Entre Ingolstadt, Regensburg et Passau (Bavière danubienne)

   Après avoir laissé Ingolstadt, où bat le coeur de la Bavière historique, ancienne capitale ducale avec son enceinte fortifiée (bastion) dont on ne sait si elle protégeait plus la ville des envahisseurs que des crues légendaires du fleuve et dans la forteresse de laquelle fut emprisonné pendant la Première Guerre mondiale celui qui n’était à cette époque que le capitaine de Gaulle, on suit le fleuve sur la rive droite et on arrive d’abord la petite ville de Vohburg avec ses quatre tours historiques. Un pont ou le petit bac saisonnier d’Eining permet de changer de rive et de découvrir sur le plateau au nord de Pförring (rive gauche) les ruines de Celeusum, un ancien camp romain fortifié avec des thermes. Les Romains connaissaient bien également les vertus des eaux sulfureuses de Bad Gögging (rive droite). Toujours sur la même rive droite, a été érigé en 80 après J.-C un autre camp romain fortifié, celui d’Abusina. Il est détruit en 250 par les Alamans puis reconstruit ce qui en fait le camp militaire romain le mieux conservé de toute la Bavière. D’autres vestiges de la présence romaine ont été préservés sur la rive gauche entre Eining et Weltenburg. Le fleuve se heurte ensuite aux reliefs de l’Altmühltal qu’il traverse à travers un étroit défilé, franchi non sans difficultés par les bateliers d’autrefois vers l’amont avec leurs « Zille » grâce à des anneaux fixés dans les parois rocheuses.

Abbaye de Weltenburg ( rive droite, Bavière)

Au pied de la colline du Würzberg, sur la rive droite, en amont de la petite ville de Kelheim, l’abbaye bénédictine de Weltenburg  et ses frères brasseurs (quoi d’étonnant quand on sait qu’elle a été fondée par des moines irlandais et écossais !) surveille le fleuve à l’entrée du dernier défilé karstique de Souabe rencontré par le Danube. Son architecture épouse le dessin d’un méandre vigoureux de quate-vingt dix degrés. De nombreuses abbayes ou anciennes abbayes jalonnent le parcours du Haut-Danube, rappelant combien ces paysages bavarois sont des terres catholiques.

L’abbaye bénédictine de Weltenburg, photo droits réservés

Photo © Danube-culture, droits réservés

 L’abbaye, fondée vers 610, est baroquisée au XVIIIe. Son église Saint-Georges est un pur chef d’oeuvre du Rococo bavarois dû au génie artistique et au sens du « theatrum sacrum » des frères Cosmas Damian (1686-1739) et Egid Quirin Asam (1792-1750). Sur le Frauenberg (La montagne des femmes), voisin de l’abbaye, a été édifiée une forteresse à l’époque où le fleuve était une des principales frontière (Limes) de l’Empire romain oriental. Sur la même colline du Frauenberg a été également édifiée, à l’emplacement des fondations d’un ancien temple romain, une première chapelle elle-même reconstruite à l’époque où l’abbaye est rénovée dans le style baroque.

Saint-Georges dans le choeur de l’église baroque décorée par les peintres, sculpteurs et stucateurs  Cosmas Damian et Egid Quirin Asam, photo © Danube-culture, droits réservés   Au-delà des « Portes du Jura souabe » qui ferme le passage sauf au Danube, s’impose dans le paysage la pompeuse et quelque peu surprenante « Befreiungshalle », le  Temple de la Libération ou de la délivrance (du calvaire napoléonien…) au sommet d’une éminence de la rive gauche.

Bernhard Metzeroth (1813-1848) : la Befreiungshalle et l’embouchure du canal du roi Louis à Kelheim, gravure de 1848, Meyers Universum.

Proche de deux sites celtiques situés sur la colline du Michelsberg, achevé en 1863, ce monument est la concrétisation du souhait de Louis Ier de Bavière (1786-1868) de voir édifier à cet endroit précis un édifice dédié à la victoire de Leipzig (1813) contre ce qui restait des armées napoléoniennes après la désastreuse campagne de Russie. Le bâtiment est en forme de polygone de 18 côtés soulignés par 18 pilastres au sommet desquels se tient une korè (sculpture) symbolisant les 18 peuples ayant participé à la libération de l’Allemagne du joug napoléonien. Au dessus des korès, un péristyle de 48 colonnes (3 x 18 colonnes) puis à nouveau au dessus du péristyle 18 autres pilastres sont surmontés par des trophées.

La Befreiungshalle, photo © Danube-culture, droits réservés

L’illusion réussie d’un monument en marbre, alors qu’il est en brique, contrairement au Walhalla, est due au crépi et à la peinture qui prend soin d’imiter des blocs de marbre. Un escalier de 84 marches conduit à une entrée monumentale qui débouche sur une salle intérieure, toute de véritable marbre cette fois, haute de 49 mètres et surmontée d’une coupole. Au sol se trouve l’inscription : « Puissent les Allemands ne jamais oublier ce qui a rendu nécessaire le combat pour la libération et par quoi ils ont vaincu. »

Deux des 34 victoires posant tendrement leurs mains sur le bouclier de bronze symbolisant la victoire de Waterloo du 18 juin 1815… Photo © Danube-culture, droits réservés

18 niches placées sur un socle, décorent la partie inférieure de la salle avec 34 statues victorieuses toutes différentes les unes des autres qui se donnent la main ou brandissent des boucliers de bronze. Des plaques avec les noms des généraux et des forteresses conquises dominent les niches. La seule source de lumière naturelle avec le portail d’entrée est la lanterne en verre au sommet de la coupole.

La coupole en caissons de la Befreiungshalle et la lanterne à son sommet, photo © Danube-culture, droits réservés

Un escalier part du sol et permet d’accéder au péristyle intérieur et à la balustrade extérieure d’où la vue exceptionnelle s’ouvre sur la vallée du Danube et les environs. Le monument, construit sur les plans de l’architecte Friedrich Wilhem von Gärtner (1791-1847) puis achevé par Leo von Klenze (1784-1864), fut inauguré à l’occasion du cinquantième anniversaire de la bataille des Nations et de la victoire de la coalition alliée à Leipzig, le 18 octobre 1863.
Kelheim qui se trouve au pied de l’édifice, était connue au temps de la navigation d’avant l’invention de la vapeur pour son port sur le Danube d’où partaient autrefois, avant que la portion amont entre Ulm et Kelheim ne s’ouvre au trafic fluvial, les bateaux (« Kelheimer ») transportant diverses marchandises vers les grandes villes de l’aval. Ce port possède un intéressant patrimoine historique du début de l’ère industrielle, une  autre initiative du même  Louis Ier de Bavière et qui répond au nom de « Canal du roi Louis » (Ludwig Kanal). Kelheim marque également  l’entrée (ou la sortie…) du nouveau canal Rhin-Main-Danube à l’ancien confluent de la rivière Altmühl avec le Danube).

Le canal du roi Louis en juin 1916 lors de la visite d’Albert III de Bavière, photo d’archives

Le fleuve continue à serpenter dans un relief s’apaisant peu à peu puis rejoint Ratisbonne (Regensburg). L’ambiance de l’ancienne « Radasbona » celte ou « Castra Regina » romaine (les historiens ne mentionnent pas moins de soixante-dix noms différents pour Regensburg !) contraste et allège joyeusement le souvenir de la « Befreiungshalle ».

Le vieux pont de pierre légendaire de Regensburg (Ratisbonne), photo © Danube-culture, droits réservés 

Ratisbonne s’enorgueillit d’avoir accueilli saint-Emmeran, Charlemagne (vers 742-814, adepte de la natation dans le Danube), les croisades, Frédéric Barberousse (1122-1190), Charles Quint (1500-1558), son fils illégitime Don Juan d’Autriche né dans la ville des amours éphémères de celui-ci avec Barbara Blomberg (1527-1597) et qui sera vainqueur de la bataille de Lépante, le peintre Albrecht Altdorfer (vers 1480-1538), maître de l’École dite « du Danube » qui en fût le maire, Johannes Kepler (1571-1630), brillant mais infortuné astronome, les empereurs Napoléon Ier, Guillaume Ier de Hohenzollern (1797-1888), François-Joseph de Habsbourg (1830-1916) et les princes de Thurn und Taxis, établis depuis 1748 dans la ville et plus récemment le cardinal Joseph Ratzinger devenu pape sous le nom de Benoît XVI (2005). La ville eut aussi les honneurs de la diète impériale du Saint-Empire romain germanique de 1663 à 1806 mais elle subit aussi des épidémies de peste, les désastres de la guerre de Trente ans et autres conflits.

