La Wachau et ses trésors bénis des dieux et… par l’Unesco

« C’est aussi ce que j’aime dans la Wachau : ce n’est pas un séjour habituel à la campagne, aménagé uniquement pour les estivants, c’est une région qui se suffit à elle-même, qui n’a pas encore absolument besoin de nous et où nous sommes donc d’autant plus volontiers invités. »
Hermine Cloeter (1879-1970) 

La basilique saint Pierre et saint Paul, photo © Danube-culture, droits réservés

L’abbaye bénédictine de Melk (rive droite) ouvre majestueusement en amont les portes de la douce et épicurienne Wachau et celles de sa soeur bénédictine et dominatrice de Göttweig un peu en retrait de la même rive les referment avec solennité, laissant le Danube couler  « librement » vers la plaine de Tulln et Vienne. Ces grandes abbayes danubiennes sont parmi les plus beaux monuments religieux baroques de tout le continent européen.

L’abbaye de Göttweig depuis les rives du Danube à la hauteur de Krems, photo © Danube-culture, droits réservés

De la centrale hydroélectrique en amont de Melk jusqu’à Krems et sa sortie de la Wachau, le Danube a, ô miracle !, a pour le moment échappé à sa canalisation. C’est même, avec la traversée des prairies alluviales danubiennes (Donau Auen) et leur magnifique parc national (National Donauauen Park) en aval de Vienne et du barrage de Freudenau, l’un des deux seuls parcours autrichiens où le fleuve peut encore jouir d’une relative liberté. Ne voilà-t-il pas que le Danube presse son allure entre le Jauerling et les reliefs de la Dunkelsteinerwald ?
Enrichi des eaux de nombreux affluents d’origine alpine qui ont souvent par le passé poussé le fleuve à sortir de son lit, à inonder les cités riveraines et contre lesquelles les collectivités locales se sont mobilisées avec patience et détermination, la région de la Wachau apparaît bien comme une des plus attachantes d’Autriche.

Des paysages classés au patrimoine mondial de l’Unesco
   Depuis l’an 2000, la Wachau est classée au patrimoine mondial de l’Unesco au titre de ses  paysages préservés, à l’instar de ceux du Val-de-Loire. Mais ici, comme partout ailleurs en Autriche, contrairement aux bords de la Loire, pas de centrales nucléaires. Sur un relief prononcé alternent vignes, vergers, forêts, forteresses au pied desquels se blottissent de joyeux et petits villages colorés et animés. Impossible quand on se penche sur le Danube et l’Autriche danubienne, de faire l’impasse sur cette magnifique région tant elle est parée d’attraits.

Dürnstein sur la rive gauche, perle du Baroque de Basse-Autriche, photo © Danube-culture, droits réservés

Cette région, depuis fort longtemps habitée par l’homme comme en témoignent plusieurs statuettes statuette de 25 000/30 000 ans connues sous le nom de « Vénus de Willendorf » et « Vénus de Galgenberg » (Fanny de Galgenberg) est plus qu’hospitalière et attachante. Tout y est fait pour que le visiteur s’y sente chez lui et s’y attarde en logeant dans l’une des confortables auberges, chambres d’hôte ou petites pensions avenantes. La gastronomie n’est pas en reste non plus, la région étant l’une des plus prodigues de toute l’Autriche en produits locaux.

La Wachau mérite donc que l’on y prenne son temps, que l’on y séjourne plusieurs jours et qu’on lui témoigne ainsi qu’à ses habitants, sa fidélité et sa reconnaissance en y revenant.

La Wachau qui commence à Melk (rive droite) est traversée par le Danube sur 36 km jusqu’à la petite ville de Krems-Stein (rive gauche).

En amont de Melk et jusqu’à Ybbs/Donau s’étendent deux autres régions au riche patrimoine historique et culturelle, d’abord le Nibelungengau, terre des chevauchées légendaires de la célèbre et tragique épopée de la Chanson des Nibelungen puis, d’Ybbs jusqu’à Grein, en remontant le fleuve vers Linz et la Haute-Autriche, le Strudengau au relief accidenté, aux paysages plus sauvages, plus romantiques avec autrefois, au temps de la navigation à la rame et d’avant celle à vapeur, des tourbillons (Strudel) redoutés par les bateliers et leurs passagers.

La Wachau est aisément accessible depuis Linz, Vienne, Krems et Melk. Elle peut se découvrir soit par bateau soit en saison par train avec la ligne touristique et historique de la Wachau (Wachauerbahn) qui circule de Krems à Mauthausen, en bus ou en voiture mais encore à pied et en vélo grâce à une excellente infrastructure de chemins balisés, de pistes cyclables remarquablement aménagées dont la très fréquentée Eurovéloroute 6 (www.eurovelo6-france.comqui serpentent et suivent le Danube sur ses deux rives et offrant des points de vue sur ses plus beaux paysages.

Le train touristique de la Wachau longe la rive gauche du Danube, photo Danube-culture, © droits réservés

Il est possible et ce n’est pas une activité des moins agréables, traverser d’une rive du fleuve à l’autre suivant son humeur grâce aux deux bacs à fil traditionnels (Rollfähre) de la Wachau qui, inlassablement, du matin au soir en saison, convoient paisiblement randonneurs, cyclistes et voitures sur les deux bords. Des « Zille » assurent encore localement le passage pour les randonneurs et les cyclistes en plusieurs points de la Wachau comme à Dürnstein.

Sur le bac entre Weißenkirchen (rive gauche) et Sankt Lorenz, photo © Danube-culture, droits réservés

Ces traversées conviviales, trop éphémères, permettent d’avoir, au milieu du fleuve, une perspective unique sur l’environnement et l’harmonie paisible et préservée de ces « vieux » paysages de la Wachau. On s’aperçoit alors, sous un ciel pur, quelle qu’en soit la saison, que le Danube bleu n’est pas qu’une légende viennoise. Le fleuve joue les caméléons avec le ciel et la palette de couleurs des paysages et des villages de vignerons et d’arboriculteurs.
C’est peut-être en Wachau, que le fleuve se pare dans son parcours autrichien de ses plus belles nuances, aussi variées que la palette d’un peintre impressionniste. Le Danube et ses rives dialoguent inlassablement, de l’aube jusqu’au crépuscule, dans une langue aux profondes, mystérieuses et multiples résonances. Mais, contrairement au visiteur qui est tenté de s’attarder dans ces lieux séduisants, le fleuve coule ici plus vite qu’ailleurs en territoire autrichien ce qui n’empêchent pas les bateaux de croisières de le sillonner aisément. 60 km séparent la puissante centrale hydrolectrique de Melk de celui, plus en aval, d’Altenwörth, 60 km sans barrage !
À peine sorti du relief la Wachau, le Danube se dirige vers la plaine de Tulln et le massif de la Wienerwald (Forêt viennoise) pour rejoindre Vienne après avoir contourné le massif forêt viennoise (rive droite). Vienne peut s’enorgueillir d’être la première capitale que le fleuve rencontre.

Vue sur le Danube depuis l’abbaye de Göttweig, photo © Danube-culture, droits réservés

Gastronomie et oenologie en Wachau
La Wachau abrite un des plus beaux vignobles de vins blancs du pays et d’Europe, parfois au relief abrupt et qui couvre près de 16.000 hectares. Bacchus aurait pu incontestablement s’y établir et y vivre satisfait pour l’éternité, s’y désaltérant du divin breuvage et des arômes fascinants, de la saveur délicate des fruits des vergers, pommes, poires, abricots (les fameux Marillen de la Wachau) dont on tire aussi d’excellents alcools, des spécialités culinaires régionales, du microclimat et de la douceur relative des hivers. Bref, il fait toujours bon vivre en Wachau !

Vignobles en Wachau au printemps, photo Danube-culture, droits réservés

Un grand nombre de restaurants témoignent généreusement de ce savoir-faire. Les cuisiniers déclinent aussi une remarquable variété de plats de viande et, proximité du fleuve oblige, de poissons auxquels les cépages Grüner Veltliner, Chardonnay, Riesling, Müller-Thurgau, Neuburger et Gelber Muskateller et autres vins blancs distingués, s’accordent à merveille. Quant aux vins rouges qu’on trouve en quantité infime, ils restent anecdotiques. 

Chatoiement des couleurs dans les vignes de la Wachau à l’automne, photo Danube-culture, © droits réservés

La Wachau est encore une région au microclimat qui favorise également, aux côtés de la vigne, les arbres et arbustes fruitiers. Poiriers, framboisiers, abricotiers, pommiers des coteaux danubiens donnent des fruits particulièrement savoureux dont la cuisine régionale sait tirer la quintessence dans l’élaboration de recettes de succulents desserts comme les Marillenknödel, dessert farci aux abricots.

Aprikosenknödel Wachau

Les délicieuses Marillenknödel de la Wachau, photo Danube-culture © droits réservés

À noter pour les oenophiles que les vins blancs de la Wachau obtiennent régulièrement les toutes premières places aux concours de dégustation de vins blancs à l’aveugle en Europe. Les curieux ne manqueront pas de goûter à l’automne le moût de raisin appelé localement « Sturm ».

Le cornouiller, un arbre dont le bois est fort apprécié par les ébénistes, pousse également mais plus rarement en Wachau. Ses baies contiennent de nombreuses propriétés, photo Danube-culture, © droits réservés

Wachau pratique

Office de Tourisme du Danube et de Basse-Autriche (Donau Niederösterreich Tourismus GmbH), Schlossgasse 3, 3620 Spitz/Donau
www.donau.com
(site partiellement en français)
wachau@donau.com

www.bestof-wachau.at

Un site sur l’art de vivre et la gastronomie et  les spécialités de la Wachau mais qui s’adresse en priorité aux touristes de langue allemande.

Train touristique de la Wachau : Un joli parcours en train historique ou touristique entre Danube et vignobles
www.wachauerbahn.at

Avant de partir, jetez un coup d’oeil juste pour le plaisir sur le site de Gregor Semrad, un photographe amoureux de la Wachau :
www.gregorsemrad.com

Melk et son abbaye bénédictine

« Mea dilecta » se serait exclamé Jules César lorsqu’il vit Melk pour la première fois selon l’historien local Ignaz Kaiblinger. En fait il n’est pas sûr que César soit venu à Melk (encore que…) et de plus l’étymologie du nom de Melk, à l’image de nombreux autres toponymes de la Wachau vient du slave et est lié à la présence de la rivière du même nom qui conflue avec le Danube à cette hauteur, la Melk. Il y eut à l’époque romaine une forteresse du nom de Namare sur l’emplacement de l’abbaye.
C’est à Medelike (Melk) que la puissante famille princière des Babenberg, originaires de Bavière, grands propagateurs du catholicisme, promoteurs de la construction de quelques-unes des plus belles abbayes d’Autriche et du Danube (Melk, Saint Florian, Herzogenburg, Klosterneuburg…) s’installe à la fin du Xe siècle. Ils s’installeront ensuite à Vienne, cédant leur résidence en Wachau aux bénédictins qui s’empressent d’y construire une abbaye fortifiée. À la dynastie des Babenberg qui s’éteint en 1246 succèdera celle des Habsbourg.
L’abbaye baroque de Melk

Coupole de la basilique saint Pierre et saint Paul de l’abbaye bénédictine de Melk, photo © Danube-culture, droits réservés

« Et comment dire la beauté de Melk élevant sa façade ocrée au-dessus du Danube, le jeu subtil qui s’y joue entre la droite et la courbe, et comment les surfaces s’y animent en s’incurvant, à croire que c’est dans les eaux mêmes du fleuve que l’architecte est allé puiser ses formes ? Ces églises surchargées, et légères pourtant, ces immenses abbayes sont moins des lieux pour la prière, le recueillement et la pénitence que pour la célébration et l’apothéose. À la sévérité de la Réforme, aux menaces musulmanes, à celles plus lointaines de la Révolution, il a fallu opposer ce délire maîtrisé, cette vitalité foisonnante, ces jeux, ces trouvailles, ces mensonges, ce tissu compliqué de symboles, ces matières riches et brillantes, ces espèces de laque qui sont à la fois fragiles, précieuses, froides, couvrantes (alors que l’art austère des cloîtres romans c’est la vérité de la pierre qui parle), cet art qui est mis en scène, surprise, ivresse, et la plus sensuelle…
Philippe Jaccottet, « En descendant le Danube », in Autriche, L’Age d’Homme, Lausanne, 1994

La salle de la bibliothèque de l’abbaye avec son plafond en trompe-l’oeil peint par Paul Troger, phto droits réservés

L’agencement, la forme et la couleur des bâtiments au sommet de la colline qui semblent le prolongement artistique raffiné des éléments naturels, la grande cour et les cours secondaires, les pavillons latéraux, le couloir impérial, les jardins, l’orangerie, le fleuve au pied de l’abbaye, le paysage aux alentours, tout concoure à une extraordinaire mise en scène qui n’a rien du hasard et dont la grandeur tout autant qu’une certaine retenue s’avèrent fascinantes et paraissent avoir été volontairement soumises à l’ordre et à la raison.

