Parcs nationaux, parcs et réserves naturels du Danube : la protection d’un écosytème fragile et menacé

Les Parcs nationaux, parcs naturels et réserves qui s’échelonnent tout au long du fleuve, de son delta jusqu’en Forêt-Noire, sont le signe d’une prise de conscience assez récente de la nécessité de préserver et de protéger un écosystème fragile et de plus en plus menacé par l’homme et d’autres facteurs liés aux activités humaines. Une plateforme internationale, Danubeparksregroupe la majorité d’entr’eux.   

 

Ces structures, outre leur travail d’observation, de recensement, d’évaluation, de protection, de gestion de la biodiversité et d’échanges d’informations, missions réalisées par des des équipes scientifiques compétentes et motivées, mènent de nombreuses actions de sensibilisation. Elles bénéficient toutefois d’organisations administratives, de financements et de moyens d’action hétérogènes.
Les périmètres protégés sont en partie accessibles au public.

Un aménagement fluvial trop souvent réalisé au détriment de l’environnement et de la biodiversité
Les travaux spectaculaires d’aménagement du fleuve pour la navigation et la protection contre les inondations puis pour la production d’énergie, aux XIXème et XXème siècles, notamment sur les Haut et Moyen-Danube, ont considérablement modifié le cours du fleuve (endiguement, coupure des méandres, aménagement des berges, drainage du lit du fleuve…) et restreint drastiquement les zones naturelles et inondables qui jalonnaient autrefois son cours et celui de ses affluents. Il a été constaté à plusieurs endroits un enfoncement du lit du fleuve.
À peine la moitié de la totalité du cours du Danube peut encore être considérée comme une zone naturelle et seules 20 % des zones naturelles existantes au XIXème siècle ont pu être préservées jusqu’à aujourd’hui, parfois avec beaucoup de difficultés et au prix d’une mobilisation importante de scientifiques et de la population riveraine comme en Autriche quand il fut question de construire, dans les années 1980, une centrale hydro-électrique à la hauteur de la petite ville Hainburg (Basse-Autriche), faisant du fleuve « un désert de béton de Vienne jusqu’à Bratislava, une succession d’eaux stagnantes, une retenue d’eau trouble avec des vannes et des barrages de béton de dix mètres de haut »1 et détruisant une grande partie des prairies et forêts alluviales de cette région avec leur exceptionnelle biodiversité. Le projet de barrage de Nagymaros, par les mêmes acteurs économiques en Hongrie, fut aussi ultérieurement abandonné en raison de la population hongroise.

Anciens projets d’aménagement du Danube slovaco-hongrois. Si le projet de barrage de Gabčikovo, sur le Danube slovaque, vit le jour, celui de Nagymaros, sur le Danube hongrois, fut abandonné.

Un fleuve mutilé
L’homme a ainsi détourné le cours du fleuve et modifié les paysages sans en mesurer avec pertinence ou les conséquences sur le moyen et long terme de ses interventions. La paranoïa de plusieurs générations de décideurs politiques et économiques, obsédés par le développement de la civilisation industrielle, la notion de « progrès » et des régimes totalitaires au XXème siècle peu amènes envers le moyen et le bas-Danube, ont ainsi laissé leurs empreintes et cicatrices indélébiles sur les rives danubiennes : industries lourdes, industries chimiques, pollutions récurrentes et diverses, centrales nucléaires en mauvais état, agriculture intensive, exploitation de graviers et de sable, rejets des eaux usées et autres à certains endroits, braconnage et surpêche de certaines espèces et plus récemment, « aménagement » et bétonnage des berges suite à un développement touristique anarchique, ont mis et continuent à mettre le fleuve et son patrimoine environnemental à rude épreuve. Celui-ci a de plus commencé désormais à subir les conséquences des modifications climatiques qui  impactent sur de nombreuses espèces végétales et animales.

