Agnès Bernauer, l’ange d’Augsburg, le Danube et la raison d’État…

« Voici pourtant ce que vous n’aviez pas voulu. Ce que vous avez décidé, vous l’avez décidé pour qu’il ne fût pas attenté à l’ordre, pour que ne fût pas troublé la tranquillité de votre peuple, pour que le trône fût incontestable, pour que ce pays ne fût pas déchiré entre des ambitions rivales. Et voici vos campagnes qui brûlent…
Pardonnez à ma franchise. La beauté d’une jeune fille innocente a été jetée aux du Danube parce qu’elle menaçait la paix, et vous avez la guerre. Que sa mort fût exigée par le salut de l’État, était déjà intolérable, et l’État n’est pas sauvé. Avez-vous eu raison ? »

Friedrich Hebbel (1813-1863), Agnès Bernauer, 1855, texte français de Pierre Sabatier et de Thierry Maulnier, création de l’adaptation française au Théâtre de France, le 13 juin 1965     

C’est avec un peu de persévérance qu’on peut arriver jusqu’au vieux et discret cimetière de Sankt-Peter (Saint-Pierre), dans un quartier excentré de la petite ville danubienne bavaroise de Straubing, et y découvrir la chapelle avec son monument funéraire dédié à Agnès Bernauer (vers 1410-1435) qui aurait été la fille d’un humble barbier d’Augsbourg.

Skt Peter Straubing

Le petit cimetière de Sankt Peter à Straubing date du XIIe siècle. La basilique a été construite à partir de 1180 et la chapelle d’Agnès Bernauer en 1436. Deux autres chapelles voisinent avec celle d’A. Bernauer, photo © Danube-culture, droits réservés

Il émane de ce cimetière qui, avec ses remparts et ses pierres tombales grises et verdâtres, entoure et protège une haute et sobre basilique romane, comme une atmosphère paisible d’antichambre céleste.

Agnès Bernauer, « l’ange d’Augsbourg », eut le grand malheur de rencontrer en 1428 le noble Albert III (1401-1460), fils du duc Ernest de Bavière (1373-1438). On suppose que le couple s’est marié en 1431 ou 1432, séjourne à Munich ainsi qu’au château de Blutenburg ou éventuellement dans celui de Vohburg sur le Danube. Le duc Ernest de Bavière ne supporta pas cette mésalliance qui, selon lui, mettait en péril non seulement sa volonté dynastique mais bouleversait aussi l’ordre social du Royaume de Bavière. Aussi, pour sauver celui-ci, s’arrangea-t-il avec le juge Emmeram Rusperger pour faire inculper sa belle-fille de sorcellerie. Elle fut condamnée et noyée dans le Danube le 12 octobre 1435 en l’absence d’Albert III que son père avait envoyé à une chasse organisée par un de ses parents.

Vohburg/Donau où pourraient s’être réfugiés Albert III et Agnès Bernauer après leur mariage célébré en secret, gravure de Matthäus Merian (1621-1687), fin du  XVIIe siècle

La belle et courtoise Agnès mourut sans renier son mari, en conflit avec son père et qui partit se réfugier à la cour d’Ingolstadt. Les soldats d’Ernest de Bavière eurent du mal à accomplir leur sale besogne. La jeune fille, jetée du pont, dériva à la surface du fleuve comme protégée par la grâce divine ou par le génie d’un ondin ému par son sort cruel. Les bourreaux durent lui attacher les cheveux à une perche et maintenir sa tête longtemps sous l’eau pour qu’elle meure noyée. « La grande roue lui est passée sur le corps » dira le commanditaire du meurtre, le duc Ernest de Bavière. Pris de remords ou admirant sa fidélité jusque dans l’au-delà, il lui fit édifier une chapelle et une sépulture demeurée vide (on ignore encore aujourd’hui où elle fût enterrée) dans le cimetière de Saint-Pierre à Straubing puis se retira dans un cloître où il mourut trois ans plus tard. Albert se réconcilia avec son père avant sa mort, contracta, toujours au nom de la raison d’État, un nouveau mariage en 1437 avec une jeune femme digne de son rang, Anna von Braunschweig-Grubenhagen (1420-1474), et lui succéda en 1438.

La stèle en marbre rouge d’Agnès Bernauer avec un chapelet à la main et deux petits chiens à ses pieds, symbole du dévouement et de la fidélité conjugale, photo © Danube-culture, droits réservés

L’histoire du destin tragique d’Agnès Bernauer est une source importante de profit pour les commerçants de la ville car sans elle, cette cité ne ferait, malgré son patrimoine et la présence du fleuve, ses terres agricoles aux alentours, que pâle figure face aux trésors de Regensburg et Passau. Une fresque théâtrale est organisée tous les quatre ans depuis 1935 dans la cour intérieure du château du château ducal. « Les Agnès Bernauer —Festspiele magnifient en costume moyenâgeux l’héroïne plébéïenne de la triste histoire d’amour sacrifiée à la raison d’État. »1 Les prochaines représentations auront lieu en 2023.