Statue de Don Juan d’Autriche (1547?-1578), fils illégitime de Charles Quint et de Barbara Blomberg, copie du monument érigé à Messine à la gloire du vainqueur de la flotte turc à la bataille navale de Lépante (1571), photo © Danube-culture, droits réservés

Son vieux pont de pierre de seize arches datant du XIIe siècle (1135-1146), le « Steinerne Brücke », l’ouvrage le plus ancien encore en place franchissant le Danube, véritable talisman de Ratisbonne, long de 330 m, doté de son propre sceau (aujourd’hui celui de l’université) et qui n’a jamais été détruit, son centre historique, illustrent l’importance de la cité dans l’histoire des échanges et du commerce en Europe et au-delà.
Ratisbonne est aujourd’hui une vieille dame alerte classée au patrimoine mondiale de l’Unesco (2006), pleine de charme et d’entrain. Située au au point le plus septentrional du cours du fleuve, elle n’en témoigne pas moins d’un art de vivre quasi méridional.

En amont du vieux pont de pierre, sur le Danube une réplique de Kelheimer motorisée, photo © Danube-culture, droits réservés

En continuant à descendre le fleuve, sur un promontoire d’une rive gauche escarpée, à la hauteur de Donaustauf, on découvre une autre réalisation architecturale due à ce même roi bavarois bâtisseur et patrioteo, l’oncle de Sissi. Tout aussi pompeux que la « Befreiungshalle », le « Walhalla » ou temple de l’honneur est construit  entre 1830 et 1841 sur les plans de l’architecte officiel de Louis Ier, Leo von Klenze (1784-1864). Le nom attribué au monument fait référence au séjour des morts de la mythologie germanique.

Le Walhalla depuis la rive gauche du Danube, photo © Kerstin Dittmann, droits réservés

Le temple, en style néodorique et entièrement en marbre, non sans une certaine ressemblance avec le Parthénon, est accessible depuis le Danube par un sentier et un escalier de 358 marches.

L’intérieur du Walhalla en marbre polychrome, photo © Danube-culture, droits réservés

Leo von Klenze y a convoqué cariatides, Walkyries, Victoires et autres symboles dans l’intention peut-être de rompre l’ennui des 131 héros et héroïnes (13 seulement…) germaniques parmi lesquelles les peintres flamands Jan van Eyck (1390-1441) et Peter Paul Rubens (1577-1640), saint-Nicolas de Flüe (1417-1487), le philosophe hollandais Erasme (1466/69 ?-1536), les compositeurs autrichiens Joseph Haydn (1732-1809), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Franz Schubert (1797-1828) et Anton Bruckner (1824-1896). Toutes et tous, figés pour la postérité avec la statue de Louis Ier de Bavière, se regardent (ou s’ignorent…) dans une ambiance solennelle et un silence qui seraient pétrifiants, s’ils n’étaient interrompus par les exclamations et les bruits de pas des visiteurs.

Un très médiocre buste de Mozart… photo © Danube-culture, droits réservés

Aux 131 bustes des héros et héroïnes, s’ajoutent 64 plaques commémoratives. De nouvelles personnalités de langue allemande sont régulièrement accueillies dans cette pompeuse assemblée sur la décision du conseil des ministres du Land de Bavière.

William  Turner, le Danube et le temple du Walhalla

Après ce passage par la mythologie germanique, l’élégante tour chinoise du jardin princier de Donaustauf, en contrebas du « Walhalla », engendre une des plus étonnantes surprises du Danube bavarois.

La tour chinoise de Donaustauf (Bavière), photo © Danube-culture, droits réservés

Les coteaux danubiens ont changé de physionomie et les premières vignes (Bach/Donau) ont fait leur apparition, indice d’une direction méridionale prise par le fleuve et d’une exposition favorable dans une Bavière plus connue pour ses brasseurs que ses vignerons. Miracle danubien !

Straubing, gravure de Michael Wening (1645-1718)

C’est à Straubing (rive droite), ex place forte romaine, trésor médiéval et Renaissance que se joue le destin, à l’âge de vingt-cinq ans, de la douce, belle mais roturière Agnès Bernauer (1410-1435) et dont le destin fut plus cruel que celui de Barbara Blomberg. La douce Agnès eut le malheur de faire chavirer le coeur du duc Albert III de Bavière (1401-1460) mais pas celui de son père Ernest (1373-1438). Soucieux de s’en tenir scrupuleusement à la suprême raison d’État, celui-ci organisa avec un juge à sa solde, le procès pour sorcellerie de sa belle-fille et la fit tout simplement noyer dans le Danube.

Tableau d’un peintre inconnu d’Augsbourg du XVIIIe d’après un modèle du XVIe siècle

Mais le fleuve et ses eaux rédemptrices et protectrices des innocents, prirent le parti de la belle Agnès et le supplice fut difficile à exécuter. Le duc Ernest, pris de remord ou admiratif de la fidélité d’Agnès pour son amour, lui fit ériger en 1436,  peu après sa mort, une chapelle au cimetière de saint-Pierre de la ville (Sankt Peter) puis se retira de la vie publique peu de temps après.
Le hasard fit également naître à Straubing un personnage au destin plus heureux que celui de la belle Agnès, Emanuel Schikaneder (1751-1812),  premier « papageno » de la Flûte enchantée de Mozart, acteur et directeur de théâtre.
La petite ville de Deggendorf borde la forêt de Bavière (« Bayerischer Wald »). Le fleuve, depuis longtemps haut-lieu de la navigation sur ce parcours, est contraint de contourner ce massif par le sud en se dirigeant paisiblement vers « Passau la sublime » ou la « Venise bavaroise », témoin privilégié de la rencontre des eaux du Danube avec celles fougueuses de l’Inn et les flots aux reflets sombres de la discrète Ilz.

Eric Baude pour Danube-culture, mis à jour mai 2024 © droits réservés

Kasparus Karsen (1810-1896), vue de Passau sur le Danube, 1858,  huile sur toile

 Note :
1  « Kelheimer » est le nom spécifique pour le plus grand modèle de « Zille », nom générique pour une embarcation typique de diverses tailles mais de même construction en bois qui a navigué sur le Danube et ses affluents jusqu’après l’invention des bateaux vapeur. Elle est encore construite de nos jours. C’est à Kelheim que furent construites ces grandes embarcations qui pouvaient atteindre une longueur de 30 mètres. Elles permettaient de convoyer, en convoi ou en embarcation unique, jusqu’à deux tonnes de différentes marchandises (vin, sel, matériaux de construction…). Les « Kelheimer » étaient difficiles, de par leur dimension, à haler vers l’ amont. Les équipages pouvaient mettre à certains endroits du cours du fleuve, en raison de son débit et de la morphologie des rives, un temps considérable pour effectuer les manoeuvres. Elles nécessitaient  parfois la force de soixante chevaux reliés aux bateaux par un système de cordages. 

Passau, photo O. Böhm

Passau

Fondée par les Celtes qui la baptisèrent Batava, ayant été régulièrement meurtrie par de graves inondations ainsi qu’en témoignent depuis l’an 1500 les marques de niveaux atteints par l’eau sur la façade de l’Hôtel-de-ville, la cité, siège depuis 739 d’une évêché qui fut parmi les plus puissantes et les plus riches du Saint-Empire Romain germanique, édifiée aux carrefour de grands axes économiques et commerciaux, a prospéré au confluent du Danube et de deux rivières, l’Inn (PK 2225,4) sur la rive droite, et l’Ilz (PK 2225,2, rive gauche), aux eaux noires surnommées autrefois « l’encrier renversé » par les équipages des bateaux à vapeur. Important port fluvial de commerce bavarois, aujourd’hui reconvertie principalement en port de croisières, elle mérite amplement son autre surnom de « Venise bavaroise. »
« Passau, a environ 15 000 habitants, est située au confluent du Danube, de l’Inn et de l’Ilz, a un aspect très pittoresque et est une très ancienne ville. Elle se compose de la ville proprement dite : Altstadt et Neumarkt, Innstadt et Ilzstadt, Anger et St. Nicolas. La ville fut fondée en l’an 100 avant Jésus-Christ, sous le le nom de Bojodurum. L’Innstadt a été bâtie aujourd’hui à sa place ; 26 ans après Jésus-Christ les légions romaines avançantes trouvèrent cette ville déjà fortement développée et l’agrandirent pour en faire un point stratégique important. Par la paix de Preßbourg du 20 décembre 1805, l’évêché de Passau est rattaché à la Bavière. La cité se développa depuis harmonieusement. Passau est le siège du tribunal et des administrations suivantes : Intendance des bâtiments, cour d’appel, tribunal d’arrondissement, justice municipale et tribunal suprême, administration de district, charge de finances, administrations des eaux et forêts, administration de la poste, station télégraphique, grand bureau de douane, municipalité, police et banque succursale… »
Alexandre François Heksch, Guide illustré sur le Danube de Ratisbonne à Souline, A. Hartleben, Éditeur, Vienne, Pest, Leipsic, 1883

