La Lobau, Friedrich Heller (1932-2020) et un projet incongru de tunnel autoroutier

La Lobau, d’aujourd’hui a deux visages contrastés : le premier sous la forme d’un port pétrolier au nom « poétique » d’Ölhafen Wien (km 1916,4) avec son bassin, ses appontements où accostent bon an mal an, environ mille convois représentant un million de tonnes de produits pétroliers, ses réservoirs, ses réseaux de canalisations et autres installations industrielles, de l’autre une nature encore préservée pour le moment aux portes de Vienne et intégrée dans un parc national depuis 1996, le Nationalpark Donau-Auen (Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes).

La Lobau avec le port pétrolier, le Nouveau Danube et le Danube (coupé par le barrage de Freudenau) de part et d’autre de l’île du Danube (Donauinsel) et Groß-Enzersdorf. On y voit également, à droite du bassin du port pétrolier, l’entrée du canal Danube-Oder (320 km), un projet grandiose entrepris avec enthousiasme par les dirigeants nazis en 1939 et abandonné en 1942 après la réalisation de quatre tronçons de quelques kilomètres au départ de Vienne. Le plus large des quatre tronçons traverse la Lobau sur une longueur de 2,3 km et fait aussi office de baignade naturelle. Des prisonniers ukrainiens et juifs-hongrois travaillèrent au creusement de ces tronçons. Le projet a récemment été relancé par la présidence de la République tchèque…  

Les deux peuvent-ils cohabiter durablement sans que le premier avec ses conséquents besoins en eau pompée dans un Danube qui en manque de plus en plus ainsi que le changement climatique s’associent pour mettre en danger la vie et la biodiversité du second dont les bras morts s’assèchent inexorablement ?
Comme si les espaces naturels préservés n’étaient pas déjà menacés par l’extension urbaine, un projet de tunnel autoroutier sous la Lobau aux conséquences difficilement prévisibles inquiète les défenseurs de ce trésor de biodiversité déjà amputé d’une partie de son territoire par l’agrandissement du port pétrolier.

Le port pétrolier de Vienne, photo droits réservés

Une nature de plus en plus artificialisée
La capitale autrichienne ne cesse de s’étendre, d’autoriser voire d’encourager les projets immobiliers de toutes sortes, d’accroître le nombre de ses habitants et par conséquent ses infrastructures, ses surfaces commerciales, son trafic et transit routier à la pollution déjà conséquente, ce qu’on déguise pompeusement sous le doux euphémisme de « mobilité urbaine ». La place manque au sud, sur la rive droite mais outre Danube, au nord et à l’est, l’espace est immense, enfin presque. Les terres agricoles septentrionales à proximité immédiate de Vienne ou dans Vienne disparaissent inexorablement et les nouvelles constructions ont déjà commencé à faire ressembler les abords de la capitale de ce côté-là aux villes américaines ou à certaines villes européennes américanisées. Cette architecture urbaine sans grâce et inspiration qui n’a rien à envier aux banlieues de Prague ou de Brno de l’époque communiste, est d’un effrayant conformisme et d’une laideur absolue constante. Pauvres architectes contemporains en manque singulier d’imagination ! On a par ailleurs du mal à comprendre une logique qui consiste à restaurer (artificiellement) ou à insérer à grands frais et force communication une nature domestiquée dans le centre-ville et en parallèle à détruire consciencieusement une nature « sauvage » à la périphérie puis à réinsérer à dose homéopathique des éléments de nature dans le paysage urbain sous forme de parcs et de jardin publics où il ne faut tout juste pas s’essuyer les pieds avant d’y pénétrer quand le sol n’est pas jonché comme c’est la règle désormais à Vienne, par des mégots de cigarettes ! Mais peu importe aux promoteurs et aux édiles municipaux puisque ce n’est évidemment pas dans ces faubourgs sinistres que les touristes viendront se perdre. On pourrait même imaginer dans le futur, si rien n’est fait pour décourager la voracité des promoteurs et de leur béton, une continuité urbaine entre la capitale autrichienne et la capitale slovaque de part et d’autre du fleuve. Difficile d’envisager un horizon précis mais la tendance est bien là et pour le moment rien ne semble vouloir la freiner.