Dans son adaptation pour un des sketch du film de Michel Boisrond ‘Les amours célèbres » Jacques Prévert, en poète malicieux et libertaire, prend le contrepied du point de vue défendu par le comte Ernest de Bavière, point de vue adopté par Hebbel et de nombreux autres auteurs. « Non seulement Prévert n’approuve pas ce principe, mais il proteste contre la persécution du bonheur, analogue à celle de la beauté : « ils sont beaux, ils sont jeunes et avec tout ça, ils voudraient être heureux; de quel droit ? », fait-il dire à Ernest. »2

Chapelle d’Agnès Bernauer dans le cimetière de Saint Pierre de Straubing, photo © Danube-culture droits réservés

C’est dans cette même petite ville danubienne bavaroise marquée du sceau quelque peu désuet désormais de la Raison d’État, que nait le talentueux « saltimbanque » Emmanuel Schikaneder (1751-1812)3, de son vrai nom Johann Josef Schikaneder. Le hasard d’une géographie danubienne oppose en quelque sorte le meurtre de la jeune fille d’un barbier d’Augsburg venue à la rencontre de son tragique destin à Straubing, à la légèreté bienveillante et pleine de fantaisie du Singspiel de Mozart, die Zauberflöte (La Flûte enchantée) dans lequel le compositeur et son librettiste font prendre prendre leur revanche aux coeurs purs et au petit peuple. Aucun festival ne porte le nom de Schikaneder…

Emmanuel Schikaneder (1751-1812)

Comédien, chanteur, musicien, écrivain, directeur de théâtre, franc-maçon comme Mozart qu’il rencontre pour la première fois lors de son séjour à Salzbourg, Schikaneder sera le librettiste complice ainsi que le Papageno de la première du dernier Singspiel de Mozart, créé dans au Théâtre sur la Vienne (Theater an der Wien) en 1791 et dirigé par le compositeur en personne. Schikaneder avait écrit auparavant une pièce dramatique consacrée à Agnès Bernauer qui avait été donnée à Salzbourg. Devant l’émotion immense des spectateurs lors de chaque représentation, il décida un soir que son héroïne serait exceptionnellement graciée ce jour-là !

Emmanuel Schikaneder en Papageno (Wien : Alberti 1791)

La vie et le  martyre de la belle Agnès a inspiré de nombreux autres écrivains, musiciens, poètes et cinéastes parmi lesquels :

Alboize de Pujol Jules-Édouard (1805-1854), Foucher, Paul-Henri (1810-1875), Agnès Bernauer, drame musical (?) en cinq actes et six tableaux, créé à Paris en 1845
Bernard, Raymond (1891-1977), Le Jugement de Dieu, film, 1952
Boisrond, Michel (1921-2002), Les Amours célèbres, 1961, film à sketchs avec Brigitte Bardot (Agnès Bernauer), Alain Delon (Le duc Albert de Bavière), Suzanne Flon (Ursula, La Margravine), Jean-Claude Brialy (Eric Torring), Jacques Dumesnil (Hans, le bourreau), Pierre Brasseur (Le grand duc Ernest), Michel Etcheverry (Gaspard Bernauer, barbier et père d’Agnès)… Le film est une adaptation au cinéma du feuilleton paru en bandes dessinées de Paul Gordeaux (textes) et Louis Moles (dessins) dans France-soir du 4 au 23 avril 1957. Les dialogues du 3ème sketch, Agnès Bernauer, sont de Jacques Prévert (1901-1977).

Brigitte Bardot (Agnès Bernauer et Alain Delon (le duc Albert III de Bavière) dans le film « Les amours célèbres » de Michel Boisrond (1961)