Passau en 1858 par le peintre hollandais Kasparus Karsen (1810-1896)

Une histoire singulière
   Cité libre et dynamique du Saint-Empire Romain germanique, tournée très tôt vers le fleuve, sa navigation et son commerce, sur la route du sel et des croisades, centre de forge réputé à la Renaissance, elle fût érigée en évêché dès 739. Ses évêques acquièrent le statut de princes d’Empire en 1217 et règnent pendant trois siècles, jusqu’à la création d’évêchés en Autriche et en Hongrie, sur un immense territoire danubien qui s’étend jusqu’à Vienne. Au XVIIe Passau est en grande partie détruite par des incendies (1662 et 1680). Les évêques font appel à des architectes italiens pour la reconstruire. On raconte qu’en 1703, les troupes bavaroises assiégèrent la ville épiscopale. Les trois compagnies locales de soldats, peu motivées pour se battre contre leurs voisins, refusèrent le combat sous prétexte d’une fièvre subite. Quant au général en chef des troupes bavaroises d’alors, frustré et sans doute en recherche d’une quelconque action glorieuse, il alla se plaindre de n’avoir rencontré aucune résistance !       La cité demeure la résidence du prince-évêque jusqu’au début du XIXe siècle puis elle est annexée par l’Électorat de Bavière à la période de la sécularisation (1803-1805). Napoléon y séjourne en 1809 sur le chemin de Vienne et considère Passau comme la plus belle cité allemande.

Sur la façade de l’Hôtel de ville, les niveaux atteints par les différentes inondations, photo © Danube-culture, droits réservés

De la grandiose mise en scène baroque de son architecture, des perspectives toutes en rondeur et en courbes flatteuses de sa cathédrale saint-Étienne, de l’ambiance quasi insulaire de son coeur historique qui pointe en direction du confluent comme la proue d’un navire, de l’omniprésence de l’eau, émane incontestablement, comme pour sa soeur Ratisbonne (Regensburg), une atmosphère unique rappelant l’effervescence culturelle de la civilisation de l’Europe méridionale et la contribution de quelques-uns de ses éminents artistes à l’épanouissement de la cité.

Sissi (Elisabeth, princesse de Bavière et Impératrice d’Autriche-Hongrie s’arrêta ou visita Passau à plusieurs reprises, lors de son voyage en bateau vers Vienne en 1854, puis en septembre 1862 par le train depuis l’Autriche et en 1878 de manière anonyme sous le nom de C. Woog de Paris. photo © Danube-culture, droits réservés 

Passau est aujourd’hui une ville d’environ 55 000 habitants, restaurée avec beaucoup de soin et qui séduit de nombreux touristes de toute l’Europe qui la réjoigne, en particulier par bateau. Outre son patrimoine historique et architectural, elle possède une université et propose une offre conséquente d’événements culturels tout au long de l’année parmi lesquels « Les semaines européennes » (« Festspiele Europaïsche Wochene »).

Le coeur de Passau entre l’Inn et le Danube aux courbes harmonieuses, photo droits réservés

C’est à Passau que le Danube quitte l’Allemagne sur sa rive droite, après le confluent de l’Inn, pour entrer sur le territoire autrichien. Le fleuve ne devient toutefois autrichien sur ses deux rives qu’à partir du PK 2200.
La ville a subi en 2013 les inondations les plus importantes de son histoire depuis le Moyen-âge. Certains affirment qu’à Passau, c’est le Danube qui se jette dans l’Inn au débit plus important mais l’histoire officielle en a décidé autrement. Enfin provisoirement…
« Dans la ville de Passau/Régnait un évêque », dit la XXIe Aventure de la Chanson des Nibelungen. Cet évêque, dans le grand poème médiéval allemand, c’est Pilgrim, présenté comme l’oncle des Burgondes et de Kriemhild mais c’est l’histoire de Passau entière qui s’enveloppe dans une majesté épiscopale, toute en rondeur. Du Ve siècle jusqu’à nos jours, innombrables sont les éloges à la gloire et à la beauté de la « florissante » et « resplendissante » ville aux trois noms bâtie sur trois fleuves, la Venise de la Bavière, « schön und herrlich« , belle et magnifique, dont à une époque le diocèse s’étendit à l’Autriche et à la Hongrie et dont les évêques régnaient sur la Pannonie et sur le patriarcat d’Aquileia1. Passau a été une ville libre du saint empire, et surtout la résidence du prince-archevêque, jusqu’en 1803 ; du haut du coteau, l’Oberhaus — la forteresse épiscopale — tenait sous son regard et ses canons les citoyens et leur municipalité, assurant le maintien d’un ordre ponctué par la dévotion religieuse, l’autoritarisme clérical, la splendeur baroque, de solides études classiques et d’aimables plaisirs des sens…

Bateliers_Linz-Passau (Bartlett)

Bateliers de Passau et Linz, dessin de William Bartlett, 1844

« À Passau prévaut la rotondité, la courbe, la sphère — univers clos et achevé comme une balle bien protégée par le chapeau épiscopal qui la coiffe. Elle a une beauté de femme faite, la séduction accueillante et conciliante de ce qui est achevé. Mais la courbe de la coupole se fond dans celle, maternelle, de la rive, elle disparaît dans celle des eaux qui s’échappent et se dissolvent ; le côté insaisissable et léger de l’eau rend aérienne et légère la pompe des palais et des églises, qui apparaît mystérieuse et lointaine, irréelle comme un château dans un ciel crépusculaire.

Vue de Passau depuis Oberhaus, lithographie de Max Kuhn d’après Fridolin Maillinger, vers 1860, collection Bibliothèque Nationale d’Autriche, Vienne

À Passau, le voyageur sent que l’écoulement du fleuve est désir de la mer, nostalgie du bonheur marin. Ce sentiment de plénitude vitale, ce cadeau des endorphines et de la tension artérielle ou de quelque acide secrété par un cerveau bienveillant, l’ai-je vraiment éprouvé dans les ruelles et sur les quais de Passau — ou alors est-ce que je crois l’avoir éprouvé seulement parce que, attablé au Café San Marco, je suis en train d’essayer de le décrire ?… »
Claudio Magris, « Dans la ville de Passau » et « Le beau Danube ou le bel Inn bleu », Danube, coll. « L’Arpenteur », Gallimard, Paris, 1988

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Les fresques du plafond de la cathédrale de Passau, photo Danube-culture, © droits réservés

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Les orgues de la cathédrale, photo Danube-culture, © droits réservés

À propos du débit du Danube et de l’Inn…
   « La masse d’eau que l’Inn apporte est peut-être supérieure à celle du Danube ; elle1 est plus ou moins large2 mais ne vient pas de si loin. Grâce à l’Inn, le Danube emporte à la mer Noire toutes les eaux du Tyrol allemand et de la Suisse que le Rhin, le Rhône, le Tessin et l’Adige ne prennent pas pour la mer du Nord et la Méditerranée… »
Victor Duruy, Causeries de voyage, Première partie, De Paris à Vienne, 1864

Notes :
L’Inn est de genre masculin en allemand contrairement au Danube qui est de genre féminin.
2 Le pont de bois sur l’Inn a 700 pieds allemands (Füsse), celui qui est sur le Danube n’en mesure que 677. Le Füss = 324 millimètres, ce qui donne aux deux ponts 256 et 219 mètres.

« Passau est au confluent de trois cours d’eau ; la petite Ilz et le grand Inn s’y jettent dans le Danube. Mais pourquoi le fleuve formé de leurs eaux mêlées, et qui s’écoule vers la mer Noire, doit-il s’appeler et être le Danube ? Il y a deux siècles Jacob Scheuchzer dans son Hidrographia Helvetiae, page 301, observait que l’Inn, à Passau, est plus large et plus profond que le Danube, avec un débit plus fort, et même derrière lui, un parcours plus long.