Friedrich Heller (1932-2020), photo Lobau Museum, droits réservés

Friedrich Heller et la Lobau
Friedrich Heller (1932-2020), écrivain, journaliste, poète (auteur de haïku), historien, chroniqueur autrichien, conteur, personnalité attachante aux multiples compétences et fervent défenseur de la Lobau, cet exceptionnel trésor viennois de la biodiversité danubienne est né en 1932 à Groß-Enzersdorf. Cette commune à la longue histoire, sur le territoire de laquelle ou aux environs de laquelle se déroula plusieurs péripéties des guerres napoléoniennes1, se trouve sur la rive gauche du fleuve dans la périphérie de la capitale autrichienne, aux portes du Marchfeld, plaine alluvionnaire désormais transformée essentiellement en un vaste territoire agricole faisant frontière avec la Slovaquie, frontière dessinée à l’est par la March ou la Morava (slovaque), affluent du Danube. Le Marchfeld intègre encore dans son espace la majeure partie du Parc National des Prairies alluviales danubiennes auquel appartient la Lobau et qui devrait se trouver pour ces raisons théoriquement protégée…
Durant toute sa vie, l’écrivain restera fidèle à sa commune de naissance et à la Lobau voisine, publiant plusieurs livres à leur sujet. Il fonde, en tant que président d’une association locale son propre musée. Citoyen d’honneur de Gross-Enzersdorf, Friedrich Heller a également reçu plusieurs distinctions parmi lesquelles la Croix d’honneur pour la science et l’art de la République d’Autriche. Cet homme entièrement dévoué à la vie, à l’histoire et à la protection de la Lobau, publie en 1972 un ouvrage en forme de réquisitoire contre le projet de destruction de l’environnement d’une partie de ces prairies alluviales danubiennes pour agrandir le port pétrolier. Puis en 1997 sort son livre consacré à à la Lobau « Das Buch von der Lobau ». Bien qu’il ait pourtant été nommé « citoyen d’honneur de Gross-Enzersdorf » aucune rue de cette commune ne porte son nom…

Musée de la Lobau :
www.lobaumuseum.wien
Une structure associative animée par des passionnés de la Lobau et de sa nature
Un court documentaire du photographe naturaliste Kurt Kracher sur le grave phénomène d’assèchement des zones humides de la Lobau :
https://youtu.be/9KwYSo2NlNs
Maison du Parc National Wien-Lobau
www.nph-lobau.wien.at
Pour se rendre en bateau depuis le centre de Vienne dans le Parc National Wien-Lobau (saison du 2 mai au 26 octobre, à partir de 9h, compter 4 heures pour l’excursion, mieux vaut réserver) :
nh@ma49.wien.gv.at
Lieux de baignades dans la Lobau :
https://www.wien.gv.at/freizeit/baden/natur/naturbadegewaesser.html#donauoder

La maison du Parc National de la Lobau-Wien, photo droits réservés

Bibliographie (sélection) de Friedrich Heller (en langue allemande) :

Neun aus Österreich. Erlebnisse im Dschungel, in der Steppe, im Urwald und in der Eiswüste unserer Heimat, Jugendbuch, erschienen im Verlag Heimatland, 1971
Die Lobau – Führer durch Geschichte und Landschaft der Lobau, Verlag Gerlach und Wiedling, 1975
Fisch und Vogel, Gedichte, St. Georgs Presse, 1982
Marchfeldein mit Linolschnitten von Gottfried Laf Wurm, Verlag Die Marchlandpresse, 1982
Das Marchfeld – bildlich besprochen, Norbertus-Verlag, 1986
Groß-Enzersdorf, Tor zum Marchfeld: ein Führer durch die Stadt, Großgemeinde und Geschichte, Verlag des Vereins für Heimatkunde und Heimatpflege, Groß-Enzersdorf, 1989
Der Himmelfahrer. Leben und Landung des Jean Pierre Francois Blanchard. Ehrenbürger von Calais und Groß-Enzersdorf, Verlag des Vereins für Heimatkunde und Heimatpflege Groß-Enzersdorf, 1991
Das Haiku in Österreich – eine Anthologie,  Verlag Wien St. Georgs Presse, 1992
Marchfeldsagen mit Tuschezeichnungen von Bibiana Wunder, Verlag Norbertus, 1994
Jenseits des Flusses, Haiku-Sammlung zeitgenössischer japanischer und österreichischer Autoren in deutscher und japanischer Sprache, Edition Doppelpunkt, 1995
Die Geschichte unserer Stadt Groß-Enzersdorf, Verlag Stadtgemeinde Groß-Enzersdorf, 1996
Das Buch von der Lobau, Verlag Norbertus, 1997


Groß-Enzersdorf einst und jetzt, Heimat Verlag, 1998
Heimkehr in ein potemkinsches Dorf, Verlag Bibliothek der Provinz, 2003
Sagen aus dem Marchfeld und dem östlichen Weinviertel, Neuauflage mit Herbert Eigner, Sutton-Verlag, 2015

Notes :
1La Lobau peut représenter un grand intérêt pour les nostalgiques des campagnes napoléoniennes.

