Endre Rozda (1913-1999)

Endre Rozda, Autoportrait à la pipe (1932) 
   Témoignant d’un talent précoce (il peint dès l’enfance sur les murs de la maison familiale !) le jeune artiste va étudier à l’école de Vilmos Aba-Novák (1894-1941) à Budapest, rencontre à l’occasion d’un concert le compositeur Béla Bartók (1881-1945), un musicien fasciné par la musique populaire et le Danube auquel il dédie l’une de ses oeuvres de jeunesse A Duna folyása (le cours du Danube, version pour piano de 1891, pour violon et piano de 1894. L’oeuvre novatrice de Bartók (la Sonate pour deux pianos et percussion) qu’entend Endre Rozda durant cette soirée musicale, exerce une profonde influence sur son évolution créatrice précoce : « Bartók n’était rien d’autre qu’un nom pour moi. Je ne le connaissais pas. […] Puis Bartók a interprété avec sa femme une œuvre personnelle en création mondiale la « Sonate pour deux pianos et percussion », qui est à mon avis l’une des œuvres les plus importantes du vingtième siècle. Je m’étais assis à un endroit d’où je pouvais voir les mains de Bartók. J’étais ébloui. Je n’avais jamais pensé à ce que la musique aurait pu être au-delà de Bach, de Mozart, au-delà de Moussorgski. J’étais absolument ivre de cette musique. […] J’ai compris à ce moment-là que je n’étais pas le contemporain de moi-même ».

Endre Rozda, « Amour sacré, Amour profane », 1947 (sources www.rozda.com, droits réservés)

Endre Rozda expose pour la première fois seul dans la capitale hongroise en 1936 et émigre à Paris (1938) où il poursuit ses études à l’École du Louvre et se lie d’amitié avec des artistes du mouvement surréaliste. Revenu malgré lui à Budapest en 1943, il vit dans la clandestinité sous la menace d’une arrestation (sa mère est déportée en 1944) jouant un rôle essentiel dans la fondation en 1945 de « l’École Européenne », un groupe d’artistes hongrois qui doit se dissoudre (1948) sous la pression du régime communiste allergique au surréalisme et à l’art abstrait. Le peintre survit en illustrant des livres et revient à Paris après la déroute de la révolution de 1956. Sa première exposition (1957) à la galerie Furstenberg lui ouvre en grand les portes de la notoriété. Son oeuvre illustrant les questions fondamentales de l’existence dans un langage propre et intimement liée au temps, s’affranchira du surréalisme, ne cessant de se métamorphoser et de se densifier pour rejoindre dans une dernière période de son cheminement l’univers de l’abstraction lyrique.
« À ceux qui regarderont mes toiles, je voudrais seulement demander de faire comme l’enfant que je fus, de donner assez de temps à la contemplation des images que je leur propose pour trouver le sentier qui y mène et permet de s’y promener. »Endre Rozda.
Son ami André Breton a écrit à propos de la peinture d’Endre Rozda : « Voici le haut exemple de ce qu’il fallait cacher si l’on voulait subsister, mais aussi de ce qu’il fallait arracher de nécessité intérieure à la pire des contraintes. Ici se mesurent les forces de la mort et de l’amour ; la plus irrésistible échappée se cherche de toutes parts sous le magma des feuilles virées au noir et des ailes détruites, afin que la nature et l’esprit se rénovent par le plus luxueux des sacrifices, celui que pour naître exige le printemps. »

Danube-culture, septembre 2021

Pour en savoir plus…
www.rozda.com

Le Danube turc : Mohács ou la grande victoire du sultan Soliman Ier dit « Le Magnifique » le 29 août 1526

La cité ne semble aujourd’hui sortir de sa torpeur qu’au moment du carnaval et de son bruyant défilé des Busó (Mohácsi busójárás) qui fête, le septième dimanche avant Pâques, avec ses masques sculptés en bois et autres peaux d’animaux, clochettes et crécerelles, la mort de l’hiver et la naissance du printemps. Serait-ce pour exorciser également le souvenir douloureux de la cruelle défaite de 1526 ?

Soliman Ier dit « le Magnifique » (1494-1566) 

   Charles de Habsbourg plus connu sous le nom de Charles Quint (1500-1558), qui réunissait sur sa tête les couronnes d’Espagne, des Deux-Siciles, des Pays-Bas et d’Autriche, était considéré comme une menace permanente par la Sublime Porte (Empire ottoman). Une révolte des janissaires turcs avait d’autre part du être réprimée sévèrement. Aussi le sultan Soliman Ier dit « le Magnifique » (1494-1566), dixième sultan de la dynastie ottomane, décide t-il d’attaquer la Hongrie et de mener ses redoutables guerriers au combat en leur faisant miroiter l’espoir d’un butin considérable.

