Le parc Janko Král’ de Bratislava, un des premiers jardins publics en Europe

L’impératrice Marie-Thérèse et archiduchesse d’Autriche (1717-1780), reine de Hongrie et de Bohême, aimait à séjourner dans son château de la toute proche (à quelques 60 km en aval de Vienne) et plus modeste Presbourg, capitale du royaume Hongrie de 1536 à 1783. Sur sa demande, des initiatives d’urbanisation vont métamorphoser le visage de la ville. Les remparts sont démolis, les douves comblées et de nombreux palais baroques sont érigés.

Atmosphère printanière dans le parc Janko Král’ , photo © Danube-culture, droits réservés

Un parc conséquent sur la rive droite du fleuve en 1775-1776, est inauguré en lien avec les travaux de régulation du Danube dont l’entreprenante souveraine autrichienne souhaitait améliorer la navigation. Des allées sont dessinées en forme d’étoile à 8 branches et bordées de différentes essences d’arbres (érables, saules, ormes, frênes, peupliers, aulnes…) rappelant l’atmosphère d’origine des nombreuses forêts et prairies alluviales qui bordaient le fleuve. Le parc subira d’importantes transformations dans les années trente du XIXe siècle, liées au couronnement de l’impératrice Caroline-Auguste de Habsbourg-Lorraine (1792-1873). Pendant l’ère communiste, d’autres aménagement regrettables engendrent la disparition de la la roseraie et de la citerne. L’aspect actuel du parc date de 1839. Après avoir changé plusieurs fois de nom au cours de son histoire (Bürgerau, Brückerau, Städtischer Aupark, Parc de Tyrš), ce superbe espace vert porte aujourd’hui le nom de Parc Janko Kráľ (en slovaque Sád Janka Kráľa), en hommage au poète romantique et révolutionnaire slovaque Janko Král’ (1822-1876) dont la statue se trouve au centre de celui-ci.

Photo © Danube-culture, droits réservés

Le parc Janko Král’ d’une superficie de 42 hectares, situé entre le vieux et le nouveau pont, dans l’arrondissement de Peteržalka (Bratislava V) abrite de nombreux arbres remarquables et constitue en fait le seul véritable poumon vert au centre  de la capitale slovaque. Bien que ce parc ait perdu quelques-uns des trésors, il émane néanmoins encore un grand charme de ce lieu de promenade et de détente sur la rive droite du fleuve que savent apprécier les habitants de Bratislava.

Tour gothique d’origine de l’église des Franciscains. La cloche de cette tour au sommet du clocher de l’église indiquait autrefois l’ouverture et la fermeture des débits de boisson et était surnommée « la cloche de la bière ». Endommagée par des bombardements elle fut remplacée par une copie et installée dans le parc. Photo © Danube-culture, droits réservés

La capitale slovaque recèle encore d’autres trésors de verdure comme le jardin à la française du palais Grassalkovich (1760) construit sur les plans de l’architecte F. A. Hillebrant et qui abrite la présidence de la République slovaque, le jardin de la médecine du palais Aspremont (1769), aujourd’hui faculté de médecine de l’Université Comenius, le jardin Franz Liszt et son petit pavillon Rococo dans lequel le pianiste et compositeur hongrois a donné son premier concert public en 1820, le « Horský Park » (parc de la montagne), une forêt collinaire aménagée en parc public en 1869 et agrandi en 1892 et le jardin botanique de l’université Comenius avec sa roseraie et ses ses serres qui s’étend sur 6, 5 hectares non loin du Danube.

Fontaine dans jardin du palais Grassalkovich, photo © Danube-culture, droits réservés

Pour celles et ceux qui aiment la tranquillité à tout prix, ils ne sauront omettre de s’asseoir sur un banc ou sous la tonnelle de la place Hviezdoslav, d’y jouer éventuellement aux échecs pour se changer les idées ou de se réfugier dans le joli cimetière évangélique historique près de Kozia brana, dans le cimetière de Ondrej, oasis de repos pour les morts comme pour les vivants et de flâner dans les allées romantiques du fossé de la ville.

Presbourg bombardée par les troupes napoléoniennes depuis la rive droite en 1809

L’auberge historique Leberfinger, une institution à Bratislava, en lisière du parc Janko Král’ et à proximité du quai du Danube, ouverte en 1785 et connue pour avoir eu le privilège d’héberger une nuit l’empereur Napoléon Ier lors des bombardements de Bratislava, est aussi toujours fréquentée assidument pour sa cuisine.
www.leberfinger.sk

Eric Baude pour Danube-culture, avril 2022, © droits réservés

Bratislava (Presbourg ou Poszony) en quelques dates…

5000 av. J.-C. : des fouilles archéologiques ont permis d’établir la preuve de la présence d’un peuplement sur le territoire de Bratislava à l’époque néolithique.

3000-2000 av. J.-C. : fin du Néolithique. Édification de hameaux fortifiés sur les emplacements du château et de Devín.

