La Lobau, Friedrich Heller (1932-2020) et un projet incongru de tunnel autoroutier

La Lobau, d’aujourd’hui a deux visages contrastés : le premier sous la forme d’un port pétrolier au nom « poétique » d’Ölhafen Wien (km 1916,4) avec son bassin, ses appontements où accostent bon an mal an, environ mille convois représentant un million de tonnes de produits pétroliers, ses réservoirs, ses réseaux de canalisations et autres installations industrielles, de l’autre une nature encore préservée pour le moment aux portes de Vienne et intégrée dans un parc national depuis 1996, le Nationalpark Donau-Auen (Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes).

La Lobau avec le port pétrolier, le Nouveau Danube et le Danube (coupé par le barrage de Freudenau) de part et d’autre de l’île du Danube (Donauinsel) et Groß-Enzersdorf. On y voit également, à droite du bassin du port pétrolier, l’entrée du canal Danube-Oder (320 km), un projet grandiose entrepris avec enthousiasme par les dirigeants nazis en 1939 et abandonné en 1942 après la réalisation de quatre tronçons de quelques kilomètres au départ de Vienne. Le plus large des quatre tronçons traverse la Lobau sur une longueur de 2,3 km et fait aussi office de baignade naturelle. Des prisonniers ukrainiens et juifs-hongrois travaillèrent au creusement de ces tronçons. Le projet a récemment été relancé par la présidence de la République tchèque…  

Les deux peuvent-ils cohabiter durablement sans que le premier avec ses conséquents besoins en eau pompée dans un Danube qui en manque de plus en plus ainsi que le changement climatique s’associent pour mettre en danger la vie et la biodiversité du second dont les bras morts s’assèchent inexorablement ?
Comme si les espaces naturels préservés n’étaient pas déjà menacés par l’extension urbaine, un projet de tunnel autoroutier sous la Lobau aux conséquences difficilement prévisibles inquiète les défenseurs de ce trésor de biodiversité déjà amputé d’une partie de son territoire par l’agrandissement du port pétrolier.

Le port pétrolier de Vienne, photo droits réservés

Une nature de plus en plus artificialisée
La capitale autrichienne ne cesse de s’étendre, d’autoriser voire d’encourager les projets immobiliers de toutes sortes, d’accroître le nombre de ses habitants et par conséquent ses infrastructures, ses surfaces commerciales, son trafic et transit routier à la pollution déjà conséquente, ce qu’on déguise pompeusement sous le doux euphémisme de « mobilité urbaine ». La place manque au sud, sur la rive droite mais outre Danube, au nord et à l’est, l’espace est immense, enfin presque. Les terres agricoles septentrionales à proximité immédiate de Vienne ou dans Vienne disparaissent inexorablement et les nouvelles constructions ont déjà commencé à faire ressembler les abords de la capitale de ce côté-là aux villes américaines ou à certaines villes européennes américanisées. Cette architecture urbaine sans grâce et inspiration qui n’a rien à envier aux banlieues de Prague ou de Brno de l’époque communiste, est d’un effrayant conformisme et d’une laideur absolue constante. Pauvres architectes contemporains en manque singulier d’imagination ! On a par ailleurs du mal à comprendre une logique qui consiste à restaurer (artificiellement) ou à insérer à grands frais et force communication une nature domestiquée dans le centre-ville et en parallèle à détruire consciencieusement une nature « sauvage » à la périphérie puis à réinsérer à dose homéopathique des éléments de nature dans le paysage urbain sous forme de parcs et de jardin publics où il ne faut tout juste pas s’essuyer les pieds avant d’y pénétrer quand le sol n’est pas jonché comme c’est la règle désormais à Vienne, par des mégots de cigarettes ! Mais peu importe aux promoteurs et aux édiles municipaux puisque ce n’est évidemment pas dans ces faubourgs sinistres que les touristes viendront se perdre. On pourrait même imaginer dans le futur, si rien n’est fait pour décourager la voracité des promoteurs et de leur béton, une continuité urbaine entre la capitale autrichienne et la capitale slovaque de part et d’autre du fleuve. Difficile d’envisager un horizon précis mais la tendance est bien là et pour le moment rien ne semble vouloir la freiner.

