Marc-Aurèle (121-180), empereur philosophe et le Danube

L’empereur romain qui a séjourné à plusieurs reprises pour des raisons militaires sur les rives danubiennes autrichiennes (Carnuntum), slovaques hongroise et serbes, aimait à contempler la course infinie et fascinante du Danube et à se rappeler que « les choses du corps s’écoulent comme un fleuve. »

Marc-Aurèle (Marcus Annius Verus) est né à Rome en 121 après Jésus-Christ. Il se prend très jeune de passion pour la philosophie et découvre l’oeuvre d’Épictète (vers 50-vers 130 ? après J.-C. ) puis devient l’élève de l’orateur, avocat et consul Marcus Cornelius Fronto (Fronton, vers 100-après 166 ). Il entretiendra avec celui-ci une longue correspondance. Protégé, après la mort de son père, par l’empereur Hadrien (Publius Aelius Hadrianus 76-138), il est adopté par son fils Antonin le Pieux (86-161), prend pour nom Marcus Aurelius Antoninus et se marie avec sa cousine Faustine la jeune qui lui donnera de très nombreux enfants. Faustine la jeune n’hésite pas à suivre son mari sur les champs de bataille. Les soldats la surnommeront Mater castrorum (La Mère des camps). Marc-Aurèle est profondément affecté lorsque celle-ci meurt en 176.

Marc-Aurèle

L’empereur Marc-Aurèle

Les grandes qualités humaines de Marc-Aurèle alliées à une excellente éducation en font le successeur évident de l’empereur Hadrien mais, encore trop jeune, il doit attendre la mort d’Antonin le Pieux pour lui succéder. Il partage tout d’abord le trône avec son frère adoptif, Lucius Verus (130-169) jusqu’à la mort de celui-ci. Malgré une profonde aversion pour la violence, Marc-Aurèle se voit dans l’obligation de défendre l’empire romain sans cesse menacé par les Barbares. Ses armées remportent de nombreuses batailles qui leur permettent d’annexer la Mésopotamie et l’Arménie.

L’empereur philosophe meurt probablement de la peste le 17 mars 180 au camp romain de Sirmium (Sremska Mitrovica, en Voijvodine serbe) sur le front du Danube lorsque les affrontements avec les Germains reprennent. Son fils, le terrible Commode Antonin (161-192) qui sera plus tard assassiné par son esclave, lui succède.

Marc-Aurèle a rédigé une partie de ses réflexions philosophiques intitulées Pensées pour moi-même lors de la campagne contre les tributs Quades. À cette occasion il séjourne au bord du Danube à Carnuntum, sur la rive droite, en aval de Vienne et au bord du Gran (Hron), un affluent de la rive gauche du Danube qui délimite la frontière actuelle entre la Slovaquie et la Hongrie et se jette dans celui-ci à la hauteur de Šturovo (Slovaquie).

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Faustine la jeune, femme de l’empereur Marc-Aurèle

Pensées pour moi-même

« Il ne faut dire de l’homme nulle chose qui ne soit utile à l’homme en tant qu’il est homme ; pour les autres choses, ce ne sont pas des exigences de l’homme, la nature humaine ne les fait pas présager, ce ne sont pas des perfections de cette nature ; donc ce n’est pas en elles qu’est placée la fin de l’homme ni le bien qui accomplit cette fin. De plus, si l’une d’elles était utile à l’homme, il lui serait dommageable de les mépriser et de se garder d’elles, et celui qui peut s’en passer ne serait pas digne d’éloges ; et celui qui s’amoindrirait en l’une d’elles ne serait pas un homme de bien, si c’était là des biens. Mais en réalité, mieux il supporte de se dépouiller de ces choses et d’autres pareilles ou d’en être dépouillé, plus il est homme de bien. »

Pensées, Livre V

Petronell-Carnuntum, thermes

Petronell-Carnuntum, thermes du camp romain (photo Danube-culture, droits réservés)

« Songe souvent à la course folle des êtres et des évènements, à la vitesse avec laquelle ils se remplacent. Car l’être est comme un fleuve en continuel écoulement ; ses activités sont en changement incessant ; leurs causes ont des milliers de transformations ; presque rien n’est stable, même ce qui est le plus proche. Mais l’infini du passé et de l’avenir est un gouffre où tout disparaît. N’est-ce pas alors une folie de s’enorgueillir, de se tourmenter, de se plaindre de ces choses, comme si l’une d’elle nous gênait durablement et pour longtemps ? »
Pensées, Livre V

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« Dusses-tu vivre trois mille ans et autant de fois dix mille ans, souviens-tu pourtant que personne ne perd une autre vie que elle qu’il vit, et qu’il n’en vit pas d’autre que celle qu’il perd. Donc le plus long et le plus court reviennent au même. Car le présent est égal pour tous ; est donc égal aussi ce qui périt ; et la perte apparaît ainsi comme instantanée ; car on ne peut perdre ni le passé ni l’avenir ; comment en effet pourrait-on vous enlever ce que vous ne possédez pas ? Il faut donc se souvenir de deux choses : l’une que toutes les choses sont éternellement semblables et recommençantes, et qu’il n’importe pas qu’on voit les mêmes choses pendant cent ou deux cents ans ou pendant un temps infini ; l’autre, qu’on perd autant, que l’on soit très âgé ou que l’on meure de suite : le présent est en effet la seule chose dont on peut être privé, puisque c’est la seule qu’on possède, et que l’on ne perd pas ce que l’on a pas. »
Pensées , Livre II, à Carnuntum.

« La durée de la vie humaine ? Un point. Sa substance ? Fuyante. La sensation ? Obscure. Le composé corporel dans son ensemble ? Prompt à pourrir. L’âme ? Un tourbillon. Le sort ? Difficile à deviner. La réputation ? Incertaine. Pour résumer, au total, les choses du corps s’écoulent comme un fleuve ; les choses de l’âme ne sont que songe et fumée, la vie est une guerre et un séjour étranger ; la renommée qu’on laisse, un oubli. Qu’est-ce qui peut la faire supporter ? Une seule chose, la philosophie. Elle consiste à garder son démon intérieur à l’abri des outrages, innocent, supérieur aux plaisirs et aux peines, ne laissant rien au hasard, agissant sans feinte ni mensonge, n’ayant nulle besoin qu’un autre fasse ou ne fasse pas telle action, acceptant les évènements et le sort, dans la pensée qu’il vient de là-bas, d’où il vient lui-même, et surtout attendant une mort propice à la pensée puisqu’elle n’est rien que la dissolution des éléments dont tout être vivant se compose ; mais s’il n’y a rien de redoutable pour les éléments à se transformer continuellement , pourquoi craindrait-on le changement et la dissolution totale ? Car c’est conforme à la nature ; or nul mal n’est conforme à la nature. »
Pensées, Livre II, à Carnuntum.

Petronell-Carnuntum (photo Danube-culture, droits réservés)

Danube-culture, révision juillet 2019, droits réservés

 

 

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