Le canal Danube-mer Noire : une construction douloureuse, une rentabilité hasardeuse

La réalisation du canal Danube-mer Noire (rive droite, km 299,2) ou de Cernavodǎ au port de  Constanţa est un ouvrage colossal qui rappelle un douloureux souvenir de l’histoire du communisme en Roumanie et en Europe orientale
Le projet de sa construction remonte au XIXème siècle, sous l’empire ottoman. Les ingénieurs britanniques sollicités y renoncèrent pour des raisons techniques.  Le roi de Roumanie Carol Ier refusa également de s’impliquer durant son règne dans ce projet pharaonique.


 

 

 

Comment, ne pas se souvenir que ce canal de 95, 6 km (canal principal Cernavodǎ-Poarta Albă : 64, 4 km, bras nord Poarta Albă-Midia Năvodari : 31, 2 km) qui  permet à certains bateaux de mer et aux convois fluviaux d’économiser une distance d’environ 400 km pour rejoindre la mer Noire et le port de Constanţa depuis le Danube, fut creusé, aux côtés des volontaires des brigades de jeunesse, par des de milliers de détenus et déportés politiques, la plupart opposants au régime communiste et représentants de minorités ethniques et religieuses. Un grand nombre d’entr’eux y trouvèrent la mort tant le projet était gigantesque, les conditions climatiques difficiles et celles du travail et de l’hébergement inhumaines.

C’est à l’initiative de Staline, qui suggère aux dirigeants communistes roumains d’employer des détenus politiques, que les travaux commencent en 1949. Ils se poursuivent jusqu’au printemps 1984 après avoir été partiellement suspendus entre 1955 et 1976, sous la pression internationale. Le canal, surnommé pompeusement  «La magistrale bleue» est inauguré par le dictateur Nicolae Ceaušescu en présence de nombreuses délégations le 26 mai 1984. Le bras nord ne le sera qu’en 1987.

Le coût de la construction du canal, le troisième ouvrage le plus long au monde après ceux de Suez et de Panama, est estimée à environ deux milliards de dollars  et aura contribué à ruiner la Roumanie socialiste d’alors. Les initiateurs de ce projet espéraient aussi pouvoir dans un bel élan d’optimisme, amortir la réalisation de l’ouvrage en cinquante ans. Au regard du volume du trafic fluvial et des bénéfices annuels que génère la voie d’eau, les autorités qui gèrent le canal Danube-mer Noire calculent actuellement que l’amortissement de la construction de l’ouvrage pourrait demander six cents ans !
Jusqu’en 1990 les bateaux ne purent circuler que dans le sens mer Noire-Danube, restreignant considérablement la rentabilité du canal.

L’ouvrage qui ne comporte que deux écluses, à Cernavodǎ et Agigea, est désormais, depuis l’ouverture de la liaison fluviale Rhin-Main-Danube un maillon complémentaire essentiel du corridor fluvial paneuropéen qui relie la mer du Nord (Rotterdam) à la mer Noire (Constanţa).

Remarque : sur la rive méridionale du bras sud du canal se trouve l’excellent vignoble de Murfatlar. La culture de la vigne sur ce plateau de la Dobroudja remonte à plus de deux mille ans et à la présence des populations Daces.

Présentation du canal Danube-mer Noire (2004, en roumain sous-titré en langue anglaise)

 

Un documentaire de la télévision roumaine (TVR, 2011) avec des des séquences d’archives sur l’histoire de la construction du canal :
 https://youtu.be/2RnEoEf6sgo

Sources :
http://www.courrierdesbalkans.fr/articles/roumanie-les-forcats-du-canal-du-danube-a-la-mer-noire.html.
https://ro.wikipedia.org/wiki/Canalul_Dun%C4%83re-Marea_Neagr%C4%83.

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