Friedrich Heller (1932-2020), photo Lobau Museum, droits réservés

Friedrich Heller et la Lobau
Friedrich Heller (1932-2020), écrivain, journaliste, poète (auteur de haïku), historien, chroniqueur autrichien, conteur, personnalité attachante aux multiples compétences et fervent défenseur de la Lobau, cet exceptionnel trésor viennois de la biodiversité danubienne est né en 1932 à Groß-Enzersdorf. Cette commune à la longue histoire, sur le territoire de laquelle ou aux environs de laquelle se déroula plusieurs péripéties des guerres napoléoniennes1, se trouve sur la rive gauche du fleuve dans la périphérie de la capitale autrichienne, aux portes du Marchfeld, plaine alluvionnaire désormais transformée essentiellement en un vaste territoire agricole faisant frontière avec la Slovaquie, frontière dessinée à l’est par la March ou la Morava (slovaque), affluent du Danube. Le Marchfeld intègre encore dans son espace la majeure partie du Parc National des Prairies alluviales danubiennes auquel appartient la Lobau et qui devrait se trouver pour ces raisons théoriquement protégée…
Durant toute sa vie, l’écrivain restera fidèle à sa commune de naissance et à la Lobau voisine, publiant plusieurs livres à leur sujet. Il fonde, en tant que président d’une association locale son propre musée. Citoyen d’honneur de Gross-Enzersdorf, Friedrich Heller a également reçu plusieurs distinctions parmi lesquelles la Croix d’honneur pour la science et l’art de la République d’Autriche. Cet homme entièrement dévoué à la vie, à l’histoire et à la protection de la Lobau, publie en 1972 un ouvrage en forme de réquisitoire contre le projet de destruction de l’environnement d’une partie de ces prairies alluviales danubiennes pour agrandir le port pétrolier. Puis en 1997 sort son livre consacré à à la Lobau « Das Buch von der Lobau ». Bien qu’il ait pourtant été nommé « citoyen d’honneur de Gross-Enzersdorf » aucune rue de cette commune ne porte son nom…

Musée de la Lobau :
www.lobaumuseum.wien
Une structure associative animée par des passionnés de la Lobau et de sa nature
Un court documentaire du photographe naturaliste Kurt Kracher sur le grave phénomène d’assèchement des zones humides de la Lobau :
https://youtu.be/9KwYSo2NlNs
Maison du Parc National Wien-Lobau
www.nph-lobau.wien.at
Pour se rendre en bateau depuis le centre de Vienne dans le Parc National Wien-Lobau (saison du 2 mai au 26 octobre, à partir de 9h, compter 4 heures pour l’excursion, mieux vaut réserver) :
nh@ma49.wien.gv.at
Lieux de baignades dans la Lobau :
https://www.wien.gv.at/freizeit/baden/natur/naturbadegewaesser.html#donauoder

La maison du Parc National de la Lobau-Wien, photo droits réservés

Bibliographie (sélection) de Friedrich Heller (en langue allemande) :