Entre le 10 mai et le 6 juillet 1809 à l’occasion de la deuxième campagne d’Autriche, eurent lieu à Aspern, Essling, Groß-Enzersdorf et dans les environs, sur l’’île de la Lobau, au milieu des méandres danubiens bien avant les grands travaux de canalisation du fleuve de la deuxième moitié du XIXe siècle, de nombreux affrontements entre les troupes napoléoniennes et autrichiennes. Le 22 mai eut lieu la bataille dite d’Aspern-Eßling, considérée comme une victoire par les Autrichiens dont les troupes, bien supérieures en nombre, étaient alors commandées par le prince Charles de Habsbourg (1771-1847), fils de l’empereur Léopold II (1747-1792).
6 stèles (obélisques) napoléoniennes et une route Napoléon (Alte Napoléon Straße et Napoleon Straße) commémorent dans la Lobau le passage de la Grande Armée où elle s’est quelque peu empêtrée

Paysage de la Lobau, photo droits réservés

Le Pont/passerelle de la liberté sur la Morava/March entre l’Autriche et la Slovaquie en amont de son confluent avec le Danube

Un bel ouvrage pour les cyclistes et les randonneurs, photo © Danube-culture, droits réservés   
   Un premier pont avec des piles en bois avait été édifié à cet endroit en 1771, à l’époque du règne de l’impératrice Marie-Thérèse. Emporté par la débâcle des glaces en 1809 le pont est reconstruit avec l’aide du comte hongrois Ferdinand Pálffy en 1813 puis détruit en 1866 pendant la guerre austro-prussienne afin de retarder l’avancée des troupes prussiennes qui menaçaient Vienne. Reconstruit une nouvelle fois à la fin des hostilités, il est encore emporté par une débâcle de glaces en 1880. Un bac le remplace. La rivière devient la frontière entre l’Autriche et la République tchécoslovaque à la fin de la première guerre mondiale puis en 1945, une ligne difficilement franchissable du Rideau de fer entre L’Ouest et l’Est de l’Europe. Nombreux furent celles et ceux qui, malgré les dangers, tentèrent malgré tout de rejoindre l’Autriche depuis la rive slovaque militarisée et y laissèrent leur vie. Une période sombre qui prit fin en 1989.
Pont-passerelle de la liberté sur la March (Morava)

Une rivière de frontière apaisée : la March/Morava depuis le pont-passerelle, photo © Danube-culture, droits réservés

   La partie autrichienne (région de Basse-Autriche) souhaitait initialement baptiser la passerelle du nom de « Pont Marie-Thérèse » ce qui n’a pas été accepté par les autorités slovaques (Marie-Thérèse fut pourtant couronnée « Roi de Hongrie et de Bohême » en 1740 à Bratislava). Ces mêmes autorités slovaques s’opposèrent ensuite au résultat d’un referendum qui proposa le nom de « Pont Chuck Norris », apparemment très populaire en Slovaquie. L’ouvrage qui a été ouvert aux cyclistes et au piétons en septembre 2012, a finalement été baptisé d’un commun accord « Pont de la liberté » (« Brücke der Freiheit » en allemand, « Slobodý cyklomost » en slovaque) en hommage aux victimes qui tentèrent de franchir la rivière et le Rideau de fer à cet endroit pendant la dictature communiste.
   Ce pont-passerelle, dessiné par l’architecte slovaque Milan Beláček, d’un coût total de 4,6 millions d’Euros, financé par l’UE à 80% et pour le reste à parts égales entre la Slovaquie et l’Autriche, mesure 550 m de long, 21,3 m de hauteur et 4,6 m de largeur.
Un Chuck-Norris-Buffet accueille avec humour promeneurs et cyclistes à proximité du pont sur la rive slovaque…

