Passau, la Venise bavaroise

Petite ville bavaroise, baroque, colorée, resplendissante dont le site est habité depuis le néolithique. Fondée par les Celtes (Batava), située aux carrefour de grands axes routiers et au confluent du Danube et de deux rivières, l’Inn et l’Ilz, Passau est pour cette raison surnommée « Die Dreiflüssestadt, la ville aux trois rivières » ou « La Venise bavaroise ». Il est vrai que la mise en scène architecturale, l’atmosphère quelque peu insulaire avec l’omniprésence de l’eau, les perspectives tout en rondeur et en courbes flatteuses, de cette cité du sud de l’Allemagne exhalent incontestablement, comme ses grands soeurs Ratisbonne et Salzbourg, un séduisant parfum d’Italie.

 

Une histoire singulière

Cité libre et dynamique du Saint Empire romain germanique, tournée très tôt vers le fleuve, sa navigation et son commerce, sur la route du sel et des croisades, centre de forge réputé à la Renaissance, elle fût érigée en évêché en 739. Ses évêques acquièrent le statut de princes d’empire en 1217 et règnent pendant trois siècles, jusqu’à la création d’évêchés en Autriche et en Hongrie, sur un immense territoire qui s’étend jusqu’à Vienne. Au XVIIème Passau est en grande partie détruite par un incendie. On fait appel à des architectes italiens pour la reconstruire. La cité demeure la résidence du prince-évêque jusqu’au début du XIXème siècle puis elle est annexée par l’électorat de Bavière, futur royaume, à la période de la sécularisation (1803-1805). Peu de temps après, Napoléon y séjourne (1809) sur le chemin de Vienne et considéra Passau comme la plus belle cité allemande.

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Kasparus Karsen, vue de Passau

 

On raconte qu’en 1703, les troupes bavaroises assiègent la ville épiscopale. Les trois compagnies de soldats sont peu motivées pour se battre contre leurs voisins et refusèrent le combat sous prétexte d’une fièvre subite. Mais le général en chef des troupes bavaroises d’alors, frustré et sans doute en recherche d’une quelconque action glorieuse, se plaignit de n’avoir rencontré aucune résistance.

Aujourd’hui Passau est une ville d’environ 55 000 habitants, restaurée avec beaucoup de soin et qui attire de nombreux touristes de toute l’Europe. Outre son patrimoine historique et architectural, elle possède son université (10 000 étudiants !) et propose une offre d’événements culturels tout au long de l’année parmi lesquels «Les semaines européennes (Festspiele Europaïsche Wochen)».

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La forteresse du XIIIème siècle domine la ville et le Danube

C’est à Passau que le Danube quitte l’Allemagne sur sa rive droite, après le confluent avec l’Inn pour entrer en Autriche. Le fleuve ne devient autrichien sur ses deux rives qu’au kilomètre 2200. La ville a subi en 2013 les inondations les plus importantes de son histoire depuis le moyen-âge. Les niveaux des crues sont indiqués sur la façade de l’hôtel de ville. Certaines sources affirment qu’à Passau c’est le Danube qui se jetterait dans l’Inn au débit plus important mais l’histoire officielle en a décidé autrement. (lire ci dessous).

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Chronique d’une ville inondée…

 Passau vu par l’écrivain Claudio Magris

«Dans la ville de Passau/Régnait un évêque», dit la XXIème Aventure de la Chanson des Nibelungen. Cet évêque, dans le grand poème médiéval allemand, c’est Pilgrim, présenté comme l’oncle des Burgondes et de Kriemhild mais c’est l’histoire de Passau entière qui s’enveloppe dans une majesté épiscopale, toute en rondeur. Du Vème siècle jusqu’à nos jours, innombrables sont les éloges à la gloire et à la beauté de la «florissante» et «resplendissante» ville aux trois noms bâtie sur trois fleuves, la Venise de la Bavière, schön und herrlich, belle et magnifique, dont à une époque le diocèse s’étendit à l’Autriche et à la Hongrie et dont les évêques régnaient sur la Pannonie et sur le patriarcat d’ Aquileia. Passau a été une ville libre du Saint Empire, et surtout la résidence du prince-archevêque, jusqu’en 1803 ; du haut du coteau, l’Oberhaus — la forteresse épiscopale — tenait sous son regard et ses canons les citoyen et leur municipalité, assurant le maintien d’un ordre ponctué par la dévotion religieuse, l’autoritarisme clérical, la splendeur baroque, de solides études classiques et d’aimables plaisirs des sens.

