souabe danubienne comme l’un des premiers centres d’art de la préhistoire européenne. Certains scientifiques ont émis l’hypothèse que les pratiques artistiques précoces de ces populations préhistoriques ont permis un développement plus avancé des capacités cognitives de l’Homme moderne, ce qui lui aurait valu à Homo Sapiens supplanter en conséquence le Néandertalien1seul membre de la famille humaine à avoir occupé l’Europe entre 450 000 et 40 000 ans avant aujourd’hui. Les premières civilisations danubiennes pourraient ainsi avoir été déterminantes dans le processus d’évolution de l’homme. La Vénus de Hohl-Fels est conservée à l’Institut d’Archéologie de Tübingen.

Vénus de Hohle-Fels, datée de 31 000-40 000 ans avant J.-C., une des plus anciennes représentations féminines tridimentionnelles au monde

Sa « soeur cadette », la petite Vénus de Galgenberg ou « Fanny » von Galgenberg, statuette en serpentine verte, d’environ 7,5 cm de hauteur et aux proportions beaucoup plus fluettes, fut retrouvée en 1988 à Strautzing, près de Krems, dans la vallée danubienne de la Wachau (Autriche). Elle a pu être datée de plus de 32 000 ans avant J.-C. (Aurignacien).
L’original, tout comme celui de la Vénus de Willendorf, est conservé au Muséum d’Histoire Naturelle de la Ville de Vienne (Naturhistorisches Museum Wien).

La Vénus de Galgenberg, datée de plus de 32 000 ans avant J.-C., surnommée aussi « Fanny » von Galgenberg

Une autre statuette féminine a été découverte en Wachau. La Vénus de Willendorf voit à nouveau la lumière du jour en 1908 sur les bords même du fleuve à Willendorf (Wachau, Autriche). Elle représente vraisemblablement une divinité fluviale de l’époque glaciaire (datation entre 30 000 et 20 000 avant J.-C.) qui apparaît sous des  formes généreuses et avec une chevelure tressée.

La belle Vénus dite  « de Willendorf » (entre 30 000 et 20 000 avant J.C.) en calcaire et aux formes généreuses et découverte en Wachau autrichienne en 1908)

La Vénus de Willendorf, figuration de la Terre mère ou déesse fluviale ?
   Une des plus anciennes figurations de la Mère primordiale ou Terre mère, Déesse souveraine, Grande Déesse, Déesse mère, Reine des morts est cette modeste statuette en calcaire de 11 cm de hauteur qui, si elle n’avait été découverte lors de fouilles au début du siècle, aurait pu peut-être rester encore des milliers d’années enfouie dans le sol de la belle Wachau Danubienne (Basse-Autriche).
   Le nom de Vénus de Willendorf ne correspond en fait à rien d’autre qu’au lieu où celle-ci a été exhumée car cette statuette ne figure pas une Vénus. Découverte par le préhistorien Josef Szombathy (1853-1943) en collaboration avec l’anthropologue Josef Bayer (1882-1931) sur le site d’une ancienne briqueterie à Willendorf (rive gauche du Danube, en amont de Krems/Danube), elle est datée de l’aurignacien récent (environ 20 000 avant J.-C.) et présente de nombreuses similitudes avec d’autres sculptures de la même époque : une tête sans visage, des bras repliés sur des sein très volumineux, des fesses et un ventre protubérants et des cuisses énormes.
   Du point de vue de l’esthétique moderne, cette statuette ne correspond pas du tout aux critères habituels d’une Vénus. Dans son ouvrage « Le livre des Genèse Jacques Lacarrière la décrit ainsi : « Elle serait plutôt, selon ces mêmes critères, une mamma obèse et stéatopyge (hypertrophie des fesses et des cuisses) , analogue à celles qu’on a découvert par la suite en Europe, notamment en France, en Moravie, en Silésie et dans le Piémont. Comme l’a écrit un des grands spécialistes de la préhistoire André Leroi-Gourhan : « Ces statuettes sont pratiquement interchangeables aux proportions près : les plus complètes portent sur la tête le même décor, ont les mêmes petits bras repliés sur les seins ou dirigés vers le ventre, les mêmes seins partant très bas et s’allongeant comme des outres au-dessus de la taille, les mêmes jambes fuyant en pied minuscules ou inexistants. »
   La Vénus de Willendorf, ajoute Jacques Lacarrière « n’était peut-être pas à proprement parlé une Terre mère, en ce sens qu’on ignore si elle était l’objet d’un culte ou d’un rituel de la fécondité. Elle annonce de façon impressionnante les figures de la Grande Déesse ou de la Terre mère que l’on va retrouver dans toute la Méditerranée à partir des époques historiques, c’est-à-dire à partir du IVe millénaire.
Malgré les 25 000 ans qui nous séparent de cette statuette, elle recouvre et exprime déjà tout ce que les mots Femme et Mère signifieront plus tard pour les hommes. Ses seins, son ventre, son pubis et sa vulve annoncent les centaines de seins, de ventres, de pubis, de vulves que les archéologues ne cesseront – ne cessent encore – de découvrir dans les tombes de la Mésopotamie à la Gaule. J’ajouterai que l’outrance même de ses formes, cette stéatopygie si caractéristique comme l’exagération des signes sexuels, la rapprochent de façon évidente de cette Terre primitive, de cette matrice monstrueuse que les peuples historiques anciens imagineront à l’origine du monde et donc à l’origine d’eux-mêmes. La première fonction de la femme est ici, non pas l’érotisme mais la fécondité. Une fécondité qui ne se borne pas au cercle limité des hommes mais qui s’étend à la terre entière. »
Jacques Lacarrière, Le Livre des Genèses, « Les Vénus aurignaciennes », Philippe Lebaud éditeur, Paris, 1990
On peut se rendre sur le lieu de sa découverte et visiter le petit musée qui lui est consacré à Willendorf.

Plus récentes mais non moins aussi intéressantes sont les nombreuses autres sculptures mis à jour sur l’extraordinaire site archéologique danubien de Vinča (Serbie), témoin d’une civilisation du Chalcolithique (7000-3000 ans avant Jésus-Christ), elle-même précédée d’une culture encore plus ancienne, celle de Starčev. C’est l’archéologue serbe Miloje Vasić (1869-1956) qui est à l’origine des fouilles entreprises à Vinča dès le début du XX(1908).

Tout comme celui-ci, un autre site serbe encore plus ancien, Lepensky Vir (9500-6200 av. J.-C.), situé sur la même rive mais un peu en aval, témoigne également du haut degré de savoir-faire de ces premières civilisations danubiennes, du moins de celles que nous connaissons actuellement.

Eric Baude, Danube-culture, janvier 2018, mise à jour août 220 (tous droits réservés)

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