1800-700 av. J.-C. : Âge de bronze (700-400 av. J.-C). : première période de l’Âge de fer, fin de l’ère de la civilisation dite de Hallstatt

400-300 av. J.-C. : Âge de fer inférieur, culture celte

100-58 av. J.-C. : construction de sites celtes sur Bratislava et Devín

IIe siècle av. J.-C. : la tribu celte errante des Boïens construit un oppidum à l’emplacement de la vieille ville et un village fortifié sur la colline du château.

20 av. av. J.-C. : conquête du territoire par les armées romaines. La région de Bratislava devient la frontière entre l’empire romain et les tribus germaniques.

Ier siècle ap. J.-C. : les armées romaines édifient la forteresse militaire de Gerulata sur la rive droite du Danube, à l’emplacement actuel de Bratislava-Rusovce. Cette forteresse appartient au système de défense du « Limes romanus ».

IIe siècle ap. J.-C. : expéditions militaires romaines contre les tribus germaniques

280 : l’empereur romain Probus (232-282), né à Sirmium, aujourd’hui Sremska Mitrovica, en Vojvodine serbe, capitale de la Pannonie romaine, donne son accord pour que l’on cultive la vigne dans la région du Danube.

378 : attaques des Visigoths contre Gerulata. Les armées romaines abandonnent la forteresse.

Ve siècle : période de migrations et d’affrontements, conflits entre les Huns, les Ostrogoths, les Gépides, les Hérules et les Lombards

Ve-VIe siècles : arrivée de tribus slaves dans la région de Bratislava

623-658 : empire de Sámo : ses armées défont celles du roi franc Dagobert Ier en 631

791-796 : défaites et départ des Avars battus par Charlemagne qui leur fit une guerre impitoyable.

833 : naissance du royaume slave de la Grande-Moravie

863 : arrivée de Cyrille (Constantin) et Méthode en Europe centrale à l’invitation du prince Ratislav de Grande-Moravie (?-870)

864 : le château de Devín est mentionné dans les chroniques médiévales Les Annales de Fulda comme la résidence principale du prince Ratislav.

871-894 : règne de Svatopluk (840-894) qui agrandit la Grande-Moravie

907 : début de la disparition de la Grande-Moravie. Première mention écrite de Bratislava dans les Annales de Salzbourg

1000 : naissance du royaume de Hongrie. Le roi Étienne (vers 975-1038) règne sur celui-ci depuis le château de Bratislava.

1042-1052 : l’empereur germanique Henri III le Noir (1017-1056) attaque la ville et le château.

1189 : troisième croisade

1241-1242 : attaque des Tatars

1291 : le roi de Hongrie André (Árpád) III (1265-1301) donne à Bratislava son statut de ville et lui octroie des privilèges.

1387 : Sigismond de Luxembourg (1368-1437), fils de Charles IV de Bohême, est couronné roi de Hongrie en 1387. La ville et le château connaissent un développement important sous son règne.

1405 : Bratislava devient une ville royale libre.

Plan de Bratislava, 1438

1465 : le roi Mátyás Hunyadi, surnommé Mathias Corvin (1443-1490) fonde l’Université « Academia Istropolitana ».

1491 : accord entre le roi de Hongrie Vladislas Jagellon (1456-1516) ) et l’empereur germanique Maximilien Ier (1459-1519) pour léguer la couronne hongroise aux Habsbourg.

1499 : grand incendie de Bratislava. Le congrès des États de Bohême se réunit à Bratislava.

1526 : Mort à Mohacs dans une grande bataille contre les Turcs de Louis II de Hongrie (1506-1526). Le royaume de Hongrie devient possession des Habsbourg. Les Turcs conquièrent Buda et occupent une grande partie de la Hongrie. Ils assiègent Bratislava sans la prendre.

1536 : Bratislava devient la capitale du royaume de Hongrie.

8 septembre 1563 : couronnement de Maximilien II de Habsbourg (1527-1576) à Bratislava comme roi de Hongrie et de Croatie. Tous les rois de Hongrie seront couronnés à Bratislava de 1563 jusqu’à 1830 soit en tout 11 souverains et une reine (l’impératrice d’Autriche Marie-Thérèse).

1590 : un gigantesque incendie détruit une grande partie de la ville.

1619-1621 : la ville est occupée par les armées du prince calviniste et roi élu de Hongrie Gabriel Bethlen (1580-1629). Défaites par les troupes impériales, elles quittent la ville.

1683 : défaite des armées ottomanes venues assiéger Vienne. Bratislava vient vient en aide à l’empire autrichien dans sa lutte contre les insurgés.

1699 : le tsar russe Pierre le Grand se rend en visite à Bratislava.

1720 : première publication du journal « Nova Posoniensia »

1713-1714 : importante épidémie de peste

1741 : couronnement à Bratislava de Marie-Thérèse de Habsbourg (1717-1780)

Bratislava avant la démolition de ses remparts, plan du XVIIIe siècle, sources Bibliothèque Nationale Slovaque, Bratislava

1775 : Marie-Thérèse donne l’ordre de démolir les remparts de la ville.

1781 : patente de tolérance de l’empereur Joseph II de Habsbourg (1741-1790)

1785 : la ville affiche une population de 31 710 habitants, c’est la ville la plus peuplée de tout le royaume hongrois.