Une mise en scène permanente jusque dans les moindres détails, l’art de l’illusion, photo Danube-culture, © droits réservés

L’abbaye baroque de Melk, à la saisissante unité domine tout à la fois le fleuve, la jolie petite ville et la rivière du même nom qui se jette dans le Danube. Elle subit l’assaut des armées turques à la fin du XVIIe siècle. Sa reconstruction commence peu de temps après en style baroque sur les plans de  l’architecte Jakob Prandtauer (1660-1726) de Sankt Pölten auquel succède son élève Josef Muggenast. Les travaux d’achèvement vont durer 36 années ! Napoléon y établit son quartier général et un hôpital militiare en 1805 et 1809, à l’occasion de ses campagnes contre l’Autriche et la Russie.
L’abbaye est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis l’an 2000.
Le plafond de l’extraordinaire et conséquente bibliothèque a été réalisé par une autre grande figure du baroque autrichien, le peintre Paul Troger (1698-1762). Cette bibliothèque comprend 1800 manuscrits dont le plus ancien, un Beda Venerabilis, date du début du IXe siècle. D’importantes copies des commentaires de Saint-Jérôme, des commentaires de la Règle de Saint- Benoît, des copies de l’Écriture sainte, des collections de recueils de formules et des textes juridiques remontent à la première apogée de la vie monastique de l’abbaye (1140-1250).
Une grande partie des anciens documents historiques ont malheureusement été détruits au cours du grand incendie de 1297, un évènement auquel fait référence l’écrivain italien Umberto Eco dans son livre Au nom de la Rose. Les deux tiers des manuscrits datent de la période ultérieure de réforme des monastères au XVe siècle, période au cours de laquelle l’abbaye de Melk est considérée comme un modèle et attire des étudiants et des professeurs de l’université de Vienne. La majorité des textes rédigés et copiés à cette époque sont des livres de piété et des sermonnaires. Les lieux abritent encore 750 incunables, 1700 oeuvres du XVIe siècle, 4500 volumes du XVIIe et 18 000 livres du XVIIIe siècle. La collection de la bibliothèque de Melk se monte en totalité à plus de 100 000 livres. Elle contient encore de superbes globes terrestres illustrant l’inextinguible soif de connaissance universelle des moines bénédictins.

 

La Chanson des Nibelungen, manuscrit conservé à l’abbaye de Melk photo © Danube-culture, droits réservés

« Surtout, me dit-il, n’écoute pas le guide ! Il veut te prendre à la glu du détail et des décors. Bla-bla-bla le faux marbre est moins froid au toucher que le vrai… bla-bla-bla la quantité d’or utilisée par la coupole est supérieure à celle de …etc. Mais écoute bien : pour voir cette abbaye, il faut fermer les yeux et te laisser frissonner. Remonte jusqu’au lieu dans le temps où elle est semence dans l’esprit d’un seul, de quelques seuls… »
C’est un lieu de vertige.
À force de traiter les oeuvres d’art comme de la matière et non comme des visions hissées jusqu’à la visibilité, on perd la trace de l’essentiel : le lieu où la vision a germé, a surgi, s’est déployée. C’est à ce lieu qu’il faut s’attarder. C’est celui de notre humanité co-créatrice, la grande pépinière de l’aujourd’hui. Pénétrer jusque dans le coeur de l’homme (des hommes) où germe l’idée créatrice sous la nécessaire poussée du Vivant. Assise, les yeux fermés, à vingt ans, dans l’abbaye de Melk, j’ai touché ce secret. »
Christiane Singer, N’oublie pas les chevaux écumants du passé, Albin Michel, Paris 2005

L'escalier de la bibliothèque de Melk

L’escalier de la bibliothèque de l’abbaye bénédictine de Melk, photo © Danube-culture droits réservés

Ce monastère est aujourd’hui le lieu de nombreuses manifestations culturelles durant toute l’année parmi lesquelles un festival de musique ancienne (Pâques).

Abbaye de Melk
www.stiftmelk.at

Office de tourisme de Melk
www.stadt-melk.at

Hébergement/restauration
Hotel-Restaurant zur Post
 www.post-melk.at
L’accueil et le bon confort à l’autrichienne

Famille Kalkbrenner
www.urlaubambauernhof.at/gaudihof
Chambres à la ferme, bon rapport qualité/prix

Melk

Abbaye bénédictine de Melk, détail, photo © Danube-culture, droits réservés

Dans les environs de Melk
Château de Schallaburg, édifice de la Renaissance, nombreuses expositions, concerts…
www.schallaburg.at

Château de Schönbühel, photo © Danube-culture, droits réservés

Schönbühel-Aggsbach Dorf (km 2032, 2 – 2029)
Le château de Schönbühel, qui offre une des plus belles émotions des croisières danubiennes en Wachau, a été édifié au début du XIXe siècle sur une ancienne forteresse médiévale. Depuis 1929 il est la propriété de la famille Seilen-Aspang et ne se visite pas. Le cloître en aval qui appartenait à l’ordre des Servites (ordre mendiant catholique fondé en Toscane), a été abandonné en 1980 et l’église sert désormais de paroisse communale. Au dessous de celle-ci se trouve une grotte baroque de Bethléem unique en Autriche.

Hébergement/restauration
Gasthof und camping Familie Stumpfer
www.stumpfer.com
Cuisine régionale

Emmersdorf (km 2035, rive gauche)
D’Emmersdorf/Donau partent des randonnées qui cheminent à travers le Parc Naturel du Jauerling, espace protégé. Le sommet du Jauerling, « toit de la Wachau » culmine à 960 m et permet de profiter d’une jolie vue sur la région. Le parc est associé au programme européen Natura 2000 (Faune-Flores-Habitat-Protection des voies d’oiseaux migrateurs).

Collectivité locale d’Emmersdorf
www.emmersdorf.at

Parc Naturel du Jauerling
www.naturpark-jauerling.at

Parcs Naturels en Basse-Autriche
www.naturparkenoe.at

Maison du parc – restaurant Am Jauerling
www.naturpark-gasthaus.at

Willendorf (km 2024, rive gauche)
C’est dans la petite localité de Willendorf qu’a été découverte en 1908, lors des travaux de construction de la voie ferrée, une merveilleuse petite statue en calcaire vieille de 25 000 ans et aux proportions toutes en rondeurs, symbole de la fertilité et connue sous le nom de Vénus dite « de Willendorf ».

La petite Vénus dite « de Willendorf » en calcaire et datant du Paléolithique supérieur (23-25 000 ans av. J.-C.) mesure 11 cm, La statue originale est aujourd’hui conservée au Muséum d’Histoire Naturelle de Vienne (Naturhistorisches Museum Wien). photo droits réservés

Sur l’autre rive, les ruines de la forteresse imposante d’Aggstein, construite au XIIe siècle sont accessibles par une petite route escarpée depuis le hameau du même nom.

Collectivité locale de Willendorf
www.willendorf.info

Spitz/Donau (km 2019, rive gauche)

Spitz/Donau et son écrin de vignobles en terrasses se trouve au coeur de la Wachau, photo © Danube-culture, droits réservés

Le village de Spitz/Donau, entouré d’un écrin de vignobles en terrasses des plus réputés est considéré comme l’épicentre de la Wachau. On ne manquera pas de séjourner et de se promener dans les rues de ce joli village viticole tout en relief, d’admirer le château Renaissance, l’église Saint-Maurice, la Porte rouge et l’ancien Hôtel de ville, les maisons à arcades, de monter jusqu’aux ruines de la forteresse d’Hinterhaus, de profiter des panoramas exceptionnels sur la vallée fluviale et de conclure (ou de commencer) par une visite au passionnant musée de la navigation et au halage des bateaux, animé par une équipe d’historiens et de bénévoles compétente et dévouée.

Musée de la nav de Spitz_BV2

Musée de la navigation sur le Danube, équipage pour le halage des bateaux, photo © Danube-culture, droits réservés

Le musée, légèrement en retrait du fleuve et abrité dans les salles du château baroque d’Erlahof, présente d’une manière très vivante l’histoire oubliée de la navigation et des différents type de bateaux, barques, embarcations et radeaux à voile et en bois qui circulaient autrefois sur le Danube, vers aval mais aussi en remontant vers l’amont ce qui représentait un tour de force avec des trains de embarcations (Zille) tirées difficilement par des équipages de chevaux voire aussi parfois par des hommes, des maîtres bateliers et autres corps de métier jusqu’à l’apparition de la navigation à vapeur au dix-neuvième siècle.

Musée de la nav. Spitz4

Musée de la navigation de Spitz/Danube, photo © Danube-culture, droits réservés

Une petite partie de ces expositions est également consacrés aux moulins-bateaux, autrefois fort nombreux sur le Haut et Moyen-Danube, aujourd’hui disparus à l’exception de plusieurs reconstitutions, aux bacs et aux colossaux travaux de régulation qu’a connu le cours du fleuve autrichien, améliorant et sécurisant la navigation, autrefois fort périlleuse dans certains passages. Il est l’un des deux seuls musées consacrés à ce thème en Autriche avec le Musée de la navigation de Grein (Haute-Autriche), plutôt orienté sur l’histoire de la navigation sur le Danube à partir de l’apparition des vapeurs jusqu’à nos jours. D’autres musées de la navigation sur le Danube sont localisés en Allemagne à Regensburg (Ratisbonne), à Vienne Freudenau (Musée de bateaux) et en Hongrie (Zebegény).
De Spitz/Donau on peut rejoindre la rive et le village d’Arnsdorf par le bac. Une installation de l’artiste islandais contemporain Olafur Eliasson sur le bac  « Camera obscurs » offre de nouvelles perspectives sur le fleuve.

Port de plaisance de Spitz Wachau 2016

Le petit port de plaisance de Spitz/Donau, bien équipé et très apprécié des plaisanciers, photo © Danube-culture droits réservés

Office du Tourisme de Spitz/Donau  et
Collectivité locale de Spitz/Donau
www.spitz-donau.at

Musée de la navigation de Spitz/Danube (Schifffahrtsmuseum Spitz.Donau), Auf der Wehr 21, A-3620 Spitz/Donau
www.schiffahrtsmuseum-spitz.at

Hébergement/restauration
Hotel Weinberghof
www.weingut-lagler.at

Weinhotel Wachau
www.weinhotel-wachau.at
Au milieu des vergers d’abricotiers et des vignobles, calme et rustique

Pension Donaublick
www.donaublick-spitz.at

Famille Gebetsberger
www.weingut-gebetsberger.at
Hébergement dans une famille de vigneron très sympathique et attentionnée

Maison Machhörndl
www.weinhotel-wachau.at
Une grande maison fleurie et très bien entretenue, jardin au bord du Danube, accueil en français.

Weißenkirchen et ses vignobles (rive gauche) photo © Danube-culture, droits réservés

Weißenkirchen (PK 2014, rive gauche)
Un des centres de la culture de la vigne. Un joli musée de la Wachau, aménagé dans une ancienne ferme fortifiée du XVIe invite à la découverte des cultures et d’artistes régionaux.
Collectivité locale de Weißenkirchen
www.weissenkirchen-wachau.at

Hébergement/restauration
Hotel-restaurant Kirchenwirt
www.kirchenwirt.weissenkirchen.at
Excellente cuisine régionale

Chambres d’hôte Jamek
www.weingaestehaus-jamek.at
Un des vignerons les plus réputés de la Wachau. Dégustation et vente de vins.

Chambres d’hôte Huber
www.gaestehaushuber.at
Dans le petit hameau de Sankt-Michael, vue sur le Danube

Dürnstein (PK 2009, rive gauche)

Dürnstein, perle baroque de la Wachau photo © Danube-culture, droits réservés

Dürnstein, « perle de la Wachau » est un bijou d’architecture. Les lieux furent l’occasion d’un séjour imprévu de quelques semaines (21 décembre 1192 à février 1193), fort désagréable pour Richard Coeur-de-Lion rentrant de la troisième croisade, capturé et enfermé pour une sombre question d’orgueil par le duc Léopold V de Babenberg, duc d’Autriche (1157-1194) dans la forteresse au dessus du village. C’est là que son fidèle troubadour Blondel l’aurait découvert. Son monarque ne recouvra toutefois la liberté que longtemps après et contre une rançon conséquente qui fut difficilement réunie par sa mère Aliénor d’Aquitaine.

 Dominant le village de Dürnstein et le fleuve, la forteresse où fut emprisonné Richard Coeur-de-Lion quelques semaines (de fin décembre 1192 au 4 février 1193) au retour de la troisième croisade,  photo © Danube-culture, droits réservés

La route principal d’aujourd’hui, très fréquentée, évite judicieusement le village par un tunnel. Le village abrite en son coeur un couvent et l’église baroque avec des oeuvres de Johannes Martin Schmidt (1718-1801) dit Kremser Schmidt (Schmidt de Krems). La terrasse à balustrade, au pied de la tour à la façade bleutée permet d’avoir une vue sur le Danube et sur l’embarcadère où les nombreux bateaux de croisières font régulièrement halte.