Neun aus Österreich. Erlebnisse im Dschungel, in der Steppe, im Urwald und in der Eiswüste unserer Heimat, Jugendbuch, erschienen im Verlag Heimatland, 1971
Die Lobau – Führer durch Geschichte und Landschaft der Lobau, Verlag Gerlach und Wiedling, 1975
Fisch und Vogel, Gedichte, St. Georgs Presse, 1982
Marchfeldein mit Linolschnitten von Gottfried Laf Wurm, Verlag Die Marchlandpresse, 1982
Das Marchfeld – bildlich besprochen, Norbertus-Verlag, 1986
Groß-Enzersdorf, Tor zum Marchfeld: ein Führer durch die Stadt, Großgemeinde und Geschichte, Verlag des Vereins für Heimatkunde und Heimatpflege, Groß-Enzersdorf, 1989
Der Himmelfahrer. Leben und Landung des Jean Pierre Francois Blanchard. Ehrenbürger von Calais und Groß-Enzersdorf, Verlag des Vereins für Heimatkunde und Heimatpflege Groß-Enzersdorf, 1991
Das Haiku in Österreich – eine Anthologie,  Verlag Wien St. Georgs Presse, 1992
Marchfeldsagen mit Tuschezeichnungen von Bibiana Wunder, Verlag Norbertus, 1994
Jenseits des Flusses, Haiku-Sammlung zeitgenössischer japanischer und österreichischer Autoren in deutscher und japanischer Sprache, Edition Doppelpunkt, 1995
Die Geschichte unserer Stadt Groß-Enzersdorf, Verlag Stadtgemeinde Groß-Enzersdorf, 1996
Das Buch von der Lobau, Verlag Norbertus, 1997


Groß-Enzersdorf einst und jetzt, Heimat Verlag, 1998
Heimkehr in ein potemkinsches Dorf, Verlag Bibliothek der Provinz, 2003
Sagen aus dem Marchfeld und dem östlichen Weinviertel, Neuauflage mit Herbert Eigner, Sutton-Verlag, 2015

Notes :
1La Lobau peut représenter un grand intérêt pour les nostalgiques des campagnes napoléoniennes.

Entre le 10 mai et le 6 juillet 1809 à l’occasion de la deuxième campagne d’Autriche, eurent lieu à Aspern, Essling, Groß-Enzersdorf et dans les environs, sur l’’île de la Lobau, au milieu des méandres danubiens bien avant les grands travaux de canalisation du fleuve de la deuxième moitié du XIXe siècle, de nombreux affrontements entre les troupes napoléoniennes et autrichiennes. Le 22 mai eut lieu la bataille dite d’Aspern-Eßling, considérée comme une victoire par les Autrichiens dont les troupes, bien supérieures en nombre, étaient alors commandées par le prince Charles de Habsbourg (1771-1847), fils de l’empereur Léopold II (1747-1792).
6 stèles (obélisques) napoléoniennes et une route Napoléon (Alte Napoléon Straße et Napoleon Straße) commémorent dans la Lobau le passage de la Grande Armée où elle s’est quelque peu empêtrée

Paysage de la Lobau, photo droits réservés

Napoléon et l’île de la Lobau (campagne d’Autriche de 1809) II

   Entre le 10 mai et le 6 juillet 1809 à l’occasion de la deuxième campagne d’Autriche, eurent lieu à Aspern, Essling, Groß-Enzersdorf et dans les environs, sur l’île de la Lobau, au milieu des méandres danubiens et bien avant que les grands travaux de canalisation du Danube de la deuxième moitié du XIXe siècle ne bouleversent et ne simplifient l’extraordinaire complexité de ce paysage fluvial, de nombreux affrontements entre les troupes napoléoniennes et autrichiennes. Le 22 mai se déroule la bataille dite d’Aspern-Eßling, considérée comme une victoire par les Autrichiens dont les troupes, bien supérieures en nombre, étaient alors commandées par le prince Charles de Habsbourg (1771-1847), fils de l’empereur Léopold II (1747-1792). Le maréchal Jean Lannes (1769-1809), gravement blessé à cette occasion, mourra quelques jours plus tard.

