Les Grecs, les Perses et les Macédoniens sur le delta du Danube

Les Grecs, grâce à leurs marins expérimentés, ont rayonné et créé de nombreux comptoirs et colonies sur les rivages du Pont-Euxin mais la mer Noire avec ses tempêtes, ses vents capricieux et parfois violents, ses populations riveraines parmi lesquelles les redoutables Scythes, peuple principalement nomade « qui ne possède — selon Hérodote— ni ville ni forteresse », les  tribus Sarmates, les Illyriens et les Triballes, leur posèrent de sérieux problèmes.
Ils donnent à cette mer, au début de leur conquête, le nom de Mer scythique 
(Skythikos Pontos) puis de Mer inhospitalière et enfin de Pontos Euxeinos (Mer hospitalière), établissant leurs comptoirs et leurs colonies en particulier à l’embouchure de grands fleuves comme le Don, le Dniestr, le Dniepr, le Boug et l’Istros (Danube).

« Alors que l’Antiquité aborde la seconde moitié du VIIème siècle avant notre ère, les Grecs originaires de Milet, la fameuse cité maritime du littoral asiatique de la mer Égée, dirigent leurs navires vers les bouches de l’Istros [Danube] et fondent Istria, au sud, dans le voisinage du cinquième bras.

Spiridon Ion Cepleanu — Travail personnel, according with H.E.Stier (dir.), « Westermann Grosser Atlas zur Weltgeschichte », 1985, ISBN 3-14-100919-8, p. 39 Colonisation grecque antique en Mer Noire

Bientôt se créeront d’autres colonies côtières, ainsi Tomis [ou Tomes], la future Constanţa, et puis, sur le fleuve même, au moment où il se divise, un port [Aegyssos] qui, vingt siècles plus tard, s’appellera Tulcea. Principale source de richesses de ces cités — outre l’artisanat — le commerce, qui véhicule les premiers éléments de la civilisation méditerranéenne dans cette aire « carpato-istro-pontique », qu’habite la grande famille des Thraces. Le vin et l’huile grecque, les magnifiques vases peints de Milet et de Chios, de Rhodes et de Samos, de Corinthe et d’Athènes, les armes et les objets de parure en or finement ciselé sont échangés contre le grain et le miel, l’or et les esclaves, et aussi le poisson de l’Istros généreux, qui sera frappé sur les premières drachmes… Mais, puisque tel est le destin du Fleuve depuis que les hommes ont abordé sur ses rives, la région du delta connaîtra des heures moins pacifiques. Étendant son empire, le roi des Perses, Darius Ier [vers 522-vers 486 av. J.-C.], y poursuivra les Scythes, redoutables cavaliers et guerriers de souche iranienne, et traversera l’Istros, en 514 av. J.-C., sur un pont flottant fait de roseau. Deux siècles plus tard, en 335 av. J.-C., Alexandre le Grand [356-323 av. J.-C.] accomplit, fidèle à sa légende, un nouvel exploit militaire. Il réussit, de nuit, un débarquement éclair sur une île du fleuve où s’étaient repliées les Triballes, tribu thrace. Ses adversaires désemparés se réfugièrent dans une ville proche qu’Alexandre mit à sac.1

Alexandre le Grand sur son cheval Bucéphale, détail de la mosaïque romaine de Pompéi représentant la bataille d’Issos, musée national archéologique de Naples.

À l’active flotte des Grecs commerçants qui ne s’égare jamais dans le labyrinthe deltaïque et remonte la route ouverte de l’Istros et de certains de ses affluents, vont succéder, au fil de l’histoire, les trirèmes à trois rangées de rames superposées des Romains, les élégantes nefs byzantines, les caravelles génoises aux voiles triangulaires, les grandes galères à deux ponts de la sérénissime république de Venise, les orgueilleux vaisseaux de la Sublime Porte, les légers caïques cosaques, à voile ou à rames, pareils à des croissants de lune posés sur l’eau. Illustres ancêtres des remorqueurs et des péniches, des pousseurs, des barges et des chalands, des navires de haute mer et des tankers… De l’Istros au Danube, vingt-cinq siècles de navigation ! »
Bernard Pierre, Le Roman du Danube, « Delta blond et mer Noire », Plon, 1987

1 Auparavant, En 339 av. J.-C. Philippe II de Macédoine (vers 382-336 av. J.-C.) et père d’Alexandre le Grand, a remporté, à proximité du Danube, une victoire décisive sur les Scythes qui scelle le déclin de royaume des Scythes.
Quant à son fils, il profite de sa présence sur le Danube pour vaincre également les Gètes et rencontrer, selon l’historien et géographe grec Strabon (vers 60-vers 20 av. J.-C.), une ambassade celte :

 « Quand Alexandre eut vaincu les Gètes et rasé leur ville, sur le Danube, il lui vint des ambassades de tous côtés et entre autres des Gaulois, qui sont (dit-il) de « grands hommes ». Alexandre leur demande ce qu’ils craignaient le plus au monde, en s’attendant à ce que ces gens disent qu’ils ne craignaient rien plus que lui : mais il fut détrompé car il avait affaire à des gens qui ne s’estimaient pas moins que lui ; ils lui dirent que la chose de ce monde qu’ils craignaient le plus était que le ciel ne tombât sur eux, ce qui signifiait qu’ils ne craignaient rien. »
Strabon, 
Commentaires historiques

Carte de l’Europe selon Strabon

 

Retour en haut de page
eleifend libero et, consequat. venenatis, felis nec