Johann Jakob Scheuchzer (1672-1733), médecin et naturaliste suisse

Le docteur Metzger et le docteur Preusmann, qui ont mesuré en pieds la largeur et la profondeur des deux cours, lui donnent raison. Donc le Danube est un affluent de l’Inn et Johann Strauss est l’auteur d’une valse intitulée Le bel Inn bleu — L’Inn après tout pourrait revendiquer à plus juste titre cette couleur. Ayant décidé d’écrire un livre sur le Danube, je ne puis évidemment souscrire à cette théorie, de même qu’un professeur de théologie dans une faculté catholique ne peut nier l’existence de Dieu, objet même de sa science. Par bonheur c’est justement la science qui me vient en aide, en l’occurrence la perceptologie, selon laquelle si deux fleuves mêlent leurs eaux on considérera comme fleuve principal celui qui, au confluent, forme un plus grand angle avec la partie qui se trouve en aval. L’oeil perçoit (établit) la continuité et l’unité de ce fleuve, et perçoit l’autre comme son affluent. Faisons donc confiance à la science et évitons, tout au plus, par prudence, d’observer trop longuement le triple confluent à Passau et de passer trop de temps à vérifier l’ampleur dudit angle, parce que l’oeil, à force de fixer longuement un endroit, se trouble et voit double, ce qui envoie à tous les diables la clarté de la perception, et risquerait d’occasionner de vilaines surprises au voyageur du Danube.
Ce qui est certain, c’est que le fleuve va à val, comme celui qui le suit ; peu importe d’établir avec rigueur d’où viennent toutes les eaux qu’il emporte et qui confondent avec les siennes. Aucun arbre généalogique ne garantit à 100% le sang bleu. La foule hétérogène qui se presse sous notre crâne ne peut présenter un inattaquable certificat de naissance, elle ne sait d’où elle vient ni quel est son nom, Inn ou Danube ou autre, mais elle sait où elle va et comment elle finira. »

Claudio Magris, « Dans la ville de Passau » et « Le beau Danube ou le bel Inn bleu », Danube, coll. « L’Arpenteur », Gallimard, Paris, 1988

Notes :
1Une des villes les plus importantes de l’Empire romain, fondée en 181 avant J.-C., port maritime, aujourd’hui située dans la province italienne du Frioul. Le patriarcat d’Aquileia, une entité politico-religieuse, a existé de 568 jusqu’à 1751. 

2Johan Jakob Scheuchzer  (1672-1733), « Von dem Wasser des Schweizerlands », in  Natur = Historie des Schweizerlandes, Zweite Theil, Bei Heidegger, Zürich, 1752, p. 31 ; d’après le récit de deux médecins, le docteur Metzger et le docteur Preussmann. J. J. Scheuchzer affirme dans ce même article sur le Danube qu’il ne veut pas se prononcer sur le lieu exact de la source du fleuve.

Collectivité locale de Passau
www.passau.de

Office de tourisme (page en langue française)
www.tourismus.passau.de

Culture
Festival des semaines européennes (juin-juillet)
www.ew-passau.de
Cathédrale saint-Étienne (Dom St. Stephan), achevée en 1668. L’orgue est le plus grand instrument de ce type au monde.
Musée du diocèse et trésor de la cathédrale (Domschatz und diöcezanmuzeum)
www.bistum-passau.de
Musée de le forteresse épiscopale (OberhausMuseum) :
www.oberhausmuseum.de
La construction de la forteresse remonte au XIIIe siècle. De la batterie « Linde », on bénéficie d’une vue magnifique sur la ville et sur l’étonnant confluent du fleuve et des deux rivières dont on distingue parfaitement les couleurs respectives avant qu’elle ne se mélangent.
Musée d’art moderne (Museum Moderner Kunst)
www.mmk-passau.de
Musée du verre de Passau (Glasmuseum Passau)
www.glasmuseum.de
Musée romain « Kastell Boiotro » (RömerMuseum Kastell Boiotro) 
www.stadtarcheologie.de

Grande salle de l’hôtel de ville (Großer Rathaussaal)

Hébergement
Hôtel Altstadt-Hotel Passau
www.altstadthotel.de
Confortable, central et à proximité du confluent du Danube, de l’Inn et de l’Ilz

Hôtel Wilder Mann
www.wilder-mann.com

Hôtel de tradition à proximité du Danube dans la vieille ville, chambre de Sissi.

Hôtel Koenig
www.hotel-koenig.de
Près de l’embarcadère et de la piste cyclable

Pension « Weisser Hase »
www.weisser-hase.de

Pension « Zur Goldenen Sonne »
www.pension-goldene-sonne.de

 Les croisières : Passau est l’un des plus grands ports de croisière sur le Danube.

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Donauschiffahrt Wurm & Noé
www.donauschiffahrt.de
   De nombreuses possibilités de croisières simples et à thème avec cette compagnie allemande aux bateaux confortables, très présente sur le Danube tout au long de l’année. En été et certains jours on peut se rendre en bateau de Passau à Vienne. La remontée et l’arrivée sur Passau en bateau, en particulier au coucher du jour ou la nuit, est exceptionnelle.

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, mise à jour novembre 2023

Les tribulations du musicologue anglais Charles Burney sur l’Isar et le Haut-Danube en 1772 (I)

En radeau sur l’Isar et le Haut-Danube ou les tribulations fluviales de Charles Burney de Munich à Vienne en 1772

   « J’allais de Munich à Vienne, en descendant les deux rivières l’Iser1 et le Danube ; et comme il y avait peu à recueillir sur la musique pendant ce voyage, et comme il n’existe d’ailleurs aucun itinéraire que je connaisse, qui ait décrit le cours de ces deux rivières, ou la manière dont on y voyage d’une place à une autre, je ne fais aucune difficulté de rapporter dans mon petit mémorandum de musique, les remarques et les observations que je trouve consignées à leur égard dans mon journal. »

Charles Burney (1726-1814), organiste, compositeur, musicologue, historien de la musique 

« L’Iser [l’Isar], sur lequel est située la ville de Munich, et qui va se jeter dans le Danube à 100 milles environ plus bas2, est trop étendu et trop divisé dans ses différents canaux, pour être suffisamment profond, et permettre à une barque, ou à toute autre espèce de bateau de passage, d’y flotter. Le courant de cette rivière est même trop rapide pour pouvoir être remontée. Mais, comme la Bavière est un pays abondant en bois, particulièrement en bois de sapin, on en fait des radeaux, on en compose des trains qu’on lie ensemble, et qu’on confie ainsi au courant de l’eau.3

L’auberge munichoise des « flotteurs » (parfois appelés radeleurs) « À l’arbre vert », au bord de l’Isar, vers 1767

Ces machines, font pour l’ordinaire 70 à 80 milles par jour. On construit sur ces radeaux une cabane pour les passagers qui l’habitent en commun. Mais s’il en est quelqu’un qui préfère d’avoir un cabinet à part, on le lui arrange moyennant quatre florins. Je pris ce dernier parti, non seulement pour éviter la mauvaise compagnie et la chaleur, mais pour avoir la commodité d’écrire et de digérer à mon aise, mes pensées et mes observations ; car j’étais fort en arrière sur mon Journal Musical.

Canaletto (Bernardo Bellotto 1722-1780), vue de Munich et de la tour du pont depuis les rives de l’Isar, vers 1761, Collection du Residenz Museum, Munich

Je quittai Munich à deux heures après-midi, La chaleur était si forte qu’il n’y avait aucun moyen de la tempérer. Le ciel était clair, et le soleil brulant qui réfléchissait de dessus l’eau, avait rendu mon cabinet de sapin aussi insupportable que le plein air. Il était d’ailleurs construit de planches de bois vert, qui exsudait tellement la térébenthine, que l’odeur en aurait surpassé celle de tous les aromates de l’Arabie.
Comme je ne connaissais point du tout le pays, à travers lequel j’allais passer, ni le genre de commodités qu’il pourrait me fournir, je m’étais pourvu à l’avance de tout ce que ma prévoyance m’avait suggéré comme moyen de fournitures et de provisions. Elles consistaient en un matelas, une couverture, des draps : quelque pièce froide à manger, avec du pain et une bouteille de vin. Pour l’eau nous en avions en quantité, et sous la main ; mais je me trouvai bientôt en pénurie de bien d’autres choses ; et si je devais jamais recommencer ce voyage, ce qui, j’espère, ne m’arrivera pas, l’expérience m’aurait appris à rendre mon cabinet une résidence tolérable au moins pour huit ou dix jours.
Quand on sort de Munich par eau, la ville offre un aspect charmant ; mais le pays par lequel nous passions, nous paraissait misérable, n’offrant à la vue que des saules, de la sauge, du sable et du gravier. La rivière était si basse en certains endroits que j’avais peur de voir notre train bientôt s’arrêter. À six heures du soir, nous arrivâmes à Freising3, le siège et souveraineté d’un Prince Évêque. Son palais est placé sur une colline à une petite distance de la ville, qui est elle-même assise sur une autre colline. Elle présente ainsi un bel aspect du côté de l’eau. Je ne voulus point aller à terre pour n’avoir pas à payer pour un mauvais repas ou un mauvais souper dont j’étais déjà muni dans mon cabinet. Mon domestique cependant suivit la compagnie qui était de plus de 50 personnes, pour aller prendre un peu de pain frais, mais que la ville entière ne put pas lui fournir.

Johann Baptist Deyrer (1738-1789), Freising vu du pont sur l’Isar, huile sur toile, 1772, Musée diocésain de Freising. Au premier un « Ordinari-Floß » probablement semblable à celui sur lequel Charles Burney a voyagé.