Albert-Paul Bourgeois (?-1812), le maréchal Jean Lannes blessé à la bataille d’Essling, huile sur toile, 1809-1812, collection du château de Versailles, domaine public

   6 stèles (obélisques) napoléoniennes et une route Napoléon (Alte Napoleon Straße et Napoleon Straße) commémorent le passage de la Grande Armée dans la Lobau où elle s’est quelque peu empêtrée.
   La première des stèle, « La tête de pont des Français » (Brückenkopf der Franzosen) se trouve désormais sur la Lobgrundstraße (rue Lobgrund) à l’entrée des installations et du port pétroliers de Vienne. Les premiers éléments des armées napoléoniennes (la division du général Molitor) débarquèrent sur l’île de la Lobau à cette hauteur après avoir traversé sur des embarcations le Danube en venant de Kaiserebersdorf (quartier de Vienne sur la rive droite). Ils s’appliquèrent à construire tout d’abord deux ponts puis un troisième sur lesquels ne purent toutefois traverser qu’une partie des troupes avant que les Autrichiens ne les détruisent en laissant dériver depuis l’amont du fleuve des brûlots, bateaux-moulins en feu et des barques chargées de pierre que leur avaient fourni des bateliers du Danube expérimentés.
   La deuxième stèle, toute proche (traverser la voie ferrée et se diriger vers le « Panozalacke » et le « Fasangarten Arm », un ancien bras du fleuve) indique l’emplacement du quartier général de Napoléon (Napoleon Hauptquartier) en mai 1809.

La stèle du quartier général de Napoléon, photo © Danube-culture, droits réservé

   La troisième stèle (Napoleonstraße) se tient au carrefour de la Napoleonstraße et de la Vorwerkstraße (la route Napoléon qu’il faut suivre vers le nord en revenant sur ses pas et en tournant à gauche). Au-delà du bras mort d' »Oberleitner Wasser », en direction d’Eßling, on peut apercevoir le bastion de Napoléon (Napoleonschanze).

La stèle de la route Napoléon, photo © Danube-culture, droits réservés

Puis on suivra la « Vorwerkstraße » dans la direction de Groß-Enzersdorf en passant devant ou en visitant le joli Musée de l’histoire de la Lobau (Lobaumuseum) pour atteindre deux autres stèles, celle du « Cimetière des Français » (Franzosenfriedhof) et celle du « Magasin à poudre » (Napoleons Pulvermagazin). La dernière stèle commémorative, dite du « passage des Français », située un peu plus loin dans la direction de l »Uferhaus Staudigl », une auberge populaire très fréquentée à la belle saison (Lobaustraße 85, 2301, Groß Enzersdorf) marque l’endroit où les armées napoléoniennes franchirent depuis l’île de la Lobau, dans la nuit du 5 au 6 juillet 1809 et par un temps exécrable, un dernier bras du fleuve pour atteindre la région du Marchfeld et rejoindre Wagram.

Charles Meynier (1768-1832), « Le retour de Napoléon sur l’île de la Lobau après la bataille d’Essling, 23 mai 1809 », détail, huile sur toile, 1812, collection du château de Versailles

   Deux peintures historiques aux tonalités contrastées traitent de ces tragiques affrontements : celle du peintre français Charles Meynier (1768-1832) « Le retour de Napoléon sur l’île de la Lobau après la bataille d’Essling, 23 mai 1809 » et celle postérieure du peintre, graveur et écrivain autrichien Anton, Ritter von Perger (1809-1876), « La traversée de Napoléon depuis l’île de la Lobau après la bataille perdue d’Aspern. » huile sur toile, 1845.

Anton, Ritter von Perger (1809-1876), « La traversée de Napoléon depuis l’île de la Lobau après la bataille perdue d’Aspern. » huile sur toile, 1845

Eric Baude, © Danube-culture, mai 2021, droits réservés

Le Pont/passerelle de la liberté sur la Morava/March entre l’Autriche et la Slovaquie en amont de son confluent avec le Danube

