Les trésors perdus du Danube : entre légendes et réalité

   Le début du XVIe siècle fut une période très délicate pour le royaume de Hongrie. Louis II Jagellon (1506-1526), devenu roi très jeune, se marie en  avec la princesse autrichienne Marie de Habsbourg (1505-1558). La jeune femme ne restera que cinq ans reine de Hongrie avant que les Ottomans ne lui enlève tout ce qu’elle possède.

Marie de Habsbourg (1505-1558)

Le 29 août 1526, Louis II Jagellon et son armée sont écrasés par les troupes de Soliman le Magnifique à Mohács, une tragédie pour le pays et le reste de l’Europe catholique. Le jeune roi de Hongrie se noie en s’enfuyant dans les marais à proximité du Danube. Cet événement rend non seulement la reine Marie de Habsbourg veuve, mais met la Hongrie tout entier dans une situation particulièrement critique qui va déterminer son destin pour les prochains siècles.

Soliman le Magnifique (1495-1566)

On sait que la reine quitte en bateau Budapest vers Vienne après le désastre de Mohács avec sa suite et une grande partie du trésor royal. En raison des conditions chaotiques régnant sur la région d’Esztergom et du coude du Danube à cette période, plusieurs bateaux auraient été pillés, d’autres auraient coulé dont celui de la reine ce qui laisse supposer que l’épave de sonembarcation avec une partie du trésor pourrait être enfouie dans les profondeurs alluviales du lit du Danube ce dont plusieurs légendes locales témoignent.

Le siège d’Esztergom par les Ottomans en 1543, tableau de Sebastian Vrancx (1573–1647), source :  https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8529980

Des archéologues avec l’aide de plongeurs ont déjà fouillé la zone supposée du naufrage en 2006 et 2008 et tentèrent d’identifier des objets avec l’aide de la population et de récits d’habitants mais seuls des éléments de construction navale en bois datant de la fin du Moyen-Âge ont été retrouvés. Les recherches se poursuivent et les archéologues gardent toujours l’espoir de trouver une des épaves des bateaux qui auraient coulé. Cette légende du naufrage fascine également les historiens et les chasseurs de trésor. Les profondeurs du fleuve à la hauteur du coude du Danube, sont un véritable musée fluvial de curiosités archéologiques parmi lesquelles l’épave d’un des navires pourrait se trouver. Des tentatives ont été faites récemment à l’aide des plus récentes technologies. Des experts américains ont même utilisé des sonars. János Attila Tóth, légende vivante hongroise de la plongée, attend de son côté chaque été que le niveau du Danube baisse pour investir le fleuve. L’été 2025 et les basses-eaux exceptionnelles n’ont pas permis de faire la découverte tant espérée.
Le Danube pose en fait de nombreux défis aux scientifiques. Son lit contient de nombreuses couches d’alluvions et de débris naturels ou d’origine humaine divers accumulés au cours des temps. Les sonars ne révèlent en général que la présence de vieux tonneaux rouillés ou d’autres épaves mais ils n’ont pas encore permis de retrouver le trésor espéré. La tâche la plus difficile consiste à vérifier en direct les objets identifiés. Il faut alors plonger bien que la visibilité soit souvent très réduite du fait de la teneur chargée en alluvions que le fleuve charrie inlassablement. Une telle exploration fluviale s’apparente ainsi plus à un vol à l’aveugle qu’à une exploration scientifique.
L’histoire et les légendes ne racontent pas seulement l’histoire de bateaux et de trésors engloutis. Elles illustrent aussi le drame d’une époque où le destin de la Hongrie a basculé définitivement. La fuite de Marie de Hongrie en bateau vers Vienne après la mort de son mari et les légendes autour des trésors qui seraient engloutis dans le Danube, sont symboliques : elles incarnent un tournant dans l’histoire hongroise, où le pouvoir, les intérêts et les tragédies personnelles se sont affrontés. Le mystère des profondeurs du coude du Danube occupe toujours aujourd’hui l’imaginaire de nombreux riverains. La technologie alliée à la persévérance des scientifiques et à leur intuition permettront-ils un jour de retrouver ce trésor et de transformer cette légende en réalité ?
Danube-culture, mis à jour janvier 2026

Le Danube ottoman II : Mohács 1526

   Charles de Habsbourg plus connu sous le nom de Charles Quint (1500-1558), qui réunissait sur sa tête les couronnes d’Espagne, des Deux-Siciles, des Pays-Bas et d’Autriche, était considéré comme une menace permanente par la Sublime Porte (Empire ottoman). Une révolte des janissaires turcs avait d’autre part du être réprimée sévèrement. Aussi le sultan Soliman Ier dit « le Magnifique » (1494-1566), dixième sultan de la dynastie ottomane, décide t-il d’attaquer la Hongrie et de mener ses redoutables guerriers au combat en leur faisant miroiter l’espoir d’un butin considérable.