1805 : La ville est occupée par les armées napoléoniennes. Signature au Palais primatial de la paix de Presbourg entre Napoléon et François II d’Autriche.

1809 : nouvelle attaque de la ville par les armées napoléoniennes. La forteresse de Devín est détruite.

1811 : un incendie ravage le château et de nombreuses maisons.

1830 : dernier couronnement d’un roi à la cathédrale Saint-Martin de Bratislava (Ferdinand V de Habsbourg, 1793-1875)

 

1840 : mis en service du premier chemin de fer tracté par des chevaux, de Bratislava à Svatý Jur qui sera prolongé ultérieurement jusqu’à Trnava.

1847 : dernière session de la Diète hongroise à Bratislava. Ľudovít Štúr (1815-1856) présente la requête de réintroduire le slovaque comme langue d’enseignement dans les écoles primaires.

1848 : Ferdinand V signe à Bratislava les lois sur l’abolition du servage. L’empereur Ferdinand abdique et intronisation de son neveu François-Joseph (1830-1916). Le centre politique est transféré de Bratislava à Budapest.

1869 : la population de Bratislava atteint 46 540 habitants.

1844 : début de l’éclairage électrique, construction du premier réseau téléphonique

1886 : construction de l’opéra selon les plans des architectes viennois F. Fellner et H. Hellmer. Inauguration le 22 septembre 1886 avec l’opéra du compositeur hongrois Ferenc Erkel « Bánk Bán ».

1891 : construction et inauguration du premier pont fixe sur le Danube à Bratislava

1895 : mise en service du premier tramway électrique

1900 : la ville a une population de 61 537 habitants (Allemands : 58%, Hongrois : 31%, Slovaques : 16%, Juifs : 2%)

1913 : incendie dans le quartier sous le château

1918 : proclamation de la République tchécoslovaque

1919 : ralliement de Bratislava à la République tchécoslovaque, fondation de l’Université Comenius

1920 : création du Théâtre national slovaque

1938 : accords de Munich : proclamation de l’autonomie de la Slovaquie

1939 : proclamation de l’État slovaque, appelé ultérieurement République slovaque sous la protection de l’Allemagne nazie. De nombreux juifs de Bratislava et de Slovaquie seront alors déportés.

1944 : soulèvement national slovaque

1945 : libération de Bratislava par les armées soviétiques et roumaines

1946 : la population de la ville atteint 191 354 habitants Expulsion des Allemands de Slovaquie, transfert de Slovaques de Hongrie en Slovaquie et de Hongrois de Slovaquie en Hongrie.

1947 : exécution de l’ancien président de la République slovaque pro nazi Jozef Tiso (1887-1947).

1948 : prise du pouvoir par les communistes

1959 : création de la Galerie de la ville de Bratislava

1960 : inauguration du mémorial de l’Armée rouge à Slavín

1967 : avènement de l’aile réformiste du parti communiste emmenée par Alexander Dubček (1921-1992)

Août 1968 : invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie, signature de la loi sur la création de la Fédération tchécoslovaque

1969 : Bratislava devient la capitale de la République socialiste slovaque.

1971 : époque de la « normalisation ». Le grand Bratislava est créé par la réunion des villages avoisinant avec la capitale. Début des procès et des poursuites contre les communistes réformateurs et les anti-communistes.

1972 : achèvement de la construction du deuxième pont sur le Danube à Bratislava

1981 : début de la construction du quartier de Petržalka, la plus grande cité slovaque

1984 : Bratislava atteint une population de 400 000 habitants.

1985 : achèvement du Pont des Héros de Dukla (aujourd’hui pont du port)

1988 : manifestations aux bougies, action de résistance pacifique des catholiques contre le pouvoir communiste

1989 : chute du régime communiste 1990 : première visite en Slovaquie du pape Jean-Paul II

1992 : mort tragique des suites d’un accident (?) de voiture près de Humpolec en Bohême d’Alexandre Dubček (1921-1992)

1993 : partition de Tchécoslovaquie, création de la République slovaque dont Bratislava devient la capitale.

1995 : fin de la reconstruction du Palais Grassalkovic qui devient le siège du Président de la République slovaque. Le pape Jean-Paul II donne sa bénédiction solennelle à la Slovaquie depuis la cathédrale Saint-Martin lors de sa deuxième visite.

1997 : la reconstruction de la place centrale est achevée.

1999 : la conférence des rabbins européens a lieu à Bratislava.

2000 : réinstallation des cloches dans la tour de la cathédrale Saint Martin

2002 : la reconstruction à l’identique du bâtiment baroque attenant au château est achevée ainsi que la reconstitution de la place Hviezdoslavovo námestie.

2003 : troisième visite du pare Jean-Paul II

2004 : adhésion de la Slovaquie à l’Union Européenne et à l’Otan

Notes :
1 Né à Tours de parents protestants Louis Dutens émigre en Angleterre. Diplomate britannique, écrivain, philologue, historiographe, numismate et grand voyageur il publie son « Itinéraires des routes les plus fréquentées, ou Journal d’un voyage aux villes principales de l’Europe en 1768, 1769, 1770 et 1771 »

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