L’antique Bojudorum ou Batava des Celtes, des Romains et des Bajuraves est aujourd’hui un des coeurs de la Bavière, mais en 1803 son rattachement à l’État bavarois avait été ressenti comme une occupation étrangère. Formée de strates, l’histoire millénaire de Passau, qui a fait d’elle à certaines périodes une des capitales de l’Europe, trouve son unité dans un orgueilleux patriotisme de clocher, qui poussait déjà Enea Silvio Piccolomini, devenu Pie II, à dire qu’il était plus difficile de devenir chanoine à Passau que pape à Rome…»

«Des voyageurs et des chroniqueurs témoignent de la joyeuse vie du clergé — musique, grandes pompes liturgiques, chocolats, bonbons et galanterie —, du grand nombre de brasseries et du caractère peu farouche des jeunes filles, Naïades du Danube, comme les appelle Carl Julius Weber en 1834, créées tout exprès pour ceux qui amant parabilem venerem facilemque….»

Vue de Passau avec bateaux Bartlett

Vue de Passau, dessin de W. Bartlett

«Passau est au confluent de trois cours d’eau — le Danube, l’Inn et l’Ilz avec ses eaux noires et ses perles — et se trouve être tout entière une rive, une berge, une ville flottant sur le seaux et s’écoulant avec elles. Son ciel est d’un azur de bleuet, la lumière des eaux et du coteau se fond, glorieuse et joyeuse, avec l’or et la chair rose du marbre des palais et des églises ; le blanc de la neige, l’odeur des bois et la fraîcheur des eaux impriment un charme délicat et nostalgique à la magnificence épiscopale et aristocratique des édifices, corrigeant par le flou des lointains la ligne arrondie et fermée des coupoles et des rues qui se croisent sous des voûtes et des arcades.

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Bateliers Passau-Linz, dessin de W. Bartlett

À Passau prévaut la rotondité, la courbe, la sphère — univers clos et achevé comme une balle bien protégée par le chapeau épiscopal qui la coiffe. Elle a une beauté de femme faite, la séduction accueillante et conciliante de ce qui est achevé. Mais la courbe de la coupole se fond dans celle, maternelle, de la rive, elle disparaît dans celle des eaux qui s’échappent et se dissolvent ; le côté insaisissable et léger de l’eau rend aérienne et légère la pompe des palais et des églises, qui apparaît mystérieuse et lointaine, irréelle comme un château dans un ciel crépusculaire.

Passau est une ville aquatique, et la splendeur baroque de ses coupoles s’épanouit sur cette fugacité, sur ces changements incessants de place et de couleur des eaux et de toute chose qui inspire secrètement le vrai baroque. La confluence de ces cours d’eau a une liberté maritime, méridionale, elle invite à se laisser aller au gré de la vie et des désirs ; le contour net des formes, frises des portails ou statues sur les places, évoque les Vénus et autres naïades qui semblent naître spontanément de l’écume, tout cela ne fait qu’un avec l’eau, comme les personnages de fontaines d’où jaillissaient des jets.

À Passau, le voyageur sent que l’écoulement du fleuve est désir de la mer, nostalgie du bonheur marin. Ce sentiment de plénitude vitale, ce cadeau des endorphines et de la tension artérielle ou de quelque acide secrété par un cerveau bienveillant, l’ai-je vraiment éprouvé dans les ruelles et sur les quais de Passau — ou alors est-ce que je crois l’avoir éprouvé seulement parce que, attablé au Caffé San Marco, je suis en train d’essayer de le décrire ?…»

