La basilique de Maria Taferl, Mère des Douleurs et reine des pèlerinages autrichiens danubiens

La basilique mineure de Maria Taferl, qui se dresse fièrement au sommet d’une colline de la Nibelungengau danubienne de la rive gauche, au-dessus de la petite commune de Marbach, est rattachée au diocèse de Sankt-Pölten et à l’arrondissement de Melk. C’est avec Mariazell l’un des très haut-lieux de pèlerinage autrichien. Plus de 300 000 visiteurs s’y rendent chaque année pour prier et admirer à la fois l’impressionnante opulence baroque de son intérieur et la beauté de la vue sur le Danube et les Alpes. La Basilique se tient à 443 m au-dessus de la mer et à 233 m au-dessus du fleuve.

Un emplacement idéal 

Le sommet de la colline avait été déjà choisi, comme si souvent au long des rives danubiennes, par des tributs celtes pour en faire un lieu de culte. On trouve d’ailleurs encore devant la basilique une pierre posé sur un socle et entouré d’une rampe qui pourrait avoir vraisemblablement servi comme autel pour des sacrifices.

L’autel de sacrifice celte

Le culte et les superstitions du paganisme celtique sur les hauteurs de Marbach ont perduré suffisamment longtemps pour que les populations aient considéré ces lieux comme inhospitaliers. Pour effacer ces souvenirs païens, on aurait par la suite suspendu une petite croix de bois dans le chêne situé devant le dolmen. Cette croix était fixée à un tableau protégé par un petit auvent sur les côtés duquel était accroché les images de la Vierge Marie et de Saint Jean. C’est depuis cette époque que cet endroit s’appelle « Beim Taferl », en français « Près du petit tableau » d’où provient le nom de Maria Taferl.

La coupole et les fresques de la basilique (photo droits réservés)

Les origines du pèlerinage de Maria Taferl remonte au XVIIème siècle. Une légende raconte que le 14 janvier 1633, un berger du nom de Thomas Pachmann, décida d’abattre le vieux chêne, presque déjà mort. Mais sa hache glissa et retomba sur ses deux jambes. C’est à ce moment là qu’il aperçut la croix sur l’arbre. Pensant avoir involontairement commis un sacrilège, il s’agenouilla et demanda pardon à Dieu. Selon le berger, le sang qui coulait de ses blessures aux jambes, s’arrêta aussitôt. Il pût retourner seul chez lui et guérir rapidement. En 1641 ou 1642, un juge du village de Kleinkrummnußbaum atteint d’une grave dépression, fit remplacer la petite croix en bois qui s’abimait par une statuette de la Vierge des Douleurs. Il en fût guéri. La première apparition miraculeuse d’une lumière à cet endroit eut lieu un peu plus tard, en 1658. Elle fut suivie de nombreuses autres apparitions, sur la terre ou dans le ciel, une trentaine en tout, entre 1659 et 1661. De mystérieux pèlerins vêtus de blanc, seuls en petit groupe ou au sein d’une procession surgissaient lors de ses miracles. Au même moment où se produisaient ces apparitions se réalisaient des guérisons et des épisodes miraculeux. Les évêques de Passau et de Ratisbonne menèrent à la fin de 1659 une enquête minutieuse qui confirma, après l’audition de nombreux témoignages, la véracité des faits. Il fut alors décidé, dès 1660, qu’une église serait bâtie à cet endroit.

La première pierre de la basilique est solennellement posée par un représentant des autorités ecclésiastiques de Passau le 25 avril 1660. Le terrain en relief oblige toutefois à abandonner la direction habituelle est-ouest et à lui préférer une orientation nord-sud. Le maître-autel est de cette façon orienté au nord, le portail principal au sud et la façade avec ses deux tours fait face au Danube. Le vieux chêne et sa Vierge miraculeuse sont volontairement inclus dans l’édifice. La construction de la basilique dure plus de soixante ans. Trois architectes se succédent ; le viennois Georg Gerstenbrand (†1667 ou 1668), architecte de la cour impériale, le lombard Carlo Lurago (1615-1684), de 1671 à 1673 et enfin le plus connu d’entre eux, le tyrolien et maître maçon Jakob Prandtauer (1660-1726), à qui l’on doit également en grande partie les merveilleuses abbayes de Melk, Dürnstein et Saint-Florian et qui acheva l’impressionnante coupole de Maria Taferl.

Jacob Prandtauer, maître maçon et architecte tyrolien (1660-1726)

La construction de Maria Taferln mobilise de nombreux artistes parmi les plus réputés. Aux trois architectes se joignent les italiens Carlo Consellino (stucs de la sacristie), Antonio Beduzzi (1675-1735) pour les fresques, connu également comme l’auteur du magnifique maître-autel de l’abbaye de Melk, Joseph Matthias Götz (1696-1760) pour le maître-autel, achevé en 1738, Peter Widering (vers 1684-1760) pour les sculptures de la chaire, J. A. Amorth (Sainte Trinité sur le pilier du transept), J. G. Dorfmeister (1736-1786), auteur des sculptures des grands autels latéraux, le peintre viennois Johann Georg Schmidt (1685-1748) pour les petits autels latéraux ou encore le peintre autrichien Martin Johann Schmidt dit « Le Schmidt de Krems » (1718-1801) qui réalise les tableaux des grands autels latéraux et l’ébéniste Mattäus Tempe de Sankt-Pölten.

Martin Johann Schmidt (1718-1801) dit « Le Schmidt de Krems »

L’édifice, consacré comme basilique mineure en 1947, est en forme de croix et mesure, si l’on inclue la sacristie attenante, une longueur totale de 70 m. Ses dimensions intérieurs sont de 53 m de long. La nef centrale atteint 13 m de large et le transept 31, 30 m sur 13.

Maître-autel, détail (photo droits réservés)

Maria Taferl fit l’objet de nombreuses restaurations. La place devant la basilique fut aménagée en 1960. On jouit, par temps clair, d’une splendide vue sur le Danube et les massifs alpins autrichiens.

Les extraordinaires orgues de l’époque Rococo, réalisées par le facteur viennois Johann Hencke (1698-1766) n’ont malheureusement pas été conservées à l’exception du buffet. Elles ont été transformées en 1910 par Franz Capek, facteur d’orgues de Krems, en un orgue romantique tardif avec 40 registres et 3 manuels. Aujourd’hui les orgues sont équipées de 47 registres, 4 manuels et comptent en tout 2915 tuyaux.

Les orgues de Maria Taferl (photo droits réservés)

Les nouvelles cloches, d’un poids total de 7 200 kilos qui   sonnent le Te Deum (si, ré, mi, sol, la) contribuent également à la grande réputation du lieu de pèlerinage.

Ne pas manquer la visite de la chambre du trésor.

Une légende populaire raconte que l’eau de la source de Maria Taferln guérit miraculeusement les maladies des yeux.

La vue sur le Danube depuis l’esplanade de Maria Taferl (photo droits réservés)

Sources :
WEICHSELBAUM, Josef, Maria Taferl, Verlag Schnell und Steiner GMBH CO., 3ème édition française, Munich et Zurich, 1987

www.basilika.at

www.nibelungengau.at

Dans les environs se trouve le château d’Artstetten. Une exposition est consacré à la vie et au destin tragique de l’archiduc François-Ferdinand de Habsbourg (1863-1914)
www.schloss-artstetten.at 

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