Il n’avait pas plu dans cette partie de l’Allemagne depuis 6 semaines, et quand nous arrivâmes à Freising, je vis s’élever du côté du couchant, un petit nuage noir qui en moins d’une demi-heure, produisit un ouragan mêlé de tonnerre, de pluie et de vent le plus violent que je me souvienne d’avoir jamais vu. Je craignais vraiment à chaque instant que la foudre ne mît le feu à ma cabane. L’orage continua toute la nuit avec une fureur prodigieuse, ce qui empêcha mon valet de revenir à bord, en sorte que je restais seul sur l’eau, unique habitant du train, qui était amarré avec une hansière4 à un pont de bois.
On avait pratiqué dans les planches de mon cabinet deux trous carrés, un de chaque côté pour donner du jour. Des deux morceaux qui servaient de fenêtre, un était perdu, de manière que j’étais obligé d’attacher avec des épingles un mouchoir contre le trou, pour empêcher le vent et la pluie d’entrer ; mais je réussis très mal ; il plut dans ma cabane par cent endroits différents. L’eau dégoutait à travers les joints, et me tombait tantôt sur la figure et tantôt sur les jambes, et sans discontinuer. Ceci joint aux violents éclairs et aux éclats de tonnerre, m’empêcha de dormir, et heureusement, peut-être ; car j’aurais infailliblement attrapé quelque rhume en dormant dans l’humidité.
On m’avait dit que le peuple Bavarois était arriéré au moins de trois siècles sur le reste de l’Europe en philosophie et en connaissances utiles. Rien n’a pu encore les guérir de la folie de faire jouer les cloches toutes les fois qu’il tonne, ou les persuader de mettre des conducteurs sur leurs bâtiments publics, quoique la foudre soit ici si dangereuse, que l’année dernière il n’y eut pas moins de 13 églises détruites par elle dans l’Électorat de Bavière. La réflexion que me faisaient faire ces événements, n’avait pas sur moi l’effet de l’opium. Les cloches furent en mouvement toute la nuit, et servirent à me rappeler la crainte des habitants et le danger réel où je me trouvais. Je me mis sur mon matelas, aussi loin que je pus de mon épée, de mes pistolets, de ma chaine de montre et de toute chose qui aurait pu servir de conducteur à la foudre.
Jusque là je n’avais pas été fort épouvanté par les éclairs, mais à présent je désirais d’avoir un des lits de M. Franklin5 suspendu par des cordons de soie dans la milieu d’une grand’chambre. Je restai ainsi jusqu’au matin sans fermer l’oeil. À son retour, mon domestique me dit que l’auberge n’était qu’une misérable baraque dans laquelle il pleuvait de partout dans les chambres ; qu’on n’y avait pas trouvé d’autres provisions pour cinquante personnes, que du pain noir et de la bière qu’on avait fait bouillir avec deux ou trois oeufs.
À six heures on se mit en mouvement pour partir, malgré la pluie. Le vent continuait de souffler avec fureur. Bientôt malgré une chaleur étouffante, l’air devint si piquant et si froid que je ne pouvais pas m’en garantir avec tout ce que j’avais sur le corps ; car, quoique j’eusse pris de plus que mon vêtement ordinaire, une paire de souliers, des bas de laine, une camisole de flanelle, une robe de chambre et un bonnet de nuit que j’avais heureusement avec moi, j’étais encore transi de froid.
Nous voguâmes pendant quatre heures à travers un pays horrible, autant que je pouvais le voir, car le temps était si mauvais que souvent il m’était impossible de voir les objets éloignés. À dix heures, nous aperçûmes quelques arbres de pin qui animèrent un peu la vue et rien d’autre de chaque côté. À droite c’était une rive haute et escarpée couverte de pins ; et à gauche des bois qui s’avançaient jusque sur les bords de l’eau, et d’autres bois qui se perdaient dans le lointain. À onze heures le train s’arrêta à Landshut6, où les passagères dinèrent. Je restais dans ma cabane où je mangeais mon morceau froid. S’il n’y avait point eu de pluie, je m’y serais trouvé assez bien ; mais dans l’état des choses, j’étais si mal en tout, que je ne pouvais tenir mon journal, tant le temps avait abattu mes esprits et refroidi mes doigts. Cependant, dans l’après-dîner, je fis un effort, je transcrivis plusieurs choses de dessus mes tablettes qui étaient pleines. À six heures, le train [de radeaux] s’arrêta à Dingelfing7. À la nuit, je me procurais une chandelle qui était un luxe qu’on m’avait refusé le soir de la veille de l’orage. La pluie, l’éternelle pluie et le vent faisaient de tout cela un spectacle qui n’était rien moins que plaisant.

Le cours de l’Isar avant sa régulation à la hauteur de Dingolfing, carte d’Adrian von Riedls, 1802, collection Archives centrales de la Bavière, Munich

La matinée suivante fut assez belle mais froide ; les passagers prirent terre à Landau environ à dix heures, et nous entrâmes à une heure dans le Danube et qui ne me parut pas d’abord aussi large que je me l’étais imaginé. Toutefois, à mesure que nous descendions, il s’élargissait ; nous nous arrêtâmes vers les deux heures à un misérable village, dans lequel cependant il y a un beau couvent. Bientôt le vent devint si violent que je pensais qu’à chaque minute il renverserait ma cabane, et qu’il m’emporterait. A trois heures il fut décidé qu’on s’arrêterait pour passer ici la nuit, parce qu’il n’était pas sûr de se mettre en marche avec le vent. Mais comme tout l’annonce, et qu’on appelle ce pays-ci le pays des vents, il fallait avoir de la patience et souffrir de me voir arrêté dans une place où je n’avais rien à faire. Mes provisions cependant diminuaient et se rancissaient sans avoir le moyen de m’en procurer d’autres. J’avais tant souffert la nuit d’auparavant, que je me mis tout-de-suite à chercher sérieusement comment je ferais pour me tenir chaudement. La couverture que m’avait achetée à Munich mon fripon ou mon fou de valet, et que je n’avais pas vue assez tôt pour la changer, était une pièce de rencontre si sale et si déchirée, et qui avait si bien l’air de nourrir toute sorte de vermine, et peut-être, de maladies, que jusqu’ici je n’avais pas eu le courage de la toucher ; mais le froid et la faim sont bien faits pour dompter des esprits et  des estomacs orgueilleux. Je mis ma couverture sur mon drap, et me trouvai fort bien de sa chaleur.
À trois heures du matin on appela les passagers, et bientôt après le train partit. C’était à présent une grande et lourde machine d’un quart de mille de long, chargée de planches de sapins, de barriques de vin et de meubles de toute espèce. Le soleil se leva fort clair ; mais à 6 heures, nous eûmes un fort vent d’est, qui nous donnait en face, avec un si grand brouillard, que l’on ne pouvait plus distinguer aucun objet sur les bords du fleuve.
Lorsque je me déterminais à passer ainsi la nuit et le jour pendant une semaine entière sur l’eau, j’avais négligé de mettre dans mon marché que le temps serait chaud ; et actuellement il était si froid que je pouvais à peine tenir ma plume, quoique nous fussions au 27 d’août. J’ai observé souvent que lorsque le corps souffre du froid, l’esprit est aussi glacé ; et ce fut ici si bien le cas, que je n’eus ni coeur, ni idée pour travailler à mon journal de  musique.

Vilshofen au début du XVIIIe siècle avec son pont de bois, gravure de Michael Welling (1645-1718)

À huit heures, nous nous arrêtâmes à Vilshofen8, agréable situation. Il y a un pont de bois de seize arches, sur le Danube. Les hauteurs du côté opposé à la ville sont couvertes de bois superbes. Le brouillard était dissipé, et le soleil brillait sur les environs avec beaucoup d’éclat. On eut à souffrir ici une légère visite des officiers de la douane. Comme c’est la dernière ville de la Bavière on coupa les plombs apposés sur ma malle. Les employés me prévinrent assez durement, sur le sévère examen que j’aurais à subir en entrant en Autriche. Mais j’avais peu de chose à perdre, excepté mon temps, et qui me devenait tous les jours trop précieux, pour partager patiemment avec ces espèces de voleurs inquisitoriaux.
À neuf heures et demi, nous partîmes pour Passau avec un très beau temps qui revivifia nos esprits et me donna à moi en particulier, la faculté d’écrire. Le Danube ici est plein de rochers, les uns à fleur d’eau, d’autres sous l’eau, ce qui occasionne un grand bruit, que forme la rapidité du courant, qui frappe dessous ou contre eux.
Nous rencontrâmes le matin une quantité de bateaux chargés de sel, qui de Salzbourg et de Passau, remontaient contre le courant, traînés le long de la rivière, par plus de quarante chevaux, et un homme sur chaque. La dépense qu’occasionne ce transport est şi grande, qu’elle renchérit le prix de cette denrée à-peu-près de 400 pour 100. Nous ne paraissions pas aller si vite à présent que sur l’Iser, qui a de fréquentes chutes ; et quelquefois le train plongeait și avant dans l’eau, qu’il y en avait jusqu’à trois ou quatre pieds dans mon cabinet.

