Zebegény (PK 1704) dans le « coude du Danube », entre Esztergom et Visegrád

   Des sources historiques permettent de penser qu’il existait déjà un couvent bénédictin à Zebegény en 1251. Un document juridique du 26 septembre 1295, désigne ce monastère comme le « Monasterium de Zebegény ». Il est abandonné en 1453. Le tout premier site catholique était probablement la grotte dans au pied du mont du Calvaire, où la tradition veut qu’un ermite ait vécu et créé le relief de l’Assomption de Marie sur la paroi intérieure de la grotte.

La grotte du mont du Calvaire, photo droits réservés

La population du petit village qui avait commencé à se développer au Moyen Âge, est presque entièrement décimée lors des conquêtes ottomanes de la première moitié du XVIe siècle. « Des années 1520 et surtout 1540 jusqu’aux décennies 1680 et 1690,  les territoires hongrois sont les plus occidentaux tenus par les Ottomans en Europe »1. Zebegény et ses environs ne seront libérés des Turcs que vers 1685 après le siège désastreux de Vienne pour les armées de la Sublime Porte. Des  colons Allemands, des Hongrois et des Slaves (Slovaques) ne tardent pas repeupler les lieux dans la première moitié des années 1700. Les colons allemands sont catholiques et originaires de la région de Mayence (Rhénanie-Palatinat). Ils s’installent dans les années 1735 et donnent au village le nom de Sebegin. Selon l’étymologie populaire, ils se seraient en découvrant le cours et les méandres du Danube à cette hauteur « See beginnt ! » (La mer commence !). Des documents du XIXe siècle font d’ailleurs référence à Zebegény en tant que colonie germano-slovaco-hongroise.
Les travaux de la ligne de chemin de fer Budapest-Pozsony débutent dès 1846. Le tronçon entre Vác (Waitzen) et Párkány (Šturovo, aujourd’hui en Slovaquie) est ouvert au trafic en 1851. La ligne ferroviaire Budapest-Vác est ensuite reliée jusqu’à Bratislava (Presbourg) et se développe très rapidement. Le viaduc ferroviaire à sept arches de Zebegény, le deuxième plus grand viaduc de ce type en Hongrie, est construit à cette période tout comme la gare dans le style architectural de la monarchie austro-hongroise.

Viaduc de Zebegenyi

Viaduc ferroviaire de Zebegeny, photo B. Kekesi, droits réservés

Le cimetière du village, situé à l’origine à proximité de la gare doit être transféré en raison de la construction de la ligne de chemin de fer au pied de la colline du Calvaire. Sa situation, sa topographie et sa disposition originales en font l’un des plus beaux cimetières de Hongrie. Une chapelle de style à la fois oriental et néoclassique est érigée en 1853 sur cette colline. Neuf stations avec sur chacune d’entre elles une petite niche contenant une image de Jésus sur le chemin de croix viennent s’y ajouter. Une autre chapelle dédiée à Saint-Jean Népomucène plus ancienne (début du XIXe siècle) a auparavant été édifiée sur le côté nord-ouest du mont du calvaire.
La « ferme des enfants Ferencz József » fait partie des monuments patrimoniaux les plus remarquables de Zebegény. Cette « ferme à tabac » était l’une des attractions  populaires de la grandiose l’exposition du millénaire de la nation hongroise à Budapest en 1896.
Le village est presque entièrement détruit en 1899 suite à de fortes précipitations et l’accumulation de l’eau dans un fossé. Entre 1906 et 1910, on édifie l’église catholique paroissiale dédiée à la Vierge Marie-des-Neiges sur des plans de l’architecte transylvain d’origine allemande Károly Kós (1883-1977) et Béla Jánszky (1884-1945).

