Les « Marines militaires du Danube » et les sous-marins danubiens du tsar !

Le Monitor Leitha en 1872 

Au XVIe siècle, face à l’avancée des Ottomans sur le fleuve vers l’amont et Vienne, Ferdinand Ier de Habsbourg (1503-1564), empereur du Saint-empire romain germanique de 1568 à 1566 met sur pied une singulière flottille militaire, limitée et adaptée au Danube. Le Prince Eugène de Savoie (1663-1736) appuie le renforcement de cette flottille à la fin du XVIIe siècle et celle-ci s’illustre pendant le siècle suivant à diverses reprises, contribuant au recul des Turcs vers le Bas-Danube, à la prise de Belgrade (1717) où cette marine joue un rôle important, participe à la guerre austro-russe contre La Porte et acquière le statut de « bataillon de la frontière spécialement affecté à la navigation et aux opérations fluviales ».

Siège de Belgrade par les armées de l’Empire d’Autriche commandées par Eugène de Savoie, gravure du XVIIIe siècle, auteur inconnu, Collection ÖNB, Vienne, Autriche

De son côté, et pour les mêmes raisons stratégiques, l’empire russe se dotera également d’une marine militaire sur le Dniepr, le Dniestr, le Bug et sur le Danube.   

   La flottille militaire danubienne autrichienne va toutefois s’avérer inadaptée face aux nouvelles menaces de la première moitié du XIXe siècle (révolutions et guerres napoléoniennes) qui proviennent de l’ouest du continent. Ce n’est, malgré l’invention de la navigation à vapeur en 1830 et la création de la prestigieuse D.D.S.G. (Compagnie de Navigation à Vapeur sur le Danube) qu’après la guerre de 1866 qu’elle fut partiellement rénovée avec l’apparition des premiers « monitors« , sorte de canonnière fluviale inspirée d’un modèle américain ayant servi pendant la guerre de sécession. Ces « monitors » austro-hongrois commencent par bombarder Belgrade et joueront ensuite essentiellement un rôle d’appui et de protection pour les troupes autrichiennes face à leurs adversaires, serbes, russes et roumains pendant la première guerre mondiale.

De son côté la marine tsariste russe fera construire deux sous-marins spécifiquement adaptés pour naviguer dans les eaux danubiennes ! Les autrichiens s’en empareront dans le delta du Danube, à Reni, après le Traité de Brest-Litovsk (1918) signé entre l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Bulgarie, l’Empire ottoman et la Russie soviétique, traité qui sera annulé par celui de Versailles (juin 1919). 

SS_ Monitor austro Hongrois -Bodrog_1914

Le monitor austro-hongrois Bodrog en 1914, photo domaine public

La flottille militaire danubienne impériale austro-hongroise est dissoute en 1918 et les navires sont d’abord attribués à l’Angleterre (flottille britannique du Danube), puis, après d’âpres négociations, répartis entre l’Autriche, la Serbie, la Roumanie et la Commission Internationale du Danube qui aura pour mission de désarmer les bateaux et de les transformer en pontons.  

Le fleuve continue à être pendant le XXe le théâtre d’affrontements navals et d’enjeux stratégiques et géopolitiques, en particulier pendant la deuxième guerre mondiale. La marine soviétique accapare le Danube jusqu’à la frontière avec l’Autriche pendant une longue période (1945-1989).

En 2006 L’Autriche met fin à sa marine militaire. Ce pays, sans accès à la mer autre que par le Danube depuis 1918, entretenait encore deux bâtiments sur ce fleuve, que le ministère de la Défense autrichien cède au Musée d’histoire militaire de Vienne. Ces bâtiments, acquis durant la guerre froide, assuraient auparavant des patrouilles fluviales pour contrôler les navires marchands en provenance d’Europe de l’Est. Le principal bateau autrichien était le patrouilleur Niederösterreich, pesant 70 tonnes et armé d’une mitrailleuse et d’un mortier. Au total, la marine autrichienne ne comptait plus l’année 2006, qu’une cinquantaine de personnes.

Eric Baude, Danube-culture, mis à jour septembre 2019, droits réservés

Sources :
BUFFE, Noël, Les  » Marines du Danube  » 1526-1918, préface de Jean Béranger, Éditions Lavauzelle, Panazol, 2011

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