Un bel ouvrage pour les cyclistes et les randonneurs, photo © Danube-culture, droits réservés   
   Un premier pont avec des piles en bois avait été édifié à cet endroit en 1771, à l’époque du règne de l’impératrice Marie-Thérèse. Emporté par la débâcle des glaces en 1809 le pont est reconstruit avec l’aide du comte hongrois Ferdinand Pálffy en 1813 puis détruit en 1866 pendant la guerre austro-prussienne afin de retarder l’avancée des troupes prussiennes qui menaçaient Vienne. Reconstruit une nouvelle fois à la fin des hostilités, il est encore emporté par une débâcle de glaces en 1880. Un bac le remplace. La rivière devient la frontière entre l’Autriche et la République tchécoslovaque à la fin de la première guerre mondiale puis en 1945, une ligne difficilement franchissable du Rideau de fer entre L’Ouest et l’Est de l’Europe. Nombreux furent celles et ceux qui, malgré les dangers, tentèrent malgré tout de rejoindre l’Autriche depuis la rive slovaque militarisée et y laissèrent leur vie. Une période sombre qui prit fin en 1989.
Pont-passerelle de la liberté sur la March (Morava)

Une rivière de frontière apaisée : la March/Morava depuis le pont-passerelle, photo © Danube-culture, droits réservés

   La partie autrichienne (région de Basse-Autriche) souhaitait initialement baptiser la passerelle du nom de « Pont Marie-Thérèse » ce qui n’a pas été accepté par les autorités slovaques (Marie-Thérèse fut pourtant couronnée « Roi de Hongrie et de Bohême » en 1740 à Bratislava). Ces mêmes autorités slovaques s’opposèrent ensuite au résultat d’un referendum qui proposa le nom de « Pont Chuck Norris », apparemment très populaire en Slovaquie. L’ouvrage qui a été ouvert aux cyclistes et au piétons en septembre 2012, a finalement été baptisé d’un commun accord « Pont de la liberté » (« Brücke der Freiheit » en allemand, « Slobodý cyklomost » en slovaque) en hommage aux victimes qui tentèrent de franchir la rivière et le Rideau de fer à cet endroit pendant la dictature communiste.
   Ce pont-passerelle, dessiné par l’architecte slovaque Milan Beláček, d’un coût total de 4,6 millions d’Euros, financé par l’UE à 80% et pour le reste à parts égales entre la Slovaquie et l’Autriche, mesure 550 m de long, 21,3 m de hauteur et 4,6 m de largeur.
Un Chuck-Norris-Buffet accueille avec humour promeneurs et cyclistes à proximité du pont sur la rive slovaque…

Le château de Hof en Marchfeld, © photo Danube-culture, droits réservés

Le Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes, Vienne (Autriche)

Un parc au patrimoine et à la biodiversité exceptionnels
Ce parc, constitué de prairies alluviales et de forêts, est unique en son genre sur le territoire autrichien. Il est à la fois un véritable oasis vert entre Vienne et Bratislava, la plus grande plaine alluviale naturelle intacte en Europe centrale, un territoire fortement dépendant du Danube qui est, dans sa traversée autrichienne, un fleuve de montagne. Ce parc est un ensemble exceptionnel d’écosystèmes avec une vaste diversité de biotopes, une flore et une faune remarquables, un refuge pour de nombreuses espèces animales et végétales menacées, un espace naturel pour les crues, un réservoir d’eau potable de haute qualité et un régulateur climatique pour la région de Basse-Autriche.

Ce parc forme un paysage d’une beauté impressionnante et offre également un lieu de repos et de détente aux portes de Vienne ainsi qu’un espace pour la protection et la préservation de ce paysage unique.

La surface totale du parc est aujourd’hui de 9 600 hectares : 65% de sa surface sont constitués de forêts alluviales, 15% de prairies et environ 20% d’eau.

Photo ©, Danube-culture, droits réservés

Les 36 kilomètres fluviaux danubiens forment la partie intégrale du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes. La dynamique du fleuve y est encore très puissante. Le niveau d’eau variable, peut atteindre, suivant le régime du fleuve et les saisons, 7 mètres de différence. Il détermine considérablement la vie sur le territoire du parc. Les inondations régulières ont façonné ce paysage étonnant et fluctuant, y créant une grande diversité d’habitats en lien direct avec le fleuve : mares, bras en activité et bras morts, bancs formés de cailloutis, rives peu escarpées et espaces de transition de l’eau vers la terre, rives escarpées, forêts alluviales (forêts à bois tendre et dur), forêts de relief, prairies et zones arides de plaine alluviale.