Soliman le Magnifique (1494-1566)

En face des troupes ottomanes , l’armée hongroise réunie par le jeune roi inexpérimenté de Bohême et de Hongrie, Louis II Jagellon (1506-1526), en nombre et en équipement largement inférieure aux Ottomans, subit une de ses plus sanglantes défaites de son histoire face aux troupes de  Soliman et de son « ami » le vizir Ibrahim Pacha (1493-1536) que le sultan fera assassiné dix ans plus tard.

La bataille de Mohács, miniature turque

 La stratégie ottomane avait été soigneusement élaborée avant la bataille : ouvrir les rangs pour laisser pénétrer la cavalerie ennemie, puis l’encercler. Cette stratégie était la bonne. Emportés par leur fougue orgueilleuse, espérant s’emparer du sultan, les chevaliers chrétiens se précipitèrent dans ce piège et se firent rapidement décimés par l’artillerie ottomane. Le jeune Louis II Jagellon et les survivants du massacre, lourdement handicapés par le poids de leurs armures périrent pour la plupart. Le roi se noya dans les marécages des alentours pendant la retraite de ses troupes. Il semblerait que son allié et vassal hongrois de Transylvanie, János Szapolayi (Jean Ier de Hongrie, 1487-1540), ne lui apporta pas toute l’aide et le renfort attendus. Celui-ci, soutenu par Soliman, succédera d’ailleurs à Louis II Jagellon comme roi de Hongrie à la fin de la même année…

Janos Szapolayi (1487-1540)

Cette défaite marque le début de l’occupation de la Hongrie par les Turcs. Pest tombe au main de la Sublime Porte en 1529. Les armées de Soliman le Magnifique ne réussissent toutefois pas à prendre Vienne la même année après un siège qui dure de mai à décembre. Une nouvelle tentative en 1532 se soldera encore une fois par un échec mais le Danube est désormais ottoman de Pest jusqu’à la mer Noire et sert et servira activement pour celui-ci de poumon commerciale, économique et militaire.
Une autre bataille a lieu le 12 août 1687 près de Mohács sur le mont Harsany. Cette fois, les troupes impériales autrichiennes avec à leur tête le duc Charles V de Lorraine (1643-1690), vainqueur des Turcs au siège de Vienne en 1683 avec le roi de Pologne Jean III Sobieski  (1629-1696) et le margrave Louis de Bade-Bade (1655-1707) prennent leur revanche et infligent à la Sublime Porte une défaite décisive. L’expansion turque s’arrête. Cette défaite marque aussi tout comme l’échec du siège Vienne en 1683 et le Traité de Karlowitz (Sremski Karlovci, aujourd’hui en Serbie), signé sur les bords du Danube entre la Sublime Porte et l’empire des Habsbourg en 1699, le début du déclin de l’Empire ottoman et son retrait des rives du fleuve vers l’aval. Le Danube se transformera par la suite en une ligne de défense contre les Habsbourg sur son cours moyen puis, sur la partie basse du cours du fleuve, contre l’Empire russe.

La seconde bataille de Mohács (1687) qui verra le triomphe des armées de l’Empire d’Autriche emmenées par le duc Charles V de Lorraine (1643-1690).   

Un monument pérènise sur la colline de  Törög (turc en hongrois), sur le lieu même de l’affrontement, le souvenir de la première bataille qui préluda à cent cinquante années d’occupation turque de la Hongrie. Une église votive dans le style byzantin a été édifiée sur la place principale de Mohács à l’occasion du 400e anniversaire de l’évènement.

Sources :
CLOT, André, Soliman le Magnifique, Fayard, Paris, 1983  
GEORGEON, François, VATIN, Nicolas et VEINSTEIN, Gilles (sous la direction de), Dictionnaire de l’Empire ottoman, XVe-XXe, Fayard, Paris, 2015
MANTRAM, Robert, (sous la direction de), Histoire le l’Empire ottoman, Fayard, Paris, 2003
SOLNON, Jean-François, L’Empire ottoman et l’Europe, Perrin, Paris, 2017  

TURNBULL, Stephen, Ottoman Empire 1326-1699, Osprey Essential Histories 062, 2003, e-Library 2005

 Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, mis à jour mai 2024 

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