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«Passau est au confluent de trois cours d’eau ; la petite Ilz et le grand Inn s’y jettent dans le Danube. Mais pourquoi le fleuve formé de leurs eaux mêlées, et qui s’écoule vers la mer Noire, doit-il s’appeler et être le Danube ? Il y a deux siècles Jacob Scheuchzer dans son Hidrographia Helvetiae, page 30, observait que l’Inn, à Passau, est plus large et plus profond que le Danube, avec un débit plus fort, et même derrière lui, un parcours plus long. Le docteur Metzger et le docteur Preusmann, qui ont mesuré en pieds la largeur et la profondeur des deux cours, lui donnent raison. Donc le Danube est un affluent de l’Inn. et Johann Strauss est l’auteur d’une valse intitulée Le bel Inn bleu — L’Inn après tout pourrait revendiquer à plus juste titre cette couleur. Ayant décidé d’écrire un livre sur le Danube, je ne puis évidemment souscrire à cette théorie, de même qu’un professeur de théologie dans une faculté catholique ne peut nier l’existence de Dieu, objet même de sa science. Par bonheur c’est justement la science qui me vient en aide, en l’occurrence la perceptologie, selon laquelle si deux fleuves mêlent leurs eaux on considérera comme fleuve principal celui qui, au confluent, forme un plus grand angle avec la partie qui se trouve en aval. L’oeil perçoit (établit) la continuité et l’unité de ce fleuve, et perçoit l’autre comme son affluent. Faisons donc confiance à la science et évitons, tout au plus, par prudence, d’observer trop longuement le triple confluent à Passau et de passer trop de temps à vérifier l’ampleur dudit angle, parce que l’oeil, à force de fixer longuement un endroit, se trouble et voit double, ce qui envoie à tous les diables la clarté de la perception, et risquerait d’occasionner de vilaines surprises au voyageur du Danube.

Ce qui est certain, c’est que le fleuve va à val, comme celui qui le suit ; peu importe d’établir avec rigueur d’où viennent toutes les eaux qu’il emporte et qui confondent avec les siennes. Aucun arbre généalogique ne garantit à 100% le sang bleu. La foule hétérogène qui se presse sous notre crâne ne peut présenter un inattaquable certificat de naissance, elle ne sait d’où elle vient ni quel est son nom, Inn ou Danube ou autre, mais elle sait où elle va et comment elle finira. »

Claudio Magris, Danube, «Dans la ville de Passau» et «Le beau Danube ou le bel Inn bleu».

Collectivité locale de Passau : www.passau.de
Office de tourisme (page en langue française) : www.tourismus.passau.de

Culture

Festival des semaines européennes (juin-juillet) : www.ew-passau.de
Cathédrale Saint-Étienne (Dom St. Stephan), achevée en 1668. L’orgue est le plus grand instrument de ce type au monde.

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Les orgues de la cathédrale

Musée du diocèse et trésor de la cathédrale (Domschatz und diöcezanmuzeum)
www.bistum-passau.de
Musée de le forteresse épiscopale (OberhausMuseum) : www.oberhausmuseum.de
La construction de la forteresse remonte au XIIIème siècle. De la batterie Linde, on bénéficie d’une vue magnifique sur la ville et sur l’étonnant confluent du fleuve et des deux rivières dont on distingue parfaitement les couleurs respectives avant qu’elle ne mélangent.
Musée d’art moderne (Museum Moderner Kunst) : www.mmk-passau.de
Musée du verre de Passau (Glasmuseum Passau) : www.glasmuseum.de
Musée romain « Kastell Boiotro » (RömerMuseum Kastell Boiotro) : www.stadtarcheologie.deGrande salle de l’hôtel de ville (Großer Rathaussaal)

Hébergement

Hôtel Altstadt-Hotel Passau : www.altstadthotel.de
Confortable, central et à proximité du confluent du Danube, de l’Inn et de l’Ilz

Hôtel Wilder Mann : www.wilder-mann.com
Hôtel de tradition à proximité du Danube dans la vieille ville, chambre de Sissi

Hôtel Koenig : www.hotel-koenig.de
Près de l’embarcadère et de la piste cyclable

Pension « Weisser Hase » : www.weisser-hase.de
Pension « Zur Goldenen Sonne : www.pension-goldene-sonne.de

 Croisières

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Donauschiffahrt Wurm +Köck : www.donauschiffahrt.de
De nombreuses possibilités de croisières simples et à thème avec cette compagnie allemande aux bateaux impressionnants, très présente sur le Danube tout au long de l’année. En été et certains jours on peut se rendre en bateau de Passau à Vienne. L’arrivée sur Passau en bateau, en particulier au coucher du jour ou la nuit, est exceptionnelle.

 

 

 

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