La richesse biologique de ces paysages est exceptionnelle. On y compte plus de 800 espèces de plantes à tige, plus de 30 espèces de mammifères, une centaine d’espèces d’oiseaux, 8 espèces de reptiles, 13 espèces d’amphibiens ainsi que plus de 60 espèces de poissons. Une grande diversité d’invertébrés évolue d’autre part en milieu terrestre et aquatique.

Discrète Emys orbicularis ! Photo © Danube-culture, droits réservés

L’histoire du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes et les conséquences de la présence de l’homme sur le fleuve et ses rives
Les interventions répétées de l’homme ont influencé et métamorphosé le fleuve et ses plaines alluviales.
Les  grands travaux de régulation du Danube à la fin du XIXème siècle, ses rectifications, suppressions de méandres et endiguements ont entrainé une augmentation de la vitesse du fleuve ce qui a eu pour conséquence d’engendrer une baisse de la nappe phréatique, un enfoncement du lit et un assèchement de bras morts et de certains bras en activité du Danube. La destruction des rivages naturels a été contrebalancée par une amélioration des conditions du transport fluvial.

Des digues de protection ont été érigées afin de protéger la plaine alluviale et très fertile du Marchfeld (rive gauche en aval de Vienne) contre d’importantes et régulières inondations.

Basses eaux sur le Danube à la hauteur du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes, photo © Danube-culture, droits réservés

L’édification d’un barrage en amont, à la sortie de Vienne (Centrale hydroélectrique de Freudenau) est venu modifié le charriage des cailloux et autres alluvions par le fleuve, provoquant un enfoncement préoccupant du lit du Danube dans le sous-sol.

L’exploitation forestière intensive a d’autre part transformé de vastes parties de la forêt alluviale en zones d’exploitation du bois, entrainé la propagation d’espèces d’arbres étrangères et l’installation d’un réseau de petites routes.

La chasse a eu de son côté pour conséquence l’extermination d’animaux locaux comme le castor et la loutre.

Quant à la pêche, autrefois professionnelle et commerciale, elle n’est plus qu’essentiellement sportive et de loisir. Il a aussi été constaté l’apparition d’espèces de poisson étrangères.

Un projet de barrage inopportun

L’écologiste et journaliste suisse Franz Weber fut appelé à la rescousse par les protecteurs de l’environnement autrichiens. (photo Fondation Franz Weber)

Le projet peu opportun, sur le plan écologique, de construire un barrage et une centrale hydroélectrique sur le Danube, près de la petite ville de Hainburg (rive droite) en 1984 et heureusement abandonné sous la pression des écologistes et de la population locale, aurait entrainé la destruction d’une centaine d’hectares de forêt alluviale, d’îles et îlots, la disparition irréversible de rivages naturels et la construction de digues. Le barrage réservoir aurait de plus empêché le Danube de s’écouler librement. La plaine alluviale ne pouvant plus bénéficier des inondations, sa dynamique aurait été ainsi interrompue. La dynamique naturelle de l’eau souterraine aurait été également perturbée. L’occupation en 1984 de la plaine alluviale à Stopfenreuth par des manifestants luttant contre la construction du barrage et de la centrale électrique a entrainé l’abandon du projet alors que celui-ci avait été déjà voté par le gouvernement socialiste autrichien de l’époque. Une trêve de Noël fût alors proclamée par les politiciens du pays et les écologistes. Le développement de nouvelles alternatives a pourtant continué à être envisagé dès 1985 à la fois pour l’éventuelle construction de nouvelles centrales hydroélectriques mais aussi en parallèle pour la préservation de l’écoulement naturel du Danube.