Passau

Passau, vue depuis le sud, dessin de Friedrich Bernhard Werner, gravure sur cuivre de Martin Engelbrecht, vers 1740, collection Staatliche Bibliothek Passau

C’est la plus hardie, et en même temps la plus charmante situation que j’aie jamais vue. La ville est bâtie sur la pente et sur le sommet d’une montagne escarpée, à la droite du Danube ; de l’autre côté, il y a une autre montagne, qui répond à celle sur laquelle la ville est assise, mais il y a peu de maisons.

Passau, vue sur l’Inn (dont le dessin suggère un courant soutenu), le pont de bois et l’église des Jésuites, dessin de Friedrich Bernhard Werner, gravure sur cuivre de Martin Engelbrecht, vers 1740, sur la rivière deux types d’embarcation ; une « Zille » et deux radeaux (ordinari), collection Staatliche Bibliothek Passau.

Passau est une grande ville impériale. On voit dans la cathédrale, qui est un bâtiment moderne, très beau, d’ordre corinthien, un orgue magnifique pour la vue…
À l’extrémité de la ville on trouve le confluent de trois rivières ; l’Inn à main droite, l’Iltz9 à gauche, et le Danube dans le milieu.

 Passau (Innstadt, Neuestadt, Ilzstadt et la forteresse d’Oberhaus) et le confluent de l’Inn et de l’Ilz avec le Danube. Sont représentées également sur cette gravure quatre batteries des troupes bavaroises qui assiégèrent la ville en 1703,  gravure sur cuivre colorée, Gabriel Bodehner, 1704, Staatliche Bibliothek Passau

Après cette jonction, le Danube devient de plus en plus rapide. Les rives des deux côtés, pendant un trajet considérable sous Passau, en descendant, sont escarpées de montagnes et de rochers aussi élevés, que ceux qu’on voit à Bristol ; mais ceux-ci sont couverts de beaux arbres de pin et de bois, et paraissent ainsi moins terribles, quoique tout aussi hauts. Ces rocs nous dérobèrent le soleil dès trois heures après-midi. À quatre milles à peu près, au dessous de Passau, on a l’Autriche sur la gauche et la Bavière à droite ; nous allâmes ainsi jusqu’à la ville d’Ingelhartzeil10 ; après quoi, nous fûmes tout à fait en Autriche… »

Charles Burney, DE L’ÉTAT PRÉSENT DE LA MUSIQUE En Allemagne, dans les Pays-Bas et les provinces Unies, ou JOURNAL de Voyages fait dans ces différents Pays avec l’intention d’y recueillir des matériaux pour servir à une histoire générale de la Musique, par Ch. Burney, Professeur de Musique, Tome II, Gênes, J. Grossi, Imprimeur, 1801.

Notes :
1 L’Isar, rivière longue de 292 km prend sa source dans les Alpes du Tyrol autrichien , traverse la Bavière et sa capitale Munich puis conflue avec le Danube sur sa rive droite à cinq kilomètres au sud de Deggendorf (km 2282). Cette rivière qui n’est pas navigable servait en particulier pour le flottage du bois assemblé la plupart du temps en train de radeaux. Mais on transportait aussi sur celle-ci en direction de Vienne et de Budapest divers matériaux locaux nécessaires à la construction et des marchandises du sud de l’Europe qui transitaient par la Bavière (fruits, coton, épices, soie en provenance des marchés vénitiens…) voire des passagers quand l’occasion s’en présentait. Le trajet de jour se faisait en plusieurs étapes. En 1838, il fallait cinq jours pour se rendre en radeau (« Ordinari Floß ») de Munich à Vienne via Passau et Linz. Le service fonctionnait une fois par semaine de la mi-mars à la mi novembre. Concurrencé à la fois par la navigation à vapeur et par le développement du chemin de fer, le dernier « Ordinari Floß » partira de Munich pour Vienne en 1904.   
2 Un mille = 1, 609 km
Le flottage du bois est un mode de transport par des rivières ou des fleuves pour des pièces de bois de tailles variables, à l’état brut ou déjà débitées, assemblées entre elles ou pas. Il prend des formes différentes en fonction des essences d’arbres et du degré de flottabilité du cours d’eau qui borde les massifs forestiers où sont abattus les arbres. Le bassin du Danube fut un des haut-lieux du flottage en Europe du XIIIe au XIXe siècle. Les flotteurs, à l’image des bateliers, étaient organisés la plupart du temps en corporations et les institutions durent élaborer de leur côté des règlements précis concernant ce mode de transport pour éviter des accidents.
4 Freising se trouve à environ 33 km de Munich
5 Ou aussière, cordage d’un diamètre important pour remorquer ou amarrer les bateaux.
6 Benjamin Franklin (1706-1790) venait d’inventer (entre autres…) le paratonnerre. 
7 Ancien duché de Bavière-Landshut. Des environ de Landshut était extrait le sel qui fit la richesse de la ville et dont une partie transitait par l’Isar et le Danube vers l’Europe centrale.
8 Dingolfing, Bavière
9 Vilshofen est au confluent de la Vils avec le Danube. La ville se trouve à 20 km de Passau.
10 Ilz, petite rivière qui conflue avec le Danube à la hauteur de Passau au pied de la forteresse d’Oberhaus.
11 On raconte qu’en 1703, les troupes bavaroises assiégèrent la ville épiscopale. Les trois compagnies locales de soldats, peu motivées pour se battre contre leurs voisins refusèrent le combat sous prétexte d’une fièvre subite. Mais le général en chef des troupes bavaroises d’alors, frustré et sans doute en recherche d’une quelconque action glorieuse, se plaignit de n’avoir rencontré aucune résistance !  

12 Engelhartszell, rive droite du Danube. L’abbaye, qui fut fondée en 1293 par des cisterciens et transférée aux Trappistes en 1925 est le seul cloître de cet ordre sur le territoire autrichien.  

Heinrich August Ottokar Reichard (1751-1828) : navigation sur le Danube en ordinari (coche d’eau)
   «Avant l’organisation des bateaux à vapeur la manière la plus vulgaire de voyager sur le Danube entre Ulm et Ratisbonne jusqu’à Vienne, c’était d’aller avec les coches d’eau, qu’on nomme Ordinari. Ce sont des bâtiments plats (Plaetten) avec une cabane destinée à y garder les marchandises. Là, entre les caisses et les ballots le voyageur doit chercher sa place, s’il y en a. La communication entre les plus grandes villes du Danube se fait au moyen de ces Ordinari. Même quand on ne voyage pas dans nos jours par les vaisseaux à vapeur on ne se sert de ces ordinaris que tout au plus d’Ulm à Donauwoerth et on frète en cas particuliers de petits bâtiments loués. A l’égard de ces derniers nous ferons en ce lieu-ci mention de ce que Schmidt recommande dans le Manuel des voyageurs en Autriche. Il est dit : Que pour bien jouir d’une navigation sur le Danube, on ne doit s’engager sur aucun vaisseau pour tout le voyage. Qu’on choisisse quelque endroit intéressant ou commode pour s’y établir et en faire un centre d’excursions. C’est là qu’on se fait mettre en terre et qu’on s’arrête à bon plaisir. La rivière est toujours tellement parcourue de vaisseaux, qu’on est sûr de ne pas attendre longtemps sans en voir passer. Alors pour continuer le voyage on s’y fait conduire par un bateau du rivage, ou si le navire traîne une Jolie (Zille) après lui, on n’a qu’à crier: «Hol aus!» pour voir arriver un batelier, qui vous mène à bord du vaisseau, car ces gens ne laissent pas échapper un petit profit inespéré. Et si vous seriez arrivé en bateau pris sur la côte, à bord d’un vaisseau, qui n’eût point de nacelle pour vous reconduire plus tard en terre, vous crierez encore «Hol aus!» lorsque vous vous verrez vis-à-vis d’un endroit habité, et l’on viendra vous chercher avec le même empressement. De cette manière on est maître de son intérêt et l’on a toutes les commodités qu’on souhaite.— Quant aux entraves que les orages et les vents peuvent opposer à un trajet sur le Danube il est bon à savoir, qu’il en peut bien résulter des désagréments, mais rarement ou jamais un vrai péril. Le vent qui domine au printemps est le vent d’est, qui opposé au courant du fleuve, entrave la marche du bâtiment, et que les bateliers appellent vent contraire (Gegenwind), en opposition au vent d’ouest, qu’ils nomment vent favorable (Nachwind), parce que celui-ci accélère le cours du fleuve et la marche du bateau, qu’il pousse pour ainsi dire. Si le vent contraire est violent, il peut forcer à faire une relâche, c’est-à-dire à mettre le vaisseau en sûreté à quelque endroit convenable, jusqu’à ce qu’il soit possible de continuer le voyage. Ces relâches (nommées Windfeiern) sont ordinairement très-ennuyeuses ; mais voilà tout le danger qu’on court. Lorsque le volume de l’eau est très petit, il est beaucoup plus facile de s’engraver dans des bancs de sable, de toucher à des corps d’arbres, ou aux débris des rochers cachés sous la surface de l’eau, nommés Kogeln, accidents qu’on n’a nullement à redouter quand les eaux sont hautes, supposé que le batelier connaisse les parages. Dès que le temps se dispose à un orage, le batelier ne néglige jamais de chercher de bonne heure un abri, pour éviter la violence de l’ouragan. Outre les désagréments, qui proviennent du vent et du temps, on a encore beaucoup à souffrir du soleil. Ses rayons brûlants à l’heure de mid, réfléchis par le miroir du fleuve, halent la peau avec une violence incroyable. Les hommes eux – mêmes sont exposés à prendre un coup de soleil, et il faut conseiller à chaque femme de ne jamais affronter sans parasol et voile, même pour un instant, le soleil du midi, en sortant de la cabane sur le radeau ou sur le bâtiment. Il est dangereux aussi de mon[ter sur un] petit bâtiment où sont embarqués des boeufs ou des chevaux…»

