Comment on fabrique une « Zille », embarcation traditionnelle du Haut-Danube

« Alors, pour continuer le voyage, on s’y fait conduire par un bateau du rivage, ou si le navire traine une jolie Zille après lui, on n’a qu’à crier « Hol aus » pour voir arriver un batelier, qui vous mène à bord du vaisseau, car ces gens ne laissent pas échapper un petit profit inespéré. »

M. Reichard, Le voyageur en Allemagne et en Suisse…, Manuel à l’usage de tout le monde. Douzième édition, De nouveau rectifiée, corrigée, et complétée par F. A. Herbig., tome premier., A Berlin, Chez Fréd. Aug. Herbig, Libraire. A Paris chez Brockhaus et Avenarius et chez Renouard et Co., 1844.

La Zille, qu’on peut trouver traduite en français sous le nom de Zielle, comptait autrefois parmi les bateaux les plus populaires sur le Haut-Danube allemand et autrichien, est principalement une barque de transport de marchandises ou de passagers, en particulier du sel, abondant dans la région du Salzkammergut. Il existe plusieurs variétés de Zille. 

De construction en bois, cette embarcation est de conception très rudimentaire mais sa forme est parfaitement adaptée aux spécificités de navigation sur le fleuve avec un fond plat sans quille, des extrémités relevées et des côtés assemblés à angle vif avec le fond.  L’assemblage des pièces du fond et des flancs du bateau est maintenu par la pose de petites équerres en bois  les Kipfen. Le joint entre deux planches est étanchéifié par un calfatage de mousse et de lichen qui peut être renforcé en enduisant les coutures de goudron de résine obtenu par distillation lors de la production de charbon de bois.

Zille dans le port de Linz

Zilles dans le port de Linz

D’une dimension comprise entre 5 et 30 m la Zille est donc à la fois souple et résistante, relativement légère, nécessitant peu de puissance pour se déplacer, elle « glisse » admirablement bien sur l’eau mais sa manoeuvre reste toutefois délicate, voire dangereuse du fait de son fond plat, des courants et des caprices du vent et du fleuve qui parait bien assagi aujourd’hui. Aussi l’équipage, qui comprend au minimum un Nauferg (patron d’embarcation), un Steurer (pilote) responsable des avirons gouvernails de poupe, et un ou des Schiffsmann (marinier) doit-il être expérimenté et très coordonné, surveiller attentivement les récifs et les contourner avec habilité dans le sens du courant. Lorsqu’il faut remonter celui-ci, la tâche n’est guère plus facile et l’on doit faire appel à des chevaux ou même dans certains cas à des haleurs professionnels ou réquisitionnés qui tirent les bateaux vers l’amont.

Les Zilles peuvent être munies de voile (navigation sur les lacs) ou de rames en plus des gouvernails de poupe. Elles sont parfois réunies à contre-courant en train de bateaux avec les grandes Plätten des villes. En cas de conflit, cette embarcation de transport pouvait être réquisitionnée, armée (sans canon) pour compléter la flottille impériale du Danube, dotée de voiles et d’aviron et pourvu d’un équipage de trente à quarante soldats rameurs solidement équipés. Sur le Traun, affluent du Danube, des forces de police, chargées de protéger le commerce du sel, utilisèrent la Zille pour leurs missions de surveillance et de répression de la contrebande. Cette embarcation servit également pour la construction de pont de bateaux nécessaire au passage d’un fleuve lors de campagnes militaires comme celles menées contre La Grande Porte (Empire ottoman) au XVIIème siècle ou de bateau de pêche.

La « Zille » pourrait partager une origine commune avec le futreau ligérien et le « Weidling » du Haut-Rhin.

Aujourd’hui certaines Zilles font office de petits « Fähre » (bacs) pour les transports de piétons, randonneurs et  cyclorandonneurs sur le Danube autrichien comme à Schlögen, Grein, Dürnstein ou encore ailleurs.

Bac Grein-Schwallenburg

Le bac Grein-Schwallenburg (Haute-Autriche), une jolie Zille traditionnelle réaménagée.

Il reste encore à Niederanna en Haute-Autriche deux charpentiers de marine qui fabriquent ce type de bateau en petit format dont Rudolf Königsdorfer.

Sources :
BUFFE, Noël, Les marines du Danube, 1526-1918, Éditions Lavauzelle, Panazol, 2011

REICHARD, M., Le voyageur en Allemagne et en Suisse…, Manuel à l’usage de tout le monde. Douzième édition, De nouveau rectifiée, corrigée, et complétée par F. A. Herbig., tome premier., A Berlin, Chez Fréd. Aug. Herbig, Libraire. A Paris chez Brockhaus et Avenarius et chez Renouard et Co., 1844.

 

Une « Zille » de pêcheur, près de Greifenstein en Basse-Autriche. Les zébrures permettaient de mieux voir le bateau par temps de brouillard

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