La période suivante (1986 à 1989) permit l’élaboration des bases scientifiques pour la création du Parc National des Plaines Alluviales Danubiennes mais certains projets de centrales hydroélectriques sur le Danube étaient toujours d’actualité dans les hautes sphères économiques et politiques autrichiennes. En 1990 une convention est passée entre la République Fédérale d’Autriche, les responsables politiques de la ville de Vienne et ceux de Basse-Autriche autorisant la création du Parc National des Plaines Alluviales Danubiennes. De 1991 à 1995 sont élaborés les projets spécifiques du parc et le 27 octobre 1996, le traité international pour la création du Nationalpark Donau-Auen est signé par les représentants des mêmes institutions. Le Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes obtiendra sa reconnaissance par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature, catégorie II) dès 1997.

Selon les critères de l’UICN un parc national doit remplir les fonctions suivantes :
– préserver intact des écosystèmes pour les prochaines générations
– mettre fin à différentes activités économiques
– créer un programme de recherche scientifique et mettre en place un accueil spécifique pour les visiteurs.

Grèbe huppée, une habitante familière du Parc National des Prairies Aluviales Danubiennes, photo droits réservés

Activités
Le Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes propose un grand choix d’activités pédagogiques et d’initiation à la découverte de la faune et de la flore, sur l’eau comme à terre, permettant de vivre, dans ce paysage unique, des moments d’exception. Des guides professionnels accompagnent les visiteurs dans le dédale des prairies et des forêts en canot pneumatique ou en barque.
Le parc organise également des colloques et séminaires sur des sujets prioritaires tout comme des excursions pédagogiques pour les enfants et les associations. Des journées axées sur un thème spécifique sont régulièrement programmées.

Chemin faisant…
Le Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes accueille aussi les visiteurs individuels. Des cartes permettent de conseiller différents itinéraires balisés ou fléchés.

L’Office des forêts de la collectivité locale de Vienne, propriétaire des prairies et des forêts alluviales, collabore activement à la préservation des espaces du parc.

L’action du WWF « Natur freikaufen » (« Rachetons la nature ») a permis la protection d’une surface supplémentaire de 411 hectares de la plaine alluviale des prairies de Regelsbrunn.

Organisation du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes
L’administration du parc est gérée par une société d’état à but non lucratif dont les membres sont les Régions de Vienne et de Basse-Autriche. Le directeur du parc en assure la gérance et le bon fonctionnement. L’Office Fédéral des Forêts, l’Administration forestière de la Municipalité de Vienne et la Région du Marchfeld ont la responsabilité des sentiers de randonnée, des pistes cyclables et des points de vue et d’observation aménagés.
En cas de fortes d’inondations, il peut être nécessaire, pour des raisons de sécurité, d’interdire provisoirement l’utilisation de certains chemins.

« Das Tor zur Au » (La porte sur les prairies alluviales) – Centre d’accueil et d’information du parc, château d’Orth/Donau
Le Centre d’accueil et d’information du parc est hébergé au château d’Orth/Donau. On peut y trouver des informations sur le parc et son histoire, sur la commune d’Orth/Donau et sur l’ensemble de la région. On peut aussi s’inscrire pour des randonnées ou des activités dans le parc avec un guide.

L’exposition permanente « DonAUräume » offre de nouvelles perspectives sur les prairies alluviales danubiennes. Des expositions thématiques complémentaires mettent en valeur certains des aspects singuliers du fleuve sur tout son parcours. On peut enfin y découvrir une installation acoustique « A Sound Map of the Danube » et trouver également des informations sur le site naturel protégé serbe de Gorne Podunavje.
« L’île du château » est un site extérieur à proximité du centre d’accueil et d’information présentant les habitats spécifiques et la faune des prairies alluviales comme le Spermophile, la Cistude d’Europe et des espèce locales de serpents. De nombreux insectes, grenouilles et crapauds habitent prairies et mares. Des plantes aquatiques diverses et variées, parfois rares comme certaines variétés d’orchidées, en enrichissent la flore.

Le centre de l’île est aménagé en station d’observation sous-marine. L’on peut y observer avec intérêt la flore et la faune aquatique des prairies alluviales, des espèces locales de poissons, coquillages et autres crustacés.

