Maria am Gestade, (Notre-Dame-du-Rivage), église des bateliers et des pêcheurs du Danube

L’église Maria am Gestade (Notre-Dame-du-Rivage), dans le centre de Vienne (1, Salvatorgasse), connue par le passé sous le nom de « Unsere liebe Frau auf der G’stetten »  ou « Maria Stiegen » (Marie-aux-escaliers) au XVIIIème siècle, reste non seulement l’un des plus beaux édifices gothiques de la capitale autrichienne avec la cathédrale Saint Étienne mais aussi son plus ancien sanctuaire marial. Les reliques de Saint Clément Marie Hofbauer (1751-1820), vicaire général des Rédemptoristes de la capitale autrichienne à l’époque de Metternich et saint protecteur de la ville de Vienne, y sont conservées.

Les grands travaux de régulation et d’aménagement du fleuve, la construction du Donaukanal (Canal du Danube) et les importantes rénovations urbaines au XIXème siècle ont bousculé la physionomie du premier arrondissement de la capitale autrichienne. L’emplacement originel de l’église dominait le bras du Danube. Son clocher a ainsi longtemps servi de point de repère pour les bateliers qui en firent aussi, avec les pêcheurs, jusque dans la seconde moitié du XIXème siècle, un de leurs lieux de pèlerinage favoris. L’église garde encore dans son nom l’écho de son lien privilégié avec le fleuve et la navigation fluviale.

C. Pekarek, Maria am Gestade, 1928

Un sanctuaire à l’histoire mouvementée

Il n’est pas impossible que la première chapelle chrétienne ait été construite à cet emplacement sur le site d’un sanctuaire romain. Des fouilles archéologiques ont permis de retrouver sur les lieux des vestiges de l’antiquité romaine.

   Certaines sources font remonter la fondation du sanctuaire à l’an 880. Madalvin, alors évêque de Passau, aurait confié à un moine du nom d’Alfied le soin d’ériger un petit édifice religieux. Celui-ci devient ensuite la propriété de moines « écossais et irlandais » peu après la fondation par ces derniers de la Schottenstift (Abbaye écossaise) en 1160. C’est à cette époque qu’il est fait mention pour la première fois d’une chapelle sur le site de l’église actuelle.

  Un important incendie ravage Vienne en 1262. L’édifice n’est pas épargné.  Il sera reconstruit une dizaine d’années plus tard. La chapelle entre en possession de la famille von Greif vers 1330. Elle fait reconstruire intégralement le choeur en style gothique rayonnant. Il se pourrait que ce fut dans l’intention d’en faire un caveau familial.

Le choeur, l’autel et les vitraux, photo Danube-culture, droits réservés

   Le chœur est achevé en 1367. le clocher, elle, n’en est qu’à ses commencements lorsque, en 1391, l’église change une fois de plus de propriétaire. Le nouveau maître des lieux, le Freiherr (baron) Hans von Liechtenstein-Nikolsburg (vers 1340-1398), souhaite donner au sanctuaire une importance qu’il n’avait pas encore acquise et choisit pour cela un architecte renommé : Michael Knab, dit Maître Michael (vers 1340/1350-ap. 1399).

L’autel, photo Danube-culture, droits réservés

Maître Michael Knab de Wiener Neustadt  est l’architecte attitré du duc Albrecht d’Autriche III (1349-1395) pour lequel il a dessiné les plan du château de Laxenbourg. Il a aussi réalisé la tour sud de la cathédrale Saint-Étienne. C’est donc un architecte déjà expérimenté que le Freiherr von Liechtenstein-Nikolsburg a choisi pour dessiner les plans de la nouvelle nef de Maria am Gestade en remplacement de l’ancien bâtiment de 1276 et poursuivre l’édification du clocher.

Détail de l’autel, photo Danube-culture, droits réservés

   De nombreuses contraintes s’imposent à l’architecte. Le côté sud de la rue de Passau est déjà construit et l’escarpement au Nord et à l’Ouest limite l’espace constructible. Non seulement la nef ne pourra pas être plus longue que le chœur (l’une et l’autre parties de l’édifice sont de taille égale) mais elle devra même être plus étroite que celui-ci. À cela s’ajoute le caractère accidenté du terrain où l’on doit tenir compte des ruines du rempart de l’époque romaine ainsi que la nécessité d’opérer un coude pour agrandir l’église. L’architecte compensera en hauteur ce qui manque en largeur. En résulte le caractère étonnant des proportions de l’église, encore accentué par sa situation en surplomb ; la nef s’élève à 33 mètres de haut pour une largeur de seulement 9, 7 mètres.

La flèche en pierre ajourée du clocher heptagonal, photo Danube-culture, droits réservés

   La construction de la nef dure de 1394 à 1414 tandis que l’érection du clocher heptagonal se poursuivra jusqu’en 1417. Il est surmonté d’une flèche en pierre ajourée, véritable chef d’œuvre du gothique flamboyant en Autriche. Le chiffre sept correspond aux sept douleurs de la Vierge Marie.

Le couronnement de Marie, 1460, photo Danube-culture, droits réservés

L’annonciation faite à Marie, 1460, photo Danube-culture, droits réservés

   Les deux panneaux peints du choeur, œuvres anonymes datant de 1460, représentent le Couronnement de Marie, à droite de l’autel et l’Annonciation sur la gauche. Sur l’autre face du premier panneau, on trouve une représentation de la Crucifixion et sur le second, du Mont des Oliviers. L’influence flamande est notable, notamment dans la représentation des étoffes et la richesse des coloris. On remarquera la nuée d’anges, chacun différenciés et dotés d’une très grande grâce, selon l’école de peinture allemande, certains jouant d’un instrument de musique, d’autres tout simplement occupés à porter la robe de Marie ou à en rectifier un pli.