Heinrich August Ottokar Reichard (1751-1828), II. Navigation sur le Danube et sur le Rhin, No. 232. Navigation sur le Danube in Le voyageur en Allemagne et en Suisse, à Amsterdam, à Bruxelles, à Copenhague, à Londres, à Milan, à Paris, à St. Pétersbourg, à Pesth, à Stockholm, à Venise et à Varsovie par M. Reichard avec une description particulière des lieux de bains, de voyages aux montagnes, de la navigation sur le Danube et sur le Rhin. Manuel à l’usage de tout le monde, avec une description particulière des lieux de bains, de voyages aux montagnes, de la navigation sur le Danube et sur le Rhin, Manuel à l’usage de tout le monde, Douzième édition, de nouveau rectifiée, corrigée et complété par F. A. Herbig, Tome Premier, Avec une carte itinéraire soigneusement coloriée, A Berlin, 1844, Chez Fred. Aug. Herbig, Libraire, A Paris chez Bockhaus et Avenarius et chez Renouard et Co.


   Conseiller, bibliothécaire et dramaturge allemand, publiciste libéral, éditeur de journaux littéraires et artistiques. La première édition du «guide» fut publiée en allemand par Reichard en 1784 : Reichard, H.A.O., Handbuch für Reisende aus allen Ständen, nebst B. Wey Postkarten zur grossen Reise durch Europa von Frankreich nach Engelland und einer Karte von der Schweiz und den Gletschern von Faucigny, Leipzig, Weygand, 1784. Un format raccourci du guide paraît en France pour la première fois en 1804. Ce « Guide des voyageurs en Europe » rencontre un grand succès et provoque de la part de l’éditeur français Audin la publication d’ouvrages semblables sous le nom de « Guides-Richard », dans lesquels Reichard n’eut pas de part et qui eurent une vogue prodigieuse.

Eric Baude, © Danube-culture, droits réservés, mis à jour septembre 2023

Franz Weismann (1856-1938), photographe bavarois du Haut-Danube

De son mariage avec Anna Maria Yberle en 1892 naîtront trois filles ; Emmy (Emilie), Marianne et Sophie. Franz Weismann semble avoir été très fier d’elle car elles apparaissent sur d’innombrables motifs de ses travaux photographiques et de peintures.
Sur le plan professionnel, il est promu inspecteur central. Trois ans avant de prendre sa retraite (1926), le ministre autrichien du commerce et des transports lui décerne le titre de « Kommerzialrat » (Conseiller commercial), une distinction très rare à l’époque pour  des étrangers.
Outre sa profession, il se passionne pour la photographie et la peinture, domaine dans lequel il cherche encore à se perfectionner à l’âge de 64 ans, en suivant l’école artistique du soir de Passau. Son motif préféré était naturellement sa ville d’adoption. Il l’a souvent représentée sur des plaques photographiques, des tableaux et des aquarelles. En matière de peinture, Franz Weismann bénéficie des conseils de son ami, le célèbre peintre d’histoire né à Passau, Ferdinand Wagner (1847-1927) dont certaines des fresques décorent l’Hôtel de ville et de son gendre, « peintre en bâtiment », marié à sa fille aînée Emmy.
La plupart de ses œuvres appartiennent à des collections privés ce qui laisse supposer que sa peinture connaissait un grand  succès. Seule une petite partie de son travail est conservé au musée de la forteresse d’ Oberhaus de Passau. L’une d’entre elles, non signée, a longtemps été la figure de proue et l’attraction du public de l’établissement car un expert l’avait identifiée comme un tableau de du peintre et poète romantique bavarois Carl Spitzweg (1808-1885). Il est revenu à l’une de ses filles de dissiper l’erreur et, au grand regret de la direction du musée, d’attribuer ce tableau à F. Weismann. C’est en tant que tel qu’il est désormais exposé à Linz.

Les quelques 1000 négatifs sur plaques de verre (9 x 12 cm) ont été conservés dans sa famille puis acquis par Michael Geins de Passau. Celui-ci qui peut être considéré comme le « redécouvreur » de l’oeuvre de Franz Weismann, a numérisé les négatifs en grand format et les a restauré avec abnégation afin de montrer les clichés de Weismann sous forme de digiprints lors d’expositions rendant ainsi un grand service à l’histoire de la photographie.
Ses travaux se distinguent par leur très grande qualité. Les motifs des photos prises aux alentours de 1900 sont très variés. Outre des représentations de bâtiments, de paysages et de vues de villes, on trouve également des photos de famille, notamment de ses filles et de ses amis.
De nombreuses photos ont évidemment pour sujet la navigation sur le Danube et plus généralement la vie quotidienne des bords du fleuve mais aussi d’autres cours d’eau. Sa fonction de directeur au sein de la D.D.S.G. lui permettait de diriger tous ses bateaux avec des signaux de pavillon dans la position qui assurait une représentation la plus efficace possible. De la même manière, il regroupait des groupes de personnes, voire même des enfants jouant au bord de l’eau, qui devaient prendre la pose la plus naturelle possible.
Les motifs de Passau, disponibles en petits tirages, sont également très recherchés par les collectionneurs de cartes postales.
Une des rues de la rive gauche du Danube à Passau porte son nom.

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, mis à jour mai 2023

Ports de plaisance, emplacements d’amarrage, barrages-écluses et autres informations pour naviguer sur le Danube allemand : du PK 2415, 2 au PK 2203, 3

PK 2414, 2
Kelheim
Il n’est pas possible de s’amarrer sur les quais de la vieille ville de Kelheim. Voir au PK 2414, 7 Marina Saal.
Au dessus de la ville sur le Michelsberg se tient la Befreiungshalle, le Temple de la libération, inauguré par Louis Ier de Bavière le 18 octobre 1863 en commémoration des victoires sur Napoléon des 18 octobre 1813 et 1815.

La Befreiungshalle, photo © Danube-culture, droits réservés

PK 2414,7, rive gauche
Confluent du canal Main-Donau avec le Danube
Début de la route fluviale danubienne internationale régie par la Commission du Danube selon la convention de Belgrade (1948)

PK 2410, rive droite
Marina Saal
Mouillage minimum : 1,80 m – 2 m
Eau, électricité, douches, wc, WLAN, location de vélos, service de réparation, station-service, restaurant. La prochaine station-service en aval se trouve à Schlögen (Autriche)
Liaison par bus depuis la marina pour Kelheim ou 15 mn à bicyclette.
Contacts :
(Boote Yachten Marina Saal)
Tél. : 0049/9441/68 86 60

www.marina-saal.de

Marina de Saal au coucher du soleil, photo © Danube-culture, droits réservés

PK 2403,05, rive gauche
Port de plaisance de Donautal-Kapfelberg
Un bel emplacement mais très fréquenté !
Mouillage minimum : 1,2 m, entrée du port : 2 m
Eau, électricité, douches. Grue de levage.
30 mn à pied de Kelheim
Réparation et entretien : Vogel Service Marine, tel. +49/9405/953 00
Contacts :
Sportboothafen Donautal/Kapfelberg
Tél. du port : 0049/9404/51 69
ou Willi Mannsdorfer
Tél. :  0049/9441/76 61
Tél. port. / 0049/170/815 76 61

www.yachthafen-donautal.de

Port de plaisance « Donautal », photo © Danube-culture, droits réservés

PK 2397,1
Écluse pour les bateaux de plaisance et écluse de Bad Abbach
Canal 19
Contacts :
Tél. : 0049/9405/12 76