Gleißner, Franz Johannes (1759-1818 ?), Agnes Bernauerin, mélodrame, 1781, créé en 1790 à Munich
Greif, Martin (1839-1911), Agnes Bernauer, der Engel von Augsburg, 1894
Harlan, Veit (1899-1964), Agnès Bernauer, scénario de film (?)
Hebbel, Friedrich (1813-1863), Agnes Bernauer, tragédie en 5 actes, 1851, traduit en français par Louis Brun, Éditions Aubier (bilingue), Paris, 1930
Krebs, Karl (1804-1880), Agnes, der Engel von Augsburg, opéra, 1834
Kroetz, Franz Xaver (1946), Agnes Bernauer, 1976, d’après Friedrich Hebbel, pièce de théâtre
Ludwig, Otto (1813-1865), Der Engel von Augsburg, (1856-1857) et Agnes Bernauerin, 1859
Lipowsky, von, Felix Joseph  (1764-1842), Agnes Bernauerinn, biographie historique Lentner, München 1801
Meyr, Melchior (1810-1871), Agnès Bernauerin, 1852 et Herzog Albrecht, 1862
Mottl, Felix (1856-1911), Agnes Bernauer, 1880, adaptation libre d’après la pièce de Friedrich Hebbel, jeu de scène en 3 actes, représenté au Festival de Bayreuth où F. Mottl était l’assistant de Hans Richter.
Orff, Carl (1895-1982), Die Bernauerin, 1947, « Ein bairisches Stück », 1947, drame musical, texte en vieux bavarois, création à Stuttgart le 15 juin 1947 au Théâtre d’État du Württemberg.
Ott, Arnold (1840-1910), Agnes Bernauer, 1889
Prévert, Jacques (1900-1977), Agnès Bernauer, 1961, dialogues du troisième sketch du film de Michel Boisrond, « Les amours célèbres »
Seyfried, Ignaz von (1776-1841), Agnes Bernauerin, (livret) de Karl Ludwig Giesecke, burlesque (!), 1798
Törring, Josef August, von (?) , Agnes Bernauerinn, 1780
Schikaneder, Emmanuel (1751-1812), Agnes Bernauer, Salzbourg, vers 1780 ?
Weber, Carl-Maria von (1786-1826), Agnes Bernauerin, spectacle romantico-patriotique, après 1809

« Le monument funéraire, qui représente Agnès Bernauer avec un chapelet à la main et deux petits chiens à ses pieds, symboles de la fidélité conjugale unissant cette fille du peuple et son époux princier, a été élevé par le duc Ernest, son meurtrier. La tradition, qu’Hebbel a reprise dans son drame, en fait une illustration de la raison d’État : le duc Ernest aurait profondément admiré la vertu, la personnalité d’Agnès, l’amour si pur qui l’unissait à son fils, et aurait décidé — avec fermeté mais à contrecoeur — de l’éliminer brutalement, en raison des conséquences politiques de ce mariage, et des complications qui en résulteraient : désordres, guerres, révoltes et effondrement de l’État, luttes fratricides et misère. Une fois accompli ce sacrifice — ou ce crime d’État — le duc rendit hommage à la fermeté morale et à l’innocence de la victime en lui faisant ériger — maintenant qu’elle ne représentait plus un danger — un sépulcre qui rappellerait son souvenir aux siècles futurs, et en se retirant lui-même dans un cloître ; son fils Albert, qui avait pris les armes contre lui pour défendre puis pour venger sa femme, réintégra vite les rangs de la politique et de la dynastie, et, s’étant réconcilié au nom de la raison d’État avec ce père qui l’avait rendu veuf, assuma le pouvoir ducal et contracta ensuite ne nouveau mariage conforme à son rang. »

Claudio Magris, « La grande roue » in Danube, pp. 153-254, Éditions Gallimard, Paris, 1986

Notes :
1  Pierre Burlaud, « Noyade et canonisation » in Danube-Rapshodie, Images, mythes et représentations d’un fleuve européen, Éditions Grasset, 2001, p. 130
2
Arnaud Laster Arnaud, « L’Agnès Bernauer de Jacques Prévert : des voix libertaires au Moyen Age », Cahiers de l’Association internationale des études françaises, 1995, n°47, p. 103

www.persee.fr/doc/caief_0571-5865_1995_num_47_1_1865
3 Emmanuel Schikaneder est enterré  à Vienne au Währinger Friedhof (cimetière Währinger). Une ruelle de la capitale autrichienne porte son nom (Schikanedergasse) dans le quartier de Wieden (4e arrondissement).

Sources :
Burleaud, Pierre, « Noyade et canonisation » in Danube-Rapshodie, Images, mythes et représentations d’un fleuve européen, Éditions Grasset, 2001, pp. 129-134 
Ishikawa-Beyerstedt, Saeko,  « J. A. Graf von Törring, « Agnes Bernauerinn » (1780), Melchior Meyr, « Agnes Bernauerin » (1852), M. Meyrs, zweite Ausgabe, « Herzog Albrecht » (1862), Friedrich Hebbel, « Agnes Bernauer » (1851), Otto Ludwig, « Der Engel von Augsburg » (1856 – 57), Otto Ludwig, « Agnes Bernauerin » (1859), Arnold Ott, « Agnes Bernauer » (1889), Martin Greif « Agnes Bernauer, der Engel von Augsburg » (1894), Zusammenfassung zu « Agnes Bernauer », Ein Sonderfall ,F. X. Kroetz, « Agnes Bernauer » (1976), in Friedrich Hebbels Einfluss auf die Moderne. Seine Rezeption in dramatischen Bearbeitungen von « Judith » bis « Die Nibelungen,  Tectum Verlag, Marburg, 2014,
Hebbel, Friedrich, Agnes Bernauer, tragédie en 5 actes, 1851, traduit en français par Louis Brun, Éditions Aubier (bilingue), Paris, 1930
Laster Arnaud, « L’Agnès Bernauer de Jacques Prévert : des voix libertaires au Moyen Age ». In: Cahiers de l’Association internationale des études françaises, 1995, n°47. pp. 99-113
 https://www.persee.fr/doc/caief_0571-5865_1995_num_47_1_1865
Löwenstein, Agnes, « The source of Hebbel’s « Agnes Bernauer », The Modern Language Review, publié par Modern Humanities Research Association, Vol. 4, No. 3 (Apr., 1909), pp. 302-322 (21 pages)
https://www.jstor.org/stable/3713226