1 Franz Weber, Le paradis sauvé, « Un appel de Vienne », Éditions Pierre-Michel Favre, Lausanne, 1986

Patrimoine mondial de l’Unesco
Deux territoires baignés par le Danube ont été classés, à divers titres, au patrimoine mondial de l’Unesco : la moitié de son delta (Roumanie et Ukraine) en tant que réserve de biosphère et la région de la Wachau (2000) au titre des paysages. Une demande de classement d’un périmètre du défilé des Portes-de-Fer (2015) a été déposée par la Roumanie en 2015 et était également en cours d’examen. Une réponse a-t-elle été fournie par l’instance internationale ? De nombreux autres sites naturels et paysagers du fleuve mériteraient une protection plus vigilante de leurs biodiversité voire un classement par l’Unesco mais toutes les conditions ne semblent pas encore réunies pour faire aboutir de telles initiatives.

Une collaboration transfrontalière
La plupart des Parcs Nationaux, des parcs et Réserves naturels danubiens se sont regroupées dans une plateforme qui a pris le nom de Danubeparks et ce dans une logique transnationale de protection du Danube, de ses espaces naturels et de sa biodiversité. Cette plateforme permet la mise en commun de connaissances scientifiques, une collaboration pour des recherches et des actions de prévention et d’information et une réflexion commune sur le développement du tourisme de nature autour du fleuve.
Danubeparks, fondé en juin 2009 par la déclaration de Vienne, bénéficie de financements européens.
www.danubeparks.org

I) Réserve de Biosphère du delta du Danube (Roumanie), classement Unesco
 580 000 hectares du delta du Danube sont classés en réserve de biosphère, réserve inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco.
Année de création : 1990
Le delta est un monde danubien à part à lui tout seul et, malgré des pollutions récurantes qui descendent souvent depuis l’amont, un impressionnant paradis pour de nombreuses espèces de plantes et d’animaux. Son territoire est un des plus importants espaces de migrations pour les oiseaux d’Europe et d’Asie. Il abrite plus de 1200 espèces de plantes, de rares variétés de plantes aquatiques, plus de 300 espèces d’oiseaux et plus de 150 espèces de poissons dont le légendaire esturgeon et le béluga européen.
www.ddbra.ro
https://goo.gl/images/ARRPtv

Spatules eurasiennes (Platalea leucorodia) dans la réserve de biosphère du delta (sources wikimédia)

II) Réserve Naturelle du Prut inférieur, lac de Beleu, petit delta de la République moldave (Moldavie)
1 755 hectares
Année de création : 1991

III) Parc Naturel Rusenski-Lom (Bulgarie)
3 408 hectares
Année de création 1980
http://lomea.org/

IV) Parc Naturel de Persina (Bulgarie)
21 762 hectares
Année de création 1980
Ce parc est le plus grand espace naturel protégé de Bulgarie. Il est constitué en particulier de nombreuses îles sur le Danube dans lesquelles nichent des aigles de mer (Pygargue à queue blanche).
www.persina.bg

Pygargue à queue blanche ou aigle de mer, un des plus majestueux oiseaux du Danube

V) Réserve de Biosphère de Srebarna (Bulgarie)
Cette structure ne fait pas partie de Danubeparks
Cette petite réserve de 9 km2 à l’écosystème fragile et qui fait la part belle à la faune ornithologique mais pas seulement, a été constituée dès 1942 autour du lac d’eau douce de Srebarna. Cette réserve est gérée par le bureau régional de l’environnement et de l’eau de Ruse.
www.riosv-ruse.org

VI) Réserve Naturelle de Kalimok – Brushlen (Bulgarie)
Cette structure ne fait plus partie de Danubeparks
Administration de la Réserve Naturelle de Kalimok – Brushlen (ONG)
www.iber.bas.bg

VII) Parc National des Portes-de-Fer (Roumanie)
Surface : 115 665,80 ha
Année de création : 1990, déclaré en 2000
site web en construction

VIII) Parc National de Djerdap (Serbie)
63 000 hectares
Année de création :
Ce parc ne fait pas partie de la plateforme commune Danubeparks.
Ce parc national magnifique de 63 000 hectares sur la rive méridionale du fleuve est, grâce à son relief, un belvédère au dessus du fleuve qui pénètre dans l’impressionnant défilé des Portes-de-Fer. Le site archéologique de Lepenski Vir témoigne quant à lui de la présence de l’homme dans ces lieux depuis des temps anciens. Sur la rive roumaine d’en face se trouve le Parc National des Portes de Fer.
www.npdjerdap.org