Le château de Hof en Marchfeld, © photo Danube-culture, droits réservés

Le réseau hydrographique du Haut-Danube

Un  jeune destin contrarié : pertes et capture
Avant même de recevoir l’apport d’un premier affluent important, les deux tiers des eaux du jeune Danube disparaissent brusquement une cinquantaine de kilomètres en aval des sources de la Breg et de la Brigach, à la hauteur d’Immendingen, dans deux failles du sous-sol karstique du Jura franconien. Après un parcours souterrain d’une douzaine de kilomètres, elles ressortent tout aussi brusquement par une résurgence (Aachtopf) sur le territoire de la commune d’Hegau, une soixantaine d’heures plus tard. Ces eaux danubiennes alimentent ainsi celles d’un affluent indirect du Rhin, la Radolfzeller Aach, rivière qui, après un parcours de 32 km, se jette dans le Bodensee (lac de Constance) à la hauteur de Radolfzell (Allemagne). Les eaux du Danube transitent ainsi par ce réseau souterrain vers le bassin du Rhin, illustrant un étonnant phénomène de capture au détriment du bassin du Danube.

Le lit du Danube, asséché sur plusieurs kilomètres au-delà des pertes d’Immendingen en période d’étiage, période  pouvant durer entre 155 et 200 jours par an, est réalimenté à la hauteur de Tuttlingen-Möhringen par les eaux du Krähenbach puis par celles de l’Elta à Tuttlingen, deux ruisseaux de la rive gauche.

Le lit du Danube en aval des pertes d’Immendingen pendant la période d’étiage (basses eaux), photo source wikipedia

Le fleuve rassembleur
Le Danube connaît tout d’abord en Forêt-Noire un régime hydrographique de type pluvio-nival avec des hautes eaux en hiver et au printemps. L’Iller (147 km, confluent en amont d’Ulm), le Lech (264 km, confluent en aval de Donauwörth), aux forts débits nivo-glaciaires, et l’Isar (295 km) qui baigne la capitale bavaroise et rejoint le Danube à la hauteur de Deggendorf, tous les trois également affluents de la rive droite, proviennent des Alpes calcaires septentrionales.

Les plus importants affluents du Haut-Danube, comme l’Inn (517 km), la Traun (146 km) et l’Enns (349 km) sont des affluents de la rive droite. Ils prennent leurs sources dans les Alpes centrales. Ces rivières, de caractère par conséquent alpin, pour la plupart aujourd’hui canalisées et érigées en sources d’énergie hydraulique (barrages) comme de nombreux affluents et sous-affluents danubiens, suivent d’abord les grandes vallées longitudinales du relief alpin. Elles rejoignent ensuite des massifs calcaires, obliquent vers le nord/nord-est, traversent des territoires morainiques et atteignent des plaines préalpines constituées de graviers avant de se jeter dans le Danube, drainant sur tout leur parcours une importante quantité d’alluvions.

Ces affluents et en particulier l’Inn, exercent de part leurs grandes variations saisonnières de régime une influence considérable sur celui du Haut-Danube : fontes des neiges et précipitations abondantes peuvent engendrer, souvent pendant les mois d’avril à juillet, des débordements et de graves inondations que le Danube répercute largement en aval. 

 Viennent ensuite confluer avec le Danube sur cette même rive droite la Traun, l’Enns et l’Ybbs (131 km), qui sont les derniers affluents conséquents de caractère alpin.

Les bassins de la Leitha ou Lejta (180 km), La Rábca ou Rabnitz (120 km) et la Rába ou Raab (250 km) se situant à l’extrémité nord-est des Alpes, ces trois rivières perdent en entrant dans la petite plaine hongroise leur capacité à charrier des alluvions et sont de caractère transitoire.

Sur la rive gauche, le Haut-Danube reçoit des apports plus secondaires commme ceux de l’Altmühl (227 km dont les 34 derniers km ont été aménagés et intégrés au Canal Rhin-Main-Danube, confluent à la hauteur de Kelheim), de la Naab (197 km, confluent en amont de Ratisbonne), de la Regen (190, 7 km, confluent à Ratisbonne) et, plus en aval du Kamp bas-autrichien (157 km, confluent à Grafenwörth). Sur cette rive, le bassin versant danubien septentrional est beaucoup plus limité géographiquement du fait d’une ligne du partage des eaux qui passe au travers de la Bayerischer Wald (Forêt Bavaroise) et de la Böhmerwald (Forêt de Bohême) et qui impose à la Vltava, rivière qui prend sa source dans ce massif proche, de couler vers le nord et l’Elbe et non vers le Danube beaucoup plus proche.