Eric Baude, © Danube-culture, droits réservés, mise à jour janvier 2021

La légende du « mur du diable » et la rose d’Aggsbach (Wachau)

Le Mur du diable, gravure d’Adolph Kunike (1777-1838) extraite de l’Album Donau-Ansichten, 1824

Le Mur du Diable
   C’était il y a longtemps, dans le temps où le diable exerçait un métier fort difficile où, pour gagner une âme, une seule âme qui bien souvent encore lui échappait, il prodiguait les trésors de ses grottes souterraines et opérait des prodiges. À présent, il n’a pas besoin de courir le monde, la bourse à la main, comme un racoleur. Il se repose de ses premières fatigues, comme un courtier qui a su se faire une bonne clientèle. Les âmes n’attendent pas qu’il vienne les chercher, elles vont d’elles-mêmes à lui et se font peu marchander.

Donc, en ces jours de splendides contrats diaboliques, il y avait en Wachau, aux châteaux-forts de Spitz et d’Aggstein, deux chevaliers épris à la fois de la même jeune fille. Celui d’Aggstein était le préféré de la demoiselle. Mais la timide jeune fille, n’osant se prononcer ouvertement entre deux puissants rivaux, déclara, pour prévenir une fatale collision, qu’elle épouserait celui qui remporterait le prix à un tournoi de Vienne. En même temps, elle priait ardemment le ciel de favoriser celui qu’elle aimait, et le ciel exauça ses prières.

Château de Spitz Bartlett

Ancienne forteresse Hinterhaus de Spitz/Donau, siège de la dynastie des Kuenringer et des Maissauer, gravure de W. H. Bartlett (1809-1854), Le Danube illustré, Vues d’après nature dessinées par Bartlett, H. Mandeville, Libraire-Éditeur, Paris, 1849 

Le sire d’Aggstein revenait de la capitale de l’Autriche, heureux de sa victoire, heureux surtout d’avoir conquis par sa couronne d’athlète son triomphe de fiancé. Pendant qu’il rêvait joyeusement à son mariage, son pauvre rival errait le soir sur les bords du Danube, dans l’humiliation de sa défaite et le désespoir de son amour.

Le Danube et la forteresse d’Aggstein, gravure d’Adolph Kunike extraite de l’Album Donau-Ansichten, 1824

— Pourquoi cet air sinistre ? lui dit un petit homme d’une figure étrange qui tout à coup apparut devant lui. Il semblerait, à vous voir, que vous méditez quelque horrible projet.
— Oui, répondit le chevalier, je projette de me précipiter dans cette onde pour y ensevelir ma honte et ma douleur.
— Misérable idée ! reprit avec un sourire sardonique le Méphistophélès du Danube, je puis vous en donner une meilleure : je connais la cause de votre sombre résolution. En ce moment, votre rival navigue gaiement sur les flots au-devant de la riante petite tête d’enfant qu’on appelle « la rose d’Aggsbach ».
Que me donnerez-vous si, par l’effet de ma puissance, dont il est inutile de vous révéler le secret, je l’arrête ici même à son passage et vous ramène à celle que vous aimez ?
— Tout, s’écria le chevalier éperdu.
— Votre âme ?
— Mon âme, que j’allais vouer au démon du suicide.
— Très bien, c’est convenu. Cette nuit mon oeuvre, et demain votre mariage. Aussitôt le diable (car c’était le diable) se met à l’oeuvre et, de son bras magique, entasse pierre sur pierre, monticules sur monticules pour étendre sur le fleuve une barrière contre laquelle viendraient se briser toutes les chaloupes. Déjà il avait accompli une grande partie de son oeuvre maudite, il allait l’achever quand soudain le coq d’Aggsbach chanta.

Aggsbach, gravure de Franz Xaver Joseph Sandmann (1805-1856), vers 1860 (?)

L’infernal pontonnier lui lança une flèche dans la tête. Mais au même instant le jour parut, et la lumière du  jour mettait fin à ses maléfices. La digue resta inachevée et le bateau du chevalier d’Aggstein put franchir l’obstacle sans encombre.

Le chevalier de Spitz se retira dans un couvent pour y expier, en de rudes pénitences jusqu’à la fin de ses jours, sa criminelle erreur, et, en mémoire de ce merveilleux événement, les habitants d’Aggsbach1 posèrent au faite de leur clocher un coq dont la tête est traversée par une flèche.