Notre-Dame-des-Neiges, photo droits réservés

Le peintre, dessinateur et graveur post-impressionniste István Szőnyi (1898-1968) s’établit à Zebegény en 1924 dans une ancienne ferme appartenant initialement à sa belle famille et où il mourra en 1960. Dans ces paysages parmi les plus fascinants du cours du fleuve, profondément attaché à cet environnement, à ses atmosphère poétiques, à ses perspectives, aux scènes de la vie quotidienne, à la palette infinie de ses ombres et de ses lumières tout comme le furent les impressionnistes avec la Seine, il réalise un grand nombre de ses tableaux.

István Szőnyi (1898-1968)

Une autre figure marquante de la peinture hongroise du XXe siècle, Róbert Berény (1887-1953), ancien élève de l’Académie Julian à Paris, influencé par Cézanne et le fauvisme, pionnier du cubisme et de l’expressionisme hongrois s’installe à Zebegény dix ans plus tard (1934).

Róbert Berény (1887-1953)

   C’est également dans la première moitié des années 1930 que les habitants décident d’ériger un mémorial aux accords de Trianon et à la gloire du drapeau hongrois, accords qui amputèrent la Hongrie, du côté des vaincus de la Première Guerre mondiale d’une grande partie de son territoire. Confié à l’architecte, peintre et sculpteur Géza Maróti (1875-1941) qui possédait une maison à Zebegény. Ce monument et son parc sont dédiés non seulement au drapeau hongrois mais aussi aux héros locaux morts pendant la Première Guerre mondiale. Quatre piliers de pierre entourent le mât du drapeau sur une terrasse ceint d’un mur octogonal. Le projet  initial prévoyait de placer une double croix gigantesque au sommet des quatre piliers. Ces derniers n’ont toutefois pas été achevés.

Le mémorial des accords de Trianon, monument au drapeau hongrois au sommet du mont du Calvaire, photo droits réservés

En décembre 1944, trois monitors (bateaux de guerre fluviaux) jettent l’ancre à proximité du village qu’il bombarde avec les  environs. Zebegény sera libéré par des troupes soviétiques.
Zebegény abrite, outre un certain nombres de monuments historiques, de villas de style Art Nouveau, de maisons anciennes, de caveaux de vignerons, une académie d’été des Beaux-Arts et un environnement naturel agréable et reposant avec sa plage, le belvédère Kós Károly et ses villas cossues en plus ou moins bon état, une plage avec des loisirs nautiques, de nombreux autres sites d’intérêt culturels et touristiques :

Plage de Zebegény, photo Danube-culture, © droits réservés

Le château de Dőry
L’église catholique romaine dédiée à la Vierge Marie-des-Neiges
Les chapelles et les stations du mont du Calvaire
Le sanctuaire et la grotte au pied du mont du Calvaire
Le Musée du peintre post-impressionniste István Szőnyi

Musée du peintre István Szönyi à Zebegény

La villa Maróti au-dessus du Danube (villa privée)
Le musée de l’histoire de la navigation avec les objets et les documents du capitaine Vince Farkas (musée privé).
Le parc du drapeau national et le mémorial des héros au sommet du mont du Calvaire
Le parc du Millenium
Le belvédère Kós Károly
Il existe de nombreuses possibilités d’hébergement pour toutes les bourses. 

Notes :
1 Chaline Olivier, Vajda Marie-Françoise, « La Hongrie ottomane XVIe-XVIIe siècles. Introduction », Histoire, économie & société, 2015/3 (34e année), p. 5-18. DOI : 10.3917/hes.153.0005. URL : https://www.cairn.info/revue-histoire-economie-et-societe-2015-3-page-5.htm

  István Szőnyi (1894-1960), peintre post-impressioniste du Danube et « Juste parmi les Nations »

István Szőnyi, barque et Danube, 1935 

Né dans une famille catholique d’origine allemande à Újpest en 1894, István Szőnyi fréquente tout d’abord l’école indépendante de l’Académie Hongroise des Beaux-Arts de Budapest à partir de 1911 puis l’école de formation des professeurs d’art (1913).