Loiben, le monument commémoratif dédié aux soldats français des armées napoléoniennes, en arrière-plan la forteresse de Dürnstein, photo droits libres

Dans la petite plaine de Loiben, au milieu des vignobles, se dresse bien visible le « Monument aux Français », monument érigé en souvenir de la bataille sanglante des 10 et 11 novembre 1805, entre le VIIIe corps des armées napoléoniennes placé sous le commandement du maréchal Edouard Mortier (1768-1835) et les troupes russes du général Mikhaïl Koutouzov (1745-1813). L’écrivain russe Lev Tolstoï (1828-1910) mentionne cette défaite de Napoléon dans son roman « Guerre et Paix ».
Il faut goûter quelques spécialités avant de repartir comme  les savoureuses « Marillenknödel » (boulettes sucrées aux abricots) à l’auberge de la famille Lux dans le village, tout proche d’Unterloiben (Unterloiben 24).

Office de tourisme
www.duernstein.at (ouvert à certaines périodes seulement)

Fondation du couvent des Augustins
www.stiftduernstein.at

Hébergement/restauration
Hotel Richard Löwenherz
www.richardloewenherz.at

 Krems (PK 2002, rive gauche)

Principale ville de la Wachau, Krems, est en réalité composée à l’origine de trois communes : Krems, Stein et Und mais elle ne forme plus aujourd’hui qu’une seule et unique collectivité d’environ 25 000 habitants. Là encore c’est une véritable leçon d’architecture du Moyen-âge, de la Renaissance, des époques gothiques et baroques qui s’offre aux yeux des visiteurs. Urbs Chremisa, vieille de plus de mille ans, autrefois coeur du commerce du sel et du vin, est également classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2001. Krems-Stein offre, outre ses églises comme la Frauenbergkirche, l’église des Frères Mineurs, l’Hôtel de ville, ses maisons du XVIIe et du XVIIIe, des lieux d’exposition d’art contemporain et un intéressant musée de la caricature. Différents festivals (Donaufestival) et manifestations culturelles ont lieu tout au long de l’année en salle et en plein air.
Krems possède désormais également son université et son campus, ouvert en 2005, dont une partie est hébergée dans l’ancienne manufacture de tabac restaurée. Un quartier d’art (Kunstmeile) réunit le Musée de la caricature, la « Kunsthalle », l’Artothèque, des ateliers d’artistes et d’autres lieux d’exposition instaurant un dialogue permanent entre l’art contemporain et le patrimoine architectural de la ville.
Idéalement situé à l’entrée de la Wachau, bien dotée en infrastructures hôtelières, sportives et culturelles, universitaires, desservie par le train depuis Vienne, et un réseau de bus et les compagnies de navigation sur le Danube (saisonnier), cette cité de caractère est un lieu de villégiature très agréable à partir de laquelle on peut rayonner vers l’amont comme vers l’aval. Le port de plaisance de Krems est parfaitement équipé pour les plaisanciers.
De Krems partent en saison plusieurs compagnies de bateaux pour des croisières à travers la Wachau (voir croisières fluviales ci-dessous).

Collectivité locale de Krems/Stein et office de tourisme
www.krems.at (site en anglais et allemand)
www.krems.info

Port nautique de Krems
www.motoryachtclubwachau

Hébergement/restauration
Nombreuses possibilités d’hébergement et de restauration de toutes sortes dans la ville et à proximité.

Hotel Steigenberger and Spa
www.krems.steingenberger.at
Grand confort

Arte Hotel
www.arte-hotel.at
Design
contemporain, en retrait du Danube mais proche de l’université et de son campus

Culture
Kunsthalle Krems (Espace d’art contemporain)
www.kunshalle.at

Forum Frohner
www.forum-frohner.at

Musée de la caricature
www.karikaturmuseum.at
Expositions temporaires intéressantes de caricaturistes d’autrefois et contemporains du monde entier

Artothèque de Basse-Autriche
www.artothek.at

Museumkrems
www.weinstadtmuseum.at
Musée municipal dédié au vin et à ses traditions installé dans l’ancien couvent des dominicains

Nature
Promenades au bord du Danube, nombreux sentiers de randonnées dans les vignes et sur les hauteurs.Ne manquez pas d’aller vous promener dans le superbe jardin d’agrément Kittenberger (www.kittenberger.at)qui met en scène de nombreuses thématiques (50 000m2) et où vous pourrez à la belle saison et si vous le souhaitez vo)us baigner dans un  des quatre bassins/piscines naturels. À proximité de Krems, sur la commune de Schiltern le jardin et conservatoire de semences biologiques de l’Arche de Noë (arche-noah.at) mérite largement une visite.

Cuisine et gourmandises
Cafe-Konditorei Reimitz
www.raimitz.at
Salon de thé à la décoration un peu kitsch (on aime le kitsch en Autriche et dans toute l’Europe centrale !) à proximité de la gare de Krems. Strudel aux pommes, au pavot, au fromage blanc et autres spécialités d’anthologie (chocolats à la liqueur d’abricot).

Mautern (PK 2004, rive droite)
Mautern fait face à Krems/Stein sur la rive droite. Les romains s’établirent à Mautern dès le premier siècle après Jésus-Christ et nombreux sont les témoignages architecturaux de leur présence. Les dépendances baroques du château abritent un petit musée romain.
Le pont en bois du XVsiècle (1463, le deuxième plus ancien pont sur le Danube en Autriche après celui de Vienne) qui reliait autrefois les deux rives à cette hauteur a été détruit par les troupes napoléoniennes et remplacé par un pont métallique.
Collectivité locale de Mautern
 www.mautern.at

Hébergement/restauration
Chambres d’hôte Ad Vineas Nikolaihof
www.advineas.at
Proche du Danube, une maison de vigneron où la cuisine est savoureuse, les chambres agréables. Piscine naturelle. Les vins sont biologiques et réputés. Superbes caves construites en partie avec des éléments de murs romains.

Chambres d’hôte Severinhof Schwaighofer
www.severinhof.at

Abbaye de Göttweig
« J’empruntais le petit bac de Dürnstein, traversai le fleuve et me dirigeai vers le sud. Peu après midi, j’approchais d’une immense bâtisse blanche que j’avais repéré la veille depuis les ruines de Dürnstein. C’était l’abbaye bénédictine de Göttweig, monumental quadrilatère haut perché au dessus des collines et des forêts, nanti d’une coupole au quatre coins. Je me suis si longuement étendu sur les splendeurs de Melk que je n’ose pas trop parler de Göttweig : qu’il me suffise de dire que c’est une digne et resplendissante rivale de sa grande soeur, à l’autre bout de la Wachau. »
Patrick Leigh Fermor, Le temps des offrandes, Éditions Nevicata, Bruxelles, 2016, traduction de Guillaume Villeneuve

L’Abbaye de Göttweig, « l’autre » grande abbaye bénédictine de la Wachau, photo © Danube-culture, droits réservés

Fondée par l’évêque Altmann de Passau (1065-1091) en 1083, l’abbaye bénédictine baroque de Göttweig a été construite par un autre grand architecte Johann Lukas von Hildebrandt après l’incendie de 1718 mais elle demeura inachevée. L’abbaye, entourée de ses vignobles domine le fleuve et se tient à la sortie de la Wachau en face de la ville de Krems-Stein sur la rive droite du Danube. Elle porte le surnom de « Monte Cassino » autrichien. Moins séduisante et surtout moins fréquentée que celle de Melk, elle mérite néanmoins une visite pour la théâtralité de son architecture et de ses décors et le magnifique point de vue sur les paysages et les vignobles des environs.
www.stiftgoettweig.at

Mautern
La petite ville Mautern avec ses remparts est un haut-lieu de la présence romaine sur le Danube autrichien. Elle  se situe sur la rive droite du Danube à la sortie de la Wachau et aux pieds de l’abbaye de Göttweig. C’est autour de la forteresse et du camp romain édifiés au premier siècle pour défendre la frontière danubienne (limes) qu’elle commence à se développer. Occupés par des tributs germaniques qui passent le fleuve sans difficulté, elle est reprise par les armées de l’empereur Marc-Aurèle dont les légions sont originaires de toutes les parties de l’empire. Le nom de Mautern (douane, péage) est mentionné pour la première fois dans les « Annales de Fulda »1 en 899, puis dans le Code des douanes de Rafelstetten (903-906) et dans la Chanson des Nibelungen. la ville devient la propriété  des évêques de Passau dont les possessions s’étendent loin vers l’est et qui fortifient la cité au XIIIe siècle.  En 1277 le juge de Mautern obtient la « Juridiction du sang », juridiction du Saint-Empire Romain germanique impliquant des châtiments corporels voire la mort d’un coupable. Après avoir été autorisée à construire un pont en bois (à péage) en 1463, Mautern est occupée par les armées du Royaume de Hongrie en 1481. Ce pont sera détruit en 1805 par les troupes napoléoniennes en 1805, reconstruit, de nouveau démoli en 1809 et une nouvelle fois détruit en 1866 lors de la guerre austro-prussienne.

Notes :
1 Les Annales de Fulda, appelées aussi Annales Vedastines ( Annales Fuldenses), sont des chroniques médiévales rédigées notamment à Mayence. Couvrant une très longue période de la fin du Haut Moyen Âge (714-901), elles sont la principale source d’information concernant la Germanie, c’est-à-dire le Royaume franc oriental.

Croisières fluviales en Wachau et au -delà…

À la hauteur de Dürnstein, photo © Danube-culture, droits réservés

La croisière est une façon idéale d’aborder le fleuve et les paysages préservés de la Wachau. Plusieurs compagnies offrent un éventail de choix au départ et pour la Wachau et au delà sur des bateaux agréables et élégants. On peut parfois déjeuner et diner à bord à l’occasion de certaines croisières à thématiques particulières.

La Compagnie Brandner Schiffahrt organise au départ de Krems ou de Melk de nombreuses croisières, dans la Wachau, du mois d’avril à octobre et à certaines dates aux autres saisons.
www.brandner.at

La grande compagnie danubienne autrichienne D.D.S.G. (Compagnie de Navigation à Vapeur sur le Danube) propose aussi à la belle saison d’agréables croisières à destination de la Wachau depuis Vienne.
DDSG Blue Danube Schifffahrt GmbH, Schifffahrtszentrum, Handelskai 265, 1020 Vienne
www.ddsg-blue-danube.at

Il existe encore des bateaux de la compagnie allemande de Passau Wurm+Kock assurant certains jours en saison la liaison Passau-Wien et Wien – Passau. De Passau à Vienne le voyage dure toute la journée et il faut parfois changer de bateau en cours de route.
Donauschiffahrt Wurm+Köck
www.donauschiffahrt.de

Donau Touristik
www.donautouristik.com

Eric Baude,© Danube-culture tous droits réservés, mis à jour septembre 2022

 

Paysage de Wachau au coucher, photo © Danube-culture, droits réservés

   « Les artistes sont des éclaireurs, et ce sont les peintres qui nous ont montré le chemin vers les contrées romantiques de la Wachau. L’éloge de la vallée du Danube entre Melk et Krems résonne encore un peu scolairement à nos oreilles depuis les cours de géographie : que le Danube supporte ici très bien la comparaison avec le Rhin, qu’il le surpasse encore en beauté de paysages, qu’il a aussi, comme son grand rival à l’extérieur de l’Empire, ses forteresses et ses châteaux, ainsi que la magnifique abbaye de Melk, qui regarde le pays fièrement et avec envie de le posséder, mais surtout Dürnstein couronné de lierre, ce petit trésor du romantisme, et que malgré tout et malgré tout, « Vater » Rhin reste toujours celui dont on parle le plus, celui dont on fait le plus l’éloge, celui qui a pris une fois pour toutes le pas sur sa sœur danubienne. Mais que celle-ci se console : si le Rhin a ses poètes, le Danube lui a ses peintres, comme il sied à une belle femme. Les peintres sont partis chercher inlassablement leurs motifs dans la vallée du Danube pendant des années et ont rendu hommage à sa beauté orgueilleuse à leur manière, avec leurs pinceaux et leurs crayons.
Et c’est aussi la meilleure chose à faire. Car ce printemps de la Wachau, plus riche et plus printanier que tout autre, ne peut jamais être entièrement capturé par des images et des mots. Tout ce que l’on peut en dire ne sont en fait que des slogans, tout ce que l’on peut donner ne sont que des esquisses et des fragments. Il faut voir et sentir l’ensemble. Les prés ont déjà revêtu leur robe de printemps vert clair, parfumée et transparente, les vignobles sur les coteaux montrent encore la terre nue et brune, qui joue parfois merveilleusement sur le rouge et le violet, et sur ce fond se dresse ici et là un bouquet rouge rosé. Ce sont les petits pêchers qui ornent souvent les vignobles jusqu’en haut, là où la forêt remplace la vigne. Les villages sont entièrement plongés dans la floraison, Spitz en particulier, riche en fruits, se délecte de ses arbres en fleurs, et les pêchers avec leur délicate parure sont à cette époque une partie importante de la conversation quotidienne, qu’ils soient les plus beaux aujourd’hui ou qu’ils le soient demain ou après-demain, et il est de bon goût de sortir au moins une fois de Spitz pour se rendre à « Gut am Steg », où une forêt couleur de rose nous attend. Mais sur les rives, ici et là, de longues rangées de noyers et leurs jeunes pousses forment un cadre doré et bronzé autour d l’image claire. Au-dessus, le ciel italien le plus bleu s’étend. Mais le village Dürnstein ne se contente pas de tant de couleurs, il sait aussi ajouter ses tons particuliers : les touffes jaunes de la « Steinbusch », qui prolifèrent partout sur les rochers brun-gris et les murs de pierres érodés. Comme les sons d’une fanfare dans une symphonie de joie, leur merveilleuse luminosité salue le printemps. Des slogans, disais-je, rien de plus, mais pour qui s’est promené une fois à travers ce printemps, il devient tout naturellement un poème fleuri… »
Hermine Cloeter (1879-1970), Donauromantik. Tagebuchblätter und Skizzen aus der goldenen Wachau. Zweite Auflage. Schroll, Wien 1923
Hermine Cloether est une écrivaine et une historienne de l’art autrichienne

Eric Baude pour Danube-culture, mis à jour 10 mars 2022 © droits réservés

Dürnstein, « perle de la Wachau » et du Danube

Les lieux sont colonisés par les hommes dès la période néolithique et l’âge du bronze ainsi que de nombreuses autres places favorables des rives du Danube. Le domaine de Dürnstein est donné par le Duc de Bavière Henri IV, futur empereur du Saint Empire Germanique (1014-1024) sous le nom d’Henri II le Saint au couvent bénédictin bavarois de Tergernsee au bord du lac du même nom.
Une première église paroissiale est édifiée au XIIIe siècle. Elle est consacrée à sainte Cunégonde (vers 975-1033/1039), femme de Henri II. Cette église sera en grande partie démolie en 1803. Les éléments restant, la tour et un mur de la nef forment avec le petit cimetière du XIVe siècle et les remparts un ensemble de construction médiévale entièrement préservé.