Km 2386,9, rive gauche
Port de plaisance de Sinzing
Longueur maximale : 10 m
Mouillage minimum : 2 m
Eau, électricité, douches/WC, WLAN, grue
Contacts :
Sportboothafen Sinzing
www.mwsc-regensburg.de

PK 2381,3
Écluse pour les bateaux de plaisance de Regensburg
Contacts :
Tél. : 0049/941/854 58

Canal 21

PK 2380,5, rive gauche du bras sud du Danube
Port de plaisance de Regensburg
Les deux premiers pontons appartiennent au Club de bateaux à moteur et de sports nautiques de Regensburg (MWSV Regensburg)
Mouillage minimum : 1,5 à 2 m
Eau, électricité, grue
Contacts :
MWSV Regensburg
Josef Antes tél. : 0049/941/99 77 77

Bureau du club, tél.  : 0049/941 869 69, portable : 0049/171/515 76 11
Le troisième ponton appartient au Bootshaus Kainz
Eau, électricité, douches/WC
Contacts :
Tél. 0049/941/56 05 86

Le quatrième ponton appartient également au Club de bateaux à moteur et de sports nautiques de Regensburg. Voir ci-dessus.
Contacts:
Tél. portable : 0049/170/ 238 75 83

PK 2379,6
Pont de pierre historique et légendaire de Regensburg, l’un des plus beaux ouvrages de ce type sur le fleuve.

Le vieux pont de pierre de Regensburg, le pont le plus ancien du Danube encore en activité, photo © Danube-culture, droits réservés

PK 2377, rive droite
Marina de Regensburg, dans le quartier industriel
Mouillage minimum : 1,5 m
Longueur maximum : 16 m
Eau, électricité, douches/WC
A 15 mn à bicyclette de la vieille ville.
Contacts :
0049/171/212 31 54

Le musée de la navigation de Regensburg, photo © Danube-culture, droits réservés

PK 2368,8, rive gauche
Walhalla, pompeux panthéon bavarois de style néo-grec construit par Louis Ier de Bavière.

Le Walhalla, photo © Danube-culture, droits réservés

PK 2354,3, rive gauche
Écluse de Geisling
Contacts

Canal 22
Tél. : 0049/9481/943 67 31 11

PK 2329,7, rive gauche
Écluse de Straubing
Canal 18
Tél. : 0049/9421/43 07 01 11

PK 2325, rive droite
Straubing
On peut s’arrêter pour un court moment dans le port de l’Office de la navigation et de l’eau.
Contacts :
WSA Regensburg, antenne de Straubing
Tél : . 0049/9421/43 07 00
Il existe depuis peu sur la rive nord un emplacement  en libre-accès près du pont du château. L’entrée du bras sud se fait au PK 2320.
 

Entretien et réparations :
Marine Center Straubing

Tél. : 0049/9421/311 39
Marine-center-straubing.de

PK 2314, rive droite
Port de plaisance Club de bateaux à moteur et de sports nautiques de Straubing
Pour les bateaux de moins de 3 t, weekends et jours fériés.
Mouillage minimum : 1 m voire en dessous, sonder de préférence ou appeler le club.
Eau, électricité, douches/WC, WLAN, slip.
Contacts :
MWSC Straubing
Walter Dörfl
Tél. :  0049/9421/311 39
Tél. du club :  0049/9421/100 81
www.mwsc.de

PK 2288,5, rive gauche
Club de bateaux à moteur de Deggendorf-Metten
Weekend et jours fériés
Mouillage minimum : 1,5 m
Contacts :
MBC Deggendorf
Günther Vornehm
Tél. portable : 0049/171/ 807 10 99

PK 2283,9, rive gauche
Port de refuge de Deggendorf
Club de bateaux à moteur de Basse-Bavière-Landshut
Mouillage minimum : 1,5 m
Eau,électricité, douches/WC. Une station-service est à 300 m sir la route. Supermarché à 700 m.
Contacts :
Heinz Schinhärl, responsable des emplacements
Tél. portable : 0049/151/12 23 82 02
0049/171/213 03 4

PK 2281,8, rive droite
Confluent de l’Isar avec le Danube
Attention aux bancs de sable dans le périmètre du confluent !

PK 2256,6, rive gauche
Club de bateaux à moteur de Hofkirchen
Un joli petit port.
Mouillage minimum : 2,20 m
Eau, électricité, douches/WC, WLAN, grue.
Contacts :
MBC Hofkirchen
Jochen Reckzeh
Tél.portable : 0049/173/353 19 62

www.mbc-hofkirchen.de

PK 2249,2, rive gauche
Port de plaisance de Vilshofen
Mouillage minimum : 2 m
Eau, électricité,  douches, slip.
Contacts :
Fritz Höckel
Tél. portable : 0049/171/310 02 17
0049/171/453 41 4
http://www.bsv-vilshofen.de

PK 2237,8, rive gauche
Ponton de l’Auberge « Fischerstüberl »
Contacts :
Robert Heller
Tél. : 0049/8546/624
www.hellers.info

PK 2234,5, rive gauche
Port de plaisance de Schalding
Club des amis des sports nautiques de Passau. Peu de places. Mieux vaut appeler le club au préalable.
Longueur maximum : 8 m
Mouillage minimum : 1,5 m
Eau, électricité, douches/WC, slip. 

Contacts :
Raimund Towara
portable : 0049/171/404 04 39
Tél. du club : 0049/851/717 57

PK 2232,5, rive gauche
Port de plaisance de Heining (Passau)
Club de bateaux à moteur de Passau
Eau, électricité, douches/WC, WLAN, slip. Possibilité de cuisiner, petite piscine, location de vélos. 20 mn du centre ville en bus.
Une visite dans la vieille ville de Passau s’impose.
Contacts :
0049/160/92 21 32 35
Josef Aulinger,
tel. +49/851/822 22,
portable +49/179/476 04 87

www.myc-passau.de

PK 2230,7
Écluse de Kachlet
Contacts : 
Canal 20
Tél. : 0049/851/95 51 92 11

PK 2228,5, rive gauche
Port industriel et commercial de Racklau (Passau)
Interdit au bateaux de plaisance

PK 2228
Passau, la belle ville aux trois rivières ou la « Venise bavaroise »

PK 2225, 4 et 2225, 2
Confluent de l’Inn (rive droite) et de l’Ilz (rive gauche) avec le Danube.
Certains affirment qu’ici le débit de l’Inn est supérieur à celui du Danube. 

Confluent de l’Inn (à gauche) et de l’Ilz (à droite) avec le Danube à Passau, photo droits réservés

 

Km 2223, 3
Après le pont « Kräutelstein » commence sur la rive droite le territoire autrichien. La rive gauche reste en territoire allemand jusqu’à l’écluse-barrage de Jochenstein, le milieu du fleuve délimitant la frontière entre les deux pays.

Km 2222,1, rive gauche
Le port de refuge pour les bateaux de plaisance de Lindau n’est accessible qu’en en cas de problème.

Km 2215,5, rive gauche
Confluent de l’Erlau avec le Danube.
Possibilité d’ancrer dans le confluent pour de petits bateaux de plaisance. 

PK 2211,8, rive gauche
Port de plaisance d’Obernzell. Le dernier port de plaisance sur le territoire allemand avant la frontière avec l’Autriche.
Mouillage minimum : 1,5 m
Eau, électricité, douches/WC, WLAN, slip, grue. Piscine à proximité, pizzeria.
Contacts :
Franz Maier, capitaine de port
Tél. portable : 0049/151/46 63 68 12
https://marinas.info/marina/hafen-obernzell

PK 2207,6, rive gauche
Possibilité de s’amarrer au ponton de l’auberge «Kohlbachmühle»
Cuisine régionale.

PK 2205,6, rive gauche
Port privé de Grünau.
Ce port n’est pas accessible aux visiteurs.

Le Danube à la hauteur du barrage de Jochenstein, photo © Danube-culture, droits réservés

PK 2203,3
Écluse et barrage de Jochenstein
Contacts :
Canal 22
Tél. : 0049/8591/91 19 81 11
Toute proche de l’écluse-barrage de Jochenstein, sur la rive gauche allemande, se tient la « Haus am Strom » (« La Maison au bord du  fleuve »). Exposition sur le thème de l’eau et de l’environnement.
www.hausamstrom.de

La « Maison au bord du fleuve », centre d’informations sur la biodiversité du Haut-Danube, photo © Danube-culture, droits réservés

Eric Baude © Danube-culture, droits réservés
Mis à jour le 3 octobre 2021
Sous réserves de modifications

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