Du haut de la tour du château on jouit d’une vue magnifique sur les prairies alluviales danubiennes, de Vienne jusqu’à Hainburg, de même qu’on peut y observer une aire de cigognes. La cour du château est le lieu de rendez-vous et le point de départ des visites guidées. Son aménagement incite à s’y attarder.

Horaires d’ouverture du centre d’accueil et d’information du parc, château d’Orth/Donau
Du 21 mars au 30 septembre : tous les jours de 9h à 18h
du 1er octobre au 1er novembre : tous les jours de 9h à 17h

Visites guidées de l’exposition : tous les jours à 10h, 11h, 13h, 14h, 15h, 16h

Fermeture d’hiver du 2 novembre jusqu’au 20 mars
Pendant cette période renseignements et informations uniquement par téléphone, du lundi jusqu’au vendredi de 8h à 13h

Centre d’accueil et d’information :
Château d’ORTH Nationalpark-Zentrum
2304 Orth/Donau, Autriche
Tel. + 43 2212/3555
www.donauauen.at
schlossorth@donauauen.at

Le château d’Orth/Donau, photo © Bwag/Wikimedia

Nationalparkhaus wien-lobAU (Maison du Parc National Wien-LobAU)
Le Nationalparkhaus wien-lobAU est le centre d’information pour la partie viennoise du parc. Logé aux portes de la capitale, il est géré par l’Administration forestière de Vienne et fonctionne comme point de départ pour des randonnées dans les environs. Une exposition « tonAU » permet de découvrir l’univers sonore des forêts du parc et un spectacle multimédia informe sur l’évolution historique des prairies alluviales.
www.nph-lobau.wien.at

Maison du Parc National Wien Lobau, photo droits réservés

On peut aussi rejoindre le parc par bateau depuis le centre de Vienne (canal du Danube à la hauteur de la Schwedenplatz) du 2 mai au 26 octobre et profiter d’une visite accompagnée d’un guide.
Tel. pour réservation (places limitées) : 0043/ 1 4000 49495
 www.donauen.at/besucherinfo/bootstouren

Le Skorpion, bateau du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes qui relie le centre de Vienne à la Lobau (rive gauche) via le Canal du Danube. Photo © Danube-culture, droits réservés 

Centre d’information
Nationalparkhaus wien-lobAU
Dechantweg 8, 1220 Wien
Tel.: 01/4000-49495
www.nph-lobau.wien.at
nh@m49.magwien.gv.at

Autres centres d’information :
Nationalpark-Forstverwaltung Lobau
MA 49 – Forstamt und Landwirtschaftsbetrieb der Stadt Wien
2301 Groß-Enzersdorf, Dr. Anton Krabichler-Platz 3
Tel. 02249/2353
pe-don@m49.magwien.gv.at

Nationalpark-Forstverwaltung Eckartsau
Nationalparkbetrieb Donau-Auen der ÖBf AG
2305 Eckartsau, Schloss Eckartsau
Tel. 02214/2335-18
infostelle.donauauen@bundesforste.at

Une réplique de Tschaïque peut emmener visiteurs et promenade sur le Danube, photo © Danube-culture, droits réservés

Bateau-moulin d’Orth sur le Danube
Promenades en « tschaike » sur le Danube (avril-fin octobre)
www.schiffmuehle.at

Restaurant et café « an der Fähre », Orth/Donau
Bac pour les piétons et vélo
www.faehre-orth.at

Humers Uferhaus, Orth/Donau
Pour sa terrasse sur le Danube, ses spécialités de poissons et ses généreux desserts
Très fréquenté les weekends et les jours de fête
www.uferhaus.at

Croisières Hainburg-Devin-Bratislave-Hainburg
Event Schifffahrt Haider
www.event-schifffahrt.at

Eric Baude, mise à jour avril 2019, droits réservés

Le guide du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes (2018)

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