L’église Sainte Cunégonde et son contexte médiéval, photo © Danube-culture, droits réservés

   La forteresse, construite dans les années 1150 par Albero III von Kuenring (vers 1115-1182) aurait servi de prison à Richard Coeur-de-Lion. Celui-ci se serait fait surprendre, arrêter en automne 1192  près de Vienne et enfermer à Dürnstein au retour de la troisième croisade en Palestine par le duc Léopold V d’Autriche dit « Le vertueux » (1157-1194 ) qu’il avait précédemment humilié.

La capture de Richard Cœur de Lion, enluminure extraite du Liber ad honorem Augusti, 1197, sources Wikipedia

La légende raconte que ce serait son fidèle trouvère Blondel qui aurait retrouvé son souverain après des mois de recherches. Elle est détruite en représailles par le duc d’Autriche et de Styrie, Frédéric II de Babenberg (1211-1246) vers 1730-1731, en conflit avec Hadmar III (vers 1185-1231) et son frère Heinrich (1185-1233), surnommés « les chiens de Kuenring » qui possèdent également les forteresses voisines de Spitz et d’Aggstein sur le Danube depuis laquelle ils commentent de nombreuses exactions et rançonnent les bateaux de commerce sur le Danube en entravant la navigation fleuve à l’aide d’une lourde chaine en fer. 

La forteresse de Dürnstein où aurait été enfermé Richard-Coeur de Lion, photo © Danube-culture, droits réservés

   Albero V de Kuenring (vers 1215-1260), fils de Hamar III, reste malgré tout en possession de Dürnstein. Tentant de racheter le comportement de son père et de son oncle, Albero V, il y fonde une paroisse en 1240 et Leutold I (1243-1312), son fils aîné, fait don en 1289 à l’ordre des Clarisses d’un terrain au bord du fleuve pour la construction d’un couvent qui sera achevé en 1294. Fermé en 1575 au temps de la Réforme, les bâtiments seront rénovés et transformés, à la demande de Hieronymus Übelbacher (1674-1740), abbé du monastère des chanoines augustins de Dürnstein, en grenier à grain par l’architecte Jakob Prandtauer (1660-1726) en 1715-17163. Le bâtiment est ensuite vendu en 1820 puis devient la possession de la famille Thierry qui l’aménage en hôtel de luxe (1884) et dont les descendants en sont toujours les propriétaires .

L’ancienne église du couvent des Clarisses qui fut transformée en grenier à grain par l’architecte Jakob Prandtauer au début du XVIIIe siècle, photo © Danube-culture, droits réservés

Avec la mort de Leutold III, sans descendant en 1355 s’éteint la dynastie des Kuenring de Dürnstein. Dürnstein devient successivement la propriété des Seigneurs de Maissau, du duc Albrecht IV d’Autriche (1377-1404), d’Ulrich von Eitzing (1395-1460) et revient aux seigneurs de Zelking en 1609. Dürnstein a été pillée à deux reprises par les Hussites (1428 et 1432), assiégée par les armées impériales en 1458, dévastée par les troupes hongroises de Matthias Corvin en 1477 et 1485, détruite par un incendie en 1551 et occupée en 1645 pendant la guerre de trente ans par les Suédois du général Torstenson (1603-1651) qui aménage la forteresse puis la fait sauter au moment de leur repli après avoir échoué à s’emparer de Vienne. C’est à Dürnstein que l’empereur Léopold Ier de Habsbourg apprend en 1683 la fin du siège de Vienne, la défaite des Ottomans et la libération de la ville.

Le clocher de l’église paroissiale du couvent des Augustins surnommé « le doigt de Dieu », photo Danube-culture, droits réservés

   Le clocher bleu et blanc surnommé « le doigt de Dieu » de l’église paroissiale Sainte Marie de l’Assomption, oeuvre des architectes Matthias Steinl (1644-1727) et Josef Mungennast (1680-1741) datant des années 1728-1733 tourné vers le Danube comme pour protéger et encourager les bateliers d’autrefois, les nombreux pèlerins ou autres voyageurs qui se risquaient à descendre le fleuve sur des embarcations parfois difficiles à manoeuvrer, est avec l’abbaye de Melk (rive droite) emblématique de la région de Wachau.
L’église Sainte Marie fait partie du monastère des chanoines augustins construit en 1410 par Otto IV von Maissau (?-1440) sur l’emplacement d’une chapelle dédiée à la Sainte Vierge, à saint Laurent et saint André (1372). Les bâtiments sont rénovés en style baroque par Jakob Prandtauer assisté de son neveu Josef Mungennast et de Matthias Steinl entre 1715 et 1733.   

La nef centrale de l’église avec dans le choeur le tabernacle en forme de globe en bois,  vraisemblablement l’oeuvre de Johann Schmidt, photo © Danube-culture, droits réservés

  L’intérieur de l’église est d’une étonnante luminosité malgré un décor chargé et tout en relief. La voute a été réalisée par l’artiste de la cour Santino Bassi, l’autel par Carl Haringer, le tabernacle en forme de globe en bois, décoré de 44 scènes de la vie de Jésus est vraisemblablement l’oeuvre de Johann Schmidt père de même que les reliefs dorés de la chaire et la plupart des autres sculptures de l’abbaye et de son église. Son fils Martin Johann Schmidt, connu sous le nom de Kremser Schmidt (Schmidt de Krems, 1718-1801) a peint les retables de Sainte Monique et Sainte Catherine des deux chapelles latérales du milieu.

Le peintre Martin Johann Schmidt dit Kremser-Schmidt (1718-1801), 1790

   La petite plaine avoisinante fut aussi le lieu d’une sévère bataille pendant la campagne napoléonienne d’Autriche de 1805. Il semblerait que ce soit le seul affrontement perdu par les armées françaises à l’occasion de celle-ci.

Plaque commémorative au centre de Dürnstein en l’honneur du courage des soldats napoléoniens, photo © Danube-culture, droits réservés, photo © Danube-culture, droits réservés

   Le Maréchal Mortier (1768-1835), maréchal d’Empire, duc de Trévise, dont les troupes sont vaillantes mais débordées par les adversaires plus nombreux de la coalition alliée austro-russe (ici les troupes russes du Maréchal Kutusov) doit s’enfuir avec quelques-uns de ses soldats à bord d’embarcations jusqu’à Krems. On peut dire que de manière générale le Danube (souvent en crue) n’a pas été l’allié de Napoléon durant ses campagnes de 1805 et 1809 mais les équipages des ponts de son armée ont fait preuve pendant les deux campagnes d’Autriche d’un savoir-faire exceptionnel. 

La vue sur le Danube depuis la terrasse de l’église paroissiale Sainte Marie, photo © Danube-culture, droits réservés

La Wachau bénéficie d’un microclimat particulièrement favorable et généreux pour certaines cultures ce que ne manque pas de signaler immanquablement tous les guides et les brochures touristiques autrichiennes et étrangères ce qui a pour effet d’attirer une foule de visiteurs de plus en plus nombreux. Les vergers d’abricotiers (Marillen) s’épanouissent particulièrement sur les rives du Danube. Quand aux vignobles vertigineusement pentus mais prodigues en grands crus, les hommes les ont fait grimper les coteaux sur la rive gauche favorablement orientée jusqu’aux lisières de la forêt.

www.duernstein.at

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, 15 novembre 2020, mis à jour juin 2022

Aux environs de Dürnstein, photo © Danube-culture, droits réservés

L’église Saint-Jean-Baptiste im Mauerthale (Wachau, Basse-Autriche)

   L’église est mentionnée pour la première fois en 1240 en relation avec un don de l’archevêque Eberhard von Salzbourg (1200-1246) au monastère Saint-Pierre de cette même ville. Avec les villages d’Hofarnsdorf, de Bacharnsdorf et de Mitterarnsdorf, la paroisse de Saint-Jean-Baptiste im Mauerthale forma le domaine d’Arnsdorf propriété de l’archidiocèse de Salzbourg de 860 à 1806. 

Sankt Johann im Mauerthale, pointe sèche coloriée de W. Mossman d’après William Henry Bartlett (1809-1854), en face le village de Schwallenbach

   Si un tout premier édifice religieux a été bâti dès le IXe siècle en partie sur les ruines d’une tour de guet romaine, l’église actuelle date en grande partie de la première moitié du XVe siècle.

Reste d’un mur d’une tour de guet romaine sur laquelle a été bâtie l’église saint-Jean-Baptiste, photo © Danube-culture, droits réservés

   La tour de l’église est à la base quadrangulaire avec un clocher octogonal  surmonté à son sommet d’un coq transpercé d’une flèche qui évoque une des légendes populaires du Mur du diable (Teufelsmauer) situé sur l’autre rive du Danube.

Le coq transpercé d’une flèche veille toujours sur l’église saint Jean-Baptiste im Mauerthale, photo © Danube-culture, droits réservés

   L’intérieur se compose d’une nef avec un toit plat avec sur les côtés de belles fresques murales du début du Gothique, datées d’entre le deuxième quart du XIIIe et le XVe siècle.

photo © Danube-culture, droits réservés

   La chaire en style baroque tardif est accessible de l’extérieur. Le maître-autel également baroque dans un  chœur de style gothique est d’une excellente facture.

Le maître-autel baroque et le choeur gothique, photo © Danube-culture, droits réservés

   Le tombeau présumé de Saint-Aubin (Sankt Albinus) se trouvait jusqu’en 1862 dans une niche murale dans le fonds gauche de l’église. Une statue le représente en pèlerin du début du XVIe siècle.

Saint Albin dans sa niche au fonds de l’église, photo © Danube-culture

   La fresque sur le mur extérieur du côté du Danube montrant Saint-Christophe, protecteur des voyageurs a pu être en partie conservée.

Saint-Christophe, photo © Danube-culture, droits réservés

   Juste derrière l’église se trouve un puits couvert de l’époque Baroque. Les lieux ont été, en particulier pour cette  raison et pour le culte de Saint-Albin dont l’église abritait autrefois la tombe présumée, une importante destination de pèlerinage de la fin du Moyen-Âge jusqu’au Baroque. Les innombrables et souvent superstitieux pèlerins venaient y boire l’eau bénite et prometteuse de guérison miraculeuse et les bateliers y pratiquaient aussi différentes offrandes avec des fers-à-cheval. Un autre lieu de pèlerinage, Maria Langegg, situé sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, entre l’abbaye de Göttweig et l’abbaye de Melk, voisine avec la modeste église de Saint-Jean-Baptiste im Mauerthale.  

Le puit couvert à l’arrière de l’église, photo © Danube-culture, droits réservés

L’église de Saint-Jean-Baptiste im Mauerthale se trouve désormais sur la commune de Rossatz-Arndorf.