Xavier Marmier, Du Danube au Caucase, voyages et littérature, 1854

Note :
1 C’est en fait sur le clocher de l’église toute proche de Sankt Johann im Mauerthale que se trouve précisément le coq dont le corps est traversé d’une flèche.

Sankt Johann in Mauerthale (Saint-Jean-Baptiste) au bord du Danube, ancien haut-lieu de pèlerinage, gravure de William Henry Bartlett, colorée par William Mossman (1804-1884), vers 1845  

Souvenirs, impressions, pensées et paysages, pendant un voyage en Orient (1832-1833), ou Notes d’un voyageur par M. Alphonse de Lamartine

Alphonse de Lamartine

« Constantinople », troisième tome
– 2 septembre 1833. –

« Nous sommes sortis ce matin des éternelles forêts de la Servie qui descendent jusqu’aux bords du Danube. Le point où l’on commence à percevoir ce roi des fleuves est un mamelon couvert de chênes superbes ; après l’avoir franchi, on découvre à ses pieds comme un vaste lac d’une eau bleue et transparente, encaissée dans des bois et des roseaux, et semé d’îles vertes ; en avançant, on voit le fleuve s’étendre à droite et à gauche, en côtoyant d’abord les hautes falaises de la Servie, et en se perdant, à droite, dans les plaines de la Hongrie. Les dernières pentes de forêts qui glissent vers le fleuve sont un des plus beaux sites de l’univers. Nous couchons au bord du Danube, dans un petit village servien.

Le lendemain nous quittons de nouveau le fleuve pendant quatre heures de marche. Le pays, comme tous les pays de frontières, devient aride, inculte et désert ; nous gravissons vers midi des coteaux stériles d’où nous découvrons enfin Belgrade à nos pieds. Belgrade, tant de fois renversé par les bombes, est assise sur une rive élevée du Danube. Les toits de ses mosquées sont percés, les murailles sont déchirées, les faubourgs abandonnés sont jonchés de masures et de morceaux de ruines ; la ville, semblable à toutes les villes turques, descend en rues étroites et tortueuses vers le fleuve. Semlin, première ville de la Hongrie, brille de l’autre côté du Danube avec toute la magnificence d’une ville d’Europe ; les clochers s’élèvent en face des minarets ; arrivés à Belgrade, pendant que nous nous reposons dans une petite auberge, la première que nous ayons trouvée en Turquie, le prince Milosch m’envoie quelques-uns de ses principaux officiers pour m’inviter à aller passer quelques jours dans la forteresse où il réside, à quelques lieux de Belgrade ; je résiste à leurs instances et je commande les bateaux pour le passage du Danube ; à quatre heures nous descendons vers le fleuve ; au moment où nous allions nous embarquer, je vois un groupe de cavaliers, vêtus presque à l’européenne, accourir sur la plage ; c’est le frère du prince Milosch, chef des Serviens, qui vient de la part de son frère, me renouveler ses instances pour m’arrêter quelques jours chez lui. Je regrette vivement de ne pouvoir accepter une hospitalité si obligeamment offerte ; mais mon compagnon de voyage, M. de Capmas, est gravement malade depuis plusieurs jours : on le soutient à peine sur son cheval ; il est urgent pour lui de trouver le repos et les ressources qu’offrira une ville européenne et les secours des médecins d’un lazaret. Je cause une demi-heure avec le prince, qui me paraît une homme aussi instruit qu’affable et bon ; je salue en lui et dans sa noble nation l’espoir prochain d’une civilisation indépendante, et je pose enfin le pied dans la barque qui nous transporte à Semlin. — Le trajet est d’une heure ; le fleuve, large et profond, a des vagues comme la mer ; on longe ensuite les prairies et les vergers qui entourent Semlin. — Le 3 au soir, entré au lazaret, où nous devons rester dix jours. Chacun de nous a une cellule et une petite cour plantée d’arbres ; je congédie mes Tartares, mes moukres, mes drogmans, qui retournent à Constantinople ; tous nous baisent la main avec tristesse, et je ne puis quitter moi-même sans attendrissement et sans reconnaissance ces hommes simples et droits, ces fidèles généreux serviteurs qui m’ont guidé, servi, gardé, soigné comme des frères feraient pour un frère, et qui m’ont prouvé, pendant les innombrables vicissitudes de dix-huit mois de voyages dans la terre étrangère, que toutes les religions avaient leur divine morale, toutes les civilisations leur vertu, et tous les hommes le sentiment du juste, du bien et du beau, gravé en différents caractères dans leur coeur par la main de Dieu. »

