Le pèlerinage de la Belle Madone de Ratisbonne (Regensburg, Bavière)

   Le 21 février 1519 est une date sombre non seulement pour la communauté juive de Ratisbonne mais aussi pour l’histoire de la ville et celle de la tolérance religieuse le long du fleuve. Ce jour-là, le Conseil municipal, suite au décès de Maximilien Ier, empereur du Saint Empire Romain Germanique qui la protégeait, prit la décision d’expulser toute la population juive de la cité. Il rendait celle-ci responsable de la situation catastrophique des finances municipales. Cette communauté servait de bouc émissaire au déclin de Ratisbonne à la Renaissance.

La belle Madone de Ratisbonne peinte par Albrecht Altdorfer et inspirée d’une icône byzantine du XIIIe conservée dans la Vieille-Chapelle de Ratisbonne, 1519-1520, collection du musée diocésain de Ratisbonne   

La destruction du ghetto et de la synagogue commence immédiatement afin d’effacer les traces de la présence juive dans la ville et de pouvoir édifier à la même place une église qui sera dédiée à la Vierge Marie. Le cimetière juif est également pillé et profané. L’histoire (la légende ?) raconte que pendant la démolition de la synagogue, un maçon du nom de Jakob Kern glissa et tomba depuis le haut du bâtiment jusqu’au sol et que son corps fut recouvert d’un tas de décombres. Comme il ne réagissait pas et que son visage était ensanglanté, on le crut mort. Pourtant après quelques heures d’inconscience, le maçon reprit connaissance et rentra chez lui. Les nombreux témoins de l’accident furent persuadés que la Vierge de la future église lui avait sauvé la vie. La nouvelle de ce miracle se propagea immédiatement et cet évènement se trouve à l’origine du pèlerinage à La belle Madone de Ratisbonne. On commença par édifier un mois plus tard une chapelle en bois dédiée à la Vierge Marie puis au mois de juillet de la même année débutèrent les travaux d’un plus grand édifice en pierre dédié à ce miracle.

Michael Ostenforfer (vers 1490-1559), pèlerinage à La belle Madone de Ratisbonne, Coburg, Kunstsammlung der Veste;  Alois Niederstätter: 1400 – 1522: das Jahrhundert der Mitte: an der Wende vom Mittelalter zur Neuzeit, aus der Reihe Österreichische Geschichte, Wien, 1996

Une lettre d’indulgence est accordée le 2 juin par le pape Léon X et signée par 25 cardinaux. Ce pèlerinage très populaire dans les provinces germaniques qui était placé sous le contrôle de la ville de Ratisbonne, représentait évidemment une importante sources de revenus pour des finances municipales mal en point. Un tableau d’une Vierge à l’Enfant peint par Albrecht Altdorfer (vers 1480-1538)1 fut installé sur l’autel. 

Ce tableau du peintre le plus représentatif de l’École du Danube et inspiré d’une icône byzantine du XIIIe siècle conservée dans la Vieille-Chapelle de Ratisbonne, fut remplacé un an plus tard par une sculpture sur le même thème de l’artiste bavarois Hans Leinberger (vers 1475-1480- ap. 1531).

La belle Madone attribuée à Hans Lienberger (vers 1520 ?) se trouve aujourd’hui dans l’église Saint-Cassien de Ratisbonne, photo droits réservés

Le pèlerinage marial s’interrompit brusquement en 15252 tout comme la construction de l’église qui ne sera définitivement achevée qu’en 1860. Après l’édification d’un deuxième choeur, ce bâtiment deviendra le premier temple protestant (Neupfarrkirche) de Ratisbonne lorsque la ville passera à la Réforme en 1542. La Contre-réforme du  XVIIe siècle redonnera en partie vie à ce pèlerinage marial qui perdurera modestement jusqu’à une époque récente.

Notes :
1 On peut se poser la question du rôle d’Albrecht Altdorfer dans la décision du Conseil municipal auquel il appartenait, de bannir définitivement la communauté juive de Ratisbonne.
2 peut-être en raison d’une épidémie de peste, des différents entre le Conseil municipal et les autorités ecclésiastiques et des oppositions des partisans de la Réforme à ce pèlerinage et aux activités lucratives qu’il engendrait parmi lesquelles les commerces d’images et de gravures à l’effigie de la Vierge Marie.  

Sources :
BÖCKER, Heidemarie, Ratisbonne, Guide de la ville, Patrimoine de l’Unesco, Verlag Friedrich Pustet, Regensburg, 2009
BRUNA, Denis, « Un moule pour enseignes de pèlerinage à l’image de la « Belle Vierge » de Ratisbonne, in Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France, 1992, 1994, pp. 317-324
www.persee.fr/doc/bsnaf_0081-1181_1994_num_1992_1_11593
GÜNTER, Johann, Die Wallfahrt zur « Schönen Maria » in Regensburg, Schnell & Steiner, Regensburg 1997
HUBEL, Achim, Dr., Die Schöne Maria von Regensburg. Wallfahrten – Gnadenbilder – Ikonographie. In: 850 Jahre Kollegiatstift zu den heiligen Johannes Baptist und Johannes Evangelist in Regensburg, Festschrift, hrsg. von Paul Mai, München-Zürich: Schnell & Steiner 1977, S. 199-237

Danube-culture, novembre 2020, droits réservés

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