IX) Réserve Naturelle de Gornje Podunavlje (Serbie)
19 648 hectares
Année de création : 2001
Située à la frontière de la Serbie, de la Croatie et de la Hongrie, la Réserve Naturelle de Gornje Podunavlje est un modèle régional de collaboration transfrontalière dans le domaine de la protection de l’environnement. En partenariat avec le Parc Naturel de Kopački Rit (Croatie) et le Parc National Duna Dráva (Hongrie), il protège notamment, au sein de son territoire, des aires de nidification d’aigles de mer et de cigognes noires.
Institut National de Protection de la Nature
Administration des forêts
www.vojvodinasume.co.rs

X) Parc Naturel de Kopački Rit (Croatie)
23 891 hectares
Année de création : 1993
Le Parc Naturel Kopački Rit se trouve au confluent de la Dráva et du Danube (Km 1383) dans un paysage de zones inondables propices aux oiseaux migrateurs et aux poissons. Le parc propose un programme d’animations et de promenades dans l’environnement du parc, à pied, à bicyclette ou en bateau.
Administration du Parc Naturel de Kopački Rit
www.kopacki-rit.com

XI) Parc National Duna – Dráva (Hongrie)
50 000 hectares
Année de création : 1996
Le Parc National Duna Dráva (Duna – Drava Nemzeti Park en hongrois) s’étend tout au sud de la Hongrie, du confluent de la Sió (rive droite du Danube). jusqu’à la frontière avec la Croatie. Sa surface est un impressionnant labyrinthe de puszta, de prairies, forêts, bras secondaires, marais, étangs îles et îlots en permanente évolution. Le symbole du parc est la grue qu’on peut observer par millier volant au dessus du paysage au moment des migrations.
http://ddnp.nemzetipark.gov.hu//
www.ddnp.hu

XII) Parc National Duna – Ipoly (Hongrie)
60 314 hectares
Année de création : 1997
Le Parc National Duna – Ipoly est l’autre grand parc des bords du Danube hongrois. Le fleuve traverse de superbes paysages de collines boisées et de grottes.
www.dinpi.hu

XIII) Zone de protection des paysages des prairies danubiennes (Slovaquie)
12 284 hectares
Année de création : 1998
La Morava est l’un des principaux affluents de la rive gauche du Danube. La réserve englobe une zone de prairies alluviales le long de la frontière slovaco-autrichienne.
Administration Nationale pour la protection de la nature
BROZ, Organisation Régionale pour la Protection de la Nature et le développement durable
www.broz.sk
Administration Nationale pour la protection de la nature
www.sopsr.sk

XIV) Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes (Autriche)
9 300 hectares
Année de création : 1996
Centre d’accueil et d’information
Château d’ ORTH Nationalpark-Zentrum
2304 Orth/Donau, Autriche
Voir également sur ce site la présentation du Parc National des Prairies Alluviales Danubiennes
www.donauauen.at

 

XV) Aire de protection des paysages culturels de la Wachau (classement Unesco)
18 387 hectares et zone tampon 2 949 hectares
Année de classement à l’Unesco : 2000
https://whc.unesco.org/fr/list/970/.

Paysages de la Wachau

XVI) Aire de protection de la vallée étroite du Danube/Passau
1  776 hectares
Année de création : 1996 – 1986
www.hausamstrom.de
www.donaugigant.com
www.passauer-land.de

XVII) Centre d’études des prairies alluviales de Neuburg sur le Danube (Allemagne)
2 997 hectares
Année de création : 2005
Ville d’Ingolstadt
District de Neuburg – Schrobenhausen
Le cours du Danube est en Allemagne, à l’exception de la partie encore naturelle située entre Straubing et Vilshofen, fortement dégradé par une succession de barrages et d’usines hydroélectriques. Une démarche de revitalisation et de gestion des forêts alluviales subsistantes a toutefois commencer à être initiée. Le Centre d’études des forêts alluviales de Neuburg sur le Danube travaille en collaboration avec les services de protection de l’environnement de cette commune et de ceux d’Ingolstadt à la mise ne place d’initiatives de développement durable.
District de Neuburg – Schrobenhausen,
Centre d’études des prairies alluviales de Neuburg sur le Danube :
www.auenzentrum.de
Ville d’Ingolstadt :
www.ingolstadt.de

 

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