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, mis à jour avril 2022

Sources :
Die Wachau, Niederösterreichische Kulturwege, NÖ Landesarchiv und NÖ Institut für Landeskunde, St. Pölten
Von Aggstein bis Göttweig, Dunkelsteinerwald, Niederösterreichische Kulturwege, NÖ Landesarchiv und NÖ Institut für Landeskunde, St. Pölten
www.kirchen-am-fluss.at

Austria-forum.at
www.gedaechtnisdeslandes.at

Le clocher octogonal de style gothique tardif, photo © Danube-culture, droits réservés

Mautern la romaine et ses 2000 ans d’histoire

L’église paroissiale Saint Stéphane de Mautern depuis la rive gauche du Danube, photo © Danube-culture, droits réservés

   Détruite par des tributs germaniques qui passent le fleuve sans difficulté durant les guerres marcomanes, la ville est reprise par les armées de l’empereur Marc-Aurèle dont les légions sont originaires de toutes les parties de l’empire. Saint-Séverin (410-482)1, évangélisateur de la province romaine du Norique qui aime à séjourner sur les bords du Danube entre Carnuntum et Passau, s’y installe. Se dévouant au réconfort des populations traumatisées par les invasions, il y fonde un premier monastère (450). Ses reliques seront transférées après l’évacuation de cette province par Rome, dans une église du village de Frattamaggiore près de Naples. Les ruines du camp romain sont réinvesties par la population à la fin du VIIe siècle et les remparts reconstruits.

Les remparts de l’époque romaine enserrent encore une partie de la ville, photo © Danube-culture, droits réservés

Mautern (douane, péage) est mentionné pour la première fois dans les « Annales de Fulda »2 en 899 sous le nom de « Civitas Mutarensis », dans la Chanson des Nibelungen3 et dans le Code des douanes de Rafelstetten (903-906) comme poste frontière, de douane et de justice. S’y tiennent également des foires. L’abbaye de Göttweig toute proche, est fondée en 1083. Après avoir été la propriété de l’abbaye de Kremsmünster, Mautern appartient à partir du Xe siècle aux puissants évêques de Passau. Leurs possessions considérables s’étendent loin vers l’est.

Sur la façade d’une maison, la marque de l’appartenance de la ville aux évêques de Passau

Ils la fortifieront une nouvelle fois au XIIIe siècle et la déteindront jusqu’en 1734, date à laquelle elle est vendue au comte Schönborn. Entretemps, le juge de Mautern a obtenu en 1277  la « Juridiction du sang » qui lui permet de prononcer des châtiments corporels ou de mort sur les coupables. Celle-ci sera transférée par la suite à Krems/Stein sur la rive gauche. Au XVIe siècle, la plupart des habitants de Mautern adopte la doctrine luthérienne mais la Contre-Réforme obligent ceux qui sont restés fidèles à cette doctrine de quitter la ville.
Les armées suédoises occupent Krems/Stein (1645-1646) mais la destruction du pont et une défense acharnée les empêchent de prendre Mautern. Par sa situation au bord du fleuve et son pont, Mautern voit défiler les armées russes poursuivies par les troupes napoléoniennes sur la route de Vienne (1805).
La Wachau est classée au patrimoine mondial au titre des paysages en 2000.

L’église paroissiale Saint Stéphane
Il s’agit à l’origine probablement d’un bâtiment roman datant du XIe siècle. Les parties gothiques de l’église à trois nefs construite vers 1400 ne sont plus que partiellement reconnaissables sous les éléments baroques dominants dus à l’architecte Carlo Antonio Carlone.

Le clocher baroque de l’église paroissiale saint Stéphane baroquisée dans les années 1695/1696, photo © droits réservés

Les 14 tableaux du Chemin de croix de Saint-Martin sont l’oeuvre du peintre Johann Schmidt (1718-1801), dit Kremser Schmidt (vers 1770). Le tableau de l’autel a été réalisé par Andreas Rudroff, un de ses élèves. Près de l’entrée se trouve la pierre tombale de Johann Schmidt, sculpteur et père du peintre.

Photo © Danube-culture, droits réservés

Le château et la chapelle Saint-André
L’édifice à quatre ailes qui se tient tout proche du fleuve, édifié et agrandi entre le XVe et le XVIIIe siècle, sert de siège seigneurial aux évêques de Passau à partir de 972. C’est ici que vivaient les administrateurs des biens fonciers et détenteurs du pouvoir temporel nommés par l’évêque. En 1734, la famille Schönborn acquiert le château et le revend en 1913 à la ville de Mautern après qu’un incendie ait dévasté le monument historique en 1907. Le château ne se visite pas.

Le portail Renaissance du Janaburg
Le portail Renaissance du Janaburg. Le « Janaburg » (ou « Janahof ») désigne un ensemble de bâtiments que fit construire à l’extérieur des remparts en 1576 Sebaldus Janer, un protestant qui s’était distingué lors des guerres contre les Ottomans ce qui lui valut en récompense le titre de « chevalier de Janaburg ». L’entrée se fait par un imposant portail de la fin de la Renaissance en forme d’arc de triomphe. Les bâtiments abritent désormais des appartements privés.

Janaburg Mautern

Photo droits réservés

Le pont de Mautern
Après avoir été autorisée à construire un pont en bois (à péage) dès 1463, Mautern est occupée par les armées du Royaume de Hongrie en 1481.

L’ancien pont en bois avec péage de Mautern construit dans les années 1463, deuxième pont sur le Danube autrichien après celui de Vienne, plusieurs fois détruit au cours de l’Histoire.

   Ce pont sera brulé en 1805 par les troupes russes, reconstruit, de nouveau démoli en 1809, remis sur pied et encore une fois détruit en 1866 lors de la guerre austro-prussienne. Un nouvel ouvrage en fer est érigé en 1895. Il sera dynamité par les armées allemandes à la fin de la guerre et remis en place par les troupes soviétiques en 1945 avec l’aide de prisonniers de guerre.

Le pont (PK 2003, 53)  reliant Mautern à Krems-Stein dans son état actuel, photo © Danube-culture, droits réservés

Autres monuments 
Schloss Baumgarten (1756)
Église paroissiale Saint-Jean-Baptiste de Hundsheim : sa construction remonte au début du Moyen-Âge. Elle devient l’objet d’un pèlerinage à partir du XIVe siècle. Son retable (1758) a pour auteur le peintre Martin Johann Schmidt.
Chapelle Sainte-Marguerite : bâtie en partie sur des vestiges romains, la chapelle est mentionnée pour la première fois dans l’acte de fondation de l’abbaye de Göttweig (1083). Elle abrite de précieuses fresques du XIIe siècle. Une inscription endommagée sur le mur frontal de l’abside fait état de reliques des saints Jean, Paul, Cécile, Agathe et Marguerite. Désacralisée par les réformes de Joseph II, la chapelle Sainte-Marguerite sert ensuite d’étable, de dépôt, de caserne de pompiers et de musée. Elle abrite désormais l’exposition « Civitas Mutarensis »,consacrée à Mautern au Moyen-Âge et au début des temps modernes.
Ancienne route romaine de Mauternbach
Nikolaihof : La cour de lecture du couvent des chanoines de Saint-Nicolas près de Passau, ancien siège central de l’administration du domaine du couvent, est aujourd’hui un domaine viticole (biodynamique) et un hôtel/restaurant réputé. Ce groupe de bâtiments historiques est également construit sur des vestiges de fortifications romaines. De nombreuses parties de bâtiments datent du Moyen-Âge, dont la chapelle Agapit (fin XVe siècle siècle). Elle se trouve probablement à l’emplacement de la chapelle d’origine dédiée à Saint-Agapit, dans laquelle un synode ecclésiastique s’est tenu en 985. La tour de la chapelle a été baroquisée vers 1720.

Les superbes gothiques caves du domaine Nikolaihof, photo droits réservés

www.nikolaihof.at

Notes :
1 Patron des vignerons et des tisserands, saint patron du diocèse de Linz
2 Les Annales de Fulda, appelées aussi Annales Vedastines (Annales Fuldenses), sont des chroniques médiévales rédigées notamment à Mayence. Couvrant une très longue période de la fin du Haut Moyen Âge (714-901), elles sont la principale source d’information concernant la Germanie, c’est-à-dire le Royaume franc oriental.
3 C’est à Mautern (« Mutaren » ) que Krimhild fait, lors de son voyage fatal, ses adieux à l’évèque Pilgrim.

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, avril 2022 

www.mautern-donau.at/tourismus

Musée Romain de Mautern :
Römermuseum Mautern-Favianis-St.Severin
Schlossgasse 12
3512 Mautern
Musées romains sur le Danube autrichien :

www.donau-limes.at

Pour le vin et la gastronomie, Mautern recèle deux trésors :
www.nikolaihof.at/weingut
www.landhaus-bacher.at

Un coq mais aussi des poules se promènent sur le toit d’une maison des XVe/XVIe siècles aux façades décorées de sgraffites (XVIe), photo © Danube-culture, droits réservés

Vignobles danubiens, des territoires ancestraux d’exception !

Les somptueux vignobles de la Wachau autrichienne et leurs voisins de la vallée de la rivière Krems (Kremstal, rive gauche), du Kamp (Kamptal), de la Traisen (Traisental, rive droite) ou des coteaux adoucis de Wagram (rive gauche), pour ne citer que ceux-ci, sont emblématique des magnifiques vins blancs qui sont élaborés sur les terroirs danubiens autrichiens. Le niveau de qualité de ces vins danubiens est toutefois, comme partout, contrasté et va des vins les plus extraordinaires des meilleurs terroirs et parcelles aux plus simples des breuvages (vins rouges) n’apaisant guère (et encore !) que la soif.

Spitz/Danube (rive gauche) et ses vignobles au coeur de la Wachau, une région classée au patrimoine mondial de l’Unesco pour ses paysages viticoles ancestraux, photo © Danube-culture, droits réservés

Quand à Vienne, unique capitale européenne à avoir préserver un vignoble conséquent, elle s’enorgueillit aussi à juste titre de ses nombreuses charmantes et joyeuses auberges et caveaux de vignerons avec cours, jardins, les « Heuriger » et parfois vue sur la ville. Ici l’on vous sert un gouleyant, traditionnel et joyeux vin blanc de production tout-à-fait locale, le « Gemischter Satz » qui peut être élaboré avec 20 différents cépages, parfois biologique (voir l’article sur les vins de Vienne sur ce site).

Le plus petit vignoble viennois, place Schwarzenberg, dont les vins sont vendus au profit d’oeuvres caritatives, photo © Danube-culture, droits réservés

Le Danube est peut-être aujourd’hui, avec le Rhône, la Loire, l’estuaire de la Gironde, le Neckar, la Moselle et le Rhin, l’un des cours d’eau les plus propices à la culture de la vigne du continent européen. Comme pour le sel et d’autres matières (bois, fer, céréales…), on a longtemps acheminé par bateaux sur ce fleuve, avec en particulier les fameuses « Zille », grandes barques en bois à fond plat parfaitement adaptées à la délicate navigation danubienne, depuis les régions de production, d’importantes quantités de barriques de vin vers les capitales et les grandes villes qui jalonnent son parcours, telles Vienne, Bratislava, Budapest, Belgrade et au delà...

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Les vignobles du Haut et Moyen-Danube
Bien que la vigne soit cultivée en Allemagne dans quelques villages bavarois des bords du fleuve comme à Bach/Danube (rive gauche), entre Ratisbonne et Wörth, c’est en Autriche que le fleuve rencontre ses premières grandes régions viticoles : les régions de la Wachau, Kremstal, Wagram, Kamptal, Donauland, Vienne et ses collines, Petronell-Carnuntum (rive droite), la région des thermes (Thermenland, au sud de Vienne) et enfin la région orientale aux frontières de la Hongrie du nord du Burgenland (rive droite), plate et chaude, plaine et terroir féconds pour les vins de cépage Blaufränkisch, Zweigelt, Pinot noir, Carbernet-Sauvignon… mais aussi de grands vins blancs y compris de vendange tardive (Eiswein), plus particulièrement sur les reliefs autour du Neusiedlersee, grand lac peu profond, vestige de l’antique et immense mer panonnienne. La Styrie, la Carinthie méridionale et le Tyrol du sud, aux frontières de l’Italie, se joignent avec bonheur aux territoires viticoles danubiens.
Le niveau moyen de qualité de l’ensemble de la production autrichienne qui s’étend sur 50 000 ha de vignes est l’un des plus élevés d’Europe.

L’Abbaye de Göttweig comme celle de Melk et de Klosterneuburg possède ses propres vignobles, photo © Danube-culture, droits réservés

C’est incontestablement dans la région de la Wachau, entre l’abbaye de Melk et l’abbaye de Göttweig, que s’élaborent les vins blancs secs les plus réputés de ce pays voire d’Europe. On aurait désormais tort de négliger malgré tout les vins des régions voisines de Wagram, Kamptal (rive gauche),Traisental le vignoble de Carnuntum (rive droite), en aval de Vienne, et celui du « Thermenland » avec ses jolis villages, au sud de la capitale, qui réservent de belles surprises à l’amateur oenophile éclairé.