« Notes sur la Servie »
– Semlin, 12 septembre, au lazaret. –

« Le voyageur ne peut, comme moi, s’empêcher de saluer ce rêve d’un voeu et d’une espérance ; il ne peut quitter, sans regrets et sans bénédictions, ces immenses forêts vierges, ces montagnes, ces plaines, ces fleuves qui semblent sortir des mains du Créateur,, et mêler la luxuriante jeunesse de la terre à la jeunesse d’un peuple, quand il voit ces maisons neuves des Serviens sortir des bois, s’élever au bord des torrents, s’étendre en longue lisières jaunes au fond des vallées ; quand il entend de loin le bruit des scieries et des moulins, le son des cloches, nouvellement baptisées dans le sang des défenseurs de la patrie, et le chant paisible ou martial des jeunes hommes et des jeunes filles, rentrant du travail des champs ; quand il voit ces longues files d’enfants sortir des écoles ou des églises de bois, dont les toits ne sont pas encore achevés, l’accent de la liberté, de la joie, de l’espérance, dans toutes les bouches, la jeunesse et l’élan sur toutes les physionomies ; quand il réfléchit aux immenses avantages physiques que cette terre assure à ses habitants ; au soleil tempéré qui l’éclaire, à ces montagnes qui l’ombragent et la protègent comme des forteresses de la nature ; à ce beau fleuve du Danube qui se recourbe pour l’enceindre, pour porter ses produits au nord et à l’Orient, enfin à cette mer Adriatique qui lui donnerait bientôt des ports et une marine, et la rapprocherait ainsi de l’Italie ; quand le voyageur se souvient de plus qu’il n’a reçu, en traversant ce peuple, que des marques de bienveillance et des saluts d’amitié ; qu’aucune cabane ne lui a demandé le prix de son hospitalité ; qu’il a été accueilli partout comme un frère, consulté comme un sage, interrogé comme un oracle, et que ses paroles, recueillies par l’avide curiosité des papes [ popes ] ou des knevens, resteront, comme un germe de civilisation, dans les villages où il a passé ; il ne peut s’empêcher de regarder, pour la dernière fois, avec amour, les falaises boisées et les mosquées en ruines, aux dômes percés à jour, dont le large Danube le sépare, et de se dire, en les perdant de vue ; J’aimerais à combattre avec ce peuple naissant, pour la liberté féconde ! et de répéter ces strophes d’un des chants populaires que son drogman lui a traduit :
« Quand le soleil de la Servie brille dans les eaux du Danube, le fleuve semble rouler des lames de yatagans et les fusils resplendissants des Monténégrins ; c’est un fleuve d’acier qui défend la Servie. Il est doux de s’asseoir au bord et de regarder passer les armes brisées de nos ennemis. »
« Quand le vent de l’Albanie descend des montagnes et s’engouffre sous les forêts de la Schumadia, il en sort des cris, comme de l’armée des Turcs à la déroute de la Mosawa ; il est doux ce murmure à l’oreille des Serviens affranchis ! Mort ou vivant, il est doux, après le combat, de reposer au pied de ce chêne qui chante sa liberté comme nous ! »
Alphonse de Lamartine : SOUVENIRS, IMPRESSIONS, PENSÉES ET PAYSAGES PENDANT UN VOYAGE EN ORIENT, 1832-1833, OU NOTES D’UN VOYAGEUR, 1835

Contes de la La Wachau et de la Strudengau danubienne…

La chasse sauvage (Die Sage von der wilden Jagd)

Les forêts obscures ont toujours été source de peur pour les populations locales et sont à l’origine de nombreux contes.

Il était une fois un paysan qui arrivait d’Achleiten dans une auberge d’Aumühle. Le temps passa très vite en bonne compagnie et le paysan fut surpris par la tombée de la nuit. Il se munit d’une lanterne pour rentrer chez lui. Tandis que son chemin le menait à travers une forêt très sombre, il entendit soudain un cliquetis de chaîne parmi des hurlements de loups, des sifflement de serpents, des aboiement de chiens et des cris perçants de chouettes. Ces voix s’élevaient et se mélangeaient en un horrible tumulte. Un immense effroi traversa tout le corps de l’homme : il ne pouvait s’agir que de la chasse sauvage. Il se jeta aussitôt au sol, cacha sa tête dans ses mains et commença à prier.

Le paysan ne se souvint pas combien de temps il était resté ainsi. Lorsqu’il se redressa avec hésitation, il remarqua que le cauchemar nocturne avait disparu et qu’il n’y avait plus aucun bruit.

Quand il rentra chez lui, personne ne voulut croire à cette histoire étrange mais le paysan ne cessa, durant tout le reste de sa vie, d’évoquer cette épouvantable aventure.