   Les vitraux vont ouvrir l’édifice à la lumière. Les quatre superbes vitraux de l’abside de Maria am Gestade ont été reconstitués à partir d’éléments originaux des XIVème et XVème siècles.

   Dans le chœur et la nef, adossées aux piliers dans la partie droite de la nef près de la chapelle Saint-Clément se tiennent des statues gracieuses, parmi lesquelles celle de l’archange Gabriel et une statue de Marie (vers 1350). Les reliefs du portail d’entrée dans le chœur représentent la Vierge protectrice et le couronnement de Marie. Le tympan du portail Ouest, au-dessus du grand escalier, représente les deux apôtres Jean. Il est surmonté d’un baldaquin de pierre dont la pointe renvoie à celle qui surmonte la dentelle de pierre du clocher, contribuant ainsi à l’unité architecturale de l’édifice.

Le choeur et la nef centrale

   La paroisse restera prospère pendant la Renaissance comme en témoigne la présence, exceptionnelle à Vienne, d’éléments de style Renaissance dans l’église, le superbe buffet d’orgue (1515) et, dans une chapelle attenante à l’église, un précieux petit autel de pierre (1520), avec le nom de son commanditaire, Johann Perger.

   En 1683, les bombardements des armées ottomanes lors siège de Vienne  n’épargne pas l’église dont le clocher, détruit, sera reconstruit cinq ans plus tard.

   Maria am Gestade, qui est entretemps revenue à l’évêché de Passau en 1409, reste la propriété des princes-évêques de Passau jusqu’en 1784. Avec la sécularisation de l’ancienne principauté ecclésiastique de Passau par l’empereur Joseph II, Maria am Gestade devient la propriété de l’État autrichien. Délabrée, servant d’entrepôt, l’église tombe en ruine. L’empereur-philosophe envisage sa destruction. Seul le coût d’une telle opération l’en dissuade.

   François Ier de Habsbourg (1768-1835) rouvre l’église au culte et la confie à l‘ordre du Très Saint Rédempteur en 1820.

   L’église fera alors l’objet d’importants travaux qui se poursuivront jusqu’au premier tiers du XXème siècle. Le chœur est doté d’un important maître-autel néo-gothique intégrant quelques éléments d’inspiration baroque. Les mosaïques et les statues qui surplombent le portail ouest  datent de cette même époque.

   Le bras du Danube est aménagé en canal et des immeubles sont construits sur les rives et enserrent Maria am Gestade comme dans un étau. Un grand escalier est construit grâce auquel l’église peut apaiser la pesanteur de l’ environnement architectural voisin.

   Du fait de la présence des reliques de Saint Clément Marie Hofbauer, d’origine morave, Maria am Gestade est l’église de la communauté tchèque de Vienne tout comme elle est également celle de la communauté française de la capitale autrichienne. 

Sources :

Wolfgang J. Bandion, Steinerne Zeugen des Glaubens. Die Heiligen Stätten der Stadt Wien, Wien,Herold, 1989
Felix Czeike, Wien, Kunst und Kultur-Lexikon, Stadtführer und Handbuch, München, Süddeutscher Verlag, 1976
Felix Czeike, Wien, Innere Stadt, Kunst-und Kulturführer, Jugend und Volk, Ed. Wien, Dachs-Verlag, Wien, 1993
Carl Dilgskron, Geschichte der Kirche unserer lieben Frau am Gestade zu Wien, 1882, Dom-und Diözesanmuseum (Katalog 1987)
Franz Eppel, Die Kirche Maria am Gestade in Wien, Salzburg, 1960
Rudolf Geyer, Handbuch der Wiener Matriken, Ein Hilfswerk für Matriken-Führer und Familienforscher,Verlag d. Österr. Inst. für Genealogie, Familienrecht und Wappenkunde, Wien, 1929
Gustav Gugitz, Bibliographie zur Geschichte und Stadtkunde von Wien, Hg. vom Verein für Landeskunde von Niederösterreich und Wien, Band 3 : « Allgemeine und besondere Topographie von Wien », Jugend & Volk, Wien 1956
P. Josef Löw, Maria am Gestade, Ein Führer, Wien, 1931
Alfred Missong, Heiliges Wien, Ein Führer durch Wiens Kirchen und Kapellen, Wiener Dom-Verlag, Wien, 1970
Richard Perger, Walther Brauneis, « Die mittelalterlichen Kirchen und Klöster Wiens »Zsolnay (Wiener Geschichtsbücher, 19/20), Wien, 1977
Richard Perger, « Ein Marienaltärchen von 1494 aus der Kirche Maria am Gestade in Wien », In Österreichische Zeitschrift für Kunst und Denkmalpflege, Hg. vom Österreichischen Bundesdenkmalamt, Horn-Wien, Berger / Wien-München, Schroll, 1970
Alfred Schnerich, Wiens Kirchen und Kapellen in kunst- und kulturgeschichtlicher Darstellung, Zürich -Wien, Amalthea 1921

Communauté catholique française de Vienne
www.ccfv.at

Site de la cathédrale saint-Étienne de Vienne
www.stephanskirche.at

Retour en haut de page
massa sed ut Nullam Aenean et, risus