Slovaquie méridionale et Hongrie danubienne (Moyen-Danube)
Le vignoble slovaque (vins blancs) se tient sur la rive gauche (nord) du Danube et borde ses affluents. La production vinicole slovaque a beaucoup progressé depuis quelques années grâce à des vignerons entreprenants et soucieux de qualité. De l’autre côté, sur la rive hongroise se tiennent sur la rive droite les vignobles de la région de l’abbaye de Pannonhalma, au sud de Győr, puis apparaissent les premiers reliefs hongrois et l’excellent petit vignoble d’Ázsár-Nezmély. L’origine de ce vieux vignoble remonte à l’époque romaine. Un bon ensoleillement et une arrière-saison, souvent chaude, permettent de produire en majorité des vins rouges, plutôt légers et quelques vins blancs de qualité. Le Danube baigne ensuite sur la rive droite plusieurs grandes régions viticoles hongroises, de Budapest (district d’Etyek-Buda) jusqu’à la frontière méridionale avec la Croatie danubienne qui n’est pas non plus avares de divins breuvages (vignoble croate septentrional des régions de Baranja et d’Ilok). Ces paysages viticoles ont été façonnés par l’homme avec l’aide du fleuve et de ses affluents dont la Drava (Slavonie croate). Parmi les meilleurs vins rouges hongrois, on peut recommander ceux  des régions de  Szekszard, Tolna, Villány, Pecs… D’autres vignobles s’épanouissent aussi sur la rive gauche entre Danube et Tisza (vignobles de Kunság, Congrád, Hajós-Baja…).
Les vins hongrois danubiens offrent de belles émotions tant en rouge qu’en blanc voire rosé et méritent une redécouverte et une reconnaissance plus largement partagée comme celle que connait le légendaire Tokaji Aszú, l’un des vins doux les plus raffinés au monde et qui est désormais inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco. La surface viticole compte en totalité 65 000 hectares cultivés par 32 000 vignerons. Quelques cépages :  Bikáver, Blauburger, Cabernet Franc, Kadarka, Pinot Noir, Zweigelt, Turán, Kékfrankos, Merlot,  Portugieser… (rouges), Chardonnay, Cirfandli, Irsai Olivér, Hárslevelü, Olaszrisling, Sauvignon blanc, kéknyelü, Kövidinka, Sárgamuskotály, Tramini Zenit, Szürkebarát, Zöldveltelini…(vins blancs).

Les vignobles serbes, croates, roumains et bulgares du Bas-Danube : le renouveau d’un savoir faire ancestral
Dans les Balkans danubiens, l’amateur de découvertes sera tout à la joie de rencontrer des vins et des cépages parfois inconnus qui sortent encore relativement peu de leur zone de production comme celles du Banat serbo-roumain, de Vojvodine et de Fruška Gora en Serbie septentrionale, de Ruse, Pleven, Veliki Tarnovo et Vidin en Bulgarie (rive droite), des collines de l’Olténie (Dealu Mare) et de la Drobrogea en Roumanie. Malmenés par la période communiste, peu avide en élaboration de vins de qualité, ces vignobles apportent de bonnes (et moins bonnes) surprises qui illustrent l’hétérogénéité actuelle de la production mais il est évident que la qualité progresse rapidement. À noter que des vignerons français et italiens se sont, depuis quelques temps, installés sur les terroirs serbes et roumains danubiens et les versants septentrionaux de la Dobrogea roumaine. Leur présence influence les méthodes de vinification. Les vins élaborés ces dernières années, parfois de façon biologique, suscitent de plus en plus nombreux commentaires élogieux et de belles perspectives dans l’avenir. Certains vins serbes et roumains (et hongrois) se retrouvent dans les caves et sur les tables de grands restaurants fraçais !
Les conditions climatiques de la prochaine décennie seront déterminantes pour l’avenir des vignobles du Bas-Danube.

Le « Bermet », un vin serbe d’anthologie inclassable et à l’élaboration secrète, toujours cultivé en Vojvodine à Sremski Karlovci (rive droite), sur les bords du Danube, au pied de la belle Fruška Gora, photo © Danube-culture droits ré,servés

Mentionnons parmi les cépages cultivés le long du fleuve, outre les Riesling d’origine allemande et les transfuges français comme les Cabernet, Merlot et Pinot pour les rouges, le Sauvignon et le Chardonnay pour les blancs, les excellents Grüner Veltliner autrichiens (blanc), les Frankovka (rouge) ou l’Ezerjo slovaque, le Kadarka et  l’Olazriesling hongrois.

Photo © Danube-culture, droits réservés

En Croatie continentale on pourra déguster des vins de cépages Graševina et Traminer, en Serbie on découvrira un vieux cépage local traditionnel, le Procupac. Si l’on a beaucoup et sans doute un peu trop planté de Cabernet et de Merlot en Bulgarie danubienne, le pays possède aussi des cépages locaux intéressants comme le Mavrud, le Melnik (rouge), le Dimiat ou le Rkatsiteli (blanc).
La Roumanie est également riche en variétés locales et trésors insoupçonnés. Vignerons et oenologues valorisent de mieux en mieux les cépages Feteasca Neagra et Babeasca Neagra (rouge), les Feteasca Alba, Feteasca Regala, Cramposia (blanc). Là aussi souvent le meilleur comme le plus médiocre se côtoient encore mais la transition fait progresser la qualité. De beaux vins blancs aux raisins sucrés et ensoleillés sont produits à partir des variétés Grasa et Tamioasa jusque dans le delta du Danube.
La Moldavie peut aussi revendiquer des vins dignes d’être appréciés par les connaisseurs. Quant aux villages ukrainiens du delta, leurs habitants produisent un vin sympathique et de consommation uniquement locale .

Sur les vins roumains et le réchauffement climatique :
Irimia, L.M., Patriche, C.V. & Roșca, B. Theor Appl Climatol (2018) 133: 1. Climate change impact on climate suitability for wine production in Romania
https://doi.org/10.1007/s00704-017-2156-z

 Sur les vins autrichiens :
www.vinea-wachau.at
www.kremstal-wein.at
www.wienerwein.at
www.oesterreichischwein.at

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, révisé mars 2022

Le château de Schönbühel (Wachau)

Le château avec sa tour caractéristique tels qu’on les aperçoit aujourd’hui à la sortie de Melk, date du début du XIXe siècle. Au sommet de deux rochers d’une quarantaine de mètres de haut qui plongent directement dans le lit du Danube et qui sont appelés familièrement la vache et le veau, ce monument historique a été remanié à plusieurs reprises.
Comme dans de nombreux endroits stratégiques de la vallée du Danube, il est vraisemblable que les Romains avaient déjà bâti à cet endroit une forteresse ou du moins une tour de guet afin de surveiller le fleuve, le Danube faisant alors à la fois office de frontière et d’artère commerciale. Un premier château-fort médiéval est construit à la fin du XIe-début du XIIe siècle par deux frères, Marchwardus et Friedrich von Schoenbuchele, vassaux de l’évêché de Passau, sur l’emplacement de la tour de guet
. Dans l’enceinte même de ce château-fort se trouve une école et une église dans laquelle les messes et les cérémonies auront lieu jusqu’en 1667.

Le château de Schönbühel, gravure de Georg Matthäus Vischer (1628-1696) extraite de son recueil « Topographia Archiducatus Austriae Inferioris Modernae », 1672

Lorsque leur descendant, Ulrich von Schoenbuchele, meurt au début du XIVe siècle, la dynastie des Schoenbuchele s’éteint. Le château devient alors la propriété de Konrad (IV) von Eisenbeutel dit l’ancien puis en 1323 de l’évêché de Passau1 qui l’administre mais est contraint de le vendre en 1396 à Gundakar von Starhemberg, dernier seigneur féodal de Gallneukirchen vraisemblablement pour des raisons financières. Gundakar von Starhemberg et son frère Kaspar vont soutenir le mouvement de la Réforme au XVIe et feront de Schönbühel un centre du protestantisme. Après s’être converti au catholicisme en 1639, Konrad Balthasar von Starhemberg (1612 -1687) fait édifier à proximitié du château, entre 1666 et 1674, le monastère de l’ordre des Servites sur des ruines surnommées par les habitants du voisinage « le château du diable ». Son fils, le comte Ernst Rüdiger von Starhemberg (1638-1701), gouverneur militaire de Vienne, a marqué l’histoire de l’Autriche par son courage exceptionnel et sa défense héroïque de la capitale autrichienne assiégée pour la deuxième fois de son histoire par les armées ottomanes de Kara Mustafa (1683).

Le comte Ernst Rüdiger von Starhemberg (1638-1701)

Pendant plus de quatre siècles, la seigneurie de Schönbühel demeure la propriété de la famille Starhemberg. Cette famille possédait également dans la Wachau la forteresse d’Aggstein ainsi que les droits de péage pour la navigation sur le fleuve y dont abusèrent sans scrupule certains occupants précédents des lieux comme Hadmar III von Kuenring ou encore Jörg Scheck vom Wald.

Le château de  Schönbühel, peinture de Jakob-Placidus Altmutter (1680-1820), vers 1817

Franz Graf von Beroldingen (1791-1864), membre d’une vieille famille de la noblesse d’origine suisse, acquiert le château de Schönbühel en 1819 et le fait reconstruire sur les anciennes fondations de la forteresse initiale (1819/1821) dont quelques vestiges sont encore visibles dans le clocher de la chapelle du château. Schönbühel est ensuite revendu en 1929 au comte Oswald Seilern und Aspang (1900–1967) dont la famille est expulsée par les armées soviétiques lors de l’occupation de l’Autriche  à la fin de la deuxième guerre mondiale. Le château est ensuite restitué aux Seilern-Aspang qui en sont toujours propriétaires.

Photo © Danube-culture, droits réservés

Une communauté juive vécut du Moyen-Âge jusqu’en 1671 dans le petit village au pied du château et dont le nom est mentionné dans un document officiel de l’année 1538. La synagogue se trouvait sur le site de la maison actuellement n° 147. Le cimetière juif du Kettental, au nord-est du village, n’a pu être localisé avec précision. Entre juin 1944 et avril 1945, des membres de la communauté juive hongrois ont été réquisitionnés par l’administration du domaine de Schönbühel et travaillaient à diverses taches (gestion et forêts).

Notes :
1Selon certaines sources la seigneurie et son château deviennent la possession de l’abbaye voisine de Melk.

Danube-culture, © droits réservés mars 2022

Sources : 
www.schoenbuehel.at
www.gedaechtnisdeslandes.at
www.museumnoe.at
Barbara Staudinger, « Gantze Dörffer voll Juden », Juden in Niederösterreich 1496-1670, Mandelbaum Verlag, Wien 2005

Portail d’entrée, photo © Danube-culture, droits réservés

L’abbaye bénédictine de Göttweig (Basse-Autriche) surnommée le « Monte Cassino » autrichien

   « Les monastères de l’Autriche doivent, en général, leur origine à Charlemagne ; presque tous ils revendiquent l’honneur d’avoir été fondés par lui. Celui de Göttweig, néanmoins, où nous venons de nous arrêter, est attribué à Altmann, évêque de Passau qui mourut en 1091, vingt ans après l’avoir fondé. Ce couvent, quoiqu’il date de 750 ans, n’est pas encore achevé ; les travaux en ont été fréquemment interrompus ; il est à craindre, au reste, qu’il ne soit jamais terminé. Vingt-deux églises paroissiales, quatre villes, un nombre infini de villages et de hameaux étaient jadis soumis à la juridiction du monastère, et lui, ne reconnaissait que celle du pape, qui, seul, avait le droit de le visiter. Le Saint Père usa rarement de ce privilège. Les Turcs, au grand déplaisir des bons Augustins2, dont il est la propriété, s’en firent trop souvent ouvrir les caves et les trésors.

Photo © Danube-culture, droits réservés

 Au reste, ce monastère a perdu beaucoup de ses apanages, de ses revenus et de sa puissance. Les moins sont hospitaliers, bien appris, et les étrangers, comme les habitants des environs, y sont toujours reçus avec courtoisie. Dans la belle saison, le beau tableau que, de là, présente le Danube, et dont le pinceau le mieux inspiré ne peut rendre que faiblement les traits, attire au couvent de Göttweig une foule de pèlerins de tout sexe, de tout âge, de toutes conditions, qui y affluent des campagnes voisines à plus de dix lieues à la ronde. Nous nous en sommes éloignés pleins d’enthousiasme et d’admiration; comme le doivent être des voyageurs amoureux des nobles ouvrages de l’art, des sites où la nature déploie ses plus merveilleux atours ; pleins de reconnaissance pour l’accueil bienveillant et fraternel qu’on nous y a fait.
Un jour, il y a de cela quarante ans de cela, Napoléon trouvait dans le réfectoire des Göttweig un déjeuner confortable servi avec des soins, une prévenance dont il parut enchanté. Bien que sa présence en ce lieu, en compagnie de ses illustres généraux, ne plût que médiocrement aux timides cénobites, il fut traité avec non moins de magnificence que de respect ; toutefois, les grands sabres, les épées, les habits chamarrées d’or et de broderies, tout cela flamboyait trop aux yeux des pacifiques chanoines et leur causait d’importuns éblouissements… »
William Beattie (1793-1875) , Le Danube illustré, pour faire suite à Constantinople ancienne et moderne, au voyage en Syrie etc, Vues d’après nature dessinées par [William Henry] Bartlett [1809-1854], gravées, ,  par plusieurs artistes anglais, Édition française revue et corrigée par H-L. Séverac, H. Mandeville, Libraire-Éditeurs, 42 rue Vivienne, à Paris, [1849]

« Derrière Mautern sur une montagne couverte de bois, haute de 220 mètres se trouve le couvent des Bénédictins de Göttweih, que l’on aperçoit déjà du bateau derrière Dürrenstein (Dürnstein). Remarquables dans ce couvent sont : l’église avec son portail, le choeur, le superbe escalier à fresque, la chambre de l’empereur et la bibliothèque avec 40 000 volumes, des monnaies, des estampes et une collection d’histoire naturelle. Le couvent fut fondé en 1072 par l’évêque Altmann de Passau et donné aux Bénédictins en 1093 qui le possèdent encore aujourd’hui ; à cause de sa grande richesse l’abbaye reçut le surnom  : « À la monnaie sonnante » (Zum klingenden Pfennig). »
Alexandre François Heksch (1836-1885), Guide illustré sur le Danube de Ratisbonne à Souline et indicateur de Constantinople, avec 50 illustrations en taille de bois et 5 cartes, Vienne. Pest. Leipsic., A Hartleben, Éditeur, 1883

L’abbaye bénédictine de Göttweig depuis les rives du Danube à la hauteur de Krems, photo © Danube-culture, droits réservés

Transmis à l’ordre des Bénédictins en 10943, Göttweig voit également la fondation d’un monastère de nonnes (vers 1100) qui s’installent par la suite dans les  nouveaux couvents de Garsten (1107) et de Seitenstetten (1116). L’abbaye devient rapidement un centre religieux et scientifique. Un moine y rédige la « Vita Altmanni Episcopi Pataviensis » au XIIe siècle.