Le chevalier pillard du château de Säbnich (Der Raubritter auf der Burg Säbnich)

Au moment où régnait encore la loi du plus fort sur nos provinces vivait au château de Säbnich en Strudengau un chevalier pillard redouté. Avec l’aide de ses valets, il verrouillait le Danube au moyen de chaînes et pillait sans scrupule les navires marchands qui remontaient le fleuve, prenant en otage de riches commerçants et demandant une forte rançon en échange. Lassé de ces agressions et alors qu’il venait de nouveau de piller des bateaux de pèlerins, un noble seigneur des environs s’avança avec une importante armée et assiégea son château. Les vivres ne tardèrent pas à manquer et la faim s’installa derrière les remparts.Le château fut pris d’assaut. Peu après, avant fait fait prisonnier, le chevalier pillard banda les yeux de son cheval et s’élança avec lui dans le précipice. Son château fut incendié. La vallée de la Strudengau Danube redevint sûre pour la navigation.

Au cours de la guerre de Trente ans (1618 – 1648), le château fut détruit par les Suédois. Il est depuis en ruine et il ne reste plus aujourd’hui de la forteresse de  Säbnich  que quelques décombres et ce conte.

L’ermite de l’île de Wörth (Der Einsiedler auf der Insel Wörth)

Un joli conte est associé à la grande et belle croix de l’île de Wörth, visible de loin et bien connue autrefois des passagers des bateaux à vapeur.

« Le fameux tournant d’eau ou gouffre Strudel dans le Danube » et l’île de Wörth, gravure colorée, 1781

L’histoire se déroule en 1540 : un comte du Tyrol voulait faire un beau voyage vers la ville de Vienne avec son épouse. Ils montèrent sur un bateau avec de nombreux passagers, descendirent l’Inn puis le Danube et s’approchèrent des redoutables tourbillons du Strudengau. Dès la ville de Grein, on avait prévenu le capitaine du navire qu’il fallait embarquer un pilote pour traverser les tourbillons sans encombre, mais le fier commandant du bateau refusa la proposition, prétextant que c’était inutile et qu’il avait déjà traversé bien des endroits difficiles. On entendit bientôt le mugissement de l’eau agitée et de l’écume blanche commença à recouvrir le pont du bateau. Le commandant regardait avec dédain la surface de l’eau. Il ne pouvait naturellement pas voir les différents récifs qui se cachaient insidieusement sous les vagues. Suite à un choc et à un craquement brutal, de l’eau pénétra à travers les planches fendues. Le navire se mit à à tourner sur lui-même, la proue pencha et, en quelques minutes, comme attirée par des forces souterraines entraînant de nombreuses personnes effrayées vers le fond du navire ! Juste après, on vit un homme sortir la tête du tumulte des flots et, à grand-peine, tenter et parvenir à secourir un passager inconscient en le ramenant sur la plage de l’île de Wörth toute proche.

Rochers dans le Danube à la hauteur de l’île de Wörth avec sa croix pour protéger les bateaux, 1721, Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

Le passager sauvé de la noyade était le comte du Tyrol et le sauveteur son valet. Lorsque le comte reprit connaissance et qu’il ne vit ni son épouse, ni l’équipage ni les autres voyageurs, ni le bateau, il comprit qu’il s’était noyé et abasourdi par l’immense douleur d’avoir perdu sa chère épouse, il décida de ne plus quitter ces lieux. Il désirait y vivre et y mourir comme un ermite. Le comte vécut en effet pendant 12 années avec son valet sur l’île. Ce dernier  apporta son aide à un paysan qui s’était installé sur l’île. Le comte avait quant à lui élu domicile dans les ruines du château de Wörth et, lorsqu’un bateau descendait le Danube en provenance de Grein, il montait sur la tour et, par des gestes et des appels éloquents, avertissait l’équipage de la présence des dangers du courant et leur indiquait précisément où passer en toute sécurité. C’est ainsi que l’«ermite de l’île de Wörth» devint une personnalité bien connue de tous les marins qui n’hésitaient pas à remercier de ses services le pauvre homme en lui offrant de nombreuses provisions.

Plan pour la navigation, Joseph Walcher. Wien, 1791

La comtesse que le pauvre comte pensait noyée pendant le naufrage, était en fait restée en vie grâce au merveilleux effet de la providence. Évanouie seulement, ses poumons avaient été vidés de leur eau à Sarmingstein. Des gens bienveillants s’occupèrent de son corps inanimé. En la regardant de plus près, ils remarquèrent toutefois que la comtesse respirait encore et ils parvinrent par miracle à la réanimer. Elle fut amenée à l’hôpital de Saint-Nicolas où elle reprit des forces grâce à des soins attentionnés, de sorte qu’elle put reprendre son voyage. Mais elle ne se rendit pas chez son frère à Vienne. Après avoir remercié et largement récompensé ses sauveurs, elle rentra prudemment au Tyrol où elle vécut retirée dans le deuil de son mari qu’elle pensait noyé.