István Szőnyi, autoportrait, 1920

   Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale il sert dans l’armée austro-hongroise en tant que lieutenant et devient l’élève des peintres hongrois Károly Ferenczy (1862-1917)1 d’abord dans le cadre de l’école de Nagybánya2 où il se trouve pendant le conflit et ensuite dans sa classe à l’Académie Hongroise des Beaux-Arts de Budapest et d’István Réti (1872-1945). En raison de sa participation aux manifestations de la République soviétique hongroise et de son appartenance à un groupe d’étudiants demandant des réformes à l’Académie des Beaux-Arts, il en est exclu en 1920. Lors de ses premiers voyages en Europe (Vienne et Berlin), il fait la connaissance de grands maîtres européens de la peinture. 

Istvan Szőnyi, Famille au bord de l’eau, huile sur canevas, 1926, collection privée

    István Szőnyi organise la première exposition collective de peinture au Musée Ernst de Budapest en 1920.2 Son deuxième mariage3 avec Melinda Bartóky (1896-1967) est une étape décisive dans sa vie et dans son oeuvre tout comme son installation au bord du Danube à Zebegényi (Dunakanyar) en 1924 dans l’ancienne ferme que son beau-père, József Bartóky (1865-1928) avait achetée en 1905 pour en faire sa résidence d’été. Deux enfants naîtront de ce mariage, Zsuzsa (1924-2014) qui s’enfuira de Hongrie pour l’Italie en 1949 et deux années plus tard, Péter qui mourra d’une méningite à l’âge de 18 ans.

István Szőnyi, Lumière au-dessus de l’eau, 1935

Le peintre reçoit en 1929 une bourse du gouvernement pour séjourner à l’Académie hongroise de Rome mais, préférant les paysages du coude du Danube à ceux de l’Italie, il rentre en Hongrie au bout de quelques mois. Il obtient le poste de professeur à l’Académie hongroise des Beaux-Arts en 1937 tout en participant à la vie artistique en tant que membre du cercle artistique Gresham. C’est à cette époque qu’éclaircissant sa palette de couleurs il réalise ses tableaux les plus radieux. La géographie poétique du fleuve, les paysages danubiens et le mode de vie de la population locale parmi lesquels les pêcheurs, ont exercé une grande influence sur son travail artistique l’imprégnant intimement de leur présence, de leur rythme et de leur tonalité.

István Szőnyi, Zebegény, aquarelle sur papier, collection privée

   Il s’occupe à partir des années quarante d’une école libre à Zebegény, commence également à peindre à l’aquarelle et utilisant principalement la technique de la gouache. De nombreux artistes hongrois de la nouvelle génération sont influencés par son style. Le peintre et sa famille cachent et fournissent de faux papiers à de nombreux Juifs ainsi qu’à des personnes persécutées pendant la Seconde Guerre mondiale ce qui lui vaudra de recevoir avec les siens le titre de « Juste parmi les Nations » en 1984. Les intenses bombardements de Budapest détruisent son appartement, son atelier et une grande partie de ses peintures. Sa fille l’invite à Rome en 1959-1959, séjour à l’occasion duquel le peintre est impressionné par le ciel bleu de Fiumicino. István Szőnyi  meurt en 1960 dans sa maison de Zebegény qui sera transformée en musée à partir de 1967.

István Szőnyi, Nus, gravure à l’eau-forte, 1960

Notes :
1 Le musée Károly Ferenczy (FERENCZY MÚZEUMI CENTRUM), Kossuth Lajos u. 5,, 2000 Szentendre, est consacré aux oeuvres des artistes de la famille Ferenczy.
https://www.femuz.hu

2 Baia Mare, aujourd’hui en Roumanie chef -lieu du Judeţ du Maramureş
3 Ce musée abrite désormais le Centre de photographie contemporaine Robert Capa, https://capacenter.hu/en
4 Le peintre perd sa première femme peu après la naissance de sa fille.

Le musée Istvan Szőnyi à Zebegény, photo © Danube-culture, droits réservés

Musée Istvan Szőnyi, Bartóky út 7.  2627 Zebegény
https://szonyimuzeum.hu

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