L’évêque Altmann de Passau, photo droits réservés

Les annales de Göttweig dans lesquelles on trouve des informations sur les  immenses possessions dispersées du monastère sont parmi les plus documentées d’Autriche. L’abbaye connaît une période sombre au XVIe siècle lors des guerres et des destructions liées aux invasions ottomanes qui la mène au bord des ruines. Elle retrouve sa prospérité et ses activités religieuses et scientifiques à partir du XVIIe siècle et est reconnue comme l’un des principaux centres de la Contre-réforme. Un incendie détruit une grande partie des bâtiments en 1718. Aussi l’abbé Gottfried von Bessel (1714-1749) décide t-il de la rebâtir et en confie la reconstruction à l’un des plus prestigieux architectes du Baroque et ingénieur militaire, Johann Lukas von Hildebrant (1668-1745), auteur du palais Schwarzenberg (1697) et des deux palais du Belvédère (1714-1722) du prince Eugène de Savoie à Vienne. L’architecte imagine un projet grandiose qui ne sera que partiellement achevé. La décoration intérieure est confiée aux peintres réputés Martin Johann Schmidt (1718-1801), né dans le petit village de Grafenwörh près de Krems et Paul Troger (1698-1782) dont on retrouve aussi les peintures inspirées dans les abbayes de Melk, d’Altenburg, de Zwettl et de Seitenstetten. Göttweig possède une impressionnante collection d’oeuvres d’art (peintures, tapisseries des Gobelins, parures, objets liturgiques, manuscrits armes à feu…) ainsi qu’un remarquable cabinet d’estampes.

Photo © Danube-culture, droits réservés

L’église abbatiale de Sainte-Marie de l’Assomption occupe une position centrale privilégiée. Sa nef de style baroque primitif (1635-1642), son chœur gothique (1402-1431) et sa façade baroque à deux tours (1722-1765) forment un ensemble exceptionnel. Le grand escalier surplombé une par une fresque de Paul Troger (1739) ainsi que les chambres impériales, en particulier la salle Altmanni, ses peintures baroques et ses vedutas de J.S. Hötzendorfer, illustrent le soin et le goût avec lesquels l’abbaye a été décorée.

L’escalier impérial et la fresque de Paul Troger, photo wikipedia, Uoaei1

Tout faillit pourtant disparaître au XXe siècle pendant la triste période du national-socialisme. Les exploitations agricoles et forestières du monastère furent confisquées, les moines expulsés, les trésors culturels dispersés et les bâtiments dévastés. Les moines ne revinrent à l’abbaye qu’en 1945 et la restaurèrent au prix d’un travail considérable.
31 paroisses dépendent aujourd’hui encore de l’abbaye de Göttweig.

La légende des apôtres en or protecteurs de Göttweig !
   Les moines bénédictins de l’abbaye de Göttweig ont toujours eu la vie belle ! Ils ne souffrirent d’aucune maladie, d’aucune peur ni d’aucun malheur, enfin presque…  Sous la terre, dans une grotte secrète de leur colline, se trouvent des statues des apôtres recouvertes d’or et dont la barbe étrangement ne cesse de pousser. parmi les moines seuls les trois dignitaires supérieurs du monastère, l’abbé, le prieur et l’intendant, connaissent l’endroit précis où se cache cette grotte. Ils y descendent en secret une fois par an pour raser les barbes dorées. Les douze statues dorées des apôtres étaient au complet à l’origine mais aujourd’hui il n’en reste plus que onze car un jour qu’ils étaient dans une misère absolue, les moines de Göttweig furent obligés malgré eux de vendre une des statues. La légende ne dit pas laquelle !
Thomas Hoffmann, Clemens Hoffmann, Wachau, Wunderbares, Sagenhaftes, Unbekanntes, Kral Verlag, Berndorf, 2013, p. 126

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, mars 2022
stiftgoettweig.at

Notes :
1L’une des figures les plus remarquables de l’épiscopat allemand de son époque et l’un des évêques les plus importants de Passau. Il est est enterré à Göttweig dans la crypte de l’abbatiale. Un moine de ce monastère écrivit sa Vita vers 1140 ; elle fut remaniée en 1192-94 par un abbé de passage, Rupert.
des Bénédictins et non pas des Augustins comme l’écrit William Beatie
3 Le premier abbé, Hartmann, provient du monastère de Sankt Blasien en Forêt-Noire.

La chapelle Erentrude (XIIIe siècle), photo © Danube-culture, droits réservés

Le monastère de Schönbühel en Wachau et le philosophe Franz Brentano

Le monastère servite de Schönbühel vue depuis l’amont, photo © Danube-culture, droits réservés   

   Les Starhemberg, une des plus vieilles familles de la noblesse de l’archiduché d’Autriche, prennent possession du château-fort et du domaine de Schönbühel en 1411. Ils en resteront les propriétaires durant plus de quatre siècles. Ludwig (1564-1620) et Gotthard von Starhemberg (1563-1624) ainsi leur frère Martin (1566-1620) seront des fervents adeptes du protestantisme et participeront à la célèbre bataille de la Montagne Blanche (Bilá Hora) de Prague en novembre 1620. cette bataille capitale bien que n’ayant duré que deux heures, est remportée par les troupes catholiques de l’empereur du Saint-Empire romain germanique Ferdinand II de Habsbourg (1587-1637) sur celles du roi de Bohême Frédéric V (1596-1632). Ce sera le début de la reconquête catholique des Pays de Bohême.

Le château et le monastère de Schönbühel vers 1820, le peintre hollandais (?) a également représenté la forteresse d’Aggstein en arrière-plan

   En raison de leur participation à cette bataille et à d’autres exactions contre des biens catholiques, les trois frères Starhemberg sont sévèrement punis par l’empereur et leurs biens confisqués. Leur frère Paul Jakob (1560-1635), resté prudemment en retrait des affrontements, peut avec beaucoup de difficultés conserver le domaine de Schönbühel. Son fils, Conrad Balthazar comte de Starhemberg (1612-1687)1, qui s’est converti au catholicisme, commence par faire édifier en 1666 à l’endroit où se trouvent des ruines de sinistre réputation, auréolées de légendes et tout autant maudites des bateliers du Danube (rochers dans le lit du fleuve), une chapelle sur le modèle de l’église du Saint Sépulcre de Jérusalem. Sa volonté était d’aider les habitants de la contrée à mieux se représenter les scènes essentielles de la vie du Christ et celles de la passion. La première messe est célébrée dans la chapelle en 1667 pour la nuit de Noël, le calvaire baroque est achevé en 1669.

Jakob Alt (1789-1872), vue sur la vallée du Danube et sur le cloître de Schönbühel, 1847

L’ensemble des travaux de construction du monastère sont dirigés l’architecte originaire de Kufstein, Christoph Schachinger. Dans l’église Sainte-Rosalie du monastère une chapelle funéraire a été placée dans le chœur et la crypte a été conçue comme une grotte de Bethléem. C’est le seul exemple autrichien d’une réplique de la grotte de la Nativité. La chapelle Peregrinus, bâtie ultérieurement (1737), a été décorée de fresques rococo par le peintre Johann Wenzel Bergl (1719-1789), élève talentueux et original de Paul Troger (1698-1762) et un des peintres préférés de l’impératrice Marie-Thérèse qui le mit largement à contribution pour décorer certains des appartements de Schönbrunn et de la Hofburg (Vienne). Berlg a peint également ses fresques « exotiques » pour le pavillon du jardin de l’abbaye de Melk et celles du château de Donaudorf, désormais sous les eaux du Danube depuis la construction de la centrale d’Ybbs-Persenbeug en 1954.

Le calvaire baroque datant de 1669, photo © Danube-culture, droits réservés

    Se conformant à un souhait de la veuve de l’empereur Ferdinand II, Éléonore de Mantoue (1598-1655) auprès de laquelle il avait servi comme maître des écuries de la cour, Conrad Balthazar fait aménager entre 1670 et 1674 (1675?) une réplique adaptée de la grotte de la Nativité dans le rocher même à laquelle on accède par 54 marches. De nombreux se rendaient au monastère de Schönbühel par bateaux. 

La grotte de Bethlehem, photos droits réservés

En 1669 l’église du château, dont les moines servites ont aussi la responsabilité, a acquis le statut de paroisse avec la bénédiction de l’évêque de Passau qui autorise également la création d’un cimetière.

L’église paroissiale sainte Rosalie, photo droits réservés

Les statuts juridiques, établis en 1672, permettent à  cinq moines et deux frères laïcs de résider au monastère. Schönbühel devient rapidement, grâce à sa réplique de l’église du Saint Sépulcre, un lieu de pèlerinage très fréquenté à la période baroque. L’empereur Léopold Ier de Habsbourg s’y rend en 1675. Lors de l’épidémie de peste de 1679, la réputation du pèlerinage de Schönbühel et de son église dédiée à sainte Rosalie est alors à son apogée. Une Fraternité du scapulaire est fondée et un Livre des miracles témoigne de nombreuses voeux de guérison exaucés.

La cours intérieur du monastère, photo C. Jansky, droits réservés

Le château qui n’est plus guère habité ni entretenu, commence à tomber en ruine. Il est vrai que Conrad Balthazar Starhemberg s’est fait construire entretemps, de 1661 à 1667, un palais baroque sur la place des Minorites à Vienne et que sa famille possède de nombreux autres domaines en Autriche et dans des pays voisins parmi lesquels la forteresse voisine d’Aggstein (1685).

Le palais Starhemberg sur la place des Minorites à Vienne, gravure du XVIIIe siècle, collection privée

   Le monastère prospérera jusqu’au règne de l’empereur Joseph II de Habsbourg (1765-1790) qui, en tant que fervent partisan des Lumières et par des réformes audacieuses, met fin à de nombreuses activités religieuses, restreint les pèlerinages, ferme des couvents et supprime certains ordres à tel point que le pape s’en inquiète. Dans ce contexte défavorable et en raison du nombre de plus en plus restreint de moines qui y demeurent, il est même envisager de fermer le monastère. Mais les droits paroissiaux reposant sur l’église du monastère depuis 1786 empêchent toutefois sa dissolution. Le monastère se retrouve d’autant plus dans une situation périlleuse qu’il est pillé par les armées françaises pendant les campagnes napoléoniennes d’Autriche en 1805 et 1809. Le manque de moyens empêche d’entretenir correctement les bâtiments et, de nouveau, le monastère qui recevra la visite de la toute jeune princesse Elisabeth d’Autriche (1837-1898) en 18443 est menacé de dissolution à plusieurs reprises. Faute de moine y résidant, il est administré à partir de 1904 par la section tyrolienne de l’ordre des servites qui, après avoir commencé à le restaurer finit par le fermer définitivement en 1980. Les bâtiments sont alors restitués à l’administration du château de Schönbühel. L’église paroissiale du monastère est rattachée au diocèse de Sankt Pölten.

La chapelle du tombeau du Christ surplombe le Danube, photo © Danube-culture, droits réservés

   L’architecture des bâtiments date du début de l’époque baroque et est d’une grande sobriété. Restée pratiquement la même depuis la construction du monastère elle s’intègre harmonieusement dans le paysage escarpé de ces rives danubiennes. Une « Via sacra » (chemin de pèlerinage) relie le monastère à l’église de Maria-Langegg, un autre haut-lieu de pélerinage.  

   En 1887, le philosophe et psychologue Franz Brentano (1838–1917), neveu du poète Clemens Brentano (1778-1842) et qui fût le professeur à l’université de Vienne de Sigmund Freud (1856-1939) et d’Edmund Husserl (1859-1938), découvrit à l’occasion d’une promenade à Melk, la taverne construite par la famille des comtes Starhemberg au XVIIe siècle à proximité du monastère.