Georg Matthäus Vischer « Topographia Austriae superioris », Les ruines de la forteresse de Werfenstein et l’île de Wörth en Haute-Autriche, 1674

La nouvelle qu’un ermite s’était installé sur l’île de Wörth  à proximité des redoutables  tourbillons de la Strudengau, si dangereux pour la navigation, ermite qui avait failli lui-même mourir à cet endroit de nombreuses années auparavant, était parvenue par l’intermédiaire des bateliers qui naviguaient sur l’Inn dans le Tyrol, aux oreilles de la comtesse. Elle se demanda alors si l’ermite n’avait pas par hasard des informations sur ce terrible naufrage d’il y avait a 12 années. Elle  lui envoya son valet qui, longtemps après, revint avec l’étrange message selon lequel l’ermite serait bien le comte qui était porté pour mort depuis longtemps ! La comtesse se rendit alors rapidement sur l’île de Wörth. Le comte et son épouse tombèrent en larmes dans les bras l’un de l’autre et  retournèrent alors dans leurs propriétés du Tyrol. En souvenir du sauvetage de ce naufrage, ils firent ériger sur l’île de Wörth cette belle croix en pierre que l’on peut encore voir aujourd’hui.

Le conte de la tour du diable (Die Sage vom Teufelsturm)

La tour du diable se dressait sur la façade ouest du château en ruine de Werfel. Une grosse chaîne y était attachée. Elle permettait de fermer le Danube lorsque les marins n’avaient pas payé auparavant. S’ils ne pouvaient pas payer, ils étaient jetés dans le cachot de la tour du diable ou noyés. Même lorsque la tempête déchaînait les flots contre le mur du rivage, on pouvait entendre encore leurs complaintes. Aucun navire ne longeait ce mur noir sans toucher un crucifix pour se protéger contre les mauvais esprits.

Selon le conte, un fantôme, un moine noir ou gris rôdait dans cette tour du diable. Ce moine est également apparu en 1502 devant l’empereur Maximilien Ier au château-fort de Werfenstein où il passait la nuit. Il s’est manifesté deux fois parmi les vassaux mais fut seulement visible de l’empereur, et lui fit signe de le suivre. Après une longue hésitation, l’empereur partit derrière lui. À peine était-il sorti de la salle que le plafond s’écroula. Il fut sauvé tandis que le moine noir avait disparu. En guise de reconnaissance, l’empereur ordonna de dire une messe sacrée à l’église de Struden.

L’église Notre-Dame de Struden

Comme l’atteste un document de l’ancien tribunal libre de Struden du 16 novembre 1790, l’empereur Maximilien est effectivement le fondateur de l’église Notre-Dame de Struden. Il entendait en effet offrir aux mariniers et aux transporteurs de sel qui remontaient et descendaient le fleuve la possibilité d’écouter une messe à cet endroit les dimanches et les jours fériés. Il d’ailleurs lui-même fait dire une messe en 1502, laquelle devait être répétée tous les ans le jour de son sauvetage, financée par le percepteur impérial et royal des péages et comptabilisée dans les dépenses. Le maître-autel de cette chapelle a été financé par les charpentiers de marine de Struden et différents bienfaiteurs. L’office religieux a été confié à un  prêtre de Saint- Nicolas ou, en cas d’empêchement, à un moine franciscain de Grein les siècles suivants. Durant l’automne, 52 messes sacrées ont été dites dans cette église Notre-Dame conformément aux engagements.

En 1784, sur ordre de l’empereur Joseph II, cette église a été fermée au culte. Le nouveau propriétaire l’a transformée en logements, son actuelle fonction. Le maître-autel avec le tabernacle a rejoint l’église paroissiale de Saint-Nicolas tout comme la statue de la vierge Marie, les vêtements liturgiques, le ciboire, les chandeliers et le linge d’église. Le petit orgue est par contre revenu à l’église de Klam. Les deux cloches ont été transportées à Kreuzen. Cette ancienne église gothique de mariniers se reconnaît aujourd’hui encore par son extrémité polygonale sous forme de tourelles et ses fenêtres maçonnées en ogive.

Devant l’ancienne église se trouve une petite place où se dressait autrefois le symbole de la justice du marché et du tribunal libre, le Pranger, aujourd’hui à tort au château de Werfenstein auquel avoir il n’appartient pas et où il ne s’est jamais trouvé par le passé.

Un bateau de pèlerins sombrait  à hauteur de  Struden lors d’une tempête en faisant route vers la basilique de  Maria Taferl. Une messe fut donnée dans l’église et le prêtre demanda si quelqu’un dans l’assemblée n’avait pas commis une mauvaise action. Une paysanne se souvint alors avoir cousu son tablier le lundi de la Pentecôte. On lui versa de l’eau et la tempête s’arrêta.

Sources : Josef Petschan, Contes et curiosité du Strudengau, 1929

Traduction et adaptation :
Yves Minsart et Eric Baude

Patrick Leigh Fermor : Dans la nuit et le vent, à pied de Londres à Constantinople (1933-1935)

 

 

Patrick Leigh Fermor

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