En aval de Vienne, la Morava austro-tchéco-slovaque (329 km) ou March conflue avec le Danube aux lisières de Bratislava. Il s’agit du plus grand affluent de moyenne montagne de la rive gauche provenant du nord du bassin du Haut-Danube mais elle ne modifie pas le caractère alpin du fleuve. Elle prend sa source en Moravie du Nord au pied du mont Kralický Sněžník dans le massif des Jeseníky, à proximité de la frontière polonaise. 

Le confluent de la Morava avec le Danube au pied de la forteresse slovaque de Devín, photo source wikipedia

Alors Inn ou le Danube ?

Le plus impressionnant et le plus abondant des affluents du Haut Danube se nomme l’Inn. Cette rivière prend sa source beaucoup plus haut, à près de 2500 m dans un lac de la haute vallée de l’Engadine, au sein du massif des Grisons (Suisse), le lac de Lunghino dont elle joue le rôle d’exutoire. Elle traverse trois autres lacs et le territoire des Grisons sur une centaine de kilomètres dont la partie finale s’effectue dans un parcours frontalier austro-helvétique, pénètre dans le Tyrol autrichien par une trouée dans le contrefort du massif de la Silvretta, baigne la capitale du Tyrol, Innsbrück, joue un peu plus loin à nouveau le rôle de frontière, cette fois entre l’Autriche et l’Allemagne, et s’engage dans une vallée transversale des Alpes calcaires, près de Kufstein, qui l’amène jusqu’aux Préalpes bavaroises. Avant de se « jeter » dans le Danube à Passau (à moins que ce ne soit le Danube qui se jette dans l’Inn ? Telle est l’hypothèse de certains hydrologues, peut-être vertueux et soucieux de rétablir une vérité que l’histoire a décidé de ne pas prendre en compte. Pour les Tyroliens d’autrefois, il était évident que c’était le Danube qui se jetait dans l’Inn à Passau.1 Autre querelle après celle des sources !), l’Inn traverse encore par une vallée étroite la forêt de Neuburg qui n’est autre qu’un contrefort du vieux massif de la Bayerischer Wald (Forêt bavaroise). 

Confluent de la Salzach avec l’Inn, photo source wikipedia

Le régime de cette rivière est notamment conditionné par un bassin versant alpin comportant 720 km2 de glaciers. Mais c’est dans ses bordures alpine où il atteint sa largeur maximale que celui-ci connait ses précipitations les plus abondantes à l’origine de la plupart de ses crues. Son lit peut atteindre dans cette partie de son cours la profondeur de 12 m. C’est l’Inn qui, par ses variations saisonnières de débits, détermine plus que tout autre affluent le caractère alpin du Haut-Danube, caractère alpin prévalant jusqu’au confluent avec la Save (dont le parcours atteint 1005 km ou 940 km selon les sources) au km 1170, soit au pied de Belgrade, c’est-à-dire bien au-delà du bassin supérieur du fleuve, limité à la frontière austro-slovaque et à la Porte de Devín (Slovaquie), en aval du confluent de la Morava (March),à la lisière occidentale de Bratislava.

1 Hérodote situait la source du Danube près de la ville de Pyrene « dans le pays des Celtes. » Ce qui fut interprété comme une ville près du massif des Pyrénées. Outre que les Pyrénées n’ont jamais été le pays à proprement parlé des Celtes, il semblerait que cette interprétation soit bien erronée. Plus intéressante est l’hypothèse superposant la source du Danube à celle de l’Inn. Les Romains ne dénommaient-ils pas le mont Brenner « Mons Pyrenaeus » ? L’étymologie du mot allemand « Berg » pourrait provenir  du mot « Pyr » donnant en allemand « Gepyrge » puis « Gebirge ». Quand  à Engadin, il signifie en rétoromanche, langue latine parlée dans les Grisons « Le pays près de la source de l’Inn ».

Sources : Andreas Dusl, « Wien am Inn, Ein etymologischer Essay » in Das Wiener Donau Buch, Édition S, Wien, 1987

Le cours de l’Inn depuis sa source en Engadine jusqu’à Passau (source Wasseraktiv)

Voir également l’article sur le même site :

Un Danube facétieux : des pertes et une capture au profit du Rhin

Eric Baude, mis à jour mars 2018, © Danube-culture, droits réservés

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