Franz Brentano (1838-1917) pendant ses années viennoises vers 1880, photo des Archives Franz Brentano, Université de Würzburg, Allemagne

Séduit par l’emplacement et par le fait que la taverne lui rappelait la maison de ses parents à Aschaffenburg, il l’acheta et l’aménagea pour en faire sa résidence d’été jusqu’en 1914, y recevant ses invités autour de conversations philosophiques. L’ancien prêtre défroqué, le « grand-père de la phénoménologie », opposé à toute forme d’absolutisme, que ce soit dans les communautés politiques, religieuses ou scientifiques, entretint de bons contacts avec ses voisins du monastère servite. Le philosophe autrichien Alfred Kastil (1874-1950) s’installera pendant la seconde guerre mondiale dans la maison jusqu’à sa mort pour travailler à l’édition des oeuvres de F. Brentano.

Eric Baude pour Danube-culture © droits réservés, janvier 2022 

Le monastère est accessible à la visite à certaines conditions :
www.klosterschoenbuehel.at

Le monastère, les chapelles, le calvaire, l’ancienne auberge transformée en résidence d’été par F. Brentano (à gauche) et le cimetière, photo prise dans les années 1970 

  Notes :
1 Ernst Rüdiger von Starhemberg (1638-1701) s’est en particulier illustré dans la lutte contre l’empire ottoman. Commandant courageux de la garnison qui défendait Vienne pendant le siège de 1683, il refusa de capituler et sauva la ville malgré l’arrivée tardive des troupes catholiques qui mirent en déroutent l’impressionnant armada turc.
2 Les fresques ont été heureusement préservées et transférées au château Laudon à Vienne.
3 La scène est reprise dans le film d’Ernst Marieschka Sissi (1955). 

Sources :
FLOSSMANN, Gerhard, « Der Bezirk Melk », Band 2 einer Bezirkskunde: Ein Kultur- und Reiseführer. 1994, S. 251–256
HÄUSLER, W. Geschichte des Servitenklosters Schönbühel, Dissertation, Wien 1969
HOFFMANN, Thomas, HOFFMANN, Clemens, Die Wachau, Wunderbares, Sagenhaftes, Unbekanntes, Kral Verlag, Berndorf, 2013
PLÖCKINGER, N.N. Wachausagen. N°. 15, p. 24
PERNERSTOFER, Matthias, Errichtung und Neuausstattung des « Gottseligen Hauß Bethlehem » im Kloster Schönbühel an der Donau, Hollitzer, Wien, 2019
OPPEKER, Walpurga, « Das Servitenkloster Schönbühel in Bildern: Ergänzungen zur Baugeschichte ». in Das Waldviertel, Heft 77/3, 2008, pp. 241–255
BAUMGARTNER, Wilhelm, « Le contenu et la méthode des philosophies de Franz Brentano et Carl Stumpf « , Les Études philosophiques, 2003/1 (n° 64), p. 3-22. DOI : 10.3917/leph.031.0003. URL : https://www.cairn.info/revue-les-etudes-philosophiques-2003-1-page-3.htm
À l’école de Brentano, de Würzburg à Vienne, traduction sous la direction de Denis Fisette et Guillaume Fréchette, Vrin, Paris, 2007

www.kloster-schoenbuehel.at
www.schoenbuehel-aggstein.at
www.kirche-am-fluss.at

Vue sur le Danube depuis le monastère de Schönbühel, photo © Danube-culture, droits réservés

La légende du « mur du diable » et la rose d’Aggsbach (Wachau)

Le Mur du diable, gravure d’Adolph Kunike (1777-1838) extraite de l’Album Donau-Ansichten, 1824

Le Mur du Diable
   C’était il y a longtemps, dans le temps où le diable exerçait un métier fort difficile où, pour gagner une âme, une seule âme qui bien souvent encore lui échappait, il prodiguait les trésors de ses grottes souterraines et opérait des prodiges. À présent, il n’a pas besoin de courir le monde, la bourse à la main, comme un racoleur. Il se repose de ses premières fatigues, comme un courtier qui a su se faire une bonne clientèle. Les âmes n’attendent pas qu’il vienne les chercher, elles vont d’elles-mêmes à lui et se font peu marchander.

Donc, en ces jours de splendides contrats diaboliques, il y avait en Wachau, aux châteaux-forts de Spitz et d’Aggstein, deux chevaliers épris à la fois de la même jeune fille. Celui d’Aggstein était le préféré de la demoiselle. Mais la timide jeune fille, n’osant se prononcer ouvertement entre deux puissants rivaux, déclara, pour prévenir une fatale collision, qu’elle épouserait celui qui remporterait le prix à un tournoi de Vienne. En même temps, elle priait ardemment le ciel de favoriser celui qu’elle aimait, et le ciel exauça ses prières.

Château de Spitz Bartlett

Ancienne forteresse Hinterhaus de Spitz/Donau, siège de la dynastie des Kuenringer et des Maissauer, gravure de W. H. Bartlett (1809-1854), Le Danube illustré, Vues d’après nature dessinées par Bartlett, H. Mandeville, Libraire-Éditeur, Paris, 1849 

Le sire d’Aggstein revenait de la capitale de l’Autriche, heureux de sa victoire, heureux surtout d’avoir conquis par sa couronne d’athlète son triomphe de fiancé. Pendant qu’il rêvait joyeusement à son mariage, son pauvre rival errait le soir sur les bords du Danube, dans l’humiliation de sa défaite et le désespoir de son amour.

Le Danube et la forteresse d’Aggstein, gravure d’Adolph Kunike extraite de l’Album Donau-Ansichten, 1824

— Pourquoi cet air sinistre ? lui dit un petit homme d’une figure étrange qui tout à coup apparut devant lui. Il semblerait, à vous voir, que vous méditez quelque horrible projet.
— Oui, répondit le chevalier, je projette de me précipiter dans cette onde pour y ensevelir ma honte et ma douleur.
— Misérable idée ! reprit avec un sourire sardonique le Méphistophélès du Danube, je puis vous en donner une meilleure : je connais la cause de votre sombre résolution. En ce moment, votre rival navigue gaiement sur les flots au-devant de la riante petite tête d’enfant qu’on appelle « la rose d’Aggsbach ».
Que me donnerez-vous si, par l’effet de ma puissance, dont il est inutile de vous révéler le secret, je l’arrête ici même à son passage et vous ramène à celle que vous aimez ?
— Tout, s’écria le chevalier éperdu.
— Votre âme ?
— Mon âme, que j’allais vouer au démon du suicide.
— Très bien, c’est convenu. Cette nuit mon oeuvre, et demain votre mariage. Aussitôt le diable (car c’était le diable) se met à l’oeuvre et, de son bras magique, entasse pierre sur pierre, monticules sur monticules pour étendre sur le fleuve une barrière contre laquelle viendraient se briser toutes les chaloupes. Déjà il avait accompli une grande partie de son oeuvre maudite, il allait l’achever quand soudain le coq d’Aggsbach chanta.

Aggsbach, gravure de Franz Xaver Joseph Sandmann (1805-1856), vers 1860 (?)

L’infernal pontonnier lui lança une flèche dans la tête. Mais au même instant le jour parut, et la lumière du  jour mettait fin à ses maléfices. La digue resta inachevée et le bateau du chevalier d’Aggstein put franchir l’obstacle sans encombre.

Le chevalier de Spitz se retira dans un couvent pour y expier, en de rudes pénitences jusqu’à la fin de ses jours, sa criminelle erreur, et, en mémoire de ce merveilleux événement, les habitants d’Aggsbach1 posèrent au faite de leur clocher un coq dont la tête est traversée par une flèche.

Xavier Marmier, Du Danube au Caucase, voyages et littérature, 1854

Note :
1 C’est en fait sur le clocher de l’église toute proche de Sankt Johann im Mauerthale que se trouve précisément le coq dont le corps est traversé d’une flèche.

Sankt Johann in Mauerthale (Saint-Jean-Baptiste) au bord du Danube, ancien haut-lieu de pèlerinage, gravure de William Henry Bartlett, colorée par William Mossman (1804-1884), vers 1845  

La forteresse d’Aggstein en Wachau : un haut-lieu des légendes danubiennes

Construite, dans sa partie la plus ancienne, à la fin du XIe et au début du XIIe siècle par Manegold III von Acchispach, elle tombe ensuite dans les mains de la dynastie des Kuenring von Aggsbach-Gansbach jusqu’à leur extinction au XIVe siècle.

   Une légende raconte qu’Hadmar III von Kuenring contrôlait et entravait selon son bon vouloir la navigation sur le fleuve à l’aide d’une solide chaîne de fer qu’il faisait tendre en travers du fleuve à l’arrivée des bateaux. Exaspéré par ses pratiques, le duc Friedrich II von Babenberg, duc d’Autriche (1211-1246) décida de s’emparer sans succès de la forteresse. C’est par la ruse qu’il réussit à mettre fin aux exactions d’Hadmar III von Kuenring. Un marchand de Vienne avec un bateau lourdement chargé de marchandises qui cachaient une troupe des soldats puissamment armés dans ses cales, fut arrêté par la chaine dressée en travers du fleuve. Le maître des lieux monta sur l’embarcation et les soldats s’en emparèrent. Ils rentrèrent à Wiener Neustadt avec leur précieux prisonnier. La vengeance du duc Friedrich II von Babenberg fut toutefois clémente puisque Hadmar III von Kuenring recouvra la liberté en échange de la restitution des biens dont il s’était emparé. Repentant, il serait mort en pèlerinage quelques années plus tard non loin de Passau.

Une des chaines qui servaient autrefois à entraver la navigation sur le Danube (collection du Musée de l’armée de Vienne), photo © Danube-culture, droits réservés

En 1429, la forteresse devient la propriété du conseiller ducal Jörg Scheck vom Wald (littéralement « La terreur de la forêt ») qui l’avait reçu des mains du duc Albrecht V de Habsbourg dit « le Sage » (1298-1358), ultérieurement duc d’Autriche sous le nom d’ Albrecht II. Délabrée, la forteresse est reconstruite à la demande de celui-ci. Une période sombre pour la forteresse car son propriétaire, surnommé « le mangeur de fer » (der Einsenfresser) ou le vengeur sanguinaire » (der Blutracher) s’illustre par son comportement particulièrement sanguinaire et malhonnête. Chargé, à partir de 1438, de contrôler la navigation des bateaux sur le Danube d’amont en aval et d’entretenir le chemin de halage pour les embarcations montantes, il ne peut s’empêcher d’abuser de ses fonctions et se met à rançonner tous ceux qui naviguent sur le fleuve et passent devant son château-fort. Georg von Stain (?-1497) s’empare la forteresse d’assaut en 1463. Aussi peu scrupuleux que son prédécesseur, il en est expulsé par Ulrich Freiherr von Graveneck en 1476. Le duc Leopold III de Habsbourg (1351-1386) reprend lui même Aggstein l’année suivante et y installe des locataires afin que les pillages et les pratiques de rançons cessent.

Ruines d’Aggsbach depuis le Danube (1820-1826) par Adolph Friedrich Kunike (1777-1838), collection privée

Aggstein va subir encore les assauts des troupes ottomanes au XVIe siècle qui l’incendient (1529). À nouveau rénovée en 1606 par Anna von Polheim-Parz, veuve du dernier locataire, elle est laissée ensuite à l’abandon jusqu’au XIXe siècle.

Ses ruines alimentent alors de nombreuses légendes. Elle devient ensuite un lieu de promenade et commencera a être restaurée à partir de 1930 par son nouveau propriétaire, la famille Seilern-Aspang.

Burgruine_Aggstein_Wachau

La forteresse médiéval d’Aggstein dominant le Danube, photo Danube-culture, droits réservés

La forteresse avec sa salle des chevaliers sa chapelle, sa taverne, ses tours et ses vastes murailles est accessible par une petite route escarpée depuis le hameau d’Aggstein en contrebas. Elle se visite et fait aujourd’hui l’objet de nombreuses manifestations culturelles et historiques. La vue sur la vallée du Danube en Wachau depuis la forteresse est exceptionnelle.

info@ruineaggstein.at
www.ruineaggstein.at

La légende du  jardinet des roses d’Aggstein

« Château en ruines, perché au sommet d’un rocher conique qui domine Aggsbach. Ce château, une des plus belles ruines féodales du Danube, était au XIIIe siècle, la terreur des voyageurs et des bateliers. Il avait alors pour propriétaire un seigneur-voleur nommé Schreckenwald, qui précipitait ses prisonniers par une trappe de fer dans un gouffre qu’il appelait Rosengartlein, son « petit jardin de roses ». Ce bandit périt sur l’échafaud. Mais il eut pour héritier, ou plutôt pour successeur Hadmar de Khuenringer, qui possédait aussi Dürrenstein [la forteresse de Dürnstein] avec dix autres châteaux-forts et qui fit regretter Schreckenwald. Son frère Leutold le secondait si bien dans tous ses crimes et ils inspiraient une telle terreur, qu’on les avait surnommés les limiers. »

Eric Baude pour Danube-culture, © droits réservés, mise à jour 1er septembre 2020

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