Le grand vizir Ibrahim Pacha (1493-1536)

En face des troupes ottomanes , l’armée hongroise réunie par le jeune roi inexpérimenté de Bohême et de Hongrie, Louis II Jagellon (1506-1526), en nombre et en équipement largement inférieure aux Ottomans, subit une de ses plus sanglantes défaites de son histoire face aux troupes de  Soliman et de son « ami » le vizir Ibrahim Pacha (1493-1536) que le sultan fera assassiné dix ans plus tard.

La bataille de Mohács, miniature turque

 La stratégie ottomane avait été soigneusement élaborée avant la bataille : ouvrir les rangs pour laisser pénétrer la cavalerie ennemie, puis l’encercler. Cette stratégie était la bonne. Emportés par leur fougue orgueilleuse, espérant s’emparer du sultan, les chevaliers chrétiens se précipitèrent dans ce piège et se firent rapidement décimés par l’artillerie ottomane. Le jeune Louis II Jagellon et les survivants du massacre, lourdement handicapés par le poids de leurs armures périrent pour la plupart. Le roi se noya dans les marécages des alentours pendant la retraite de ses troupes. Il semblerait que son allié et vassal hongrois de Transylvanie, János Szapolayi (Jean Ier de Hongrie, 1487-1540), ne lui apporta pas toute l’aide et le renfort attendus. Celui-ci, soutenu par Soliman, succédera d’ailleurs à Louis II Jagellon comme roi de Hongrie à la fin de la même année…

Janos Szapolayi (1487-1540)

Cette défaite marque le début de l’occupation de la Hongrie par les Turcs. Pest tombe au main de la Sublime Porte en 1529. Les armées de Soliman le Magnifique ne réussissent toutefois pas à prendre Vienne la même année après un siège qui dure de mai à décembre. Une nouvelle tentative en 1532 se soldera encore une fois par un échec mais le Danube est désormais ottoman de Pest jusqu’à la mer Noire et sert et servira activement pour celui-ci de poumon commerciale, économique et militaire.
Une autre bataille a lieu le 12 août 1687 près de Mohács sur le mont Harsany. Cette fois les troupes impériales autrichiennes avec à leur tête le duc Charles V de Lorraine (1643-1690), vainqueur des Turcs au siège de Vienne en 1683 avec le roi de Pologne Jean III Sobieski  (1629-1696) et le margrave Louis de Bade-Bade (1655-1707) prennent leur revanche et infligent à la Sublime Porte une défaite décisive. L’expansion turque s’arrête. Cette défaite marque aussi tout comme l’échec du siège Vienne en 1683 et le Traité de Karlowitz (Sremski Karlovci, aujourd’hui en Serbie), signé sur les bords du Danube entre la Sublime Porte et l’empire des Habsbourg en 1699, le début du déclin de l’empire ottoman et son retrait des rives du fleuve vers l’aval. Le Danube se transformera par la suite en une ligne de défense contre les Habsbourg sur son cours moyen puis sur la partie basse du cours du fleuve contre l’Empire russe.

La seconde bataille de Mohács (1687) qui verra le triomphe des armées de l’Empire d’Autriche emmenées par le prince Eugène de Savoie.   

Un monument pérénise sur la colline de  Törög (turc en hongrois), sur le lieu même de l’affrontement, le souvenir de la première bataille qui préluda à cent cinquante années d’occupation turque de la Hongrie. Une église dans le style byzantin a été édifiée sur la place principale de Mohács à l’occasion du 400e anniversaire de l’évènement.
Mohács est aussi la ville natale du peintre hongrois Endre Rozsda (1913) et mort à Paris en 1913.

Sources :
CLOT, André, Soliman le Magnifique, Fayard, Paris, 1983  
GEORGEON, François, VATIN, Nicolas et VEINSTEIN Gilles (sous la direction de), Dictionnaire de l’Empire ottoman, XVe-XXe, Fayard, Paris, 2015
MANTRAM, Robert, (sous la direction de), Histoire le l’Empire ottoman, Fayard, Paris, 2003
SOLNON, Jean-François, L’Empire ottoman et l’Europe, Perrin, Paris, 2017  

TURNBULL, Stephen, Ottoman Empire 1326-1699, Osprey Essential Histories 062, 2003, e-Library 2005

Masques du  « busójárás » de Mohács, source Wikipedia

 Eric Baude, © Danube-culture, mis à jour septembre 2021, droits réservés

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