Légendes populaires viennoises : l’ondine du Danube (Die Donauweibchen)

Die Donauweibchen, sculpture de Hanns Gassler (1817-1868) achevée en 1863, Parc de la ville de Vienne (Stadtpark), photo © Danube-culture, droits réservés 

   L’histoire est adaptée par Karl Friedrich Hensler (1759-1825)2 et le compositeur Ferdinand Kauer3 (1751-1831) sous forme de Singspiel, à l’exemple de la Flûte enchantée de Mozart, en 1792 et 1798 (Die Donauweibchen) puis en 1803 (Die Nymphe der Donau I).
Die Donauweibchen (opus 427) est sans doute plus connue sous la forme d’une valse composée en 1887 par Johann Strauss II à partir de mélodies de son opérette Simplicius. L’oeuvre est crée dans la grande salle du Musikverein en janvier 1888 sous la direction de son frère Édouard (1835-1916).

L’ondine du Danube4   

   Un jeune pêcheur vivait avec son père sur les rives du Danube et tous les deux travaillaient durement de l’aube jusqu’au coucher du jour. Un soir d’hiver, après une journée éprouvante, le père et le fils se tenaient assis comme si souvent auprès du feu. Le vieux pécheur racontait une nouvelle fois la légende fascinante du roi du Danube, de son royaume et de son grand palais de verre enfoui au fonds de l’eau. Le souverain mystérieux y vivait avec ses filles, toutes plus ravissantes les unes que les autres et que les pêcheurs appelaient avec à la fois de l’admiration et une grande crainte Die Donauweibchen, les ondines du Danube. Son fils, perdu dans ses pensées et dans ses rêves, ne prêtait plus attention à ce que disait son père. À cet instant la porte de la cabane s’ouvrit brusquement et une jeune fille d’une beauté éblouissante apparut devant eux. Les deux hommes étaient muets d’étonnement et ne pouvait ni bouger ni prononcer une seule parole. La jeune fille sourit et se mit à parler d’une voix douce et mélodieuse mais ses propos étaient graves. Elle était venue les avertir qu’une violente inondation se produirait dans les prochains jours, qu’elle serait dévastatrice, qu’elle détruirait tout sur son passage et que s’ils ne s’enfuyaient pas des bords du fleuve dès demain à l’aube, ils périraient tous les deux noyés.

Manuscrit du Singspiel « Die Donauweichen » de Ferdinand Kauer

Cette merveilleuse ondine voulait sauver la vie aux deux misérables pêcheurs mais elle avait surtout,  bien malgré elle, bouleverser le cœur du jeune homme, qui, dès son apparition, en était tombé amoureux fou. Il décida, malgré les longues supplications de son père, de rester seul sur les rives du fleuve, ne pouvant s’éloigner du lieu où l’ondine lui était apparue. Ce fut son tragique destin, comme celui de nombreux autres avant lui, que de mourir noyé par les eaux de la terrible crue, rejoignant au fonds du fleuve sa bien-aimée dont il n’avait pas écouté les sages conseils.

Notes :
1 Hofmann, Emil, Alt-Wien, Geschichten und Sagen, Pichlers Witwe & Sohn, Wien, 1908
2 Directeur du Theater an der Wien et du Theater in der Josefstadt
3 Ironie du sort, le compositeur perdra une grande partie  de ses manuscrits lors de l’inondation du Danube  à Vienne en 1830 et mourra dans la misère l’année suivante.
4 « Le terme «ondine» n’apparaît pas de façon certaine avant Paracelse (1493-1541) car c’est lui qui l’emploie de façon officielle pour la première fois dans son ouvrage Liber de nymphis, sylphis, pygmaesis et salamandribus et de caeteris spiritibus (Livre sur les nymphes, les sylphes, pygmées, salamandres et autres esprits, 1535) comme synonyme, cependant, de nymphe. La racine latine, unda, dont les termes undine ou undene, employés par Paracelse, sont issus, montre que l’élément d’où cet être est originaire et dans lequel il vit est l’eau. » (Zidaric Walter, « Ondines et roussalkas : littérature et opéra au XIXe siècle en Allemagne et en Russie », Revue de littérature comparée, 2003/1 (n o 305), p. 5-22. DOI : 10.3917/rlc.305.0005. URL : https://www.cairn-int.info/revue-de-litterature-comparee-2003-1-page-5.htm

Sources :
CZEIKE, Felix, Wien, Kunst und Kultur-Lexikon, Stadtführer und Handbuch, Süddeutscher Verlag, München, 1976
KRATZER, Hertha, Donau Sagen, Vom Ursprung bis zur Mündung, Ueberreuter, Wien, 2003
ZENS, Klemens, Wien in Sage und Legende, Wien 1955
ZIDARIC Walter, «Ondines et roussalkas : littérature et opéra au XIXe siècle en Allemagne et en Russie», Revue de littérature comparée, 2003/1 (n o 305), p. 5-22. DOI : 10.3917/rlc.305.0005. URL : https://www.cairn-int.info/revue-de-litterature-comparee-2003-1-page-5.htm

Danube-culture, droits réservés, novembre 2020

Plan de Vienne en 1706 avec l’ancien cours du Danube avant les travaux de régulation dans la deuxième moitié du XIXe siècle

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