Adalbert Stifter (1805-1868) : écrivain, peintre et pédagogue haut-danubien du Biedermeier

Le paysage aux abords du Danube

 » À la fin de l’automne je rejoignis les miens. Il m’arriva en ce voyage ce qui m’était arrivé à chaque retour. Quand je quittais les montagnes, non seulement les feuilles des érables des montagnes, celles des bouleaux et des frênes étaient tombées depuis longtemps, mais elles avaient déjà échangé leur belle couleur jaune pour un noir sale, ce qui évoquait non plus ces enfants des rameaux qu’elles avaient été à la belle saison, mais la terre féconde qu’elles fournissaient en hiver à de nouvelles pousses ; les habitants des vallées alpestres et des  » haldes  » à qui il arrive en toute saison de faire à l’occasion du feu, l’entretenaient maintenant toute la journée dans le poêle ; les matins de beau temps, la gelée brillait sur les prairies et transformait déjà le vert des fougères en rouille desséchée. Mais quand j’atteignis la plaine, quand les montagnes sur ses bords ne furent plus à mes yeux qu’une lisière bleue, quand enfin je me trouvais descendant le large fleuve en direction de ma ville, les souffles qui m’éventaient étaient si doux et si chauds que je pensais avoir quitté trop tôt les montagnes. Ce n’était que la différence de climat entre les hauteurs et la lointaine plaine. Quand j’eus quitté le bateau et que je fus arrivé aux portes de ma ville natale, les acacias portaient encore toutes leurs feuilles, un chaud soleil d’été se posait sur les murs d’enceinte et sur les maisons et des passants élégamment vêtus flânaient l’après-midi dans les rues. La jolie couleur rougeâtre et bleu foncé des grappes de raisin que l’on vendait aux portes et sur la place située derrière, me rappela mainte heureuse journée d’automne de mon enfance… »

Adalbert Stifter, cité par Philippe Jaccottet, dans Autriche, « En descendant le Danube », Éditions L’Âge d’Homme, Lausanne, 1994, pp. 70-71 

 

Adalbert Stifter, lever de lune (vers 1855)

« Gorgé des rumeurs et des flots de sève montante de leur jeune vie à peine commencée, les jeunes gens escaladaient la pente entre les arbres, parmi les chants des rossignols. Tout autour d’eux se déployait un paysage resplendissant où couraient les nuages. Dans la plaine, en contrebas, on pouvait apercevoir les tours et la masse des demeures d’une grande ville. »

Adalbert Stifter, L’homme sans postérité, traduction de Georges-Arthur Goldschmidt, Éditions du Seuil, Paris, [1995 ?], c. 1978

Écrivain, pédagogue, poète réaliste et peintre haut-autrichien né en 1805 à Oberplan (Horní Plana, Bohême méridionale) et mort à Linz, grand admirateur de Goethe et figure de proue du Biedermeier.

L’abbaye de Kremsmünster peinte par A. Stifter (1823-1825)

Son père se tue accidentellement en 1817. Traumatisé, son fils tentera d’abord de se laisser mourir de faim puis il entreprend l’année suivante, des études à l’abbaye bénédictine de Kremsmünster.

Il est admis en 1826, à l’Université de Vienne, (Faculté de droit) et s’éprend de Fanny Greipl, fille d’un commerçant de la bourgeoisie viennoise. Dans ses lettres à Fanny, Stifter se déprécie lui-même comme amant. Son refus de participer à un concours pour obtenir une chaire de physique à l’université de Prague déconcerte les parents de la jeune fille, qui le perçoivent alors comme un homme instable, sans ambition ni avenir. En 1832 a lieu la rencontre avec Amalia Mohaupt, une ancienne prostituée, qui devient sa femme en 1837. Sans descendance, le couple adopte plus tard les enfants d’un frère d’Amalia. Une fille se suicidera en se jetant dans le Danube. Après cet accident tragique, l’écrivain s’enfonce dans une grave dépression.

A. Stifter en 1868, portrait de Bertalan Széchely

Stifter hésite jusqu’en 1840 à choisir entre les vocations de peintre et d’écrivain. Il se décide à devenir écrivain et c’est à travers la littérature et les nouvelles qu’il exprimera son talent d’observateur de la nature et sa passion pour celle-ci.

La parution de sa première nouvelle Der Kondor (Le condor) reçoit un accueil très enthousiaste et le rend célèbre. Pendant huit ans, il peut subvenir à ses besoins grâce à ses livres et des leçons particulières. Stifter est nommé Inspecteur des écoles primaires de Haute-Autriche en 1850. L’écrivain prend sa retraite en 1865 et, gravement malade, met brutalement fin à son existence en se tranchant la gorge le 28 juin 1868.

Le mur du diable, près de Hohenfurt, peinture d'A. Stifter

Le mur du diable, près de Hohenfurt, peinture d’A. Stifter

« Si l’on excepte les écrits de Goethe et en particulier les Conversations de Goethe avec Eckermann, le meilleur livre allemand qui existe : que reste-t-il de la littérature en prose allemande qui mérite d’être relu et relu encore ? Les Aphorismes de Lichtenberg, le premier tome de l’Autobiographie de Jung-Stilling, L’été de la Saint-Martin d’Adalbert Stifter et Les Gens de Selwyla de Gottfried Keller, c’est tout pour l’instant. »

Friedrich Nietzsche, « Le Voyageur et son Ombre » in Humain, trop humain. Un livre dédié aux âmes libres., 1879

La maison d’Adalbert Stifter à Linz, à proximité du Danube (rive droite)

http://www.adalbertstifter.at
http://www.stifterhaus.at

Bibliographie sélective en langue française :

Le Sentier dans la montagne, Éditions Sillage, Paris, 2017
Le cristal de roche, Paris, Éditions Sillage, Paris, 2016
Dans la forêt de Bavière, Premières pierres, Saint-Maurice, 2010.

Fleurs des champs, Éditions Circé, Belval, 2008
Les deux soeurs, Éditions Circé, Belval, 2004
L’arrière-saison, récit, Éditions Gallimard, Paris, 2000
Brigitta, Éditions Farrago, Tours, 2000
Descendances : nouvelle, préface de J. Le Rider, Éditions J. Chambon, Nîmes, 1996
Pierres multicolores. 1, Cristal de roche, nouvelles, Éditions J. Chambon, Nîmes, 1995
L’homme sans postérité, Éditions du Seuil, Paris, 1995
Le condor, Éditions Séquences, Rezé, 1994
Le village de la lande, nouvelle, Éditions J. Chambon, Nîmes, 1994
Tourmaline : pierres multicolores II, nouvelles, Éditions J. Chambon, Nîmes, 1990
Les cartons de mon arrière-grand-père, Éditions J. Chambon, Nîmes, 1989
Le château des fous, Éditions Aubier (édition bilingue), Paris, 1979

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