Mór Jókai et son roman « L’homme en or » ou les aventures d’un batelier danubien

Mór Jókai (1825-1904), né au bord du Danube à Komárom, dans une famille calviniste, est l’un des plus grands écrivains d’Europe centrale et sans doute le plus célèbre des romanciers de l’histoire de la littérature magyare.

 

Mór Jókai fait d’abord des études de philosophie puis de droit et s’installe à Budapest où il publie ses premiers romans. Il rencontre et se marie en 1848 avec la grande comédienne hongroise Róza Laborfalvi (Judit Benke de Laborfalva, 1817-1886). Aux côtés de son ami de collège le poète Sándor Petőfi (1823-1849), l’écrivain s’implique et participe activement aux journées révolutionnaires de mars 1848. Mais l’échec de cette guerre d’indépendance hongroise sévèrement réprimée par Vienne, l’oblige à se cacher dans les marais et à se dissimuler sous un pseudonyme pour continuer à pouvoir être publié. Sa femme le sauve d’une condamnation à mort.

Homme politique influent, élu député en 1861, rédacteur en chef de plusieurs journaux politiques influents ainsi que de l’hebdomadaire satirique Üstökös (La Comète) que Jókai fonde en 1858, il connait un immense succès populaire avec une centaine de romans, des pièces de théâtre et plusieurs milliers de récits. Sa préférence pour l’art du roman le distingue de ses contemporains hongrois qui, pour la plupart, ont adopté la poésie comme moyen privilégié d’expression.

Dans ses très nombreux écrits l’écrivain participe à la construction d’une conscience nationale magyare et à l’émancipation du peuple en exaltant les épisodes héroïques de l’histoire de son pays, depuis la période ottomane jusqu’à la guerre d’Indépendance de 1848-49 ainsi que la résistance héroïque des patriotes hongrois (Les fils de l’homme au  coeur-de-pierre, Le nouveau seigneur). Séduit également par l’exotisme et l’extraordinaire, il écrit des romans d’anticipation dans lesquels il témoigne d’un imaginaire technique autant que de préoccupations sociales (Les Diamants noirs, 1870 ; L’Homme en or, 1872 ; Le roman du siècle futur, 1872). Son oeuvre a été traduite dans une trentaine de langues.

Statue de Mór Jókai à Komarno

Statue de Mór Jókai à Komárno

L’homme en or ou une « petite robinsonnade » danubienne
« Une petite robinsonnade danubienne, c’est ainsi que Claudio Magris définie dans son livre Danubele roman L’homme en or (Az arany embuer) de Mór Jókai, son roman le plus célèbre qui, curieusement, n’a encore jamais été traduit en français.

C’est sur une petite île inconnue du Danube que le héros du roman, Mihály Timár, batelier avide et mélancolique, qui s’est enrichi frauduleusement d’un héritage, amoureux d’une jeune passagère, va provisoirement se replier du monde et accéder au bonheur insulaire inespéré après une remontée au plus haut point périlleuse des Portes de Fer, sans doute l’endroit autrefois le plus redouté pour les navigateurs danubiens avec les tourbillons de la Haute-Autriche.

Chaque voyage sur le fleuve, chaque passage de ce défilé est comme une épreuve initiatique avec des éléments naturels terrifiants qui concourent à créer un effet dramatique. Le héros serait-il une sorte  d’Ulysse danubien ? Les obstacles franchis et voilà l’île ignorée, vierge qui se découvre. Il y a là dans cette île perdue au milieu du fleuve et protégée par ses larges bras apaisés, à la frontière serbo-turque, comme un paradis, un monde par delà le monde où le héros peut enfin se réconcilier provisoirement avec lui-même. Mais même là les démons qui hantaient le héros auparavant vont le retrouver au bout de quelques temps et il s’en retourne à terre pour finir par se noyer dans la mer hongroise. Le batelier aura droit à des funérailles grandioses. « Réintégré dans le monde des puissants, l’aventurier Mihály Timár reçoit ainsi son dû, pour avoir quitté l’utopie de son Eden du Danube. »2  

1  Claudio Magris, Danube, « Tristement magyar », Folio Gallimard, 357, Paris, 1990
2 Pierre Burlaud, Danube-Rhapsodie, Images, mythes et représentations d’un fleuve européen, « L’île de personne, Maurice Jokai, L’homme en or« Éditions Grasset / Le Monde, Paris, 2001, p. 195

www.litteraturehongroise.fr

Sélection d’oeuvres de  Mór Jókai :
Jours de semaine (Hétköznapok, 1846)
Scènes de batailles et de révolution (Forradalmi és csataképek, 1850)
L’Âge d’or de Transylvanie (Erdély aranykora, 1852)
Les Turcs en Hongrie (Török világ Magyarországon, 1852)
Le Nabab hongrois (Egy magyar nábob, 1853)
Le Déclin des Janissaires (Janicsárok végnapja, 1854)
Zoltán Kárpáthy (Kárpáthy Zoltán, 1854)
Jour de tristesse (Szomorú napok, 1856)
Le Nouveau Seigneur (Az új földesúr, 1863)
Les Trois fils de Cœur-de-Pierre (A kőszívű ember fiai, 1869)
Les Diamants noirs (Fekete gyémántok, 1870)
L’Homme en or (Az arany ember, 1872)
Le Roman du siècle futur (A jövő század regénye, 1872)
Ráby le prisonnier (Rab Ráby, 1879)
La Dame aux yeux de la mer (A tengerszemű hölgy, 1890)
La Rose jaune (Sárga rózsa, 1893)

 

 

 

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